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S'inscrire Alertes e-mail - Spirale Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezDe l’utopie des parents à leur accueil à la crèche... Les bébés s’y retrouvent 
AuteurMarie-Laure Cadart[*] [*] Marie-Laure Cadart, médecin et anthropologue, membre du...
suitedu même auteur
Osons être aujourd’hui un tantinet provocant en posant le choix et la question suivants : en crèche, accueillir ou dépister ? Et pouvons-nous être bien accueillis, « moi, pauvre bébé découvreur de vie » dans un lieu où l’on va chercher à me dépister, et « moi, pauvre parent de ce bébé-là » ?
2 Le ton est donné en cette période où l’espace de la petite enfance n’est plus préservé des attaques multiples de notre société, en cette période où certains veulent dépister dès la crèche et même dans le ventre maternel de futurs délinquants. L’amalgame entre les essais de prévention et de repérage précoce d’une certaine souffrance psychique dans un souci d’accompagnement de l’enfant et de sa famille et le dépistage des troubles des conduites pour éviter une bascule dans la délinquance, décrite par certains comme inéluctable, montre que derrière les mêmes mots se cachent parfois des concepts et des définitions bien différents. Ainsi en est-il par exemple des termes de prévention et de parentalité qui aujourd’hui alimentent des discours opposés, novateurs ou réactionnaires, bienveillants ou contrôlants, ceux qui respectent la singularité des êtres et ceux qui la nient ou la noient dans la norme et le formatage.
3 Je ne pouvais m’empêcher de commencer ainsi et d’alerter tous ceux pour qui le monde merveilleux et périlleux de la petite enfance n’est pas un souvenir lointain ou un rêve de dessin animé mais une réalité vécue et rencontrée quotidiennement.
4 Mais le sujet va être autre et beaucoup plus réjouissant, témoignage de lieux d’accueil qui associent parents et professionnels autour d’un projet commun, celui de participer ensemble à l’éducation des enfants, celui de respecter la diversité et la personnalité de chacun, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne.
5 À l’heure où l’on parle des banlieues en termes de voitures brûlées et de vidéosurveillance, où la société a peur de ces forces vives que sont les jeunes et les étrangers, j’ai rencontré des gens qui œuvraient depuis des décennies, discrètement et avec détermination, pour que des crèches ouvrent dans ces quartiers-là, et ailleurs, et pour que les parents participent à leur vie. J’ai voulu raconter ce témoignage dans un ouvrage[1] [1] M. -L. Cadart, Des parents dans les crèches, utopie ou réalité. ...
suite et apporter ainsi ma modeste contribution au mouvement actuel de résistance pour que le monde d’aujourd’hui et de demain ne devienne pas, sous prétexte à la fois de prévention, de sécurité et de bien-être, « un monde à la Orwell[2] [2] En référence au roman 1984 de George Orwell. ...
suite », sous contrôle.
Le mouvement des crèches parentales
6 Créé dans la mouvance de Mai 68 par des parents qui voulaient participer de façon active à l’éducation de leurs enfants au sein des crèches, le mouvement des crèches parentales s’est structuré en association dans les années 1980 autour de valeurs communes. Mouvement fédératif, l’acepp[3] [3] Association des collectifs enfants-parents-professionnels,...
suite défend des valeurs dont celle du « parent premier éducateur » ou encore celle de « co-éducation » partagée entre parents et professionnels.
7 Ces positions fortes sont celles de parents engagés et militants qui renvoient souvent une image de lieux d’accueil réservés à une certaine population plutôt privilégiée. Pourtant, la réalité est autre, diverse, multiple comme le millier de lieux d’accueil adhérents en témoignent. Au fil des années, le mouvement a pris une place reconnue dans le monde de la petite enfance, se préoccupant de la place et de l’implication des parents dans tous les lieux d’accueil, mais aussi du rôle social et d’intégration que ces lieux peuvent jouer pour certaines familles.
8 En se battant pour une ouverture des lieux d’accueil à tous les enfants et toutes les familles, en étant force d’influence et de propositions, l’acepp a contribué à faire évoluer la législation, la réglementation et le financement des lieux d’accueil de la petite enfance. Ainsi, depuis la parution du décret du 1er août 2000[4] [4] Décret n° 2000-762 relatif aux établissements...
suite, les parents ont une place affirmée et reconnue au sein de tous les lieux d’accueil ; ils doivent y être accueillis, écoutés, sollicités de façons diverses. Le même texte reconnaît enfin une existence légale aux crèches parentales sous la forme de « lieux d’accueil à gestion parentale[5] [5] Chaque lieu d’accueil fonctionne différemment. Dans certains...
suite ».
