2001
STAPS
Rapport de recherche
Agressivité, impulsivité et estime de soi
Cécile Masse1
Jérôme Jung2
Richard Pfister1
1. Université Joseph Fourier, UFR-APS, Laboratoire « Etudes et Recherches sur l’Offre Sportive »
[*]2. Université de Toulon et du Var, UFR-STAPS, B.P. 132, 83957 La Garde Cedex
Le but du présent travail a été de contribuer à la validation du Questionnaire d’Agressivité (Pfister, Masse et Jung, à paraître), une version française du Aggression Questionnaire de Buss et Perry (1992). Deux cent trente-deux sujets ont répondu au Questionnaire d’Agressivité, ainsi qu’à un questionnaire d’impulsivité et à un questionnaire d’estime de soi. Les corrélations entre les échelles du Questionnaire d’Agressivité et l’impulsivité, d’une part, l’estime de soi, d’autre part, sont dans l’ensemble conformes aux résultats rapportés par Buss et Perry, conférant ainsi une validité de construit à cette version française du questionnaire de Buss et Perry.Mots-clés :
questionnaire, agressivité, impulsivité, estime de soi, validation de construit..
The purpose of this study was to contribute to the validation of the Questionnaire d’Agressivité (Pfister, Masse and Jung, in press), a French version of the Aggression Questionnaire (Buss et Perry, 1992). Two hundred and thirty two subjects completed this French version, and an impulsiveness plus a self-esteem questionnaires. The correlations between the scales of the Questionnaire d’Agressivité and impulsiveness, on the one hand, self-esteem, on the other, are consistent with the results reported by Buss and Perry, so that the construct validity of the French version of the Buss and Perry’s questionnaire was confirmed.Keywords :
questionnaire, aggression, impulsiveness, self-esteem, construct validation..
Das Ziel dieser Studie sollte zur Validität des Questionnaire d’Agressivité (Pfister, Masse und Jung, unter Druck), das die französische Rückübersetzung von « Aggression Questionnaire » von Buss und Perry (1992) ist, beizutragen. Zwei hundert zwei und dreizig Personen haben dem Questionnaire d’Agressivité beantwortet, sowie auch einer Selbstachtung und einer Impulsivität Befragungen. Der Zusammenhang zwischen den Questionnaire d’Agressivité Stufen auf einer Seite, und der Selbstachtung und der Impulsivität auf der anderen, ist eine getreue Bestätigung der von Buss und Perry angekündigten Ergebnissen, so dass die Konstruktionvalidität des Questionnaire d’Agressivité begründet wurde.Schlagwörter :
Aggressivität, Befragung, Impulsivität, Selbstachtung, Konstruktionvalidität..
Lo scopo del presente lavoro è stato quello di contribuire alla validazione del Questionnaire d’Agressivité (Pfister, Massa e Jung, in stampa), una versione francese dell’Aggression Questionnaire di Buss e Perry (1992).Duecentotrentadue soggetti hanno risposto al Questionnaire d’Agressivité, così come un questionario d’impulsività ed uno di stima di sé. Le correlazioni tra le due scale del Questionnaire d’Agressivité e dell’impulsività da una parte, la stima di sé dall’altra, sono nell’insieme conformi ai risutati riportati da Buss e Perry, conferendo così al Questionnaire d’Agressivité una validità di costrutto.Parole chiave :
aggressività, questionario, impulsività, stima di sé, validazione di costrutto..
El objetivo de este trabajo era de contribuir a la validación del Questionnaire d’Agressivité (Pfister, Masse y Jung, bajo prensa), una version francesa del « Aggression Questionnaire » de Buss y Perry (1992). Dos cientos y treinta dos sujetos han respondido a el Questionnaire d’Agressivité, un cuestionario de impulsividad y un cuestionario de autoestima. En primer lugar, las correlaciónes entre las escalas del Questionnaire d’Agressivité y la impulsividad y por otra parte con la autoestima reflejan las de Buss y Perry. Estos resultados comproban la validación de « construct » del Questionnaire d’Agressivité.Palabras claves :
agressividad, cuestionario, impulsividad, autoestima, validación..
