2001
STAPS
Bioenergétique et activités physiques et sportives
La vitesse à VO2 max, signification et applications en course à pied
Serge Berthoin1
Nicolas Blondel1-2
Véronique Billat1
Michel Gerbeaux1
1Université de Lille 2, Faculté des Sciences du Sport et de l’E.P.
[*], Laboratoire Etudes de la Motricité Humaine2Université d’Artois, UFR-STAPS, Laboratoire d’Analyse Multidisciplinaire des A.P.S.
Cette revue de question a pour thème central le concept de vitesse à VO2 max, considérée comme critère d’appréciation de l’aptitude à réaliser des performances en course à pied et comme point de repère pour déterminer les vitesses idéales en vue d’optimiser l’entraînement des coureurs. Deux types de protocoles ont été proposés pour mesurer la vitesse à VO2 max. Dans le premier type de protocole, la vitesse atteinte sur le terrain à la fin d’une épreuve progressive, continue et maximale est retenue comme étant la vitesse à VO2 max. Dans le second type de protocole, la vitesse à VO2 max est calculée à partir des mesures de VO2 max et de coût énergétique mesurées en laboratoire. Les recherches en cours visent à identifier les relations entre vitesse de course et temps limite de maintien de cette vitesse de course afin de proposer des exercices pour lesquels l’allure et la durée de la course sont adaptées aux possibilités de chaque athlète.Mots-clés :
aérobie, consommation maximale d’oxygène, entraînement, évaluation, performance..
This review focuses on the concept of velocity at VO2 max. Thus velocity is related to aerobic performance and could be used as a criterion of velocity to set running paces for training. Two groups of protocols have been proposed to measure the velocity at VO2 max. The first types of protocol consisted in continuous, multistage and maximal running field tests where the speed at the last stage is accepted as the velocity at VO2 max. For the second type of protocol, the velocity at VO2 max is calculated from VO2 max and energy cost of running measured during laboratory events. Further studies are needed to identify the relationships between running velocity and running time to exhaustion at this velocity to propose exercises for which both running velocity and running length are closely adapted to the possibilities of each subject.Keywords :
aerobic, maximal oxygen uptake, training, assessment, performance.
Dieser Übersichtsartikel hat als zentrales Thema das Konzept der Geschwindigkeit bei VO2max, die als Kriterium für die Leistungsfähigkeit im Laufen gilt und als Anhaltspunkt, um die ideale Geschwindigkeit zu bestimmen hinsichtlich einer Optimierung des Lauftrainings. Zwei verschiedene Untersuchungsdesigns werden vorgeschlagen, um diese Geschwindigkeit bei VO2max zu bestimmen. Bei der ersten Methode wird die erreichte Geschwindigkeit bei einem progressiven, andauernden und maximalen Lauf auf der Laufbahn als die Geschwindigkeit bei VO2max bestimmt. Bei der zweiten Methode wird die Geschwindigkeit bei VO2max anhand von Messungen der VO2max und des energetischen Verbrauchs im Labor gemessen. Die derzeitigen Forschungen versuchen, die Zusammenhänge zwischen der Laufgeschwindigkeit und dem Limit der Aufrechterhaltung dieser Laufgeschwindigkeit zu identifizieren, mit dem Ziel, Trainingsvorgaben zu geben, bei denen die Geschwindigkeit und die Dauer des Laufes den Fähigkeiten des einzelnen Athleten angepasst sind.Schlagwörter :
Aerobe, maximale Sauerstoffaufnahme, Training, Evaluation, Leistung.
Questa rassegna ha per tema centrale il concetto di velocità al VO2 max, considerato come criterio di valutazione dell’attitudine a realizzare delle prestazioni nella corsa a piedi e come punto di riferimento per determinare le velocità ideali in vista di ottimizzare l’allenamento dei corridori. Sono stati proposti due tipi di protocollo per misurare la velocità al VO2 max. Nel primo tipo di protocollo, la velocità raggiunta sul terreno alla fine di una prova progressiva, continua e massimale è ritenuta come la velocità al VO2 max. Nel secondo tipo di protocollo, la velocità al VO2 max è calcolata a partire dalle misure del VO2 max e del costo energetico misurati in laboratorio. Le ricerche in corso mirano ad identificare delle relazioni tra velocità di corsa e tempo limite di mantenimento di questa velocità di corsa allo scopo di proporre degli esercizi per i quali l’andatura e la durata della corsa sono adattate alle possibilità di ciascun atleta.Parole chiave :
aerobia, consumo massimale d’ossigeno, allenamento, valutazione, performance.
Este estudio tiene por tema central el concepto de velocidad VO2max, considerado como un criterio de apreciación de la aptitud en la realización de rendimientos en la carrera y como punto de partida para determinar las velocidades ideales en vista de optimizar el entrenamiento de los corredores. Dos tipos de protocolos son propuestos para medir la velocidad del VO2max. El primer tipo de protocolo la velocidad esperada en el terreno al final de una prueba progresiva continua y máxima es considerado como la velocidad a VO2max. El segundo protocolo la velocidad VO2max es calculada a partir de la medición del VO2max y del gasto energético medidos en el laboratorio. Las investigaciones en curso identifican las relaciones entre la velocidad de carrera y el tiempo límite de mantención de la velocidad de carrera a fin de proponer ejercicios que permitan adaptarlas a cada atleta.Palabras claves :
aeróbica, consumación máxima de oxigeno, entrenamiento, evolución, rendimiento..
