Ce numéro 57 de la revue STAPS, après le numéro 56 transitoire, dans une passation de témoin réussie avec mon prédécesseur à la tête de la revue, présente un certain nombre de modifications notoires.
Tout d’abord, l’on remarquera la nouvelle rédaction de la page « Orientations de la revue » qui modifie, comme cela avait précédemment indiqué les rubriques de STAPS et insiste sur la création d’une section « sciences de l’intervention ». Le sous-titre anglais de la revue est également modifié dans le sens d’une simplification et d’une meilleure conformité à la langue anglaise en « International Journal of Physical Exercice Science ». On notera aussi que la mention « Publié avec le concours du centre national du livre » est supprimée, en effet c’est de manière erronée que la revue portait cette indication, depuis 1998, puisque aucune dotation n’avait été demandée à cet organisme. Une demande est en cours et si un soutien est obtenu, le numéro 58 devrait de nouveau porter cette mention.
Les recommandations aux auteurs ont également été réorganisées dans le but de se rapprocher un peu plus des normes A.P.A. 4e édition. A terme, il serait souhaitable que ce soit ces normes qui servent de base à la publication.
Enfin, et cela est le plus important au plan scientifique, il convient de noter de nombreuses modifications dans le comité scientifique de la revue. Plusieurs personnalités scientifiques de renommée mondiale, dans différents domaines, se sont adjointes aux membres déjà présents, ayant tous donné leur accord pour continuer à travailler avec la revue.
On voit ainsi apparaître les noms de : Charlotte Beaudoin, de l’Université d’Ottawa, dont le domaine de prédilection est l’anthropologie des pratiques corporelles, celui de Betty Mercier-Lefevre, dans le même domaine, qui vient, elle aussi renforcer un secteur peu représenté précédemment. Bertrand During est professeur à l’Université de Paris V. Ses travaux sur l’Histoire et la philosophie de Education physique, ne sont plus à présenter, en France. Allen Guttmann du Amherst College est considéré comme le spécialiste mondial notamment du passage des jeux aux sports modernes, dans l’Histoire. On trouvera également, dans le domaine de l’Histoire des pratiques corporelles, le nom de Gertrud Pfister, longtemps présidente de l’International Society for the History of Physical Education and Sport et scientifique très reconnue dans ce domaine.
Luc Leger, auteur des tests reconnus mondialement, de l’Université de Montréal, Thomas Rowland, Rédacteur en chef de Pédatric Exercise Science et spécialiste mondial de physiologie du sport, ainsi que Hans Kemper, de la faculté de médecine d’Amsterdam, viennent renforcer la composante « sciences de la vie » du comité scientifique. Le domaine des sciences de l’Homme s’est, en plus de Jean Côté, de l’Ecole d’éducation physique et de santé de Kingston, Ontario, spécialiste international de la psychologie du sport, enrichi des noms de Michael Kellmann de l’Université de Postdam, lui aussi spécialiste internationalement reconnu de la psychologie du sport et, last but not least, de John Salmela qui fut président pendant 10 ans de l’International Society of Sport Psychology. Bref, on le voit, la composition du comité scientifique a poursuivi le mouvement annoncé d’internationalisation de la revue (notamment vers les pays anglophones) et d’amélioration de son niveau de qualité.
De l’amélioration de son niveau de qualité et de transparence témoigne également la publication de la liste des experts pour 2001, publication déjà partiellement diffusée (pour 2000 et l’ancien comité de rédaction) dans le précédent numéro. On notera, au regard de cette liste, une volonté d’internationalisation et d’ouverture avec notamment la présence d’experts belges, canadiens et anglo-saxons. Cette logique devrait permettre d’éviter « l’endogamie » des expertises et les difficultés affectives qui peuvent en résulter au niveau hexagonal. La présence de spécialistes d’Histoire, de Physiologie, de Sociologie ou de Sciences de l’Education apporte également des garanties sur le niveau des expertises.
Enfin, au plan scientifique, il est nécessaire de dire que la revue a reçu, depuis mon élection, 41 articles. Deux ont été rejetés directement car ils ne correspondaient pas aux normes de la revue. 39 articles ont été soumis à expertise et, à ce jour, seulement 13 articles ont été acceptés, après des processus de va et vient et de correction, soit seulement un tiers. Les experts jouent donc tout à fait le jeu de réaliser une revue pluridisciplinaire de haut niveau dans le secteur de l’éclairage scientifique des pratiques physiques et des interventions dans ce domaine (secteur reconnu par l’Institute for Scientific Information de Philadelphie, aujourd’hui, sous le nom de Sport Science and medecine).
Il convient maintenant d’en venir au contenu scientifique du présent numéro. Le choix a été fait, par le comité de rédaction, de présenter un numéro homogène consacré aux Sciences de la Société, en regroupant des articles qui relèvent de la responsabilité de l’ancienne et de la nouvelle équipe. Six articles ont ainsi été colligés qui traitent tous de sociologie, de management ou d’histoire sociale des pratiques d’activités physiques et sportives.
Laurent Rundestadler et Pierre Chifflet se sont intéressés au « Jeu de rôle des moniteurs dans les clubs de tennis » et nous font découvrir, au travers d’une approche interactioniste, comment les moniteurs se comportent de trois manière différentes, un peu caricaturales, selon qu’ils sont au club house, sur les terrains ou dans les allées du club. Ces trois rôles correspondent en fait à des objectifs associatifs, fédéraux et professionnels.
