2002
STAPS
Rapports de recherche
Statut féminin, modèle corporel et pratique sportive en Tunisie
Fethi Tlili
Dans cette approche des problèmes posés par les relations des femmes tunisiennes avec le sport, mais aussi des discordances entre celui-ci et les schémas traditionnels de socialisation dans les sociétés arabo-musulmanes, l’objectif principal est l’étude des réactions sociales face à la pratique sportive féminine en tant que modèle culturel occidental. Le sport constitue un excellent indicateur de la représentation du corps et du statut accordé à la femme dans la logique des sociétés de structure patriarcale du Maghreb. La prédominance univoque de l’idéal d’un corps féminin voilé, pudique, passif, immobile ainsi que l’impératif de la corpulence, handicapent les femmes et n’encouragent pas la pratique sportive. Le début de l’érotisation du corps à l’adolescence, le mariage et la maternité empêchent leur accès dans l’univers du sport. Des entretiens qui abordent les questions de la représentation sociale de la sportive et les caractéristiques du sport féminin en général, ont été réalisés auprès de parents tunisiens et d’entraîneurs sportifs. Nos expériences professionnelles dans le domaine de l’Education physique et du sport ont fortement nourri cette étude et aidé à explorer ses différents thèmes.Mots-clés :
Femme, Corps, Sport, Tunisie.
In this approach to understand the problems that tunisian women come up against in sport and the conflict that exists between this activity and the traditionnal system of socialisation in arab muslim societies, we will focus on social reaction generated by women’s sport practice as a western culturel model. Sport is an excellent indicator of the representation of women’s bodies and their status in patriarcal North Africa societies. Both the predominance of the ideal veiled chaste, passive and motionless woman and their corpulence handicap them and discourage them from practicing sport. The beginning of erotisation of their body in adolescence, marriage and motherhood prevent them from having access to the universe of sport. Interwiews, dealing with the social representation of sporting women and with the characterictics of women’s sports in general, have been carried out with Tunisian parents and sport trainers. Our professionnel experience in the field of Physical Education and sport has given a lot to this study and helped to explore these different issues.Keywords :
Women, Body, Sport, Tunisia.
Das Hauptziel dieser Studie, die das Verhältnis tunesischer Frauen zum Sport, aber auch Gegensätze zwischen diesem und den traditionellen Sozialisationsschemata in den arabisch-muslimischen Gesellschaften behandelt, ist es, die sozialen Reaktionen angesichts des Frauensports als kulturelles westliches Modell zu studieren. Der Sport ist ein exzellenter Indikator für die Repräsentation des Körpers und den Status der Frau in der Logik der patriarchalisch strukturierten Gesellschaften des Maghreb. Die eindeutige Vorherrschaft des Ideals eines verschleierten, schamhaften, passiven und unbeweglichen Frauenkörpers, ebenso wie der Zwang zur Korpulenz behindern die Frauen und fördern nicht das Sporttreiben. Der Beginn der Erotisierung des Körpers in der Jugend, Heirat und Mutterschaft versperren ihnen den Zugang zur Welt des Sports.
Mit tunesischen Eltern und Trainern wurden Gespräche über die soziale Repräsentation der Sportlerin und die Charakteristika des Frauensports im allgemeinen geführt. Unsere beruflichen Erfahrungen im Bereich des Sports haben diese Studie stark bereichert und geholfen die unterschiedlichen Themen zu erkunden.
Schlagwörter :
Frau, Körper, Sport, Tunesien.
In questo approccio dei problemi posti dalle relazioni delle donne tunisine con lo sport, ma anche delle discordanze tra queste ultime e gli schemi tradizionali di socializzazione nelle società arabo-musulmane, l’obiettivo principale è lo studio delle reazioni sociali di fronte alla pratica sportiva femminile in quanto modello culturale occidentale. Lo sport costituisce un eccellente indicatore della rappresentazione del corpo e dello statuto assegnato alla donna nella logica delle società con struttura patriarcale del Maghreb. La predominanza univoca dell’ideale del corpo femminile velato, pudico, passivo, immobile così come l’imperativo della corpulenza, menomano le donne e non incoraggiano la pratica sportiva. L’inizio dell’erotizzazione del corpo nell’adolescenza, il matrimonio e la maternità impediscono il loro accesso nell’universo dello sport. Sono stati realizzati degli incontri, con genitori tunisini ed allenatori sportivi, che affrontano la questione della rappresentazione sociale della sportiva e le caratteristiche dello sport femminile in generale. Le nostre esperienze professionali nell’ambito dell’educazione fisica e dello sport hanno fortemente nutrito questo studio ed aiutato ad esplorare le sue differenti tematiche.Parole chiave :
donna, corpo, sport, Tunisia.
Ese estudio trata de los problemas planteados por las relaciones de las mujeres tunecinas con el deporte, y también de las discordancias entre ello y los esquemas tradicionales de socialización en las sociedades arabo-musulmanas. El objetivo principal es estudiar las reacciones sociales frente a la práctica deportiva femenina como modelo cultural occidental. El deporte es un excelente indicador de la representación del cuerpo y del status que tiene la mujer en la lógica de las sociedades con una estructura patriarcal del Magreb. El predominio unívoco del ideal de un cuerpo femenino con velo, púdico, pasivo, inmóvil así como el imperativo de la corpulencia, desfavorecen las mujeres y no estimulan la práctica deportiva. El comienzo de la erotización del cuerpo en la adolescencia, el matrimonio y el alumbramiento la impiden entrar en el universo deportivo.
Entrevistas que tocan las cuestiones de la representación social de la deportista y las características del deporte femenino en general, han sido realizadas con padres tunecinos y entrenadores deportistas. Nuestras experiencias profesionales en educación física y deporte han alimentado con fuerza ese estudio y ayudado en explorar sus diferentes temas.
Palabras claves :
Mujer, cuerpo, deporte, Túnez.
A travers la pratique sportive féminine et par l’intermédiaire du corps, principal porteur de signes et lieu d’héritage d’une civilisation, il s’agit de cerner la vision de la culture arabo-musulmane concernant la représentation du corps de la femme et le modèle d’organisation du rapport au corps en tant que reflet des relations sociales en général. Le sport nous renseigne sur la place qu’occupe la femme dans la société tunisienne et permet de saisir les caractéristiques de la situation sociale dans laquelle elle vit. En partant du fait que les attitudes et les habitudes façonnées par la société exercent une influence majeure sur la manière dont un individu perçoit son corps, et en constatant au Maghreb, l’existence d’une cohérence au sein des usages sociaux concernant le corps de la femme – généralement empreinte d’une rigueur particulière qui découle de la dichotomie masculin/ féminin traditionnellement favorable à l’homme – nous pouvons aborder certains traits des réactions sociales face à la pénétration de nouvelles normes spécifiquement occidentales par le biais du phénomène sportif. Le sport pose le problème, à la fois de l’influence de la culture occidentale dans ces pays arabo-musulmans, mais aussi du degré de résistance et/ou de transformation des valeurs fondamentales. Il s’agit d’essayer de comprendre les manières dont pourrait être conçue la pratique sportive féminine dans un univers culturel où les manifestations publiques du corps de la femme sont souvent dépréciées. Les questions principales qui se posent sont les suivantes : le sport féminin est-il compatible avec le statut de la femme ? Quels sont les éléments particuliers qui caractérisent la pratique sportive féminine en Tunisie à la fois au niveau du vécu individuel que de la position qu’elle occupe dans la société en général ?
