Accueil Discipline (Psychologie) Revue Numéro Article

Spirale

2003/3 (no 27)

  • Pages : 184
  • ISBN : 2749201969
  • DOI : 10.3917/spi.027.0121
  • Éditeur : ERES


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Plusieurs études ont démontré l’intérêt des interventions de soutien psychologique pendant la période post-partum, et surtout en matière de prévention de la dépression post-partum (Chabrol et al., 2002). Mais actuellement, ce genre d’aide ne s’est pas encore concrétisé pour les pratiques d’allaitement.

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Depuis deux ans, nous avons formé une équipe de psychologues pour travailler auprès de mères qui souhaitent allaiter leurs enfants. Outre les données quantitatives qui démontrent l’efficacité d’un soutien psychologique auprès de nouvelles mères qui allaitent (Callahan et al., 2003a ; Callahan et al., 2003b), nous nous sommes rendu compte que le soutien à l’allaitement présente des difficultés particulières, et pour les mères et pour les professionnels de santé, que la psychologie est bien placée pour résoudre. Nous avons donc travaillé non seulement avec des mères mais aussi avec des professionnels de santé afin de les aider à trouver des moyens efficaces pour aider leurs patientes.

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Notre travail a permis de déterminer que la psychologie démontre son efficacité en matière d’allaitement à deux niveaux : 1) pour comprendre le contexte dans lequel la nouvelle mère se trouve et le professionnel de santé travaille ; 2) pour élaborer des techniques de psychologie afin de faire face aux difficultés rencontrées. Je vais considérer ces deux niveaux concernant la situation de la mère et du professionnel de santé et indiquer les moyens que nous avons mis au jour pour mieux aider les femmes.

Le contexte de l’allaitement

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Je vais considérer d’une part les différents contextes dans lesquels les mères et les professionnels de santé se trouvent ; nous verrons que ce contexte a une influence très différente sur l’attitude de la mère et des professionnels de santé au regard de l’allaitement. D’autre part, j’observerai l’influence de la société sur la perception de l’allaitement.

Le contexte de la mère

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Les travaux de Michel Odent ont montré en quoi le contexte de la grossesse fait que celle-ci présente de nombreuses caractéristiques pathologiques plutôt que d’apparaître comme un processus physiologique naturel qui se déroule sans incident (sauf à de rares exceptions).

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Ce contexte est fortement influencé par tous les événements du pré- ou du post-partum : tests prénataux, contrôle continu pendant la grossesse en prévention de certaines difficultés, accouchements de plus en plus médicalisés ; certes, il est préférable d’éviter toute prise de risque, mais selon plusieurs auteurs, celui-ci s’avère relativement rare (Goer, 1999).

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Pourtant, la médicalisation a un effet négatif chez la mère qui se traduit par une angoisse quant à sa capacité de mener à bien sa grossesse et son accouchement sans intervention médicale. Ainsi, au moment de l’allaitement, la mère, sous la pression de cette double remise en cause d’elle-même, peut arriver à ne plus croire en sa capacité d’allaiter normalement son enfant ; elle se conçoit comme, en quelque sorte, dépendante du système médical qui a été tellement présent pendant sa grossesse. Les mères disent souvent avant la naissance de leur enfant : « Je vais essayer d’allaiter mon enfant. » Un choix lexical étonnant, car une femme ne dirait pas : « Je vais essayer d’accoucher », alors que l’accouchement pourrait être assimilé à un processus similaire à celui de l’allaitement : il se met en place la plupart du temps sans aucune intervention (ni de la part de la mère ni de la part des professionnels de santé). Seulement, ce contexte « nocebo » produit chez elle une remise en question de sa capacité d’allaiter son enfant, de même que tout son corps avait constamment été remis en question pendant sa grossesse.

