2007
Spirale
Des livres et des bébés
Des livres et des bébés
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Des lecteurs professionnels de « Lis avec moi
[1] » –
adnsea Nord/Pas-de-Calais présentent deux coups de cœur :
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Laurent tout seul, Anaïs Vaugelade, L’École des loisirs, 1996 ;
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Mon singe et moi, Emily Gravett, Kaléidoscope, mars 2007.
Merci à Yann Bottin, Rafaëlle Rudent, Élisabeth Dubois et Nadia Thilliez.
Laurent tout seul,
Anaïs Vaugelade, L’École des loisirs, 1996
par Yann Bottin
Anaïs Vaugelade est une jeune auteur-illustratrice française pour laquelle j’ai un certain attachement. C’est toujours avec le même plaisir que je lis et relis ses albums. Je ne m’en lasse pas, et après plus d’une centaine de lectures, les textes et les illustrations ont toujours la même fraîcheur !
J’affectionne tout particulièrement deux de ses œuvres : Laurent tout seul et Le déjeuner de la petite ogresse (L’école des loisirs, 2002).
Ils sont révélateurs de tout le talent de cet auteur. Sous des airs légers et le plus souvent drôles, elle propose des réflexions profondes sur la vie. Elles ne sont jamais ouvertement dites mais toujours suggérées ; le lecteur peut alors « prendre » ce qu’il veut dans l’histoire, libre de sa compréhension. Je vous propose ma lecture de Laurent tout seul.
Un petit lapin, Laurent, veut aller jouer dehors. Petit à petit, il s’éloigne de la maison, malgré les limites posées par sa maman. Il décide finalement de partir en voyage, découvre la liberté, la solitude, fait des rencontres…
Laurent tout seul peut se résumer à un thème principal : la prise d’autonomie. Et derrière se cache une multitude de notions importantes sur l’existence.
D’abord, c’est une prise de distance entre la mère et le fils (le père n’est présent que dans le cache d’une photo de famille apparaissant sur un mur). Une mère qui, à la fois accepte ce processus, mais reste néanmoins vigilante (regardez qui veille à la fenêtre lorsque Laurent dépasse le châtaignier !), non sans angoisse : « Sois prudent mon lapin ! ». Angoisse que vivra aussi le héros la nuit venue. Ça n’est pas si simple de devenir autonome, et les phases peuvent être à la fois excitantes (au coucher et lever du soleil) ou difficiles à vivre (sous le soleil écrasant du midi).
Au cours de son cheminement, Laurent aura dû passer dans un premier temps par la transgression (dépasser la barrière et le châtaignier) pour découvrir de nouvelles émotions. Ce choix posé, Laurent, toujours dans une solitude nécessaire mais aussi imposée par la vie, cherche à mettre en place des choses pour se sentir moins seul. C’est alors le moment des fêtes et de la socialisation. La maman réapparaît alors sans intrusion dans la nouvelle existence de son fils (symbolisée dans l’illustration par l’éloignement géographique). Mais ces moments festifs avec ses amis ne combleront en rien sa solitude : « et maintenant ? » se demande-t-il une fois le monde parti. J’aime particulièrement cette nuance : tout n’est pas si simple dans la vie…
Et même si Laurent finit par rencontrer une lapine, la fin n’est pas fermée par un « happy end » trop facile et caricatural, mais ouverte : « on verra demain », qui laisse à chacun la possibilité d’y mettre le fruit de son expérience vécue, ses propres aspirations pour continuer l’histoire.
Ces quelques pistes de lecture personnelle n’ont pas d’autre objet que de vous inviter à en formuler d’autres afin que cette histoire, très émouvante, continue son voyage à l’intérieur de chacun.
Mon singe et moi,
Emily Gravett, Kaléidoscope, mars 2007
par Rafaëlle Rudent, Élisabeth Dubois et Nadia Thilliez,
Une petite fille très active, joue avec son singe. Avant même de commencer l’histoire, nous la découvrons en train de se battre avec une paire de collant qu’elle essaye d’enfiler ; la voilà bientôt prête à partir – accompagnée de sa peluche – à la rencontre de manchots, chauves-souris, kangourous, éléphants et… singes !
Avec beaucoup de malice et un don certain pour le mime, la fillette nous propose un jeu de devinettes… « nous allons droit voir les… ! »
Au final, c’est épuisé que le lecteur la retrouve effondrée devant son repas.
Entre rêve et réalité. A-t-elle vraiment rencontré ces animaux ? Ce jeu, entre possible et supposé, nous ravît… Jusqu’à cette banane, présentée dès le début du livre, puis chipée et… à vous de voir !
La typographie et l’illustration sont un vrai régal d’humour et de facétie. Mots et images se nourrissent les uns les autres et font naître un mouvement sans fin, se répondant, jouant, interrogeant, jusqu’à trouver du sens et provoquer du plaisir. L’effet répétitif du texte invite les lecteurs les plus jeunes à reprendre la ritournelle. L’histoire ressemble à une promenade, tonique et rapide puis lente et silencieuse pour s’éteindre doucement à la fin du livre.
À la lecture de cet album, les jeunes enfants bougent, se prennent au jeu et singent les déplacements des animaux et de leurs petits, comme le fait si bien l’héroïne. Les plus grands ont tôt fait de repérer les mimiques de la petite fille et de son compagnon dans l’illustration bourrée d’indices ; très judicieusement ils devinent le nom de l’animal mimé et prennent plaisir à vérifier leur proposition à la page suivante.
Une histoire gaie, rythmée, dansante à découvrir et faire découvrir de toute urgence !
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Une rubrique à plusieurs voix coordonnée par
Dominique Rateau, chargée de mission à l’Agence régionale pour l’écrit et le livre en Aquitaine (Arpel) et intervenante libérale. Cette rubrique présente des albums « coup de cœur » ou « coup de colère », nouveautés ou classiques, et propose une réflexion sur la rencontre des adultes, des bébés et des livres.domi-rateau@wanadoo.fr
[1]
lisavecmoi@wanadoo.fr