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Sociétés & Représentations

2013/1 (n° 35)


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En mars 1979, la CGT lance sa première « radio de lutte » à Longwy, afin d’amplifier la mobilisation entamée en décembre 1978, suite à l’annonce de plus de 6 500 suppressions d’emplois. Conçue dans le sillage du « mouvement des radios libres », elle s’en distingue pourtant, notamment par l’ampleur des moyens mobilisés : le secteur « propagande » de la CGT fournit un émetteur très puissant, arrivé clandestinement d’Italie, et dépêche en Lorraine deux journalistes, Marcel Trillat et Jacques Dupont, le premier étant déjà fort expérimenté. Radio Lorraine Cœur d’Acier est placée sous le signe de l’ouverture au débat pluraliste et contradictoire, mais aussi aux questions de société, aux émissions culturelles et à un milieu plus vaste que celui des syndicalistes des usines sidérurgiques du bassin de Longwy. Elle fonctionne selon le principe du direct permanent : le studio, installé dans l’ancien hôtel de ville, est ouvert ; un téléphone est branché en permanence et les appels passés en direct. Ainsi, qui souhaite intervenir en a la possibilité. La parole n’est donc pas réservée à ceux qui la pratiquent professionnellement ou à ceux auxquels elle est déléguée habituellement.

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Comme la CGT confédérale souhaite pouvoir suivre l’expérience à distance, les émissions sont enregistrées sur cassettes et régulièrement expédiées à Paris. Il s’agit là d’une situation exceptionnelle pour le chercheur : les radios clandestines se souciaient peu d’archiver leurs émissions, et leur histoire ne peut le plus souvent se fonder que sur le témoignage d’acteurs et d’auditeurs, ce qui rend très difficile une analyse du contenu même des programmes. C’est souvent ce qui manque aux travaux consacrés à l’histoire de la radio, pour l’essentiel centrés sur l’approche politique et institutionnelle, alors que, comme le dit Cécile Méadel, la radio est « un instrument de pouvoir ou une institution mais aussi […] un objet quotidien, porteur de cultures, à l’écoute des sociétés dans lesquelles il se développe [1][1] Cécile Méadel, Histoire de la radio des années trente :... ». Les radios clandestines qui se sont développées entre 1977 et 1981 devraient donc contribuer à approfondir notre compréhension des mutations culturelles à la veille de la levée du monopole d’État sur la radiodiffusion. Mais l’absence de sources primaires oblige à recourir à des publications qui sont, pour la plupart, contemporaines du mouvement. Nombreuses entre 1977 et 1988, elles se raréfient par la suite. Si l’on excepte les guides ou rapports officiels, il s’agit souvent d’ouvrages comportant une dimension hagiographique assumée. De plus, la majorité d’entre eux ne proposent aucun cadre théorique et analytique permettant une étude scientifique de l’objet. Les ouvrages de Jean-Jacques Cheval [2][2] Jean-Jacques Cheval, Les Radios en France : histoire,... et Thierry Lefebvre [3][3] Thierry Lefebvre, La bataille des radios libres, 1977-1981,... fournissent une indispensable approche chronologique et problématisée, mais ne reposent pas sur l’analyse des contenus.

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L’expérience de Radio Lorraine Cœur d’Acier constitue sans doute, au-delà de ses spécificités, un apport à l’histoire de la radio en ce qu’elle saisit des évolutions en cours et annonce des pratiques radiophoniques ultérieures. Les sources écrites disponibles, notamment syndicales, permettent d’en définir l’identité initiale, située au croisement du mouvement des radios libres et des mobilisations en faveur de la sidérurgie. Les enregistrements d’émissions, et l’inventaire dont elles sont assorties, produisent une perspective plus vaste, en donnant à voir l’invention d’une radio, son fonctionnement, ses programmes, l’équipe qui l’anime, et l’évolution de ces différents paramètres. Les identités superposées des acteurs, tour à tour militants, journalistes, ouvriers, syndicalistes, animateurs ou auditeurs, amènent à considérer de manière fine la complexité du rapport entre émetteurs et récepteurs.

Une identité paradoxale

Au point de rencontre du mouvement des radios libres et du mouvement syndical

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On considère généralement que le mouvement des radios libres démarre véritablement en 1977 : les radios se multiplient, les batailles juridiques se lancent et parfois se gagnent. Cependant, l’essor de la radiodiffusion libre est limité par les contreparties des brèches juridiques ouvertes par la ténacité de certains radiolibristes [4][4] C’est la loi Lecat, adoptée par une majorité de députés.... En effet, leurs victoires ont provoqué une contre-offensive des pouvoirs publics et imposé un cadre très contraignant, que les forces de l’ordre font en sorte de faire respecter. Ce nouvel environnement juridique décourage de nombreuses initiatives au point que les radios libres semblent se trouver dans l’impasse. Selon un animateur, elles constituent « un jeune mouvement bien fatigué [5][5] Jean-Baptiste Harang, « Radios libres : un jeune mouvement... ». Il lui faut trouver un nouveau souffle, en renouvelant son ancrage et ses contenus. Claude Genest, ancien intervenant à Radio Onz’Débrouille, considère que le « jour où les émissions seront faites dans les boîtes qui luttent contre leur fermeture [6][6] Claude Genest, « Les radios libres dans l’impasse »,... », les radios libres pourront devenir un moyen de mobilisation efficace et donc être en mesure de s’enraciner. Pour cela, l’interlocuteur est tout trouvé, il s’agit du mouvement syndical, pourtant les choses ne vont pas de soi.