Le questionnaire d’agressivité le plus utilisé par les chercheurs aussi bien des sciences humaines que des sciences biologiques, le Buss-Durkee Hostility Inventory (Buss & Durkee, 1957), a été révisé et adapté aux exigences psychométriques actuelles par Buss et Perry (1992) sous le nom de The Aggression Questionnaire. Il comporte quatre échelles, « colère », « hostilité », « agressivité physique » et « agressivité verbale », dont la fiabilité est satisfaisante (a de Cronbach compris entre.72 et.75, et corrélations test-retest sur 9 semaines comprises entre.72 et.80). Des études récentes ont confirmé la structure factorielle du questionnaire tant dans sa version anglaise (Archer, Kilpatrick & Bramwell, 1995 ; Bernstein & Gesn, 1997 ; Harris, J.A., 1995, 1997 ; Williams, Boyd, Cascardi & Poythress, 1996) que néerlandaise (Meesters, Muris, Bosma, Schouten, & Beuving, 1996). Une version française de l’instrument, le Questionnaire d’Agressivité (QA), a récemment été adaptée et validée (Pfister, Masse et Jung, à paraître). La structure factorielle de celle-ci est conforme à l’originale : quatre échelles de cinq items chacune ressortent des analyses factorielles exploratoire et confirmatoire. De plus la fiabilité des échelles est satisfaisante (α de Cronbach compris entre.71 et.84, et corrélations test-retest sur 7 semaines comprises entre.73 et.85), comme leur validité concomitante : les corrélations entre les versions française et anglaise du questionnaire complétées successivement par des sujets bilingues vont de.70 à.88 pour les différentes échelles (.91 pour le score total). Néanmoins, la validité de construit a encore besoin d’être confirmée.
L’estimation de la validité de construit est une des étapes de la procédure de validation transculturelle de questionnaires psychologiques de Vallerand (1989). Elle consiste à vérifier si la version traduite a bien un construit conforme à la théorie sous-jacente et si cette version permet des mesures suffisamment sensibles. On peut l’évaluer en analysant la structure factorielle du construit psychologique au moyen des analyses factorielles exploratoire et confirmatoire, ce qui a déjà été réalisé dans une étude précédente (Pfister, Masse et Jung, à paraître). Mais on peut aussi l’évaluer par les effets et/ou par les corrélats obtenus avec la version traduite ou adaptée, ce qui permet de tester sa validité prédictive. Vallerand est d’avis que, dans le cas d’une validation transculturelle, tâcher de retrouver les mêmes effets ou corrélats qu’avec la version originale est « un prérequis essentiel ». C’est la raison pour laquelle l’objectif principal de ce travail est de vérifier si les corrélations de cet outil avec l’estime de soi et l’impulsivité (cf. ci-dessous) sont conformes à celles obtenues avec la version anglaise de l’outil (Buss & Perry, 1992).
Agressivité et estime de soi
L’estime de soi occupe une position centrale dans l’explication du comportement humain. Il s’agit de la façon dont l’individu s’aime, s’accepte et se respecte en tant que personne (Harter, 1998). Ce sentiment de sa valeur personnelle est lié à l’image que les autres lui renvoient de lui. D’abord considérée de façon unidimensionnelle (Coopersmith, 1967), l’estime de soi est aujourd’hui conçue comme multidimensionnelle (Harter, 1988 ; Marsh & Shavelson, 1985) et organisée de façon hiérarchique. Fox et Corbin (1989) ont donné une telle structure hiérarchique à leur Physical Self-Perception Profile, un questionnaire d’estime de soi physique. Ninot, Delignères et Fortes (2000) ont récemment adapté et validé ce dernier en langue française sous le nom de « Inventaire du Soi Physique ». Ils en ont confirmé la structure hiérarchique du domaine de la « valeur physique perçue », qui dépend de la perception de la valeur dans quatre sous-domaines : « la compétence sportive », « la condition physique », « la force » et « l’apparence physique », et ont ajouté une échelle « estime globale de soi » tirée du questionnaire de Coopersmith (1984).
