Depuis son premier numéro, ronéoté, publié en avril 1980, à l’initiative de l’Association pour le développement des connaissances relatives aux activités physiques et sportives, et dont les statuts à l’article 7, stipulaient que « l’assemblée constituante est composée de représentants désignés par les UEREPS au 1er janvier 1982. Elle se réunira au cours du 1er trimestre 1982 et définira la durée de leurs mandats », que de chemin parcouru.
Si aucun directeur de la publication ne figure sur le premier numéro, on découvre dès le numéro deux, que c’est Gérard Bruant qui occupe ce poste. Le président de l’Association fondatrice est André Rauch, les secrétaires Elie de Saint-Jores et Pierre Arnaud, le trésorier Paul Boyer. La revue est également dotée, dès lors, d’un comité scientifique et d’un comité de lecture. Ce numéro deux, est réalisé par les services de l’UEREPS de Clermont-Ferrand dont Paul Boyer est alors le directeur, le 14 mai 1980. Le siège de l’Association quant à lui est domicilié à l’UEREPS de Paris, rue Lacretelle. L’éditorial de ce numéro explique clairement que la revue « Sciences et techniques des Activités physiques et sportives », s’est engagée dans la voie d’une évolution tant au plan de son support associatif que de son contenu. L’orientation prise au départ consistait à créer un organe de liaison et de diffusion des travaux réalisés dans le domaine des STAPS. C’est au travers de l’idée d’un outil de travail et d’un moyen d’expression pour les chercheurs, les enseignants et les étudiants que notre association s’est constituée. L’expérience nous a montré combien il était nécessaire de s’inscrire dans un processus d’évolution à la fois institutionnelle et humaine si l’on souhaitait réaliser quelque chose de durable ». Cet éditorial ne sera pas démenti par le futur. En effet, dès son numéro dix (1er trimestre 1985), la revue quitte sa forme ronéotée pour devenir une véritable revue réalisée par un imprimeur clermontois. Le directeur de la revue reste Gérard Bruant, mais celui-ci s’adjoint un comité de rédaction composé de Pierre Arnaud, de Jean-Paul Clément et de Jean-Claude Lyleire. Le comité scientifique ainsi que le comité de lecture se sont étoffé. Par contre le Bureau de l’Association reste à peu près inchangé.
La revue correspond davantage, dès ce numéro 10 à la forme et aux cannons des revues de recherche dans d’autres champs (telle la Revue Français de Pédagogie ou des revues internationales tel le British Journal of Sociology of Education par exemple).
En décembre 1987 des changements importants s’opèrent, puisque c’est le président de l’AFRAPS qui change : Pierre Chifflet succède à André Rauch, puis, en Mars 1988, un véritable bouleversement a lieu puisque le Président de l’Association est renouvelé, en la personne de Gérard Bruant, ainsi que le secrétaire (Michel Herr). Seule constante inébranlable de l’Association : le trésorier Paul Boyer (qui le restera jusqu’en 1999 et grâce à qui l’association pourra toujours présenter des comptes florissants et poursuivre la publication, souvent à perte, de la revue). Le directeur de la revue devient Jean-Claude Lyleire, trop tôt disparu, et le comité de rédaction s’étoffe considérablement en comportant les noms de W. Andreff, P. Arnaud, G. Bruant, P. Chifflet, J.P. Clément, R. Dhellemmes, M. Gros, A. Lofi, R. Pfister. Ce changement radical n’entame pourtant pas la ligne éditoriale, ni la politique de qualité de la revue. Le format s’améliore encore ainsi que la qualité des articles publiés.
Au mois de Février 1989, à la suite du décès de Jean-Claude Lylière, Pierre Chifflet, devient le troisième directeur de la revue STAPS. Le siège de la revue est transféré à Grenoble, suivant en cela son directeur, et le comité de rédaction s’internationalise avec l’arrivée de Nicole Chevalier (Canada) et Henri Thys (Belgique). Le bureau de l’association reste inchangé. Le format de la revue s’améliore encore. Ainsi que l’exprime Pierre Chifflet dans son éditorial « STAPS évolue, par la continuité des efforts entrepris et sous la pression des événements […] la présentation de STAPS est revue dans un but de clarification. Le nouveau graphisme de la page de couverture symbolise le dynamisme de la revue. Les pages de présentation différencient les informations relatives à l’AFRAPS de celles propres à la revue. L’organisation de la revue confirme la répartition de textes en cinq rubriques. Enfin, l’effort de normalisation des références bibliographiques demandées aux auteurs commence à porter ses fruits. Le comité scientifique, en partie modifié est constitué de chercheurs éminents qui ont pour mission de veiller à la rigueur scientifique et à l’orientation de STAPS. L’ambition est de rivaliser dans un avenir proche avec les grandes revues internationales ». On voit, là qu’à la fois la revue « s’autonomise » de l’Association (les membres du bureau ne figurent plus sur la deuxième de couverture), mais aussi, grandissant, se tourne de plus en plus vers l’international. On doit noter que c’est au cours de ce mandat que la revue aura la plus grande audience puisqu’elle tirera jusqu’à 1500 exemplaires. Ce qui est très conséquent pour une revue scientifique très spécialisée.
