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Sociologie

2012/4 (Vol. 3)


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L’ouvrage de Raymond Aron, Les désillusions du progrès. Essai sur la dialectique de la modernité, paru en 1969, a été rédigé en 1964-1965 pour l’Encyclopaedia Britannica. Aron lui-même n’avait pas prévu de publier une version française de ce texte. En raison de l’écriture pédagogique et synthétique imposé par l’exercice, il ne considérait sans doute pas cet ouvrage suffisamment abouti, mais, sur l’insistance de ses élèves de l’époque qui y trouvaient, au contraire, beaucoup d’intérêt, il se résolut à le publier sous le format d’un livre enrichi d’une préface et d’une longue postface.

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Les événements de mai 1968 et, de façon plus générale, l’humeur de l’opinion dans les pays occidentaux en cette fin des années 1960, ont aussi contribué à justifier cette édition française. Le texte initial qui n’avait pas d’autre ambition que de rappeler, dans le prolongement de la réflexion des grands maîtres de la sociologie, les contradictions constitutives de modernité, se trouvait subitement accordé à l’air du temps. Il entendait répondre à une série d’énigmes : comment se fait-il que la prospérité des années d’après-guerre, entraînée par une croissance de l’économie, le plein emploi et la généralisation de la protection sociale, suscite autant de frustrations et de troubles dans le corps social ? Comment se fait-il que l’on parle tant des inégalités alors qu’elles diminuent progressivement ? Comment se fait-il que les thèses de l’aliénation, de la domination, de l’asservissement soient si répandues alors que jamais dans l’histoire, les conditions de l’émancipation et de l’affirmation de la personnalité n’ont été aussi favorables ? Comment se fait-il enfin qu’à l’heure de la mondialisation des échanges, le besoin de rechercher l’authenticité dans les particularismes et les formes traditionnelles de l’identité soit aussi prégnant ?

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Son analyse a éclairé de nombreux sociologues, à tel point que plusieurs d’entre eux voient encore aujourd’hui dans ce livre une contribution essentielle à la compréhension des sociétés modernes. Mais aucune relecture n’avait été faite jusqu’ici de façon systématique. Tel est l’exercice auquel nous nous sommes attelés dans une table ronde qui a réuni, sous ma présidence, trois jeunes sociologues à l’occasion d’une journée d’études organisée par la société des amis de Raymond Aron et le CESPRA [1][1] Centre d’études sociologiques et politiques Raymond... qui s’est tenue le 14 juin 2012 à l’EHESS sur « Science et conscience de la société. Les transformations de la sociologie française depuis 1960 ». Près de cinquante ans après la parution de la version anglaise, nous avons souhaité revenir sur les trois dialectiques analysées dans les trois parties qui structurent cet ouvrage (l’égalité, la socialisation et l’universalité) et mettre à l’épreuve ce cadre analytique en le confrontant à la fois aux interrogations actuelles de la sociologie française et aux tensions qui traversent l’ensemble de la société.

Les trois dialectiques de la modernité

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Si Raymond Aron retient le terme de « dialectique » pour parler de la modernité, ce n’est pas sans une certaine ironie, tant ce dernier a nourri les débats autour du marxisme et de l’interprétation du régime soviétique dans les années d’après-guerre, que l’on se souvienne, par exemple, des textes de Maurice Merleau-Ponty, Humanisme et terreur (1947) et Les aventures de la dialectique (1955) ou celui de Jean-Paul Sartre, Critique de la Raison dialectique (1960). Aron en avait lui-même fait une lecture critique dans un article intitulé « Aventures et mésaventures de la dialectique » de 1956 et repris dans son livre Marxismes imaginaires. D’une sainte famille à l’autre (1970). Mais s’il reprend ce terme dans le sous-titre des Désillusions, ce n’est pas pour débattre une nouvelle fois de la Raison historique et de l’expérience du communisme, mais pour poser un regard sociologique sur les contradictions constitutives de la modernité à partir des transformations en cours dans les sociétés occidentales.

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Ce livre s’inscrit dans le prolongement des ouvrages issus de ses cours à la Sorbonne et consacrés à la société industrielle : Dix-huit leçons sur la société industrielle (1962), La lutte des classes (1964) et Démocratie et totalitarisme (1965). Il en reprend des éléments mais qu’il organise de façon différente. La comparaison systématique entre les régimes politiques occidentaux et le régime soviétique n’est plus l’objectif central de la démonstration, mais les questions de la croissance économique et des inégalités, de la socialisation et des rapports sociaux de classe et de l’horizon universaliste des aspirations démocratiques sont toujours au cœur de sa réflexion.

