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S'inscrire Alertes e-mail - Sociétés & Représentations Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLes murs peints de l’Afrique du Sud post-Apartheid
AuteurÉlisabeth Deliry-Antheaume du même auteur
Élisabeth Deliry-Antheaume est géographe, artiste et photographe. Entre 1995 et 2005, elle a entrepris un projet de recherche indépendant qui fusionnait ses différentes approches et sensibilités en suivant le fil conducteur de la sémiologie urbaine. Elle collabore à la banque d’images de l’Institut de recherche pour le développement. Son dernier article s’intitule « Visions d’artistes, une décennie de sida à travers les murs peints des villes et des townships », in Didier Fassin (dir.), Afflictions. De l’Apartheid au sida, Paris, Karthala, 2004, pp. 273-287, 21 photos.Depuis les premières élections démocratiques de 1994, et la promulgation d’une constitution en 1996, l’Afrique du Sud s’est tournée vers un avenir fondé sur la liberté et l’égalité. Mais, avec la Commission Vérité et Réconciliation (TRC)[1] [1] Truth and Reconciliation Commission (TRC).
Sophie...
suite, elle s’est également donnée les moyens de revisiter son passé. Depuis 2004 et la célébration de dix ans de démocratie, cette recherche de vérité nourrit aussi l’imaginaire des écrivains et des artistes. Lentement, les voix et les expressions revendiquant dignité et identité se sont libérées dans tous les domaines, particulièrement dans celui des arts graphiques où la majorité des artistes s’est longtemps tenue éloignée des grandes tendances[2] [2] Frank Herreman (dir. ), Liberated Voices. Contemporary Art...
suite. Les biennales de 1995[3] [3] Johannesburg Transitional Metropolitan Council, Africus,...
suite et 1997[4] [4] Greater Johannesburg Metropolitan Council, Trade Routes :...
suite ont ainsi consacré le retour de l’Afrique du Sud sur la scène internationale. De témoignages individuels en narrations collectives, les œuvres ont mis au jour les mensonges de la période coloniale et les dénis du système de l’Apartheid. Ces histoires dans l’Histoire rendent audibles les silences et donnent à voir les fragments cachés d’un passé composé de souffrances. La réappropriation du passé devient alors l’objet de négociations[5] [5] Sarah Nuttall et Carli Coetzee, (dir. ), Negotiating the...
suite et de confrontations[6] [6] Deborah Posel et Graeme Simpson (dir. ), Commissioning the...
suite qui exigent de porter un nouveau regard sur les archives[7] [7] Carolyn Hamilton et alii (dir. ), Refiguring the Archive,...
suite.
2 Au-delà des témoignages entendus aux auditions de la TRC, ce sont souvent de petits détails qui révèlent au quotidien l’esprit de résistance et la lutte politique[8] [8] Chris Ledochowski, Cape Flats Details : Art and Life...
suite. En puisant dans ses traditions et ses convictions politiques ou religieuses et en s’inspirant de l’actualité ou du rêve, tout un peuple tente d’échapper à l’oppression[9] [9] Sue Williamson, Resistance Art in South Africa, Cape Town-New...
suite et trouve aujourd’hui matière à création, tant dans la sphère privée que dans l’espace public[10] [10] Sophie Perryer (dir. ), 10 Years, 100 Artists : Art...
suite. En Afrique du Sud, les murs sont consubstantiellement liés à la ville. Les murs murent : Apartheid et insécurité. Ils créent des îlots riches et des ghettos pauvres. Ils engendrent des lieux fermés. Mais ces murs murmurent aussi quand ils sont peints et qu’ils narrent la société pour devenir des porteurs de messages, des « imprécis » d’histoire, ouverts au monde, à un autre monde…
3 Au hasard de ses itinéraires ou de ses errances, à travers villes et townships d’Afrique du Sud, zones réputées dangereuses, l’observateur, le voyageur ou le chercheur doivent rester à l’affût de signes qui le guident. Il arrive aussi que certains l’égarent, mais que d’autres l’interpellent… Sur les murs, graffitis, peintures, petits posters ou grandes affiches, juxtaposés ou en couches successives, constituent de véritables palimpsestes[11] [11] Élisabeth Deliry-Antheaume, « L’art des rues. Murs...
suite. Ce sont autant d’indices tangibles et lisibles, susceptibles d’interprétations[12] [12] Elisabeth Deliry-Antheaume, « Leggere la città a...
suite. Tous témoignent de la vitalité urbaine sud-africaine, tous sont autant d’éditoriaux éphémères qui se déclinent en multiples rubriques : histoire, politique, société, décoration, éducation, mondialisation, média, etc.[13] [13] Élisabeth Deliry-Antheaume, « Jo’burg Graffiti :...
suite
4 Graffitis et murs peints s’offrent comme autant d’archives de la rue, à portée du regard. Terme à terme, il semble possible d’associer le caractère revendicatif du graffiti urbain contemporain à celui plus installé, voire maîtrisé des murs peints. Contrairement à l’affichage publicitaire qui décline son message à l’infini, ces écritures ou signes spontanés, comme ces œuvres picturales plus élaborées ont en commun leur caractère unique. Les premiers, réalisés par des inconnus ou par des militants traduisent les mots d’ordre politique ou religieux de leur communauté alors que les seconds illustrent la réflexion d’un créateur ou d’un collectif d’artistes. La présence d’un commanditaire, dont la raison sociale apparaît en filigrane, influence parfois le thème traité. Ici ou là, il s’agit de décorer les murs d’une école, d’un hôpital, d’une gare routière ou ferroviaire, pour les rendre plus avenants. Souvent des messages éducatifs s’étalent en toutes lettres et se renouvellent au fil du temps[14] [14] Élisabeth Deliry-Antheaume, « Murs des écoles, école...
suite. Ils montrent des permanences mais aussi des changements : hier la lutte contre le système de l’Apartheid, aujourd’hui contre la pandémie du sida[15] [15] Élisabeth Deliry-Antheaume, « Des murs peints contre...
suite. L’exil intérieur infligé aux populations, puis la liberté de déplacement retrouvée sont probablement déterminants d’une volonté de se réinscrire, tant à l’échelle locale dans des valeurs individuelles ou communautaires, qu’à l’échelle continentale dans un destin plus large, celui de l’Afrique, voire celui de la planète. Ces aspirations à la fois locales et globales, en quelque sorte « glocales », mettent la narration en perspective.
5 Mon propos évoque mes propres cheminements de 1995 à 2005 et ceux des artistes dans l’espace public. Murs-miroirs, images en abîmes, palimpsestes : tous ces signes dialoguent avec d’autres formes d’expression. Par ces images, je souhaiterais montrer et partager des œuvres éphémères. Les mots et les images des murs parlent de l’homme des origines, annoncent le nouveau citoyen sud-africain et révèlent les dynamiques à l’œuvre en Afrique du Sud[16] [16] Sabina Marschall, Community Mural Art in South Africa, Pretoria,...
suite.
Des origines de l’homme au citoyen d’une Afrique du Sud démocratique : des peintures rupestres aux murs peints
6 Marquée par les traumatismes de trois siècles de colonisation et par les cicatrices encore vives laissées par près de cinquante années d’Apartheid (1948-1994), l’Afrique du Sud multiraciale se cherche une ascendance consensuelle. Elle la trouve dans le plus vieux squelette entier découvert dans la grotte de Sterkfontein, Daté de 3, 5 millions d’années, il consacre ce pays comme l’un des « berceaux de l’humanité ». Les os fossilisés de cet ancêtre idéal ne révèlent pas la couleur de sa peau, transcendant ainsi toute idée d’appartenance raciale[17] [17] L’utilisation de classifications fondées sur des critères...
suite. C’est dans cet état d’esprit, et avec l’art de ménager une politique de réconciliation nationale, que s’est faite la recherche d’un nouvel identifiant gouvernemental sud-africain, qui figure depuis l’année 2000 sur tous les documents officiels et fiduciaires. Il exprime le sens d’un nouveau patriotisme et tente de solder la querelle de légitimité entre les différents groupes, en affirmant l’antériorité d’une population disparue[18] [18] François-Xavier Fauvelle-Aymar, « De la réapparition...
suite. Y figurent deux silhouettes empruntées à l’art rupestre Khoesan, se saluant. La devise[19] [19] South African History Online : www. sahistory. co. za...
suite! ke e : /xarra //ke, qui signifie littéralement « divers peuples s’unissent » est écrite dans la langue du peuple /Xam. Elle n’est plus parlée par le moindre locuteur.
7 Paradoxalement, alors que l’Europe moderne s’était donnée pour mission de civiliser les peuples, jusque-là perçus comme « arriérés » ou « primitifs », en leur imposant ses normes culturelles, de nombreux artistes européens ont contribué à la modernité de l’art contemporain en produisant des formes abstraites directement empruntées aux pratiques artistiques de nombreuses régions d’Afrique : Braque, Picasso, Matisse en Europe, Battiss[20] [20] Karin Skawran et Michael Macnamara (dir. ), Battiss, Johannesburg,...
suite en Afrique du Sud ont été de ceux-là[21] [21] William Stanley Rubin, Primitivism in 20th century art :...
suite.
8 Dans des tentatives toujours renouvelées de retour aux sources, les références aux représentations des peintures rupestres abondent. Les traces laissées par des chasseurscueilleurs ou éleveurs sont sans cesse revisitées et commentées en vue d’une réappropriation. Reflet d’une quête spirituelle, l’art rupestre apparaît comme « une ligne souterraine d’une remarquable continuité qui relie la préhistoire et l’histoire récente »[22] [22] Renaud Ego, San, Art rupestre d’Afrique Australe, Paris,...
suite(ill. 1). Ces images fascinent les artistes qui puisent leur inspiration dans ce registre et leurs emprunts sont au cœur du débat initié par l’artiste Pippa Skotnes, lors de l’exposition Miscast au musée national du Cap (South African National Gallery) en 1996[23] [23] Pippa Skotnes (dir. ), Miscast. Negotiating the Presence...
suite.