Interculturalité et accueil de la diversité
9 Parler de lieux d’accueil ouverts à tous, c’est permettre l’accès à chaque enfant et à chaque famille, mais c’est aussi prendre en compte la spécificité de chacun, sa personnalité et sa culture. À l’intérieur de l’acepp, un secteur s’est consacré à l’interculturalité puis à l’accueil de la diversité. Nous allons donner quelques illustrations de ce travail.
Du côté d’Arc en Ciel
10 Il y a une vingtaine d’années, des crèches parentales ont vu le jour dans des quartiers d’habitat social à forte population immigrée, faisant le pari qu’une implication des parents dans la vie de la structure contribuerait à l’épanouissement des enfants et à leur intégration dans la société française ainsi qu’à celle de leurs parents.
11 Créé par un groupe de mères du quartier réunies en association, Arc en Ciel, dans le quartier des Minguettes à Vénissieux, fait partie de ces premiers lieux d’accueil. Le travail passionnant réalisé depuis bientôt vingt ans dans ce qui est devenu un « multi-accueil parental » de quinze places montre le succès d’une telle entreprise – qui a su préserver depuis sa création une réelle mixité sociale et culturelle. Des centaines de familles venant du monde entier y ont été et y sont accueillies. J’ai eu la chance d’en rencontrer certaines, ainsi que les professionnels, et de recueillir leurs témoignages.
12 Pénétrer dans la société française et y être respecté en tant que sujet, concevoir la diversité de chacun comme une richesse et non comme un danger, apprendre à connaître les autres, savoir que d’autres parents ont les mêmes préoccupations, échanger sur les différents savoirs et modes de faire, chercher à comprendre le sens des pratiques, tout cela rassure des parents souvent seuls et loin de leur monde familier :
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« On apprend à connaître les autres. Quand on va à la crèche, on a des préjugés sur l’éducation, l’alimentation, le rapport à l’enfant. On a toujours l’impression que notre modèle, c’est le meilleur, surtout le modèle familial. On apprend qu’il n’est ni meilleur, ni moins bon mais simplement différent. La différence est perçue comme une richesse pas comme un danger. »
14 Ici, l’apprivoisement est réciproque, entre enfants, parents et professionnels, et, au-delà de la réassurance personnelle, cette position favorise une ouverture d’esprit transmise aux enfants :
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16 La démarche dépassera bien souvent le cadre de la crèche. Ainsi, les rapports avec les institutions, l’école en premier lieu, seront souvent facilités, et c’est aussi pour certains le début d’une implication dans la vie du quartier, associative et citoyenne :
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18 Mais ceci ne se fait pas sans heurts, sans chocs. Il faut le travailler. Accueillir l’autre dans sa diversité implique de se remettre en question, de ne pas se placer dans une position de savoirs établis mais de savoirs partagés et évolutifs ; c’est une histoire de rencontres, c’est aussi le risque de la rencontre et la déstabilisation que cela implique. Ici pas de hiérarchie mais une reconnaissance des places et des savoirs de chacun, parents et professionnels. Le projet d’établissement a été longuement travaillé, avec la participation de tous, reprenant la philosophie de l’accueil, les valeurs éducatives communes mais aussi l’insertion dans le contexte local et les modalités de mise en œuvre.
19 Si l’histoire d’Arc en Ciel nous a servi d’illustration, chaque lieu d’accueil va développer son propre projet en fonction de son originalité, de son contexte, de ses priorités, autour des valeurs communes du mouvement.
Des repères pour l’accueil et l’implication des parents
20 Ouvrir les lieux d’accueil à toutes les familles et impliquer les parents dans la vie de la crèche peuvent se révéler comme un exercice hautement périlleux si on s’y lance sans balises, sans repères et sans préparation. Peut-on concilier l’ouverture à tous, quels que soient le milieu social et la culture, et l’implication des parents ? Des parents en difficulté peuvent-ils être partie prenante dans la vie du lieu d’accueil ? Quel fil conducteur doit-on tisser pour que chacun s’y retrouve ?
21 Pour répondre à ces interrogations et selon des modalités de travail originales à l’acepp, un groupe de professionnels a élaboré, à partir d’expériences de terrain, un document d’une grande qualité : Alchimie, repères éthiques pour l’accueil des parents[6] [6] Alchimie, repères éthiques pour l’accueil des parents,...
suite. Il permet de réfléchir, de façon pratique et vivante, à l’accueil et à la place des parents autour de valeurs communes, dans le respect de chacun. Il questionne et approfondit le travail en réseau et les liens avec les partenaires.