Les travaux sur les relations entre estime de soi et agressivité ont donné des résultats contradictoires. Certains auteurs ont trouvé une corrélation négative – une agressivité élevée étant liée à une faible estime de soi (Anderson, 1994 ; Gondolf, 1985 ; Long, 1990 ; Oates & Forrest, 1993) – alors que d’autres études ont rapporté une corrélation positive (Baumeister & Tice, 1985 ; Blaine & Croker, 1993). Enfin, Buss et Perry (1992) rapportent que l’estime de soi est négativement corrélée avec les échelles « colère » (r = -.14) et « hostilité » (r = -.49) de leur Aggression Questionnaire, mais ils n’ont pas trouvé de corrélations avec les échelles d’agressivité physique et d’agressivité verbale (r =.02 et.00, respectivement). On peut donc faire l’hypothèse que l’estime de soi ne sera pas corrélée avec les échelles d’agressivité physique et d’agressivité verbale du QA, mais qu’elle le sera négativement avec les échelles « colère » et « hostilité ».
Agressivité et impulsivité
L’impulsivité a d’abord été étudiée par les psychiatres (Stein, Hollander, & Liebowitz, 1993) pour lesquels elle est un aspect majeur des désordres du contrôle des émotion et des comportements (hyper-réactivité émotionnelle et hyperactivité, alcoolisme et autres « addictions », anorexie et boulimie, conduites suicidaires et violentes, cleptomanie, pyromanie et perversions sexuelles). Par la suite les psychologues se sont intéressés à l’impulsivité comme une dimension de la personnalité normale. Certaines données corroborent l’existence de ce trait psychologique de base (Apter, van Praag, Plutchik, et al., 1990). Dans cette perspective, l’impulsivité est généralement définie comme une tendance à répondre rapidement et sans réfléchir (Murray, 1938), et à ne pas contrôler les aux élans spontanés (Lorr & Wunderlich, 1985).
Présente dans de nombreux inventaires de personnalité (cf. Plutchik et van Praag, 1995), l’impulsivité a été considérée soit comme une dimension simple (Guilford & Zimmermann, 1949), soit comme un construit à plusieurs composantes (Barrett, 1965 ; Eysenck et Eysenck, 1977 ; Dickman, 1990).
Plusieurs études ont montré une corrélation positive de.43 à.64 entre l’impulsivité et d’une part la colère (e.g. Apter, van Praag, Plutchik et al., 1990 ; Kotler, Finkelstein, Molcho et al., 1993), d’autre part l’agressivité (Apter, Plutchik, Sevy, et al, 1989 ; Kotler et al. 1993 ; Plutchik, van Praag, & Conte, 1989). Le Aggression Questionnaire de Buss et Perry (1992) s’est avéré être particulièrement corrélé avec l’impulsivité (r =.42,.32,.28 et.31, respectivement pour les sous-échelles colère, hostilité, agressivité physique et agressivité verbale). Les items de colère, en particulier, semblent assez proches de ceux d’impulsivité (Bech et Mak, 1995).
En se référant aux résultats obtenus par Buss et Perry, on peut faire l’hypothèse que les échelles du QA, et surtout celle de colère, seront positivement corrélées avec l’impulsivité.
Sujets
Deux cent trente deux sujets ont participé volontairement à l’étude. Ils étaient tous étudiants en STAPS à l’Université de Grenoble 1 : 150 hommes (âge moyen 21,2 +/- 1,6 ans) et 82 femmes (âge moyen : 20,6 +/- 1,1).
Instruments et procédure
Les sujets ont complété anonymement trois questionnaires lors d’une passation collective par groupes d’une cinquantaine d’individus environ. La séance a duré environ 25 à 30 minutes et était dirigée par un étudiant en formation de recherche initié aux thèmes des questionnaires.
Le Questionnaire d’Agressivité (QA), rappelons-le, comporte 4 échelles de 5 items chacune : « colère » (COL, ex. : « J’ai tendance à m’emporter facilement »), « hostilité » (HOS, ex. : « Il me semble parfois que les gens rient de moi dans mon dos »), « agressivité physique » (PHY, ex. : « Je n’hésite pas à utiliser la force pour défendre mes droits »), « agressivité verbale » (VER, ex. : « Je vais jusqu’à adresser des insultes à ceux ou celles qui me manquent de respect »). Les réponses sont faites sur une échelle de type Likert à 5 niveaux, de (1) « Pas du tout vrai » à (5) « Tout à fait vrai pour ce qui me concerne ». Les 20 items du QA sont précédées de 10 items de remplissage, dont la fonction est d’habituer les sujets au genre des items et au format de réponse.