Bellville, Cape Town, Western Cape De l’homme des origines à la nouvelle Afrique du Sud
Bellville, Cape Town, Western Cape De l’homme des origines à la nouvelle Afrique du Sud
9 La figure du chasseur-cueilleur orne de nombreux lieux et objets liés à l’industrie touristique ou accompagne souvent la promotion de produits culturels[24] [24] Barara Buntman, « Bushman Images in South African...
suite. L’image qui sert d’accroche pour cet « Afrika Cafe » d’un quartier branché du Cap[25] [25] David Lewis-Williams, Discovering South African Rock Art,...
suite calque des relevés de peintures rupestres réalisés par le magistrat Joseph Miller Orphen en 1873[26] [26] David Lewis-Williams, « The Ideas Generally Entertained...
suite. La scène de capture du gibier, censée faire tomber la pluie, tente ici d’attirer un flot de clients (ill. 2). Dans le même registre, sur les murs de l’école primaire d’Aloe Park, une township indienne de Ladysmith, le chasseur apparaît comme un acteur de l’histoire, dans une mise en scène destinée à être méditée par les élèves, quelle que soit leur origine : indienne ou africaine (ill. 3). Théâtralisée dans un style qui mêle habilement les deux influences, cette image figure au côté d’autres illustrations exécutées par une équipe multiculturelle du département des arts plastiques de l’Université de Durban-Westville. Décorer une école, c’est évoquer les hauts-lieux, mais aussi les héros de l’histoire comme ceux de la fiction enfantine, directement tirés des livres de lecture de l’école primaire.
Observatory, Cape Town, Western Cape Enseigne d’un café-restaurant « Afrika Café », réalisée d’après une peinture rupestre du Lesotho
Aloe Park, Ladysmith, Kwa Zulu Natal : Chasseur San réalisé par les étudiants en arts plastiques de l’Université de Durban-Westville en collaboration avec les membres de l‘école
10 Dans la township de New Brighton de Port Elizabeth aujourd’hui renommée Mandela Bay Municipality, une autre scène de chasse, probablement inspirée par des documents existants, est censée honorer les ancêtres de l’artiste traquant les fauves (ill. 4). Pratiquée ici en pays Xhosa mais aussi en pays Zoulou, cette activité « traditionnelle » perdure en marge des réserves, mais elle est de plus en plus contrainte, car elle menace la faune. Shakaland, haut lieu du tourisme international, sur le site reconverti du décor où fut tourné un film relatant les exploits du roi zoulou Shaka[27] [27] Shaka Zulu, film réalisé par William Louis Faure, 1986. ...
suite, les murs sont ornés de scènes de combats. L’histoire du royaume zoulou, le plus puissant d’Afrique australe, fascine toujours les écrivains et les peintres. Si les tensions internes ont conduit à l’assassinat de Shaka par les membres de la maison royale, ces scènes évoquent les batailles menées pour la captation des ressources, le contrôle de l’espace et l’élargissement du royaume (ill. 5).