22 La démarche d’ouverture va loin : elle veut favoriser l’implication des parents dans la vie du lieu d’accueil, implication qui peut revêtir différentes formes. Elle part du constat de ces professionnels et des effets positifs observés. Permettre à des parents de se rencontrer et d’échanger sur leurs façons de faire et de prendre conscience à la fois de l’universalité des questions éducatives mais aussi de leur diversité d’approche entraîne une ouverture d’esprit dont les effets se font sentir sur les enfants. Valoriser les parents dans leurs savoir-faire, les inciter à prendre des initiatives et des responsabilités, considérer leur participation et leur regard comme une richesse pour le lieu d’accueil constituent des atouts majeurs qui se répercuteront à l’extérieur pour plus de solidarité et plus d’implication dans la vie du quartier ou la vie associative en général.
23 Vouloir rendre accessibles les lieux d’accueil à toutes les familles relève d’une démarche volontariste, partant du principe que chaque enfant doit pouvoir être accueilli dans un lieu d’éveil et de socialisation, quels que soient les motifs et les besoins des parents. Rupture de l’isolement pour certaines familles, introduction d’un tiers social bénéfique dans la relation parent-enfant – à ce titre, on peut parler d’une participation à la prévention précoce de certains troubles de la relation parent-enfant. Par ailleurs, la mixité socioculturelle ainsi induite constitue une richesse pour l’enfant qui multiplie ses repères ; elle permet aux parents et aux professionnels de dépasser leurs préjugés et d’œuvrer à faire gagner du terrain à la tolérance au sein de la société. Cette notion d’ouverture à tous doit se traduire sur deux plans : sur un plan humain, par une ouverture d’esprit des professionnels qui doit apparaître dans le projet social de l’établissement ; sur un plan matériel, en agissant sur les conditions pratiques de l’accueil (financières, modalités d’accueil, travail en partenariat, etc.).
24 La démarche associe utopie et pragmatisme. Elle est vivante, toujours prête à une remise en questions.
L’importance de la formation et de l’accompagnement des pratiques
25 La formation initiale des métiers de la petite enfance n’aborde pas ces questions. L’acepp va développer des formations continues originales qui concernent parents, professionnels, mais aussi partenaires des lieux d’accueil. En effet, le lieu d’accueil est inséré sur un quartier, dans un environnement et il importe de se connaître, de se parler, de comprendre la place et le rôle de chacun mais aussi ses limites pour que des notions comme celles de projet social (qui concerne l’insertion du lieu d’accueil dans son environnement) ou de travail en réseau prennent réellement sens.
26 Dans le cadre de la formation des professionnels initiée par l’acepp, il me faut évoquer l’apport considérable né de la rencontre avec Margalit Cohen Emerique[7] [7] Margalit Cohen Emerique, docteur en psychologie, chercheur...
suite. Celle-ci a étudié les difficultés vécues par les travailleurs sociaux dans les rencontres avec des personnes migrantes pour les amener à décoder les situations, à changer de regard et de comportements en les invitant, quand des situations interculturelles les ébranlent ou les choquent, à ne pas porter de jugement de valeur, à émettre plusieurs hypothèses et à cerner les menaces qu’ils ressentent dans leur identité. Cette attitude implique une découverte de l’autre dans ses différences mais passe d’abord par une découverte et une prise de conscience de soi, en tant qu’individu porteur d’une culture intériorisée et de sous-cultures, avec ses propres valeurs, modèles, aspirations, liés à ses différentes appartenances (familiale, nationale, ethnique, sociale, régionale, religieuse, professionnelle, etc.). Découvrir comment sa propre culture a été intériorisée, aménagée en fonction de sa trajectoire personnelle, ouvre à une compréhension de l’Autre, toujours différent.
