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Sociologie

2010/2 (Vol. 1)


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Au sein de la sociologie, le débat au sujet des classes sociales et de leur importance (théorique comme empirique) est récurrent [1][1] À l’instar de celui au sujet de la place de l’« inné.... En matière d’évolution de la structure de classe plus spécialement, ce débat se focalise sur les thèses dites de la « moyennisation » de la société et de l’« aspiration vers le haut » (Chauvel, 1998). Dans ce cadre, la société (postindustrielle) serait désormais constituée d’une vaste classe moyenne tendant à provoquer – plus généralement – une dissolution des frontières de classes. Cet article est une contribution (empirique) à ce débat et porte, plus précisément, sur l’évolution récente de la structure de classe suisse. Son introduction aborde des questions relatives aux inégalités et aux classes sociales et présente le cadre général des analyses exposées ici. Ensuite, nous en venons à des points de méthode, ainsi qu’aux données (secondaires) auxquelles nous avons eu recours. Après quoi, nous présentons donc les résultats de la mise à l’épreuve (empirique) des thèses, relatives à l’évolution de la structure de classe, dites de la « moyennisation » de la société et de l’« aspiration vers le haut ». Enfin, une conclusion opère une synthèse des résultats obtenus et les situe par rapport à d’autres études portant sur l’évolution (plus ou moins récente) des sociétés contemporaines [2][2] Cette étude a été réalisée, entre autres, sur la base....

La question (générale) du déclin des classes sociales

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À quelques exceptions près (notamment Clastres, 1974), encore est-ce question d’interprétation, le phénomène de la stratification sociale est considéré comme universel et omniprésent dans toutes les sociétés connues (Cherkaoui, 1992 ; Kerbo, 2003) au sens où elles sont toujours traversées de divisions verticales, fondées de manière variable sur différents facteurs. Plus particulièrement, la permanence des inégalités dans les sociétés contemporaines (dont l’ampleur est certes variable dans le temps et dans l’espace) est largement documentée, quelle que soit la dimension considérée [3][3] Par permanence des inégalités, il faut entendre la.... Par exemple, en ce qui concerne le mariage et la famille (De Singly, 1987 ; Pahl, 1989), les performances scolaires (Meuret & Morlaix, 2006), l’accès à la formation et le rendement des diplômes (Saar et al., 2008 ; Shavit & Müller, 1998), le travail rémunéré (Charles, 2000 ; Kalleberg, 1988 ; Paugam, 2000), la santé (Bartley et al., 1998), les revenus et leur transmission intergénérationnelle (Atkinson et Bourguignon, 2000 ; Bowles & Gintis, 2002), la consommation (Herpin, 2001), les pratiques culturelles et les styles de vie (Chan & Goldthorpe, 2005 ; Coulangeon, 2004). Bref, nul besoin de continuer cette énumération : l’existence de multiples inégalités n’est pas contestable, entre autres en Suisse (Levy et al., 1997a ; Stamm et al., 2003 ; Suter et al., 2008). Ce foisonnement des inégalités a donné lieu à de nombreuses tentatives de « mise en ordre » plus ou moins « théoriques », « typologiques » ou « pragmatiques » (pour quelques tentatives assez récentes, voir Anderson, 1996 ; Grusky, 2001 ; Milner, 1987 ; Strasser, 1980 ; Tilly, 1998 ; Tumin, 1963). Il n’en demeure pas moins que l’affirmation de Bendix (1974, p. 149) selon laquelle nous ne disposons pas d’une théorie de la stratification sociale et des inégalités reste vraie [4][4] Entendons par là une théorie partagée par l’ensemble....

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Ainsi, de nombreux débats perdurent et traversent le champ des études sur la stratification sociale. Ces dernières années (voire décennies), les principales approches (dominantes) en matière de stratification sociale – soit (néo)marxiste, (néo)wébérienne et (néo)fonctionnaliste – se sont au moins vues contestées de deux points de vue (Levy & Joye, 1994, p. 315) : premièrement, par l’affirmation de l’importance des facteurs du sexe et de la « race » dans l’« explication » des inégalités ; deuxièmement, par les thèses du déclin des classes sociales, notamment celles portant sur la diminution de l’intensité de la relation entre la position de classe et les attitudes et comportements politiques. Sur ce second point, la discipline sociologique a en effet connu une résurgence, depuis les années quatre-vingt, de ces thèses qui a provoqué d’importants débats (voir, par exemple, Atkinson, 2007a, 2007b ; Beck, 2007 ; Clark & Lipset, 2001 ; Evans, 1999 ; Lemel & Noll, 2002) [5][5] L’ampleur de la relative présence/absence d’une représentation.... Sous leur forme contemporaine, au moins depuis Nisbet (1959), ces thèses affirment que la disparition (progressive) des classes sociales provient de plusieurs évolutions caractéristiques de l’après Seconde Guerre mondiale (Chauvel, 2001a, p. 318-320), principalement : de la diffusion des droits politiques à l’ensemble de la population ; de l’augmentation du secteur tertiaire au sein de l’économie ; de l’élévation générale du niveau de vie ; ou encore de la démocratisation de l’enseignement, de l’augmentation de la mobilité sociale, du développement de revendications identitaires. En somme, le raisonnement en faveur des thèses du déclin des classes sociales tend à se réduire à un diagnostic univoque et généralisé allant d’une baisse des inégalités économiques jusqu’à celle de la conscience de classe.

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Dans les pays du « centre », l’après-guerre fut en effet l’occasion de progrès importants : progression du pouvoir d’achat de la grande masse des salariés, extension des systèmes de protection sociale, politiques favorables à l’emploi et avancées en matière d’éducation et de santé publique notamment (Duménil & Lévy, 2006a). Toutefois, le néolibéralisme contemporain (pour une caractérisation, voir Duménil & Lévy, 2006b) provoque une augmentation des inégalités (Bihr & Pfefferkorn, 2008 ; documentée dans ocde, 2008) et un renforcement du pouvoir et du revenu de la classe capitaliste (Duménil & Lévy, 2006a). Ce renversement de tendance montre bien que la ligne d’argumentation des thèses du déclin des classes sociales repose sur deux présupposés plus que contestables (Chauvel, 2003). D’une part, sur celui d’une stricte correspondance entre le monde social et ses représentations ou, plus spécifiquement, entre les aspects objectifs et subjectifs des classes sociales. En effet, les thèses en question se sont souvent appuyées sur un constat (plus ou moins fondé) d’affaiblissement des aspects subjectifs des classes sociales (conscience de classe) pour en inférer la disparition des classes sociales objectives (position de classe), alors que ces deux dimensions de la réalité sociale ne sont pas liées mécaniquement [6][6] Ce mode de raisonnement n’est pas nouveau. Ainsi, par.... D’autre part, sur celui de la linéarité de l’histoire sociale. En effet, si la réduction de certaines inégalités fut une tendance effective durant la période dite des « Trente glorieuses », elle n’est pas pour autant censée se prolonger nécessairement pour un temps indéterminé comme en témoignent d’ailleurs des études assez récentes sur la pauvreté et l’exclusion sociale (Gordon & Townsend, 2000), phénomènes partiellement explicable par la régression de l’État-providence (pour une synthèse de cette dernière question, voir Korpi, 2003).

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À partir de ces réserves et de la nécessaire distinction entre (1) la classe sociale « objective » et la répartition inégale des ressources et (2) la conscience et l’identité de classe, on peut construire une typologie permettant de poser le cadre général de l’évaluation des thèses du déclin des classes sociales. Celle-ci comprend quatre types de société (Chauvel, 2003, p. 140-142), soit : (a) un type constitué par des inégalités fortes et une identité de classe marquée (« classes en soi et pour soi »), (b) un type caractérisé par des inégalités faibles mais une identité de classe forte (« victoire du prolétariat »), (c) un type marqué par des inégalités fortes mais une identité de classe faible (« aliénation »), (d) enfin un type correspondant tant à des inégalités qu’à une identité de classe faible (« société sans classes »). Posons en outre qu’il n’y a de théorie sociologique valable qu’empiriquement fondée – soit qu’une théorie (sociologique) est un ensemble cohérent de propositions susceptibles de se soumettre à une épreuve empirique faisant intervenir l’observation (Passeron, 1994) – ; dès lors, nous pouvons formuler la condition générale de mise à l’épreuve des thèses du déclin des classes sociales, c’est-à-dire : lesdites thèses sont réfutées empiriquement si l’observation montre que la société, suisse contemporaine en l’espèce, tend à ne pas correspondre à une formation sociale du dernier type, soit tend à ne pas être une société sans inégalité ni identité de classe (« société sans classes ») [7][7] On pourrait être plus strict. Ainsi, et dans le langage....