New-Brighton, Port Elizabeth, Eastern Cape. Scène de chasse
New-Brighton, Port Elizabeth, Eastern Cape. Scène de chasse

Shakaland, Kwa Zulu Natal, Les guerriers du roi Shaka, détail
Shakaland, Kwa Zulu Natal, Les guerriers du roi Shaka, détail
11 Les reproductions de peintures rupestres présentées au Musée de l’Apartheid de Johannesburg témoignent par ailleurs de la « Naissance de la Lutte ». Datant du xixe siècle, elles mettent en scène colons et soldats en armes. Elles ne seraient pas une représentation de la réalité mais une mise en exergue des valeurs traditionnelles, car les longues silhouettes des shamans au milieu du champ de bataille symboliseraient la résistance aux envahisseurs (ill. 6).

Johannesburg, Gauteng, Musée de l’Apartheid, « Naissance de la lutte »
Johannesburg, Gauteng, Musée de l’Apartheid, « Naissance de la lutte »
12 Le rapport à la terre a toujours été conflictuel. La réforme foncière repose sur trois piliers : la restitution, la redistribution et la réforme du droit foncier[28] [28] SA 2005-2006, South Africa at a Glance, Greenside, Editors...
suite. Les inégalités foncières sont à l’origine des luttes syndicales, exprimées par des graffitis encore visibles au milieu des années 1990 sur les murs des villes et townships. Le gouvernement sud-africain a reconnu les frustrations actuelles des plus pauvres de ses citoyens. Il s’est engagé à redistribuer la terre de façon plus équitable par le biais de la négociation et de la persuasion[29] [29] Ward Anseeuw, « La réforme foncière en Afrique du...
suite. Mais l’invasion des terres reste illégale et la politique publique du transfert de terre se fait sur la base du consensus établi entre l’acheteur et le vendeur, l’expulsion venant toujours comme dernier recours. Cependant, alors que le régime de l’Apartheid est terminé, les murs hurlent toujours « Un colon, Une balle » ou « La terre aux Africains, la tombe aux ennemis » (ill. 7 et 8). Ces slogans rappellent ceux de la lutte et apparaissent en écho des meurtres dont sont victimes les fermiers[30] [30] En dix ans on compte plus de 1 500 assassinats de propriétaires...
suite. « Mort au colon, mort au fermier » est curieusement associé au nom de Osama Bin Laden (ill. 9). Ailleurs, aux signatures des principaux partis politiques sont souvent ajoutés, ça et là, les noms de lieux emblématiques de conflits tels que « Vietnam » ou « Sarajevo ».

East Rand, Gauteng : One settler, one bullet : Un colon, une balle
East Rand, Gauteng : One settler, one bullet : Un colon, une balle
Guguletu, Cape Town, Western Cape : Land to the African, Grave to the ennemy : La terre aux Africains, la tombe aux ennemis
Alexandra, Johannesburg, Gauteng : Kill the Boer, Kill the Farmer : Mort au paysan, Mort au fermier !
13 Si les droits et les devoirs de ceux qui occupent la terre sont rappelés par voie d’affiches, illustrés à Welkom sur les murs d’un stade (ill. 10) et si, dans l’esprit de la Charte de la Liberté[31] [31]http:/ / www. anc. org. za/ ancdocs/ history/ charter. html
The...
suite et de la nouvelle Constitution, qui reprend les termes de la Chartre, la terre devrait être mieux partagée entre ceux qui la cultivent, cet esprit consensuel pourrait bien être balayé par une demande croissante des « landless » (sans terres) et des plus démunis. Au moment du Sommet de la Terre, tenu à Johannesburg en 2002, les manifestations annoncées sur les murs de la ville (ill. 11) eurent ainsi lieu.