Le contexte des professionnels de santé

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Il n’est donc pas étonnant de trouver des femmes « essayant » d’allaiter leur enfant en post-partum immédiat. Elles demandent beaucoup aux professionnels de santé, qui jusqu’ici intervenaient essentiellement pour mesurer, évaluer et conseiller la mère. En ce qui concerne l’allaitement, ils sont cependant plus démunis, par manque de temps et de formation ; ainsi, l’aide qu’ils peuvent apporter est radicalement moins efficace en comparaison de la période de grossesse. De plus, le mode d’alimentation artificiel étant relativement acceptable du point de vue de la sécurité de l’enfant, si des difficultés apparaissent durant l’allaitement, on conseillera à la mère de passer au biberon, afin d’éviter encore des frustrations.

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Le professionnel de santé vit également dans un contexte difficile en ce qui concerne l’allaitement : on déplore actuellement un nombre insuffisant de professionnels disponibles pour suivre les grossesses et assister les accouchements. L’allaitement est le plus souvent le domaine des sages-femmes, puéricultrices, quelquefois de l’obstétricien et du pédiatre, ces derniers étant déjà très occupés par d’autres obligations obstétricales.

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Les professionnels de santé, essentiellement les médecins, n’évaluent pas toujours leur influence sur la prise de décision concernant le mode d’allaitement. Or, Lu et al. (2001) ont démontré qu’un des facteurs les plus importants pour convaincre une femme d’allaiter elle-même est l’avis favorable et les encouragements de son obstétricien pendant sa grossesse.

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Par ailleurs, on remarque que les perceptions de la mère et du professionnel de santé ne sont pas nécessairement en accord. Malgré huit séances de préparation à l’accouchement (incluant la présentation de l’allaitement), les femmes ne trouvent pas toujours les informations nécessaires, essentielles pour amorcer un projet d’allaitement. Lors de notre étude (Callahan et al., 2003b), nous avons constaté que 76 % des femmes avaient assisté aux huit séances de préparation. Mais, quand nous leur avons demandé si elles avaient eu une préparation à l’allaitement, seules 41 % ont répondu par l’affirmative, la moitié d’entre elles considérant que la séance présentée par la sage-femme était une préparation suffisante.

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J’ai déjà évoqué la notion de dépendance psychologique qui se noue entre la femme et les intervenants professionnels pendant la grossesse et l’accouchement. On ne peut qu’insister sur le caractère négatif de cette dépendance. D’une part, les femmes insistent beaucoup pour un soutien auprès de ces intervenants ; d’autre part, ceux-ci n’ont que peu de temps à leur consacrer. Elles se sentent donc démunies quand elles ne trouvent pas le soutien qu’elles cherchent. Aider les femmes à s’informer pourrait les aider à résoudre ce problème. Apprendre aux femmes à chercher leurs propres réponses devrait s’appliquer non seulement à la grossesse, à l’accouchement mais aussi, bien évidement, à l’allaitement.

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Ce contexte est donc loin d’être favorable pour encourager une femme à allaiter et pour l’aider dans son projet d’allaitement : comprendre ce contexte est essentiel pour aborder ces femmes et trouver des moyens pour les aider à réaliser leur désir d’allaiter.

Du soutien psychologique pour la femme qui allaite

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Évoquer la notion de soutien à apporter à la femme allaitante implique de présenter brièvement quelques notions psychologiques et leur enjeu dans ce soutien qui peut lui être offert.

Les notions de transfert et de contre-transfert

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Depuis les travaux de Freud, ces notions ont été beaucoup étudiées et discutées. On définit le transfert comme « le lien affectif intense qui s’instaure de façon automatique et actuelle du patient à son analyste » (Larousse, 2002). Ce lien s’installe non seulement dans la situation d’analyse, mais également dans toute relation, y compris entre le professionnel de santé et le patient. Le transfert existe dès qu’une personne s’adresse à quelqu’un dont elle suppose qu’il détient un savoir ; le transfert implique aussi une confiance de la part du patient, ainsi que sa grande vulnérabilité face aux défis auxquels il est confronté. La notion de transfert implique le contre-transfert, défini comme « l’accompagnement obligé de l’analyste pour son patient qui consiste pour l’analyste à repérer quels affects son patient suscite en lui et à savoir en tenir compte dans sa façon de travailler avec son patient » (Larousse, 2002). Alors que le transfert peut se produire dans toute relation humaine, le contre-transfert est surtout présent dans le contexte d’une relation entre le thérapeute et son patient.