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Les thèses du déclin des classes sociales peuvent évidemment être « testées » dans de nombreux domaines de recherche correspondant à l’ensemble du champ des inégalités. En particulier, l’analyse peut « en amont » porter sur la mobilité sociale (l’idée générale étant ici que si l’égalité des chances est garantie, ou au moins progresse au fil du temps, alors il y a abolition, ou au moins déclin, des facteurs d’hérédité sociale et donc des classes sociales) [8][8] En admettant que la dimension de l’identité temporelle.... L’analyse peut également, cette fois « en aval », se consacrer aux inégalités de ressources (matérielles, sociales, symboliques, etc.) ou aux pratiques et valeurs associées aux différentes positions de classe (l’idée étant alors, grosso modo, que si les inégalités sont faibles, voire quasi nulles, ou au moins si elles tendent à diminuer significativement au cours du temps, ou si les pratiques et valeurs sont ou deviennent indifférenciées, alors il y a disparition, ou au moins déclin, des classes sociales). En amont et en aval, mais de quoi ? Précisément, de la structure de classe elle-même. C’est fondamentalement sur les caractéristiques de cette dernière qu’il s’agit de tester les thèses du déclin des classes sociales. En effet, la dimension de l’évolution de la structure de classe est première dans la mesure où les thèses en question reposent grandement sur l’affirmation d’une transformation radicale de celle-ci dans le sens en particulier d’une « moyennisation », soit de la constitution d’une vaste et majoritaire « classe moyenne ». Dès lors, si les thèses du déclin des classes sociales sont (empiriquement) réfutées en la matière, c’est probablement l’ensemble de leur (éventuelle) validité qui peut être mise en cause. A priori, il est encore possible de souligner que le cas suisse considéré ici peut paraître assez favorable aux thèses du déclin des classes sociales. Effectivement, en comparaison européenne, la Suisse connaît, entre autres, un taux d’actifs occupés dans les services supérieur à la moyenne, un taux de sans-emploi quant à lui (bien) inférieur à celle-ci, de même qu’un salaire annuel brut moyen supérieur à la moyenne (ofs, 2009a) ; certes, ces phénomènes – plus généralement le niveau de vie et le bien-être matériel sont en moyenne élevés – n’excluent pas des inégalités fortes et une persistance de la pauvreté (Tillmann & Budowski, 2006), mais ils ont souvent été mis en avant pour expliquer le déclin affirmé des classes sociales. En conséquence, l’éventuelle réfutation des thèses en question dans le cas de la société suisse contemporaine leur serait particulièrement dommageable.

Estimer ce déclin en matière d’évolution de la structure de classe : méthodes et données disponibles

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La mesure de la position sociale peut être abordée selon de nombreux schémas de classe (Wright, 2005), nomenclatures socioprofessionnelles (Duriez et al., 1991), indices socio- économiques (Hauser & Warren, 1997), etc. Au sein de ces diverses représentations des structures sociales, on peut distinguer, depuis Ossowski, deux grands modes (de représentations) : continu ou discret (Lemel, 2004). Cette distinction oppose les représentations en classe et les représentations en continuum. Il est possible d’estimer que ces dernières, qui se définissent par un ordonnancement des individus ou des groupes selon un critère déterminé (souvent le prestige ou le revenu), ont une capacité « descriptive » mais non « explicative », elles enregistrent les effets de la structure de classe (Wright, 1979) et ne sont donc pas des mesures de position sociale au sens strict (Levy & Joye, 1994, p. 316). Les représentations en classe recouvrent différentes notions de la classe sociale (la « position de classe » ou « classe-en-soi », la « classe- identité » ou « classe-pour-soi », la « classe-comme-acteur-historique ») et plusieurs approches théoriques de celles-ci (voir, par exemple, Crompton, 1998 ; Sørensen, 2001 ; Wright, 2005). Toutefois, dans la discipline sociologique en général, deux courants principaux se partagent le champ de l’analyse en termes de classe sociale : (néo)marxiste et (néo)wébérien [9][9] Sur les questions relatives aux classes et aux inégalités....

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Dans le domaine des recherches quantitatives plus particulièrement, les deux mêmes perspectives s’avèrent dominantes : Wright (1985, 1997) représentant un courant d’inspiration marxiste et Goldthorpe (1980 ; Erikson & Goldthorpe, 1992b) incarnant une tradition d’origine wébérienne [10][10] Empiriquement, les principes de construction des catégories.... Dans cet article, nous utilisons les catégories socioprofessionnelles helvétiques (Joye et al., 1995), cette classification peut être considérée comme un schéma de classe (au moins au sens faible de position de classe dans la pratique quantitativiste) s’inspirant à la fois de Wright et de Goldthorpe (Bergman et al., 2002) (voir le tableau 1) [11][11] Au passage, notons que ces trois schémas peuvent faire....

Tableau 1  - Catégories socioprofessionnelles Tableau 1
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Le choix de cet indicateur de position de classe est principalement fondé sur deux raisons. Premièrement, les catégories socioprofessionnelles helvétiques (csp-ch), conçues pour refléter la structure sociale de ce pays, sont la classification la plus utilisée dans la recherche en Suisse, on peut donc estimer qu’elles ont été validées (Bergman et al., 2002 ; Budowski et al., 2002 ; Joye & Levy, 1994 ; Levy et al., 1997a ; Tillmann & Budowski, 2007). Deuxièmement, cet indicateur est disponible dans la majorité des jeux de données auxquels nous avons recours dans cet article.

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Les csp-ch se basent sur la situation professionnelle des personnes et sur le concept de ressources sociales. Ces dernières sont approchées par des compétences liées (1) à l’organisation du travail et (2) à la formation et aux connaissances. La compétence d’organisation est traduite par la situation dans la profession : les dirigeants ont une compétence sur le travail d’autrui, les indépendants sur leur propre travail et les salariés sont dépendants de l’autorité d’autrui tout en étant hiérarchiquement situés les uns par rapport aux autres. Les ressources liées à la formation et aux connaissances sont mesurées par le niveau de formation atteint. La combinaison de ces critères crée huit catégories socioprofessionnelles (au premier niveau de classement) : dirigeants, professions libérales, autres indépendants, professions intellectuelles et d’encadrement, professions intermédiaires, employés, ouvriers, travailleurs non qualifiés [12][12] On trouve chez Joye et al. (1995) des précisions quant....

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Les analyses menées dans cet article exigent parfois qu’une distinction (assez fréquente d’ailleurs) soit établie entre trois grands groupes, nommés par convention : classes supérieures, classes moyennes et classes populaires. Les classes supérieures sont constituées par les dirigeants, les professions libérales et les autres indépendants (désormais dits indépendants). L’attribution de ces derniers aux classes supérieures mérite argumentation car cette catégorie recouvre des situations assez hétérogènes (en termes de conditions de travail et de rémunérations par exemple). Dans la logique de classement adoptée, on peut estimer que la catégorie des indépendants possède une compétence d’organisation qui la rapproche des classes supérieures ; en outre, l’importance du statut d’indépendant en Suisse et le fait qu’il correspond à la possession de son outil de travail (Joye et al., 1995) justifient ce classement [13][13] On peut se reporter à Levy et al. (1997a, p. 296) qui.... Le groupe des classes moyennes est composé des professions intellectuelles et d’encadrement et des professions intermédiaires. Enfin, nous formons le groupe des classes populaires à partir des catégories des employés, des ouvriers et des travailleurs non qualifiés. La distribution dans ce groupe des employés doit être également justifiée puisqu’ils sont parfois censés exemplifier l’existence d’une vaste « constellation moyenne » appuyant l’idée d’une disparition progressive des antagonismes de classe. Toutefois, on sait que la catégorie des employés est difficile à distinguer du monde ouvrier (Joye et al., 1995) et qu’elle en est proche en termes d’homogamie ou de niveau hiérarchique (Bidou-Zachariasen, 2002, 2003 ; Levy et al., 1997a), dès lors attribuer les employés aux classes populaires est légitime.

