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S'inscrire Alertes e-mail - Spirale Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezRemerciements pour le prix Lebovici[1] [1] Traduction Béatrice Smith. ...
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AuteurMyriam David[*] [*] L’allocution originale a été prononcée en anglais. ...
suitedu même auteur
Tout d’abord, laissez-moi dire à quel point je vous suis reconnaissante, chers Bernard et Antoine et tous ceux qui vous entourent à la waimh de France, d’avoir suggéré mon nom pour le prix Lebovici.
2 Mes plus grands remerciements vont à la waimh pour avoir créé ce prix au nom de S. Lebovici et pour m’avoir permis d’être la première à avoir le grand honneur d’en bénéficier. Merci beaucoup au comité local pour avoir organisé cette soirée.
3 N’est-ce pas fantastique aussi, cher Barry Brazelton, qu’ayant été ensemble juniors au James Putnam Children Center à Boston, nous nous retrouvions ensemble encore, cinquante ans plus tard, à la fin de notre vie professionnelle et, après tout, plutôt en forme pour des octogénaires ?
4 Je profiterai de l’occasion pour dire comme cette récompense venant d’une organisation internationale et portant le nom de Lebovici me touche !
5 J’aimerais que vous sachiez que cette récompense est due est à des gens merveilleux d’organisations nationales et internationales que j’ai eu la chance de rencontrer aux moments où j’en avais besoin et qui m’ont tant apporté. J’aimerais tant qu’ils soient là.
6 Si je suis ici aujourd’hui, c’est surtout grâce à une femme très généreuse, madame Carmalt de New York, qui aimait mon pays et soutenait la Résistance française. Elle décida de donner une bourse à quelques jeunes gens qui avaient participé à la Résistance, qui avaient été déportés, qui parlaient anglais couramment, qui avaient obtenu leur diplôme universitaire juste avant d’être arrêtés, mais qui avaient besoin d’aide pour recommencer une vie nouvelle et reprendre leurs études initiales. J’ai eu la chance d’être l’une des quelques personnes à être choisies parmi tous ceux, nombreux, qui remplissaient tous ces critères.
7 Voilà comment, après une courte période (de mars à juin 1946) dans le service de pédiatrie au John Hopkins Hospital de Baltimore où je me sentais perdue, je me retrouvai à Boston pour obtenir un peu d’expérience en pédopsychiatrie. Cela est devenu la chance de ma vie, la rencontre extraordinaire qui a été à la base de la poursuite de ma carrière. Non seulement la qualité de l’enseignement et de l’expérience clinique mais aussi l’attention chaleureuse des patients et de leurs parents m’étaient données généreusement.
8 Merci à Georges Gardner pour votre accueil amical et pour m’avoir admise à la clinique de guidance Judge Bager sur Bacon Street, à la condition que j’y reste au moins un an. Le renouvellement de la bourse chaque année, une de la fondation Rockfeller, une autre d’inh, m’a permis de rester trois ans.
9 Merci à Marian Putnam pour m’avoir admise ensuite dans votre centre Jame Jackson Putnam, à la suggestion de Beata Rank qui était mon superviseur à la clinique Judge Baker.
10 Merci Madame Rank pour votre aide constante, votre générosité, votre compréhension et votre confiance dans mes capacités à entreprendre ce travail.
11 Merci de m’avoir donné l’expérience de savoir, pour le reste de ma vie, ce qu’« entendre » veut dire, à la fois pour celui qui écoute et pour celui qui est écouté. J’ai eu aussi la chance d’être plongée dans un « bain psychanalytique » de grande qualité et d’être encouragée par tout le personnel senior, de bénéficier d’une supervision hebdomadaire, de conférences, de rencontres avec des travailleurs sociaux qui s’occupaient des mères de mes patients. Merci au Dr Félix Deutsch pour mon analyse et à ceux qui mènent les séminaires du soir à l’institut de psychanalyse de Boston et à l’hôpital de Massachusetts.
12 À la fin de ces trois années, j’étais prête à revenir en France, en sachant ce que je voulais faire et comment le faire.