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Dans le contexte des interventions entre les professionnels de santé et leurs patients en matière d’allaitement, il est possible d’expliquer ces notions brièvement pour que le professionnel de santé puisse en tenir compte et mieux gérer la situation.

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Prenons, par exemple, le cas d’une femme qui s’inquiète de la prise de poids de son bébé pendant la période post-partum immédiate. Face à cette angoisse, le professionnel de santé peut voir sa propre angoisse croître rapidement. Bien qu’il sache que l’allaitement est un processus normal, se déroulant la plupart du temps de manière satisfaisante, cette angoisse peut l’envahir et l’amener à chercher une solution pour mettre fin à l’angoisse, la sienne et celle de sa patiente. Le plus souvent, un biberon sera proposé, « au cas où », pour tranquilliser la femme et assurer une prise de poids normale du bébé. L’angoisse sera réduite rapidement, mais en fait, cette solution n’encourage pas la continuation de l’allaitement.

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Je propose, lorsque le professionnel de santé reconnaît son inquiétude comme une expression du contre-transfert, qu’il puisse s’organiser afin de ne pas réagir de cette manière. S’il exprime sa confiance dans le processus de l’allaitement et dans la capacité de la femme à y arriver, il aura répondu à cette angoisse, sans avoir pour autant agi de façon défavorable à l’allaitement. Le contre-transfert chez le professionnel de santé étant difficile à maîtriser en raison de mauvaises expériences d’allaitement (expériences renouvelées d’échecs d’allaitement ou expérience personnelle négative), je souligne l’importance pour le professionnel de santé de bien connaître le type de réaction qu’il peut avoir, afin de pouvoir donner le meilleur soutien possible à une femme qui le sollicite.

Les distorsions cognitives

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Les distorsions cognitives, concepts provenant des thérapies comportementales et cognitives, influencent fortement les attitudes et les manifestations dans le comportement. Les distorsions cognitives sont une manière inadaptée de penser ; elles sont fortement liées aux émotions de la personne qui les exprime. Je présenterai les distorsions cognitives les plus souvent rencontrées (définitions tirées de Beck, 1995), illustrées d’un exemple provenant de notre expérience en travaillant avec les femmes qui allaitent.

Le perfectionnisme

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Le perfectionnisme implique que la personne cherche à agir de manière parfaite, en toutes circonstances, sans qu’elle accepte vraiment cette attitude. Quand les gens cherchent la perfection, ils sont souvent déçus non seulement par le résultat de leurs actions, mais aussi par la déception elle-même.

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Le perfectionnisme dans l’allaitement est impliqué à plusieurs niveaux. D’abord, le simple fait d’allaiter est parfois perçu comme le comportement d’une « bonne mère ». Cette attitude est particulièrement néfaste, car si la femme ne réussit pas son allaitement, ou si elle décide en toute connaissance de cause de l’arrêter, elle va ressentir de la déception envers elle-même et de la culpabilité. Face à cette attitude de perfectionnisme, il est important d’encourager une attitude d’auto-acceptation et de souligner que, quoi qu’elle fasse (continuer ou non), elle sera sûrement une bonne mère. Cela implique que le professionnel respecte aussi le choix de la femme et qu’il ne porte aucun jugement sur sa décision.

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Le perfectionnisme influence également le déroulement de l’allaitement. On va chercher à ce que le bébé prenne du poids le plus rapidement possible ou de manière régulière, qu’il ait un nombre fixe de tétées par jour, espacées de manière homogène, etc. Ces exigences ne sont pas du tout en accord avec un allaitement réussi : il faut expliquer à la mère que ces exigences ne définissent pas nécessairement un « bon » déroulement.