Le Questionnaire Multidimensionnel d’Impulsivité est un document interne de l’Université Joseph Fourier, inspiré des travaux de Eysenck et Eysenck (1977) et de Dickman (1990) et validé par Pfister et Stéphan (Stéphan, 1999), mais non encore publié. Il est formé de 4 échelles (α de Cronbach entre.74 et.76, et corrélations test-retest sur 8 semaines entre.69 et.75), dont une d’impulsivité fonctionnelle (Dickman, 1990), à savoir « rapidité de décision et de réponse » (RD, 7 items, ex. : « Je suis capable de me décider immédiatement pour saisir une opportunité qui se présente »), et deux d’impulsivité dysfonctionnelle : « manque de contrôle et impatience » (MC, 7 items, ex. : « Le fait de devoir attendre m’énerve rapidement ») et « manque d’organisation » (MO, 7 items, ex. : « J’ai tendance à ne faire les choses qu’au dernier moment, quand le temps presse vraiment »). La quatrième est celle de « prise de risque et recherche de sensation » (PR, 5 items, ex. : « J’ai un grand besoin de changements »). Les réponses se font sur une échelle de Likert à 4 niveaux, de (1) « Pas du tout vrai » à (4) « Tout à fait vrai en ce qui me concerne ».
L’Inventaire du Soi Physique (Ninot, Delignères et Fortes, 2000) comprend 25 items répartis en 6 échelles, dont 5 d’estime de soi physique traduits du Physical Self-Perception Profile de Fox et Corbin (1989) et une d’estime globale de soi tirée du questionnaire de Coopersmith (1984) (a de Cronbach entre.76 et.86, et corrélations test-retest entre.90 et.96) : « estime globale de soi » (EGS, 5 items, ex. : « J’ai une bonne opinion de moi-même »), « valeur physique perçue » (VPP, 5 items, ex. : « Je suis confiant vis-à-vis de ma valeur physique »), « compétence sportive » (CS, 4 items, ex. : « Je trouve la plupart des sports faciles »), « condition physique » (CP, 5 items, ex. : « Je serais bon dans une épreuve d’endurance »), « apparence physique » (AP, 3 items, ex. : « Personne ne me trouve beau ») et « force » (FO, 3 items, ex. : « Je pense être plus fort que la moyenne »). Les réponses se font sur une échelle de Likert à 6 niveaux (« Cela me concerne » de (1) « pas du tout » à (6) « tout à fait »).
Hypothèses
1. Les hypothèses relatives aux corrélations de l’impulsivité avec le QA ne concerneront que l’échelle « manque de contrôle et impatience » du Questionnaire Multidimensionnel d’Impulsivité. Celle-ci correspond à l’impulsivité au sens restreint (la narrow impulsiveness de Eysenck et Eysenck, 1977), la mesure de l’impulsivité la plus utilisée, et notamment par Buss et Perry (Buss & Plomin, 1975).
Nous nous attendons à ce que cette échelle « manque de contrôle et impatience » soit positivement corrélée avec toutes les échelles du QA, et surtout avec celle de « colère ».
En outre, le Aggression Questionnaire n’ayant pas encore été mis en relation avec d’autres échelles d’impulsivité, nous examinerons les corrélations des échelles du QA avec les autres autres échelles du Questionnaire Multidimensionnel d’Impulsivité à titre exploratoire.
2. Les hypothèses relatives aux corrélations de l’estime de soi avec le QA ne concerneront que l’échelle « estime globale de soi » de l’Inventaire du Soi Physique. Celle-ci est une mesure d’estime de soi générale comparable à celle utilisée par Buss et Perry (Cheek & Buss, 1981).
Nous prévoyons que cette échelle « estime globale de soi », d’une part, sera corrélée négativement avec les échelles « colère » et « hostilité » du QA, d’autre part, ne sera corrélée ni avec l’échelle « agressivité physique », ni avec celle d’« agressivité verbale ».
En outre, les relations du Aggression Questionnaire avec l’estime de soi physique n’ayant jamais été étudiées, les corrélations du QA avec les autres échelles de l’Inventaire du Soi Physique seront examinées d’un point de vue exploratoire.