Welkom, Free State : Land Rights Droits fonciers
Welkom, Free State : Land Rights Droits fonciers

Johannesburg, Gauteng, The Star Graffiti Wall : The Landless Are Coming ! Les sans-terre arrivent !
Johannesburg, Gauteng, The Star Graffiti Wall : The Landless Are Coming ! Les sans-terre arrivent !
Les temps forts de la Lutte contre l’Apartheid et la figure du héros
14 De nombreux murs peints célèbrent les temps forts de la Lutte. Dès les années 1950, des campagnes de désobéissance civile lancées par l’African National Congress (ANC) et le South African Indian Congress (SAIC) espéraient infléchir la politique du gouvernement national sud africain élu depuis 1948 sur une plate-forme explicite de développement séparé (Apartheid). En 1953 un front uni d’opposants élargit sa représentation aux Métis et Blancs libéraux et aux syndicats du South African Congress of Trade Unions (SACTU). Réunis en congrès à Kliptown en 1955, le front adopte la Charte de la liberté devenue le fondement de la Constitution sud-africaine[32] [32] www. anc. org. za/ ancdocs/ history/ charter. html...
suite. Cet événement fondateur est mentionné sous forme de graffitis dans un centre communautaire : « Rappelez-vous que c’est ici à Kliptown, Soweto, que fut signée la Charte de la Liberté » (ill. 12). Depuis lors, un monument officiel, Freedom Towers, a été érigé pour commémorer une décennie de démocratie.
Kliptown, Soweto, Gauteng, « 1955, rappelez vous que c’est ici à Kliptown, Soweto, que fut signée la Charte de la Liberté »
15 En 1960, la manifestation de Sharpeville conduite par le PAC (scission africaniste de l’ANC en 1959) contre l’obligation de produire à tout moment une pièce d’identité (le « Pass ») tourne au drame. La police tire sur la foule. On compte soixante-neuf morts, en hommage desquels un mémorial est érigé en 2002. Chacune des victimes est évoquée par une stèle. À l’extérieur un mur peint rappelle l’événement (ill. 13). À Soweto, un autre artiste illustre les événements de Sharpeville par un alignement de cercueils, en y ajoutant la mention « Never Again ! ». à Langa l’une des plus anciennes townships du Cap, une manifestation similaire est célébrée (ill. 14).

Sharpeville, Gauteng 1960, Mobilisation et mouvement de foule
Sharpeville, Gauteng 1960, Mobilisation et mouvement de foule
Langa, Le Cap, Western Cape 1960, Image miroir de celle de Sharpeville, Philip Kgosana, jeune leader du PAC, a conduit une manifestation, de Langa jusqu’au Cap pour protester contre les brutalités policières de Sharpeville
16 Même si l’élaboration de la Charte de la Liberté et la révolte de Sharpeville annonçaient la montée du mouvement anti-apartheid, c’est la révolte de Soweto en 1976 qui reste l’événement emblématique de la Lutte. Le site de Soweto est le plus visité. L’image de la première victime, Hector Petersen, tombé sous les balles des policiers et porté par un de ses camarades, constitue une icône reprise par de nombreux artistes, tant dans leurs œuvres personnelles que publiques, notamment pour célébrer la campagne contre le sida et honorer les victimes[33] [33] Elisabeth Deliry-Antheaume, « Visions d’artistes,...
suite. L’artiste français Ernest Pignon-Ernest, bien connu pour son engagement contre l’Apartheid, invité en Afrique du Sud, reprend aussi cette figure du héros rendu internationalement populaire par la photo de Sam Nzima, réconciliant passé et présent dans une même œuvre et dans l’espace public. Pour Ernest Pignon-Ernest, la mobilisation contre l’épidémie devrait être de la même ampleur que celle qu’il fallut déployer pour lutter contre l’Apartheid. Ayant entendu dire que Chris Hanni, leader assassiné de SACP, avait déclaré en 1992 : « Nous avons vaincu l’Apartheid, nous vaincrons aussi le sida », il confirme dans une interview que « la nécessité de la lutte est évidente »[34] [34] Jacques Henric, « Ernest Pignon-Ernest fait “œuvre”...
suite, et s’engage à nouveau avec cette image subliminale d’une Pietà portant un malade du sida (ill. 15) très largement affichée à Durban et Soweto, en déclarant dans la même interview :
17
suite
Soweto, Gauteng. L’artiste français Ernest Pignon-Ernest revisite, en 2002, une image forte de la révolte de 1976, pour la campagne de lutte contre le sida
18 Alors que l’Afrique du Sud blanche célébrait son histoire à travers des mémoriaux qui avaient toujours un sens opposé pour les communautés noires – où la victoire de l’un signifiait l’assujettissement voire la négation de l’autre – l’Afrique du Sud noire dut attendre la fin des années 1990, voire le début des années 2000, pour que de nouveaux lieux de mémoire officiels soient érigés[36] [36] Luli Callinicos, The World that Made Mandela, A Heritage...
suite. En dehors des musées et monuments, des fresques peintes à même les murs évoquent le mouvement de libération et rendent hommage à ses Grands Hommes. La figure de Mandela, hier héros de la lutte et aujourd’hui symbole de la réconciliation, est la plus représentée. Pour préparer les premières consultations électorales démocratiques, qui devaient aboutir à l’élection de Nelson Mandela, des campagnes d’éducation civique furent élaborées à l’initiative de différentes associations. Sur les murs du centre des villes, ou sur ceux des stades des townships où se tenaient des manifestations en 1993, ont fleuri force images sur le thème « Mon vote est mon secret ». Au Cap, il s’agissait de transformer les « travers » en « droits » et plus précisément en Droits de l’Homme[37] [37] Human Wrongs into Human Rights. ...
suite. L’image évoque l’Afrique des transitions et des transformations (ill. 16).
Le Cap, Western Cape La transformation du pays est l’enjeu des premières élections démocratiques de 1994 (détail)
19 Dans le premier cas, la forme particulière du continent africain est mise à contribution. Elle se métamorphose en une main susceptible d’agripper, selon les circonstances, le fusil ou l’outil dans une triple dialectique : celle du passé et du présent, celle de la Lutte et de l’après-lutte, celle de la guerre et de la paix. L’ensemble s’exprime dans une imagerie simple : les armes traditionnelles, le bouclier zoulou et la lance courte de combat[38] [38] Ces armes étaient en usage dans les régiments (impi) zoulou...
suite, mais aussi la grenade quadrillée et la kalachnikov des guérillas modernes. Dans une autre temporalité sont soulignés les bienfaits des transformations rendues possibles par la fin du régime de l’Apartheid : l’accès au développement culturel et au savoir universel symbolisés par le livre. Mais il faudra attendre la seconde moitié de la décennie Quatre-vingtdix pour voir des ordinateurs représentés sur les murs !
20 Conçues dans la ligne d’un art réaliste et militant, comme dans les « murales » mexicains ou dans les fresques soviétiques, les images se transforment, se déforment et se métamorphosent. La touche sud-africaine s’exprime ici sur le mode de la gravure sur bois ou sur linoléum, le noir et blanc donnant un relief particulier à la composition plastique de l’ensemble.
21 Au quartier d’Orlando, à Soweto, les murs du stade Jabulani, berceau du football sud-africain, portent les traces des grandes manifestations politiques reflétant l’union des forces démocratiques (UDF) et annonçant les négociations pour mettre fin à l’Apartheid. La mise en images reprend la première déclaration de la charte de la Liberté : « The People Shall Govern », le pouvoir au peuple ! (ill. 17). Toujours à Soweto, le mur de la clinique Phomolong honorée des noms de deux leaders de la lutte, Nelson Mandela et Walter Sisulu, dont les portaits encadrent la fresque, évoque cette prise en charge par le peuple de sa santé et de son environnement (ill. 18). Nelson Mandela apparaît à plusieurs reprises au cœur de Johannesburg, sur les murs décorés par une agence de peinture murale, Wallscapes, notamment en 1997, apaisant les passants de son regard (ill. 19) et en 2001-2002, très loin de l’iconographie révolutionnaire réaliste[39] [39] A Congo Chronicle, Patrice Lumumba in urban Art, New York,...
suite. Il est vêtu ici d’un tee-shirt et apparaît au cœur de la nation arc-en-ciel (ill. 20), quand il n’est pas coiffé du bonnet du Père Noël à l’approche des Fêtes, ou vêtu du maillot des équipes sportives : toujours proche des populations et de leurs préoccupations quotidiennes et bien loin de l’image du grand chef africain. Lucas Radebe, capitaine de l’équipe nationale de football (ill. 21), ou la chanteuse Brenda Fassie, aujourd’hui décédée, font aussi partie de ces héros populaires contemporains (ill. 22).