Au centre de cette problématique se trouve le débat autour du statut de la femme et les particularités des rapports entre les sexes. La pratique sportive pose le problème de la difficulté d’accès des femmes dans ce monde traditionnellement réservé aux hommes et révèle la perpétuation de l’idéal de la féminité tel qu’il est régi par la tradition et la religion. L’assignation de valeurs différentes aux modèles corporels féminins et masculins implique aussi l’existence de disparités entre les possibilités d’action et d’expression corporelle. Ces constats nous amènerons, en premier lieu, à montrer la concordance entre les relations au corps de la femme et les deux paramètres fondamentaux des sociétés arabo-musulmanes d’aujourd’hui : la tradition et la modernité. En deuxième lieu, nous examinerons l’image de la femme sportive et les caractéristiques du vécu de sa sportivité dans sa confrontation aux interdits et aux tabous du corps. Dans cette perspective de compréhension principalement des discordances entre le sport féminin et la représentation traditionnelles de la femme, nous avons réalisé des entretiens semi-directifs auprès d’un ensemble de parents et d’entraîneurs tunisiens sportifs dont les discours nous ont montré les raisons des réticences sociales face au sport féminin.
1. La représentation sociale du corps féminin
Dans les sociétés patrilinéaires du Maghreb, l’ordre traditionnel du patriarcat a toujours prédominé (Berque, 1979, 1980, Tillon, 1966), le religieux est venu relayer sous forme d’idéologie consolidatrice des structures et des modes de conduite sociale préexistants
[1]. A travers l’organisation de la famille, le système patriarcal maintient les femmes, par une constante suprématie du père, du frère de l’époux ou du fils, dans des conditions de déconsidération statutaire (Borrmans, 1977 ; El Khayat-Bannai 1985, Bessis, Belhassen, 1992). Dans ces sociétés, la féminité et la masculinité sont deux dimensions radicalement distinctes qui impliquent pour chaque individu des fonctions, des rôles et des modes de socialisation différents. A travers la définition de la féminité, nous pouvons relever certaines valeurs fondamentales des sociétés maghrébines. La principale est celle de la logique de l’honneur qui structure et organise les rapports au sein du groupe. En effet, dans ces sociétés, la femme représente l’aspect le plus vulnérable d’un honneur familial exposé aux agressions extérieures. C’est pourquoi sa « faiblesse » exige la vigilance de tous ses membres masculins. La perpétuation de ce système repose sur la conviction que c’est l’unique ordre social possible qui puisse assurer protection, respectabilité et honneur à la femme. Celle-ci est par conséquent dotée d’une fonction de stabilisation du groupe social et familial (Tillon, 1966).
En Tunisie comme dans tout le Maghreb, la représentation du corps féminin participe à la perpétuation de la solidarité qui lie tout individu au collectif de la communauté à travers un ensemble de valeurs et de stéréotypes. Le modelage du corps, la délimitation de l’éventail de ses différentes manifestations, pratiques et expériences sociales dans leurs traits masculin/féminin, valorisant/dévalorisant, licite/illicite, etc., sont déterminés par la société (Bouhdiba, 1986, Le Breton, 1985, 1991). La conformité aux normes corporelles régit ainsi la corporeïté des deux sexes et normalise les apparences et les usages des corps selon qu’il s’agisse d’un corps d’homme ou d’un corps de femme. Ainsi, les rôles, les habits, les canons esthétiques, les attitudes et les gestes féminins sont fixés par le sens et les valeurs sociales correspondant à la vision traditionnelle de la femme idéale, épouse et mère.
Pour Doise et Palmonari (1986), l’ensemble des représentations d’un groupe quelconque permet de déterminer les représentations du groupe étranger. Il lui permet de ce fait de se donner une identité face à l’altérité, mais aussi de se situer dans une relation antagoniste qui se justifie par les caractéristiques attribuées à ce qui semble être souvent considéré comme adversaire. L’existence d’une représentation spécifique de la femme et de son corps dans la culture arabo-musulmane précède l’interaction culturelle Maghreb/Modernité-Occident. Cependant l’introduction des modèles féminins d’origine occidentale a eu comme conséquence directe la consolidation des représentations traditionnelles. Ce phénomène nous permet de mieux comprendre les spécificités et les fonctions que la société maghrébine attribue à la femme membre du groupe mais aussi à celle qui appartient au groupe étranger. Dans les pays du Maghreb, le « noyau central » (Abric, 1988) des représentations culturelles s’incarne dans les normes traditionnelles et les lois religieuses dont l’influence donne une signification bien précise à la représentation de la femme et de son corps. Cette représentation culturelle, qui a durablement survécu aux changements sociaux, économiques et politiques (Berque, 1979), nous éclaire sur la position que chacun des deux sexes occupe dans le système social, les normes culturelles qui séparent leurs deux mondes et leurs modes d’existence. Ce constat nous impose la mise en relief d’un certain nombre de facteurs sociaux qui prennent part à la définition de la représentation du corps, de son statut et de ses manières d’exister.
1.1. Le masculin et le féminin : corps d’homme, corps de femme
Au Maghreb, l’attachement de la société à la prééminence de principe de l’homme sur la femme, la soumission de celle-ci à l’autorité masculine ne sont pas sans conséquences sur la perception du corps féminin et de sa représentation sociale. Certes, la situation a relativement changé surtout dans les couches sociales les plus favorisées, celles qui ont adopté certaines tendances culturelles occidentales. Néanmoins, la discrimination sexuelle, et par ailleurs corporelle, continue de trouver sa justification dans les vieilles structures sociales du patriarcat. En effet, dans ces sociétés, en dehors des modèles corporels socialement imposés, des différences de comportement et d’attitudes renforcent encore plus les démarcations entre un corps d’homme et un corps de femme, perpétuant les stéréotypes de la division traditionnelle des rôles et des fonctions sociales. La survie de la hiérarchie patriarcale parait dépendre de cette identification des membres de la société aux modèles distincts d’un corps d’homme et d’un corps de femme (Bourdieu, 1999).
La famille est le lieu social où s’opère l’intériorisation de la différenciation des identités sexuelles. L’éducation de la fille maghrébine est imprégnée par des modes de conduite dont la normalisation répressive de la sexualité et l’évitement corporels sont les principes fondamentaux (Bouhdiba, 1986, Labidi, 1998). Dans toutes les situations sociales où le corps se trouve directement désigné, mobilisé ou regardé, il est soumis à une sorte de perception normative réflexe, selon qu’on appartient à l’un ou à l’autre sexe. Pour une femme maghrébine, tenter de se démarquer du modèle dominant en imitant les hommes c’est perdre sa féminité et manquer d’éducation. L’habit est l’un des principaux éléments différenciateurs qui marque cette dichotomie sexuelle des identités et des frontières entre les corps. Quand il s’agit de la femme, il est considéré comme un instrument de pudeur indispensable pour cacher certaines de ses parties, sinon sa totalité. L’adhésion aux représentations sexuelles des corps trouve son reflet dans la dualité actif/passif et par conséquent dans les réactions face au phénomène sportif.