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En effet, si les radios libres bénéficient indirectement de l’écho médiatique des initiatives politiques ou syndicales, il n’y a pas de front commun sur le terrain des revendications, dès lors que les confédérations syndicales défendent le monopole d’État sur la radiodiffusion. Pourtant, à l’initiative de nombreux militants des deux principales associations de radiolibristes, les contacts se multiplient avec les militants syndicaux et politiques. Le 16 décembre 1978, alors que la lutte des sidérurgistes commence à peine, grâce au soutien de la radio libre « Radio Verte Fessenheim », la CFDT de Longwy lance, avec très peu de moyens, la première radio syndicale d’envergure, « SOS Emploi ».

À distance des radios libres

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La CGT décide également de mettre en place des « radios de lutte ». Les conceptions qui président au lancement de Lorraine Cœur d’Acier (LCA), la première d’entre elles, ont peu de rapport avec l’expérience cédétiste. Ainsi le secteur « propagande » de la CGT est-il maître d’œuvre, répondant aux sollicitations de l’Union locale CGT de Longwy. De plus, tout est fait pour que LCA se distingue des radios libres. Outre son attachement au monopole, la CGT est instruite de l’exemple italien, marqué par l’extrême gauche mais surtout par une forte dérive commerciale, suite à la libération des ondes. Il est d’emblée évident que la CGT veut dépasser les conditions habituelles d’émission des radios libres (clandestinité, caractère confidentiel et faible puissance des émetteurs). LCA a pignon sur rue, le studio est installé sous bonne garde dans un lieu public, au vu et au su de tout le monde. La puissance de l’émetteur est à la mesure de sa vocation régionale et le recours à des journalistes professionnels est à l’image de l’ambition qu’elle porte. Du côté confédéral, le premier document disponible qualifie les radios cégétistes de « moyen de lutte venant à l’appui des formes d’action mises en pratique par les syndicats et les travailleurs », de « moyen d’action rendu indispensable par la monopolisation de l’information au profit du pouvoir et du patronat [7][7] Document du secteur « propagande » de la CGT, aimablement... ».

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À ces éléments s’ajoutent des dimensions plus complexes rattachés à l’impact et au fort « attachement » que ces radios suscitent chez les travailleurs. Ainsi est-il recommandé de « trouver un équilibre permanent entre la nécessité de faire connaître et partager les positions de classe de la CGT et les exigences d’une expression pluraliste de masse », ce qui exige à la fois « une prise en main par nos organisations qui doivent en assumer la pleine responsabilité, l’association des militants, des spécialistes de la communication (journalistes, réalisateurs) et des techniciens et enfin la large participation aussi directe que possible des travailleurs ». Il y a là exposées deux questions majeures, à l’origine de tensions récurrentes : l’association de la population et le rôle des professionnels. L’organisation syndicale, intéressée par l’usage militant d’une nouvelle technique, doit nécessairement s’adjoindre des acteurs disposant des compétences adéquates, pour élaborer le projet et surtout pour le mettre en œuvre. Dès lors, les journalistes disposent d’une forte capacité d’influence sur l’orientation effective du média, alors même qu’en leur qualité de professionnels ils sont moins tentés de le considérer comme un outil au service du syndicat.

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En 1980, à la lumière de l’expérience longovicienne et des tensions qu’elle engendre, et dans le cadre d’un raidissement interne à la CGT, les radios se trouvent progressivement relativisées, tandis que la propagande se replie sur le terrain de l’entreprise. Les conceptions de la CGT en matière de radiodiffusion ont pourtant évolué : la marginalisation des radios de lutte est intervenue alors même que la CGT précisait ses positions en matière d’extension du service public avant l’ouverture du débat parlementaire [8][8] Sur cette question, voir notamment « Les propositions.... Tout en défendant le maintien du principe du monopole, les propositions de la CGT montrent une relative proximité avec le cadre législatif adopté en 1981, avant les assouplissements ultérieurs. Tout en reflétant un point de vue nuancé et différencié sur le mouvement des radios libres, le document y associe les radios de lutte de la CGT [9][9] « Trois types de radios locales doivent pouvoir légalement....