Soweto, Gauteng The People Shall Govern ! Le pouvoir au peuple !
Soweto, Gauteng The People Shall Govern ! Le pouvoir au peuple !

Soweto, Gauteng Health in the Hand of the People, La Santé pour tous !
Soweto, Gauteng Health in the Hand of the People, La Santé pour tous !

Johannesburg, Gauteng Sous le regard de Nelson Mandela
Johannesburg, Gauteng Sous le regard de Nelson Mandela

Johannesburg, Gauteng Nelson Mandela, leader de la nation arc-en ciel
Johannesburg, Gauteng Nelson Mandela, leader de la nation arc-en ciel
Soweto, Lucas Radebe, capitaine de l’équipe nationale de football, Bafana Bafana, « pour l’amour de la nation ! »

Johannesburg, Brenda Fassie, chanteuse
Johannesburg, Brenda Fassie, chanteuse
22 Le portrait de Monseigneur Desmond Tutu, prix Nobel de la Paix et militant de la lutte contre l’Apartheid, orne les murs de la township de Jouberton proche de Klerksdorp, une région dont il est originaire. Détail d’une fresque qui évoque l’histoire économique et sociale de la région, ce panneau présente l’archevêque comme un des successeurs des premiers chasseurs-cueilleurs (ill. 23). Ce mur peint initié par un collectif[40] [40] Community Murals Project. ...
suite et réalisé par des artistes locaux, est l’une des nombreuses réalisations financées par une marque de thé pour mobiliser autour de la richesse de son héritage, la population, souvent laissée pour compte.

Jouberton, Klerksdorp, Free State Monseigneur Desmond Tutu
Jouberton, Klerksdorp, Free State Monseigneur Desmond Tutu
Le cadre de vie d’hier à aujourd’hui : passé mythifié et mobilisations populaires contemporaines
23 Après un demi-siècle d’Apartheid et de séparation des communautés, la campagne électorale pour les premières élections et le rêve d’une Afrique du Sud unie et ouverte s’inscrivent sur les murs (ill. 24)[41] [41] « Black and White come to make peace ». ...
suite. La mobilité croissante des populations, les rencontres et les échanges, le rôle des médias ont des effets contradictoires mais souvent positifs sur l’évolution de la société. Sans toutefois exclure les anciens préjugés, le retour sur des valeurs communautaires s’accommode d’une ouverture au monde et d’un nouveau regard porté sur autrui. Le débat évoque souvent les représentations, le droit d’utiliser l’image ou la culture de l’Autre, de la confrontation au dialogue, du face à face à la négociation[42] [42] Brenda Atkinson et Candice Breitz (dir. ), Grey Areas, Representation,...
suite.