1.2. Corps actif, corps passif
Au Maghreb, la vision qui domine la sexualité féminine est celle de la femme passive, constamment sommée de contrôler ses pulsions sexuelles, de rester vierge et chaste jusqu’au mariage. Son rôle se limite alors à l’attente de la conquête de l’homme sans laisser apparaître ses désirs ni exprimer ses plaisirs (Labidi, 1989). Sur cette base s’établissent les rapports masculin-féminin, et la reconnaissance distinctive des deux statuts respectifs se trouve tributaire de cette dimension. « Ainsi, à la passivité de la hurma, de nature féminine, s’oppose la susceptibilité active du nif (honneur en kabyle), de nature virile. Si la hurma s’identifie au sacré, gauche, c’est-à-dire, essentiellement au féminin, le nif est la vertu virile par excellence » (Bourdieu, 1972, 37).
La femme personnifie la passivité, la docilité, la douceur et la lenteur, des qualités que la culture arabo-musulmane reconnaît à la « nature » féminine. Son corps est marqué par les signes de la pudeur, la retenue, la fragilité et la faiblesse, antithèse des caractéristiques de la liberté d’expression corporelle et de l’agressivité virile attribuées à la « nature » masculine. La conviction de la fragilité biologique de la femme s’accompagne de la certitude que la vitalité est le facteur principal qui caractérise le statut masculin. Le « mâle » monopolise la force, l’énergie, l’habilité, et le corps n’échappe pas à ces valeurs de supériorité accordées aux habilités et aux qualités physiques. La société patriarcale contribue à « la fabrication » d’un corps féminin immobile, docile et soumis, résultat d’un dressage précoce à la discipline et à la pudeur. L’expression populaire « être sage comme une pierre » ne résume-t-elle pas le stéréotype de la femme vertueuse ? Parce qu’elle est la garante de la sauvegarde de l’honneur de la famille, son éducation exige qu’elle soit soumise, discrète et réservée.
La conception sociale selon laquelle la femme est un être faible et vulnérable requiert l’utilisation d’un système capable de protéger son intégrité. Ceci impose la séparation de l’espace social en deux mondes, celui de l’extérieur pour les hommes et celui de l’intérieur pour les femmes. Cette bipartition sexuelle des espaces joue un rôle déterminant sur la place et les fonctions de chacun à l’intérieur de son univers propre. Le monde de la femme est celui du lieu fermé de la maison avec ses espaces obscurs, intimes et secrets. Il s’oppose radicalement au monde du dehors des hommes, celui de la vie publique et des grands espaces clairs et ensoleillés, souvent considéré comme lieu de pratiques immorales (Bourdieu, 1980). Les particularités de la place du corps féminin dans la bipolarité spatiale, dedans/dehors ont des incidences considérables sur la pratique sportive féminine en tant que nouveau mode d’occupation de l’espace public. Cette perception univoque du modèle corporel féminin voilé et immobile handicape les femmes et empêche leur accès dans l’univers du sport. Aux différenciations sexuelles des corps et aux limites prescrites à l’expressivité corporelle viennent s’ajouter, comme nous allons le voir, les pressions des normes de la beauté féminine, constituant de véritables barrières à la pratique sportive.
2. L’idéal corporel féminin et le sport
L’impératif de la beauté plantureuse et du teint « blanc » a toujours régné dans les sociétés arabo-musulmanes et reste jusqu’à nos jours présent dans les esprits et les goûts de chaque individu (Lewis, 1982). La corpulence autant que la blancheur de la peau représentent encore le modèle préférentiel en matière d’esthétique féminine chez les Maghrébins. Cet idéal corporel féminin, solidement lié à la place que la femme occupe dans le groupe, est celui qui se rapporte aux aspects extérieurs, la forme et le teint, eux-mêmes conditionnés par les structures socio-économiques (Perrot 1984). En effet, l’esthétique corporelle s’aligne sur l’ordre économique, la réalité sociale et les divisons des rôles sexuels. Le corps n’est qu’un « produit social qui doit ses propriétés distinctives à ses conditions sociales de production » (Bourdieu, 1977, 52).
En Tunisie comme dans tout le Maghreb, le corps bien en chair a été toujours vénéré par des sociétés longtemps préoccupées par le manque de denrées alimentaires en raison des famines et de l’insuffisance des récoltes, des phénomènes qui ont jalonné l’histoire de la région (Valensi, 1969). Il devient le lieu des réserves graisseuses et un symbole qui incarne la différenciation sociale des catégories les plus aisées
[2]. La femme tunisienne est fière du prestige que lui confère la bonne chair, ce qui lui vaudra l’estime de son groupe et la reconnaissance de son appartenance aux couches sociales les plus favorisées. Cette tendance n’empêche pas certains groupes sociaux, les plus pénétré par les modes occidentales, d’adopter les modèles corporels de la sveltesse, non sans se retrouver en contradiction avec les attributs esthétiques censés indiquer la richesse et les privilèges.
L’opulence, la beauté plantureuse continuent de s’imposer et l’emportent face à l’hégémonie de la minceur de la culture occidentale. Être forte, c’est être belle aussi pouvoir séduire et attirer un futur mari. Il existe une correspondance entre le modèle de la corpulence et la destination sociale, celle de la femme bien portante et saine, des qualités indispensables pour acquérir le statut d’une « vraie femme ». L’esthétique féminine est de toute évidence au service de la reproduction et de la maternité. « Grasse » (smina) et « épaisse » (khchina) sont des signes de la force productive qu’on attend d’une femme au foyer. On continue à croire que les travaux domestiques réclament d’elle des énergies importantes pour pouvoir assurer ce rôle. La répétition des naissances, caractéristique des sociétés maghrébines, ne requiert-elle pas une certaine robustesse de l’organisme reléguant la sveltesse au second plan ?
Le teint blanc marque également la féminité et attire l’homme maghrébin qui y voit une marque de pureté et de chasteté. La blancheur reste dans l’imaginaire maghrébin un symbole d’angélisme, de sainteté et pureté. La femme au teint blanc n’est pas seulement belle et en bonne santé, elle appartient également aux catégories situées en haut de l’échelle sociale. La blancheur sert à dégager une double distinction : sociale, car elle s’oppose au hâle des femmes d’extérieur et sexuelle car elle évoque les lieux et les conditions de vie du modèle préféré de la femme d’intérieur. Au Maghreb, les stéréotypes corporels féminins vont à l’encontre des modèles des sociétés occidentales, ceux qui sont susceptibles de faire sortir les corps de l’ombre du foyer, de le rendre plus actif, plus mince et plus bronzé (Louveau, 1981). Cette contradiction se manifeste d’autant plus que certains tabous du corps empêchent la femme d’afficher sa (ses) forme(s) et éventuellement les signes extérieurs de sa sportivité. Les normes occidentales en matière d’esthétique féminine, la minceur et le teint bronzé, le culte du corps et la pratique sportive sont loin de constituer un avantage pour la reconnaissance du statut social et de l’identité féminine.
