Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
120 pages

p. 69 à 84
doi: 10.3917/sta.057.0069

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Rapports de recherche

no 57 2002/1

2002 STAPS Rapports de recherche

Le profil sociologique des amateurs de football Adhésions identitaires et fidélisation

Fidel Molina Luque (Université de Lleida-Espagne) [1]
L’article suivant a comme objectif d’apporter deux éléments fondamentaux : d’un côté présenter quelques unes des conclusions les plus globales et généralisables de l’étude réalisée sur le profil sociologique de l’amateur de football d’un club du championnat professionnel espagnol [2], et de l’autre, offrir un positionnement méthodologique complémentaire sous la forme d’un ensemble intégré de techniques quantitatives et de techniques qualitatives qui nous permettent de mener à bien une analyse sociologique plus complète.
Entre la participation sociale et l’organisation sportive, se dessine un profil sociologique qui doit nous apporter une information riche pour améliorer la gestion des clubs de football et pour connaître mieux leurs supporters. Mots-clés : football, passion, identité, participation, gestion, sociologie, méthodologie.
The present article contributes two fundamental elements : on one hand, presenting global conclusions about the sociological profile of the football fans of a club of the Spanish professional league. And the other hand, to offer a complementary methodological between quantitative methodology and qualitative methodology. That allows us to carry out a more complete sociological analysis.
Between the social participation and the sport organization, a sociological profile is drawn that should contribute us a rich information to improve the administration in the football clubs and to know its fans better. Keywords : sociology, leisure and sport, football fans, identity, participation, management, methodology.
Der folgende Artikel hat zwei grundlegende Ziele: einerseits soll er die allgemeinsten und repräsentativsten Schlussfolgerungen der Studie zum Sozialprofil der Fußballanhänger eines Vereins der spanischen Profiliga präsentieren, andererseits soll er eine ergänzende methodologische Position aufzeigen, bei der durch Integration von quantitativen und qualitativen Techniken eine umfassendere soziologische Analyse möglich wird.
Für den Bereich der sozialen Teilnahme und der Sportorganisation zeichnet sich ein soziales Profil ab, das uns reichhaltige Informationen bieten soll, die Verwaltung eines Fußballvereins zu verbessern und seine Anhänger besser kennen zu lernen. Schlagwörter : Fußball, Leidenschaft, Identität, Teilnahme, Verwaltung, Soziologie, Methodologie.
Il seguente articolo ha l’obiettivo di apportare due elementi fondamentali: da un lato presentare alcune delle conclusioni più globali e generalizzabili dello studio realizzato sul profilo psicologico dell’amatore di un club del campionato di football spagnolo2 e, dall’altro, offrire un posizionamento metodologico complementare sotto forma di un insieme integrato di tecniche quantitative e qualitative che ci permettono di realizzare un’analisi sociologica più completa.
Tra la partecipazione sociale e l’organizzazione sportiva si disegna un profilo sociologico che ci deve apportare una ricca informazione per migliorare la gestione dei club di football e per conoscere meglio i loro supporter. Parole chiave : football, passione, identità, partecipazione, gestione, sociologia, metodologia.
El presente artículo pretende aportar dos elementos fundamentales: por un lado presentar algunas de las conclusiones más globales y generalizables del estudio realizado sobre el perfil sociológico del aficionado de fútbol de un club de la liga profesional española [3], y por otro, ofrecer un planteamiento metodológico complementario como conjunto integrado de técnicas cuantitativas y técnicas cualitativas que nos permitan llevar a cabo un análisis sociológico más completo.
Entre la participación social y la organización deportiva, se dibuja un perfil sociológico que nos debe aportar una información rica para mejorar la gestión en los clubes de fútbol y para conocer mejor a sus aficionados. Palabras claves : fútbol, afición, identidad, participación, gestión, sociología, metodología.
 