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Les csp-ch se basent notamment sur la profession exercée par les individus. Elles ne permettent donc de classer directement que les personnes actives occupées. Se pose dès lors le problème de l’attribution d’une position de classe à ceux qui se situent en dehors du monde du travail rémunéré. À cet égard, plusieurs options sont traditionnellement considérées si l’on veut tenir compte de l’ensemble de la population : (1) classer les individus selon leur dernière profession exercée, (2) selon la profession de leur conjoint ou (3) selon leur situation hors du marché du travail rémunéré (formation, chômage, retraite, au foyer). Si l’on considère l’ensemble des jeux de données (secondaires) utilisés dans cet article, seule la troisième option mentionnée pourrait être appliquée. Nous renonçons à une telle solution pour les raisons principales suivantes. Premièrement, cette option implique un changement de logique de classement, cette dernière ne relevant plus des compétences d’organisation et du niveau de formation (outre évidemment de la profession exercée). Deuxièmement, elle débouche sur la constitution de catégories (très) hétérogènes (notamment en termes de situation économique), ce qui n’est pas a priori l’objectif d’un schéma de classe. Troisièmement, les catégories créées (personnes au foyer, en formation, chômeurs, retraités) ne font pas sens par rapport à l’évaluation des thèses du déclin des classes sociales en matière d’évolution de la structure de classe, soit en particulier par rapport aux thèses de la « moyennisation » et de l’« aspiration par le haut ». En conséquence, la population de référence des analyses menées dans cet article est la population active occupée. Bien que discutable (voir entre autres Joye et al., 1995, p. 53-56 ; Wright, 1997, p. 26-29), on peut souligner qu’une telle limitation est plus que fréquente dans le cadre des analyses en termes de classe sociale. Durant la période considérée (1970-2007), les personnes actives occupées ont représenté en Suisse les proportions suivantes de la population résidante (de 15 ans et plus) : environ 62 % en 1970, 60 % en 1980, 63 % en 1990, 63 % en 2000 (selon le Recensement fédéral de la population) et, enfin, 65 % en 2007 (selon l’Enquête suisse sur la population active). Pratiquement, cela signifie donc que nous excluons des analyses entre 35 et 40 % de la population résidante.

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Venons-en à l’unité de classement et d’analyse : individu ou ménage. En la matière, le débat est fourni, notamment au sujet de la place des femmes dans la tradition d’analyse en termes de classe sociale (voir par exemple Sørensen, 1994). Selon l’approche « conventionnelle », c’est le foyer, vu comme un lieu de mise en commun des ressources, qui constitue l’unité de base permettant l’attribution d’une position de classe à l’ensemble de ses membres. Ainsi, on postule que les membres d’un foyer occupent une même position de classe ; cette dernière étant définie par la situation de la personne la plus fréquemment insérée dans le monde du travail, soit l’homme traditionnellement. La validité de cette approche a été contestée sur trois plans (Lemel, 2004). Premièrement, elle repose sur le modèle du couple familial ; or, l’évolution « démographique » est telle qu’une minorité non négligeable de la population n’est pas rattachée à une famille. Dès lors, la position de classe des membres de cette minorité ne peut être définie que sur la base de leur propre situation sur le marché du travail. Deuxièmement, et même au sein des couples, la généralisation de l’activité professionnelle des femmes permet dans beaucoup de cas de les classer selon leur situation propre. Troisièmement, l’idée que le foyer est un lieu de mise en commun des ressources occulte les inégalités liées au genre dans l’accès à celles-ci. Les critiques faites à l’approche conventionnelle ont débouché sur plusieurs méthodes alternatives pour définir la position sociale d’une famille, mais également sur l’abandon de la famille comme unité d’analyse en faveur d’une approche individuelle (pour une synthèse, voir Szelényi, 2001). Aucune approche ne fait aujourd’hui l’unanimité ; empiriquement, c’est peut-être selon le problème analysé qu’il faut définir l’approche à retenir (Levy et al., 1997a, p. 127). Cet article portant sur l’évolution de la structure de classe, donc – au moins compte tenu des données utilisées – sur l’évolution des places occupées par des individus, nous avons opté pour une approche individuelle [14][14] Au passage, notons qu’en certaines circonstances cette.... En somme, la population considérée ici est constituée des actifs occupés classés selon leur situation (professionnelle) propre.

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Un bref exposé de la stratégie d’analyse adoptée n’est pas inutile. Nous suivons, grosso modo au moins, une stratégie que l’on peut qualifier de « poppérienne » [15][15] Sur les relations entre Popper et les sciences sociales,.... Rappelons que, selon Popper, l’induction n’est pas valide d’un point de vue logique et, qu’en conséquence, rien (quel que soit le nombre d’observations) ne peut valider une théorie. Il s’ensuit que la science se rapproche d’une (inatteignable) vérité en réfutant les théories les moins bonnes. En effet, si une multitude d’observations d’une conjecture ne prouvent pas que cette conjecture soit vraie, une unique observation peut en revanche suffire à réfuter une théorie. Dès lors, il ne s’agit pas de sélectionner positivement les théories, mais d’éliminer celles que l’on peut réfuter, c’est-à-dire d’éliminer les théories qui ne conviennent pas. À cette fin, il faut évidemment que la théorie considérée propose des hypothèses précises, susceptibles donc d’être soumises à des tentatives de réfutation elles aussi précises (cela tant en sciences naturelles qu’en sciences sociales selon le principe d’unité de la science soutenu par Popper) [16][16] Malgré son monisme méthodologique, Popper reconnaît.... En somme, dans cette perspective, la science procède non par la confirmation toujours accrue de ses hypothèses par un nombre toujours plus grand d’observations, mais bien plutôt par la réfutation par l’expérience (l’observation) d’un nombre toujours plus grand d’hypothèses fausses. En conséquence, la stratégie globale d’analyse suivie dans cet article consiste fondamentalement non pas, au moins directement, à affirmer (un programme de recherche en termes de classe sociale), mais à évaluer (en vue d’une réfutation) les thèses du déclin des classes sociales [17][17] La « falsification » pratiquée ici ne doit pas (évidemment)....

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L’évaluation de ces dernières repose sur des données (secondaires) d’enquêtes réalisées notamment par l’Office fédéral de la statistique (ofs). Cela implique une dépendance vis-à-vis des caractéristiques de ces enquêtes, des codages effectués, des nomenclatures et classifications utilisées, de même qu’envers les données mises à disposition par l’ofs. La situation n’est donc pas nécessairement idéale, mais, en tout état de cause, ce sont les seules données permettant d’observer l’évolution de la structure de classe sur la période considérée (1970-2007). Dans un premier temps, nous présentons brièvement les caractéristiques des enquêtes auxquelles nous avons eu recours. Dans un second temps, nous soulignons leurs principales limites quant aux questions traitées dans ce travail.

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Les analyses exposées dans cet article se basent principalement sur les données « personnes » harmonisées 1970-2000 du Recensement fédéral de la population de l’ofs. Le recensement est un relevé exhaustif effectué tous les dix ans permettant de décrire l’évolution démographique, spatiale, sociale et économique de la Suisse. Le questionnement se fait par écrit auprès de la population résidante et la participation est obligatoire. Les données utilisées ici sont issues du questionnaire individuel du recensement, en particulier celles relatives à la situation dans la vie active, la situation dans la profession et la profession elle-même (y compris évidemment la variable construite csp-ch). En complément, le dernier recensement ayant été réalisé en l’an 2000, nous recourons à trois autres sources. D’une part, nous utilisons l’enquête suisse sur la population active (espa), plus précisément ses résultats de la fin de l’année 2007. L’espa est une enquête auprès des ménages, menée par l’ofs, qui est réalisée chaque année depuis 1991. Son but principal est de fournir des données sur la structure de la population active et sur les comportements en matière d’activité professionnelle. L’espa est réalisée par téléphone auprès d’un échantillon d’actuellement environ 33 000 ménages tirés aléatoirement dans l’annuaire téléphonique. S’y ajoute un échantillon de 15 000 étrangers tiré du Registre central des étrangers. Les personnes qui participent à l’enquête sont interrogées cinq années d’affilée et sont représentatives de la population résidante permanente âgée de 15 ans et plus. D’autre part, nos analyses s’appuient sur les données (communes) du Panel suisse de ménages (psm) et de la Statistique des revenus et des conditions de vie (silc). silc est également une enquête de l’ofs, alors que le psm, financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique, est réalisé dans le cadre de fors, Centre de compétences suisse en sciences sociales. Ces deux enquêtes sont menées, annuellement, auprès des ménages privés. Les échantillons représentatifs, aléatoires et stratifiés selon les grandes régions, ont été tirés par l’ofs à partir de la base de sondages auprès des ménages. Leur population de référence est la population résidante permanente de la Suisse. Des pondérations permettent d’extrapoler à ladite population. Nous utilisons les données de 2004 ; en tout, l’échantillon commun correspond à environ 11 500 personnes interrogées [18][18] Plus d’informations sur ces enquêtes se trouvent sur.... Les échantillons de ces trois enquêtes (espa, psm, silc) sont donc de grande taille (du moins par rapport à la majorité des enquêtes en sciences sociales en Suisse) et représentatifs de la population résidante permanente. En ce qui concerne le psm (plus précisément son premier échantillon tiré en 1999), certaines variables peuvent être touchées par l’attrition (soit par la perte (sélective) d’individus participant à l’enquête au fil des années) et donc biaisées. La variable utilisée dans l’analyse (la csp-ch) est effectivement touchée par l’attrition, mais la pondération corrige le phénomène (Graf, 2009).