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Les trois dialectiques de la modernité qu’il retient constituent un cadre synthétique des problèmes fondamentaux auxquels les sociologues entendent apporter des réponses, ou tout au moins des éléments d’interprétation fondés sur des matériaux empiriques objectivables. Il reprend d’ailleurs aux grands auteurs de la tradition sociologique une partie de son argumentation [2][2] Rappelons par exemple qu’Aron a publié en 1967 Les.... Dans la partie consacrée à la dialectique de l’égalité, il part de la confusion de Tocqueville entre l’égalité sociale et l’égalité politique, dans celle consacrée à la dialectique de la socialisation, il discute la thèse durkheimienne de l’anomie et, enfin, dans la dernière partie sur la dialectique de l’universalité, il reprend la question anthropologique des particularismes, dans ce qu’il appelle la société transnationale des individus.

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Résumons en quelques mots ces trois dialectiques. La première découle de deux impératifs en partie contradictoires. Les sociétés modernes entendent produire le plus possible et se désespèrent lorsque la croissance se ralentit et aspirent en même temps à traiter tous leurs membres en égaux. Or l’ambition prométhéenne et l’idéal égalitaire sont difficilement compatibles. L’égalité politique est le fondement du lien de citoyenneté, mais les inégalités dans le monde du travail sont en grande partie fonctionnelles. Elles ne peuvent être qu’atténuées, conformément à la logique du lien de participation organique fondé sur la protection des individus et la reconnaissance de leur utilité sociale. L’écart entre l’énonciation politique du principe d’égalité et la persistance d’inégalités économiques et sociales jugées injustes est à l’origine de nombreuses frustrations. Chaque individu est appelé à considérer ses compatriotes et, de façon plus générale, l’ensemble des hommes comme des égaux en droits, mais à rechercher en même temps à tirer le meilleur profit de ses propres capacités et compétences en se distinguant des autres, en poussant le plus loin possible la logique de la distinction statutaire.

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La dialectique de la socialisation repose également sur deux aspirations opposées. Les sociétés modernes cherchent à transmettre par l’éducation les valeurs et les normes qui fondent toute vie sociale et à entretenir la vitalité des institutions chargées d’atteindre ce but, mais, en même temps, elles valorisent le détachement vis-à-vis des formes traditionnelles d’encadrement et de socialisation et affirment que l’individu ne peut se construire qu’en accédant à l’autonomie. La dialectique de la socialisation était déjà présente dans la question posée par Durkheim dans sa thèse de 1893, mais le fondateur de la sociologie française n’opposait pas les deux mouvements. Il s’interrogeait sur leur simultanéité : « Comment se fait-il que, tout en devenant plus autonome, l’individu dépende plus étroitement de la société [3][3] De la division du travail social (2007), Paris, PUF... ? » En réalité, le détachement qui fonde l’autonomie n’est possible qu’au regard des solidarités primaires, celles qui caractérisent les groupes restreints et les sociétés plus traditionnelles, mais le fonctionnement de l’économie moderne implique des formes de complémentarité entre les individus et les groupes et, par là-même, des formes nouvelles de dépendance à l’égard des institutions globales qui régulent la société. Cette dépendance peut être dans certains cas, et de façon presque inévitable, jugée excessive. Elle peut contraindre les individus en leur assignant des fonctions déterminées parfois mal ajustées à leurs compétences ou à leurs désirs jusqu’à étouffer leur aspiration à la liberté. Un ordre social cohérent et stable constitue le rempart face au risque d’anomie, mais se heurte à la méfiance à l’égard des institutions trop envahissantes, entretient de façon presque mécanique le refus d’obéir, de se soumettre, et favorise la dénonciation de toutes les formes possibles d’aliénation.