3. Sport féminin et valeurs culturelles au Maghreb
Le sport, produit culturel d’invention occidentale (Brohm, 1976 ; Vigarello, 1988) parvient à imposer des modèles jusque là étrangers au champ des expériences sociales et économiques des sociétés de culture berbère et arabo-muslmane (Erraïs, 1975 ; Erraïs et Ben Larbi, 1986 ; Fates, 1994). La place accordée à la pratique sportive féminine est à situer dans l’ensemble des réactions sociales face à cette influence occidentale. Au Maghreb, la pénétration des modèles culturels étrangers est confrontée à la force d’un sentiment d’appartenance à une culture jugée « originelle » qui se manifeste à travers tout un système de vigilance autour des valeurs propres (Mernissi, 1992). Ces nouveaux modèles sont souvent perçus comme une menace pouvant engendrer l’effondrement de ce qui donne sens à l’existence et aux êtres, c’est-à-dire à l’identité culturelle.
Des règles et des normes constituent des obstacles face à l’introduction du sport féminin est perçu comme un produit importé n’ayant pas d’affinité avec l’identité culturelle. Et pour comprendre les réactions face à la pratique sportive féminine, il est indispensable de s’aventurer au-delà des aspects les plus visibles des conditions de vie des femmes. En effet, entre les pays du Maghreb et les pays occidentaux d’aujourd’hui, nous retenons principalement le fait de l’existence de deux visions radicalement différentes et difficilement conciliables concernant la notion d’individu. Alors que dans les pays arabo-musulmane celui-ci est attaché et subordonné à la famille, à la tribu, au clan ou au groupe ethno-religieux (Laroui, 1976), en Occident c’est plutôt la prépondérance de l’être isolé qui s’affirme. Au culte de l’héritage de la civilisation arabo-musulmane, à l’effacement de l’individu et son obéissance aux règles religieuses, l’Occident présente le culte de l’individu (Lipovetsky, 1983 ; Le Goff, 1998), être libre et autonome. Les tendances individualistes de la culture occidentale et plus précisément le culte du corps (Le Breton, 1985, 1991) bouleversent les principes et la représentation traditionnelle du musulman effacé dans la communauté.
Au Maghreb, on constate que, jusqu’à n
os jours, plus la dépendance de la femme au groupe est grande plus son effacement est complet et plus le statut auquel elle est destinée est reconnu. Le sport est un exemple de ces modèles qui troublent la cohérence de l’ordre social traditionnel en introduisant un ensemble de facteurs perturbateurs entre l’individu-femme et la société. Ainsi, avec l’introduction du sport, on assiste aujourd’hui à une sorte d’affrontement entre deux modèles corporels, entre le corps sportif des sociétés occidentales et le corps régi par les règles traditionnelles. La juxtaposition de ce corps « réel » avec le corps de l’étranger, l’association entre une contrainte corporelle traditionnelle et une tendance à se conformer au modèle sportif sont difficile à concilier. Cependant, l’implantation du sport a eu l’approbation des hommes et la pratique masculine est très encouragée puisqu’elle n’affecte pas les valeurs de la masculinité et n’entraîne pas de contradictions avec la logique patriarcale
[3]. A travers la pratique sportive, forme d’indépendance et d’appropriation de son propre corps, c’est l’atteinte au statut la femme en tant qu’individu « anonyme », qui provoque inquiétudes et confusions.
4. Quelques repères sur la situation actuelle de la femme tunisienne
Malgré le développement de l’éducation des filles, le travail salarié des femmes et l’accès à la contraception, les réalités renvoient encore la femme tunisienne au modèle traditionnel du patriarcat. En effet, en dépit de la rupture du lignage, d’un exode rural massif et d’une urbanisation galopante, la fidélité à l’idéologie patrilignagère demeure vivace. « L’autorité de l’homme est du domaine de l’évidence et toute la famille obéit à des règles hiérarchiques inchangées jusqu’à nos jours » (Lacoste-Dujardin, 1986, 95. Marzouki, 1993). L’homme continue à assurer la pérennité de la famille et fonde son organisation, même si les nouvelles conditions d’habitation et de travail, les contraintes économiques et sociales poussent beaucoup femmes hors des foyers traditionnels. Il est indéniable que partout dans en Tunisie, à des degrés variables, les mentalités sont en train de changer grâce aux progrès de la scolarisation féminine et à l’accès des femmes au monde du travail. Cependant, il existe un domaine où les compromis sont très difficiles à assumer. L’idéologie patriarcale, profondément intériorisée par des traditions séculaires, n’a pas abandonné son lieu de prédilection : la femme, son corps.
4.1. La femme tunisienne dans le code du statut personnel
Dans les trois pays du Maghreb, les codes du statut personnel (C.S.P) ou leurs équivalents découlent des mêmes sources (Charrad, 1996. Chaouchi, 1997. Cherif-Chammari, 1996. Mayer, 1996.). Dans leurs élaborations, les législateurs ont expressément voulu faire la distinction entre le système législatif occidental dont ils ont tiré les traits les moins contraignants et les plus compatibles avec la charia. Néanmoins, ils ne sont pas parvenus à établir des lois plus équitables entre l’homme et la femme de peur de heurter les convictions de populations profondément attachées aux traditions. Indéniablement le C.S.P tunisien a rompu, sur plusieurs de ses aspects, avec l’ancienne législation. Il a interdit la polygamie et la répudiation, (Article 18) et a exigé le consentement mutuel des époux dans le cadre d’un contrat de mariage. Seuls les mineurs ont besoin de l’accord d’un tuteur pour une alliance matrimoniale légale, ce qui constitue un privilège par rapport aux autres pays du Maghreb où la présence de ce dernier est indispensable même après la majorité. Toutefois, le code maintient le principe de l’autorité masculine (Article 28), il garde des notions discriminatoires vis-à-vis des femmes en ce qui concerne l’héritage, en plus de l’exclusivité masculine de l’autorité parentale. La loi n’accorde à la femme que la moitié du droit de succession dont peut bénéficier un homme suivant en cela à la lettre les prescriptions religieuses.
En pratique, en dehors des quelques transformations affectant le mode de vie des familles les plus aisées des grandes villes, l’idéologie patrilignagère continue d’imprégner les représentations dominantes. Les femmes vivent des situations contradictoires. D’un coté elles sont appelées par des discours et des lois émanant « d’un féminisme d’Etat » (Bessis, 1999. Ferchiou, 1996. Marzouki, 1993) à prendre part au développement économique et à participer à l’édification d’une société moderne en tant que citoyenne à part entière. D’un autre coté, ce nouveau statut est souvent rejeté par une large part de l’opinion publique. L’Etat continue à promulguer des textes de lois en faveur des droits féminins, mais leurs incidences sur la réalité des rapports homme-femme demeurent incertaines. Son autorité ne peut évidemment s’appliquer au sein d’une famille lorsque la tutelle masculine interdit à une jeune fille de poursuivre sa scolarité ou de pratiquer un sport.