Bellville, Le Cap, Western Cape, de l’Afrique du Sud réconciliée
Bellville, Le Cap, Western Cape, de l’Afrique du Sud réconciliée
24 En 2000, lors de la conférence internationale Urban Futures, un projet d’art public, Face to Face, réalisé par le laboratoire de sculpture urbaine de Grenoble et l’Institut français d’Afrique du Sud, utilisait l’art pour poser la question de l’identité urbaine, voire de l’identité au sens le plus large. Il consistait en une exposition itinérante de portraits de citadins indiens, noirs, blancs ou métis, accompagnés de textes ou poèmes d’écrivains sud-africains et africains, sur les minibus-taxis qui sillonnaient la ville[43] [43] Face to Face, catalogue, Laboratoire de sculpture urbaine,...
suite. Ce rêve d’une nation arc-en-ciel[44] [44] Philippe Gervais-Lambony, Frédéric Landy et Sophie Oldfield,...
suite, suggéré par Monseigneur Desmond Tutu, trouve leur traduction dans de nombreuses œuvres. Aux marges de Bloemfontein, l’image fait référence au célèbre tableau de Grant Wood American Gothic, en traitant avec humour le thème de la mixité sociale (ill. 25) sur un mur peint dédié à une campagne contre le sida, où une série de couples improbables se succèdent. Ce métissage reste largement virtuel mais il est repris par les publicitaires. La Peoples Bank invite ainsi les nouveaux citoyens à confier leur argent, sans aucun critère d’âge, de sexe et de couleur, comme cette jeune femme africaine aux cheveux « afro » teints en blond à la manière de nombreux chanteurs ou sportifs, qui pose avec un jeune homme au teint clair et à la belle coiffure rasta (ill. 26). Partage d’exotisme…

