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Spirale

2005/2 (no 34)

  • Pages : 234
  • ISBN : 2749204437
  • DOI : 10.3917/spi.034.0051
  • Éditeur : ERES


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Une chanson douce
Que me chantait ma maman
En suçant mon pouce
J’écoutais en m’endormant
H. Salvador, M. Pon, 1950.
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Chansons pour endormir l’enfant, mélopées qui remontent à l’aube des temps… Mouvements lents rappelant peut-être à l’enfant son passé in utero où, suspendu aux battements du cœur, au ressac de la respiration de sa mère, il se balançait au rythme de sa marche… Moment d’échange intime entre l’enfant et l’adulte, mots pour dire la séparation, la peur, l’absence, mais aussi la chaleur, le réconfort nécessaires pour partir vers le pays des songes. Chantée dans les bras, au berceau ou au bord du lit, la berceuse est la première chanson d’amour que reçoit l’enfant, amour qui protège et rassure.

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Mon trésor, mon doudou, mon câlin, à voix nue, sans accompagnement ni technique vocale élaborée, chant des mots et chant des notes, mots doux, elle est une enveloppe sonore dont l’enfant a besoin avant le sommeil car la voix et la proximité corporelle jouent un rôle essentiel dans le sentiment de sécurité de l’enfant.

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Le verbe bercer entre dans la langue française dès 1155, alors que le mot berceau apparaît lui en 1472 [1]  Cité par M.C. Bruley, L. Tourn, Berceuses et paroles... [1] . Selon Trehub, Unyk et Trainor, les adultes sans formation musicale distinguent très aisément une berceuse entre deux mélodies de mêmes culture et tempo, même extraites d’une culture étrangère qui leur est inconnue. La simplicité de la structure et la répétition sont des indices d’identification de ce genre musical. On y retrouve une abondance de phrases, mots, syllabes ou rimes répétés, et des jeux de consonnes ou de voyelles par répétition de syllabes initiales ou d’allitérations libres des règles habituelles de la sémantique. Aussi, les mots étrangers ou archaïques, les altérations libres de prononciation et les syllabes sans signification sont fréquemment utilisés [2]  C. Dodane, La langue en harmonie : rôle de la formation... [2] .

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La répétition se retrouve également dans la mélodie : répétitions de refrains, de phrases musicales et de notes. « Avant que ces mots ne prennent sens, le bébé en a déjà savouré le goût », disait A. Bustarret.

Le chant de leur père

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La berceuse est d’abord le chant de la mère qui, en confiant à son enfant ses joies et ses craintes, exprime et retrouve son calme. Un article de la revue Music Perception intitulé « Infants’ responsiveness to fathers’ singing [3]  Colleen T. O’Neill, Laurel J. Trainor, Sandra E. Trehub,... [3] » est pourtant encourageant pour les jeunes papas. Des pères ont été enregistrés alors qu’ils chantaient une chanson à leurs enfants, puis seuls. Les interprétations données par les pères seuls sont perçues par d’autres adultes comme étant plus rythmées, plus aimantes et appropriées pour les enfants. À la différence des mères, les pères n’ont pas augmenté de manière régulière le ton de leur chant à destination des enfants. Ceux-ci ont montré une plus grande attention visuelle quand ils écoutaient leur père chanter plutôt que leur mère. Les résultats confirment ainsi qu’un style différent est adopté par les pères et les mères lorsqu’ils s’adressent à leurs progénitures, que le fait de monter dans la gamme de tons est plus marquant pour les enfants, et que les chants des pères sont en général beaucoup plus appréciés par les enfants.

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Chez les Pygmées, Hélène Stork [4]  Les rituels du coucher de l’enfant, variations culturelles,... [4] rapporte que la fonction d’endormir les enfants est dévolue aux hommes, et la polyphonie masculine associant les anciens et les jeunes vient alors scander les fortes secousses qui sont impulsées au corps du bébé.

Premier éveil

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Trehub a mis au point une tâche pour révéler l’habileté du nourrisson à discriminer entre les mélodies (Trehub, 1987, 1990). Lors de cette tâche, on fait entendre au nourrisson une courte mélodie de façon répétitive. Puis, on change légèrement la mélodie. Le nourrisson qui remarque le changement a une réaction réflexe orientée, c’est-à-dire, par exemple, qu’il se tourne vers le haut-parleur qui émet la mélodie. Cette réponse démontre que le changement a été détecté. Le mouvement de tête renforcé a permis de démontrer qu’un nourrisson peut déceler les différences de demi-tons, c’est-à-dire la plus petite unité musicale de la musique occidentale traditionnelle.