En course de longue durée, le plus grand volume d’oxygène pouvant être consommé par minute et par kilogramme de masse corporelle (VO2 max, en ml.kg-1.min-1), c’est-à-dire le débit maximal ou la puissance maximale du métabolisme aérobie, est positivement corrélé à la performance (Foster, 1983). Cependant, pour des sujets dont les VO2 max sont comparables, la corrélation entre le VO2 max et la performance est faible (Conley et Krahenbuhl, 1980), voire non significative (Lacour, Padilla-Magunacelya, Barthélémy & Dormois, 1990). Pour expliquer les différences interindividuelles de performances, il est alors nécessaire de tenir compte d’autres paramètres. Ainsi, Di Prampero, Atchou, Brückner & Moia (1986) modélisent la performance en course de longue durée à partir du VO2 max (ml.kg-1.min-1), de la fraction du VO2 max qui peut être soutenue lors d’une épreuve et du coût énergétique de la course (Cr), c’est-à-dire la quantité d’oxygène consommée par unité de distance parcourue (mlO2.kg-1.m-1). Ainsi, la performance peut être améliorée soit en augmentant la fraction du VO2 max soutenu lors de la course, soit en augmentant le VO2 max, soit en diminuant le coût énergétique de la course ou par toute combinaison de ces trois paramètres
Le rapport entre VO2 max et Cr est à l’origine du concept de vitesse à VO2 max. La détermination de cette vitesse est réalisée soit à partir de paramètres physiologiques (VO2 max et Cr), soit en mesurant l’allure de course la plus élevée atteinte lors d’une épreuve à vitesse progressivement augmentée poursuivie jusqu’à l’épuisement. La vitesse à VO2 max permet d’établir un lien direct entre l’évaluation de la performance et la détermination des allures de course pour l’entraînement, ce qui n’est pas le cas pour le VO2 max et le Cr. Le concept de vitesse à VO2 max illustre bien le transfert de connaissance entre la recherche et ses applications.
Dans la littérature, différents protocoles et différentes abréviations ont été proposés pour mesurer et identifier la vitesse à VO2 max, ce qui peut être source de confusion (Hill & Rowell, 1996). Dans la suite du document, l’expression vitesse à VO2 max (vVO2 max) a été choisie pour désigner ces différentes vitesses. Pour les autres définitions du concept de vVO2 max, nous utiliserons les abréviations proposées initialement par les auteurs à l’origine des protocoles.
L’objet de cette revue de question est 1°) de présenter les différents protocoles de mesure de la vVO2 max et d’en discuter la signification physiologique sous-jacente ; 2°) de présenter ses applications à l’élaboration des programmes d’entraînement ; 3°) de proposer des orientations de recherche concernant la détermination de la vVO2 max et son utilisation pour l’optimisation de l’entraînement.
2. Protocoles de mesure de la vitesse à VO2 max
2.1. Mesure directe de la vitesse à VO2 max sur le terrain
Sur le terrain, la vVO2 max peut être mesurée directement en retenant la vitesse obtenue à l’arrêt d’un test par paliers d’intensité croissante poursuivi jusqu’à ce que le sujet n’arrive plus à maintenir le rythme de course imposé. L’intérêt principal d’une telle épreuve est d’imposer les allures de course à l’aide de repères sonores (Léger et Boucher, 1980) ou à l’aide d’un cycliste que le sujet doit suivre pour maintenir une allure donnée (Brue, 1985). L’habileté des sujets à contrôler leur allure, comme facteur influençant la performance, est alors minimisée.
Léger et Boucher (1980) sont les premiers auteurs à avoir proposé un test de course indirect, progressif, continu et maximal, initialement utilisé pour évaluer le VO2 max des sujets : le test de course sur piste de l’Université de Montréal (TCPUM). Ce test débute à une vitesse de 6 km.h-1 (5 Mets), où 1 Met représente la consommation d’oxygène au repos soit 3,5 ml.kg-1.min-1. La vitesse est ensuite augmentée de 1,2 km.h-1 (1 Met) par palier de 2 min. L’épreuve prend fin lorsque le sujet n’est plus capable de suivre le rythme de course imposé. Les auteurs retiennent comme performance la vitesse au dernier palier de course entièrement couru (vTCPUM).
Au moyen de ce test, la détermination du VO2 max est réalisée en attribuant au sujet le coût énergétique moyen de la vitesse de course au dernier palier entièrement couru. L’équation de prédiction du VO2 max a été établie à partir des travaux de Shephard (1969) et de Pugh (1970) :
où la vitesse (v) est exprimée en km.h-1 et VO2 max en ml.kg-1.min-1.
La détermination du VO2 max à l’aide de cette formule a été validée à partir d’épreuves de laboratoire (Léger et Boucher, 1980). Le test est reproductible, indépendamment du sexe et du niveau de performance, chez l’adulte (Léger et Boucher, 1980), comme chez l’enfant pour des tests réalisés en milieu scolaire (Berthoin, Mantéca, Lensel-Corbeil & Gerbeaux, 1995).
Par la suite, plusieurs versions de ce test ont été proposées (Tableau 1). Dans le protocole de Brue (1985), la vitesse est imposée par un cycliste que les sujets suivent seul ou en groupe. Les augmentations de vitesse sont de 0,2 ou 0,3 km.h-1 par paliers de 30 s. Cazorla (1990) propose de placer des repères tous les 20 m autour de la piste (au lieu de 50 m) et réduit les augmentations de vitesse (0,5 km.h-1 par minute). Pour adapter le test de Léger et Boucher (1980) aux populations scolaires, Gerbeaux, Lensel-Corbeil, Branly, Dierkens, Jacquet, Lefranc, Savin et Savin (1991) modulent la durée des paliers afin que les changements de palier coïncident avec le passage près d’un cône et réduisent l’intervalle entre deux repères à 25 m.
Figure 1
Relation entre consommation d’oxygène (VO2 ) et vitesse de course (adapté de Margaria et al., 1965).