Batho, Bloemfontein, Free state, campagne contre le sida d’après American Gothic
Batho, Bloemfontein, Free state, campagne contre le sida d’après American Gothic
Kliptown, Soweto, Gauteng campagne publicitaire pour la Peoples Bank utilisant le thème de la mixité raciale
25 La vie quotidienne des quartiers de District Six au Cap[45] [45] Crain Soudien et Renate Meyer (dir. ), The Disrict Six Public...
suite(ill. 27 et 28) ou de Sophiatown à Johannesburg[46] [46] Ces anciens quartiers multiraciaux d’avant le régime...
suite(ill. 29) est immortalisée sur les murs, et ces lieux aujour-d’hui disparus sont célébrés comme multiraciaux et multiculturels. Cette suggestion par l’image n’est pas que nostalgique, elle témoigne aussi d’un futur possible pour l’Afrique du Sud. Un peintre évoque le désir de faire partager l’histoire de sa communauté et sa vie quotidienne, un autre souhaite contester et remettre en cause l’ordre passé, se dégager des tendances longtemps imposées par le mouvement artistique dominant. Ainsi, les scènes de la vie de Sophiatown, revisitées par les écoliers d’aujourd’hui sont inspirées de l’œuvre de Gérard Sekoto, elles renvoient à cette histoire et participent à cette dialectique illustrée entre le temps et les lieux[47] [47] Barbara Lindop, Sekoto, The Art of Gerard Sekoto, London,...
suite. Guidés par des artistes reconnus et militants, Sam Nhlengethwa, Mbongeni Richman Buthelezi et Amos Letsoalo, les élèves se réapproprient leur patrimoine culturel tel qu’il a été immortalisé par les peintres de leur communauté. Tout comme à District Six où les lieux de culte ont été épargnés, à Sophiatown, l’église reste le dernier témoin de la communauté déguerpie. Croquis et peintures sont exécutés par les jeunes et mis en cohérence par les artistes sous la forme d’un synopsis restituant l’esprit du lieu. Le plus grand soin est apporté à l’apprentissage des techniques et au respect du style et de la palette du peintre. La Fondation Gerard Sekoto a ainsi parcouru les lieux familiers de l’artiste qui, au milieu du siècle dernier, s’exila en France où il mourut en 1993.
District Six, Cape Town, Western Cape, Il était une fois District Six, réalisé par Four Ways Art Group
District Six, Cape Town, Western Cape, le temps arrêté depuis le déguerpissement, réalisé par Four Ways Art Group
West Rand Seventh Day Adventist Junior Secondary, Sophiatown, Johannesburg, Gauteng, Il était une fois Sophiatown, Gerard Sekoto Foundation
26 Quels que soient sa place dans la société et le lieu privé ou public d’où il s’exprime, chaque artiste explore territoires et limites, arguant de son passé, mais aussi de la forte probabilité – compte tenu de l’histoire récente – d’une réunification des espaces et d’une réconciliation entre toutes les communautés. Les peintres empruntent leur vocabulaire à l’espace et font référence au déplacement, voire au temps nécessaire à l’accomplissement du processus de transformation à l’œuvre[48] [48] Nelson Mandela, No Easy Walk to Freedom, London, Heineman,...
suite. Ils prennent ainsi le passant à témoin et exposent leur vision du monde.
27 Reconnus ou méconnus, ces artistes jouent un rôle important dans la construction et l’exposition de ce savoir intime des villes qu’ils habitent et qu’ils rêvent tout à la fois. Leur ancrage dans la cité et leur appartenance au pays, au continent et au monde s’expriment sur les murs et dans des œuvres plus personnelles. Représentations figuratives ou abstraites, elles font partie des archives éphémères de la ville sud-africaine.
28 À grands traits de pinceaux et à grands jets de bombes aérosols, ils explorent de nouveaux territoires pour l’art. Ils lancent un débat au cœur des espaces habités : d’où venons nous ? Dans quel monde, dans quel pays, dans quelle ville voulons-nous vivre ? Ils font le pari de croire en des jours meilleurs pour l’Afrique et en un destin commun aux Sud-Africains.
29 Célébré, muséifié, le passé « encadré » de l’Apartheid s’estompe pour faire place à un passé recomposé qui fait désormais entendre l’autre histoire[49] [49] Enzo Traverso, Le Passé, mode d’emploi. Histoire, mémoire,...
suite, Les graffitis et peintures murales s’en font l’écho sensible et nous invitent à une relecture, à la fois ouverte et renouvelée.
Notes
[ 1] Truth and Reconciliation Commission (TRC).
Sophie Pons, Apartheid, l’aveu et le pardon, Paris, Bayard Presse, 2000, 210 p.
[ 2] Frank Herreman (dir.), Liberated Voices. Contemporary Art from South Africa, The Museum for African Art, Prestel, München-London-New York, 1999, 190 p.
[ 3] Johannesburg Transitional Metropolitan Council, Africus, Johannesburg Biennale Catalogue, 1995, 304 p.
[ 4] Greater Johannesburg Metropolitan Council, Trade Routes : History and Geography, Second Johannesburg Biennale Catalogue, 1997, 412 p.
[ 5] Sarah Nuttall et Carli Coetzee, (dir.), Negotiating the Past : The Making of Memory in South Africa, Cape Town, Oxford University Press Southern Africa, 1998, 300 p.
[ 6] Deborah Posel et Graeme Simpson (dir.), Commissioning the Past : Understanding South Africa’s Truth and Reconciliation Commission, Johannesburg, Witwatersrand University Press, 2002, 256 p.
[ 7] Carolyn Hamilton et alii (dir.), Refiguring the Archive, Cape Town, David Philip, 2002, 368 p.
[ 8] Chris Ledochowski, Cape Flats Details : Art and Life in the Townships of Cape Town, Exhibition, Michael Stevenson Contemporary, Cape Town, 2003.
www.michaelstevenson.com/contemporary/exhibitions/ledochowski/ledochowski.htm
[ 9] Sue Williamson, Resistance Art in South Africa, Cape Town-New York, David Philip & St Martin’s Press, 1989, 160 p.
[ 10] Sophie Perryer (dir.), 10 Years, 100 Artists : Art in a Democratic South Africa, Cape Town, Bell-Robert & Struik, 2004, 448 p.
[ 11] Élisabeth Deliry-Antheaume, « L’art des rues. Murs peints en Afrique du Sud », Autrepart, n° 1, 1997, hors-texte, pp. I-XVI, 16 photos.
[ 12] Elisabeth Deliry-Antheaume, « Leggere la città a muri aperti. Graffiti e murali del nuovo Sudafrica », Africa e Mediterraneo, n° 11, 1999, pp. 22-27, 9 photos.
[ 13] Élisabeth Deliry-Antheaume, « Jo’burg Graffiti : A Portrait of Urban Life », in Urban Excursions, Museum Africa, Urban Futures, Johannesburg, 10 juill.-10 août, 2000.
[ 14] Élisabeth Deliry-Antheaume, « Murs des écoles, école des murs en Afrique du Sud », Les institutions éducatives vues du dehors, Autrepart, n° 17, 2001, 167-182, 15 photos ; « Représentations géographiques populaires en Afrique du Sud », in Actes bilingues des Rencontres sud-africaines de l’innovation territoriale, 2002. http://iga/ujf-grenoble.fr/teo/Innovation/inroduction.htm (07deliry pdf), 24 photos.
Élisabeth Deliry-Antheaume, « Readings from the Walls, Art and Education », Perspectives in Education, n° 21-2, 2003, pp.1-15, 14 photos.
[ 15] Élisabeth Deliry-Antheaume, « Des murs peints contre le sida », La Recherche, n° 375, 2004, pp. 68-75, 7 photos. « Visions d’artistes, une décennie de sida à travers les murs peints des villes et des townships », in Didier Fassin (dir.), Afflictions, de l’Apartheid au sida, Paris, Karthala, 2004, pp. 273-287, 21 photos
[ 16] Sabina Marschall, Community Mural Art in South Africa, Pretoria, UNISA Press, 2002, 290 p.