Manuel Schotté fournit une approche socio-historique de « Réussite sportive et idéologie du don. Les déterminants de la domination des coureurs marocains dans l’athlétisme français (1980-2000) ». A partir de trajectoires intégralement reconstituées, considérant leur parcours comme un itinéraire épistémologique permettant de comprendre leur carrière, il est mis en évidence comment des déterminants d’ordre sociaux, économiques, politiques et culturels favorisent la réussite sportive. Ainsi l’aspect, valorisant habituellement des qualités physiques différentielles, très présent de nos jours, dans les discours journalistiques, ne paraît pas totalement déterminant pour comprendre la réussite de ces coureurs. Le don qu’évoque le langage ordinaire est donc largement reconsidéré par cette étude au regard d’un long processus de construction symbolique témoignant d’une genèse sociale.
Yves Travaillot, poursuit ses recherches dans le domaine des pratiques de mise ou de remise en forme, en étudiant « Le monde culturiste face aux gymnastiques aérobiques dans la première moitié des années 80 : les conceptions divergentes des acteurs du système d’offre ». On voit là comment, au travers de l’étude de revues reconnues dans le domaine, des stratégies différentes se dessinent, selon les lieux, dans un tiraillement entre l’adaptation des salles et la volonté de conserver une identité et une logique propre. Des débats éthiques animent les conflits d’acteurs, débats largement liés aux positions dans l’espace des cultures physiques et plus profondément aux habitus, c’est-à-dire au type de capital possédé par les acteurs.
Fethi Tlili, comme Manuel Schotté se tourne vers le Maghreb en nous invitant à réfléchir sur « Statut féminin, modèle corporel et pratique sportive en Tunisie ». A partir d’entretiens réalisés auprès de parents tunisiens et d’entraîneurs sportifs, il montre le hiatus entre les modèles corporels véhiculés par le sport et les schémas traditionnels de socialisation dans les sociétés arabo-musulmanes. La prédominance d’un corps féminin voilé, pudique, passif, immobile ainsi que l’impératif de corpulence handicapent les femmes et n’encouragent pas à la pratique sportive. L’érotisation du corps à l’adolescence, le mariage, la maternité empêchent largement l’accès à l’univers du sport contrairement à ce qui se produit dans les pays occidentaux.
Les deux derniers articles de la revue sont consacrés à l’environnement de la pratique du football. Le premier rédigé en espagnol par Fidel Molina Luque et traduit par Anne Roger, professeur à l’UFRSTAPS de Lyon, pour STAPS (ce qui est une première) est intitulé : « Le profil sociologique des amateurs de football. Adhésion identitaire et fidélisation ». A partir de techniques quantitatives et qualitatives d’investigation, sur l’Union Sportive de Lleida, l’étude permet de voir que l’amateur type de football est un homme de 31 à 50 ans qui vit dans le centre urbain, ayant un niveau d’études secondaire, un ou deux enfants et un a cinq ans d’abonnement. Mais, d’autres caractéristiques plus fines de cette étude font émerger un profil sensiblement différent de celui que l’on aurait pu attendre notamment en France. Il serait trop long de résumer ici, notamment l’étude de l’univers symbolique ou émotionnel des amateurs et d’autres éléments que la lecture permettra de découvrir.
La recherche de Dominique Bodin nous entraîne, en quelque sorte, sur le même terrain, si ce n’est qu’il s’agit ici de la France et « De la déculturation du public comme facteur du hooliganisme. Mythe ou réalité ? ». L’étude est menée de manière comparative entre des supporters de basket-ball, de football, de rugby et de volley-ball représentant au total 1809 spectateurs et 593 membres des « noyaux durs » des clubs de supporters. Elle fait apparaître un résultat totalement paradoxal puisque ce sont les individus possédant la plus grande culture sportive qui ont le plus recours à la violence. Ce ne sont donc pas tant les niveaux de culture sportive que la rivalité intergroupe qui est le déterminant majeur dans l’explication de la violence des supporters. L’étude réalisée sur les bandes à Chicago, par Thrasher, semble pouvoir être transférée aux attitudes des supporters de football, notamment en termes de territorialité et d’antécédents.
On voit donc que c’est un numéro très riche et qui suscitera sans doute un certain nombre de débats parmi les intervenants et chercheurs dans le domaine des activités physiques. Ces débats scientifiques pourraient, si certains le souhaitent, trouver place dans la nouvelle rubrique « réponse à l’éditeur » qui sera, si elle est nourrie, présente dans le numéro 58 à l’initiative des lecteurs.
Suivent, bien sûr, comme à l’habitude une chronique scientifique assez riche et l’actualité de l’édition, particulièrement fournie, toujours réalisée par Michel Lequarré.
Je tiens en dernier lieu à remercier pour leur collaboration : les traducteurs des résumés d’articles en Allemand, Otto Schantz et Eva Trump, en Italien Tiziano Marini et en Espagnol Anne Roger pour leur remarquable efficacité. Il en va de même de mes amis du comité de rédaction Ghislain Carlier, Jean Fournier, Nancy Midol, Thierry Terret et Emmanuel Van Praagh pour leur aide sans faille.
Jacques Gleyse, Castries le 6 Mars 2001.