Pour ces épreuves, il est fait l’hypothèse que la vitesse en fin d’exercice correspond à la vVO2 max (figure 1). Or, on peut penser que des augmentations de vitesse, ou des durées de paliers différentes, peuvent conduire à des évaluations de vitesses maximales différentes. Ainsi, Melin, Jimenez, Charpenet, Pouzeratte et Bittel (1996) montrent que les vitesses maximales atteintes sont supérieures pour un protocole continu avec augmentations de vitesse de 0,28 km.h-1 par 30 s (16,4±0,4 km.h-1) en comparaison avec un protocole discontinu par paliers de 3 min et avec une augmentation de vitesse de 1 km.h-1 (15,0±0,3 km.h-1). Par contre, comme cela sera développé dans le chapitre 2.3, il apparaît que des augmentations de vitesse de 1 km.h-1 par 2 min, ou d’autres combinaisons, entre augmentation de vitesse et durée de palier équivalentes (0,5 km.h-1 par minute ou 1,5 km.h-1 par 3 minutes), permettent des estimations valides de la vVO2 max.
La mesure de la vVO2 max peut également être influencée par la vitesse effectivement retenue en fin d’épreuve. Certains auteurs retiennent la vitesse au dernier palier de course entièrement couru (Gerbeaux et al., 1991 ; Berthoin, Gerbeaux, Guerrin, Lensel-Corbeil, Turpin & Vandendorpe, 1994), d’autres pondèrent le temps de course au dernier palier en fonction du temps pendant lequel celui-ci a été maintenu (Ahmaidi, Collomp & Préfaut, 1992a ; Ahmaidi, Collomp, Caillaud & Préfaut, 1992b) en appliquant l’équation proposée par Kuipers, Verstappen, Keize, Geurten & VanKranenburg (1985). Enfin, Lechevalier, Vandewalle, Chatard, Moreaux, Gandrieux, Besson & Monod (1989) ainsi que Kachouri, Vandewalle, Huet, Thomaïdis, Jousselin & Monod (1996a) proposent de retenir la vitesse au dernier palier de course entièrement couru, augmentée de 0,25 km.h-1, 0,5 km.h-1 ou 0,75 km.h-1, dans le cas de paliers de 2 min avec augmentation de vitesse de 1 km.h-1, si le sujet a couru 30s, 60s ou 90s lors d’un palier non couru jusqu’à son terme. Une réduction des augmentations de vitesse jusqu’à 0,25 km.h-1 ne semble cependant pas nécessaire lorsque l’on mesure la vVO2 max sur le terrain. En effet, Léger et Boucher (1980) et Berthoin et al. (1995) rapportent des erreurs comprises entre 0,6 et 0,9 km.h-1 lorsque le TCPUM est répété par les mêmes sujets. De plus, il est probable que le dernier palier de course non couru jusqu’à son terme (voir même l’avant dernier palier) ait été réalisé alors que VO2 max était déjà atteint (Léger et Boucher, 1980 ; Iaiche, Toraa et Friemel, 1996), surtout si des sujets très entraînés sont évalués (Lacour, Padilla-Magunacelaya, Chatard, Arsac & Barthélémy, 1991). Il semble alors préférable de retenir la vitesse au dernier palier entièrement couru.
Les épreuves progressives imposent la vitesse à laquelle le sujet doit courir. Dans ces conditions, l’aptitude du sujet à gérer sa course influence peu la réalisation de la performance et la reproductibilité du test s’en trouve améliorée. Pour des sujets plus entraînés, ou pour évaluer la performance de façon plus globale, Chamoux, Berthon & Laubignat (1996) ont proposé de retenir comme mesure de la vVO2 max, la vitesse moyenne la plus élevée pouvant être maintenue lors d’une course de 5 min (v5 min). La durée de l’épreuve (5 min) est fixée à partir d’une approche empirique. Ce test permet d’estimer rapidement et simplement la v5 min des sujets en multipliant par 12 la distance parcourue (un sujet qui parcours 1000 m en 5 min a une V5 min de 12 km.h-1). La vitesse moyenne obtenue lors de ce test s’est avérée comparable a vTCPUM. Toutefois, comme le signalent les auteurs, la bonne réalisation de ce test requiert une course régulière.
Les études présentées dans ce chapitre permettent une mesure simple et rapide de la vVO2 max. Elles autorisent également l’évaluation d’un grand nombre de sujets à la fois. Pour ces raisons, la répétition des mesures de vVO2 max peut aisément être envisagée au cours d’une saison sportive.
2.2. Calcul de vVO2 max à partir des mesures du VO2 max et du Cr
Morgan, Baldini & Martin (1989), se référant aux travaux de Daniels, Scardina, Hayes & Foley (1984) proposent de mesurer la vVO2 max à partir des valeurs du VO2, à des allures sous maximales, et du VO2 max. Le VO2 max est déterminé lors d’un exercice à allure progressivement croissante sur tapis roulant. Par la suite, au cours de trois sessions différentes, les sujets effectuent une course de 5 min à 12,8 km.h-1 puis 4 courses de 6 min à 13,8 km.h-1, 14,9 km.h-1, 16,1 km.h-1 et 17,6 km.h-1, avec 5 min de récupération entre chaque course. La relation entre VO2 et vitesse est alors tracée et la vVO2 max est estimée par extrapolation, la valeur du VO2 max étant connue (figure 2).
Un second mode de calcul a été proposé par di Prampero et al. (1986). Les auteurs rappellent que, par définition, la puissance métabolique (E) nécessaire pour se déplacer à une vitesse (v) est égale au produit de cette même vitesse par le coût énergétique de la course (Cr) : E = Cr.v. Les valeurs de E, v et Cr sont exprimées respectivement en W.kg-1, m.s-1 et J.kg-1.m-1. Dans des conditions maximales, l’équation devient :
Enfin, dans des conditions maximales aérobies, comme E dépend essentiellement du VO2 max, on obtient l’équation suivante :
où vend est la vitesse d’endurance et F la fraction maximale du VO2 max qui peut être maintenue sur la durée d’exercice. Pour F égale à 1, on détermine alors vmax qui est égal à :
Figure 2
Relation entre vitesse de course et oxygène consommé. La droite de régression est calculée (ligne continue) au moyen des valeurs obtenues pour des allures de course sous maximales (cercles pleins). La valeur de vVO2 max est alors obtenue en prolongeant cette droite (ligne pointillée) jusqu’à la valeur connue de VO2 max (cercles évidés).