27 La rencontre avec l’acepp va permettre de décliner et d’adapter cette approche originale dans le champ de l’accueil des jeunes enfants, et de l’étendre à toutes les familles et à tous les professionnels. En effet, dans les lieux d’accueil de la petite enfance, chaque enfant est systématiquement soumis à deux cultures, celle de son milieu familial et celle de la crèche. À chaque fois qu’il y a rencontre entre un parent et un professionnel, ce sont forcément des cadres de référence différents qui se confrontent et qui peuvent faire obstacle à la communication : chaque famille a ses habitudes, sa « culture » qui lui est propre, et nous connaissons tous un jour dans notre environnement proche ces conflits de la vie quotidienne, notamment dans les domaines touchant à l’alimentation, au sommeil ou encore à l’acquisition de la propreté des jeunes enfants…
28 L’originalité de la démarche va être de parler ces conflits en termes de « chocs culturels », d’autant plus que, bien qu’étant au cœur des pratiques, ils sont souvent banalisés, voire ignorés des professionnels, et pourtant générateurs de jugements de valeur de leur part pouvant induire des mouvements de repli ou de rejet. Face à un choc culturel, il importe d’identifier ces obstacles pour pouvoir les lever. Margalit Cohen Emerique propose une méthode en trois temps, à partir de ce qu’elle nomme des « incidents critiques » :
- se décentrer. Prendre du recul par rapport à l’événement pour prendre conscience de son propre cadre de référence et accéder à une certaine neutralité culturelle, ce qui ne veut pas dire nier son identité mais en prendre conscience ;
- pénétrer dans le système de l’autre. Chercher à le connaître de l’intérieur, à comprendre ce que l’événement peut signifier pour lui, en tenant compte du contexte dans lequel cela s’inscrit ;
- négocier, au cas par cas, en recherchant ensemble à trouver un minimum d’accord, un compromis où chacun se voit respecté dans son identité, dans ses valeurs de base, tout en se rapprochant de l’autre. Ce rapprochement se fait des deux côtés alors qu‘habituellement il est uniquement attendu du côté des migrants. Ici, ce sont les parents et les professionnels qui se retrouvent pour construire ensemble une position dans laquelle personne n’abandonnera quelque chose de fondamental de son identité.
Devant des parents qui ont des pratiques éloignées du modèle éducatif reconnu et enseigné, les professionnels peuvent se sentir insécurisés et élaborer des réactions défensives face à ce qu’ils ressentent comme des menaces envers leur identité professionnelle, parce que tout ce qu’ils ont appris à l’école, « dispenser de bons soins et transmettre une bonne éducation », ne correspond pas forcément aux pratiques des parents. Ce sont souvent des situations banales, tellement banales qu’on ne leur prête pas d’attention, qui vont pourtant toucher chacun des protagonistes, parent, professionnel, enfant, et rendre difficile voire impossible l’accueil de ce dernier.
29 La « culture des crèches » ou celle des professionnels est centrée sur des théories du développement de l’enfant qui renvoient aux normes occidentales de l’éducation basées sur des connaissances scientifiques[8] [8] Les apports essentiels ont été ceux de la médecine, de...
suite. Sans remettre en cause ces connaissances qui ont permis de progresser considérablement dans la qualité de l’accueil de l’enfant, il importe de prendre en compte son environnement.
30 Un enfant se développe mieux si l’on évite les ruptures et les discontinuités dans son parcours, notamment avec la culture du milieu familial. Cette rupture risque d’exister de fait et d’être d’autant plus importante que les modes d’éducation familiaux sont éloignés de ceux des espaces de socialisation. C’est ce qui se passe quand les familles sont originaires d’autres pays et/ou quand elles appartiennent à des catégories sociales défavorisées. Comment, dans ce contexte, assurer la continuité pour l’enfant alors que certains modes éducatifs de sa famille peuvent être en opposition avec ceux de la crèche ?
31 Ainsi, prenons un exemple concernant le sommeil : un enfant habitué à dormir chez lui dans la pièce principale au milieu de la vie familiale risque de ne pas supporter le silence et l’absence de mouvement dans le dortoir de la crèche où dix enfants sont dans des lits à barreaux. Et sa mère risque de manifester son inquiétude et son insécurité de laisser ainsi son bébé : « Mon fils ne pourra pas dormir ici, il n’a pas l’habitude. » Se décentrer, c’est accepter, pour le professionnel, que sa théorie du sommeil ne soit pas univoque et que la mère ait son savoir. Rentrer dans le cadre de référence de l’autre, c’est chercher à connaître dans quelles conditions l’enfant dort, quelles sont ses habitudes. Négocier, c’est trouver une solution qui sécurise l’enfant, la mère et le professionnel, tout en préservant les valeurs de base de chacun.
32 La démarche de Margalit Cohen Emerique adaptée aux lieux d’accueil de la petite enfance et à toutes les familles redynamise les équipes en donnant du sens aux pratiques des parents qui se sentent alors en confiance et rassurés pour le plus grand bénéfice des enfants.
En guise de conclusion
33 Ayant travaillé pendant de longues années comme médecin de pmi[9] [9] Protection maternelle et infantile. ...
suite et connaissant bien le milieu d’accueil de la petite enfance, il m’a semblé important de parler de l’originalité et de la qualité de ce travail, et de participer à la diffusion de ces idées. En effet, elles peuvent aider bien des parents, des professionnels et des partenaires institutionnels ou associatifs, quels que soient les contextes des lieux d’accueil, à penser la place des parents comme partenaires à part entière.