1. Introduction
 
 
L’intérêt de notre recherche réside dans la réflexion sur le profil sociologique des supporters de football. Dans cette direction, nous essayons de détecter, découvrir et analyser leurs pratiques spatiales et de consommation, leur univers symbolique et émotionnel, et leur fidélisation au club et à ce que celui-ci peut représenter par rapport à une identité communautaire.
Nous avons abordé notre objet d’étude à travers la complémentarité méthodologique de diverses techniques de recherche quantitatives et qualitatives. L’enquête a été essentiellement l’élément méthodologique central autour duquel s’est construite notre recherche. Cependant, les techniques qualitatives employées (groupes de discussion, groupes triangulaires et entrevues) nous ont permis d’élaborer les items de l’enquête proprement dite et son esquisse, de même que le cadre général de la réflexion, et de nuancer a posteriori à partir des résultats obtenus par l’enquête.
En ce sens là, nous avons pu élaborer un profil descriptif des supporters de football en général, en incluant une petite différenciation plus affinée par rapport à leur relation plus ou moins directe avec le club, en fonction qu’ils soient ou non abonnés. Cela nous a permis de présenter un cadre où nous développons ces aspects les plus marquants de notre réflexion. Ainsi nous présentons les pratiques spatiales et de consommation, en fonction de l’adhésion que les supporters montrent envers leur club, qui se voient consolidées par des éléments géographiques, économiques et politico-sociaux favorisés par le club lui-même et/ou par la municipalité et le positionnement des supporters eux-mêmes. Ceux-ci sont également soumis à un univers symbolique et émotionnel qui les concerne en tant que supporters de football et en tant que membres d’une communauté sociale et culturelle. La construction complexe de l’identité (personnelle et collective) a aussi quelque chose à voir avec le loisir et le sport, et avec l’adhésion identitaire à un club qui finit par représenter leur propre citoyenneté. C’est pour cela que se mêlent, dans la fidélisation au club, des motivations non seulement sportives mais aussi sociales et culturelles. C’est ce que nous essayons de présenter tout au long de notre étude, mais que nous concrétisons dans le dernier chapitre et dans les conclusions qui suivent, sous la forme d’un résumé de ce qui a précédé et d’une possibilité d’ouvrir des perspectives pour de nouvelles recherches.
 