Di Prampero, Capelli, Pagliaro, Antonutto, Girardis, Zamparo & Soule (1993) ont modifié l’équation (4) en prenant en compte la puissance métabolique diminuée de la valeur du métabolisme de repos. La vitesse de course est ainsi calculée à partir de paramètres aérobies nets. Elle permet une mesure qui ne peut être reproduite si l’on se contente de mesurer la vitesse maximale atteinte lors d’une épreuve progressive et maximale car les contributions respectives des processus aérobies et anaérobies ne peuvent êtres dissociées. Cette technique de mesure, comme celle proposée par Daniels (1985) et Morgan et al. (1989), suppose une relation strictement linéaire entre VO2 et vitesse.
Lacour et al. (1991) proposent d’évaluer la vitesse pour laquelle le VO2 max est obtenu, ou vitesse aérobie maximale (va max), lors d’un exercice à allure graduellement croissante. La vitesse est de 10,3 km.h-1 au premier palier de course. Elle est augmentée de 1,54 km.h-1 par palier de 4 min, jusqu’à l’épuisement. Chaque palier est entrecoupé d’une pause de 1 min. La va max est calculée à partir des valeurs du VO2 max, du VO2 de repos et du Cr. En accord avec les recommandations de Medbø, Mohn, Tabata, Bahr, Vaage & Sejersted (1988), le VO2 de repos est supposé égal à 5 ml.kg-1.min-1. Le Cr net, est alors calculé suivant la formule :
où VO2 est le volume d’oxygène consommé par minute (ml.kg-1.min-1), mesuré à l’état d’équilibre pour une vitesse v donnée (m.min-1). Pour le calcul de va max, le Cr est supposé égal à la moyenne des deux valeurs calculées aux deux derniers paliers de course entièrement achevés. La va max est alors calculée suivant l’équation :
Pour se rapprocher des évaluations réalisées sur le terrain, donc des allures de course réellement utilisées par les athlètes lors de l’entraînement, Billat, Renoux, Pinoteau, Petit & Koralsztein (1994a) proposent de mesurer la plus petite vitesse permettant d’atteindre le VO2 max (vBillat). Pour des sujets entraînés, le test sur tapis roulant (pente à 0 %) débute à 12 km.h-1. La vitesse du tapis roulant est alors augmentée de 2 km.h-1 à chaque palier de 3 min jusqu’à 80 % de la vitesse record des sujets sur 3000 m. Les augmentations de vitesses sont alors fixées à 1 km.h-1. La plus petite vitesse pour laquelle le VO2 max est atteint est alors retenue.
2.3. Influence du protocole sur la détermination de la vitesse à VO2 max
La diversité des méthodes de calcul de la vVO2 max, l’utilisation de protocoles de terrain et de laboratoire peut conduire à des évaluations de vitesse différentes. Les études sur ces comparaisons sont résumées dans le tableau 1.
Lacour et al. (1991) sont les premiers à avoir comparé la vitesse calculée à partir d’indices physiologiques (va max) à la vitesse obtenue lors d’un test de terrain (vTCPUM) chez des athlètes de haut niveau, entraînés en endurance. Leurs résultats indiquent que vTCPUM est faiblement (0,3 km.h-1), mais significativement supérieure à va max et que ces deux vitesses sont très fortement corrélées (r = 0,92 ; P < 0,001). La très faible différence de vitesse peut, selon les auteurs, être attribuée à des conditions expérimentales différentes. Ils concluent que l’un ou l’autre de ces tests peut être utilisé pour mesurer la vVO2 max et que le test de terrain doit être préféré si le sujet est évalué à des fins d’entraînement. Des résultats similaires ont été obtenus chez l’adulte lors de la comparaison entre va max et vTCPUM (Berthoin, Pelayo, Lensel-Corbeil, Robin & Gerbeaux, 1996b) ou lors de la comparaison entre vBillat et vTCPUM (Billat, Hill, Pinoteau, Petit & Koralsztein, 1996a). Chez les adolescents (Berthoin, Baquet, Rabita, Blondel, Lensel-Corbeil & Gerbeaux, 1999), n’observent pas de différence significative entre vTCPUM et va max (r = 0,80 ; p < 0,001). Par contre, Iaiche et al. (1996) montrent que les vitesses maximales atteintes en laboratoire (sur tapis roulant) sont significativement supérieures (P<0,001) aux vitesses obtenues sur le terrain, pour un même protocole. Ils attribuent cette différence de vitesse aux facteurs aérodynamiques inexistants lors de la course sur tapis roulant et aux conditions climatiques rencontrées sur le terrain. En effet, les différences de vitesse ne sont pas observées lorsque l’on compare les vitesses maximales sur piste aux vitesses maximales sur tapis roulant avec pente à 1 % (Berthon, Fellmann, Bedu, Beaune, Dabonneville, Coudert & Chamoux, 1997) ou 3 % (Ahmaidi et al., 1992a,1992b ; Berthoin et al., 1994). Dans ces études, la pente du tapis roulant est destinée à opposer une résistance de substitution aux conditions des tests de terrain. Une modalité de course progressive, continue et maximale sous forme de course navette de 20 m a également été proposée pour estimer le VO2 max (Léger, Mercier, Gadoury & Lambert, 1988 ; Léger & Gadoury, 1989). Il s’agit, lors de ce test, de courir en aller-retour entre deux lignes séparées de 20 m. Ce test présente l’avantage de pouvoir être réalisé en salle, permettant de s’affranchir des contraintes climatiques. Cependant, la vitesse maximale atteinte à la fin de cette épreuve s’est avérée inférieure à la vitesse mesurée lors d’un test en course sur piste (Ahmaidi, Adam et Préfaut, 1990 ; Ahmaidi et al., 1992a ; Ahmaidi et al., 1992b ; Gerbeaux et al., 1991 ; Berthoin, Gerbeaux, Guerrin, Lensel-Corbeil et Vandendorpe, 1992). Ces différences de vitesses maximales semblent s’expliquer par la modalité de course en navette qui impose des accélérations, décélérations et de brusques changements de direction. Ahmaidi et al. (1992a), observent également des concentrations de lactate plus élevées à l’arrêt de l’épreuve de course navette. Ils font l’hypothèse que la contribution de la filière anaérobie lactique serait plus importante lors de cette épreuve. Une synthèse des travaux sur ce sujet (Léger, Ahmaidi, Berthoin, Cazorla, Fargeas, Gerbeaux, Lensel-Corbeil & Préfaut, 1993) a montré que la différence de vitesse était significative au-delà de 10-11 km.h-1. Ces résultats ont été confirmés chez des enfants prépubères pour lesquels les vitesses maximales en course navette et lors du TCPUM, dans les deux cas inférieures à 11 km.h-1, se sont révélées comparables (Baquet, Berthoin, Gerbeaux & VanPraagh, 1999). Pour les sujets dont la vitesse maximale en course navette (vnavette, en km.h-1) est supérieure à 11 km.h-1, il est possible de prédire vTCPUM (km.h-1) à l'aide de l’équation : vTCPUM = -8,18 + 1,82.vnavette (Léger et al., 1993) équation (7)