4.2. Analphabétisme et instruction féminine
L’un des indicateurs qui peut nous renseigner sur la situation actuelle des femmes tunisiennes est la scolarisation dont les caractéristiques ne sont pas sans rapport avec la spécificité de la pratique sportive. En Tunisie, l’alphabétisation systématique pour les filles n’est pas toujours assurée, du moins dans les mêmes proportions que pour les garçons. Ainsi, malgré le recul du taux d’analphabétisme féminin, passant de 96.6 % en 1956 à 42,3 % en 1994 (31,3 % en milieu urbain et 60,1 % en milieu rural), l’écart entre les effectifs des femmes et des hommes analphabètes est toujours très important puisque le taux masculin est de 21,2 % uniquement (14,5 % et 32,3 % respectivement en milieu urbain et rural) (I.N.S, 1996). Les raisons de ces inégalités sont sans doute inhérentes à la volonté des familles d’empêcher, du moins d’arrêter, la scolarisation des jeunes filles à un âge précoce. La priorité est souvent accordée au garçon pour qu’il puisse accéder au plus haut diplôme et occuper le poste susceptible de lui permettre d’assumer son rôle futur de tutelle. En 1994, la comparaison quantitative de la scolarisation féminine nous montre des disparités entre les sexes. Ainsi, parmi l’ensemble de la population scolarisée, les proportions de filles sont toujours inférieures à celles des garçons : elles représentent 47,1 % des effectifs dans l’enseignement primaire, 48,8 % dans l’enseignement secondaire et 43,7 % dans le supérieur.
4.3. Le travail féminin
En Tunisie, le travail féminin garde un caractère exceptionnel, la règle principale reste inchangée : les fonctions d’une femme se limitent avant tout aux charges domestiques. En 1994, le taux d’activité féminine n’est que de 22,9 % avec une disparité sensible entre le milieu urbain (24,9 %) et le milieu rural (19,5 %) (I.N.S, 1996). A niveau d’instruction égal, le taux de chômage des femmes dépasse souvent celui des hommes. Parmi l’ensemble des actifs, 21,40 % des femmes sans travail sont de niveau primaire, 14 % de niveau secondaire et à 5,10 % de niveau supérieur (respectivement 17,6 %, 12,80 % et 3,30 % quand il s’agit des hommes).
De plus les Tunisiennes sont plus rares que les hommes dans les secteurs de travail qui requièrent un niveau d’instruction élevé comme les fonctions à responsabilité administrative, financière ou de décision. Dans la catégorie des cadres supérieurs, elles ne représentent que 11,5 % des effectifs. Parmi les fonctionnaires, on note qu’elles sont seulement 29,22 % à exercer en tant que cadre, 40,8 % en tant qu’agent de maîtrise et 45,79 % en tant qu’agent d’exécution. Dans le domaine du privé, la proportion des femmes chef d’entreprise n’est que de 7,3 %. Sur l’ensemble de la population féminine active occupée, la proportion des femmes patron n’est que de 7,3 % et de 15,4 % pour les indépendants. En revanche, elles sont plus souvent salariées (22,26 %), apprenties (20,9 %) ou aides familiales (38,5 %). La situation n’est pas plus enviable dans le domaine politique. En 1994, elles ne représentent que 6,7 % des députés et 16,50 % des conseillers municipaux.
L’analyse de la situation de l’emploi salarié des femmes par âge nous permet de comprendre l’incidence des principaux événements qui jalonnent leur vie, notamment le mariage et la maternité, sur le travail salarié. Les statistiques nous révèlent que sur l’ensemble des femmes actives, l’âge d’une grande partie des travailleuses se situe entre 20 et 24 ans (34,5 %), période pendant laquelle la jeune fille se tient traditionnellement prête à d’éventuelles demandes en mariage. Par la suite, les naissances constituent le facteur principal de l’arrêt des activités professionnelles des femmes. On remarque une baisse importante de l’intensité de l’activité pendant la période 35-39 ans (22,4 %), qui s’accentue à 45-49 ans (17,6 %), jusqu’à l’âge de 60 ans (7,3 %) (I.N.S, 1996).
[4]
Les nécessités économiques sont les véritables raisons qui poussent vers le marché du travail : les jeunes filles, par besoins de consommation et d’intégration sociale, et les femmes afin de pallier aux insuffisances des revenus de l’époux, en cas de veuvage ou de divorce (Darghouth Medimigh, 1992, Mahfoudh, 1980, 1990, 1994, 1997. Triki, 1997, Ferchiou, 1996, Zouari-bouattour, 1996). Les femmes travailleuses, celles qui ont « contourné la règle », sont confrontées à des situations encore plus difficiles puisqu’elles sont toujours responsables des travaux domestiques. Comment alors peut-on concevoir une pratique sportive féminine tout en sachant que les conditions de la vie conjugale, la maternité, les travaux ménagers réduisent le temps pouvant être consacré aux activités de loisir en général ? Ainsi, L’idéologie patriarcale a des conséquences logiques perceptibles sur le degré d’implication des femmes tunisiennes dans le sport et leur appropriation des disciplines sportives. Faut-il s’étonner de la rareté des femmes et des filles dans les territoires sportifs lorsqu’on sait qu’elles sont très souvent tenues à l’écart de la vie publique et des domaines traditionnellement consacrés aux hommes ?
5. Les difficultés de la sportivité féminine
Outre l’idée largement répandue que les femmes sont physiquement plus fragiles, un large registre de contraintes entoure le corps de la femme et constitue une entrave à la participation au sport. La sportive se trouve confrontée à la fois à son statut social traditionnel et à des situations inhabituelles inhérents aux activités sportives. Le résultat est généralement un ensemble de contradictions qu’une société ne peut tolérer sans que cela débouche sur des conflits individuels et familiaux : être musclée et gracieuse, faire du sport sans se dénuder, avoir la peau claire et être exposée au soleil, être propre et dégager la sueur de l’effort, posséder un fort mental et être obéissante, être active et au foyer, etc. La sportivité requiert d’assumer des types des rôle et de modèle qui se situent à des doubles polarités fondamentalement contradictoires.
5.1. L’accès des femmes au sport
Il existe un rapport entre la spécificité des fonctions, des attributs, des normes et des pratiques féminines et le degré d’investissement des Tunisiennes dans les activités sportives. La différenciation sociale et sexuelle des rôles, la socialisation contraignante que subit le corps de la jeune fille au sein de la famille et le rapport que celle-ci entretient avec son propre corps ainsi que les normes féminines en matière d’esthétique corporelle, sont des facteurs qui influencent la participation au sport. Le faible poids numérique des femmes dans les statistiques des fédérations sportives est révélateur des obstacles culturels qui empêchent leur entrée dans le monde du sport et notamment de la place dominante occupée par les valeurs masculines (Tableau 1).
