Spirale 2011/4
Spirale
2011/4 (n° 60)
180 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782749215457
DOI 10.3917/spi.060.0160
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Bébé, où crèches-tu ?

Vous consultezMais si, c’est possible !

Contribution La vie à la crèche, rêves et réalités, par
Hélène Dutertre-Le Poncin du même auteur

Psychologue clinicienne, responsable de l’espace famille La Parentèle, Bordeaux leponcindutertre.helene@neuf.fr

Très régulièrement, les responsables d’établissements accueillant des tout-petits se réunissent. Les raisons pour le faire sont diverses et se fondent sur le besoin de ces professionnels de partager leurs pratiques et leurs préoccupations comme de répondre à la demande des collectivités territoriales ou des associations qui les emploient.

2 En effet, de nouveaux textes paraissent, des questions d’organisation, de coordination public-privé se font jour, des conseils de parents conviés régulièrement font émerger des remarques, besoins, propositions. La préoccupation constante de l’ensemble de ces adultes, professionnels et parents, est d’offrir la meilleure qualité d’accueil à la génération future des enfants de moins de 6 ans.

3 Les ordres du jour de telles rencontres sont souvent chargés, et les échanges informels très riches et passionnés.

4 Les réalités budgétaires cruelles poussent ces équipes à des renoncements mais aussi à beaucoup de créativité. Pour avoir participé et accueilli bon nombre de ces réunions, j’observe régulièrement le décalage entre ce qui est perçu comme nécessité nouvelle et nécessaire, simplement en étant à l’écoute de l’air du temps social, et les propos de professionnelles qui rappellent que, pourtant, telle ou telle demande n’est pas exprimée, par exemple : « Il n’y a pas de demande d’horaires décalés », « il n’y a pas de demande d’accueils différents », « il n’y a pas de demande de…, ou c’est si rare. »

5 Ou plutôt, ne pourrait-on « entendre » que ces demandes ne sont pas arrivées jusqu’à l’oreille de ces professionnels de la petite enfance, administratifs ou élus ? De toute façon, l’offre est définie et les parents s’organisent comme ils peuvent dans leurs singularités. Ceux rencontrés, pour qui les inscriptions en multi-accueil sont faites, même en liste d’attente, entrent dans le cadre proposé.

6 Quid des autres et quels seraient leurs éventuels besoins ? Nous savons tous que le travail saisonnier existe et que tous les parents ne terminent pas leur activité à 18 heures pour être à l’heure à la crèche, et nous savons aussi que la vie économique et sociale ne s’arrête pas le vendredi soir… Il faut donc avoir l’oreille fine et aller écouter les demandes qui n’arrivent pas jusqu’aux établissements et services en responsabilité d’accueillir des bébés. Il faut donc écouter ces autres parents qui se débattent dans des problèmes d’organisation et qui ne prennent pas forcément le temps de « faire remonter à qui de droit » leurs besoins.

7 Ces demandes atypiques donc se devaient d’être repérées mais aussi qualifiées et quantifiées.

8 Chaque région a ses particularités d’emploi et chaque territoire voit des partenariats différents s’organiser : caf, msa, conseil général-pmi, municipalités, associations ou autres à l’œuvre.

9 Nous parlions de créativité… L’expérience basée sur l’étude qui suit illustre bien que la recherche partagée pour s’adapter aux besoins des familles est imaginable et possible. Ce travail rend compte de la réalité d’un de ces partenariats et peut donner quelques pistes éventuelles à d’autres, d’où le souhait de le faire partager.

Étude des besoins

10 Réalisation d’une étude sur les besoins en accueil atypique à l’échelle du Pays Bassin d’Arcachon-Val de l’Eyre pour les enfants de 0 à 6 ans.

11 Ce travail a été mené avec la collaboration du conseil général de la Gironde « service de pmi, modes d’accueil », de la caf et de la msa de la Gironde, du Pays Bassin d’Arcachon-Val de l’Eyre, et avec le soutien méthodologique de l’ogiape (Observatoire girondin de l’accueil de la petite enfance).