Le « tout-ou-rien » ou raisonnement dichotomique

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Dans le tout-ou-rien, ou raisonnement dichotomique, la pensée n’est pas nuancée. L’interprétation des événements se fait selon deux catégories : les bons et les mauvais ; la relativisation est inexistante.

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Cette distorsion cognitive influence fortement la femme qui allaite. En premier lieu, la femme choisissant d’allaiter quelques jours se sentira souvent face à un échec, car elle n’aura pas allaité son enfant à long terme. Le rôle du professionnel de santé devrait être d’expliquer à la femme que tout allaitement, qu’il soit de quelques jours ou de quelques années, apporte des bienfaits à l’enfant et que son attitude catégorique n’est pas adaptée dans cette situation.

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De même, une femme qui choisit un mode mixte d’alimentation se sentira moins bien, car elle n’allaite pas exclusivement son enfant. L’information à donner, c’est que cette façon de faire n’est pas la plus adaptée pour poursuivre l’allaitement à long terme, mais que c’est une solution tout à fait acceptable et que ce choix n’amoindrit pas la valeur de ses efforts maternels.

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Par ailleurs, la femme peut être très soulagée en se rendant compte que, malgré ses difficultés, une solution peut sûrement exister pour l’aider. Par exemple, une femme pourrait croire facilement que son allaitement est voué à l’échec car son bébé ne prend pas de poids. Mais en lui montrant qu’il existe plusieurs solutions à son problème outre l’abandon de son projet, elle aura les moyens de dépasser la difficulté.

L’inférence arbitraire

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Il s’agit en fait de conclusions tirées sans preuve, sans aucune remise en question. Deux variantes de l’inférence arbitraire sont la « lecture des pensées » (conclusion erronée qui amène le sujet à manifester une attitude négative envers soi) et la « voyance » (prévision que tout finira mal).

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Comme c’est le cas pour la plupart des gens, les femmes qui allaitent sont fortement influencées par les attitudes des autres. La société manifeste parfois une attitude négative envers l’allaitement ; l’inférence arbitraire fixera ces attitudes et rendra la mère très mal à l’aise.

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Par exemple, une femme pourrait croire que sa belle-mère n’est pas en accord avec son choix d’allaiter (parce qu’elle-même n’a pas allaité son enfant, parce qu’elle ne sourit pas à la mère qui allaite, etc.). Cette lecture de pensées est le plus souvent erronée : si on demande à la belle-mère pourquoi elle n’avait pas allaité son enfant, on apprendra peut-être qu’elle le regrette énormément, qu’elle n’était pas bien soutenue. Peut-être la femme apprendra-t-elle que sa belle-mère ne la regarde pas avec méfiance, mais tout au plus avec tristesse, tout en soutenant sa décision d’allaiter son enfant.

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La situation de « voyance » est aussi très influencée par les mythes autour de l’allaitement. Croire que l’on aura une insuffisance de lait, que tout se finira mal n’aide en rien à allaiter son enfant.

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Dans les deux cas, une femme a besoin de savoir que ses inférences ne l’aident pas à allaiter ; elle devrait, au contraire, être encouragée à trouver des raisonnements. Par exemple, dans le cas d’une « lecture de pensées », elle pourrait demander clairement l’opinion de son entourage et travailler avec. De même, en cherchant des informations bien fondées sur l’allaitement, la femme apprendra peut-être que les mythes sont tous erronés et qu’il n’y a aucune raison pour que son allaitement ne se déroule pas bien.

La maximalisation et la minimalisation

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Certaines pensées erronées exagèrent ce qui ne va pas et dévalorisent ce qui va bien. Le positif est nié par le négatif.

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Par exemple, une femme qui allaite met l’accent sur ses propres difficultés (engorgements, crevasses, etc.) sans regarder ce qui se passe bien, notamment la bonne évolution du bébé. Bien évidemment, le contraire pourrait se produire. Aider une femme à reconnaître ce qui va bien dans son allaitement est important pour l’encourager à continuer et à croire dans sa capacité à nourrir son enfant.