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Enfin, la dialectique de l’universalité se fonde sur des évolutions en apparence antagonistes et qui se manifestent elles aussi de façon simultanée. Aron reprend dans la troisième partie de son ouvrage le thème du développement et de la philosophie évolutionniste qu’il avait abordé précédemment [4][4] On lira par exemple un texte de Raymond Aron de 1961.... Le progrès scientifique, l’usage de techniques de production et de commercialisation toujours plus raffinées, l’homogénéisation progressive des modes de consommation et de communication conduisent inexorablement vers un monde globalisé, au moins virtuellement universel. Les peuples peuvent-ils s’opposer à cette évolution sans risquer de se marginaliser, voire de disparaître ? Cette tendance semble justifier l’affirmation d’Auguste Comte pour qui l’histoire de l’humanité doit être conçue comme celle d’un peuple unique. Et pourtant, les particularismes de toutes sortes – nationaux, régionaux, ethniques, religieux – ne cessent de se proclamer un peu partout dans le monde, les frontières se maintiennent, se redessinent quelquefois et le protectionnisme économique, pourtant souvent décrié, est loin d’avoir disparu. Tout se passe comme si cette recherche identitaire fondée sur les traditions culturelles servait de contrepoint existentiel au mouvement de mondialisation et se traduisait dans les faits par des tensions et des conflits locaux.

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Ces trois dialectiques renvoient, on le voit, à des contradictions profondes des sociétés modernes au sens où elles se déploient dans un temps long de l’histoire. Les sociologues de la fin du xixe siècle jusqu’à aujourd’hui posent à peu près toujours les mêmes questions, même si ces dernières s’expriment sous des formes légèrement différentes d’une époque à l’autre. L’exercice qui consiste à reprendre chacune de ces dialectiques à partir du raisonnement du Raymond Aron des années 1960 et à le mettre à l’épreuve des faits sociaux du début du xxie siècle n’en reste pas moins stimulant. L’intérêt est évidemment de comparer deux époques différentes, l’une marquée par les Trente Glorieuses, l’autre par les années de crise, notamment de la société salariale (Castel, 1995). Je laisse à mes jeunes collègues le soin de discuter séparément chacune des trois contradictions – Nicolas Duvoux sur la dialectique de l’égalité, Cécile Van de Velde sur la dialectique de la socialisation et Marion Wlodarczyk sur la dialectique de l’Universalité – pour me contenter ici de livrer quelques remarques d’ordre général.

La question transversale des inégalités

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À la lecture du sommaire de cet ouvrage, on pourrait croire que la question des inégalités est principalement traitée dans la première partie, or la lecture complète permet de constater qu’elle est au contraire transversale. S’il en est question naturellement dans la dialectique de l’égalité, on la retrouve en effet dans la dialectique de la socialisation et dans la dialectique de l’universalité. S’il en est ainsi, c’est tout d’abord parce qu’Aron adopte un point de vue relativiste. Il s’emploie à prendre en compte non seulement les inégalités réelles et leur reproduction effective, mais aussi le sens que les sociétés modernes leur accordent. Il en conclut que la pauvreté ne peut totalement disparaître puisque son sens varie au cours de l’histoire et que les inégalités se transforment sans cesse. Il s’interroge en ces termes : « Faut-il conclure que l’obstacle insurmontable à l’égalité c’est, en dernière analyse, la nature même de l’homme social ? La société moderne, essentiellement compétitive, prétend distribuer les rôles en fonction des mérites. En dépit ou à cause de l’idéal égalitaire qu’elle proclame, elle incite les individus et les groupes à se comparer sans cesse les uns aux autres, à se situer plus ou moins haut dans la hiérarchie des valeurs. Comment la jalousie et les revendications ne résulteraient-elles pas de ces comparaisons incessantes ? » (Désillusions, p. 90). Lorsque la structure des classes sociales se modifie rapidement, comme cela fut particulièrement le cas dans les Trente Glorieuses, la mobilité sociale apparaît plus forte et les individus dont l’appartenance à des groupes sociaux peut changer au cours d’une génération cherchent sans cesse à évaluer leur parcours en fonction de celui des autres. Les inégalités de réussite créent des frustrations chez certains, lesquelles apparaissent d’autant plus insupportables qu’elles sont exacerbées par des signes nouveaux de distinction. De ce fait, la question sociale, loin de disparaître au cours de cette phase de très forte croissance, se renouvelle et appelle presque inévitablement un retour de la société sur elle-même et notamment sur ses divisions internes, ses inégalités et ce qui les rend illégitimes.