Traitements statistiques
Deux types de traitements ont été appliqués aux données :
-
l’analyse factorielle, pour vérifier que les structures factorielles du Questionnaire d’Agressivité, du Questionnaire Multidimensionnel d’Impulsivité et de l’Inventaire du Soi Physique sont conformes aux résultats des travaux de validation de ces questionnaires (Masse, 2001 ; Ninot, Delignères et Fortes, 2000 ; Pfister, Masse et Jung, à paraître ; Stephan, 1999) ;
-
la corrélation entre les échelles du QA et celles des questionnaires d’impulsivité et d’estime de soi, le seuil de signification statistique requis étant p<.05.
Analyses factorielles
Les données relatives à chacun des trois questionnaires ont été soumises à une analyse factorielle, hiérarchique pour facteurs obliques pour le QA, en composantes principales (rotation varimax) pour les deux autres. En ce qui concerne l’Inventaire du Soi Physique, comme l’ont fait Ninot, Delignières et Fortes (2000), trois analyses factorielles successives ont été réalisées, du fait de la structure hiérarchique du questionnaire, une pour l’« estime globale de soi », une pour la « valeur physique perçue » et une pour les quatre sous-échelles de cette dernière. Pour les trois questionnaires la structure factorielle rapportée dans leur étude de validation respective a été confirmée. Les facteurs extraits correspondent aux différentes échelles de chaque questionnaire, et tous les items sortent correctement dans les facteurs attendus avec des saturations toujours supérieures à.40, mais inférieures à ce seuil dans les autres facteurs. Pour le QA les a de Cronbach des différentes échelles sont compris entre.75 et.81, pour l’Inventaire du Soi Physique entre.72 et.87, et pour le Questionnaire Multidimensionnel d’Impulsivité entre.72 et.76.
Corrélations du QA avec l’impulsivité et l’estime de soi
Agressivité et impulsivité
Comme le montre le tableau 1, toutes les échelles du Questionnaire d’Agressivité sont positivement corrélées avec l’échelle « manque de contrôle et impatience » du Questionnaire Multidimensionnel d’Impulsivité, fortement pour l’échelle « colère » et pour le score total, plus modérément pour les autres.
Par ailleurs, on notera que l’échelle « manque d’organisation » tend, elle aussi, à être positivement corrélée aux échelles du QA, à l’exception de celle d’« hostilité », bien que de façon modeste seulement. Quant aux échelles « prise de risque et recherche de sensations » et « rapidité de décision », elles ne sont pas liées au QA, sauf l’échelle d’« hostilité » qui est négativement corrélée avec « rapidité de décision ».
Agressivité et estime de soi
Le tableau 2 montre que l’échelle « estime globale de soi » de l’Inventaire du Soi Physique n’est pas corrélée avec les échelles « agressivité physique » et « agressivité verbale » du QA. En revanche, elle est négativement corrélée avec les échelles « hostilité » et « colère », bien que pour cette dernière le seuil de signification ne soit pas atteint.
Il est à noter que l’échelle « hostilité » tend à être négativement corrélée avec l’ensemble des échelles de l’Inventaire du Soi Physique, comme cela est le cas également du score total du QA. Alors que les échelles « agressivité physique » et « agressivité verbale » sont corrélées positivement avec celle de « force » perçue de l’Inventaire du Soi Physique.
Tableau 1
Corrélations entre les échelles du Questionnaire d’Agressivité (QA) et celles du Questionnaire Multidimensionnel d’Impulsivité
| Echelles du Questionnaire Multidimensionnel d’Impulsivité |
| Echelles du QA | Rapidité de décision | Manque d’organisation | Manque de contrôle | Prise de risque |
| Colère | .07 | .21** | .72*** | .10 |
| Hostilité | -.22** | -.01 | .31*** | -.08 |
| Agressivité physique | .09 | .16* | .32*** | -.01 |
| Agressivité verbale | .10 | .16* | .43*** | .02 |
| Total QA | .02 | .19* | .64*** | .01 |
| (*** = p <.000, ** = p <.001, * = p <.02). |
Corrélations des échelles du Questionnaire d’Agressivité (QA) avec les échelles de l’Inventaire du Soi Physique
Echelles de l'Inventaire du Soi Physique
Echelles du QA Estime globale de soi Valeur physique perçue Compétence sportive Force Apparence physique Condition physique
Colère -.12 -.06 -.03 .10 -.09 -.07
Hostilité -.55*** -.37*** -.19 ** -.05 -.33*** -.13
Agressivité physique .01 .06 .10 .20** -.04 -.02
Agressivité
verbale -.06 .02 .01 .16* -.04 -.06
Total QA -.25*** -.12 -.03 .15* -.18** -.09
(*** = p <.000, ** = p <.01, * = p <.05).