Au panthéon des radios libres

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À l’évolution des conceptions de la CGT s’ajoute le fait que LCA est associée à l’histoire et à la mémoire des radios libres, à une place particulière et extrêmement valorisée. Sans doute est-ce lié au fait qu’en un sens la radio longovicienne a été la seule à être en mesure de mettre en pratique le projet des radios libres militantes, des « radios d’intervention » comme les a définies Claude Collin [10][10] Claude Collin, Ondes de choc : de l’usage de la radio.... Ce constat conduit aussi, nous semble-t-il, à une forte surestimation, chez les auteurs qui évoquent l’expérience, de la capacité de la radio à subvertir les rapports de domination qui traversent la société et à démystifier le rapport entre les animateurs et le public [11][11] Notamment Gérard Noiriel, Longwy, immigrés et prolétaires,.... Cette surestimation s’explique sans doute en partie par l’implication à LCA et dans les radios libres d’une génération militante issue des années 1968 : comme l’écrit Jean-Jacques Cheval, en tant qu’avatar du mouvement qualifié génériquement de « Mai 1968 », les radios libres apparaissent à la fois « comme le témoignage du reflux ou de l’adaptation de celui-ci [12][12] Jean-Jacques Cheval, Les Radios en France…, op. cit.,... ». Faute de transformer le monde, il faut réhabiliter la petite dimension et rendre la parole aux minorités, aux groupes, aux exclus qui en étaient jusque-là privés. Il s’agit aussi de bouleverser la hiérarchie traditionnelle, utilisée et renforcée par les médias dans leur utilisation habituelle, entre les animateurs, les professionnels, les experts et les autres. Cependant cette démystification de la radio qui restitue « son rôle et sa capacité de réponse [13][13] Ibid., p. 72. » au récepteur n’est pas suffisante en elle-même pour abolir les inégalités sociales et symboliques qui déterminent les conditions de la « libre parole ». Les militants des radios libres politiques superposent, comme le dit Dominique Wolton, l’illusion techniciste qui « surestime la force de transformation des rapports sociaux liés à la technique » et une idéologie politique des médias qui « surestime la capacité d’imposition d’un usage social sur un stock donné d’outils techniques [14][14] Dominique Wolton, Éloge du grand public, une théorie... ».

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Ces illusions sont par ailleurs liées aux aspects techniques propres à la radiodiffusion. Outre la souplesse et l’immédiateté qu’elle offre dans la transmission de l’information, la radio doit l’importance de sa diffusion comme média à sa relative légèreté en termes d’exigences techniques et au faible coût du matériel de diffusion et de réception. Comme le rappelle Claude Collin, « la découverte des transistors a permis la fabrication à bon marché de postes de radio miniaturisés, aisément transportables, accessibles à toutes les bourses [15][15] Claude Collin, Ondes de choc…, op. cit., p. 39. », avec une très forte audience potentielle. En outre, la production et la diffusion ne nécessitent qu’un appareillage relativement simple. Il se trouve cependant que s’il est assez facile d’acquérir un émetteur, les radios libres demeurent locales parce que la technologie qu’elles emploient les y contraint, l’usage de la modulation de fréquence leur impose une zone de diffusion réduite, encore comprimée par le brouillage organisé par les pouvoirs publics. De plus, si les rudiments techniques sont relativement aisés à acquérir, il en va différemment des capacités à animer une radio sur la longue durée. Ce décalage limite grandement les possibilités de subversion du rapport entre auditeurs et animateurs. Il s’agit pourtant d’un élément important des pratiques mises en œuvre par la radio LCA.

L’invention d’une radio

Un fonctionnement, des programmes, des contenus : une radio locale et généraliste

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Une fois les grands principes de fonctionnement actés (défense des positions de la CGT, pluralisme et liberté d’expression, direct permanent) la CGT met en place un suivi de la radio à l’échelle de ses diverses instances, au sein du secteur « propagande », à l’Union départementale de Meurthe-et-Moselle et à l’Union locale. C’est au sein de cette dernière que sont désignés les responsables politiques de Lorraine Cœur d’Acier. Cependant, dès lors que la confédération se désengage financièrement, en septembre 1979, une association est mise sur pied pour collecter et attribuer les sommes nécessaires. Lorsqu’en juillet 1980, LCA est reprise en main par la CGT, qui estime qu’elle ne correspond plus aux objectifs initialement fixés, les responsables confédéraux insistent particulièrement sur le fait que, par le biais de l’association, la CGT s’est vue dessaisie de son contrôle sur la radio. Pourtant, l’association n’a jamais eu de rôle politique et ses réunions, auxquelles les journalistes ne participaient pas, n’étaient visiblement pas le lieu des discussions sur le choix et la conception des programmes, qui incombaient plutôt, de manière informelle, aux journalistes. Il n’y avait donc rien qui s’apparente à une conférence de rédaction hebdomadaire.

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La grille de programmes, quant à elle, a connu de nombreuses évolutions. Les programmes se terminent lorsque la discussion arrive à son terme, quitte à durer plus longtemps que prévu, et ils peuvent être annulés à la dernière minute. Une part est toujours laissée à l’improvisation selon les visites ou les appels téléphoniques. Ainsi, les archives livrent-elles à l’analyse une grande part de discussions informelles au sens de non programmées à l’avance. Initialement prépondérante, cette part tend à se réduire avec la mise en place d’émissions régulières, au cours du mois d’avril 1979, mais elle demeure importante.