2. Approches théoriques
 
 
Un élément théorique fondamental pour notre étude a été les propositions de Heinemann en ce qui concerne les types d’émotions présentes dans un club comme partie prenante de sa culture. A partir de ce cadre, nous sommes appuyés, dans notre étude, sur trois types d’émotions : adhésion émotionnelle, émotions en groupe et climat émotionnel dans les organisations. Par rapport à l’adhésion émotionnelle, il distingue l’adhésion à l’organisation, qui met en avant les liens émotionnels d’union qui comportent ce que nous avons appelé la fidélisation envers le club (« son club ») ; et l’adhésion spatiale, entant qu’adhésion émotionnelle liée aux espaces du club [que nous précisons plus loin dans la proposition de Bale (1993)]. La réflexion à propos des émotions en groupes nous a permis de faire entrer l’identification collective présente dans le « nous » qui accompagne un environnement affectif commun (ce que nous avons également relié, comme nous le présentons plus loin, à l’habitus de Bourdieu (1979), pour renforcer des pratiques déterminées de consommation culturelle). Enfin, le climat émotionnel des organisations lance le suggestif défi de se questionner sur « l’image émotionnelle » (climat émotionnel) du club. Les clubs ont eux aussi des sentiments, en tant qu’organisations, et cela se perçoit dans l’ambiance de la vie quotidienne. Dans ce cadre-là, nous verrons comment le climat émotionnel du club de Lérida est « tiède », dans la mesure où il est décrit avec des termes froids lorsqu’il s’agit de la fidélisation des supporters et de sa discontinuité (« peu de constance ») et avec des termes plus chaleureux quand une culture organisative mure se met en place autour d’occasions qui relancent une image émotionnelle affective et identitaire, d’appartenance au club, qui peut commencer à devenir solide (« cœur bleu », « nos couleurs »).
En ce sens, dans l’univers symbolique et émotionnel des supporters, il faut repérer l’importance de l’élément sportif dans la complexe construction de l’identité. Les supporters sont un groupe de personnes qui partagent un ensemble d’éléments d’identification qui tournent autour d’un club de football qui, en définitive, représente symboliquement (socialement, culturellement, politiquement) une communauté déterminée. Cette communauté peut être un village, un quartier, une ville… voire une nation… L’identification dépasse les couleurs du club et finit par représenter (par l’intermédiaire du drapeau) la propre communauté.
Dans une situation de globalisation, presque comme une réaction, les identifications les plus locales, perçues comme plus proches et affectives sont récupérées. Ainsi que le souligne Walzer (1996), face aux identités faibles (thin) des états, nous nous retrouvons avec les identités fortes (thick) des identités culturelles, communautaires. Le football permet une identification affective, plus primaire, de reconnaissance groupale, aussi bien pour ce qui concerne les contenus communs de « notre » équipe, que pour ce qui relève de la délimitation avec les « autres », pour établir ce que Barth (1976) a appelé les limites ou les frontières culturelles dans l’identification. Sentir les « couleurs » nous agglutine autour de l’identité partagée.
Comme nous l’avons vu ci-dessus, lorsqu’il s’agit de renforcer symboliquement le lien « affectif » avec le club, nous pouvons nous souvenir des propos de John Bale (1993) qui, entre la sociologie et la géographie humaine, nous parle de la « localisation émotionnelle » d’un espace. Dans ce cas, le stade peut être l’objet d’une reconnaissance « topofilique », en liant espace et symbole pour le supporter (et les citadins en général). Le stade devient le temple de « célébration ». Là, de nombreux supporters se souviennent des meilleures soirées de leur vie, en mettant en relation et en racontant des faits (« chansons de gestes ») tels que la montée en première division. Sans aucun doute, le stade du club est d’autant plus important qu’il est le centre d’autres célébrations importantes pour les citadins, et également un point de rencontre.
Cela nous permet de l’inscrire dans une série de pratiques spatiales et de consommation qui révèlent des éléments de la vie quotidienne. La qualité de vie des urbains (ou comme l’indique Vicens (1995), la valeur de la santé), a divers indicateurs, et l’un d’entre eux est la distance spatiale et temporelle qui existe entre différents points significatifs pour l’urbain : le fait de pouvoir aller se promener à pied ou non, le fait d’attendre très peu ou au contraire d’avoir l’impression de « perdre » beaucoup de temps, etc. La consommation culturelle, quant à elle, apparaît doublement représentée dans le monde du sport, selon que celui-ci soit envisagé comme pratique physique ou comme spectacle. Dans ce dernier cas, en tant qu’élément de consommation de loisir, il est associé communément (selon les perceptions qualitatives montrées) à une idée de classe sociale moyenne basse avec un niveau d’études peu élevé, surtout en comparaison avec d’autres consommations culturelles telles que le théâtre, la musique, etc. Cependant, nous observerons au travers des résultats de l’enquête, que le capital culturel élevé n’est pas un obstacle à la consommation culturelle du football comme spectacle. Bourdieu, lui même (1979) présente le concept d’habitus, que nous relierons avec la signification de la consommation culturelle que représente le football. Cet auteur conceptualise l’habitus comme un principe unificateur et générateur des pratiques. Dans le monde social, les styles de vie sont les produits des « habitus », prenant en compte non seulement ces pratiques mais également leur perception. En ce qui nous concerne, la consommation culturelle est renforcée par la participation de personnalités venues du monde politique, culturel ou de la société de Lérida (cette tendance apparaît, à d’autres niveaux, même parmi les haut-fonctionnaires et la représentation des états, par exemple) à ces événements sportifs (le football). Grâce à la médiatisation (mass media) la pratique du « supportérisme » est renforcée (par l’identification au club et à la ville) par la perception que c’est une pratique de prestige. En ce sens, l’existence d’un conseil social présidé par un professeur d’université et avec des membres eux aussi universitaires, employés de banque ou d’entreprises privées qui s’identifient clairement comme supportant l’équipe, joue selon nous un rôle important. En liaison avec cela, il convient de mettre en avant des campagnes concrètes pour recruter des abonnés parmi les étudiants universitaires, qui par leur jeunesse et leur préparation contribuent à tout cela.
Enfin, il y a lieu de souligner aussi la traditionnelle ambiance masculine et « masculinisée » du football. Comme le signale Garcia Ferrando (1990), il faut tenir compte du fait que le sport moderne s’est développé au XIXe siècle dans l’Angleterre victorienne, au sein de laquelle la différence entre le masculin et le féminin était clairement marquée. Nous parlons du sport en général, mais le football serait un cas paradigmatique entre cette explication historique et sociologique. La perception des attributs de genre, comme construction sociale, a beaucoup à voir avec les processus de socialisation qui jusqu’à il y a peu de temps encore et surtout en Occident, associaient des caractéristiques différentes au féminin (fragilité, dépendance…) et au masculin (force, résistance, agressivité…). Le sexuel se confond ici avec l’attribution d’un genre et finalement le viril et le masculin finissent par apparaître très liés au monde du football, tant dans la pratique que dans le supportérisme. La construction de la masculinité (Askew et Ross) est un processus qui démarre dans la famille, se renforce à l’école, dans le groupe de pairs, les mass media et au sein des organisations spécifiques qui socialisent. Comme l’indique Gracia Ferrando (1990), les mythes, les préjugés et les pressions sociales et culturelles existantes qui freinaient la participation de la femme dans les domaines sportifs, sont en train de perdre de leur intensité et sa présence (encore plus dans le sport) croit sans cesse. Quoi qu’il en soit, il existe encore quelques éléments qui confirment la prépondérance masculine au sein des supporters (et des dirigeants !).
 