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Mais ce n’est pas tout. Quand Aron aborde la question du système éducatif dans la deuxième partie, il retrouve la question des inégalités. Alors même que l’école a pour objectif de socialiser les jeunes, de les préparer au monde du travail, mais aussi de leur transmettre des valeurs et d’en faire de futurs citoyens avisés, elle consacre les inégalités sociales et tend à confondre les aptitudes individuelles et la socialisation familiale. D’où le constat de deux tendances antinomiques à l’œuvre dans le processus de socialisation : « Deux tendances contraires se manifestent simultanément : l’une vers la réduction des inégalités économiques, vers des chances accrues d’instruction pour tous, vers une prise de conscience, par tous les parents, de la nécessité d’une formation intellectuelle, vers l’élargissement de l’horizon social des familles populaires. Mais, en sens contraire, la socialisation familiale continuera de marquer chaque individu. La compétition sera ouverte à un nombre accru d’enfants ; or les parents appartenant à des couches sociales élevées encourageront encore plus leurs enfants à prendre au sérieux leurs études afin d’éviter qu’ils ne tombent à un niveau inférieur de la hiérarchie » (Désillusions, p. 118). Enfin, comment ne pas parler d’inégalités quand on aborde la question du développement ? De façon logique, Aron consacre le chapitre VIII de la troisième partie à « L’ordre inégalitaire du développement ». Les inégalités existent au sein de toutes les sociétés, mais aussi entre les peuples. La misère scandaleuse de certains peut même s’accroître alors que le progrès collectif, même inégalement réparti, permet à d’autres de sortir de la pauvreté en accédant à la consommation de masse et au bien-être. La visée universelle du développement de l’humanité se heurte sans cesse à l’intérêt des États les plus riches de préserver leurs avantages, mais aussi à l’intérêt des États les plus pauvres d’affirmer leur indépendance et de résister à la domination qu’ils subissent par le recours à des formes exacerbées de nationalisme.

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Si la question des inégalités est transversale, ne pourrait-on pas dire, qu’au-delà des trois dialectiques qui constituent la structure de l’ouvrage, le problème essentiel est de rechercher comment les sociétés modernes pensent et régulent le lien social pour y faire face ? Depuis le milieu des années 1970, les sociétés occidentales connaissent une moindre croissance économique et sont confrontées de façon cyclique à une dégradation du marché de l’emploi. Si les contradictions de la modernité apparaissaient de façon aussi nette dans les années de prospérité, nous pouvons faire l’hypothèse qu’elles se sont amplifiées en période de crise rampante.

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Non seulement l’écart de revenus entre les plus riches et les plus pauvres a augmenté, mais la remise en question au moins partielle des mécanismes traditionnels de l’intégration sociale (la famille, l’école, l’emploi, les corps intermédiaires, les institutions républicaines) se traduit par de nouvelles inégalités sociales. Le développement de la protection sociale généralisée mise en place au cours du xxe siècle apparaît en recul et des franges nombreuses de la population sont de plus en plus précaires ou menacées de le devenir. Par ailleurs, les politiques de lutte contre les effets délétères de la désintégration tendent paradoxalement à renforcer la visibilité des catégories jugées « désintégrées » ou susceptibles de l’être et consacrent ainsi leur processus de disqualification sociale (Paugam, 1991). De son côté, l’école, par l’ensemble de son programme d’action pédagogique, contribue non seulement à reproduire la distribution très inégale du capital culturel entre les groupes et les classes sociales, mais elle n’a pas réussi non plus à endiguer le processus de ségrégation (van Zanten, 2001) et de ruptures (Millet & Thin, 2005) qui affecte l’ensemble du système éducatif au point d’en ébranler peu à peu ses fondements. L’école de masse de ce début du xxie siècle est à la fois plus démocratique et, paradoxalement, plus disqualifiante que ne l’était le système scolaire de la fin du xixe siècle. La crise des institutions accroît les inégalités (Dubet, 2002). Elle n’affecte guère les classes moyennes et supérieures qui y voient même dans certains cas une opportunité supplémentaire d’autonomie, mais elle fragilise les classes populaires parce qu’elle leur ôte la protection et la sécurité qui fondent leur intégration sociale. La « communauté des citoyens » (Schnapper, 1994) elle-même semble de plus en plus se fragmenter et laisser place à un doute ou une méfiance assez répandue dans les couches populaires de la population à l’égard des institutions qui la fondent.