Tableau 1
Effectif et répartition des licenciés par catégorie en 1994/95
Ecole Benjamin Minime Cadet Juniors Séniors Total
Féminin 1046 1097 2916 2873 970 914 9816
% 9,56 % 4,53 % 29,70 % 29,26 % 9,88 % 9,31 % 100 %
Masculin 5854 2774 14285 13979 11071 13228 61191
% 10,65 % 11,17 % 23,34 % 22,84 % 18,09 % 21,61 % 100 %
A l’observation des statistiques fédérales des licenciés de la saison 1994/95
[5], nous constatons que l’accession des femmes aux disciplines sportives est très faible. Pour toutes activités sportives institutionnalisées confondues, les Tunisiennes sont beaucoup moins nombreuses à pratiquer (9816 licenciées) que les hommes (61191 licenciés). Il apparaît clairement que le sport est une affaire d’hommes : sur l’ensemble des fédérations sportives on compte 13,82 % de femmes licenciées alors que les hommes représente 86,17 % des effectifs. Les mêmes règles du patriarcat que les femmes ont intériorisé le long de leur vie, a comme conséquence une auto-exclusion du monde sportif. Les principaux événements qui jalonnent leur existence marque aussi le degré d’investissement dans les disciplines sportives.
5.2. L’image de la femme sportive
Dans une société où, contrairement aux femmes, les hommes sont encore mieux éduqués et formés et par conséquent occupent les emplois les plus valorisés socialement, lorsque la maternité se trouve la principale vocation de la femme (Bessis et Belhassen, 1992 ; Darghouth-Medimegh, 1992 ; Chater, 1992), la pratique sportive féminine ne peut échapper à l’idéologie discriminatoire entre les sexes. A travers le discours des Tunisiens interrogés à ce sujet, se dégage l’idée principale que la sportive court le risque de remettre en cause sa féminité, elle devient « ni femme ni homme » et trouble de la sorte l’ordre des stéréotypes sexuels et la bipolarité des statuts. Le témoignage de Abichou R, une mère de famille de 7 enfants, nous montre comment l’entrée des femmes dans l’univers sportif prend la signification d’un refus du modèle de la femme épouse et mère : « Dans le fond de ma conscience je ne lui permettrais pas, je suis contre. Quand je vois une fille faire du sport, je demande à Dieu de nous préserver du démon, d’ailleurs il en est de même quand je vois un homme faire du sport en short. La fille ne doit pas faire de sport, son sport c’est de s’occuper de son foyer, c’est ça le sport, elle n’est pas comme l’homme, lui il ne se baisse pas pour nettoyer le parterre, il ne repasse pas, tout ça il n’y a que la femme qui peut le faire. Le sport n’est pas indispensable. Mes filles font du sport à l’école mais moi, je ne suis pas d’accord, ce sont les exigences de l’école, je ne permets pas de faire du sport à cause du vêtement trop découvert ». Cette inquiétude devant la pratique sportive féminine est traduite par Myriam C, une mère d’un enfant : « Franchement, je ne permettrais pas à ma fille de faire du sport parce que dans notre famille le sport est une mauvaise chose et il est indécent pour une femme d’être sportive, c’est pour cette raison que moi aussi je dois être comme eux ». La difficulté de pratiquer trouve également sa justification dans la négation du caractère ludique du sport et de sa dimension d’activité de loisir, car reconnaître ces aspects induisent la légitimation de pouvoir disposer librement de son corps, d’être à l’écoute de ses sensations et de ses désirs dans une société où l’expression publique des plaisirs féminins est du domaine des tabous.
Par ailleurs, le sport féminin introduit de nouvelles habitudes telle que les déplacements sur les lieux de pratique exigeant de s’éloigner de la demeure jusqu’à des heures relativement tardives. Cette autonomie est considérée comme signe d’une mauvaise conduite pouvant nuire à la réputation de la jeune fille et sa famille. Une idée reste admise chez beaucoup de Tunisiens, l’accès des femmes au sport équivaut à une porte ouverte à tous les risques de braver les interdits. Le sport est perçu comme l’occasion d’échapper au contrôle familial et le prétexte pour détourner l’interdiction de pénétrer dans certains lieux publics. Majid. A, un homme marié sans enfant, nous dit : « Une femme qui veut faire du sport a une autre idée derrière la tête, elle cherche à sortir de chez elle pour rencontrer des gens et avoir des liaisons, elle va avoir un copain, c’est l’occasion pour elle de vivre une autre ambiance en dehors du milieu familial. L’idée première n’est pas le sport mais une sortie qui lui permet de faire des mauvaises choses et ça je n’aime pas. Moi, je ne laisserais jamais ma fille faire du sport, je n’ai pas une bonne opinion sur le sport ». Le but des sorties pour les rencontres sportives en déplacement n’est pas seulement le sport, il y a beaucoup d’idées pourries derrière ça. Elle apprend beaucoup de mauvaises choses, les fréquentations de ce milieu ne sont pas saines, on lui « pollue » ses idées.
Même si c’est plutôt l’argument moral qui prévaut pour refuser le sport féminin, se profile à travers les discours la croyance que la femme est un être fragile, le sport est nuirait à sa santé et altérerait ses formes corporelles. A ce propos Saïda. L, une mère de 3 enfants, nous dit : « Je ne veux pas qu’elle soit trop maigre, et je ne veux pas non plus qu’elle soit grosse, et puis si en faisant du sport elle maigrit tellement qu’on ne peut plus trouver de remède, à quoi bon en faire alors ?… « Si elle les suit et entre dans leurs sports (les Occidentaux), elle les suivra aussi dans d’autres domaines, elle fera tout ce qu’ils feront que ce soit en bien ou en mal, elle les suivra dans leurs débauches comme elle les suit dans le sport. » Alaya T, une autre mère de 4 enfants, exprime la même appréhension : « En Tunisie, une femme qui fait du sport est une mauvaise chose, on considère que le sport est fait pour les hommes. Une femme qui fait du sport n’est pas une vraie femme… C’est une fille, à quoi ça peut servir, elle va devenir grande et maigre, elle “n’aura plus de corps” ».
