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Spirale

2006/2 (no 38)

  • Pages : 182
  • ISBN : 2-7492-0604-9
  • DOI : 10.3917/spi.038.0169
  • Éditeur : ERES


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À fin de « nourrir » la partie 2 de cette rubrique, une réunion de travail a été proposée aux pédiatres, puéricultrices, éducatrices, psychologues, auxiliaires et cap petite enfance des équipes de crèches et haltes-garderies municipales et associatives de Bordeaux ainsi qu’à l’école de puériculture.

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Les comptes rendus d’un groupe de travail composé de professionnelles de la caf, du conseil général, de différentes structures d’accueil des tout-petits, me sont parvenus ; puis les remarques au téléphone et surtout, comme un leitmotiv : « Ras le bol… », « on ne parle que de ça… », « nous sommes dans l’impossibilité de nous dégager… », « il n’y a pas de possibilité de faire bouger les choses… », « cela renforce le malaise… », « nous sommes dans la perte du sens… », « l’énergie n’est pas là où il le faut… », « notre bilan annuel est centré sur la psu, l’équipe a maigri et demande des stages pour lutter contre le stress et l’épuisement professionnel… », « La psu fait pression sur l’employeur qui la répercute sur nous et le résultat financier est encore insuffisant… », « cela représente pour l’année 2005, 10 % de baisse de revenus financiers… ».

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À l’heure où le concept de « bientraitance » fleurit, bien des équipes semblent malmenées et il ne s’agit pas que de résistance au changement.

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Une puéricultrice-directrice s’interroge tout particulièrement sur la question de la mixité sociale qui est un des fers de lance de cette réforme et nous écrit ceci, qui reprend l’essentiel des propos tenus.

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« Voici mes réflexions

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La caf, par le biais de la psu, parle d’« optimiser ». « Optimiser » est un terme qui me fait penser à « optimisme », ce qui renvoie une résonance positive. La caf dissimule ainsi, le terme de « rentabilité » qui évoque du coup une notion financière avec un sérieux souci d’économie. La petite enfance a un coût, certes, mais c’est un investissement sur le long terme et les effets se feront sentir bien plus tard. Les enfants d’aujourd’hui seront les adultes de demain.

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Les structures d’accueil, désormais, pratiquent le multiaccueil, non par choix, mais par nécessité car il est une source de finance ! Il devient obligé. Ce type d’accueil doit s’organiser, se réfléchir, requérir l’adhésion d’une équipe, faire l’objet d’un projet pédagogique et exister dans un environnement adapté avec des moyens à la hauteur de ses besoins. Hors, souvent le multiaccueil peut se déguiser en « bouche trou » pour combler des heures libres dans une semaine. « C’est pour s’en sortir ! » Peut-on proposer cet accueil à tous les enfants de n’importe quel âge ? Comment peut-on demander à des bébés de 6 mois, de 9 mois, de 1 an de se construire des repères dans la continuité lorsqu’ils viennent passer une journée dans la semaine au milieu de quinze à dix-huit autres bébés, accueillis par des adultes parfois différents à chaque fois ? Toutes les structures ne peuvent pas proposer toutes sortes d’accueils à n’importe quels enfants.

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La mise en place de la psu veut favoriser la mixité sociale, dans un souci d’éviter l’isolement, favoriser l’intégration, le soutien et l’accompagnement de certaines familles. Une écoute de qualité prend du temps, demande de la disponibilité, de la régulation. Comment faire pour appliquer cela lorsqu’une professionnelle doit désormais accompagner jusqu’à vingt-huit familles, respecter le projet individuel de vingt-trois à vingt-cinq enfants au quotidien (si encore se sont les mêmes dans la journée !), établir du lien avec les autres professionnels et tout cela dans une cohérence d’équipe parfaite, une attention aux enfants de tous les instants et de plus avec le sourire et la joie de vivre ! Jusqu’à quel nombre estime-t-on qu’une puéricultrice, une auxiliaire de puériculture ou un cap petite enfance ou… un professionnel sans qualification, soit capable d’investir des enfants et de porter l’histoire de leurs familles ? La psu ne prend pas en compte cette notion ! On est bien loin d’un adulte pour huit enfants qui marchent et cinq qui ne marchent pas !

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Les directrices puéricultrices sont soumises à une charge de travail administratif de plus en plus conséquente. Il est difficile de se consacrer à notre travail d’accueil, d’accompagnement, d’observation… quand les organismes financeurs nous demandent de rentabiliser les places sans moyens supplémentaires et en nous contraignant à pratiquer le « surbooking ». Et en plus, nous devons convaincre et motiver nos équipes que malgré tout, nous devons faire « du travail de qualité ».

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Toutes les familles ne sont pas équitablement accompagnées, c’est impossible de faire autant pour chacune. Alors devons-nous faire des choix ? On perd notre « essence », notre substance de professionnelle ! Mon établissement accueille jusqu’à soixante-treize familles en accueil régulier, à la journée ou à la 1/2 journée, entre 24 h et 50 h par semaine, douze à quatorze enfants de 3 à 4 ans en accueil de 10 h par semaine (mercredis et vacances scolaires) et trois à cinq enfants de 3 à 4 ans en occasionnel (à la demande en périscolaire). À ce jour, quatre-vingt-cinq familles bénéficient régulièrement, dans la semaine, d’un accueil dans une structure de soixante enfants. C’est déjà pas mal pour une directrice et son équipe, et pourtant depuis la psu, si on veut survivre, ce n’est pas assez !

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La mise en place de la psu a affaibli sérieusement les structures en amoindrissant leurs ressources financières. Elle prônait la qualité et la souplesse, elle récolte et induit l’essoufflement des professionnels et la rigidité de fonctionnement. C’est un retour en arrière.

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Le devenir des structures d’accueil petite enfance : personnellement, je m’inquiète à imaginer que ces structures d’accueil deviennent :

  • d’une part, celles du secteur pur privé, devenant un mode de garde de luxe, accessible aux plus aisés, subventionnés par divers financeurs publics (mairies et caf) et privés (entreprises, publicité, marketing…), proposant des tarifs importants aux familles. Un service adapté à la carte !

  • d’autre part, celles du secteur public, aux coûts et aux moyens moindres, qui resteront accessibles aux familles peu ou pas aisées. Du standard !

Où serait la mixité sociale ?

Notes

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Nathalie Auriac, puéricultrice-directrice, Bordeaux.

[**]

Hélène Dutertre-Le Poncin psychologue, responsable « Espace famille La Parentèle »

laparentele@ mairie-bordeaux. fr

Pour citer cet article

« Vous avez dit psu ? Billet d'humeur ou d'inquiétudes. Interrogations et éléments de réponse... (Partie 2) », Spirale 2/ 2006 (no 38), p. 169-171
URL : www.cairn.info/revue-spirale-2006-2-page-169.htm.
DOI : 10.3917/spi.038.0169


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