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Abordons maintenant les principales limites de ces enquêtes (qui sont souvent d’ailleurs les limites de toute enquête (standardisée) auprès des ménages et/ou des personnes) [19][19] La plus fondamentale étant que, pour pouvoir y participer,.... Premièrement, il faut souligner les conséquences des concepts de population et de couverture statistiques propres à ces enquêtes. Le concept de population résidante est utilisé dans le Recensement fédéral de la population, alors que celui de population résidante permanente l’est dans les autres enquêtes (ofs, 2009b). La population résidante est constituée de toutes les personnes résidant en Suisse à un moment donné, quels que soient leur nationalité, la durée et le type d’autorisation de résidence. Les personnes n’ayant pas de domicile officiel en Suisse, telles que les frontaliers travaillant en Suisse, les touristes, les personnes en visite ou en voyages d’affaires, ne sont pas comptées dans la population résidante. Le concept de population résidante permanente contient en outre une condition relative (et restrictive) à la longueur du séjour (une année au moins). La majorité des personnes étrangères travaillant en Suisse sont donc comprises dans ces enquêtes, ce qui est évidemment essentiel puisque la proportion de main-d’œuvre étrangère a toujours été supérieure à 20 % depuis les années 1960, atteignant même 26 % aujourd’hui (ofs, 2009a, p. 82). Toutefois, les concepts de population considérés ne comprennent pas les frontaliers travaillant en Suisse, ces derniers étant en conséquence exclus en principe des enquêtes (standardisées) auprès des ménages et/ou des personnes. Peut-on apprécier, grosso modo au moins, les incidences de cette exclusion sur l’évaluation des thèses du déclin des classes sociales ? Ce n’est malheureusement pas vraiment le cas puisque, s’il existe une statistique des frontaliers, elle n’est disponible que depuis l’année 2002. Toutefois, si l’on compare la distribution des personnes actives occupées (extraites de la population résidante, voir le tableau 2 infra) et celle des frontaliers selon les grands groupes de professions, on observe que les frontaliers sont sous-représentés dans les groupes suivants : professions intellectuelles et scientifiques, professions intermédiaires, employés de type administratif, agriculteurs enfin [20][20] Certains résultats de la statistique des frontaliers.... En revanche, ils sont surreprésentés dans les catégories subséquentes : dirigeants et cadres supérieurs, personnel des services et ventes, artisans et ouvriers, conducteurs et assembleurs, ouvriers et employés non qualifiés. En somme, les frontaliers – excepté le cas du groupe des dirigeants et cadres supérieurs – se distribuent prioritairement dans des catégories que l’on peut qualifier de populaires. Théoriquement, l’absence des frontaliers dans les enquêtes considérées tend donc à favoriser les thèses du déclin des classes sociales (en matière d’évolution de la structure de classe) dans la mesure où elle implique une sous-estimation des positions de classe populaires. Deuxièmement, il n’est pas superflu de considérer certaines limites des classifications et nomenclatures utilisées [21][21] Le problème des aberrations de codage est évoqué lors.... La première nomenclature employée est la classification internationale type des professions (citp) fournie dans le recensement fédéral de la population comme dans l’enquête suisse sur la population active. Dans le recensement, la variable « activité professionnelle » citp est harmonisée pour la période 1970-2000 ; la variable citp de l’enquête suisse sur la population active est tout à fait comparable. En principe, l’analyse de l’évolution du poids relatif des différents groupes n’est donc pas susceptible d’être biaisée par un problème lié à la classification utilisée. Sachant que la classification citp connaît plusieurs niveaux de classement (grands groupes, sous-grands groupes, sous-groupes et groupes de base), il est possible de déplorer (notamment dans une perspective « descriptive », voire « explicative ») le fait que nous utilisons ici le niveau de classement le plus agrégé (soit les grands groupes). Empiriquement, ce choix est toutefois dicté par le fait que l’enquête suisse sur la population active fournit uniquement des données concernant les grands groupes. Dès lors, le dénominateur commun entre ces deux sources de données (le recensement et l’enquête sur la population active) a été utilisé. Compte tenu de l’objectif principal de cet article, cela ne nous semble nullement rédhibitoire puisque les thèses du déclin des classes sociales examinées portent essentiellement sur l’évolution de « grandes masses » de la population. A priori, les deux nomenclatures de position dans la profession (utilisée dans le recensement fédéral de la population) et de situation dans la profession (employée dans l’enquête suisse sur la population active) peuvent sembler poser problème quant à elles (voir le tableau 3). La variable « position dans la profession » est harmonisée pour la période 1970-2000 ; celle de « situation dans la profession » est comparable entre les années 2000 et 2007. Toutefois, ces deux variables ne sont pas directement comparables entre elles en raison de définitions différentes des fonctions dirigeantes. Ainsi, dans le recensement, la catégorie « salariés avec fonction dirigeante » relève d’une définition relativement restreinte correspondant aux fonctions de directeur, fondé de pouvoir, fonctionnaire supérieur ou autres cadres supérieurs. La variable « situation dans la profession » de l’enquête sur la population active contient au contraire des catégories (salariés membres de la direction, salariés exerçant une fonction de chef) plus extensives basées sur les réponses à une question sujette à interprétation [22][22] La suivante : « Dans votre emploi, faites-vous partie.... En conséquence, lors de l’évaluation des thèses du déclin des classes sociales, nous considérerons l’évolution de ces deux variables comme des « séries temporelles » distinctes. Enfin, nous utilisons les csp-ch (voir plus haut pour les principes de construction de ce schéma de classe). Nous disposons d’une variable harmonisée pour la période 1980-2000 (recensement fédéral de la population) et la variable disponible dans les données du psm et de silc est construite selon les mêmes principes. En conséquence, il est possible de considérer comme fiable l’observation de l’évolution du poids relatif de ces catégories de 1980 à 2004 (voir les tableaux 4 et 5) [23][23] Soulignons toutefois que la catégorie « dirigeants.... Nous employons le premier niveau de classement (le plus agrégé), ici aussi parce qu’il constitue le dénominateur commun entre les sources de données auxquelles nous avons eu recours. Une fois encore, ce choix (contraint) ne nous semble pas nuire à l’évaluation des thèses relatives à l’évolution de la structure de classe.

Une « moyennisation » assez moyenne

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La distinction traditionnelle entre inégalités des chances et inégalités des conditions (Breen & Jonsson, 2005, p. 222-223) tend notamment à occulter une question centrale : celle de la structure de classe [24][24] Avec Ramond, notons que : « L’égalité des chances….... C’est d’ailleurs cette dernière qui donne principalement sens aux problématiques mentionnées, car, finalement, il s’agit bien d’analyser les inégalités des chances d’accès aux différentes places constituant cette structure comme les inégalités des conditions associées auxdites places. Malgré l’existence de différentes approches, l’analyse en termes de classe (au moins dans sa version empirique et quantitative) connaît des éléments conceptuels communs, notamment celui selon lequel les places en question (ou positions de classe) existent indépendamment des individus venant les occuper (Sørensen, 1991, p. 72-73). Autrement dit, ce sont – d’un point de vue analytique – des « places vides » ou des places objectives (Poulantzas, 1974, p. 10) qui, bien qu’occupées par des individus, sont indépendantes d’eux (à un moment donné, par définition et sauf exception, la place précède l’individu venant l’occuper et elle pourrait être occupée par un autre individu). Cette distinction entre, d’une part, l’espace des places ou des positions de classe et, d’autre part, les propriétés de leurs occupants est importante dans la mesure où il est légitime, selon la problématique considérée, d’insister – voire de se focaliser – sur l’une ou l’autre de ses dimensions (les places ou les propriétés des occupants). En l’occurrence, cet article portant sur l’évolution du poids relatif des différentes positions de classe, il est justifié de se concentrer sur les places elles-mêmes sans différenciation selon les propriétés (sociodémographiques) de leurs occupants [25][25] Cette affirmation ne vise pas à nier le rôle des individus....