L’objectif de cette étude était d’étudier les corrélats du QA avec, d’une part, l’impulsivité, d’autre part, l’estime de soi, leur comparaison avec les résultats obtenus par Buss et Perry permettant de se prononcer sur la validité de construit du QA.
A propos de l’impulsivité, nos hypothèses étaient que les échelles du QA seraient positivement corrélées avec l’impulsivité mesurée avec l’échelle « manque de contrôle et impatience » du Questionnaire Multidimensionnel d’Impulsivité.
Les résultats de notre étude vont bien dans le sens de ces hypothèses. Les individus qui obtiennent des scores élevés dans l’échelle « manque de contrôle et impatience », l’impulsivité au sens restreint (Eysenck et Eysenck, 1977), ont également des scores élevés dans tout le « processus d’agressivité » (Bech et Mak, 1995), c’est-à-dire aussi bien dans les aspects émotionnels (colère) et cognitifs (hostilité) que comportementaux (agressivité physique et verbale). C’est d’ailleurs l’impulsivité dysfonctionnelle (Dickman, 1990) dans son ensemble qui tend à être concernée par cette relation, puisque l’échelle « manque d’organisation » est également corrélée positivement avec les échelles du QA, si l’on excepte celle d’« hostilité ». Mais comme attendu, c’est surtout l’échelle de « colère » qui présente la corrélation la plus forte (r =.72) avec l’échelle « manque de contrôle et impatience ». Ce dernier résultat est convergent avec les corrélations élevées rapportées par Apter et al. (1990) et par Kotler et al. (1993), respectivement.43 et.64, mais aussi par Buss et Perry (r =.42). Il confirme l’analyse de Bech et Mak (1995, p.25) quand ils constatent à propos du Aggression Questionnaire de Buss et Perry (1992) que « les items de colère semblent très proches du concept d’impulsivité ».
La concordance d’ensemble de ces résultats apporte du crédit à l’idée d’un « couple impulsivité-agressivité » (Linnoila, Virkkunen, Scheinin et al., 1983). Ce couple serait, selon van Praag, Lemus et Kahn (1987), une des conséquences d’un dysfonctionnement psychologique de base lié à un taux faible de sérotonine dans le cerveau, ce que Apter et al. (1990) ont appelé « a serotonergically linked cluster ». Et Linnoila et al. (1983), ainsi que Markowitz et Coccaro (1995), précisent que dans ce cas seule l’agressivité hostile est en cause.
Si la relation entre impulsivité et agressivité hostile a clairement été établie, notamment par les biologistes, qui parlent d’ailleurs souvent d’« agressivité impulsive » (cf. Eichelman, 1995), la question qui reste est de savoir si l’on peut donner un sens à cette liaison. L’impulsivité est-elle le précurseur de l’agressivité, comme on tend souvent à le penser ? Ou ces deux dimensions sont-elles simplement liées par un fondement commun plus général ou plus profond, tel que, par exemple, l’équilibre entre les deux grands systèmes antagonistes (Depue & Spoont, 1986), le système mésolimbique facilitateur des comportements (intégré dans les voies dopaminergiques), et le système septo-hippocampique inhibiteur des comportements, dans lequel la sérotonine joue précisément un rôle capital ? Bech et Mak (1995, p.7) disent, à juste titre, qu’« il y a une zone d’ombre entre l’impulsivité et l’agressivité », et dans l’état actuel des connaissances la réponse ne peut être qu’une conjecture. Si l’impulsivité dysfonctionnelle est ce manque de contrôle de soi, et notamment des émotions, comme le soulignent la plupart des auteurs, et si l’émotion, en particulier la colère, est une des conditions de déclenchement de l’agressivité hostile, comme le soutient Berkowitz (1969), alors on peut faire l’hypothèse que la colère est une variable intermédiaire entre l’impulsivité et l’agressivité hostile, l’impulsivité étant probablement à l’origine de l’ensemble de ce processus agressif.
