Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
137 pages

p. 127 à 128
doi: 10.3917/sta.056.0127

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Chronique scientifique

no 56 2001/3

 
« Un modèle de sport populaire : l’exemple du département de la la Seine-et-Oise (1880-1939) »
 
 
Compte-rendu sur la soutenance de thèse de Tony Froissart.
Tony Froissart a soutenu le 7 novembre 2001 à l’Université Paris-X Nanterre une thèse intitulée « Un modèle de sport populaire : l’exemple du département de la Seine-et-Oise (1880-1939) » devant un jury composé de Alfred Wahl, président, Pierre Arnaud, Jacques Defrance, Ronald Hubscher et Thierry Terret. Ce travail de 527 pages, dirigé par Ronald Hubscher, vise à mettre en évidence la spécificité des formes de pratiques sportives prises à l’échelle d’un département de la grande couronne parisienne, la Seine-et-Oise, au moment où le sport connaît en France sa première vague d’institutionnalisation entre 1880 et 1939.
La démonstration repose sur une approche largement thématique qui, au fil de huit chapitres, interroge différents aspects du phénomène sportif au niveau du département de la Seine-et-Oise et de quelques communes types. La première partie présente d’abord quelques outils de compréhension géographiques, démographiques et sémantiques permettant de mieux appréhender l’analyse qui suit. L’originalité de ce département rural, qui se développe à l’ombre de Paris, est bien mise en évidence. La seconde partie décrit les tentatives de « colonisation » ou, plus généralement, de création de formes vécues comme artificielles d’activités physiques sportive avant que la dernière partie ne présente les éléments caractéristiques du « modèle populaire » qui s’installe dans l’entre-deux-guerres : ni élitiste, ni professionnel, ni traditionnel, celui-ci serait marqué par l’amateurisme, la polyvalence et les valeurs éducatives et solidaristes des associations sportives.
Le jury a globalement été convaincu par la qualité de l’approche et l’originalité de l’objet du travail de Tony Froissart. Il en a aussi reconnu aussi la difficulté, le « petit peuple » se donnant moins facilement à voir que les acteurs dominants. Il souscrit à l’intérêt d’une démonstration visant à identifier une « troisième voie » dans la diffusion du sport en milieu populaire entre sport d’élite ou professionnel et activités traditionnelles : une pratique amateur, polyvalente et largement imprégnée des valeurs éducatives qui s’expriment notamment dans le dynamisme de l’hébertisme.
Le cadre théorique a fait l’objet de discussion lors de la soutenance. La nature même du « modèle » construit par Tony Froissart gagnerait à être précisée. La délimitation de ce qui est « populaire » mériterait aussi d’être précisé. La thèse porte en effet parfois sur les milieux ruraux, parfois sur les milieux ouvriers, l’ensemble étant peut-être réuni de manière forcée.
Tony Froissart a su construire ses propres outils d’analyse, dont certains s’avèrent extrêmement heuristiques comme le taux de couverture communal, le taux de dispersion des associations sportives ou le seuil d’habitants. Il en ressort des analyses étonnantes, comme le fait, par exemple, qu’il se crée plus de clubs sportifs en zone rurale que dans une espace urbain pour un nombre d’habitants équivalent. Les outils cartographiques sont par ailleurs d’une remarquable qualité. En revanche, la typologie des pratiques sportives proposée (sports utilitaires, compétitifs, bivalents) est sans doute plus discutable, à la fois dans le choix des catégories et dans sa dimension pérenne sur la période étudiée.
Du point de vue des sources et de leur analyse, le jury a reconnu que les archives (nationales, départementales, locales, fédérales, associatives) – nombreuses et variées –, la revue de presse (nationale et locale) et les matériaux utilisés sont bien choisis et exploités de manière tout à fait satisfaisante. Un minutieux recueil des données administratives relatives à la création des associations sportives (plus de 1000) en a suivi. L’apport de l’iconographie s’avère aussi judicieux, de même que les entretiens menés.
Certaines analyses sont de grande qualité : celles qui concernent les efforts de l’USGF ou des hébertistes pour développer la gymnastique en milieu rural, l’action de Raoul Dautry et des chemins de fer, l’essor du « sport des lotissements », les oppositions entre solidarisme et militantisme, les conflits et les enjeux autour du cyclisme sont, pour ne prendre que ces quelques exemples, particulièrement bienvenues. En certains endroits, néanmoins, les suggestions de l’auteur sont plus discutables ou pourraient être fouillées davantage. Ainsi, l’augmentation quantitative du nombre d’associations déclarées cache en réalité des processus de fusion et de dissolution qu’il aurait fallu prendre en considération. Le rôle des acteurs, enfin, donné comme essentiel dans la thèse, est absent de la première partie. L’absence de certains d’entre eux, notamment, interroge (les enfants, les femmes). La fin du travail est de ce point de vue plus réussie, en redonnant au vivant toute sa place.
Les membres du jury se sont enfin interrogé sur le choix d’une approche thématique plutôt que chronologique. Une telle structuration induit en effet une sous-utilisation des effets de contexte, qu’ils soient locaux ou nationaux, préjudiciable à une mise en évidence de ce qui est proprement spécifique et de ce qui est un reflet de configurations plus générales. La dynamique de création du modèle populaire en apparaît moins forte et moins précise. Elle aurait d’ailleurs pu s’appuyer sur quelques comparaisons avec d’autres analyses locales. La périodisation présentée par l’impétrant dans sa première partie apparaît du reste formelle, car elle n’est guère reprise par la suite, l’enchaînement des événements suivant des lignes de force différentes selon les chapitres. Fallait-il d’ailleurs commencer l’étude en 1880, alors que la plus grande partie de la thèse traite en fait de l’entre-deux-guerres. A considérer certains thèmes indépendamment de leur contexte historique ou à négliger de préciser de quelle période il parle, l’impétrant en vient parfois à des anachronismes ou des généralisations rapides. En dépit du plan thématique, l’absence d’une périodisation interne aux parties sur un temps pourtant proche de la soixantaine d’années, devient parfois gênante. Pour se limiter à un exemple, la présence des dirigeants de milieu rural dans les bureaux des associations est calculée globalement sur toute la période, privant ainsi l’impétrant d’une approche plus fine des éventuelles dynamiques s’étant produites au cours des soixante ans abordés.
Tony Froissart a toujours eu à l’esprit le souci de communication et d’utilité de son travail, en soignant l’écriture et la présentation du texte, mais aussi en réalisant d’excellentes annexes, commentées, précises et pertinentes. Le jury en a pleinement reconnu la qualité d’ensemble et lui a octroyé la mention très honorable avec ses félicitations.
Thierry TERRET
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La Fédération des patronages, lien institutionnel entre le sport et le catholicisme en France (1898-2000)
 