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Parmi les rendez-vous récurrents, on trouve les émissions culturelles, essentiellement littéraires et musicales. La majorité d’entre elles n’ont cependant pas été transférées du support initial, les cassettes, sur support CD, étant considérées d’intérêt secondaire par des archivistes visiblement débordés par la masse d’enregistrements à numériser [16][16] Les cassettes envoyées à la CGT sont mises en dépôt.... On dénombre un total de 119 émissions, dont 70 n’ont pas été transférées [17][17] On peut repérer 44 émissions littéraires dont 18 consacrées.... Il existe en outre des émissions ciblant des publics spécifiques, comme « la parole aux immigrés », théoriquement hebdomadaire, animée par et destinée aux travailleurs immigrés, ou les programmes destinés aux enfants. La revue de presse constitue une émission quotidienne, animée par les journalistes assistés par des syndicalistes ou militants de la radio. Les émissions « passé-présent » ou « histoire de quelqu’un », au nombre de 25, sont consacrées à un individu, en général ancien responsable politique ou syndical, qui raconte son parcours.

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Le reste du temps d’antenne est consacré à des émissions sans périodicité régulière, qu’elles soient improvisées ou prévues de manière ponctuelle. Elles sont de plusieurs types, liées à des interventions syndicales concernant les mobilisations (qui ont le plus souvent un traitement de nature informatif et n’entraînent pas de discussion ou de débat), à des problématiques syndicales, débats avec d’autres forces politiques ou syndicales, discussions sur les thèmes les plus divers [18][18] La santé dans l’entreprise et en particulier dans la.... On trouve également des entretiens, dits aussi interviews, avec un seul individu ou un très petit nombre de personnes. Dans certains cas, il s’agit sans doute de discussions prévues à l’avance, impliquant des responsables politiques, syndicaux ou associatifs. Dans d’autres cas, ces entretiens semblent improvisés, liés à la présence ponctuelle dans le studio de telle ou telle personne qui a été amenée à s’exprimer sur un thème, son expérience, sa profession. Les reportages constituent un dernier type d’émissions ponctuelles, concentrées au début de l’aventure.

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Pour identifier les thèmes abordés et leur évolution, nous nous sommes appuyés sur la revue de presse. On constate un net décalage entre l’importance escomptée des thèmes comme le syndicalisme, la sidérurgie ou les radios et la réalité. En ce qui concerne la sidérurgie, sans doute la revue de presse est-elle la plus surprenante, puisque la proportion de sujets s’y rapportant, d’emblée assez faible, devient très vite négligeable, ce qui traduit évidemment le reflux de la lutte et de l’absence de traitement sérieux de la question par les grands médias, mais aussi, peut-être, la hiérarchie des préoccupations des journalistes. Le syndicalisme occupe également une place relativement peu importante. Sur les quinze mois de diffusion, les émissions culturelles se maintiennent, tandis que la revue de presse occupe une place croissante. Dans le même temps, les programmes consacrés aux mobilisations, les entretiens, les débats, diminuent dès l’été 1979, en lien avec le recul des mobilisations qui avaient présidé au lancement de LCA.

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Ainsi, LCA est-elle d’emblée une radio relativement généraliste pour laquelle la sidérurgie n’a jamais été une préoccupation centrale en termes de programmes. Elle s’est longtemps fondée sur une association entre des émissions régulières et formalisées qui conservaient une part de souplesse et un ensemble de programmes improvisés qui ont permis une expression très large et très diverse. Tout en maintenant ces principes d’organisation, la radio évolue. Dans les derniers mois, elle est structurée à la fois par la revue de presse et par l’ensemble des émissions littéraires et musicales. En ce sens elle a gagné un statut et une identité, mais elle a perdu une part de ce qui faisait son originalité en tant que média.

Un milieu, une équipe : ouverture et clôture

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Il nous faut à présent nous intéresser aux intervenants radiophoniques, que l’on peut répartir en trois catégories : les animateurs de la radio, les responsables syndicaux, politiques et associatifs et les personnes qui ne disposent pas d’un mandat particulier, et s’expriment donc en leur nom propre. Parmi les animateurs de la radio, certains sont des journalistes professionnels, d’autres sont des militants syndicalistes qui animent les émissions, d’autres sont chargés des questions techniques. Cette dernière catégorie est difficile à établir précisément car, par définition, ils ne s’expriment pas ou fort peu à l’antenne. Les responsables syndicaux, politiques et associatifs sont nombreux, mais ont un statut différent selon qu’ils sont considérés comme directement liés à la famille idéologique dont se réclame LCA (CGT et PCF), ou s’expriment au nom d’organisations d’autres obédiences, et selon qu’ils sont ou non des habitués de la radio. L’inventaire nous aide pour établir ces distinctions. Il ne permet pas, en revanche, de caractériser les intervenants sans mandat, dont on souhaiterait pourtant connaître le genre, l’origine, la génération, l’activité, et établir s’il s’agit ou non d’habitués de la radio. Il nous a donc fallu, pour ce faire, recourir aux notes prises à l’écoute des enregistrements d’émissions.

