Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
120 pages

p. 113 à 115
doi: en cours

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Chronique bibliographique

no 57 2002/1

Olivier Chovaux, Cinquante ans de football dans le Pas-de-Calais. « Le temps de l’enracinement » (Fin XIXe-1940), Presses Artois Université, 2001, 378 p., 130 F

L’ouvrage que nous propose Olivier Chovaux, maître de conférences en STAPS à l’UFRSTAPS de L’université d’Artois et docteur en histoire contemporaine, est remarquable à plusieurs titres. Tout d’abord, il est écrit d’une plume vive et alerte qui nous prend et nous retient tout au long de ce labyrinthe de presque quatre cents pages. Ensuite, c’est une véritable œuvre d’historien du sport qui vise à porter cette Histoire particulière et souvent selon l’expression de l’auteur « dans une inquiétante situation de marginalité » encore davantage hors de son ghetto et la mettre sur véritable pied d’égalité avec les autres champs étudiés par l’Histoire contemporaine. Il poursuite par ailleurs l’œuvre commencée par Pierre Lanfranchi et Alfred Wahl, mais aussi par Alfred Wahl, lui-même, en la précisant et surtout en la faisant fonctionner dans une zone particulièrement propice à l’exploration : le Pas-de-Calais.
Mais, ce livre est aussi remarquable en raison de la période étudiée et des modalités de cette étude puisqu’il ne s’agit rien moins que de comprendre comment, dans une zone particulièrement propice, le football a pu se populariser et se développer territorialement et structurellement. Il s’agit de voir aussi comment la pratique de cette activité a entretenu des liens tout particuliers (comme dans la période actuelle) avec l’immigration notamment polonaise, liée au développement des productions charbonnières. En outre le fait que l’Angleterre soit toute proche et que des colonies anglaises importantes se stabilisent rapidement dans le Pas-de-Calais, contribue à créer une originalité et une spécificité de cet espace géographique, bien que l’influence anglaise, in situ, ne soit pas considérée comme déterminante par l’auteur. Cela permet aussi de mieux mesurer la transition qui s’opère entre les jeux traditionnels « ballonistes » et le football proprement dit. Car c’est bien sur le terreau favorable de ces jeux traditionnels avec leur dimension patrimoniale que pourra se produire « l’enracinement du football ».
A partir de la création du Racing club de Roubaix, en 1895 c’est un large fleuve qui va naître et qu’Olivier Chovaux tente de nous aider à suivre avec l’ensemble de ses péripéties et de ses avatars. Ainsi nous permet-il de comprendre comment un certain déterminisme géographique a joué un rôle dans le développement de cette activité et comment la « greffe britannique » selon l’expression d’Alfred Wahl a pu prendre dans ce lieu géographique. A partir de ce point nous pouvons suivre l’essaimage des premières formes de pratique vers le boulonnais notamment. Plus loin dans le texte l’institutionnalisation des premières rencontres est analysée et décrite. Le rôle majeur de l’Union de Société Françaises de Sports Athlétiques est bien noté. Un premier élément de différenciation entre un football populaire et un football bourgeois (le Racing Club de Lens) est ici souligné.
Vient alors le « temps de l’enracinement » proprement dit où l’on voit comment au cours des années 1914 à 1932 et après une relative destruction au cours de la première guerre mondiale, le football nordiste se reconstruit avec notamment la création de la Ligue du Nord de Football Association.
A partir de ce point, l’ouvrage prend le parti de nous faire entrer dans les détails du développement du football au travers des transformations des clubs les plus importants de la région au cours de la période, bien sûr le Racing Club de Lens, mais aussi celui de Calais ou encore d’USB (l’Union Sportive Boulonaise) et l’OSCB (Olympique Sporting Club Bolonais). On voit notamment pour ces deux derniers clubs les enjeux et conflits qui émaillent leur relation. On voit également comment des systèmes de justification de la pratique forts différents sont utilisés : hygiénistes pour les uns éducatifs pour les autres, l’argumentaire tendant à promouvoir la pratique trouve de nombreuses variantes.
Puis, vient le grand tournant du professionnalisme, déjà mentionné par Alfred Walh de manière plus générale. C’est ici le « temps des mutations » qui commence. Les principaux clubs nordistes choisissent en effet de quitter le statut d’amateur pour devenir professionnels entre 1932 et 1940. Cela évidemment, encore une fois, ne va pas sans susciter des conflits et des enjeux de pouvoirs parfaitement décrits par Olivier Chovaux, jusque dans leurs détails. On voit notamment là comment la compagnie des mines et d’autres entreprises industrielles, plaide pour une professionnalisation (par exemple du RC Lens) qui n’est pas nécessairement voulue par le plus grand nombre. On voit aussi de quelle manière le professionnalisme désorganise les clubs par des transferts massifs de joueurs à l’intersaison. Ces transferts doivent même être limités, pour éviter le dépeuplement total de certains clubs. En tout état de cause l’engagement du Président Jooris en faveur du professionnalisme est ici considéré comme déterminant pour le développement du football nordiste. La ligue devient dès lors, avec des hauts et des bas, l’une des plus florissante de France.
Bref, on reste ébloui par ce parcours bigarré, foisonnant, complexe et subtile qu’il nous est donné de faire en compagnie d’Olivier Chobaux. De cet ouvrage restent quelques points forts. Le football s’est développé sur les bases d’une présence ancienne de jeux traditionnels mais aussi d’un certain tissu associatif. Mais, c’est le prosélytisme de l’USFSA qui permettra vraiment son développement hégémonique dans le Pas-de-Calais. La présence des troupes britanniques dans la région au cours de la première guerre mondiale, renforce encore le désir de pratique de cette activité, mais la densité de la trame urbaine y joue sans doute également un rôle important. L’introduction et l’installation du professionnalisme organisent un football à « deux vitesses » où les premiers clubs ne cessent d’accroître leur distance avec les clubs « amateurs ». Cette professionnalisation va de pair avec un intérêt de plus en plus grand (mais il ne faut pas oublier l’origine bourgeoise du football, notamment à Lens) des Compagnies des Mines pour des investissements financiers et pour la prise de contrôle des clubs. C’est donc la bourgeoisie qui est l’origine des clubs et qui en garde le contrôle. Les ouvriers finalement constituent davantage le « peuple des tribunes ». Les clubs miniers constituent également une forme de contrôle social pour les compagnies minières. Il faut aussi retenir que c’est par une volonté « éducative » que se constituera l’engouement de plus en plus important du football dans le Pas-de-Calais, volonté bien soulignée par l’auteur. Enfin, il est intéressant de voir sur quelles bases se constitue la sociabilité sportive liée à des solidarités territoriales, dans l’entre-deux-guerres.
A l’issue de la lecture de 50 ans de football dans le Pas-de-Calais, on peut admettre avec Olivier Chovaux que nord de la France est bien une terre d’élection pour le football mais plus spécifiquement que le Pas-de-Calais est bien une terre de football. L’Histoire du sport y est de plus confirmée dans son intérêt et sa nécessité dans le champ social et plus spécifiquement dans le champ STAPS.
Jacques Gleyse
Castries, Novembre 2001

