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Spirale

2003/2 (no 26)

  • Pages : 168
  • ISBN : 2749201683
  • DOI : 10.3917/spi.026.0121
  • Éditeur : ERES


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La clinique et les recherches actuelles tiennent compte du père en périnatalité et en psychopathologie précoce. Cela a ouvert l’intérêt sur le lien conjugal entre père et mère, considéré comme une dimension qui peut éclairer les mécanismes psychiques et relationnels impliqués dans le processus de parentalité.

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La conjugalité implique principalement le lien sexuel entre les conjoints.

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Les liens entre sexualité et reproduction ont subi l’impact des nouvelles pratiques médicales. La découverte de la pilule contraceptive avait permis une déliaison entre sexualité et reproduction, en faveur de la sexualité. Par contre, les nouvelles techniques médicales de reproduction assistée sont en train de permettre la déliaison entre sexualité et reproduction en faveur de la reproduction. Dans ce double mouvement une question reste ouverte : comment influe la sexualité parentale sur la reproduction et sur les comportements et fantasmes déclenchés quand un parent élève un enfant qu’il soit biologique ou non ? La première partie de la question est de plus en plus connue surtout dans la dimension biologique, mais pas autant dans les dimensions psychologique et comportementale. La deuxième partie de la question est très peu connue. Elle inspire beaucoup de débats (parentalité et couples non hétérosexuels, individus seuls, sans conjoint…) mais des recherches interdisciplinaires rigoureuses ne sont pas encore entamées. On constate que la sexualité a peu de place dans les questions scientifiques actuelles sur reproduction et parentalité. Elle n’apparaît que dans les questions éthiques et du droit à la liberté individuelle, peut-être pour protéger le droit à l’intimité et au « sacré » de cette dimension de l’être humain. On peut penser que la science actuelle ose travailler sur le corps, mais pas sur l’esprit. Néanmoins de plus en plus, nous qui travaillons sur l’esprit, nous trouvons des populations qui nous consultent sur les effets perturbateurs des reproductions médicalement assistées, sur leur sexualité, leur relation de couple, et leur parentalité.

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Le thème de discussion proposé sur « conjugalité et parentalité » se révèle être un bon cadre pour essayer d’apporter des aspects cliniques et de recherche qui permettent la réflexion sur les questions suivantes : quelle place occupe le lien sexuel parental à l’occasion de la naissance d’un premier enfant ? Quelle est la place de ce lien dans le processus de parentalité ? Et finalement quelle est la place de ce lien dans l’organisation des relations triadiques, et dans leur évolution sur les relations triangulaires ?

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Ces questions sont formulées à partir de la curiosité éveillée par la pratique en psychopathologie infanto-juvénile, et plus spécifiquement dans la pratique clinique avec les parents et avec des bébés et petits enfants suspectés d’avoir souffert d’abus sexuel intrafamilial. Face à ces populations, où le fait sexuel des adultes perd son cadre naturel, soit dans l’agir soit dans les fantasmes, et implique le bébé ou le petit enfant, nous ne pouvons pas éviter de nous interroger sur la sexualité des adultes et leur implication avec les liens de parentalité. On se demande comment s’aménage chez des parents non abuseurs l’excès sexuel qu’on trouve chez les parents abuseurs. Bien sûr nous avons des réponses courantes dans notre pratique pour distinguer la sexualité adulte normale de celle pathologique, mais faire le chemin de réflexion inverse, c’est-à-dire partir de la pathologie pour mieux comprendre la normalité, peut nous aider à réviser des connaissances acquises à la lumière des pratiques et connaissances actuelles.

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Les données venant de la recherche soulignent l’importance des découvertes suivantes :

  • le couple connaît un haut risque de déstabilisation pendant les 24 premiers mois de vie de leur premier enfant (Cox et al., 1999) ;

  • l’alliance parentale (Cohen et Weissman, 1984) apparaît comme étant différente de l’alliance conjugale (Buchanan, Maccoby et al., 1991).

L’alliance parentale (Cohen et Weissman, 1984) est décrite comme un phénomène issu de la relation avec l’enfant et comporte, en plus de la relation conjugale des parents, la relation de chacun d’eux avec l’enfant et la nouvelle relation de partenariat parental. Quatre facteurs la composent : 1. L’investissement de l’enfant ; 2. La capacité d’apprécier l’implication de l’autre parent avec l’enfant ; 3. Le respect des critères de l’autre parent ; 4. Le désir de communiquer les thèmes concernant leur parentalité. Son but principal serait d’apporter un support et une affirmation dans les abondantes situations stressantes propres à la transition vers la parentalité.