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On constate que l’identité politique et syndicale de la radio n’est jamais démentie. Malgré la valorisation de tous les éléments qui démontrent la volonté pluraliste de la radio et les reproches encourus de ce fait, la CGT et le PCF demeurent très nettement dominants. Si le nombre d’interventions de responsables syndicaux diminue sensiblement dès lors que la défaite ouvrière est scellée, en juillet 1979, la CGT continue de se tailler la part du lion. Cependant, les interventions finissent par reposer sur un nombre très restreint de syndicalistes. Dans de toutes autres proportions s’agissant d’une radio syndicale, le PCF se trouve en position nettement dominante du point de vue de l’expression politique. Fait notable, si dans les premiers mois l’expression du PCF est presque intégralement assurée par le député, le secrétaire de la fédération et le maire de Longwy, l’implication des élus des municipalités se fait plus notable à partir du mois de juillet. Autre aspect de l’identité de LCA, la place des professionnels de la culture et des médias, venus pour répondre aux sollicitations des journalistes et singulièrement de Marcel Trillat, qui met en branle les divers réseaux constitués dans son univers professionnel, journalistes, intervenants liés au monde de la télévision et du cinéma. D’autres sont attirés par la notoriété de la radio, qu’il s’agisse de personnalités d’envergure nationale (Guy Bedos, Alan Stivell …) ou d’artistes locaux.

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Cette double identité se retrouve de manière générale parmi les intervenants à la radio. Ainsi, outre les syndicalistes des entreprises du bassin, on retrouve des enseignants, des animateurs socio-culturels, issus des fractions diplômées du salariat, dans une proportion bien supérieure à ce qu’elles représentent localement. En effet, la présence des journalistes mène à la constitution d’un groupe de pairs qui interviennent dans les émissions culturelles. On recense également un nombre significatif de femmes non salariées et non préalablement militantes, souvent femmes de sidérurgistes, qui écoutent la radio, éventuellement s’y rendent et y effectuent des tâches diverses, voire s’y expriment. De ces divers groupes proviennent des individus qui deviennent les habitués de la radio. C’est une catégorie que les sources conduisent à sous-estimer, dès lors qu’une série d’acteurs sont présents dans ou autour du studio mais sans prendre la parole, et sont donc des habitués que nous sommes incapables de quantifier et d’identifier. La présence à l’hôtel de ville était sans doute variable, elle a vraisemblablement décliné avec les luttes, mais il n’y a aucun moyen de la mesurer.

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Si l’on met bout à bout la diminution du nombre de responsables syndicaux et l’émergence de groupes habituellement peu visibles dans les cadres militants (fractions diplômées du salariat, femmes non salariées), auxquelles il faut ajouter la baisse globale du nombre d’intervenants, et la croissance de la catégorie des habitués de la radio, on conclut à une radio qui met en mouvement et en contact des groupes sociaux qui d’ordinaire se rencontrent peu, mais est de moins en moins en prise avec le monde extérieur et fonctionne davantage en circuit fermé. L’équipe d’animation produit une part croissante des interventions, puisque l’on passe d’une première phase où, jusqu’en juin, le pourcentage des interventions imputables aux animateurs varie entre 31 et 36 %, tandis qu’à partir de juillet il ne passe plus jamais en deçà de 42,5 % et atteint un maximum de 71,1 % en novembre.

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Il convient également de se pencher sur la constitution de l’équipe d’animation. Celle-ci s’étoffe progressivement par l’intégration d’un certain nombre d’habitués qui deviennent animateurs, pour une durée variable. Au groupe initial, associant les journalistes et les principaux responsables syndicaux de l’Union locale CGT, se sont ajoutés d’autres journalistes, des sidérurgistes maghrébins, qui, bien qu’habitués et chargés d’une émission spécifique, entretiennent peu de contacts avec les principaux animateurs, des techniciens improvisés, des femmes non salariées qui s’impliquent dans l’activité quotidienne (avril 1979), des enseignants venus parler littérature, des animateurs socio-culturels, parfois issus du milieu associatif local, venus animer des émissions musicales, puis une commerçante autodidacte, deux étudiantes, un médecin et un lamineur (été 1979), enfin des enseignantes, et, à nouveau, des femmes non salariées (novembre 1979).

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On le voit, l’équipe d’animation s’est donc étoffée en trois temps, puisant dans des ressources humaines qui ne semblent pas se tarir, mais venant d’une part en miroir du moindre investissement des syndicalistes, animateurs ou non, et d’autre part contribuant à une radio qui semble devenir à elle-même sa propre fin. LCA a donc acquis comme média une dynamique autonome à la fois des événements en cours et des conceptions cégétistes initiales. Il s’agit d’un espace indéniablement ouvert, mais qui tend à se clore sur lui-même en trouvant sa fonctionnalité au-delà même des mobilisations sidérurgistes. Elle sert d’expérience test idéale pour des journalistes qui ne disposeront plus jamais de telles conditions de mise en conformité de leur identité à la fois militante et professionnelle, d’expérience inaugurale pour des femmes néo-militantes dont elle constitue le premier cadre de socialisation politique. Elle propose un espace intense de rencontre entre groupes d’ordinaire sociologiquement et géographiquement séparés, et permet enfin la constitution d’un public réel et potentiel mû par le fait que la radio subsiste malgré la défaite.

Dedans et dehors : chacun à sa place ?