5.3. Du voile au short
Selon les règles traditionnelles, le vêtement doit répondre aux codes de la pudeur et aux lois religieuses qui recommandent de dissimuler le corps et toutes les parties qui peuvent réveiller les désirs masculins : c’est du devoir de la femme vertueuse et respectable d’éviter que l’homme ne porte un regard impudique sur son corps. Ces prescriptions de voilement, sont opérantes quand il s’agit de pratiquer une activité physique et sportive nécessitant des tenues vestimentaires particulières. La nudité, la promiscuité des corps et la mixité suscitent l’hostilité de certains parents. Les tenues sportives adoptées généralement pour la pratique sont perçues comme incompatibles avec la morale, ce qui explique leurs réticences. Voici ce qu’ils nous disent :
Aghrebi. S, une mère de 6 enfants : « Le short c’est non, ce n’est pas bien, c’est le seul problème dans le sport, c’est indécent. La tenue doit être respectable, si c’est un short long et qu’elle est “mastoura” (couverte) je suis d’accord, mais quand il est très haut ce n’est pas normal… »
Achour. M, un père de 2 enfants : « Moi, je suis “le développement” mais le maillot de bain ce n’est pas raisonnable, ici chez nous ce n’est pas raisonnable. Découvrir son corps ce n’est pas bien, premièrement ça attire le regard et chez nous le regard est défendu et deuxièmement parfois ça va dans le sens des vices, dans un sens qui n’est pas normal, qui est “tordu”, pourquoi ? Parce que c’est une sportive… »
Bouraoui. A, un père de 4 enfants : « Si la fille fait du sport en étant habillée, pas découverte et sans la présence des hommes, là je suis d’accord, sinon ce n’est pas la peine. Il faut qu’elle soit en survêtement ; mais maintenant les filles font du sport en caleçon ou en slip et ce n’est pas raisonnable que toute leur “aoura” soit découverte… » « Ce n’est pas convenable à cause de la nudité, quand je les vois dehors dans des endroits où elles font du sport, le corps découvert, c’est scandaleux, ce n’est pas raisonnable. La fille doit être “mastoura” ni plus ni moins, on ne doit pas pouvoir voir sa chair sauf peut-être ses pieds. Parfois elles font du sport en caleçon ou en slip, la poitrine découverte, ce n’est pas raisonnable, c’est indécent, ni Dieu ni ses êtres n’aiment ça… »
Les caractéristiques culturelles de corps voilé et occulté influent sur tout l’ensemble des pratiques, des attitudes et des gestes féminins et apparaissent plus particulièrement à travers le comportement des jeunes filles qui s’adonnent au sport. En effet, l’intériorisation des contraintes à cacher son anatomie se manifeste chez les pratiquantes par des gestes « réflexes » de surveillance du moindre dévoilement du corps. L’inconfort d’une nudité inhabituelle d’un corps jusque là soigneusement caché n’encourage pas la pratique. Ben Miled. A, un entraîneur sportif, nous décrit ce malaise. « C’est un problème social, la fille n’a pas l’habitude de faire du sport. Le fait de se déshabiller et de se mette en survêtement la rend déjà crispée. On remarque cela par exemple lorsqu’elle court, elle est tout le temps en train de tirer son maillot vers le bas en pensant se couvrir, il n’y a aucune spontanéité dans ses gestes. Elle s’habille d’une manière qu’elle devient une sorte de “clown”, elle met tellement de vêtements, qu’on voit bien que cette fille n’est pas à l’aise, c’est l’une des causes du problème du sport féminin. »
5.4. Du foyer au spectacle sportif
Les activités sportives induisent un rapport différent entre le dedans et le dehors et présentent des situations de chevauchement entre l’espace public et l’espace privé. “Le dehors” dans lequel se pratique le sport est, pour beaucoup, synonyme de dépravation et de vulnérabilité pour une jeune fille qui risque de laisser son corps se découvrir en public. S’exposer en public renvoie à l’image négative de la femme immorale. Le discours de Mejid. A est significatif : « En Tunisie, les filles attendent les séances de sport pour se déchaîner, elles crient, rigolent, et découvrent leurs corps, elles ne considèrent pas le sport tel qu’il est… ». « En Tunisie, le milieu n’est pas celui où on peut faire du sport, c’est un milieu où on cherche à profiter “des occasions”, même les passants quand ils voient qu’il y a des filles qui font du sport se collent aux barrières pour regarder, seulement parce que ce sont des filles, pour les regarder, voir leurs cuisses, leurs seins, quand elles tombent, pour les “mater”… »
Les aspects spectaculaires et médiatiques du sport se heurtent aux résistances des parents. Ils sont souvent réticents face à la réduction des limites de la couverture du corps. Abichou. R, exprime son hostilité face à cet aspect de la pratique sportive féminine : « Quand je vois qu’elles font de la natation de cette manière, que Dieu nous préserve, ça me dérange, leur corps nu devant les gens c’est ça qui me dérange, je ne dirais pas que ce sont des filles de mauvaises mœurs, elles pourraient même se conduire mieux qu’une fille voilée, mais l’essentiel pour moi c’est qu’elles ne se montrent pas nues à la télé ou ailleurs. Quand on la montre à la télé c’est comme si elle faisait cela en présence des garçons, du moment qu’on la regarde, son corps découvert, il n’y a pas de différence. Notre religion ne nous permet pas tout cela. Celle qui veut faire du sport, qu’elle ferme ses portes et qu’elle le fasse chez elle. Mais faire du sport pour montrer son corps pour soi-disant être vue et applaudie, tout cela est du ressort du démon, que Dieu nous préserve, il leur hante l’esprit et les pousse vers ces choses là… »
La volonté de protéger l’intégrité de la femme trouve sa permanence dans l’éloignement des lieux de pratique de la présence masculine. Une gestion séparatrice de l’espace par l’utilisation des remparts symboliques ou matériels est souvent observée dans la plupart des clubs sportifs. De leur coté, les parents souhaitent souvent que la pratique se déroule dans des lieux clos et difficilement accessibles aux regards des hommes. Selon Achour M, pour pratiquer « il faut que ce soit dans une salle couverte et que les spectateurs soient des gens “propres”. Imaginez on fait venir une équipe de Radès, Hammam-Lif ou Sousse pour les faire jouer contre La Goulette, dans le stade de la région, vous verrez ce qui arriverait, des mots vulgaires, les uns lui disant vas-y cours bien, les autres lui parlent de sa poitrine ou de ses grosses jambes, ça on le connaît. Moi je préfère que le jeu se fasse dans une salle couverte et que les gens ne regardent pas ».
5.5. Adolescence, mariage, maternité et pratique sportive
Dès la fin de la période de l’enfance et à partir du moment où le corps de la jeune fille pubère donne les signes d’une femme, un ensemble d’interdits entoure tous ses gestes et attitudes. Pendant cette étape et à cause des tabous sexuels qui ont jalonné la socialisation de son enfance, la jeune fille se retrouve handicapée et honteuse de son état de corps « érogène ». La couverture de son corps, la discrétion insistante dont elle doit faire preuve au niveau de ses mouvements et postures corporelles sont de véritables obstacles à l’accès à la pratique sportive. Elle rencontre de réelles difficultés quand il s’agit de découvrir certaines parties de son corps, de surmonter la pudeur, dans un univers où le corps trouve brusquement l’une des rares et inhabituelles occasions de libre expression. « A partir de 15 ans, la fille ne peut plus faire de sport, elle grandit et beaucoup de choses l’empêchent de continuer, avant cet âge elle est toujours considérée petite et même si elle se découvre ce n’est pas grave. Il y a des filles qui, à 16 ans, se marient et commencent à avoir des enfants », nous dit Bouraoui. A.