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L’évolution de la structure de classe peut être abordée sous deux perspectives principales : en termes de « morphologie » des classes sociales et en termes de mobilité sociale. Bien que les transformations de la division du travail (rémunéré) occupent une place centrale dans la théorie sociologique classique et contemporaine (Szafran, 1992), empiriquement l’évolution comparée de la structure de classe en termes de « morphologie » semble moins systématiquement établie et analysée (voir toutefois Crouch, 2008, p. 15-25 ; Gagliani, 1985 ; Myles & Turegun, 1994) que ne le sont les régimes de mobilité sociale (Blackburn & Prandy, 1997 ; Breen, 2004 ; Breen & Jonsson, 2005 ; Erikson & Goldthorpe, 1992b, 2002 ; Ganzeboom et al., 1991 ; Kurz et Müller, 1987 ; Treiman and Ganzeboom, 2000 ; pour la Suisse, Bergman et al., 2002 ; Levy et al., 1997a, p. 235-316 ; Levy et al., 1997b), y compris sous un angle subjectif (Duru-Bellat & Kieffer, 2006 ; Merllié, 2006).

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En matière d’évolution (sur le long terme) des sociétés, il est généralement admis que la société industrielle est une société de classe (Kerbo, 2003), ou l’a été. En effet, selon certains auteurs, nous ne vivons plus dans une société industrielle et, par voie de conséquence, plus dans une société de classe ; pour d’autres, au contraire, il y a persistance d’une société de classe. Ainsi, les analyses existantes peuvent être attribuées à deux grandes conceptions du changement social se traduisant par des thèses relativement divergentes quant à l’évolution de la structure de classe (Goldthorpe, 1992 ; Wright, 1997) [26][26] La structure en question peut se transformer de deux.... D’un côté, nous trouvons une théorie marxiste du développement du capitalisme, en particulier les théories de la concentration du capital et de la prolétarisation du travail. Selon la première, la dynamique d’accumulation de l’économie capitaliste est censée tendre vers une concentration du capital qui génère, d’une part, une disparition progressive des petites entreprises et, d’autre part, un accroissement concomitant des grandes. La seconde postule, qu’afin d’augmenter le contrôle de la force de travail et l’extraction de la plus-value, la classe capitaliste vise à réduire l’autonomie du travail qualifié et, autant que faire se peut, à remplacer le travail qualifié par du travail non qualifié. Ce dernier phénomène ayant pour conséquence le nécessaire développement de l’appareil de contrôle au sein des entreprises afin d’encadrer et de superviser des travailleurs de plus en plus privés des connaissances relatives au processus de production. Cette dynamique de l’économie capitaliste est supposée avoir des incidences sur la distribution de classe de la force de travail, notamment : provoquer un déclin significatif des indépendants en raison du processus de concentration du capital et une augmentation des travailleurs non qualifiés en conséquence de la prolétarisation du travail. D’un autre côté, nous avons une théorie « postindustrielle », qui ne contient pas en tant que telle une série systématique d’hypothèses au sujet des transformations de la structure de classe, mais dont la logique générale permet de construire des prévisions quant aux modifications du poids relatif des différentes classes. En somme, cette théorie considère que le monde du travail rémunéré est désormais marqué par une augmentation de la complexité des organisations et des prises de décision, par une plus grande autonomie des salariés, enfin par un processus de déprolétarisation dû à l’élévation des qualifications (et à la délocalisation des emplois peu qualifiés) [27][27] Les débats autour de la globalisation/mondialisation.... Les thèses du déclin des classes sociales, que nous entendons tester, peuvent être considérées comme une version de la théorie « postindustrielle ». En tant que telle, elle doit au moins formuler des hypothèses portant sur (1) l’évolution de la division du travail, soit de la structure de l’emploi et sur (2) celle de la structure de classe. En matière de structure de l’emploi, les thèses du déclin des classes sociales se doivent (afin de se soumettre à une mise à l’épreuve empirique) de formuler des hypothèses relatives à l’augmentation des qualifications des forces de travail d’une part, au supposé exercice concomitant d’autorité et de responsabilité d’autre part (Goldthorpe, 1992, p. 123). Dès lors, ces thèses ne sont pas réfutées à condition que l’observation montre effectivement une augmentation continue des catégories les plus qualifiées des forces de travail (hypothèse 1) et une diminution parallèle des catégories n’exerçant pas de fonction hiérarchique (d’autorité et de responsabilité) (hypothèse 2). En ce qui concerne la structure de classe, l’assertion centrale des thèses du déclin des classes sociales affirme donc qu’il y a « translation » des classes populaires vers les classes moyennes (soit constitution d’un vaste et majoritaire ensemble de classes moyennes) [28][28] On peut dès lors légitimement faire l’économie d’assertions.... À cet égard, elles recourent à deux concepts : celui de « moyennisation » et celui d’« aspiration vers le haut » (Chauvel, 1998) [29][29] Voir Chauvel (1998, p. 11 et 34 sq.) pour les références.... Le premier peut s’entendre en termes de dynamique ou de résultat. Ces dernières dimensions permettent de formuler deux hypothèses qui prennent la forme spécifique d’affirmations sur le déclin des classes populaires impliquant un affaiblissement de la conflictualité de classe. Dans ce cadre, les thèses du déclin des classes sociales ne sont pas réfutées à condition que l’observation montre réellement une expansion continue du poids numérique des classes moyennes (hypothèse 3, dynamique) et que ces classes constituent désormais un ensemble majoritaire au sein de la structure de classe (hypothèse 4, résultat). Le concept d’« aspiration vers le haut », qui fait référence à un décalage progressif de l’ensemble de la population vers des positions plus élevées, permet d’établir une cinquième hypothèse. Dans ce cas, les thèses sous revue ne sont pas réfutées à condition que l’observation montre de manière concomitante une expansion des catégories d’encadrement et intermédiaires (classes moyennes) et un déclin des classes populaires (hypothèse 5) [30][30] Pour une vue d’ensemble, certes partiellement datée,....

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L’évaluation de ces hypothèses se fera sur une période relativement brève : de 1970 à 2007 pour celles relatives à la structure de l’emploi, de 1980 à 2004 pour celles concernant la structure de classe [31][31] Le recensement de 1970 ne permet pas de construire.... Le tableau 2 permet de se prononcer au sujet de l’hypothèse 1 relative à l’évolution de la structure de l’emploi.

Tableau 2  - Grands groupes de professions (citp) des personnes actives occupées. Évolution 1970-2007 (en %) Tableau 2
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Il montre, sur près de quarante ans, l’évolution relative du poids de différentes catégories de professions, mesurées par la classification internationale type des professions (citp). Cette classification autorise l’évaluation de l’hypothèse concernant l’évolution de la qualification des forces de travail dans la mesure où elle repose notamment sur des niveaux de compétences définis par la formation scolaire et professionnelle (Birch & Élias, 1994). Ainsi, les professions intellectuelles et scientifiques correspondent au niveau de compétence (et de formation) le plus élevé, suivi des professions intermédiaires, puis d’un ensemble constitué des employés de type administratif, des personnels des services et vendeurs, des agriculteurs et ouvriers qualifiés de l’agriculture et de la pêche, des artisans et ouvriers de type artisanal et des conducteurs de machines et ouvriers de l’assemblage, enfin les ouvriers et employés non qualifiés relèvent du niveau de compétence le plus bas [32][32] La définition du groupe des membres de l’exécutif et....

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Sur la base du tableau 2, on peut observer l’augmentation ininterrompue des groupes les plus qualifiés. De fait, entre 1970 et 2007, le groupe des professions intellectuelles et scientifiques passe de 4,9 % à 18,1 % de la population active occupée ; dans le même sens, la catégorie des professions intermédiaires augmente de 12,5 % à 21,4 %. Durant la même période, l’ensemble des groupes moins qualifiés (employés de type administratif, personnel des services et vendeurs, agriculteurs et ouvriers qualifiés de l’agriculture et de la pêche, artisans et ouvriers de type artisanal, conducteurs de machine et ouvriers d’assemblage, ouvriers et employés non qualifiés) passent quant à eux de 78,2 % à 54,1 % de la population active occupée. Dès lors, on peut admettre – bien qu’on puisse noter que les groupes moins qualifiés restent majoritaires – que l’hypothèse 1 formulée dans le cadre des thèses du déclin des classes sociales est corroborée. S’il y a donc bien une augmentation continue des groupes les plus qualifiés des forces de travail durant la période considérée, est-elle accompagnée – comme le voudrait l’hypothèse 2 au sujet de la structure de l’emploi – d’une diminution parallèle des catégories n’exerçant pas de fonction hiérarchique ? Malgré des différences de nomenclatures entre le recensement fédéral de la population et l’enquête suisse sur la population active (voir plus haut), le tableau 3 permet de se prononcer à cet égard. Il présente l’évolution de la répartition des actifs occupés dans les positions ou situations dans la profession entre 1970 et 2007.