André Gounot (dir.), Le sport en France de 1870 à 1940, Stadion, International Journal of the History of Sport, Académia Velag, Sankt Augustin, 2001, 265 p., 27,44 € (180 F)

C’est une très belle réalisation que propose André Gounod, Maître de conférences en STAPS, à l’Université de Strasbourg dans la revue trilingue, européenne Stadion, concernant l’Histoire du sport en France entre 1870 et 1940. Il a réussi en effet le tour de force de réunir là une vingtaine d’auteurs français et étrangers, spécialistes du domaine, mais s’exprimant pour la plupart en langue française (deux articles sont en Allemand et deux en anglais) dans le but de proposer une production pour le moins originale, précise et documentée sur le sujet. Lorsque l’on fait la liste de ces auteurs ; Jean-François Loudcher, Christian Vivier, Pierre Arnaud, Benoît Caritey, Jean-Paul Callède, Laurence Muñoz, Nicolas Kssis, Jérôme Bauchez, William Gasparini, Otto Schantz, Christopher Thompson, Jean-Michel Delaplace et Sylvain Villaret, Jean-Philippe Saint-Martin, Richard Holt, Yves Moralès, Serge Fauché, Michel Raspaud, Luc Robène, on comprend que c’est à un travail de qualité que l’on est confronté.
Après une préface, très riche, en langue anglaise d’André Gounod, le texte se divise en six grandes parties la première est constituée par des éléments d’historiographie concernant les sports en France et notamment leur institutionnalisation. La deuxième partie s’intéresse au passage de l’initiative privé à l’intervention de l’Etat pour ce qui concerne les politiques sportives entre 1870 et 1940. On passe dans cette partie des sociétés conscriptives et des athlètes de la IIIe République à l’invention des politiques publiques des sports (1919-1939) en passant par les sociétés agréées et les prémices d’une politique sportive (1908-1940).
La troisième partie est consacrée aux mouvements sportifs et aux affinités idéologiques. Elle touche les domaines du sport catholique en France, du sport socialiste avant 1914, du sport travailliste (langue allemande) et des clubs sportifs strasbourgeois sous l’annexion allemande (1879-1914).
La quatrième partie s’intéresse davantage aux acteurs historiques et aux politiques éducatives, plus précisément aux pédagogies sportives. Là sont explorées les visions pédagogiques du Baron Pierre de Coubertin (langue allemande), les mystiques de « gauche » et de « droite » en pédagogie sportive sous la IIIe République, le contrôle des masses au travers du contrôle de l’image du héros de la classe laborieuse dans la philosophie sociale d’Henri Desgrange et enfin, les succès de la méthode naturelles de Georges Hébert pour ce qui concerne le domaine de l’éducation avant 1914.
La cinquième partie touche aux influences des modèles anglais et scandinaves sur le sport et les gymnastiques au cours de la période étudiée. Trois textes sont présentés, l’un s’intéressant particulièrement aux influences suédistes, l’autre, en langue anglaise, à l’anglomanie et le renouveau national et le troisième aux influences étrangères sur le domaine particulier du ski.
La sixième et dernière partie est consacrée à l’idéologie sportive entre science et mythes nationaliste. Elle se centre sur trois visions la première sur les rapports entretenus entre sciences et idéologies dans le domaine vélocipédique, la deuxième touche à la conception française de l’himalayisme, la troisième à Henry de la Vaulx et l’invention des sports aériens.
Suivent de nombreux comptes rendus de lecture fort stimulants.
Bref, on le voit, ce patchwork bigarré, argumenté et approfondi ne peut que devenir un texte de référence dans le domaine de l’Histoire des pratiques corporelles au cours de la troisième République.
Il sera, en tout état de cause, une référence indispensable pour les étudiants d’agrégation externe d’EPS en ce qui concerne l’écrit I et, de ce fait, pour les futurs étudiants en EPS, de l’Ecole Normale supérieure qui va être créée en Bretagne, dans les mois à venir.
Jacques Gleyse
Castries, Décembre 2001
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