C’est en Juillet 1997 que Richard Pfister prend la place de Pierre Chifflet, à la tête de la revue. Le comité de rédaction change profondément, puisqu’il se dote de rédacteurs principaux : Jacques Defrance, Marc Durand, Henri Thys, mais aussi de rédacteurs : Gérard Bruant, Pierre Chifflet, Jean-Paul Clément et Jean Lorant. Par contre, on notera que le format de la revue ainsi que le fond ne sont pas reconsidérés lors de cette passation de pouvoir. Richard Pfister explique : « Comme Pierre Chifflet l’a annoncé […], la revue STAPS s’est donné une nouvelle direction et une nouvelle organisation. J’ai accepté cette fonction de directeur de la revue sans doute pour des raisons affectives qui tiennent au passé. En effet, comme cela a été rappelé, j’ai été un des fondateurs de cette revue à la fin des années 70, j’en avais proposé le titre ainsi que le premier logo et réalisé la première maquette. Mais les raisons décisives de mon engagement d’aujourd’hui sont d’un autre ordre et tournées vers l’avenir. Il s’agit de développer encore le niveau de la revue pour tâcher d’atteindre la reconnaissance internationale. Je crois que l’indexation dans les banques de données internationales est aujourd’hui une nécessité pour toute revue scientifique ».
C’est grâce à ces quatre directeurs successifs que la revue a pu devenir ce qu’elle est. C’est sur cet édifice solide et de longue date maintenant que l’actuel directeur de la rédaction peut s’appuyer. Il est donc nécessaire dès l’abord, de leur rendre hommage pour tout ce qui a été accompli. Mais, il faut aussi préciser que sans le soutien financier de l’AFRAPS, notamment grâce à l’œuvre de ses deux trésoriers successifs Paul Boyer (pendant 19 ans) et Gilles Bui-Xuân, rien n’aurait pu se faire puisque, la revue n’étant pas autosuffisante, le nerf de la guerre serait venu à manquer.
On ne peut donc pas dissocier le développement de la revue, d’une part des cotisations des adhérents à l’AFRAPS, et d’autre part des multiples publications destinées, entre autres, au concours de recrutements en EPS, réalisées bénévolement par leurs auteurs, qui ont permis la pérennité financière de STAPS. Cela signifie que si la revue doit être indépendante, au plan « scientifique », elle ne peut et ne doit l’être ni au plan financier, ni au plan politique. C’est l’AFRAPS qui est la fondation sur laquelle repose STAPS. On retrouve d’ailleurs, là, le schéma de la plupart des revues internationales de recherche, sauf lorsqu’elles sont « privées » et mercantiles.
Aujourd’hui, un nouveau changement de direction de la rédaction mais aussi du comité de rédaction s’opère pour la revue, à la suite notamment d’importants changements au bureau de l’AFRAPS. Après Paul Boyer, et Thierry Terret, Gilles Bui-Xuân a été élu président de l’AFRAPS à l’unanimité du Conseil d’Administration (avec les voix d’une grande majorité d’adhérents de l’Association).
Le comité de rédaction de la revue, quant à lui, correspond, autant que faire se peut à une « charte de la revue » rédigée à l’initiative du conseil d’administration de l’AFRAPS. Il correspond également à la volonté d’internationaliser encore davantage la revue mais aussi de maintenir et si possible de développer sa reconnaissance internationale. Ainsi Eddy Van Praagh, Professeur à l’Université de Clermont-Ferrand, très reconnu au plan national et international dans son domaine de prédilection la physiologie de l’effort, disposant d’un important réseau anglophone, assure la dynamisation de la rubrique « domaine des sciences de la vie et de la nature ». Thierry Terret, Professeur à l’IUFM de Lyon, président de l’ISHPES (association mondiale d’histoire du sport), disposant également d’un réseau très étendu, a en charge le domaine des approches historiques et socio-historiques. Nancy Midol, chercheuse habilitée à l’Université de Nice, dotée de nombreux contacts au Canada, au Japon et aux Etats-Unis, gère le domaine des approches anthropologiques et sociologiques des APS. Jean Fournier, jeune chercheur à l’Université de Paris X, très impliqué dans des réseaux internationaux et anglophones en psychologie du sport est responsable de son domaine de prédilection « les psychologies et sciences humaines » appliquées aux pratiques physiques. Enfin, c’est au professeur Ghislain Carlier, de l’Université de Louvain La Neuve, en Belgique, promoteur de recherches sur « l’intervention dans le domaine de l’éducation physique », dont l’implantation internationale va de soi, que reviens la charge du secteur « intervention ». Il convient de remercier très vivement ces collègues qui ont accepté une bien lourde et difficile tâche. Grâce à leur présence dans le comité de rédaction, l’internationalisation de la revue devient effective. Cette internationalisation sera également réalisée par l’internationalisation accentuée et l’élargissement du comité scientifique.