Enfin, nous noterons accessoirement, que les deux autres échelles du Questionnaire Multidimensionnel d’Impulsivité, la « rapidité de décision », dite encore impulsivité fonctionnelle (Dickman, 1990), et la « prise de risque », ne sont pas liées aux échelles du QA, à l’exception de celle d’hostilité, négativement corrélée avec la « rapidité de décision ».
Pour ce qui concerne l’estime de soi, et en référence aux résultats de Buss et Perry, nous avions fait l’hypothèse que l’échelle d’« estime globale de soi » de l’Inventaire du Soi Physique ne serait pas liée aux échelles d’« agressivité physique » et d’« agressivité verbale » du QA, mais qu’elle serait négativement corrélée avec celles de « colère » et d’« hostilité ».
Comme attendu, nos résultats vont, dans l’ensemble, dans le sens de ceux obtenus par Buss et Perry (1992). L’estime de soi mesurée avec l’échelle d’« estime globale de soi » de l’Inventaire du Soi Physique n’est pas liée aux échelles d’« agressivité physique » et d’« agressivité verbale » du QA. En revanche, elle est assez fortement corrélée de façon négative avec l’« hostilité », comme dans le cas des résultats de Buss et Perry (-.55 vs -.49), mais seulement très faiblement avec la colère pour laquelle la corrélation n’atteint pas la signification statistique (r = -.12, p <.05). Il faut dire que dans l’étude de Buss et Perry la corrélation entre la « colère » et l’estime de soi est également assez faible, notamment pour les hommes (r = -.14).
Ces résultats sont assez conformes aux interprétations généralement admises selon lesquelles les individus ayant une faible estime de soi tendent à considérer les autres aussi négativement qu’eux-mêmes (Averill, 1982 ; Ehrlich, 1973). C’est particulièrement vrai pour l’hostilité qui correspond à une attitude (Bech & Mak, 1995) ou à un ensemble complexe d’attitudes lié à l’agressivité (Spielberger, Jacobs, Russell & Crane, 1983), comportant des caractéristiques telles que le ressentiment et l’évaluation négative envers autrui (Buss, 1961). Et nos résultats, comme ceux de Buss et Perry (1992), concernant la relation entre estime de soi et hostilité, sont compatibles avec la conclusion de Kernis, Grannemann et Barclay (1989) quand ils disent que le niveau d’estime de soi est un important prédicteur de l’hostilité, comme d’ailleurs de la colère. Pour cette dernière, qui est une émotion relativement intense et souvent socialement condamnée (Averill, 1982), les résultats vont généralement dans le même sens que ceux relatifs à l’hostilité, comme le montrent les résultats de Kernis et al. (1989) et de Papps et O’Carroll (1998). Cependant, ces derniers auteurs ont montré qu’il conviendrait de travailler non seulement sur le niveau d’estime de soi, mais aussi sur sa stabilité, les résultats étant variables selon qu’une estime de soi faible ou élevée est stable ou instable. Par ailleurs, Papps et O’Carroll (1998) indiquent que les individus à faible estime de soi peuvent éprouver et manifester des niveaux généralement modérés de colère du fait de trois ordres de facteurs : le fort lien entre faible estime de soi et dépression (Tennen & Herzberger, 1987), l’évitement de situations pouvant affaiblir encore le sentiment de la valeur propre, et l’évitement de contacts sociaux (Shaver, Schwartz, Kirson & O’Connor, 1987). Ces arguments sont susceptibles d’expliquer les relations modestes entre estime de soi et colère, mais aussi entre estime de soi et agressivité physique et verbale, dans notre étude, comme dans celle de Buss et Perry (1992).
Dans leur ensemble, les corrélations obtenues dans la présente étude entre les échelles du QA et, d’une part, l’impulsivité, d’autre part, l’estime de soi, sont conformes à celles rapportées par Buss et Perry (1992) avec leur Aggression Questionnaire. Cela vient confirmer la validité de construit du Questionnaire d’Agressivité, déjà établie par la structure factorielle de son construit psychologique.
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