Animateurs/auditeurs, frontières floues

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Les lignes qui précèdent ont montré à quel point le groupe des animateurs est mouvant. Ainsi, les mêmes acteurs peuvent-ils tour à tour être auditeurs, animateurs, être présents dans le studio ou intervenir au téléphone. Un certain nombre d’habitués de la radio se retrouvent progressivement, parfois temporairement, cooptés dans l’équipe d’animation. Les habitués et les animateurs s’initient à la fois au cadre radiophonique en tant que tel, dans ce qu’il a de commun avec les autres radios, et aux codes spécifiques en vigueur dans cette expérience particulière, notamment en termes d’orientation générale. C’est le cas des syndicalistes, qui ne sont pas spontanément animateurs, et découvrent un mode de communication qui ne leur est pas familier. Celui-ci exige non seulement une capacité à prendre la parole en public mais aussi à s’engager personnellement, au-delà d’un type de prise de position générale, au nom et à l’abri du collectif. Certains y parviennent mieux que d’autres, et la hiérarchie militante préexistante s’en trouve pour partie remise en cause.

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À l’inverse, la dynamique propre à la radio, la pratique du débat (interne à la sphère cégéto-communiste pour l’essentiel, mais public puisque radiophonique), aussi limité soit-il, l’éloignement des préoccupations syndicales traditionnelles, du monde de l’usine et des mobilisations elles-mêmes contribuent à éloigner des secteurs militants du bassin. Les habitués et néo-animateurs apprennent que l’ironie est radiogénique, de même que l’expression individuelle, qu’ils tentent à leur tour de favoriser, comme les journalistes l’ont instituée. Ils apprennent à maîtriser les modalités des exercices les plus fréquents, notamment la revue de presse, laquelle d’espace de critique des médias s’est progressivement transformée en émission éditoriale, articulant traitement de l’actualité et positionnement général. Ils apprennent plus généralement à gérer la complexité de la mise en scène que suppose le cadre radiophonique. Dans le studio, la parole est mise en scène pour les animateurs mais aussi pour les auditeurs, ceux qu’on voit parce qu’ils sont physiquement présents, et ceux qu’on imagine. Parmi ceux-ci, il y a les personnes connues, membres de réseaux militants, professionnels, amicaux, qui peuvent être à l’écoute mais aussi la masse indéfinie des inconnus. On est donc là à l’intersection de plusieurs « scènes sociales », au sens que Florence Weber attribue à cette expression [19][19] Stéphane Beaud et Florence Weber, Guide de l’enquête..., celle du studio en tant que tel, les différents univers de référence de l’intervenant, et l’espace flou et vertigineux auquel le média donne accès.

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La prise de parole de type syndical par exemple implique également une série de codes qui s’apparente à une mise en scène, la difficulté pour les syndicalistes tenant à ce que les normes de l’atelier ne sont pas celles de la radio, de même que les attentes des ouvriers à l’usine ne sont pas les mêmes que celles d’un public certes fortement ouvrier, mais pas seulement, et, pour sa partie ouvrière, dans des dimensions élargies, en incluant par exemple des femmes, des jeunes ou des retraités. L’évolution de la radio contribue en un sens à simplifier cette mise en scène, puisqu’elle devient un réseau d’interconnaissance, et puisque l’espace social constitué par l’équipe d’animation et les habitués en vient à se suffire à lui-même. L’usage de l’humour et de l’ironie, qui fait l’objet d’un apprentissage progressif et constitue la marque de fabrique de LCA, est à l’image de cette évolution. Ainsi, les plaisanteries nourrissent-elles une cohésion de groupe, mais elles contribuent aussi à isoler le noyau central (animateurs et habitués) des autres auditeurs. En outre, en dérogeant au sérieux qu’on peut attendre de professionnels, les journalistes soulignent une aisance et une spontanéité inaccessibles aux autres tout en contribuant à déconstruire leur propre mythe. Il y a dans l’expérience, au regard de ce qu’est l’étanchéité habituelle entre animateurs et auditeurs, une dynamique de subversion des places et des pouvoirs préétablis, mais qui se nourrit de la remise en cause parallèle des places et pouvoirs préétablis dans la sphère militante. Cela dit, la porosité des frontières entre animateurs et auditeurs s’accommode du maintien de l’écart entre professionnels et profanes.

Professionnels/profanes, frontières étanches

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Ainsi, la volonté de subvertir les rapports sociaux habituels, matérialisés par le couple animateur/auditeur, rencontre-t-elle d’importantes limites. Ces limites sont manifestes à deux niveaux, celui des émissions culturelles et celui de la place occupée par les journalistes. Les auditeurs de la radio, habitués ou non, se manifestent très peu lors des émissions culturelles, quelles qu’elles soient. Les émissions poétiques ne constituent pas un cadre facile d’accès, puisqu’elles sont constituées de longues plages de lecture, entrecoupées par des intermèdes musicaux. Mais les émissions littéraires ou musicales, davantage situées sur le terrain didactique, sont marquées par une forme d’entre-soi culturel, entre les animateurs et les journalistes, qui disposent des normes de la culture dominante. On peut citer l’un des seuls exemples qui voient intervenir une auditrice issue des classes populaires, par ailleurs dotée d’une solide culture militante, à l’occasion d’une émission consacrée à Rabelais [20][20] ADSS, 4AV/1241, 7 octobre 1979.. Ses schémas d’analyse s’y trouvent partiellement disqualifiés, et, toute militante qu’elle est, elle se retrouve dans un rapport de maître à élève, auquel on enseigne la complexité des phénomènes et des opinions. De même lorsque les animateurs de l’émission de jazz vilipendent à l’antenne des classes populaires qui se contentent de la culture de masse médiocre et aliénante, refusant la main secourable des militants de la culture [21][21] « On ne va pas subventionner malgré eux des gens qui....