[ 17] L’utilisation de classifications fondées sur des critères raciaux hérités du régime de l’Apartheid fait toujours problème. Les utiliser pour la commodité de la compréhension, ne traduit aucune adhésion à une quelconque vision raciste : Philippe Guillaume, Nicolas Péjout et Aurélia Wa Kabwe-Segatti (dir.), L’Afrique du Sud dix ans après. Transition accomplie ?, Paris-Johannesburg, IFAS-Karthala, 2004, pp. 53-78 et pp. 339-340.
[ 18] François-Xavier Fauvelle-Aymar, « De la réapparition des Khoesan dans l’Afrique du Sud post-apartheid, Invention de la tradition et réconciliation nationale », in Philippe Guillaume, Nicolas Péjout et Aurélia Wa Kabwe-Segatti (dir.), L’Afrique du Sud dix ans après…, op. cit., pp.195-214. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l’Afrique du Sud, des origines à nos jours, Paris, Le Seuil, coll. « L’Univers historique », 2006, 470 p.
[ 19] South African History Online : www.sahistory.co.za
[ 20] Karin Skawran et Michael Macnamara (dir.), Battiss, Johannesburg, AD Donker publisher, 1985, 222 p., voir plus particulièrement les pp. 30-54. Walter Battiss Gentle Anarchist. A Retrospective Exhibition of the Work of Walter Whall Battiss (1906-1982), Johannesburg, Standard Bank Gallery, 20 oct.-3 déc. 2005, 204 p.
[ 21] William Stanley Rubin, Primitivism in 20th century art : affinity of the tribal and the modern, catalogue d’exposition (MoMA, New York, 27 sept. 1984-15 janvier 1985), New York, Museum of Modern Art, 1984.
[ 22] Renaud Ego, San, Art rupestre d’Afrique Australe, Paris, Société nouvelle Adam Biro. 2000, 206 p.
[ 23] Pippa Skotnes (dir.), Miscast. Negotiating the Presence of the Bushmen, Cape Town, UCT Press, 1996, 384 p.
[ 24] Barara Buntman, « Bushman Images in South African Tourist Advertising : The case of the Kagga Kamma », in Pippa Skotnes (dir.), Miscast…, op. cit., pp. 271-279.
[ 25] David Lewis-Williams, Discovering South African Rock Art, Cape Town & Johannesburg, David Philip, 2000 (3e éd.), p. 53.
[ 26] David Lewis-Williams, « The Ideas Generally Entertained with Regard to the Bushmen and their Mental Condition », pp. 307-313, in Pippa Skotnes (dir.), Miscast…, op. cit., p. 309.
[ 27] Shaka Zulu, film réalisé par William Louis Faure, 1986.
[ 28] SA 2005-2006, South Africa at a Glance, Greenside, Editors Inc., p. 68.
[ 29] Ward Anseeuw, « La réforme foncière en Afrique du Sud : des résultats peu convaincants », in Philippe Guillaume, Nicolas Péjout et Aurélia Wa Kabwe-Segatti (dir.), L’Afrique du Sud dix ans après…, op. cit., pp. 129-148.
[ 30] En dix ans on compte plus de 1 500 assassinats de propriétaires fonciers. (Report on Farm Attacks, Johannesburg, ISS, 3003.)
[ 31] http://www.anc.org.za/ancdocs/history/charter.html
The Freedom Charter, Adopted at the Congress of the People, Kliptown, on 26 June 1955
The People Shall Govern !
All National Groups Shall have Equal Rights !
The People Shall share in the Country’s Wealth !
The land shall be shared among those who work it !…
[ 32] www.anc.org.za/ancdocs/history/charter.html
[ 33] Elisabeth Deliry-Antheaume, « Visions d’artistes, une décennie de sida à travers les murs peints des villes et des townships », Paris, Karthala, in Didier Fassin, (dir.), De l’Apartheid…, op.cit., pp. 273-287, 21 photos.
[ 34] Jacques Henric, « Ernest Pignon-Ernest fait “œuvre” des situations », Art Press, n° 277, mars 2002, pp. 33-38.
[ 35] Ibid.
[ 36] Luli Callinicos, The World that Made Mandela, A Heritage Trail, 70 Sites of Significance, Johannesburg, STE Publishers, 2000, 340 p.
[ 37] Human Wrongs into Human Rights.
[ 38] Ces armes étaient en usage dans les régiments (impi) zoulou lors de la guerre permanente (mfecane). Elles sont toujours revendiquées comme des armes symboliques et identitaires, y compris en ville, lors de manifestations syndicales ou politiques.
[ 39] A Congo Chronicle, Patrice Lumumba in urban Art, New York, The Museum for African Art, 1999, 110 p.
[ 40] Community Murals Project.
[ 41] « Black and White come to make peace ».
[ 42] Brenda Atkinson et Candice Breitz (dir.), Grey Areas, Representation, Identity & Politics in contemporary South African Art, Johannesburg, Chalkham Hill Press, 1999, 322 p.
[ 43] Face to Face, catalogue, Laboratoire de sculpture urbaine, Grenoble, 2000.
[ 44] Philippe Gervais-Lambony, Frédéric Landy et Sophie Oldfield, (dir.), Espaces arc-en-ciel, Identités et territoires en Afrique du Sud et en Inde, Nanterre-Paris-Johannesburg, Géotropiques-Karthala-IFAS, 2003, 369 p.
[ 45] Crain Soudien et Renate Meyer (dir.), The Disrict Six Public Sculpture Project, Cape Town, District Six, 1997, 60 p.
[ 46] Ces anciens quartiers multiraciaux d’avant le régime de l’Apartheid, situés respectivement au Cap et à Johannesburg ont été déguerpis par les autorités de 1955 à 1969 pour se conformer au Group Area Act qui assignait à résidence les populations en fonction de leur appartenance raciale. Il s’agissait en général d’y installer des populations exclusivement blanches. Ces quartiers sont devenus les symboles mythiques d’une culture urbaine perdue.
[ 47] Barbara Lindop, Sekoto, The Art of Gerard Sekoto, London, Pavilion, 1995, 64 p.
Karen Press, Ivan Vladislavic, Barbara Lindop et Michelle Jersky, Gerard Sekoto, My Life and Work, Johannesburg, Viva Books, 1995, 126 p.
[ 48] Nelson Mandela, No Easy Walk to Freedom, London, Heineman, 1965 ; Long Walk to Freedom, Randburg, Macdonald Purnell, 1994.
[ 49] Enzo Traverso, Le Passé, mode d’emploi. Histoire, mémoire, politique, Paris, La Fabrique éd. 2005, 138 p.
Résumé
D’un mur à l’autre, d’une ville à l’autre, graffitis et peintures murales apparaissent comme une invitation à relire l’histoire sud-africaine. Cet article est inspiré du regard que permet de porter l’appareil-photo avec ses capacités d’enregistrement et de cadrage. Il décrit et commente les expressions populaires graphiques qui ornent les murs de la ville post-apartheid et ouvre de nouvelles perspectives de recherche pour tenter de mieux comprendre les dynamiques politiques et sociales à l’œuvre dans la nouvelle Afrique du Sud.
Graffiti or mural paintings on many walls, from one city to another township can be seen as an invitation to re-visit South African history. This article is inspired by the camera’s capacities to catch a certain reality through capturing and framing. It describes and comments on the graphic popular expressions adorning the walls of the post-Apartheid city and opens new opportunities of research for a better understanding of the political and social dynamics in new South Africa.
PLAN DE L'ARTICLE
- Des origines de l’homme au citoyen d’une Afrique du Sud démocratique : des peintures rupestres aux murs peints
- Les temps forts de la Lutte contre l’Apartheid et la figure du héros
- Le cadre de vie d’hier à aujourd’hui : passé mythifié et mobilisations populaires contemporaines
POUR CITER CET ARTICLE
Élisabeth Deliry-Antheaume « Les murs peints de l'Afrique du Sud post-Apartheid », Sociétés & Représentations 2/2006 (n° 22), p. 121-147.
URL : www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2006-2-page-121.htm.
DOI : 10.3917/sr.022.0121.
















