Certains des protocoles de laboratoire destinés à mesurer la vVO2 max ont été comparés par Hill et Rowell (1996). Les auteurs constatent que les valeurs moyennes de vVO2 max sont sensiblement différentes d’un protocole à l’autre. Toutefois, les protocoles utilisés dans cette étude ne sont pas similaires aux protocoles originaux. Ainsi, si Lacour et al. (1991) retiennent le Cr moyen aux deux derniers paliers de course entièrement courus pour le calcul de va max, Hill et Rowell (1996) calculent le Cr lors d’une course à 11,3 km.h-1. De plus, Hill et Rowell (1996) ne signalent pas si, comme Lacour et al. (1991) et di Prampero et al. (1986), pour le calcul du Cr, le VO2 à une vitesse donnée est diminué du VO2 de repos. Ces différences de protocole expliquent en partie les différences de vitesse calculées. Les auteurs concluent que les différentes mesures de la vVO2 max ne sont pas strictement représentatives des mêmes paramètres. Ils distinguent les vitesses qui incluent une composante anaérobie (va max et vBillat) et les vitesses calculées à partir de paramètres aérobies uniquement (vVO2 max et vmax). L’amélioration des premières vitesses peut être due à l’augmentation du VO2 max, du seuil anaérobie, de la capacité anaérobie ou du coût énergétique de la course, alors qu’une amélioration des autres vitesses reflète uniquement une amélioration du VO2 max et/ou du Cr. Ainsi Hill et Rowell (1996) font l’hypothèse que les vitesses strictement aérobies sont inférieures aux vitesses ayant une composante anaérobie. Leurs résultats vérifient cette hypothèse, sauf pour va max qui est supérieure à vVO2 max et vmax. Des résultats similaires ont été rapportés par Berthoin et al. (1996b) qui ne trouvent pas de différence significative entre vVO2 max et va max, calculées chez des sujets moyennement entraînés.
Tableau 1
Vitesse à VO2 max mesurée à partir de différents protocoles. Les abréviations, en référence aux protocoles de mesure, sont décrites dans le texte.
En conclusion, il semble que les différents protocoles donnent des résultats relativement similaires. Par exemple, dans le tableau 2 sont présentées, chez un même sujet, les valeurs de vVO2 max obtenues au moyen de ces différents protocoles. Comme il n’existe pas de test de référence, il est très difficile de faire le choix d’une technique de mesure standard de la vVO2 max. Si l’objectif de l’évaluation est uniquement de connaître la vVO2 max des sujets, le test de l’Université de Montréal semble pouvoir être préféré. En effet, ce test s’est avéré valide pour mesurer cette vitesse et le type d’exercice proposé est spécifique de l’effort de compétition (course sur piste). Par contre, si les mesures du VO2 max et de Cr sont recherchées, on distinguera les protocoles qui conduisent à mesurer une vitesse à partir de paramètres strictement aérobies (Daniels et al., 1984 ; Morgan et al., 1989 ; di Prampero et al., 1996 ; Billat et al., 1994a) et ceux qui permettent de mesurer une vitesse incluant une composante anaérobie (Léger et Boucher, 1980 ; Lacour et al., 1991) et qui, comme le signalent Hill et Rowell (1996), reflètent mieux l’effort de course sur le terrain.
Tableau 2
Mesures de la vVO2 max chez un même sujet au moyen de différents protocoles(adapté de Billat et Koralsztein, 1996)
Tableau 3
Relations entre la vitesse à VO2 max et la performance pour différentes distances de course.
2.4. Relations entre vitesse à VO2 max et performance
De nombreux travaux ont été consacrés à l’étude de la relation entre la performance sur différentes distances de compétition et la vVO2 max (tableau 3).
Montmayeur et Villaret (1990) on recherché les relations entre vTCPUM et la performance dans différentes épreuves allant du 400 m au marathon. Des corrélations significatives ont été trouvées entre vTCPUM et la vitesse moyenne du 800 m au marathon, les meilleures corrélations étant obtenues pour le 1000 m et le marathon. Chez des sujets des deux sexes appartenant à l’élite du demi-fond français, Padilla, Bourdin, Barhélémy & Lacour (1992) observent que la vitesse moyenne maintenue sur 1500 m est supérieure à va max tandis que la vitesse moyenne maintenue sur 3000 m est inférieure à va max. La vVO2 max est reconnue comme un bon indicateur de la performance réalisée lors du marathon (di Prampero et al., 1986) pour des distances de 1500 m (Lacour et al., 1991), de 1500 à 3000 m (Lacour, Montmayeur, Dormois, Padilla et Viale, 1989), de plus de 10000 m (Morgan et al., 1989), de 800 m à 42,2 km (Montmayeur et Villaret, 1989 ; Berthon et al., 1997), de 1500 à 5000 m (Lacour et Candau, 1990). Par ailleurs, Lechevalier et al. (1989) ont montré que vTCPUM et la vitesse correspondant à une concentration de lactate de 4 mmol.l-1 étaient significativement corrélées (r = 0,94, P < 0,01). Généralement, la vVO2 max semble mieux corrélée à la performance en course de durée que le VO2 max (Léger, Mercier & Gauvin, 1986 ; Lacour et al., 1989 ; Lacour et al., 1991 ; Padilla et al., 1992).