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Mais la frontière la plus structurante à LCA est sans doute celle qui sépare les journalistes professionnels des autres intervenants. Rappelons que les autres radios de lutte de la CGT ont fonctionné sans journalistes. Il n’y a aucune raison de penser qu’il n’aurait pas pu en être de même à Longwy. Mais leur présence fait que le niveau est élevé, et évite aux militants syndicalistes d’avoir à exercer des compétences qu’ils auraient peut-être découvertes si la responsabilité de l’animation leur était collectivement revenue. On note dès lors une grande difficulté des syndicalistes à soutenir la comparaison lorsque d’aventure ils sont en position d’animer une émission en l’absence des journalistes. L’ensemble manque de rythme et se trouve marqué par une tendance à l’hypercorrection et à la conformité des discours avec les normes scolaires. De même, la co-animation apparaît difficile.

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Les journalistes sont indispensables du fait de leurs compétences mais aussi en se tenant à la jonction du groupe des couches moyennes intellectuelles et des ouvriers par le biais de leur posture de militants syndicaux. Ils favorisent la présence d’intellectuels membres ou proches du PCF, mais suscitent également, par leur présence et leur volonté constante et revendiquée de constituer des alliances avec d’autres couches de la population, des vocations extérieures à la famille idéologique cégéto-communiste. Plus largement, les journalistes se trouvent en position de définir les champs et les thèmes explorés à la radio, sélectionnés en fonction de l’intérêt qu’ils leur portent. Les autres intervenants se situent pour l’essentiel dans un cadre qu’ils ne définissent pas eux-mêmes et donc en général en position d’infériorité. Il nous semble que c’est une des raisons de la faible place de la sidérurgie, au sujet de laquelle les journalistes ont peu de compétences.

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Il est enfin dévolu aux journalistes le rôle de modérateurs et de gardiens de l’orthodoxie à l’antenne, en raison, là encore, de leurs compétences à la fois politique et professionnelles.

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Radio LCA constitue une expérience inédite et, à bien des égards, non reproductible. Ceci est lié aux spécificités de l’aventure et notamment à son caractère militant et ancré dans une population mobilisée, mais aussi à son appartenance à une chronologie spécifique dans l’histoire de la radio. En effet, LCA se situe à la charnière des possibles, à la veille de l’alternance et alors que chacun tente de formuler un projet, sous la pression des radios libres qui traduit aussi des évolutions profondes de la société. Mais la tendance législative et pratique postérieure au 10 mai 1981 ne permet pas la mise en application de ces projets, ni les radios municipales du PCF, ni les radios syndicales et associatives que la CGT appelle de ses vœux, ni les possibilités d’expérimentation locale que veulent développer les radiolibristes militants. C’est aussi sans doute la croyance dans le maintien de structures de mobilisation sociale après la victoire des socialistes qui vient se briser sur les modalités de la libération des ondes et la captation du mouvement par des projets radicalement différents et commerciaux comme celui de radio NRJ.

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LCA est toutefois porteuse de pratiques qui annoncent les évolutions à venir : la place croissante des débats de société, l’irruption des auditeurs dans l’espace radiophonique, même si c’est selon des codes qui préservent le cadre et dont la subversion est absente, la critique des médias, la valorisation conjointe du consensus et du débat contradictoire. Mais elle révèle également les difficultés et les pesanteurs liées aux frontières de classe, aux dominations en général, qui constituent des bornes aux rêves émancipateurs de certains radiolibristes, au rang desquels il faut bien compter les journalistes en charge de LCA. D’abord, même pour une radio militante et ouverte sur l’extérieur, la logique est à la clôture sur soi dès lors que les mobilisations reculent. Dès lors, l’appropriation de la radio par ceux qui en maîtrisent le mieux les codes, militants ou professionnels de la culture et des médias, enseignants, produit une forme de normalisation du cadre, même s’il demeure le lieu d’une expérience extraordinaire pour des acteurs issus de groupes sociaux différents, et notamment parmi les plus dominés.

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L’expérience traduit aussi l’évolution de la place des intellectuels (des « clercs ») dans la société et du regard qu’ils portent sur elle. Les intellectuels dont il est ici question sont de milieu modeste, ont bénéficié de la démocratisation scolaire et accédé à l’université. Ils ne sont pas intellectuels au sens où ils seraient des personnalités publiques et reconnues. Dans leur champ professionnel, leur origine sociale et leurs choix politiques se combinent pour leur assigner à l’époque une place relativement subalterne et dominée. Ils sont les représentants de l’émergence des couches moyennes intellectuelles, dans le cadre d’une massification de l’accès au capital culturel, qui met en péril leur fonction et leur reconnaissance sociale potentielle. Ils se revendiquent, éventuellement par leur origine, d’une culture populaire authentique, rejettent une culture de masse qui à la fois dilue leur fonction sociale (leur « magistère », comme dirait Philippe Roussin [22][22] Philippe Roussin, Misère de la littérature, terreur...) et n’est pas conforme aux normes de la culture dominante dont ils sont pétris. Dès lors ils exercent à la radio la fonction dont ils pensent qu’elle devrait être la leur dans la société : participer à construire et transmettre une bonne culture émancipatrice, comblant ainsi le fossé qui les sépare classes populaires. Cette contradiction est encore au cœur du questionnement sur la programmation radiophonique et télévisuelle.