3. Considérations méthodologiques
 
 
En ce qui concerne la méthodologie, nous devons souligner l’importance qu’a eue pour notre recherche le pari de la complémentarité de techniques et de méthodes sociologiques. Le noyau quantitatif consolidé à travers l’enquête et l’étude des bases de données du club, a été entouré et traversé (avant, pendant et après) par une constellation qualitative au travers de techniques comme l’observation participante, l’entrevue, le groupe de discussion et le groupe triangulaire. Tout cela nous a donné la possibilité d’approfondir certains indicateurs qui, se manifestant par des paramètres statistiques descriptifs, ont pu être approfondis. La discussion, le débat et l’observation permettent de saisir des éléments de perception plus proches des sentiments et du symbolisme, qui avec la volonté d’opinion et de participation nous font nous approcher de l’interprétation sociologique de la réalité. Selon les prémisses wéberiennes, la sociologie est la construction de schémas explicatifs qui découlent de la réalité des interactions humaines. De fait, « la sociologie interprétative » dont parle Giddens, a du sens si on analyse la vie quotidienne. Les principaux problèmes liés à l’utilisation de l’information orale ont leur origine dans deux aspects fondamentaux : la sélection des individus qui parlent et l’interprétation du discours (voir Molina 1996b).
En ce sens, l’enquête a été la technique de recherche fondamentale et structurante de notre étude (voir annexe 1). D’autres techniques de recherche complémentaires et sources d’informations utilisées ont été : les propres bases de données du club, les entrevues documentaires avec des membres clés du club et les groupes de discussion : essentiellement deux groupes, l’un homogène de cinq personnes ex-abonnés (« fidélisation ou non en relation avec le club ») et un autre hétérogène de six personnes, abonnés (2), non abonnés (2) et ex-abonnés (2). Nous avons également réalisé un groupe triangulaire avec deux hommes, un abonné et un autre ex-abonné, et une femme non abonnée, mais supportrice.
Par rapport à l’enquête, nous avons considéré que l’univers (ou la population) en tant qu’ensemble d’éléments objet d’étude, sont les spectateurs (abonnés et supporters) qui assistent au stade. L’objectif a été de réaliser un échantillonnage « probabilistique » qui puisse s’étendre à la population. Concrètement, il s’agit d’un échantillonnage aléatoire systématique, qui est une variante de l’échantillonnage aléatoire simple, puisque nous n’avons pas de liste sur laquelle mener à bien une sélection au hasard de numéros aléatoires. De toutes les façons, l’échantillonnage aléatoire systématique peut se comprendre, dans un certain sens, comme une variante de l’échantillonnage aléatoire simple, puisque c’est aussi une sélection des éléments de l’échantillon qui se fait en une seule étape, directement et sans remplacement (numéroter et sortir au hasard les numéros). Dans notre cas, le caractère aléatoire a été temporel (toutes les 7 minutes), en questionnant au hasard la personne qui passait à ce moment-là à l’entrée, avant le match. Au total, il a fallu disposer de 125 individus, de façon à ce que chaque enquêteur s’entretienne avec 7 à 8 personnes. Ainsi, nous avons vu 950 personnes, ce qui était l’échantillon nécessaire pour assurer une marge d’erreur de seulement 3 pour cent maximum, avec un intervalle de confiance de 95,5 pour cent (voir annexe 2). Ceci a eu lieu lors du second match de la ligue joué dans le stade [4], pour éviter que le classement (meilleur ou pire) de l’équipe n’ait d’influence supplémentaire et circonstancielle. Le questionnaire a été construit à partir des informations et commentaires issus des entrevues documentaires avec le gérant du club, le président du conseil social et un membre de la direction. 25 entrevues ont été réalisées comme épreuves test pour voir si les items fonctionnaient bien, pour savoir combien de temps était nécessaire pour répondre à tout le questionnaire, les difficultés rencontrées, etc. De cette façon, nous avons mis au point le questionnaire définitif pour passer l’enquête.
En ce qui concerne les techniques qualitatives, il faut surtout noter leur fonction analytique et compréhensive des discours plus proches de la profondeur des perceptions et sentiments des sujets. Ainsi, il est nécessaire de comprendre les stratégies personnelles et de groupe, les symboles et les perceptions de la réalité sociale et d’aboutir à une interprétation parallèle qui permet d’objectiver ces situations en nous éloignant des propres perceptions des acteurs sociaux.
Le groupe de discussion et le groupe triangulaire sont des techniques qualitatives qui partent de l’analyse du langage comme mode d’approche de la réalité sociale. Le groupe se constitue exprès, pour discuter sur une problématique concrète (Canales et Peinado, 1994 : 287-292). Les critères de sélection des participants sont des critères de pertinence, de telle manière que l’on inclut dans le groupe ceux qui reproduisent au travers de leur discours des relations notables.
Cinq à dix personnes qui débattent sur un scénario que le chercheur propose, peuvent intégrer le groupe de discussion. Le groupe triangulaire est formé de trois personnes, ce qui permet à la fois de dépasser la tendance au consensus qui se retrouve à certaines occasions dans un groupe de discussion, et de limiter un peu plus le débat qui se déroule dans ce dernier. L’interaction verbale et discursive de ces groupes confère à cette technique la possibilité d’apporter des éléments de connaissance sociologique intéressants et remarquables, surtout dans le cadre scientifique de l’étude des perceptions dans des contextes sportifs (voir Molina, 1996a).
Il faut relever, dès le départ, l’importance des entrevues documentaires qui se réalisent dans les premiers moments de la recherche auprès de personnes significatives, pour qu’elles nous renseignent sur l’objet de recherche. Comme nous l’avons déjà mentionné antérieurement, nous avons rencontré le gérant du club, le président du conseil social et un membre de la direction. Ces entrevues ont été réalisées en vue de préciser l’objet de recherche, de poser des doutes et des questions qui ont servi pour profiler le questionnaire et pour prendre en compte les grands thèmes et les lignes directrices de la recherche. Tout cela est complété par l’observation, qui permet d’analyser des situations de groupe et des expériences quotidiennes comme celles qui se vivent dans les journées de football, en profitant de l’immersion dans tout ce qui constitue le match (avant, pendant et après) non seulement dans les tribunes mais aussi dans la rue, avec les interactions verbales et les commentaires ad hoc, comportements collectifs et individuels, etc.
Les expériences personnelles réelles nous permettent d’approcher la réalité de façon complémentaire (plus directe et plus vivante) à celle des enquêtes (plus froides et statistiques). En tous les cas, la complémentarité méthodologique est nécessaire et enrichissante pour nous. Ainsi, nous sommes partis de techniques qualitatives (l’entrevue et le groupe triangulaire) pour dessiner et développer une technique quantitative (l’enquête) qui a servi de noyau pour l’étude. L’apport a été l’approfondissement de certains aspects plus controversés au travers d’autres techniques qualitatives (l’observation et le groupe de discussion) qui ont continué d’affiner le matériel de base obtenu par les enquêtes.
 