Tableau 3  - Position/situation dans la profession. Évolution 1970-2007 (en %) Tableau 3
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Considérons dans un premier temps l’évolution des différentes positions dans la profession (1970-2000). Dans la plupart des cas, les fluctuations observées ne permettent pas de dégager des tendances linéaires. Seuls les collaborateurs familiaux connaissent un déclin régulier durant cette période, passant de 4,6 % à 2,7 % de la population active occupée. Après une baisse relativement modeste entre 1970 et 1980 (environ 2 %), la proportion de salariés sans fonction dirigeante reste stable (74 %) et représente une large majorité au sein des forces de travail. Dans un second temps, on peut observer l’évolution du poids des différentes situations dans la profession sur la période 2000-2007. Globalement, l’ensemble des catégories restent stables ; en particulier toutefois, les salariés sans fonction de chef connaissent une petite augmentation (peu significative certes) et continuent de constituer le groupe le plus important (numériquement) au sein des actifs occupés. Quelles que soient les nomenclatures utilisées, il est donc possible d’admettre que la catégorie des salariés « sans fonction hiérarchique » ne décroît pas durant la période d’observation et continue en outre de représenter un ensemble (relativement) majoritaire au sein du marché de l’emploi, en particulier en ce qui concerne le salariat, quelle que soit l’élévation des niveaux de formation et de qualification. Dès lors, l’hypothèse 2 relative à la structure de l’emploi peut être réfutée.

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Abordons maintenant la question de l’évolution de la structure de classe. À cet égard, le tableau 4 constitue la base d’évaluation des hypothèses formulées dans le cadre des thèses du déclin des classes sociales. Il montre l’évolution relative, pour l’ensemble de la Suisse, du poids des différentes classes (mesurées par les catégories socioprofessionnelles) entre 1980 et 2004. On observe que les catégories suivantes sont en expansion, plus ou moins marquée, durant cette période : professions libérales, indépendants, professions intellectuelles et d’encadrement, professions intermédiaires. Cette dernière catégorie connaît une progression particulièrement importante. La classe des employés est relativement stable, tandis que les ouvriers et, de manière plus considérable, les travailleurs non qualifiés sont en déclin.

Tableau 4  - Catégories socioprofessionnelles. Évolution 1980-2004 (en %) Tableau 4
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Sur la base du tableau 4, nous avons calculé des taux d’expansion/déclin pour chaque catégorie et pour les périodes 1980-1990, 1990-2000 et 2000-2004. Les résultats sont exposés au tableau 5 [33][33] Par exemple, les dirigeants représentent 1,3 % de la....

Tableau 5  - Catégories socioprofessionnelles. Taux d’expansion/déclin 1980-2004 Tableau 5
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Les tableaux 4 et 5 permettent de se prononcer au sujet des hypothèses 3, 4 et 5 formulées précédemment. Concernant l’hypothèse 3, on constate effectivement une expansion continue du poids numérique des classes moyennes. Ainsi, entre 1980 et 2004, la catégorie des professions intellectuelles et d’encadrement passe de 7,2 % à 14,7 % de la population active occupée, alors que celle des professions intermédiaires augmente de 9,6 % à 28,2 %. En conséquence, on peut estimer que cette hypothèse est corroborée. L’hypothèse 4 voudrait que l’expansion précédemment constatée débouche sur la constitution d’une « constellation centrale » majoritaire au sein de la structure de classe. Sur ce point, l’analyse montre qu’en 2004 les classes moyennes représentent environ 43 % de la population active occupée, alors que les classes populaires en constituent toujours environ la même part (42 %). En conséquence, l’hypothèse 4 peut être rejetée. L’hypothèse 5 implique que l’expansion avérée des classes moyennes s’accompagne d’un déclin concomitant des catégories populaires ; si ce phénomène s’observe effectivement, il y a alors une « aspiration vers le haut » de la structure de classe. C’est le cas puisque si la catégorie des employés est relativement stable, les ouvriers et les travailleurs non qualifiés connaissent un déclin important durant la période examinée (en particulier ces derniers qui passent de 32 % à 12 % de la population active occupée). L’hypothèse 5 est donc également corroborée.

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En somme, trois des cinq hypothèses formulées dans le cadre des thèses du déclin des classes sociales se trouvent être empiriquement corroborées dans le cas de la société suisse contemporaine. Toutefois, prises globalement et systématiquement, ces thèses échouent à décrire l’évolution de la structure de classe ; celle-ci s’avère plus complexe avec, d’une part, une réelle augmentation des classes moyennes mais, d’autre part, le maintien d’un ensemble important de classes populaires. Plus généralement, ce constat rejoint les conclusions d’autres analyses montrant notamment tout à la fois l’échec de la théorie marxiste (absence d’une prolétarisation du travail) et celui de la théorie « postindustrielle » (maintien d’un salariat d’exécution majoritaire) dans leur capacité à prédire l’évolution effective de la structure de classe (Chauvel, 2001b ; Goldthorpe, 1992 ; Kaya, 2008 ; Wright, 1997).

Discussion

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L’objectif de cet article était de contribuer à l’évaluation des thèses du déclin des classes sociales. À cette fin, nous avons formulé une série d’hypothèses, donnant corps à ces thèses, susceptibles d’être réfutées empiriquement. Celles-ci ont porté sur l’évolution de la structure de l’emploi d’une part, sur celle de la structure de classe d’autre part. En somme, trois des cinq hypothèses formulées dans le cadre des thèses du déclin des classes sociales se trouvent être empiriquement corroborées dans le cas de la société suisse contemporaine. En conséquence, il est possible d’affirmer que, considérées comme un tout cohérent, ces thèses sont toutefois réfutées en la matière dans le cas, pourtant a priori favorable, de la société suisse contemporaine.

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Grosso modo, cette dernière est, quant à ce qui nous occupe ici, caractérisée par deux phénomènes. D’une part, on observe une augmentation ininterrompue des groupes qualifiés qui va de pair avec le maintien d’un ensemble relativement majoritaire de salariés « sans fonction hiérarchique » ; si l’on ne craignait pas les généralisations abusives, on pourrait parler d’une forme (au minimum potentielle) de « prolétarisation » (au sens de dégradation des conditions d’emploi et de travail) des groupes qualifiés. D’autre part, l’analyse montre une expansion continue des classes moyennes – par aspiration vers le haut de franges des classes populaires – qui n’empêche pas ces dernières de continuer à représenter une proportion similaire (de celle des classes moyennes) des forces de travail. Autrement dit, la société suisse contemporaine n’est pas plus une société de classes moyennes que de classes populaires, malgré les transformations qu’elle a connues, durant la période considérée, notamment à cause de la tertiarisation de l’économie [34][34] Cette dernière résultant principalement du progrès....

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Pour différentes raisons, il n’est pas aisé d’introduire une dimension de comparaison internationale (rigoureuse) sur la période considérée (1970-2007) [35][35] Il s’agit notamment du problème de l’accès à des données.... À défaut de série longue et de comparabilité avec le schéma de classe utilisé dans cet article, il est néanmoins possible de se reporter à des résultats récents concernant le poids relatif des différentes positions de classe dans certains pays européens en fonction du schéma de classe « esec » (European Socio-economic Classification). En regroupant les catégories de ce schéma pour en former une version en trois classes – soit salariat, intermediate et working class (Rose & Harrison, 2007, p. 470-471) –, on peut en somme observer, en se basant sur les statistiques de Whelan et al. (2007, p. 268), que les classes moyennes (intermediate) et les classes populaires (working class) représentent une proportion semblable de la structure de classe (environ un tiers chacune) [36][36] Les pays pour lesquels des données sont disponibles.... La persistance d’une part importante de classes populaires peut également être observée en Suisse selon le même schéma de classe (esec), soit environ un tiers également [37][37] Selon les données du Panel suisse de ménages (psm).... Autrement dit, les classes populaires continuent de constituer une proportion considérable de la structure de classe, contrairement aux affirmations des thèses du déclin des classes sociales ; ce phénomène trouve également confirmation dans la littérature, notamment en ce qui concerne les cas de la France et des États-Unis (Bidou-Zachariasen, 2004 ; Chauvel, 2001a, 2001b).