La surgénéralisation

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Ces jugements comportent des conclusions générales et définitives à propos d’événements qui, en réalité, ne sont pas du même ordre. On a tendance à utiliser les mots « toujours » ou « jamais » dans la formulation de ces distorsions.

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Cette distorsion aura un effet sur le déroulement de l’allaitement, surtout durant les périodes de croissance. La femme va surgénéraliser en disant que son enfant tète « tout le temps » alors que c’est le cas depuis un jour ou deux ; il faudra lui rappeler que cela se met en place pour augmenter sa production de lait, mais que ce fait de téter « tout le temps » s’arrêtera bientôt.

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Le fait qu’une femme soit réticente à allaiter un enfant après avoir vécu un échec est un autre exemple ; elle sera prête à croire que, malgré ses efforts, son échec précédent présage un échec futur.

La personnalisation

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C’est une façon de s’attribuer de manière disproportionnée des responsabilités qui ne sont pas de notre ressort. C’est aussi se sentir concerné par des événements qui ne nous concernent pas directement.

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Parfois, les femmes vont se blâmer quand l’allaitement ne se déroule pas bien. L’échec éventuel de l’allaitement sera imputé à la femme. Pourtant, cet échec est le plus souvent dû à de multiples problèmes, dont plusieurs sont hors de son contrôle (par exemple, le manque de soutien de son entourage familial, des informations incorrectes, le manque de conseils adaptés de la part des professionnels de santé). De même pour l’échec d’un allaitement ou un mauvais déroulement qui n’a rien à voir avec la femme, mais qui sont des situations complètement hors de son contrôle (par exemple, un bébé malade, handicapé ou porteur d’une malformation, etc.). Dans ce cas, comme dans d’autres situations, il est essentiel de neutraliser ce sentiment d’échec, de déculpabiliser la femme et de l’aider à trouver des solutions pour remédier à son problème.

Le raisonnement émotionnel

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Dans ce cas, nous sommes convaincus que ce que nous ressentons est vrai : le jugement est directement conditionné par l’émotion. Ce type de raisonnement est d’autant plus fréquent en post-partum que la femme est fragilisée, plus fatiguée et sujette à une dépression postnatale.

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Ces sentiments de dépression, de fatigue vont donner l’impression à la mère que tout est insurmontable, notamment la continuation de l’allaitement. Trop souvent, les personnes extérieures vont alors conseiller à la femme d’arrêter l’allaitement. Nous préconisons une attitude alternative, car il serait souhaitable de l’encourager à diminuer ses activités et à chercher de l’aide pour faire face aux autres exigences dans sa vie.

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Lorsque l’on encourage une femme à arrêter l’allaitement, sauf si elle est d’accord et avait simplement besoin de l’autorisation d’autrui, son sentiment d’échec face à son allaitement augmentera ses émotions négatives et ne l’aidera pas.

« Je ne peux pas le supporter ! »

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C’est un fonctionnement mal adapté, qui apparaît une fois la distorsion formée. La femme qui allaite pourrait être amenée à ressentir des émotions fortes pendant l’allaitement et à les lier aux difficultés de l’allaitement.

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Certaines périodes de l’allaitement peuvent être difficiles à supporter (poussées de croissance, crevasses, tétées fréquentes, etc.). Croire que ces difficultés ne sont pas supportables n’aide pas la femme à réussir son allaitement ; lui montrer que son attitude est tout à fait normale, compréhensible, que ses expériences sont effectivement difficiles va l’aider à mieux vivre sa situation. Ainsi, elle sera motivée pour essayer de supporter ses difficultés dans le but de les dépasser.

