2002
Spirale
Bébé d’ici, bébé d’ailleurs
Petit, regarde la lune
[*]
« Pour nous, il ne suffit pas de nommer un enfant pour qu’il devienne un humain. » « Il faut s’affermir, “se durcir”, sortir de l’univers “du mou”, de l’humide, pour accéder à la condition d’homme d’ici-bas, et abandonner celle qui caractérise les êtres de l’autre monde. »
C’est pourquoi la petite enfance est jalonnée de rites qui, aux différentes étapes de la croissance, viennent signifier que la personne émerge un peu plus.
Sortir de l’indistinction cosmique pour prendre une dimension sociale.
Le développement du bébé est marqué par des actes de tout le groupe à chaque fois qu’une étape est franchie, jugée importante pour lui ou pour sa mère.
« Quand un bébé perce ses dents, il a une autre nourriture, on lui donne un autre vêtement, un autre parure ou grigri. »
S’il commence à marcher, il occupe une position différente, et on l’appelle « enfant qui marche », alors qu’avant il était « enfant tout petit » ou « enfant sans tête ».
« Chez nous, le bébé ne porte qu’un fil de coton autour des reins, ça solidifie sa colonne vertébrale. »
« Quand il marche à quatre pattes, on le met sur une peau de “bête qui court vite” pour que lui aussi puisse bien courir quand il sera plus grand. »
« Ce qui est important pour nous, c’est qu’il soit présenté à la lune. Ce bébé fait partie d’une unité cosmique, et lors de la pleine lune qui suit sa naissance, son visage est enduit d’argile blanche, comme la lune, et il faut lui tourner la tête vers l’astre, pour le remercier de cette fécondité. »
« Oui, c’est vrai, pour se moquer d’un nigaud, on lui dit : “On a oublié de te montrer à la lune !” Seulement après la présentation le père a le droit de prendre son enfant dans les bras et de lui chanter des chansons. »
« Souvent on crie : “Petit, regarde la lune, elle t’apporte prospérité, richesse et longue vie.” On le lance doucement en l’air, neuf fois pour un garçon, sept fois pour une fille. C’est la tante qui s’occupe de ça. »
« Quand un bébé a son premier sourire, sa mère change de nom. De “celle qui a engendré”, elle devient désormais “la mère du petit enfant”. »
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Catherine-Juliet Delpy
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psychopédagogue, formatrice au casnav (Centre académique pour la scolarisation des nouveaux arrivés et des enfants du voyage) de l’académie de Créteil, tisse pour chaque numéro des dialogues nomades entre sociétés traditionnelles et monde occidental, ici et là-bas, migrants et société d’accueil. Rencontres transculturelles.