34 « Et l’enfant ? », pour reprendre une expression chère à notre regrettée Myriam David[10] [10] Le docteur Myriam David, marraine de la revue Spirale, nous...
suite. Il semble bien qu’il ne puisse que tirer bénéfice de ce travail d’ouverture, de respect et de reconnaissance de l’autre. Reconnaître ses parents dans leur singularité, c’est le reconnaître aussi.
35 La crèche, lieu d’apprentissage, doit assurer à l’enfant une continuité et une cohérence entre le milieu familial et celui de la crèche, et au sein même de la crèche. Il doit y apprendre, dès le plus jeune âge, à vivre les différences et la diversité comme une richesse, et non comme une menace. N’oublions pas qu’un tel lieu devient dangereux s’il n’est pas individualisant, s’il ne reconnaît pas chacun en tant que sujet.
36 Alors, mettons-nous au travail face aux détracteurs de tous bords et que nous, anciens enfants, sachions faire aux enfants d’aujourd’hui et de demain une place de choix pour qu’ils deviennent les citoyens de demain.
37 « Si quand on est tout petit, on baigne dans le respect, cela apporte quelque chose quand on est plus grand », nous a confié un « ancien enfant » d’Arc en Ciel.
Notes
[ *] Marie-Laure Cadart, médecin et anthropologue, membre du bureau snmpmi.
mlcadart@club-internet.fr
[ 1] M.-L. Cadart, Des parents dans les crèches, utopie ou réalité. La prise en compte de la diversité des enfants et des familles dans le réseau des crèches parentales (2006, érès).
[ 2] En référence au roman 1984 de George Orwell.
[ 3] Association des collectifs enfants-parents-professionnels, 15 rue du Charolais, 75012 Paris.
[ 4] Décret n° 2000-762 relatif aux établissements et services d’accueil des enfants de moins de 6 ans codifié aux articles R. 2324-16 à R. 2324-47 du Code de la santé publique.
[ 5] Chaque lieu d’accueil fonctionne différemment. Dans certains établissements, les parents participent eux-mêmes, avec les professionnels, à l’accueil des enfants ; dans d’autres, sans participer directement à l’accueil, ils sont partie prenante des orientations et de la gestion du lieu d’accueil associatif, au sein du conseil d’administration.
[ 6] Alchimie, repères éthiques pour l’accueil des parents, acepp, 2000.
[ 7] Margalit Cohen Emerique, docteur en psychologie, chercheur et formatrice en interculturel, auteur de nombreux articles, coauteur avec Carmel Camilleri du livre Chocs de cultures, Paris, L’Harmattan, 1989.
[ 8] Les apports essentiels ont été ceux de la médecine, de la psychologie et de la psychanalyse.
[ 9] Protection maternelle et infantile.
[ 10] Le docteur Myriam David, marraine de la revue Spirale, nous a quittés il y a un peu plus d’un an. Un numéro spécial de la revue lui avait été consacré en 2003 : Autour de Myriam David, quel accueil pour l’enfant, Spirale n° 25.
Résumé
Les crèches et autres lieux d’accueil peuvent être des lieux dans lesquels les parents se sentent bien, accueillis, impliqués, pour le plus grand bénéfice des enfants. C’est le pari fait par le mouvement des crèches parentales (l’acepp) qui, depuis vingt ans, travaille sur l’ouverture des lieux d’accueil à tous les enfants et toutes les familles dans un souci de mixité sociale et culturelle, et d’accueil de la diversité. À l’heure où certains pensent « rééducation parentale », d’autres vivent au quotidien la participation et l’implication des parents dans ces lieux de vie. Ainsi, la crèche peut devenir un lieu d’intégration pour l’enfant et sa famille, dans le respect de la singularité de chacun. Pour cela, l’accent est mis sur un travail autour de valeurs communes, dans lequel les temps d’échanges, de formation continue et d’accompagnement des pratiques sont des priorités.
PLAN DE L'ARTICLE
- Le mouvement des crèches parentales
- Interculturalité et accueil de la diversité
- Des repères pour l’accueil et l’implication des parents
- L’importance de la formation et de l’accompagnement des pratiques
- En guise de conclusion
POUR CITER CET ARTICLE
Marie-Laure Cadart « De l'utopie des parents à leur accueil à la crèche... Les bébés s'y retrouvent », Spirale 2/2006 (no 38), p. 29-38.
URL : www.cairn.info/revue-spirale-2006-2-page-29.htm.
DOI : 10.3917/spi.038.0029.