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En guise de conclusion générale, on peut noter que d’autres recherches ont montré une certaine stabilité de la société suisse contemporaine. Ainsi, entre autres, Levy et al. (1997) n’observent pas de diminution du degré d’homogamie et d’homosocialité au cours des dernières décennies (certes sans disposer de série temporelle et procédant à une analyse par cohortes), alors que Bergman et al. (2002) estiment que la structure sociale de la Suisse n’a guère évolué, au cours des années 1990, si l’on considère les changements en termes de capital économique, culturel et social. Dès lors, il nous semble qu’il y a toujours une place (et un avenir) pour l’analyse en termes de classe sociale de nos sociétés (Goldthorpe et Marshall, 1992 ; Wright, 1996), ce que confirment d’ailleurs d’autres travaux (empiriques) récents portant en particulier sur le cas de la société suisse (Oesch, 2006 ; Tillmann & Budowski, 2006, 2007).


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Notes

[*]

Responsable de secteur de recherche, sociologie, fors-Centre de compétences suisse en sciences sociales – fors, c/o Université de Lausanne, Bâtiment Vidy, CH-1015 Lausanne – robin.tillmann@fors.unil.ch

[1]

À l’instar de celui au sujet de la place de l’« inné » et de l’« acquis » dans la stratification sociale (pour une contribution récente, voir Adkins & Vaisey, 2009).

[2]

Cette étude a été réalisée, entre autres, sur la base des données collectées par le Panel suisse de ménages (psm), basé au Centre de compétences suisse en sciences sociales fors. Le projet est financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique.

[3]

Par permanence des inégalités, il faut entendre la permanence de la distribution inégale, mathématiquement parlant, entre les membres d’une société des ressources (matérielles, sociales, politiques, symboliques) de celle-ci (Bihr & Pfefferkorn, 2008, p. 8-11).

[4]

Entendons par là une théorie partagée par l’ensemble de la « communauté » sociologique (ou seulement par une bonne partie d’entre elle). Ici comme ailleurs, les promoteurs de théorie sont légion mais disposent d’une inégale capacité à obtenir de la reconnaissance ; il en résulte d’ailleurs que la théorie la plus (re)connue à un moment donné peut ne pas être la plus féconde mais simplement la plus puissante socialement (Fabiani, 1994) ou la plus « utile » (Boudon, 2002). De fait, les théories coexistent (Turner, 2002), dans une certaine confusion sémantique (Abend, 2008), et ne peuvent pas être aisément départagées (Passeron, 2001). Cette situation, soit la multiplicité des théories, incite notamment à la métathéorisation, elle-même traversée de plusieurs orientations (Ritzer et al., 2002).

[5]

L’ampleur de la relative présence/absence d’une représentation en termes de classe sociale dans le discours est variable dans l’espace et dans le temps, également d’ailleurs selon le type de discours considéré : sciences sociales, littérature, médias, politique, etc. (Beaud, 2007 ; Boltanski & Chiapello, 1999). Évidemment, l’absence d’une représentation en termes de classe sociale dans le discours n’implique pas en tant que telle l’absence d’une structuration en classes sociales du monde social. La question est finalement de savoir si nous vivons dans des sociétés sans classe ou sans discours de classe (Dubar, 2003). Ainsi, on peut repérer des phénomènes de dénégation ; par exemple, au cours des dernières décennies, les producteurs du discours social officiel des sociétés occidentales ont refoulé la question des inégalités sociales et dénié progressivement la pertinence de la notion de classe sociale (Chauvel & Schultheis, 2003 ; Schultheis, 2000).

[6]

Ce mode de raisonnement n’est pas nouveau. Ainsi, par exemple, Lenski (1952) constatait l’absence de convergence et de cohérence des représentations de classe au sein d’un ensemble restreint de répondants et en inférait l’inexistence des classes sociales dans la société américaine.

[7]

On pourrait être plus strict. Ainsi, et dans le langage certes daté et discutable de l’empirisme logique, il est possible de considérer qu’une hypothèse théorique est vérifiée que si tous les énoncés d’observation qui se laissent déduire d’elle sont effectivement vérifiés, et donc réfutée dès lors qu’au moins une de ses conséquences observables n’est pas observée.

[8]

En admettant que la dimension de l’identité temporelle est nécessairement constitutive de la classe sociale.

[9]

Sur les questions relatives aux classes et aux inégalités sociales chez Marx et Weber, on peut entre autres se reporter à Barbalet (1980), Bendix (1974), Burris (1987), Gane (2005), Gubbay (1997), Smith (2007) et Wright (2002).

[10]

Empiriquement, les principes de construction des catégories sont proches ; ainsi, Wright (1997, p. 29-37) estime que ses catégories peuvent être considérées comme un hybride des approches marxiste et wébérienne.

[11]

Au passage, notons que ces trois schémas peuvent faire l’objet des critiques relatives aux « Big Classes » (Grusky & Weeden, 2001, 2002 ; Weeden & Grusky, 2004 et les réponses de Goldthorpe, 2002a, 2007 et Therborn, 2002). Ces critiques débouchent sur un plaidoyer pour des classes désagrégées, des microclasses correspondant grosso modo aux métiers. Quel que soit l’intérêt d’une telle approche, on peut noter qu’elle peut être difficilement applicable empiriquement, notamment en raison de la taille de certains échantillons.

[12]

On trouve chez Joye et al. (1995) des précisions quant à la construction des catégories et les différents niveaux de classement.

[13]

On peut se reporter à Levy et al. (1997a, p. 296) qui considèrent le passage de la condition salariée (comme dirigeant, encadrant ou exécutant) au statut d’indépendant comme une amélioration du statut hiérarchique.

[14]

Au passage, notons qu’en certaines circonstances cette approche tend à sous-estimer le « pouvoir explicatif » de la position de classe, en matière de comportement politique notamment (Erikson & Goldthorpe, 1992a ; Graaf & Heath, 1992).

[15]

Sur les relations entre Popper et les sciences sociales, on peut se reporter à Blanchenay (2005), dont on s’inspire ici.

[16]

Malgré son monisme méthodologique, Popper reconnaît des différences entre les sciences naturelles et sociales dues à l’objet (et non donc à la méthode) de ces dernières. La nature mouvante et complexe des relations sociales rendant la tâche plus difficile pour les sciences sociales.

[17]

La « falsification » pratiquée ici ne doit pas (évidemment) être strictement comprise au sens de Popper. Et ce pour plusieurs raisons ; entre autres, il ne s’agit pas d’établir un critère de démarcation entre science et non-science, il n’est pas non plus question d’affirmer une « norme » caractérisant la « bonne » science. Toutefois, nous suivons une démarche « falsificationniste » dans la mesure où nous testons les prémisses d’une « théorie » sur la base de ses conclusions. Si les affirmations (hypothèses) logiquement dérivées d’une théorie s’avèrent fausses (empiriquement), alors on doit considérer que la théorie en question est fausse.

[18]

Plus d’informations sur ces enquêtes se trouvent sur les sites du psm (www.swisspanel.ch) et de l’ofs (http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/infothek/erhebungen__quellen.html).

[19]

La plus fondamentale étant que, pour pouvoir y participer, il faut disposer d’un logement (souvent d’un téléphone également), ce qui écarte de fait certaines populations « exclues » ou « marginalisées ».

[20]

Certains résultats de la statistique des frontaliers sont disponibles à l’adresse suivante : http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/03/02/blank/data/05.html.

[21]

Le problème des aberrations de codage est évoqué lors de la présentation des résultats.

[22]

La suivante : « Dans votre emploi, faites-vous partie de la direction de l’entreprise ou occupez-vous un poste à responsabilité similaire ? »

[23]

Soulignons toutefois que la catégorie « dirigeants » peut être légèrement sous-estimée dans les données psm-silc notamment en raison de la reconstruction de la csp-ch suite à l’observation d’inconsistances au fil des vagues des panels (Wernli, 2007).

[24]

Avec Ramond, notons que : « L’égalité des chances… suppose nécessairement, d’un point de vue logique, l’égalisation progressive, mais totale, des conditions. Car cela n’aurait aucun sens de dire qu’on est “à égalité de chances” dans des situations ou des conditions différentes » (Ramond, 2008, p. 146). Sur cette question, on peut également se reporter à Bertaux (1977, p. 39-42).

[25]

Cette affirmation ne vise pas à nier le rôle des individus et de l’action humaine. En effet, s’il s’agissait ici d’« expliquer » la genèse de la structure de classe (à un moment donné), il faudrait à l’évidence faire place à l’action et, entre autres, à la théorie de la structuration (Giddens, 1989). Soulignons que « structure » et « action » sont deux aspects de la vie sociale, analytiquement distincts, qui n’ont pas à être nécessairement traités en même temps (Archer, 1995).

[26]

La structure en question peut se transformer de deux façons (Spenner, 1983 cité par Szafran, 1992, p. 293) : la part de la force de travail employée dans telle ou telle catégories d’emploi peut changer d’une part, la nature du travail associé à telle ou telle catégories peut changer d’autre part. Cet article porte uniquement sur le premier type de changement mentionné.