13 Maintenant que je suis âgée et capable de revenir sur ma vie, je me rends compte que ce genre de miracle s’est produit plusieurs fois, fournissant chaque fois un terrain propice au travail et à la rencontre avec des personnes qui m’ont aidée. Certains étaient des débutants enthousiastes, comme Geneviève Appell, prête à investir toute son énergie à la tâche, d’autres avec plus d’expérience, comme John Bowlby et son équipe, Donald Buckle de l’Organisation mondiale de la santé, et beaucoup d’autres qui nous ont donné leur temps et attention, ont partagé leurs connaissances, nous ont invités à des séminaires, reçus dans leurs services, René Spitz et John Benjamin à Denver, Sally Provence à Newhaven, Julius Richmond à Syracuse, Emmi Pikler à Budapest et d’autres qui nous ont aidés à trouver des fonds de recherche.
14 J’aimerais dire un peu plus sur ces années (1950-1962), dévolues aux nombreux problèmes liés à la séparation précoce et la carence. Cela a été un choc tout d’abord de se rendre compte des effets sur les bébés entre 1 et 3 ans qui se trouvaient résidents dans une nurserie. Ils n’étaient pas seulement séparés de leur mère mais privés de tout lien avec elle, « déportés » (le mot n’est pas trop fort), dans un environnement étrange où personne ne se souciait d’eux, de leur souffrance et de celle de leurs parents.
15 Nos échanges réguliers avec John Bowlby, Mary Ainsworth, James Robertson ont été d’une grande aide pour nous guider vers l’organisation de données qui pouvaient être explicitées et analysées. Et cela a servi notre travail clinique avec les bébés d’abord. Cela nous a permis aussi de toucher les institutions et les professionnels du bien-être des enfants qui ignoraient le problème et qui, à notre consternation, n’avaient pas l’intention d’écouter. Durant toutes ces années, nos efforts se sont concentrés sur la description des effets des séparations à court et long terme, ainsi que des carences graves sur les enfants de tous âges. Nous avons aussi travaillé sur le travail psychothérapeutique possible avec les bébés et leurs parents, ainsi qu’avec les adultes qui s’occupaient de ces bébés pendant les périodes de séparation.
16 Ici je devrais mentionner les séminaires internationaux sur le sujet, organisés par les Nations unies et menés par Margaret Pohek et Donald Buckle pour l’Organisation mondiale de la santé, ainsi que par Nathalie Messe au Centre international de l’enfant à Paris. Ces séminaires m’ont donné l’idée et la force d’entreprendre des formations intensives, basées sur des analyses de cas avec les travailleurs sociaux qui ne se rendaient pas compte du problème, bien que travaillant pour des services familiaux où les parents présentaient souvent des désordres psychiatriques non diagnostiqués.
17 Pendant ce temps, John Bowlby et Donald Buckle nous ont aidés de nouveau à trouver des fonds lorsque cette étude initiale a été interrompue, car nous voulions avec Geneviève Appell commencer une autre recherche sur les effets à court et à long terme de la séparation mère-bébé pendant les premiers mois de la vie. Dans cette recherche, la cause de la séparation était bien définie : préserver les risques de contagion des bébés dont les mères venaient de guérir d’une tuberculose avant qu’ils n’aient le bcg. Dans cette étude, les mères ne présentaient pas de problèmes sociaux ou mentaux ajoutés et la nurserie était avide d’éradiquer les causes usuelles de carence institutionnelle.
18 Durant les années suivantes, avec le suivi de cas de ces vingt bébés, revenus chez eux, nous avons rencontré Bowlby à la fondation Ciba, et, entre autres professionnels, des éthologues. Ils nous ont inspiré notre méthodologie pour le suivi de ces bébés, la valeur de l’observation du bébé dans son environnement et l’étude des comptes-rendus d’observation du point de vue de l’interaction. Nous avons ainsi appris à « regarder avec attention » le bébé, tout en « écoutant » la mère avec une attention égale. Cela nous a permis d’élaborer nos résultats sur l’interaction mère-bébé, comme autre produit de notre recherche sur les séparations précoces. À partir de là, nous avons pris l’habitude d’observer le bébé tout en écoutant la mère, et avons eu le plaisir de découvrir durant la première réunion waimh à Lisbonne que Selma Fraiberg utilisait la même méthode.