3. Vitesse à VO2 max en fonction de l'âge, du sexe et du niveau d'entraînement
Afin de donner des points de repères aux professeurs d’éducation physique et sportive (EPS) pour fixer des allures de course lors des exercices, Gerbeaux et al. (1991) ont évalué systématiquement la vTCPUM des élèves lors de séances d’EPS. Ils observent que la vTCPUM des garçons augmente significativement de 12,5 ans (12,8±1,1 km.h-1) à 18,6 ans (14,3±1,5 km.h-1). Par contre, chez les jeunes filles, vTCPUM diminue significativement de 12,5 ans (11,8±1,2 km.h-1) à 14,1 ans (10,6±1,3 km.h-1), puis se stabilise et est égale à 11,0±1,3 km.h-1 à 18,3 ans. Pour cette plage d’âges, la vTCPUM des garçons est toujours supérieure à celle des filles. Les auteurs insistent sur la dispersion importante des résultats obtenus dans une classe (niveau scolaire). Ils recommandent de mesurer la vTCPUM en début de cycle, à l’école, pour adapter les exercices aux possibilités de chaque élève. Plus récemment cette étude a été complétée en incluant des résultats d’enfants prépubères (Berthoin, Baquet, Manteca, Lensel-Corbeil & Gerbeaux, 1996a). Les auteurs montrent que la vTCPUM, de 8,1 km.h-1 en moyenne à 6 ans, augmente ensuite d’environ 0,5 km.h-1 par an jusque 16 ans chez les garçons. Chez les filles, vTCPUM est en moyenne de 8,1 km.h-1 à 6 ans. Elle augmente en moyenne de 0,3 km.h-1 par an jusque 12 ans, puis reste constante à 11 km.h-1. Chez des adultes spécialistes des courses de demi-fond et de fond, des valeurs de va max de 21,5 km.h-1 chez les femmes et de 24,5 km.h-1 chez les hommes ont été rapportées par Lacour et al. (1991).
4. Détermination de l'allure et de la durée des courses pour l'entraînement
Un exercice est correctement défini si l’on connaît l’allure à laquelle il est réalisé et sa durée. Pour fixer les allures de courses, différentes vitesses ont été proposées dans la littérature. Elles font référence au seuil ventilatoire (Kinderman, Simon & Keul, 1979), au seuil d’accumulation du lactate (Sjödin, Jacobs & Svedenhag, 1982) ou encore au VO2 max ou à la fréquence cardiaque maximale (Massicotte & MacNab, 1974). L’utilisation de la vVO2 max pour contrôler les allures de course a également été proposée (Lacour et al., 1989 ; Ahmaidi et al., 1992b ; Berthoin et al., 1992). Les sujets peuvent, sur le terrain, effectuer des exercices définis en termes de pourcentages de la vVO2 max, eux-mêmes représentatifs de pourcentages du VO2 max. La vVO2 max est une grandeur concrète, directement utilisable sur le terrain pour fixer les allures de course. Elle peut également permettre de contrôler les allures de course supérieures au VO2 max. Toutefois, en complément de la vitesse de course, il est nécessaire de fixer la durée des exercices. Cependant, dans la plupart des protocoles présentés dans la littérature, la durée d’un exercice est la même pour tous les sujets. Il est alors fait l’hypothèse que, à une intensité relative donnée, tous les sujets sont capables d’effectuer la même durée d’exercice. Pour vérifier cette hypothèse, on peut mesurer le temps limite de course (tlim) à un pourcentage donné de la vVO2 max. Or, le tlim de course est sujet à de grandes variations d’un individu à l’autre. Par exemple, à 100 % de la vVO2 max, le tlim des adultes est compris 3 entre 9 min (voir la revue de question de Billat et Koralsztein, 1996). Cette variabilité tient en partie à la nature exponentielle de la relation entre la vitesse de course et le tlim. De faibles différences de vitesse se traduisent en effet par des variations importantes de tlim (Kachouri et al. 1996a). Par conséquent, les erreurs qui sont faites lors de la mesure de la vVO2 max se trouvent amplifiées lorsque le tlim est mesuré. Une autre source de variabilité du tlim tient au fait que la mesure du tlim repose souvent sur des exercices définis uniquement en pourcentage de la vVO2 max. Dans ce cas, il est fait l’hypothèse que cette intensité relative d’exercice est la même pour tous, indépendamment des autres caractéristiques des sujets. Or, Hill et Rowell (1996), Kachouri et al. (1996a) ou Faina, Billat, Squadrone, de Angelis, Koralsztein & dal Monte (1997) montrent que le temps pendant lequel la vVO2 max peut être maintenu dépend également des possibilités anaérobies des sujets.