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Les recherches sur les cas de divorces en bonnes conditions montrent l’existence d’une bonne alliance parentale, malgré l’interruption de l’alliance conjugale entre les parents.

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La clinique nous montre que les cas de divorces en mauvaises conditions, où la rupture de liens implique la rupture de l’alliance conjugale et de l’alliance parentale, constituent un facteur de risque de psychopathologie chez l’enfant et l’adolescent. Ce fait ouvre la question du rôle sur la capacité individuelle d’établir des liens conjugaux de bonne qualité et de la sexualité adulte dans l’établissement de la parentalité.

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La clinique nous montre aussi que les qualités parentales de quelqu’un peuvent être stimulées et poussées vers un développement harmonieux, par rapport à un enfant, à l’occasion d’une nouvelle relation conjugale, bien au-delà de la parentalité biologique.

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Les recherches sur les caractéristiques individuelles pouvant influencer les capacités d’alliance conjugale et la parentalité, réalisées sur « des populations non cliniques » et tenant compte du paradigme de l’attachement montrent que :

  • les adultes qui présentent un Model Interne Sécure (évalué avec l’aai) présentent une meilleure capacité pour établir des relations conjugales ou romantiques que les adultes qui présentent un Model Interne Insécure (Owens et al, 1995 ; Cox, et al., 1999) ;

  • les épouses avec un Model Interne Sécure présentent plus fréquemment des comportements positifs et par contre moins de comportements négatifs et de retrait que les épouses avec un Model Interne Insecure. Cette différence ne se trouve pas entre les époux (Paley et al., 1999) ;

  • une étude sur la contribution du Model Interne d’attachement sur la capacité des conjoints de maintenir une bonne opinion sur leurs relations (l’affect, l’intimité, la recherche de soutien et les colères sont évalués) même quand ses interactions deviennent plus conflictuelles, pendant la transition à la parentalité (Paley, Cox et al., 2002), montre que : l’attachement sécure tant de l’époux que de l’épouse apparaît comme prédictif de l’opinion positive sur leur mariage pendant la transition à la parentalité dans les couples avec un niveau élevé de conflits conjugaux. Les époux insécures réfèrent une diminution de l’affect et de l’intimité conjugale à la deuxième année de l’enfant. Par contre les époux sécures, malgré les conflits conjugaux, perçoivent une augmentation de l’affect et de l’intimité conjugale à cette période-là ;

  • l’attachement sécure du mari et non celui de l’épouse est prédictif pour l’opinion sur la relation conjugale tant de l’époux que de l’épouse dans le contexte de disputes maritales élevées. Une explication possible c’est que les époux avec attachement sécure ont plus de stratégies pour éconduire les relations conflictuelles dans les moments plus compliqués de la relation conjugale ;

  • l’attachement désorganisé, non résolu, individuel des composants du couple peut être la base des relations de violence dans l’intimité. Les épouses avec un attachement désorganisé non résolu peuvent être plus vulnérables et considérer que la conduite de leur conjoint est menaçante et humiliante. Ce fait peut les conduire à réagir comme si elles étaient abusées par leur époux (sans l’être vraiment) (West et George, 1999). Ces auteurs considèrent très important le fait de suivre de près l’évolution des épouses avec un attachement désorganisé non résolu, au moment de l’organisation de la parentalité, pour mieux comprendre comment elles perçoivent leur partenaire et leur couple, et comment ces perceptions distordues peuvent précipiter des conduites violentes. Nous reprendrons plus tard ces représentations maternelles en relation à des cas cliniques de faux soupçons d’abus sexuels sur des enfants âgés entre 20 mois et 4 ans.

Les recherches sur la triade apportent des informations sur la capacité précoce du bébé à entrer en relations avec deux fonctionnements, interactifs et psychiques différents et simultanés : celui de la mère et celui du père (M. Lamour et al., 2000).