4. Profils descriptifs des supporters
 
 
Nous avons construit un profil descriptif des supporters de façon globale, en différenciant, en outre, s’ils étaient ou non abonnés. Ainsi, généralement, le pourcentage le plus élevé des gens qui sont présents dans le stade (abonnés ou non) est celui des étudiants qui représentent 25 % du total. Viennent ensuite les retraités (10 %) et les agriculteurs (8 %). Les chômeurs ne représentent que 0,5 %. Les campagnes que réalise le club pour attirer les universitaires et les prix des cartes de membre qui sont moins élevés, grâce à des promotions, pour faciliter la participation des jeunes, sont un bon stimulant pour recruter des jeunes membres : les universitaires constituent le pourcentage le plus élevé des abonnés. L’autre point à repérer sont les retraités et les agriculteurs. Généralement, les spectateurs viennent d’un éventail relativement large de professionnels issus du secteur libéral, de salariés, de fonctionnaires, etc., c’est-à-dire un enchevêtrement large de couches moyennes et aisées de la ville.
En ce qui concerne le niveau des études, il n’y a pas de différences significatives entre les abonnés et ceux qui ne le sont pas. En effet les pourcentages généraux se maintiennent et indiquent que, parmi ceux qui assistent aux matchs, on trouve majoritairement des individus qui ont fait des études secondaires (42 %) suivis par les universitaires (28 %) et ceux qui ont fait des études primaires (27 %). Le pourcentage des spectateurs qui n’ont pas fait d’études (au sein du système éducatif) n’arrive pas à 2,5 %. Tout ceci rompt d’une certaine manière avec le poncif selon lequel le goût pour le football serait en relation directe avec un niveau d’études faible. Cela ne semble pas être une réalité en ce début de nouveau siècle, où il faut sans doute aussi envisager un niveau culturel plus élevé dans les différents pays d’Europe.
En ce qui concerne l’élaboration des idéaux-types des supporters abonnés ou non, nous pouvons conclure qu’ils présentent des profils peu différenciés. Ceux qui ne sont pas abonnés semblent juste être plus jeunes et comporter un nombre plus important de femmes. En tout cas, les deux profils sont les suivants :
a). Profil sociologique de l’abonné
Le profil de l’abonné est celui d’un homme de 31 à 50 ans qui vit dans un noyau urbain, avec un niveau d’études secondaires, qui a un ou deux enfants (qui vont souvent sur un terrain de football) et qui est abonné depuis un à cinq ans. Les prix des entrées et surtout de la carte de membre lui conviennent. Il va au stade en voiture particulière, en moto ou à pied (mais il n’utilise pas souvent les transports en commun) et il met moins de 15 minutes pour arriver sur le terrain. Il assiste à tous ou presque tous les matchs de la saison. Les horaires lui conviennent, ainsi que l’image du club et le football de la base.
Il pense que l’effectif de l’équipe professionnelle doit être composé essentiellement par le centre de formation du club, même si il pense également que le plus important est qu’il y ait du spectacle. Les raisons principales pour ne pas assister au match sont en général les compromis familiaux, le climat (pluie, neige, froid) et le manque de temps, mais pas tant le fait que l’équipe joue ou non en première division. Selon lui, les principales raisons pour qu’une personne qui aime le football n’aille pas au stade sont le mauvais jeu de l’équipe, la retransmission télévisée des matchs de football et les prix (il évoque ces raisons pour les « autres »).
La principale motivation pour devenir abonné est sa passion pour le club. Dans sa famille il y a habituellement une autre personne qui est abonnée, mais il pense que ce qui amènerait les membres de sa famille à devenir membre du club serait le fait que l’équipe soit en première division (« famille unie par le spectacle »). De toute façon, aucune raison ne pourrait le faire cesser d’être abonné, même si certains confient aussi qu’une mauvaise qualité de jeu pourrait être un motif pour arrêter de l’être (!!).
b). Profil sociologique du supporter qui n’est pas abonné
Le profil du passionné qui n’est pas abonné du club de football est un homme de 19 à 30 ans (plus jeune que l’abonné) qui vit en milieu urbain. Il a fait des études secondaires et il n’a pas d’enfants (si il en a un, celui-ci a l’habitude de venir au stade). Les prix des entrées et des cartes lui paraissent adéquats (mais pas autant qu’aux abonnés). Il va au stade en voiture particulière, en moto ou à pied, mais il n’a pas non plus l’habitude d’utiliser les transports en commun. Il met, dans tous les cas, moins de 15 minutes pour arriver au stade. Il assiste en général à un et jusqu’à cinq matchs tout au long de la saison (au maximum 10 parties).
Son jugement des horaires des matchs, de l’image du club et du football de formation est positif. Il pense que l’effectif de l’équipe professionnelle doit être composée essentiellement par le centre de formation, même s’il pense que le plus important est qu’il y ait du spectacle. Les causes principales pour ne pas assister à un match de football sont en général le manque de temps et la diffusion de football à la télévision. Le bon niveau de jeu de l’équipe l’encouragerait à assister à plus de matchs tout au long de la saison.
Il n’a pas été abonné du club, et s’il l’a été c’est au long de quatre saisons, en majorité juste avant la saison de la montée en première division et surtout pendant cette saison-là. La principale raison pour ne pas être abonné ou ne plus l’être est le prix des adhésions (et les compromis familiaux). La zone du terrain où il a l’habitude de se placer est dans le « General » (devant – du côté opposé – la tribune).
 