Pendant la période de l’enfance jusqu’à l’adolescence le sport est considéré par beaucoup de Tunisiens comme une distraction futile qui n’a pas de raison de se prolonger ni d’être un obstacle devant une affaire aussi sérieuse que le mariage. Pour une femme continuer à faire du sport au-delà d’un certain âge et surtout suite à une naissance, c’est faire preuve d’esprit puéril, de légèreté de conduite et d’irresponsabilité face à ces conditions d’épouse et de mère. Achour M. Affirme que « si une fille se marie, il n’y a plus de sport, elle s’occupe de sa maison et de ses enfant, peut-être qu’avant il est nécessaire de faire du sport, mais une fois mariée c’est uniquement son mari qui peut découvrir son corps. » Le sport je pense que c’est une très bonne chose pour la fille mais tant qu’elle n’est pas mariée ; une fois mariée, elle n’a qu’à s’occuper de sa maison et de ses enfants, et même si elle est professeur, qu’elle travaille dans la santé, la poste ou dans n’importe quel autre domaine elle n’aura plus le temps pour le sport… »
Des entraîneurs sportifs relatent le phénomène de l’abandon de la pratique à l’avènement d’une maternité. Osmani A, nous rapporte qu’« à partir de 19-20 ans quand la fille se “procure” un homme, c’est l’arrêt brusque. Il y a beaucoup d’hommes qui te disent que ça ne convient plus qu’elles continuent à faire du sport ; et surtout quand elles commencent à avoir des enfants. Tant que la fille n’a pas “mis un homme dans sa tête” elle continue à pratiquer le sport, surtout si elle ne trouve pas de difficultés du côté de sa famille… » Trabelsi. M, un autre entraîneur, précise que « juste après le mariage et surtout quand elles ont un gosse, des problèmes se posent, elles viennent de moins en moins, pourtant elles sont toujours jeunes, 22-23 ans ; c’est l’âge où la fille commence à donner beaucoup de bons résultats, certaines continuent mais elles sont très peu nombreuses ». Les connotations fortement masculines des activités physiques et sportives ne l’encouragent évidemment pas à s’investir dans des modes d’action physique et des espaces se situant diamétralement à l’opposé des conditionnements sexuels et corporels.
A la vue des statistiques des affiliés aux activités sportives fédérées (tableau 1), on constate, en 1994, que les jeunes filles tunisiennes abandonnent la pratique au cours de l’adolescence. Ainsi, alors que pour toutes activités sportives licenciées confondues les effectifs des garçons restent constants de la catégorie des cadets (22,84 % des licenciés) à celle des seniors (21,61 %), la baisse est vertigineuse quand il s’agit du sexe féminin. La proportion des femmes sportives passe de 29,26 chez les cadettes à 9,31 chez les seniors et l’on peut affirmer que les sportives tunisiennes sont en majorité des minimes ou des cadettes (à raison d’une licenciée sur trois) âgées le plus souvent entre 10 et 16 ans. La demande en matière de discipline sportive connaît cette chute brutale à l’approche de l’événement du mariage, suivi de maternités souvent multiples et rapprochées. La constitution de l’identification aux modèles traditionnels de la femme épouse-mère associée aux pressions de l’entourage familial (le père, le frère et par la suite le mari) marquent indéniablement l’investissement sportif féminin et explique en grande partie les raisons de l’abandon de la pratique. L’insuffisance de temps libre pouvant être consacré à la pratique sportive est sans doute un autre facteur justificatif qui peut expliquer le faible accès des femmes tunisiennes au sport. Le sport paraît, à l’instar de l’univers des études ou du travail salarié, comme le produit des conditions sociales, culturelles, idéologiques et politiques des femmes tunisiennes.
Du voile au short, du foyer à l’espace de la pratique sportive, de la pudeur du corps à la libre expression corporelle, de l’idéal de la corpulence à celui de la sveltesse, la femme et son corps se retrouvent au centre de cette confusion. Le sport féminin pose des questions nouvelles aux sociétés musulmanes du Maghreb dont les réponses sont tributaires de la capacité de changement des valeurs traditionnelles. C’est à ce niveau que doit se positionner l’effort de réflexion afin de faire sauter les tabous ancestraux, mais également, dépasser l’idée selon laquelle l’émancipation de la femme des formes traditionnelles de domination implique forcément du désordre social.
Il n’est plus besoin aujourd’hui d’insister sur les qualités humaines que favorisent les pratiques sportives, un des domaines de la reconnaissance de l’égalité entre la femme et l’homme où peuvent s’opérer l’intériorisation de normes et de rapports sociaux allant dans le sens d’une meilleure considération de la femme. L’approbation de la sportivité par les femmes passe par l’acceptation d’une participation humaine plus générale favorisant l’affirmation d’une identité et d’une condition propre à chacun des deux sexes. En plus de l’instruction, la sportivité est l’autre domaine à conquérir par la femme afin de s’affirmer comme un être à part entière. La pratique sportive est certainement tributaire de l’accès au travail, de l’amélioration du niveau de vie de la famille et par conséquent d’un changement positif du statut de la femme. Il est important de souligner que c’est justement la différenciation sexuelle intervenant dans le processus de socialisation des jeunes filles qui est le principal déterminant de leurs futures participations sportive et sociale en général.
La seule alternative valable réside dans la transformation permanente englobant tous les domaines de l’économie, de la politique, de la culture et de la sexualité. La promotion de la pratique sportive féminine est tributaire de la volonté de l’Etat de faciliter l’accès au sport par la multiplication des infrastructures sportives et de la mise en œuvre de moyens humains, techniques et structurels pour décharger les femmes des contraintes familiales et domestiques. Le développement de la pratique sportive féminine doit s’accompagner d’un ensemble de mesures destinées à rompre les résistances culturelles et à valoriser l’image de la femme sportive à travers à la fois les formations éducatives et la sensibilisation des populations. La pratique sportive doit être définie dans un cadre général d’un projet de société qui englobe toutes les formes d’expression collectives et organisées des femmes.
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[1]
L’Islam s’est greffé sur les vieilles structures sociales du modèle tribal et patriarcal (Laroui, 1976). Celles-ci sont conservées jusqu’à n
os jours en dépit des réformes juridiques édictées par les différents codes du statut personnel et de la famille (Chaouchi, 1997, Chérif Chamari, 1997, Charrad, 1996, Mayer, 1996).
[2]
Une panoplie de techniques d’embellissement, de gavage et de « blanchissement » de la peau, pratiquées par les femmes maghrébines, fait encore vivre le culte de l’opulence et la promotion de la femme au teint clair, en particulier lors des rituels de préparatifs qui précédent les cérémonies de mariage.
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Contrairement à la femme, l’homme a pu trouver, à travers les dimensions individualistes du sport, un lieu de compensation de la valeur suprême d’une supériorité ébranlée par les changements affectant les anciennes structures patrilignagères. La pratique sportive est en l’occurrence le domaine où les normes masculines (la compétition, la combativité, la puissance physique, etc.) ont trouvé le terrain propice de l’expression et de l’affirmation de la virilité.
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En 1994, une grande majorité des femmes travaille dans les secteurs de l’agriculture, de la forêt et de la pêche (55,58 %). 32,72 d’entre elles sont des salariées dans la branche des industries, essentiellement des industries du textile et du cuir rassemblant des métiers manuels de sous-traitance au service de productions destinées à l’exportation. Les Tunisiennes constituent une main d’œuvre bon marché, elles occupent des emplois précaires qui ne demandent pas beaucoup de qualification.
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Ces statistiques ne concernent que les tendances générales des choix des disciplines sportives fédérées. Il est difficile de cerner d’une façon exhaustive la place qu’occupe la femme tunisienne dans le champ des activités physiques en général. Ne sont pas prises en compte toutes les autres activités pratiquées en dehors du cadre institutionnel comme certaines pratiques occasionnelles, et surtout les nouvelles dimensions que prennent les pratiques corporelles dans les « salles de gym » essentiellement chez les femmes appartenant aux catégories sociales les plus aisées.