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É. Fivaz-Depeursinge (2000) montre bien dans ses études comment à un moment donné du développement (8-9 mois), le bébé tient compte différemment des communications non verbales venant de la mère de celles venant du père. Les interactions communicatives de la mère guident en partie les interactions communicatives vers le père. Cette fonction médiatrice de la mère n’a lieu seulement que chez le bébé. Des recherches montrent (Lamour, 2000) que le père s’approche plus du bébé et a plus d’interactions en fonction de la représentation qu’il a de sa conjointe, et vice-versa de celle qu’elle a de lui-même.

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Toutes ces données provenant des recherches actuelles, même si elles nous permettent d’accéder en partie à la complexité des phénomènes en cause, ne rendent pas complètement compte des mécanismes psychiques mis en jeu pour que la triade offre une possibilité de triangulation chez le bébé et le petit enfant (Golse, 1999).

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Nous soutenons l’hypothèse qu’une certaine dimension de la sexualité des parents intervient dans ce processus de passage du triadique au triangulaire. Cette conception est issue des constructions théoriques sur le fonctionnement mental, fournies par la clinique psychanalytique. L’entrave de ce processus trouve son expression concomitante dans la psychopathologie de l’enfant et dans l’accession à la parentalité.

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Devenir parent conduit à une relation triadique avec le bébé/petit enfant et à un état psychique où s’imposent le balancement entre les sentiments et les vécus adultes, et les souvenirs des sentiments et vécus d’enfant, et un écho entre la sexualité adulte et infantile. La façon individuelle dont chaque partenaire du couple peut aménager ces deux niveaux de fonctionnement psychique, sans se figer ni dans l’un ni dans l’autre, retentira sur la vie du couple. Ceci va influencer aussi les interactions parentales et finalement la dimension comportementale des relations triadiques de même que la dimension psychique, qui ouvrira les relations triangulaires.

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L’hypothèse, inspirée par la clinique, que nous souhaitons soumettre aux débats, est que la sexualité adulte ne servirait pas uniquement à engendrer l’enfant, mais aurait aussi un rôle principal pour assurer l’évolution du bébé et du petit enfant. Ceci tant du point de vue de la conservation en vie (soins, nourriture…) que de la maturation psychique qui va permettre l’émergence du psychisme individuel de l’enfant que soutiendra le développement des compétences sociales pour l’indépendance.

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Une gamme élargie de figures cliniques nous vient en tête. Soit dans les bons cas, où l’alliance conjugale des parents inclut l’activité sexuelle présidée par le désir sexuel vivant des parents lequel est nettement différencié des affects portés vers leur enfant. Dans ces cas-là, l’enfant reçoit beaucoup de signes non verbaux parentaux qui l’aident à la création d’espaces différenciés tant relationnels que psychiques. Soit dans les cas où l’alliance conjugale est faite justement pour assurer une approche discrète de l’activité sexuelle, parfois jusqu’à l’absence de tels échanges entre parents, avec une difficulté partagée de s’ouvrir au désir sexuel. Cette position peut comporter une certaine confusion entre l’affect des adultes et l’affectivité de l’enfant. Celui-ci reçoit beaucoup moins de signes non verbaux pour s’orienter vers des territoires enfant-adulte différents. Dans des cas d’extrême gravité clinique où l’alliance conjugale se fait sur une activité sexuelle trop primaire (peu secondarisée, parfois contenant une certaine perversité, au service des besoins primaires des adultes et avec peu de disponibilité vers l’altérité de l’enfant), la confusion des affects entre les adultes et l’enfant est patente et peut donner lieu à des comportements d’abus sexuels, de maltraitance et d’abus émotionnel.

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Que nous dit alors la littérature psychanalytique sur l’importance d’une différentiation entre les liens d’affect et de sexualité du couple parental et les liens d’affect avec le bébé et le petit enfant ?

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Elle précise que la disponibilité dans le psychisme maternel de sa double position mère-amante, décrite par Braunschweig et Fain (1975) et citée a posteriori par Green (1997) et Golse (1999) est présente continûment dès le moment de l’engendrement de l’enfant, jusqu’après l’accouchement. Cette position permet la « censure de l’amante », qui assure dès le moment de la naissance un lien « non unique » entre la mère et le bébé, ce qui facilitera les processus de différenciation et de séparation ultérieurs.

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Cette position psychique maternelle est aussi de qualité bien différente de la double position entre mère-fille qui mobilise les liens d’affectivité homosexuelle à l’occasion de la maternité, décrits par Stern (1995) comme une dimension triangulaire particulière.