Notes

[1]

Cécile Méadel, Histoire de la radio des années trente : du sans-filiste à l’auditeur, Paris, Anthropos/ Economica, 1994.

[2]

Jean-Jacques Cheval, Les Radios en France : histoire, état et enjeux, Rennes, Apogée, 1997. Une partie de l’ouvrage est consacrée aux radios libres.

[3]

Thierry Lefebvre, La bataille des radios libres, 1977-1981, Paris, Nouveau Monde, 2008.

[4]

C’est la loi Lecat, adoptée par une majorité de députés le 27 juin 1978.

[5]

Jean-Baptiste Harang, « Radios libres : un jeune mouvement bien fatigué », Libération, 22 janvier 1979.

[6]

Claude Genest, « Les radios libres dans l’impasse », Libération, 13-14 janvier 1979.

[7]

Document du secteur « propagande » de la CGT, aimablement fourni par Raymond Barberis.

[8]

Sur cette question, voir notamment « Les propositions de la CGT pour une réforme de la radio et de la télévision », Archives de l’Institut CGT d’histoire sociale, fonds du secteur « propagande ».

[9]

« Trois types de radios locales doivent pouvoir légalement être associées au service public radio-télé : radios syndicales, radios de type associatif à caractère pluraliste et démocratique, radios dites “libres” mais dans le cadre strict d’un cahier des charges précis, limitant les autorisations d’émettre et interdisant la publicité. Il faut en effet éviter que prolifère ce type de radios, qui conduirait à une situation “à l’italienne” et verrait rapidement la prise en main des ondes par le capital privé, les grandes firmes commerciales », dans « Les propositions de la CGT… », art. cité, p. 7.

[10]

Claude Collin, Ondes de choc : de l’usage de la radio en temps de lutte, Paris, L’Harmattan, 1982, p. 251.

[11]

Notamment Gérard Noiriel, Longwy, immigrés et prolétaires, 1880-1980, Paris, PUF, 1984, p. 391.

[12]

Jean-Jacques Cheval, Les Radios en France…, op. cit., p. 70.

[13]

Ibid., p. 72.

[14]

Dominique Wolton, Éloge du grand public, une théorie critique de la télévision, Paris, Flammarion, 1990.

[15]

Claude Collin, Ondes de choc…, op. cit., p. 39.

[16]

Les cassettes envoyées à la CGT sont mises en dépôt aux Archives départementales de Seine-Saint-Denis et partiellement transférées sur CD en vue de leur conservation et de leur mise à disposition du public.

[17]

On peut repérer 44 émissions littéraires dont 18 consacrées à la poésie, 51 émissions musicales dont identifiées comme émissions de jazz, 8 dédiées à la musique classique et 3 à la variété, 7 émissions consacrées à l’actualité culturelle de la région, et 12 émissions historiques.

[18]

La santé dans l’entreprise et en particulier dans la sidérurgie (deux), le rôle des femmes dans la famille et la société, la condition des femmes, la contraception, l’avortement, l’accouchement à l’hôpital local, l’information et les médias, les conditions de travail dans la sidérurgie, la femme et le travail, l’immigration (deux), la peine de mort, la place des femmes dans l’Église catholique, le handicap (deux), la parité hommes-femmes, les relations amoureuses, les violences faites aux enfants, les pays dits socialistes, les radios libres, la déportation, le fascisme et le nazisme, l’implantation des usines automobiles dans le bassin de Longwy, la prise en charge éducative des enfants difficiles, l’utilité du syndicalisme, la désindustrialisation de la vallée de la Fensch, les jeunes et la drogue (deux), et l’amitié.

[19]

Stéphane Beaud et Florence Weber, Guide de l’enquête de terrain, Paris, La Découverte, 2003, p. 329-330.

[20]

ADSS, 4AV/1241, 7 octobre 1979.

[21]

« On ne va pas subventionner malgré eux des gens qui veulent pas entendre de musique, s’ils veulent vivre leur médiocre vie quotidienne, s’ils se contentent de ce qu’ils ont […] s’ils préfèrent Louis de Funès, qu’ils regardent Louis De Funès à la télé », ADSS, 4AV/1230-1231, 28 novembre 1979.

[22]

Philippe Roussin, Misère de la littérature, terreur de l’histoire, Céline et la littérature contemporaine, Paris, Gallimard, coll. « NRF Essais », 2005.

Plan de l'article

  1. Une identité paradoxale
    1. Au point de rencontre du mouvement des radios libres et du mouvement syndical
    2. À distance des radios libres
    3. Au panthéon des radios libres
  2. L’invention d’une radio
    1. Un fonctionnement, des programmes, des contenus : une radio locale et généraliste
    2. Un milieu, une équipe : ouverture et clôture
  3. Dedans et dehors : chacun à sa place ?
    1. Animateurs/auditeurs, frontières floues
    2. Professionnels/profanes, frontières étanches

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