 
Thèse soutenue à Paris X Nanterre le 27 juin 2001 par Laurence KLEIN (épouse MUNOZ)
Jury composé des professeurs Jean-Pierre AUGUSTIN (Bordeaux III), Jacques DEFRANCE (Paris X), Bruno DUMONS (CNRS), Michel LAGREE (Rennes II) et de Claude PIARD, MCF docteur d’état (Paris X)
Comme le note dans le rapport de soutenance J. Defrance, la thèse de Laurence Klein-Munoz apporte des éléments à la compréhension du rôle des fédérations affinitaires, en montrant d’une part l’action de l’organisation catholique dans le développement des activités physiques et des sports, d’autre part son projet de construire une véritable éducation chrétienne en s’appuyant sur les exercices du corps. Elle propose de distinguer plusieurs états successifs du « monde des sports » au sein desquelles la FG.PF (puis la FSCF) trouve une place puis est marginalisée par les organisations concurrentes, et / ou par l’Église catholique qui fait appel à d’autres formes d’intervention.
Le jury a souligné l’importance de ce travail. Trop peu d’études ont été consacrées aux sports affinitaires en France et cette thèse sur la fédération des patronages catholiques apporte une réelle contribution à la connaissance d’un secteur insuffisamment étudié. Le sujet de la thèse est l’histoire institutionnelle (1898-2000) de l’actuelle Fédération sportive et culturelle de France (FSCF) qui, en tant que fédération affinitaire, propose de multiples activités et rassemble 190000 licenciés et 1900 clubs. À travers cette fédération, c’est l’organisation du sport catholique qui est au centre de ce travail, depuis sa création jusqu’à l’an 2000. L’auteur situe sa recherche au carrefour de deux champs, celui du sport et celui de l’Église, et considère avec raison que l’histoire de la fédération ne peut être dissociée des processus d’euphémisation des références idéologiques, de sécularisation et de laïcisation des pratiques.
Après une longue introduction (38 p.) précisant le cadre de la recherche, les trois parties de l’ouvrage permettent une approche analytique et historique de la fédération. La première (156 p.) analyse l’édification du sport confessionnel entre 1898 et 1930, la deuxième (67 p.) présente les ambiguïtés et les difficultés de la fédération de 1930 à 1960, et la troisième expose les éléments de la crise de la FSCF de 1960 à 2000. Une conclusion générale rappelle les grandes questions abordées dans la thèse et offre des pistes de recherche sociologiques et historiques.
On peut noter la qualité de l’écriture, celle des transitions entre les chapitres et la large ouverture pluridisciplinaire qui apparaît notamment dans la bibliographie rassemblant près de 300 ouvrages des sciences de l’homme et de la société. Les méthodes de travail sont variées : recueil d’informations, analyse de documents d’archives, références d’ouvrages, questionnaires et observation participante. L’auteur fait la preuve de ses capacités à utiliser les théories générales liées à son objet d’étude et les outils méthodologiques nécessaires à la démonstration. Les deux volumes de la thèse sont présentés dans une forme soignée, le premier de 484 pages (dont 54 d’index bibliographique) constituant le corps même du travail, le deuxième correspondant à un ensemble d’annexes bien choisies et judicieusement classées.
Laurence Klein souligne les enjeux politiques qui ont marqué la fédération, comme, par exemple, ceux liés à la crise entre le CFI et l’USFSA de 1904 à 1913, décisive pour le choix des sports d’équipe (football et rugby). On peut regretter cependant que les rapports entre patronages et municipalités de gauche dans les banlieues des grandes villes, de même que l’analyse des conjonctures régionales n’aient pas été suffisamment abordés alors qu’il existe là un terrain d’investigation très porteur. Mais les grands processus sociaux sont soulignés, et il va sans dire que la fin des grands récits, l’affaiblissement des modes d’encadrement et la montée de l’individuation, dans la mesure où ils taraudent la société et les institutions ayant en charge les formes d’action collectives, ont joué un rôle décisif dans l’évolution de la fédération.
Au total, cette thèse est utile à l’avancée des savoirs et ouvre de larges pistes à la recherche.
Jean-Pierre AUGUSTIN
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