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La fonction première de la berceuse est de calmer ou d’endormir le bébé. Trehub soutient d’ailleurs l’hypothèse selon laquelle le chant parental aurait une fonction de survie en servant à promouvoir les liens affectifs entre le bébé et le parent. Les effets favorables du chant sur le niveau d’éveil du nourrisson, la réduction des pleurs, l’induction du sommeil et l’augmentation de l’affect positif stimuleraient la récurrence de ce comportement parental et permettraient de contrebalancer la charge physique et psychologique de la puériculture. Ces éléments favoriseraient ainsi l’attachement et, par conséquent, le bien-être des enfants si vulnérables dans les premières années de vie.

Musique et attachement

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On sait, grâce aux sciences cognitives, que l’enfant traite la langue de manière globale, c’est-à-dire par contours. La perception de la langue est ainsi caractérisée par un traitement de type « musical », tout au moins au début de la vie. Intuitivement, les mères adoptent une pédagogie remarquablement adaptée, bien qu’inconsciente, en s’adressant à leur enfant dans un langage approprié à ses capacités : le baby talk ou motherese.

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Dans ce type de langage, les éléments musicaux sont exagérés afin d’inculquer à l’enfant le patron intono-accentuel de sa langue maternelle. Il est frappant de rencontrer les mêmes caractéristiques pour les berceuses qui joueraient un rôle équivalent concernant l’apprentissage du système musical maternel. Trehub rapproche d’ailleurs le langage adressé aux enfants des berceuses qui, selon elle, sont construites de la même manière [5]  S. Trehub, « Infants’ perception of musical patterns... [5] .

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Pour reprendre le terme de Papousek [6]  « Le comportement parental intuitif, source cachée... [6] , la langue est constituée d’« éléments musicaux ». Les langues sont des musiques en elles-mêmes qui se donnent à entendre indépendamment des mots ; ce qui fait dire à Companys que « toutes les langues chantent, mais pas sur le même air ». Les berceuses sont les berceaux de la langue maternelle.

La nuit court après le jour
Le jour court après la nuit
Il font le tour de la cour
Fais dodo mon enfant…

Interculturel

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De nombreux sujets sont évoqués dans les berceuses : chant d’amour et de louange à l’égard de l’enfant, chant de travail, incantation magique augmentant le sentiment de maîtrise du parent qui invoque le sommeil du bébé. Injonctions et menaces sont également présentes envers l’enfant qui ne veut pas dormir. Farber décrit des berceuses babyloniennes et assyriennes datant du premier millénaire avant J.-C. où il est dit que les pleurs du bébé dérangent l’ordre divin. En France, « Le grand Lustucru » ramasse les enfants qui ne veulent pas dormir et les mange tout cru, sans pain ni beurre, mais bien évidemment la maman chassera le méchant homme en lui conseillant d’aller quérir ailleurs son repas car les enfants viennent de fermer les yeux.

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Au Portugal, c’est le « Papào negro » faisant la ronde sur les toits avec son regard maléfique qu’il faut chasser pour laisser dormir l’enfant d’un sommeil paisible.

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Au Rwanda, il est interdit d’exhorter un bébé à dormir ; il risquerait d’en mourir. Le sommeil, en effet, évoque la mort, et encourager un être encore si fragile à dormir serait une incitation à mourir. Pour la même raison, les berceuses sont appelées des « consolations », c’est-à-dire des chansons pour apaiser les larmes, et non pour inviter à dormir.

La berceuse comme lien

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Marseille, Hôpital Nord, service de néonatologie du Dr Palix. Dans le box, deux bébés sont hospitalisés. Deux parents sont présents. Le papa de Fatou, d’origine togolaise, m’écoute chanter pour Melissa la Berceuse des Grandes Antilles. Sa maman, qui est à côté de l’incubateur, me dit ne pas connaître de chansons, et pourtant je l’entends chantonner doucement le refrain : Dodo ti pitit manman, si ou pas dodo krab la va manjé-w (« Dodo mon petit, si tu ne dors pas, le crabe va te manger »). Des paroles qui pourraient faire peur mais, rassurons-nous, le crabe nan kalalou est mangé à la fin de la chanson !

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Tutu gbovi, Tutu gbovi, nana mu lé ahuéa méwo (« Mon biquet, maman n’est pas à la maison »). Le papa de Fatou est surpris que je connaisse cette berceuse en langue mina. À son tour, il chante une version légèrement différente et me corrige sur certains mots. La musique, au-delà des mots, nous a réunis autour de l’enfant. Elle est un point de rencontre, même si elle ne l’endort pas. Elle est aussi chantée pour les parents, pour les conforter dans le fait que leur « bébé est une personne ».

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Avant de quitter le box, il dira à sa fille, les yeux grands ouverts dans son incubateur : « Tu vois, c’est tonton Philippe qui est venu chanter pour toi. » Ce fut pour moi le plus beau des compliments.

Empathie instinctive

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Les bras de la mère ou du père sont et restent le premier et le plus doux des berceaux, et leur voix, la première et la plus douce des musiques.