Conclusion sur les distorsions cognitives

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Dans tous les cas de distorsion cognitive, il s’agit de remplacer la pensée erronée par des informations correctes tout en soutenant la femme et en reconnaissant son angoisse. Il est vrai que l’allaitement peut s’avérer difficile quelquefois ; aussi il est important de le reconnaître avec la femme, pour qu’elle ne se croie pas incapable face à ses difficultés.

Conclusion

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Considérer le contexte de l’allaitement et les outils psychologiques nous permet une meilleure prise en charge de la femme qui allaite. L’utilité de ces concepts et de leur application en allaitement a été démontrée dans notre étude. En effet, prendre en compte le contexte de l’allaitement d’une part, et, d’autre part, user de méthodes permettant de faire face aux distorsions cognitives de la femme qui allaite permettraient de lui apporter une aide plus adaptée et plus efficace. Ainsi, les professionnels de santé, disposant de ces nouvelles techniques, seraient davantage à même de soutenir les femmes dans leur projet d’allaitement. De plus, ces méthodes sont relativement faciles à mettre en place.


Biblio

  • Beck, J. 1995. Cognitive Therapy : Basics and Beyond, New York, Guilford.
  • Callahan, C. ; Danel, M. ; Teisseyre, N. 2003a. « La thérapie comportementale et cognitive appliquée a l’allaitement, première partie : Intérêt et élaboration d’une intervention post-partum », à paraître dans le Journal des thérapies comportementales et cognitives.
  • Callahan, S. ; Danel, M. ; Teisseyre, N. ; Walburg, V. ; Pierre, A. ; Azema, E. ; Lecoq, S. ; Bjornstad, C. ; Dusart, A. ; Sejourne, N.C. ; Denis, A. ; Grieco-Grimault, C. ; Maus-Burgala, H. ; Duffaut, M. 2003b. « La thérapie comportementale et cognitive appliquée a l’allaitement, deuxième partie : Résultats préliminaires d’une intervention auprès des femmes qui souhaitent allaiter », à paraître dans le Journal des thérapies comportementales et cognitives.
  • Chabrol, H. ; Teissedre, F. ; Saint-Jean, M. ; Teisseyre, N. ; Sistac, C. ; Michaud, C. ; Roge, B. 2002. « Dépistage, prévention et traitement des dépressions du post-partum : une étude contrôlée chez 859 sujets », Encéphale, 28, p. 65-70.
  • Goer, H. 1999. The Thinking Woman’s Guide to a Better Birth, New York, Perigee.
  • Larousse. 2002. Grand dictionnaire de la psychologie, coll. « Collectif ».
  • Lu, M.C. ; Lange, L. ; Slusser, W. ; Hamilton, J. ; Halfon, N. 2001. « Provider encouragement of breast-feeding : evidence from a national survey », Obstet Gynecol, 97(2), 290-5.

Notes

[1]

Je tiens à remercier Christine Drulhe, Nathalie Roques et Nathalie Teisseyre pour leurs relectures attentives.

[*]

Stacey Callahan, maître de conférences, psychologue clinicienne, université de Toulouse II-le Mirail, ufr de psychologie.

Plan de l'article

  1. Le contexte de l’allaitement
    1. Le contexte de la mère
    2. Le contexte des professionnels de santé
  2. Du soutien psychologique pour la femme qui allaite
    1. Les notions de transfert et de contre-transfert
    2. Les distorsions cognitives
    3. Le perfectionnisme
    4. Le « tout-ou-rien » ou raisonnement dichotomique
    5. L’inférence arbitraire
    6. La maximalisation et la minimalisation
    7. La surgénéralisation
    8. La personnalisation
    9. Le raisonnement émotionnel
    10. « Je ne peux pas le supporter ! »
    11. Conclusion sur les distorsions cognitives
  3. Conclusion

Pour citer cet article

Callahan Stacey, « Un soutien psychologique pour les femmes qui allaitent : quels apports pour quels intérêts ? », Spirale 3/ 2003 (no 27), p. 121-132
URL : www.cairn.info/revue-spirale-2003-3-page-121.htm.
DOI : 10.3917/spi.027.0121

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