[27]

Les débats autour de la globalisation/mondialisation débouchent entre autres sur des thèses relatives à la structure et aux inégalités de classe (voir par exemple Bauman, 1998 ; Wagner, 2007 ; Weiss, 2005). Quant à notre sujet, ces thèses se rapprochent toutefois simplement de l’une ou l’autre des théories mentionnées ici. Par exemple, l’opposition de Bauman (1998) entre « gagnants » et « perdants » de la globalisation peut être considérée comme (typologiquement) proche d’une version marxiste de nouvelle polarisation de classe. De même, la thèse du déclin des classes laborieuses (traditionnelles) en raison des processus de globalisation/mondialisation (voir, par exemple, Brady & Denniston, 2006) peut être rapprochée des thèses « postindustrielles ». De manière générale, on peut se reporter à Goldthorpe (2002b) pour une synthèse et une réfutation des théories de la globalisation quant à leurs assertions au sujet des inégalités de classe.

[28]

On peut dès lors légitimement faire l’économie d’assertions au sujet de l’évolution numérique des classes supérieures dans le cadre de l’évaluation des thèses en question.

[29]

Voir Chauvel (1998, p. 11 et 34 sq.) pour les références aux auteurs de cette « inspiration ». On a aussi parlé de « vaste constellation centrale » correspondant à une (supposée) vaste classe moyenne indifférenciée qui provoquerait l’obsolescence des notions de classes sociales (pour une critique de cette notion, voir Bidou-Zachariasen, 2002). Cette auteure discute également d’autres représentations métaphoriques de la structure sociale : basculement d’axe du vertical à l’horizontal, exclusion et non plus

exploitation (Touraine), société en sablier (Lipietz), etc. La litanie des visions métaphoriques de la structure sociale est énumérée dans Chauvel & Schultheis (2003).

[30]

Pour une vue d’ensemble, certes partiellement datée, de certains changements structurels de la société suisse au cours des dernières décennies, voir Levy et al. (1997a, p. 169-233 ; 1997b).

[31]

Le recensement de 1970 ne permet pas de construire les catégories socioprofessionnelles. L’enquête suisse sur la population active ne fournit plus, depuis 2000, d’informations sur ces mêmes catégories.

[32]

La définition du groupe des membres de l’exécutif et des corps législatifs, cadres supérieurs de l’administration publique, dirigeants et cadres supérieurs d’entreprise ne fait pas référence au niveau de compétence, mais aux fonctions de direction et de décisions. Le problème mentionné au

tableau 2 (renversement de tendance entre 2000 et 2007) n’influence donc pas significativement l’évaluation d’une hypothèse portant sur l’augmentation des qualifications des forces de travail.

[33]

Par exemple, les dirigeants représentent 1,3 % de la population active occupée en 1980 et 1,4 % en 1990. Cela correspond à un taux d’expansion de 7,7 % durant la décennie 1980-1990 (1,4 moins 1,3 divisé par 1,3 fois 100). La « stratégie » d’analyse adoptée ici est donc assez élémentaire mais suffisante – à notre sens – compte tenu de l’objectif de cet article. Pour une approche similaire, voir notamment Chauvel (1998, p. 33-47).

[34]

Cette dernière résultant principalement du progrès technique et de la mondialisation, laquelle provoque la délocalisation de certaines productions dans les pays à bas salaires (ofs, 2009a, p. 81).

[35]

Il s’agit notamment du problème de l’accès à des données harmonisées et comparables et de celui de la spécificité de la csp-ch. Par exemple, on pensait pouvoir se reporter aux statistiques du Bureau International du Travail (http://laborsta.ilo.org/default_F.html) pour obtenir des données au sujet de l’évolution des grands groupes de professions (citp). Ces statistiques ne sont toutefois pas harmonisées et interdisent donc de réaliser des séries longues (on passe de la citp-1968 à la citp-88, ce qui correspond à un changement de nomenclature durant la période considérée). Dans le cas de la France, en particulier, le groupe le plus qualifié (personnel des professions scientifiques, techniques, libérales et assimilées) représentait environ 16 %

des forces de travail en 1975, alors que le groupe le plus qualifié en 2007 (professions intellectuelles et scientifiques) ne constitue plus qu’environ 14 % de la population active occupée. Nous devrions donc en conclure à un déclin du groupe le plus qualifié, ce qui est fort peu probable. Nous renonçons donc à pratiquer une telle comparaison.

[36]

Les pays pour lesquels des données sont disponibles sont les suivants : Suède, Danemark, Finlande, Norvège, Autriche, Belgique, France, Luxembourg, République d’Irlande, Italie, Espagne, Portugal, Grèce et Estonie. Le phénomène est le même pour les grands pays limitrophes, soit la France et l’Italie.

[37]

Selon les données du Panel suisse de ménages (psm) de 2004, année de référence des résultats mentionnés.

Résumé

Français

Depuis les années 1980, la sociologie a connu une résurgence des thèses du déclin des classes sociales qui a provoqué d’importants débats. En matière d’évolution de la structure de classe plus particulièrement, le débat se focalise sur les thèses dites de la « moyennisation » de la société et de l’« aspiration vers le haut ». Dans ce cadre, la société (postindustrielle) serait désormais constituée d’une vaste classe moyenne tendant à provoquer une dissolution générale des frontières de classes. Cet article est une contribution empirique à ce débat et porte, plus précisément, sur l’évolution de la société suisse contemporaine. A priori, le cas suisse peut sembler favorable aux thèses du déclin des classes sociales. En effet, en comparaison européenne, la Suisse connaît un secteur des services supérieur à la moyenne, un chômage inférieur à celle-ci ou encore un niveau de rémunération supérieur à la moyenne ; tous phénomènes souvent mis en avant pour expliquer le déclin affirmé des classes sociales. Afin d’évaluer les thèses sous revue, une série d’hypothèses ont été formulées au sujet de l’évolution de la division du travail (mesurée selon la classification internationale des professions) d’une part, de la structure de classe (approchée par les catégories socioprofessionnelles helvétiques) d’autre part. L’analyse se base sur des données secondaires, ce qui implique une dépendance vis-à-vis des pratiques des institutions « productrices ». Malgré ces limitations méthodologiques, l’analyse montre que – au moins prises comme un tout cohérent – les thèses du déclin des classes sociales sont réfutées dans le cas, pourtant favorable en principe, de la société suisse contemporaine. Ainsi, entre autres, cette dernière s’avère n’être pas plus une société de classes moyennes que de classes populaires ; ce qui la rapproche d’ailleurs de nombreuses sociétés européennes.

Mots-clés

  • classe sociale
  • inégalités sociales
  • structure de classe
  • Suisse

English

A middle class society? The case of the contemporary Swiss society Since the eighties, sociology has experienced a resurgence of theories of the decline of social class that has caused major debates. Regarding the development of the class structure in particular, the debate focuses on the so-called theses of a « middle-class » society and an « up-grading » society. In this framework, (postindustrial) society is supposed to be constituted by a large middle class that tends to provoke a general dissolution of class boundaries. This paper is an empirical contribution to this debate and is specifically concerned with recent developments within the Swiss society. A priori, the Swiss case appears to be suited for the thesis of the decline of social class. Indeed, compared with other European societies, Switzerland is characterized by a service sector higher than the average, unemployment below the latter, and a pay level higher than the mean; all phenomena often advanced to explain the asserted decline of social class. In order to evaluate the theses under consideration, hypotheses were formulated concerning the evolution of the division of labor (measured by the international standard classification of occupations), the development of the class structure (measured by Swiss socio-professional categories). The study is based on secondary data analysis, which implies a dependence towards the « producing » institutions. Despite these methodological limitations, analysis shows that – at least taken as a whole – the theories of the decline of social class are refuted in the case, even though favorable in principle, of the contemporary Swiss society. Thus, among others, the latter is not more of a middle class than a working class society, making it similar to many European societies.

Keywords

  • Social class
  • social inequalities
  • class structure
  • Switzerland

Plan de l'article

  1. La question (générale) du déclin des classes sociales
  2. Estimer ce déclin en matière d’évolution de la structure de classe : méthodes et données disponibles
  3. Une « moyennisation » assez moyenne
  4. Discussion

Pour citer cet article

Tillmann Robin, « Une société de classes moyennes ? Le cas de la société suisse contemporaine », Sociologie, 2/2010 (Vol. 1), p. 253-271.

URL : http://www.cairn.info/revue-sociologie-2010-2-page-253.htm
DOI : 10.3917/socio.002.0253


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