Le directeur de la rédaction, élu par le Conseil d’administration de l’AFRAPS (et donc par la majorité des membres de l’Association), va œuvrer, avec l’ensemble du comité de rédaction et en accord avec lui, à une nouvelle dynamisation de la revue, mais aussi à une réorientation et à une spécification de celle-ci.
Dans un premier temps, depuis le numéro 55, toutes les démarches ont été faites auprès de l’Institute for Scientific Information de Philadelphie qui publie notamment les Current Contents mais aussi un système international de scientométrie, pour tenter d’obtenir l’indexation de la revue dans cette banque de donnée. Le chemin, dans ce sens, n’est pas aisé pour une revue francophone, mais il doit être parcouru et tout doit être mis en œuvre dans cette perspective. Cela passe notamment par la sollicitation d’experts étrangers, par une faible « endogamie » des auteurs et du comité scientifique et de lecture, mais aussi par des citations de STAPS dans d’autres revues internationales ou encore par la publication d’auteurs américains, européens, après traduction de leur langue d’origine (sans pour autant abaisser le niveau d’exigence de la revue). Bien sûr, il est possible de contester cette logique d’indexation qui soumet la revue d’une certaine manière à une forme de « colonisation », mais nul ne doit ignorer qu’une telle démarche pourrait aussi permettre, à l’inverse la divulgation de connaissances issues de recherches francophones dans des zones où elles sont peu connues voire ignorées.
Un deuxième axe fort doit être mis en exergue. La revue STAPS, comme on l’a vu a été créée à l’origine par les UEREPS, à destination des chercheurs, enseignants et étudiants ; cette origine fondatrice, ne peut être occultée. La baisse des adhésions, constante depuis quelques années, la diminution des tirages de la revue témoigne d’une nécessaire réorientation vers ses buts originaux.
Ainsi, le comité de rédaction souhaite tenter, à la fois de satisfaire le lectorat et les adhérents, mais aussi de permettre une meilleure identification scientifique de la revue, de trouver en quelque sorte – selon l’expression de Jean Fournier – une « niche scientifique » pour celle-ci. Il propose en conséquence, de rendre plus claire encore l’orientation des articles vers un éclairage scientifique des pratiques ou des interventions en vue d’interpeller les intervenants dans le domaine des activités physiques.
Enfin, les rapports avec le Conseil National des Universités STAPS et notamment son président doivent être resserrés, afin qu’une véritable relation de confiance puisse être établie. Il en va de même de la Conférence des Directeurs, mais aussi de diverses associations de recherche internationales.
Bref, on voit que si un certain chemin a été parcouru, celui qui mène à une revue tout autant conforme aux cannons du plus haut niveau de la recherche qu’à l’intérêt général reste encore long, mais, avec la volonté de tous, il peut ne pas être infini.
La revue STAPS sera désormais ce que l’ensemble des acteurs des STAPS, au plan national mais aussi international en fera.
Il faut par ailleurs préciser que si cet éditorial est de la main du nouveau directeur de la revue, l’ensemble des expertises et des articles choisis pour ce numéro, mais aussi la réalisation matérielle de celui-ci ont été très largement assurés par son prédécesseur Richard Pfister. Je tiens encore une fois, malgré les quelques difficultés qui ont présidé à la passation de témoin, à le remercier très vivement pour son engagement au service de STAPS.
Le numéro qui suit, regroupe sept articles et une note de recherche. On remarquera que toutes les sections de la rédaction ou presque sont représentées puisque Olivier Chovaux traitant du « Football minier et immigration. Les limites de l’intégration sportive dans les années trente. » fournit, à la suite de la parution de son ouvrage Cinquante ans de football dans le Pas-de-Calais. Le temps de l’enracinement (fin XIXe-1940), cette année même chez Artois Presse Université, un éclairage historique à une pratique physique devenue aujourd’hui universelle. On voit notamment dans ce texte comment La mise en exergue de réussites individuelles semble entretenir le mythe d’une intégration sportive réussie, et contribue à accentuer le caractère populaire de la pratique, à la veille de la seconde guerre mondiale.