5. Pratiques spatiales et de consommation
 
 
Le moyen de transport majoritairement utilisé pour accéder au stade de football est la voiture particulière ou la moto (56,5 %). On y va également en marchant (39 %) et seulement 5 % utilisent un transport public.
Le temps mis pour arriver est en général de moins de 15 minutes dans 64 % des cas ou entre 15 et 30 minutes (29 %) ; ce qui, d’une certaine manière est raisonnable et indique une certaine facilité pour accéder et s’approcher du terrain en vue de regarder un match de football. Un peu plus de 4,5 % met entre 30 minutes et une heure et moins de 2 % mettent plus d’une heure. L’avantage d’avoir un stade de football pratiquement dans le centre urbain d’une ville moyenne est un véritable luxe.
Le fait de pouvoir aller en marchant sur les lieux de loisir et de spectacle dans un temps raisonnable (moins de 15 minutes, ou entre 15 et 30 minutes) est également reconnu comme un indicateur de qualité de vie. L’utilisation de la voiture correspond dans quelques cas à la volonté de partager la fête avec d’autres collègues et de signifier une passivité associée au repos dominical, en mettant en avant l’autonomie et le confort associés à la voiture particulière ou à la moto en comparaison avec le transport public (plus utilisé pour aller faire des achats ou travailler les jours ouvrables).
Dans les conclusions nous rattacherons aussi cela avec une perception symbolique de l’espace et de la trajectoire personnelle et sociale des individus en tant que membres – identifiés – du club et d’une « urbanité » très liée à celui-ci. Le stade et ses environs sont intégrés dans l’ensemble urbain et attirent des curieux et des passants des après-midi dominicaux. Il est également un point de rencontre de membres de la famille et d’amis qui vont chercher les supporters à la sortie du terrain. Les gens de la ville s’intéressent au résultat du match et aux anecdotes qui ont pu se produire. L’après-midi de football articule une grande part des activités, les promenades et les habitants de la ville. De fait, le club de football devient le premier ambassadeur de la ville dans le reste de l’état espagnol, servant ainsi d’« agence publicitaire » pour donner à connaître la ville et ses attraits touristiques.
Dans d’autres domaines et pour compléter les pratiques de consommation, il faut ajouter que les prix des cartes de membres et des entrées pour les matchs sont en général considérés par les passionnés comme ajustés et pas nécessairement élevés, sans pour autant paraître bon marché. De toute façon, généralement, les prix des cartes sont évalués plus élevés (ajustés et pas chers) que ceux des entrées. En tout cas, le football professionnel est un spectacle cher en Espagne, puisque le prix d’une entrée générale peut représenter une dépense plus élevée que l’entrée pour une représentation théâtrale et par conséquent plus chère que le cinéma. Il est certain que les prix des cartes atténuent d’une certaine manière le prix moyen des entrées [5].
Il est évident que le renouvellement de la carte de membre implique une dépense qui est assumée plus facilement par la stabilité économique d’un adulte, que par les plus jeunes, même si les étudiants universitaires jouissent de prix plus accessibles. En définitive, nous mettons en avant que parmi les membres il y a prédominance d’un âge adulte mûr, alors que les supporters non membres sont un peu plus jeunes.
 