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Lorsque la mère s’éloigne en chantant, elle maintient le lien avec son enfant. « Une maman berce la peine de son enfant », a écrit Maurice Carême. Les voix du père, du grand frère, de la grand-mère ou de la nourrice peuvent alors prendre le relais avec la même chanson et témoignent d’une présence protectrice. « Lorsque l’enfant est trop agité, rien ne sert de le bercer trop doucement, l’empathie veut qu’on prenne l’enfant dans son rythme, c’est d’un corps à corps plus musclé et rapide dont il a besoin ; dans toutes les civilisations on retrouve des chants de portage, le bébé est secoué verticalement sur la hanche ou contre la poitrine, tête bien soutenue, dos tapoté au rythme d’un piétinement qui devient presque une danse. Par contre, dans les civilisations du portage à dos du nourrisson, la chanson improvisée selon les besoins du moment est plus fréquente, et l’on y trouve moins de berceuses. Au fond, le corps à corps se passe de paroles et l’éloignement crée le chant [7]  A.H. Bustarret, « Introduction au recueil de berceuses... [7] . »

Les grands aussi

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De nombreux compositeurs ont écrit des berceuses : Igor Stravinsky dans L’oiseau de feu, Frédéric Chopin avec sa Berceuse Opus 57, Gabriel Fauré et son Opus 16 pour violon, Erik Satie, Mozart (« Schlafe, mein Prinzchen »), sans oublier Brahms qui sévit du côté des boîtes à musique…

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Plus près de nous, La berceuse blanche de Botrel, celle de Jean Ferrat :

Dors petit homme
Dors petit frère
Parfois
Tu écoutes les Indiens
Parler de mal et de bien
Sur leurs siècles de misère
Tu vois
Le diable n’est qu’un pantin
Qui s’évanouit au matin
Quand tu lèves la paupière
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En 1958, sur des paroles d’Eddy Marnay et une musique d’Emil Stern, Bourvil chante Berceuse à Frédéric :

Mmh Mmh Mmh…
Allez, faut dormir maintenant !
Petit, petit Frédéric,
J’ai trouvé cette musique
Que je mets comme un cadeau
Au chaud de ton berceau.
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Lynda Lemay chante la Berceuse pour adulte :

Depuis qu’on a vieilli
Y a plus d’marchand de sable
Assis au bord du lit
Pour nous chanter ses fables
Au début de la nuit
Comme à l’aube de nos vies
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Du côté du répertoire pour enfants, on ne compte plus les enregistrements. Pour les plus connus : Anne Sylvestre, Henri Dès ou Steve Waring avec sa Berceuse pour l’enfant qui dort déjà :

Lorsque les enfants s’endorment
Les étoiles s’éveillent
Et les anges légers, légers
Descendant des étoiles lointaines
Restent pendant la longue nuit
Près des enfants endormis

La meilleure berceuse

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Parce qu’endormir bébé est souvent long et fastidieux, une association allemande caritative a eu l’idée d’organiser en 2003 le concours de la meilleure berceuse. Le défi pour chaque couple était d’endormir le plus vite possible son bébé en lui chantant une berceuse devant le jury. Les vainqueurs ont gagné grâce à une berceuse composée par la maman.

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Loin des mots doux et des rêveries, les allusions plus ou moins voilées aux relations amoureuses des adultes ont aussi leur place dans les berceuses. Connaissez-vous les quatre couplets d’Au clair de la lune, la plus connue et la plus chantée de toutes les berceuses ? Notamment le dernier où l’aimable Lubin rejoint la Brune pour chercher la plume et le feu : « Je ne sais ce qu’on trouva, mais la porte sur eux se ferma [8]  P. Bouteloup, Des musiciens et des bébés, Toulouse,... [8] . »

Berceuses et tricoteuses

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Le siège préféré des Québécois est la berçante ou berceuse. Cette chaise introduite au pays par les Américains se popularise rapidement à partir du xixe siècle. Dans sa boutique de laine, Elmina Beaulieu, 76 ans, tricote entre les visites des clients. Le soir, pour se changer les idées, elle tricote encore, installée dans une chaise berçante. « Je me berce depuis que je suis toute petite. On habitait avec la mère de papa qui était une berceuse. Grand-maman filait la laine et pour nous garder tranquilles, elle nous assoyait dans une petite chaise berceuse, près d’elle. Elle nous faisait défaire et effilocher des vieux tricots pour filer à nouveau et refaire de la bonne laine. Dans ce temps-là, on tricotait surtout des chaussons, des caleçons et des mitaines de laine. »