L’article proposé aux lecteurs par William Charpier : « Joseph Sansbœuf (1848-1938). Itinéraire d’un gymnaste alsacien engagé. », s’il s’inscrit dans le même domaine de recherche offre une approche tout à fait différente, de type micro histoire, sans pour autant basculer dans l’hagiographie. Ce texte montre notamment comment Joseph Sansbœuf peut être considéré comme un personnage trait d’union entre des institutions et des hommes en concurrence.
Cécile Masse, Jérôme Jung et Richard Pfister, prolongent les recherches innovantes publiées par le troisième auteur, en 1979, dans le Bulletin de psychologie, n° 353, en traitant « d’Agressivité, impulsivité et estime de soi. ». Ici l’éclairage des pratiques physiques ou des pratiques d’intervention relève davantage du champ de la psychologie. Il s’agit de proposer une validation française de l’Aggression Questionnaire de Buss et Perry (1992). Mais aussi de s’intéresser à l’estime de soi et à l’impulsivité.
Bastien Soulé et Jean Corneloup situent leur investigation systémique, davantage dans le domaine de la sociologie voire de l’ethno-sociologie. Leur texte intitulé « La place du public dans le dispositif de sécurité en station de sports d’hiver », propose, à partir d’une étude de cas, une réflexion sur la gestion des risques inhérents aux pratiques de glisse sur les domaines skiables français. Les conclusions fournies sont pour le moins étonnantes et remettent en cause un certain nombre de représentations classiques. Cet article pourrait notamment éclairer les décisions des élus dans le domaine de la gestion des risques dans les stations de ski.
C’est un peu dans le même domaine de recherche que se situe le texte de Malek Bouhaouala et Pierre Chifflet. Pourtant, peut-être s’agit-il davantage là de psychosociologie que d’ethnosociologie. En étudiant la « Logique d’action des moniteurs des sports de nature : entre passion et profession », les auteurs permettent de découvrir que les logiques strictement économiques ne semblent pas prépondérantes dans les représentations de ces acteurs. Ce texte, constitue, de toute évidence, l’occasion pour ces acteurs d’une meilleure prise de distance à leur action et peut-être d’une meilleure adéquation de ces entreprises unipersonnelles avec leur environnement.
L’internationalisation de la revue, mais aussi son orientation vers l’intervention dans le domaine de l’éducation physique trouvent leur expression dans le texte d’Alfredo Goñi et Luis M. Zulaika consacré à « L’éducation physique à l’école et l’amélioration du concept de soi. ». Ces auteurs espagnols proposent une étude expérimentale qui permet de réaliser, au bout du compte, une proposition de transformation des pratiques d’éducation physique dans le but de favoriser l’amélioration du concept de soi d’élèves non pratiquants et de filles. Ce texte, évidemment, trouvera un grand intérêt pour les enseignants d’éducation physique et sportive francophones du monde.
Ce numéro se termine, pour ce qui concerne les articles, par un deuxième texte consacré à l’Education physique et sportive, mais cette fois sous l’angle des conceptions concernant les sports collectifs. Stéphane Brau-Antony propose d’étudier « Les conceptions des enseignants d’éducation physique et sportive sur l’enseignement et l’évaluation des jeux sportifs collectifs : résultats d’une enquête. ». Ce texte montre comment les conceptions d’experts et les conceptions de « terrain », ne sont pas nécessairement corrélées. Il permet aussi aux enseignants d’EPS de mieux connaître leur système dominant de représentation de la pratique, ce qui n’est pas sans intérêt pour l’action.
Enfin, une note de recherche de Serge Eloi et Gilles Uhlrich est consacrée à une « Contribution à la caractérisation des sports collectifs : les exemples du volley-ball et du rugby. ».
On voit donc que ce numéro, éclectique, fait place au moins à trois domaines de recherche qui permettent de rendre davantage intelligibles des pratiques ou des interventions. En ce sens, il trouvera un intérêt certain, à la fois pour les chercheurs dans le domaine, mais aussi pour les intervenants eux-mêmes, en leur permettant d’être plus lucides, sur leurs propres pratiques et en favorisant des mises en œuvre sans doute plus rationnelles ou du moins conciliant mieux l’émotion et la raison.
Jacques Gleyse