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Plus qu’au cours des Trente Glorieuses, les désillusions du progrès semblent trouver aujourd’hui leur expression la plus intense dans le constat des formes inégales de l’intégration sociale et, par conséquent, dans la fragilité intrinsèque de liens sociaux – lien de filiation, lien de participation élective, lien de participation organique, lien de citoyenneté (Paugam, 2008) – et dans la fragilisation poussée de leur entrecroisement. Le moteur de l’inégalité se situe aujourd’hui non plus exclusivement entre groupes sociaux intégrés et rivaux dans la lutte pour le partage des bénéfices, mais dans les ratés du processus d’intégration sociale lui-même, qui contribuent à hiérarchiser la population tout au long d’un continuum qui oppose deux pôles extrêmes : celui de la force cumulative des quatre types de liens sociaux qui prédispose à une intégration sociale stabilisée et celui de la faiblesse cumulative de ces liens, voire de la rupture de certains d’entre eux, qui se traduit par un déficit de protection et un déni de reconnaissance. Dans ce pôle de la faiblesse cumulative des liens, il existe des modes de résistance à la disqualification sociale. Face à l’épuisement du lien de participation organique et du lien de citoyenneté, la compensation est souvent recherchée dans les ressources potentielles du lien de participation élective, celui que les classes populaires peuvent encore mobiliser dans les réseaux communautaires souvent organisés sur la base du quartier de résidence, dans l’habitat socialement disqualifié. La conflictualité se développe sur fond d’éclatement des collectifs traditionnels et se fonde sur des formes d’expression plus spontanées et aussi plus violentes.

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L’ampleur de cette désillusion est variable d’une société à l’autre. Mais les modes de régulation pour y faire face sont également contrastés. Ils peuvent également évoluer dans l’histoire. Il appartient aux sociologues de les étudier et de les comparer. Dans cet immense travail qui reste à accomplir, l’ouvrage de Raymond Aron constitue une puissante source d’inspiration.


Bibliographie

  • Aron R. (1962), Dix-huit leçons sur la société industrielle, Paris, Gallimard.
  • Aron R. (1964), La Lutte de classes. Nouvelles leçons sur les sociétés industrielles, Paris, Gallimard.
  • Aron R. (1965), Démocratie et totalitarisme, Paris, Gallimard.
  • Aron R. (1967), Les Étapes de la pensée sociologique, Paris, Gallimard.
  • Aron R. (1969), Les Désillusions du progrès. Essai sur la dialectique de la modernité, Paris, Calmann-Lévy.
  • Aron R. (1970), Marxismes imaginaires. D’une Sainte Famille à l’autre, Paris, Gallimard.
  • Aron R. (2006), Les Sociétés modernes, Paris, PUF « Quadrige ».
  • Castel R. (1995), Les Métamorphoses de la question sociale. Chronique du salariat, Paris, Fayard.
  • Dubet F. (2002), Le Déclin de l’institution, Paris, Seuil.
  • Durkheim E. (2007 [1893]), De la division du travail social, Paris, PUF « Quadrige ».
  • Merleau-Ponty M. (1947), Humanisme et terreur, Paris, Gallimard.
  • Merleau-Ponty M. (1955), Les Aventures de la dialectique, Paris, Gallimard.
  • Millet M. & Thin D. (2005), Ruptures scolaires. L’école à l’épreuve de la question sociale, Paris, PUF.
  • Paugam S. (1991), La Disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté, Paris, PUF.
  • Paugam S. (2008), Le Lien social, Paris, PUF.
  • Sartre J.-P. (1960), Critique de la raison dialectique, Paris, Gallimard.
  • Schnapper D. (1994), La Communauté des citoyens. Sur l’idée moderne de nation, Paris, Gallimard.
  • Van Zanten A. (2001), L’école de la périphérie. Scolarité et ségrégation en banlieue, Paris, PUF.

Notes

[*]

Sociologue, directeur de recherche au CNRS, directeur d’études à l’EHESS Équipe de recherche sur les inégalités sociales (ERIS-CMH) – 48 Bd Jourdan – 75014 Paris paugam@ehess.fr

[1]

Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron.

[2]

Rappelons par exemple qu’Aron a publié en 1967 Les Étapes de la pensée sociologique. De tous ses ouvrages sociologiques, c’est sans doute celui qui est le plus connu. Beaucoup de sociologues d’aujourd’hui lui reconnaissent la vertu de comprendre la pensée des fondateurs de la sociologie mieux que ceux-ci ne pouvaient eux-mêmes la comprendre.

[3]

De la division du travail social (2007), Paris, PUF « Quadrige », préface de la première édition, p. XLIII.