19 C’est à la même époque que nous avons découvert le travail d’Emmi Pikler au cours d’un colloque organisé par le Centre international de l’enfance. Depuis ce jour, nous avons maintenu des échanges stimulants avec ses collègues dont Judith Falk et Anna Tardos à propos du fonctionnement préverbal « corporo-psychique » des bébés dans leur activité motrice. Nous nous sommes aussi intéressés à la mise en place de soins qui prendraient ce type de fonctionnement en compte.
20 Si tout ce travail a pu être entrepris durant ces années, c’est grâce à toutes ces personnes, et d’autres que je n’ai pu nommer, qui ont pris le temps de discuter et de travailler avec nous. Voilà pourquoi il est si gratifiant pour moi de recevoir un prix international.
21 Et voici le dernier miracle : la rencontre avec Serge Lebovici dans un séminaire organisé par l’Organisation mondiale de la santé à Copenhague et tenu par Donald Buckle. Nous nous connaissions sans nous être jamais rencontrés. Serge, encouragé par Donald Buckle, m’offrit en 1960 de rejoindre l’équipe clinique qu’il dirigeait depuis un an. Cela n’était pas facile pour Serge, car bien qu’ayant une formation analytique, je ne pratiquais pas l’analyse, mais l’utilisais lors de mon travail préventif et thérapeutique. Il m’était indispensable de travailler dans un service clairement orienté psychanalytiquement. C’est pourquoi je vous remercie encore, Serge Lebovici, pour m’avoir ouvert les portes de votre service et proposé de développer le travail avec les pédiatres et avec le personnel des crèches du 13e arrondissement. Cela nous a menés, quelques années après, à ouvrir un service de travail à domicile dans des familles d’accueil et, en 1976, à ouvrir une unité de jour pour bébés et parents.
22 Ainsi, nous avions enfin l’équipement complet pour faire de la prévention et du travail thérapeutique avec les bébés, leurs parents et le personnel de crèche.
23 Merci cher Serge Lebovici de m’avoir donné cette chance, votre confiance aussi, me laissant la responsabilité de cette tâche pour laquelle vous m’avez donné votre soutien. Ainsi, vous pouvez voir quel cadeau formidable c’est pour moi de recevoir le prix « Serge Lebovici », à l’issue de ma vie professionnelle et étant toujours vivante ! J’aimerais tant que Serge soit là aussi !
24 Un autre miracle à mentionner : le grand nombre à ce congrès de personnes qui travaillent avec des enfants, alors qu’il y a cinquante ans, nous étions si peu, disséminés par le monde.
25 Merci à vous tous, ceux qui ne sont plus là et ceux qui y sont, alors que nous construisons toujours le monde.
Mercredi après-midi, square de Choisy. À l’ombre d’un arbre, un grand vélo repose, appuyé sur le tronc. Deux mouflets s’en approchent en sautillant. Paola, la plus âgée ramasse un bâton par terre et entreprend de repeindre l’engin. Sa main gauche est à moitié fermée sur un pot imaginaire dans lequel l’enfant plonge son bâton-pinceau. Elle barbouille le cadre du vélo sans le toucher. Application. Elle commente chacun de ses gestes. Ce qui ne laisse pas de doute quant au sens apparent de son jeu. Pedro, le plus petit copie la grande, sans un mot. Il a saisi un bâton dont il semble ne savoir que faire. Il observe attentivement les gestes du modèle. Ébauche d’un mouvement, interruption. Il observe à nouveau. Poursuite du mouvement, arrêt... Fébrilité. Manifestement, il n’y a pour lui ni pinceau, ni pot de peinture. Seulement une figure qu’il essaye de s’approprier pour que son mouvement puisse se dérouler. Imitation, identification ? Et ça dure, bien que le sens échappât au petit bonhomme. Mine réjouie.
Pierre Denis
Notes
[ *] L’allocution originale a été prononcée en anglais.
[ 1] Traduction Béatrice Smith.
POUR CITER CET ARTICLE
Myriam David « Remerciements pour le prix Lebovici », Spirale 1/2003 (no 25), p. 167-172.
URL : www.cairn.info/revue-spirale-2003-1-page-167.htm.
DOI : 10.3917/spi.025.0167.