6. L’univers symbolique et émotionnel des supporters
 
 
A propos de ce que les supporters pensent, de façon générale, de l’image du club, il faut préciser que la majorité pense qu’elle est positive (65 %) et ceux qui pensent qu’elle est négative n’atteignent pas les 6 %. Les horaires des matchs sont évalués de façon encore plus positive, puisque plus de 76,5 % pensent qu’ils sont bons, et moins de 5 % pensent qu’ils sont mauvais. En ce qui concerne le football de base, plus de 48,5 % l’évaluent positivement en termes généraux et seulement 10 % en font une évaluation négative. Dans tous ces résultats il n’y a pas de différence significative entre ceux qui sont membres et ceux qui ne le sont pas.
Quant à l’effectif de l’équipe professionnelle, le passionné, en général, pense qu’il devrait être nourri essentiellement par le centre de formation (49,5 %), même si le fait que « l’important c’est qu’il y ait du spectacle » est mis en avant (33,5 %). Majoritairement, on a opté prioritairement pour le centre de formation, mais aussi pour la prise en compte que l’important est qu’il y ait du spectacle et que l’on joue bien.
En ce qui concerne le football de la base, il faut savoir que le club, en plus de son équipe en ligue professionnelle, s’appuie sur des équipes d’enfants et d’adolescents. Ces équipes intègrent des enfants et des jeunes de 6 à 16/18 ans, qui doivent être – en théorie – la « base » de l’équipe professionnelle. Nous disons en théorie, parce qu’en général, les joueurs du cru (formés aux club) sont relativement peu nombreux (la moitié de l’effectif à peu près), à accéder dans la catégorie supérieure de l’équipe professionnelle. Dans ce sens, et en suivant la philosophie du centre de formation (promouvoir ses propres joueurs), le football de base est en général bien évalué. Il y a un pourcentage significatif qui ne le connaissent pas dans l’absolu, ce qui indique la nécessité d’établir un type quelconque de campagne explicative, peut-être pas tant en profondeur (dans des moments ponctuels) que tout au long de la saison, en profitant des matchs de la ligue joués sur le stade. Il ne faut pas oublier non plus que les plus jeunes ou les adultes sans enfants, ou avec des enfants très petits, n’ont aucune relation avec le football de base. Dans tous les cas, même si c’est un indicateur très approprié pour ceux qui sont concernés (« les membres de la famille » des enfants ou des jeunes qui jouent) il faut prendre largement en compte la masse sociale du club.
En ce sens, il faut mettre en avant que nous parlons pratiquement du même pourcentage de passionnés enquêtés qui évaluent bien le football de base et qui croient à la fois que le centre de formation est la principale source pour nourrir l’effectif de l’équipe première. Il est certain que cela est une réponse attendue, voir même « populiste », mais c’est intéressant de noter que les supporters sont pour 50 % positionnés clairement en faveur du centre de formation et orientent leur choix également vers les résultats et le bon jeu (« spectacle » et une certaine sécurité avec les recrutements étrangers du club). Il est évident que le renforcement du centre de formation et l’attention qui lui est portée n’écartent pas la possibilité qu’il y ait du spectacle, mais il semble que celui-ci – et les bons résultats – soit plus facilement associé aux recrutements nationaux ou étrangers. Ceci reste toujours une question brûlante d’actualité tout au long de la saison et surtout au moment de la transition entre la fin du championnat et le début du suivant. Ce qui est clair, dans cette situation complexe, c’est que la direction du club est face à une difficulté, puisque quelque soit la politique qui oriente ses décisions en ce qui concerne les recrutements ou le centre de formation, elle aura forcément la moitié des supporters hostile (et l’autre moitié favorable). Evidemment, si les résultats sont bons, les positions deviennent alors plus nuancées.
En liaison avec cela, et comme un élément de discussion plus concret et directement lié au club lui-même, apparaît le questionnement (à partir de cadres plus qualitatifs) autour de l’opportunité ou non d’avoir à nouveau une équipe amateur, qui soit un maillon plus proche de l’équipe première. Certains pensent que le recrutement des joueurs du cru serait facilité par l’existence d’une équipe amateur qui maintiendrait un bon niveau de joueurs juvéniles proches du professionnalisme, en leur donnant la possibilité de s’aguerrir et d’acquérir de l’expérience dans des luttes de championnat professionnel… En tout cas, cela est apparu tout au long de notre recherche comme un élément de réflexion et de débat que l’on prend en considération mais que l’on reconnaît être complexe.
De façon générale, il y a plus d’hommes que de femmes. Les hommes représentent 87 % des abonnés et 77 % des non-abonnés. Au contraire, les femmes représentent 13 % des abonnés, et 23 % des non-abonnés. Le football continue à être un terrain clos masculin et masculinisé qui se nuance peu à peu, malgré une participation de la femme toujours faible. En ce sens, et en relation avec les cartes d’abonnés, il faut relever que les pourcentages diminuent avec l’âge et nous observons ainsi une progression inversement proportionnelle à l’augmentation de l’âge biologique [6].
Les facteurs explicatifs peuvent être variés, mais ils sont certainement liés à des situations de changements de mentalités et à des modèles culturels, en plus de facteurs socio-économiques, etc. Les femmes expriment en général cette situation à travers l’impression de se sentir « accompagnatrices » du mari ou du fiancé… Cette impression est plus forte parmi les femmes adultes alors que chez les jeunes, on met plus en avant un sentiment d’appartenance groupale à un collectif d’amis qui participent à cette activité de loisir parmi d’autres.
 