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La conception de la mère-amante fait directement référence à la sexualité adulte de la mère, et bien que les recherches n’aient pas abordé cet aspect-là, du fait de sa complexité, la clinique nous montre qu’au moment de la naissance du bébé, elle maintient son poids fantasmatique (Lebovici, 1983) et sa fonction primordiale pour l’avenir psychique du nouveau-né.

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Green (1997) écrit : « La mère est la seule partenaire du triangle à avoir une relation charnelle aux deux autres. Sans doute une différence permet de distinguer la sexualité “à but inhibé” de la mère envers l’enfant et la sexualité accomplie avec le père. »

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Cette proposition de représentation de la maternité et de la paternité, issue de la psychanalyse, au-delà de l’observation directe des interactions précoces, est à notre avis primordiale pour comprendre le lien entre conjugalité et parentalité, et entre sexualité adulte et parentalité.

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De ce point de vue, la sexualité adulte a un rôle important pour assurer l’évolution du bébé et du petit enfant.

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Bien évidemment l’être humain fait partie d’une espèce très sophistiquée et complexe, dans laquelle les variations de la norme sont très larges. Ainsi cette grande plasticité favorise le déploiement des potentiels de développement d’un enfant dans des conditions adverses. Les occasions de rattrapage de développement, de compensations relationnelles et environnementales apparaissent comme très variées. Ce rattrapage est évident dans les recherches longitudinales et transgénérationelles sur la transmission du modèle interne d’attachement, montrant bien comment les attachements insécures peuvent évoluer vers des attachements sécures d’une génération à l’autre.

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Comprendre certains mécanismes qui interviennent sur le développement de l’enfant nous aide quant au repérage des facteurs de risque et de protection ainsi qu’au niveau des mécanismes mis en jeu dans la psychopathologie précoce. Cependant ils ne nous permettent pas de faire des pronostics définitifs à long terme.

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On pourrait imaginer une situation d’observation de la triade dans les moments d’intimité, sur le lit des parents, lieu où le jeu corporel intervient. Quand les choses se passent bien c’est à l’occasion de ces jeux, si fréquents pendant les cinq premières années de la vie de l’enfant, que se mettent en évidence les différences entre les capacités des parents à mener un jeu érotique désexualisé vers l’enfant, bien différent des jeux érotiques sexualisés vers le conjoint. La clinique nous montre que dans les cas où cette différence est mal établie (immaturité sexuelle parentale), et quand prédomine un érotisme enfantin chez un ou les deux parents, apparaissent alors des évitements devant le jeu et devant la rencontre de la triade sur le lit des parents, comme mécanismes de défense non conscient chez l’adulte. Au contraire, on voit apparaître aussi des jeux de séduction et sexualisés avec l’enfant (jeux non nettement pervers, mais équivoques).

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La représentation de la triade jouant dans le lit des parents devient très présente quand on travaille avec des bébés et des petits enfants suspects d’être victimes d’abus sexuel intrafamilial.

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À travers notre travail clinique dans l’Unité fonctionnelle de soins de l’abus sexuel et de la maltraitance (ufam de l’Hôpital de Saint Jean de Dieu de Barcelone) nous avons trouvé que chez les enfants de moins de 4 ans, suspects d’être victimes d’abus sexuel intrafamilial, les moments d’intimité parents/enfant (les jeux sur le lit des parents, pendant le bain des parents et de l’enfant), sont l’occasion plus fréquente des actions d’abus, ou de suspicion d’abus. Nous rencontrons : soit un comportement abusif d’un parent (le père plus fréquemment), soit des conduites sexualisées ambiguës qui sont vécues comme des abus par l’autre parent qui est présent. Ou encore le cas de couples divorcés avec des difficultés dans l’établissement du régime des visites, la mère imaginant un abus face à une manifestation de curiosité sexuelle de l’enfant ou d’approche sexualisée envers elle. Elle pense alors avec beaucoup de force que l’enfant répète des conduites proposées par le père. Dans ces cas-là la crainte d’une possible activité abusive de son ex-partenaire se déclenche, et perturbe les interactions mère/petit enfant, les surchargeant d’un excès de sexualisation. Dans les trois situations décrites on y voit une activité touchant la sexualité du couple parental, soit en passage à l’acte, soit en fantasme.

