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Ou quand un pape est appelé à régnerAraignée ? Quel drôle de nom ! Pourquoi pas « libellule » ou « papillon » ?
2 Vous souvenez-vous de cette ritournelle enfantine, qui nous faisait glousser dans les cours de récréation de nos enfances ? Imaginait-on une araignée au Vatican ? Savait-on bien ce qu’était un pape, sa fonction, c’était où le Vatican, c’était quoi la curie ? Dieu y reconnaissait-il les siens ?
3 Nous avons grandi depuis, appris le monde dans nos livres d’histoire, frayé avec « la religion de nos pères », nous avons eu notre « week-end à Rome, tous les deux sans personne », peut-être, nous avons lu Astérix aussi et nous savons tous, enfin presque, que quand la fumée blanche apparaît à la cheminée de la chapelle Sixtine, les cloches de la basilique Saint-Pierre carillonnant en mesure, un nouveau pape est appelé à régner. « Habemus papam ! » Benoît XVI est le dernier en date, qui succède à Jean-Paul II – un des pontificats les plus longs – qui succéda à Jean-Paul Ier – qui lui ne sera pape que trente-trois jours et six heures – qui succéda à Paul VI, qui…
4 Nous savons qui est le pape, ce qu’il représente, le poids de sa fonction, l’importance de ses mots, osons la charge symbolique de ses apparitions et de ses prises de position.
5 Or, voilà que Benoît XVI entamait il y a peu son premier voyage en Afrique. Au programme : le Cameroun et l’Angola. À bord de l’avion qui le conduisait à Yaoundé, le pape a lâché en plein ciel une petite phrase qui a provoqué un tollé en France et dans le monde. Pour ceux qui n’en ont pas encore profité, la revoici :
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7 Glop !
8 L’Église a certes bien autre chose à dire sur l’amour humain que de vanter les mérites du latex ou de prôner le safe sex et le pape qui parle du préservatif, c’est comme si je glosais sur l’immaculée conception, mais quand même…
9 Et pourquoi tant de bruit autour de ces paroles alors qu’il ne s’agit là en fait que de pousser jusqu’au bout la logique traditionnaliste de l’Église, acquise de longue date et malgré Vatican II, à cette assurance formelle que « le lien sexuel de la chasteté est l’unique manière sûre et vertueuse pour mettre fin à cette plaie tragique qu’est le sida ». Ce sont là les propos de Jean-Paul II, qui lui n’a jamais parlé de préservatif, en février 1993, sur cette même terre d’Afrique, à Kampala – mais qu’ont-ils donc tous ces papes à tenir en ce continent déjà si meurtri par les guerres, la famine, la misère, le sida, ces discours ahurissants ? Il continuait en dénonçant « la mentalité hédoniste et de déresponsabilisation » des hommes par rapport à la sexualité. N’avait-il pas déjà assuré, en 1988, en plein cœur de l’épidémie de sida qui faisait alors de véritables et dramatiques ravages, qu’« aucune considération personnelle ou sociale n’autorise l’emploi de contraceptifs » ?
10 Pincez-moi, je rêve !
11 Enfin, j’aurais pu quand même me souvenir de Paul VI, qui en 1968, vous savez, au cours d’un certain mai, avait signé l’encyclique « Humanae vitae[1] [1] Ce nom correspond aux deux premiers mots de la version latine...
suite » qui condamnait en vrac la pilule, le stérilet, le préservatif comme « intrinsèquement déshonnête » et qui ébranla déjà fortement tout le monde catholique.
12 Mais attendez, faut quand même aller jusqu’à lire monseigneur Tony Anatrella, ce célèbre psychanalyste et spécialiste de psychiatrie sociale, qui enseigne à Paris et à Rome, et alors là, y’a de quoi se pâmer. Anatrella a publié, en 1995, L’amour et le préservatif (Paris, Flammarion), livre qui a été récemment réédité sous le titre L’Église et l’amour (Paris, Champs-Flammarion), intéressante modification, n’est-ce pas ? Après les récentes déclarations de Benoît XVI, le voilà qui monte au créneau partout dans la presse ; n’est-il pas consultant du Conseil pontifical pour la famille et du Conseil pontifical pour la santé ? Il dénonce la « vision idéologique du préservatif » et l’absence de réflexion sociétale sur « les pratiques qui sont à l’origine de la transmission virale ». Il a beau jeu aussi de vilipender les médias et « les décideurs et les prescripteurs politiques et sociaux » qui « véhiculent et confortent une représentation de l’expression sexuelle qui est souvent instrumentale et délétère ». Les propos du pape, selon lui, devraient nous inciter à « changer de comportement plutôt que de changer de pratiques techniques ». Il continue :
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14 Tentative un brin perverse – osons-le – de reprendre la main (!) en se la jouant bon cartésien, rompu à la communication et à la médiologie. Opposons donc le langage moral, celui du pape et le « discours sanitaire », une « vision simpliste, et parfois infantile » du monde et de la sexualité, et le message chrétien. Rappelons que pour l’Église, en langage moral, le préservatif reste une question de casuistique, comme l’évoquait déjà le cardinal Ratzinger en 1989 – vous savez, le futur Benoît XVI :
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16 C’est cela, oui, en bref dans le texte, le préservatif comme « détail de l’histoire »… Ça vous rappelle quelque chose ?
17 Mais dans quel monde vit donc l’Église du xxie siècle ? Un monde virtuel pour sûr.
18 Quo vadis ?
19 Allez, gardons-nous ici de ressentir une quelconque colère à l’égard de ces prises de position. La colère n’est-elle pas péché capital, un de ceux qui nous envoient direct en enfer, sans passer par la case départ et sans empocher 20 000 francs, comme dans le Monopoly de nos enfances, quand nous nous achetions Paris à coups de monnaie de singe.
20 Allez, gardons silence. Michel Del Castillo écrit quelque part que le silence, c’est la décence.
21 Gardons silence, restons décent.
Notes
[ 1] Ce nom correspond aux deux premiers mots de la version latine de l’encyclique, qui commence ainsi : « Humanae vitae tradendae munus gravissimum », c’est-à-dire « Le très grave devoir de transmettre la vie humaine ».
POUR CITER CET ARTICLE
« Le préservatif, ça aids... », Spirale 1/2009 (n° 49), p. 7-10.
URL : www.cairn.info/revue-spirale-2009-1-page-7.htm.
DOI : 10.3917/spi.049.0007.