12 Des coordinateurs petite enfance en lien avec leurs élus et des professionnels de la petite enfance ont repéré une demande des parents qui n’avait ni entendue, ni qualifiée, ni quantifiée. Des réponses possibles ont été étudiées à partir des attentes des parents exprimées dans l’enquête réalisée au cours de l’étude et dans un souci constant d’équité et d’accessibilité pour toutes les familles, mais aussi dans une éthique de respect de la qualité d’accueil des enfants, et en prêtant une attention particulière aux conditions de travail des professionnels concernés.

Définition des horaires atypiques

13 Le groupe a élaboré une définition des horaires atypiques :

  • horaires irréguliers selon les jours, les semaines, du fait de la flexibilité de l’emploi des familles ;
  • horaires variables selon les périodes, car plus particulièrement liés à l’emploi saisonnier qui est une caractéristique forte du pays.

Situations d’urgence et imprévisibles

14 Horaires décalés par rapport aux heures et aux jours d’ouverture et de fermeture des établissements d’accueil existants.

15 Les résultats de l’étude ont montré que :

  • le besoin est lié à des horaires décalés (54 %) ;
  • il se manifeste surtout le soir et le week-end (44 %) ;
  • il peut durer une ou plusieurs années (82 %).

Soixante-sept pour cent des parents interrogés n’ont eu aucune proposition de solution, ou une solution partielle qu’ils ont dû compléter.

16 Soixante-trois pour cent ne sont pas satisfaits par la solution proposée.

17 Les résultats ont donc conforté l’hypothèse de départ. Cette étude a permis de vérifier l’existence de ce besoin, de le qualifier et de proposer des pistes d’actions.

18 Pour ce faire quatre propositions ont été proposées aux élus qui les ont validées.

Propositions

Créer un demi-poste de référent sur cette problématique

19 Ce professionnel de la petite enfance est un référent central à l’échelle du Pays et est chargé de mission sur ce territoire élargi.

20 Ses missions sont les suivantes :

  • proposer un service aux familles afin de les informer et de les orienter vers les établissements ou services adaptés et assurer un suivi de leur demande ;
  • soutenir les établissements et services existants pour informer et orienter les familles ;
  • animer un observatoire permettant de centraliser les demandes et d’assurer une veille sur les possibilités d’accueil atypiques par territoire ;
  • communiquer en direction des familles, des professionnels et des élus.

Élargir les horaires d’accueil

21 Ouvrir plus tôt, plus tard, le samedi, pendant les deux mois d’été, quelques établissements d’accueil de la petite enfance, d’accueil de loisir et d’accueil périscolaire maternel.

22 Le choix de ces établissements se ferait en fonction d’une logique de mobilité géographique des parents à travers le territoire.

23 Ils seraient ouverts préférentiellement sur les plages horaires les plus adaptées aux besoins des familles (l’étude a montré des dominantes pour chaque intercommunalité).

Renforcer les structures existantes en recrutant des assistantes maternelles

24 Avec une spécificité « accueil atypique », pour les enfants âgés de 0 à 6 ans, elles seront rattachées selon une logique de proximité géographique, soit à un service d’accueil familial, soit à un établissement multi-accueil.

Recruter ou mobiliser des professionnelles titulaires d’un cap Petite Enfance

25 Pour compléter les modes d’accueil proposés, elles interviendraient au domicile des familles : en effet, certaines situations (enfant malade, enfant scolarisé, horaire très décalé, nuit, etc.) nécessitent une approche plus ciblée.

26 Ces professionnelles seraient rattachées à un service d’aide à domicile ou à un établissement multi-accueil et pourraient intervenir à la demande.

27 Cette étude nous montre que si les professionnels tendent l’oreille vers les parents et travaillent ensemble, et s’ils sont entendus par leurs élus, leur créativité permet de répondre au plus près des besoins des familles dans le respect des enfants…

 

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Marie-Pierre Galarraga « Mais si, c'est possible ! », Spirale 4/2011 (n° 60), p. 160-164.
URL :
www.cairn.info/revue-spirale-2011-4-page-160.htm.
DOI : 10.3917/spi.060.0160.