[4]

On lira par exemple un texte de Raymond Aron de 1961 intitulé « Théorie du développement et philosophie évolutionniste » repris dans le volume Les sociétés modernes (2006).

Résumé

Français

L’ouvrage de Raymond Aron, Les désillusions du progrès. Essai sur la dialectique de la modernité publié en 1969, après l’avoir été en anglais en 1965, entendait répondre à une série d’énigmes : comment se fait-il que la prospérité des années d’après-guerre, entraînée par une croissance de l’économie, le plein emploi et la généralisation de la protection sociale, suscite autant de frustrations et de troubles dans le corps social ? Comment se fait-il que l’on parle tant des inégalités alors qu’elles diminuent progressivement ? Comment se fait-il que les thèses de l’aliénation, de la domination, de l’asservissement soient si répandues alors que jamais autant encore dans l’histoire, les conditions de l’émancipation et de l’affirmation de la personnalité n’ont été aussi favorables ? Comment se fait-il enfin qu’à l’heure de la mondialisation des échanges, le besoin de rechercher l’authenticité dans les particularismes et les formes traditionnelles de l’identité soit aussi prégnant ? Les réponses d’Aron ont éclairé de nombreux sociologues, à tel point que plusieurs d’entre eux voient encore aujourd’hui dans ce livre une contribution essentielle à la compréhension des sociétés modernes. Mais aucune relecture n’avait été faite jusqu’ici de façon systématique. Tel est l’exercice qui a réuni dans une table ronde, sous la présidence de Serge Paugam, trois jeunes sociologues, Nicolas Duvoux, Cécile Van de Velde et Marion Ledoux-Wlodarczyk, à l’occasion d’une journée d’études Raymond Aron, qui s’est tenue le 14 juin 2012 à l’EHESS sur « Science et conscience de la société. Les transformations de la sociologie française depuis 1960 ». Près de cinquante ans après la parution de la version anglaise, les quatre auteurs reviennent sur les trois dialectiques analysées dans les trois parties qui structurent cet ouvrage (l’égalité, la socialisation et l’universalité) et tentent de mettre à l’épreuve ce cadre analytique en le confrontant à la fois aux interrogations actuelles de la sociologie française et aux tensions qui traversent l’ensemble de la société.

Mots-clés

  • égalité
  • socialisation
  • universalité
  • progrès
  • dialectique
  • Raymond Aron

English

New readings of Raymond Aron, Les Désillusions du Progrès (1969)The constituent contradictions of modernityThe work of Raymond Aron, Les désillusions du progrès. Essai sur la dialectique de la modernité, published in 1969, after its publication in English in 1965, intended to respond to a series of enigmas: how is it that the prosperity of the post-war years, entailed by economic growth, full employment and the generalization of social protection, engenders so much frustration and unrest in society? How is it that we talk so much of inequality when it is decreasing progressively? How is that the theses of alienation, domination, of enslavement are so common although never before in history have the conditions of emancipation and affirmation of personality been so favorable? How is it, finally, that at the time of the globalization of exchanges, the need to search for authenticity in the particularities and the traditional forms of identity are so pregnant? Aron’s responses enlightened many sociologists, to the point that today several of them see in this book an essential contribution to the comprehension of modern societies. But no re-reading of it had been done in a systematic manner until now. Such was the exercise that gathered, in a round table under the presidency of Serge Paugam, three young sociologists - Nicolas Duvoux, Cécile Van de Velde and Marion Ledoux-Wlodarczyk - on the occasion of a study day on Raymond Aron that took place on June 14, 2012 at the EHESS, on “Science and conscience of society. The transformations of French society since 1960.” Nearly fifty years after the publication of the English version, the four authors return to the three dialectics analyzed in the three parts that structure the book (equality, socialization and universality) and attempt to test this analytic frame by confronting it with the current questions of French sociology as well as with tensions that penetrate the whole of society.

Keywords

  • equality
  • socialization
  • universality
  • progress
  • dialectics
  • Raymond Aron

Plan de l'article

  1. Les trois dialectiques de la modernité
  2. La question transversale des inégalités

Pour citer cet article

Paugam Serge, « Relectures de Raymond Aron, Les Désillusions du progrès (1969). Les contradictions constitutives de la modernité », Sociologie, 4/2012 (Vol. 3), p. 413-420.

URL : http://www.cairn.info/revue-sociologie-2012-4-page-413.htm
DOI : 10.3917/socio.034.0413


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