Pour expliquer la variabilité du tlim à différents pourcentages de la vVO2 max, Blondel, Billat et Berthoin (2001) ont proposé d’exprimer les allures de course (90 %, 100 %, 120 % et 140 % de la vVO2 max) en tenant compte de la vVO2 max, mais aussi de la vitesse maximale (sprint) et de la vitesse critique. Cette dernière vitesse étant définie par Ettema (1966) comme la pente de la relation entre distance limite et tlim de course (figure 3). En fonction de ces 3 vitesses, Blondel et al. (2001) définissent trois « réserves de vitesse » : la réserve de vitesse aérobie (différence entre vVO2 max et vitesse critique), la réserve de vitesse totale (différence entre vitesse maximale et vitesse critique) et la réserve de vitesse anaérobie (différence entre vitesse maximale et vVO2 max). Ils observent alors qu’un même pourcentage de la vVO2 max se situe différemment par rapport à chacune de ces réserves de vitesse, suivant les caractéristiques des sujets (figure 4). Ils montrent ensuite que les relations entre le tlim et la vitesse s’améliorent lorsque les vitesses sont exprimées en pourcentage des différentes réserves plutôt que de manière brute (km.h-1). Pour l’entraînement ou pour la mesure du tlim de course, les auteurs proposent alors de fixer les allures de course : 1) en pourcentage de la différence entre vVO2 max et vitesse critique dans le cas d’exercices à allures inférieures à la vVO2 max ; 2) en pourcentage de la différence entre vitesse de sprint et vitesse critique pour l’exercice à allure égale à la vVO2 max ; 3) en pourcentage de la différence entre vitesse maximale (sprint) et vVO2 max pour les exercices à allures supérieures à la vVO2 max.
Figure 3
Exemple de relation entre la distance limite de course (dlim) et le temps limite de course (tlim) pour un sujet réalisant des exercices à 90 %, 100 %, 120 % et 140 % de la vitesse à VO2 max (selon la méthode proposée par Ettema, 1966).
Pour tenir compte à la fois de la vVO2 max et du tlim de course, Kachouri, Vandewalle, Billat, Huet, Thomaïdis, Jousselin & Monod (1996b) ont mesuré le temps pendant lequel des exercices continus et intermittents à 95 % et 105 % de vTCPUM pouvaient êtres maintenus. Pour les exercices intermittents, la durée des exercices et celle de la récupération sont égales à la moitié du tlim de course continue à 95 % ou à 105 % de vTCPUM selon les cas. En fonction de ces résultats, les auteurs calculent la vitesse critique des sujets pour chacune des modalités d’exercice (continu et intermittent). Leurs résultats montrent que les vitesses critiques ainsi calculées sont indépendantes de la modalité d’exercice.
Figure 4
Vitesses à 90 % (v90), 100 % (v100), 120 % (v120) et 140 % (v140) de la vitesse à VO2 max exprimées A) en pourcentage de la réserve de vitesse aérobie (%RVAe B) en pourcentage de la réserve totale de vitesse (%RVtot). Les traits pleins représentent les moyennes de vitesse, les traits pointillés les écarts types, lorsque les vitesses sont exprimées en fonction des différentes réserves (d’après Blondel et al., 2001)C) en pourcentage de la réserve de vitesse anaérobie (%RVAn).
Billat, Petit & Koralsztein (1996b) ont comparé la valeur de tlim de course continue à 100 % de vBillat à deux valeurs de tlim en course intermittente. Un premier type d’exercice, se référant aux propositions de Fox, Bartels, Billings, Mathews, Bäson & Webb (1973), consiste en la répétition de courses de 2 min à 100 % de vBillat espacés de 2 min de récupération active (60 % de vBillat). Pour individualiser la durée d’exercice, les auteurs proposent ensuite la répétition d’exercices d’une durée de course égale à la moitié du tlim continu à 100 % de vBillat espacés du même temps de récupération active (60 % de vBillat). Pour le calcul des tlim intermittents, ils ne retiennent que les distances et temps effectifs de course à vBillat. Ils observent que les tlim intermittents ne sont pas significativement différents (² 10 min) et qu’ils ne sont pas significativement corrélés au tlim continu.
La vVO2 max a également été utilisée pour évaluer les effets de l’entraînement. A partir de la vTCPUM mesurée chez des enfants, Berthoin et al. (1995) comparent deux types d’entraînement comportant différentes proportions d’exercices continus et intermittents. Les allures de course sont définies en pourcentage de vTCPUM, entre 80 et 90 % de vTCPUM pour les exercices continus et entre 100 et 120 % de vTCPUM pour les exercices intermittents. Les groupes sont constitués en fonction du tlim à vTCPUM. Après 12 semaines d’entraînement, à raison d’une séance hebdomadaire, ils rapportent des augmentations significatives de vTCPUM (5 %) pour le groupe s’entraînant préférentiellement à haut pourcentage de VTCPUM (100-120 %) tandis que les enfants de l’autre groupe expérimental, comme ceux du groupe témoin, n’améliorent pas significativement leur vTCPUM.
Chez des sportifs entraînés en endurance, Billat, Flechet, Petit, Muriaux, & Koralsztein (1999a) proposent d’individualiser les charges d’entraînement en tenant compte à la fois de vBillat et du tlim de course à cette vitesse. Les athlètes évalués consacrent ainsi une séance par semaine, en plus de leurs séances habituelles, à des exercices à vBillat, pendant 4 semaines. Ces exercices consistent en la répétition de course à vBillat sur une durée correspondant à la moitié du temps maximal de maintien de cette vitesse. La récupération entre les répétitions s’effectue à 60 % de vBillat. Pendant les 4 semaines suivantes, 3 séances consacrées à des exercices intermittents sont ajoutées à l’entraînement habituel des athlètes. Après les 4 premières semaines d’entraînement, une augmentation significative de vBillat (20,5±0,7 km.h-1 vs 21,1±0,8 km.h-1 ; P<0,05) et une diminution de la consommation d’oxygène mesurée à 14 km.h-1 (50,6±3,5 ml.kg-1.min-1 vs 47,5±2,4 ml.kg-1.min-1 ; P<0,05) sont obtenues tandis que VO2 max reste stable (71,6±4,8 ml.kg-1.min-1 vs 72,7±4,8 ml.kg-1.min-1). La surcharge d’entraînement imposée lors des 4 dernières semaines d’entraînement suivantes n’affecte pas les mesures de vBillat, du VO2 max et de l’économie de course.