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Ces populations de parents et bébé/petits enfants consultent très fréquemment notre Unité fonctionnelle de soins de l’abus sexuel et la maltraitance.

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Nous avons revu l’histoire des couples de parents qui consultent à l’ufam (Lausanne, 2000) pour soupçon d’abus sexuel sur l’enfant, réalisé par l’ex-conjoint, après un divorce litigieux dans la plupart des cas.

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La population d’ufam d’un âge inférieur à 4 ans représente 23 % des consultations. L’abus sexuel est confirmé dans 49 % des cas. Il n’y a pas d’abus sexuel dans 51 % des cas, et 27 % de ce groupe présentent une fausse suspicion d’abus très liée à un vécu perturbé de la part du parent qui consulte et qui met l’enfant en risque « d’abus émotionnel ».

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Nous avons examiné ces cas plus spécifiquement par la dimension psychopathologique de la parentalité qu’ils présentent.

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Nous avons trouvé chez cette population des caractéristiques parentales et infantiles significativement différentes de celles rencontrées chez les enfants abusés (intrafamilial et extrafamilial) :

  1. Divorce dans la première année de la vie de l’enfant (p = 0, 000) ;

  2. Vécu de maltraitance psychique ou physique avant le divorce (p = 0,000) ;

  3. La description du parent sur les indices physiques d’abus, très fréquents, n’ont jamais été corroborés par une visite médicale, les consultations étant faites toujours trop tard pour qu’elles soient perceptibles (p = 0,000) ;

  4. Chez le parent qui consulte, apparaît une demande latente de retirer le lien légal de l’enfant avec le parent suspect d’abus sexuel ainsi que le lien relationnel, pour effacer le parent conjoint de la biographie de l’enfant (p = 0,000) ;

  5. Quant aux caractéristiques émotionnelles et relationnelles de l’enfant, on note des troubles de l’attachement insécure, évitant ou désorganisé avec le parent qui consulte, des troubles dysharmoniques ou d’autres désorganisations psychiques (p = 0,000) ;

  6. Mauvaise capacité protectrice du parent qui consulte à l’ufam (p = 0,000) ;

  7. L’enfant explique l’abus (p = 0,000).

Nous avons conclu d’après ces données que les antécédents de troubles de constitution du couple parental, et la difficulté des liens parents-enfants, nous amènent à la « suspicion accrue d’abus sexuel » comme une expression tardive des troubles émotionnels périnataux, encadrés dans une maternité et paternité à risque émotionnel.

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Une recherche postérieure sur cette population (Amsterdam, 2000) sur le Model Interne d’attachement maternel montre que les mères qui consultent l’ufam (enfants abusés et soupçonnés d’abus âgés de moins de 4 ans) présentent plus fréquemment que la population non clinique un Model Interne Insecure (p = 002). Les mères qui ont une suspicion accrue d’abus sexuel présentent plus fréquemment que les mères dont leur enfant a subi un abus un Model Interne Insecure-Désorganisé (p = .038). Ces données-là rejoignent en partie les apports de West et George (1999) sur la relation entre Model Interne d’Attachement insecure-désorganisé et fantasmes de maltraitance.

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Le lien entre sexualité adulte et Model Interne d’Attachement reste à préciser.

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Après ce parcours à travers des points de repères cliniques et de recherches, nous pouvons conclure que s’interroger sur la conjugalité et la parentalité permet d’élargir le travail interdisciplinaire, clinique et de recherche. Il vise à une meilleure définition des troubles psychopathologiques de la parentalité, en période périnatale, et peut aider à mieux cibler les objectifs des interventions préventives périnatales pour le développement de l’enfant et de l’adulte.


Biblio

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Notes

[*]

Margarita Ibáñez, psychologue clinicienne, service de psychiatrie, Hôpital universitaire Sant Joan de Déu. Psychothérapeute de l’Unité clinique de la Fondation Ferran Angulo. Tél. 00-(34)-932076530. Barcelone.

Pour citer cet article

Ibáñez Margarita, « La triade, jeux sur le lit des parents : de la clinique à la recherche », Spirale 2/ 2003 (no 26), p. 121-132
URL : www.cairn.info/revue-spirale-2003-2-page-121.htm.
DOI : 10.3917/spi.026.0121

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