Berceuse pour l’enfant prématuré

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Marseille, Hôpital Nord, service de néonatologie du Dr Palix. Le papa de Sandra m’aperçoit dans le couloirs avec ma guitare. Nous nous sommes déjà rencontrés à plusieurs reprises. « Il faut venir nous voir, car Sandra est vraiment agitée aujourd’hui », me lance-t-il à propos de sa fille née prématurément et hospitalisée depuis plusieurs mois dans le service. Lorsque je le rejoins un peu plus tard dans sa chambre, il est installé dans un fauteuil et sa fille, posée sur sa poitrine, semble, en effet, bien remuante. Le papa réclame la Chanson douce de Salvador. Dès les premiers accords et les premières paroles, tout se transforme. Elle se calme. Sa saturation remonte à 100, ses mouvements se font plus lents, elle se niche sur la poitrine de son père. Mais, en réalité, c’est sur le papa que ma présence musicale a le plus d’effets. C’est lui qui se relâche et, par contagion, permet à sa fille de se détendre à son tour. « Ça lui fait du bien, me dit-il souriant, je suis sûre qu’elle en voudrait une autre. » La berceuse pour l’enfant devient alors la « chanson douce » pour le papa.

Cette chanson douce
Je veux la chanter aussi,
Pour toi, ô ma douce,
Jusqu’à la fin de ma vie.

Pour conclure

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Au siècle dernier, pour de nombreux médecins, bercer était nocif pour la santé, cela rendait les enfants dépendants de leurs parents. Il fallait donc bannir le bercement. Aujourd’hui, heureusement, la pratique justifie l’utilisation du chant pour susciter l’émergence ou la consolidation d’un attachement parental sûr auprès de nourrissons ayant un développement à risques.

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La fonction de socialisation et d’éveil de la musique pourrait être mise davantage à contribution dans une approche de la famille dans le milieu de la santé. L’intervention d’un musicien auprès du bébé et de ses parents, par exemple en service de néonatologie, en s’inscrivant dans une philosophie d’humanisation, pourrait faciliter l’alliance de travail avec les parents et les équipes soignantes.

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La musique, sans devenir une surstimulation dangereuse, favorise l’éveil et le développement du bébé et permet le rapprochement dans la dyade parent-enfant. Voix qui fait lien entre la mère qui n’est plus à portée de regard, en contact peau à peau avec son enfant, la berceuse, moment privilégié et singulier, ouvre les portes du sommeil. « La berceuse se glisse dans cet espace entre la mère et son enfant, entre l’enfant et son sommeil, entre la mère et le sommeil de son enfant [9]  Marie-Claire Bruley et Lya Tourn, Berceuses et paroles... [9] . »

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La berceuse, structurant le temps par ses répétitions, ses rimes, ses arrêts, offre à l’enfant, comme disait le philosophe Gilles Deleuze, « un début d’ordre dans le chaos ».

Notes

[*]

Philippe Bouteloup, musicien, directeur de Musique et Santé, Paris. musique-sante@wanadoo.fr

[1]

Cité par M.C. Bruley, L. Tourn, Berceuses et paroles pour appeler le sommeil, L’école des Loisirs, 1996.

[2]

C. Dodane, La langue en harmonie : rôle de la formation musicale dans l’apprentissage précoce d’une langue étrangère, mémoire de dea, université de Franche-Comté, 1997.

[3]

Colleen T. O’Neill, Laurel J. Trainor, Sandra E. Trehub, Music Perception, Summer 2001, vol. 18, n° 4, p. 409-425.

[4]

Les rituels du coucher de l’enfant, variations culturelles, sous la direction d’Hélène Stork, esf Éditeur, 1993.

[5]

S. Trehub, « Infants’ perception of musical patterns », Perception and Psychophysics, 41, 1987, 635-641.

[6]

« Le comportement parental intuitif, source cachée de la stimulation musicale dans la petite enfance », dans Naissance et développement du sens musical, sous la direction de I. Deliège et J.-A. Sloboda, Paris, puf, 1995.

[7]

A.H. Bustarret, « Introduction au recueil de berceuses », À pas de velours, Éditions Didier Jeunesse.

[8]

P. Bouteloup, Des musiciens et des bébés, Toulouse, érès, 2001, p. 35-40, rééd. 2004.

[9]

Marie-Claire Bruley et Lya Tourn, Berceuses et paroles pour appeler le sommeil, L’ école des Loisirs, 1996.

Plan de l'article

  1. Le chant de leur père
  2. Premier éveil
  3. Musique et attachement
  4. Interculturel
  5. La berceuse comme lien
  6. Empathie instinctive
  7. Les grands aussi
  8. La meilleure berceuse
  9. Berceuses et tricoteuses
  10. Berceuse pour l’enfant prématuré
  11. Pour conclure

Pour citer cet article

Bouteloup Philippe, « Berceuses pour petits et grands  », Spirale 2/ 2005 (no 34), p. 51-60
URL : www.cairn.info/revue-spirale-2005-2-page-51.htm.
DOI : 10.3917/spi.034.0051

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