Lors d’un exercice continu, des allures de courses autres que la vVO2 max, peuvent amener les sujets à atteindre le VO2 max. C’est le cas des exercices à une allure supérieure à la vVO2 max, mais aussi d’exercices à une allure inférieure à la vVO2 max. En effet, pour les exercices à allures comprises entre le seuil d’accumulation du lactate et la vVO2 max, compte tenu de l’apparition d’une composante lente de consommation d’oxygène après environ 3 min d’exercice, les sujets sont amenés dans certains cas à atteindre le VO2 max (Whipp et Wasserman, 1972). Partant de ce constat, Billat, Blondel & Berthoin (2000) ont proposé une nouvelle définition de la vVO2 max, ou plutôt un nouveau concept : « la vitesse permettant de solliciter le plus longtemps possible VO2 max ». On peut ainsi supposer que cette vitesse, qui permettrait de solliciter le système de transport de l’oxygène de manière maximale, sur une durée la plus longue possible, soit à privilégier si l’objectif de l’entraînement est l’amélioration de VO2 max. Cependant, les résultats relatifs au temps maximal de maintien de VO2 max semblent contradictoires. Lors d’un tlim de course à 100 % de la vVO2 max, Billat, Renoux, Pinoteau, Petit et Koralsztein (1994c) montrent que les sujets atteignent le VO2 max après en moyenne 97 ± 11 s et maintiennent ce niveau de VO2 pendant 297 s. A l’opposé de ces résultats, Hill et Rowell (1997) montrent que pour un même exercice, le VO2 max est atteint après 234 ± 49 s et soutenu pendant 56 ± 46 s. Ces résultats sont confirmés dans une autre étude (Hill, Williams & Burt, 1997b) où le VO2 max est atteint après 299 ±74 s et soutenu pendant 32 s. Selon, Hill et al. (1997b) ces résultats contradictoires peuvent provenir de la modalité de calcul du temps passé au VO2 max. En effet, Billat et al. (1994dc) considèrent que le délai moyen d’ajustement du VO2 à sa valeur de plafonnement est défini par une augmentation du VO2 inférieure à 100 ml.min-1 (les valeurs sont moyennées par 15 s). Selon, Hill et al. (1997b) appliquer ce critère revient à commencer le décompte du temps passé au VO2 max alors que la valeur du VO2 ne représente effectivement que 95 % du VO2 max. Hill et Rowell (1997a) et Hill et al. (1997b) retiennent uniquement les valeurs du VO2 supérieures ou égales au VO2 max (la valeur de VO2 la plus élevée sur 30 s d’exercice lors du tlim). Ils recommandent, si l’objectif de l’exercice est de soutenir le plus longtemps possible le VO2 max, de choisir une allure inférieure à la vVO2 max. En effet, lors d’un tlim réalisé à 92 % de la vVO2 max, ils constatent que le VO2 max est atteint après 491 ± 156 s, mais soutenu pendant 130 ± 66 s contre 32 s pour un tlim à la vVO2 max. De même, ces auteurs constatent que le VO2 max n’est atteint par aucun des sujets après un temps de course égal à 60 % du tlim de course à la vVO2 max. Si l’objectif de l’entraînement est d’atteindre ou de maintenir le VO2 max une durée d’exercice supérieure doit alors être proposée. Toutefois, ces conclusions ne sont valables que pour un exercice isolé. Des études complémentaires sont à réaliser pour identifier l’évolution du VO2 lors de la répétitions d’exercices.
Plus récemment, dans une tentative pour identifier l’allure de course permettant de solliciter le plus longtemps possible le VO2 max, Billat et al. (2000) ont comparé les temps réellement passés au VO2 max lors de courses exhaustives à 90 %, 100 %, 120 % et 140 % de va max. A partir de ces résultats, les auteurs tracent les relations entre le tlim de course et la distance limite de course au VO2 max (figure 5). La pente de cette relation est supposée refléter la vitesse critique à VO2 max ou vitesse permettant de soutenir le plus longtemps possible VO2 max. Les auteurs montrent, que cette vitesse n’est pas significativement différente de la vVO2 max, mais suggèrent de vérifier cette hypothèse à partir de tlim plus proches de la vVO2 max. D’autres recherches sont à mener pour affiner cette notion de durée d’exercice au VO2 max. En plus de la modalité de course continue, les modalités de course intermittentes peuvent également être explorées.
La littérature a montré, durant ces vingt dernières années, que les différentes techniques de mesure de la vVO2 max donnent des résultats relativement similaires. Cependant, lorsque l’on s’adresse à des sportifs très entraînés, la précision de la mesure de la vVO2 max peut se révéler inférieure à la précision exigée pour l’entraînement de l’athlète. A l’inverse, pour des sujets moyennement ou peu entraînés, mesurée sur le terrain, la vVO2 max est un excellent outil pour prescrire les allures de course lors de l’entraînement. Afin d’améliorer la prescription des exercices, lors de l’entraînement, différentes voies paraissent intéressantes à explorer. D’une part, il convient d’affiner le protocole de mesure de la vVO2 max, en l’associant éventuellement à d’autres mesures des qualités des athlètes. On peut attendre de ces mesures de moindres variations interindividuelles du tlim de course. D’autre part, il paraît intéressant de déterminer une vitesse permettant de soutenir le plus longtemps possible VO2 max, c’est-à-dire de proposer des exercices qui soient qualitativement et quantitativement les plus efficaces, permettant de faire progresser les sujets le plus rapidement possible.
Figure 5
–Relations entre la distance limite de course (dlim) et le temps limite de course (tlim) tracées pour les temps et durées effectives de course (cercles évidés) et pour les temps et distances passées à VO2 max (cercles pleins) (d’après Billat et al., 2000).– Cercles évidés et trait pointillé : relation entre la distance totale parcourue et le temps limite.– Cercles pleins et trait plein : relation entre la distance de course à VO2 max et le temps limite de course à VO2 max (temps total de course diminué du temps d’atteinte de VO2 max).La vitesse critique à VO2 max est donnée par la pente de cette relation.
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