7. Vers la fidélisation des supporters
 
 
La « fidélisation » plus concrète peut se repérer dans la volonté des actuels abonnés du club, de l’être, mais aussi de ceux qui ne le sont pas. En ce qui concerne les premiers, ceux-ci indiquent majoritairement qu’ils le sont par passion pour le club (64 %) ou par passion pour le football en général (31,5 %) ; ceux qui disent que c’est par tradition représentent 13 % et ceux qui confient qu’ils le font pour accompagner, un peu plus de 3 %. Parmi les personnes qui sont abonnées, il y a une composante familiale relativement importante puisque la moyenne tend à ce que deux membres de la famille le soient : même si 45 % des personnes interrogées sont membres uniques de leur famille, dans les 47,5 % restants ils sont deux (24,5 %), trois (17,5 %), quatre ou plus membres d’une même famille. Ces chiffres sont intéressants pour observer que, parmi les sociétaires, les familles avec plus d’un membre qui est sociétaire prédominent. Il faut donc tenir compte de ces données pour renforcer les attentions et les facilités en direction de l’ensemble des membres par rapport à leur contexte familial. La moyenne, concrètement est de 1,85, c’est-à-dire que presque deux membres de la famille sont sociétaires du club.
D’autres affirmations fondamentales en ce qui concerne la « fidélisation » sont celles qui se réalisent à propos des raisons qui les feraient arrêter d’être abonnés. Ici, il faut relever deux éléments : d’un côté que la fidélisation stricte serait en deçà de 50 %, puisque ceux qui indiquent qu’ils ne cesseraient pour aucune raison d’être abonnés représentent 41 % et de l’autre côté, que le mauvais jeu de l’équipe pourrait provoquer une telle décision dans 23,5 % des cas. Ces déclarations semblent corroborer les données qu’avance le club sur le nombre de abonnés qui année après année renouvellent leur carte, qui ne varie pas significativement, alors que celui des membres qui ne la renouvellent pas change : c’est-à-dire que les nombres absolus se maintiennent, mais qu’il y a un mouvement assez significatif parmi ceux qui renouvellent et ceux qui le ne le renouvellent pas.
C’est-à-dire que l’indicateur-clé de fidélisation est en dessous de 50 % et que le danger d’abandon passe plus par le jeu et le spectacle que l’équipe peut offrir (et par la réalisation d’autres activités de loisir) que par le prix des cartes de membres. A part cet indicateur, la réalité reflétée par la base de données des bureaux du club, existe aussi. Elle met en avant que précisément 50 % des abonnés ont une ancienneté de quatre ans. Ceci indique qu’il y a un taux de remplacement élevé et que par conséquent, même s’il est certain que le nombre absolu de membres se maintient, des baisses se produisent qui sont remplacées par de nouvelles hausses.
Tout cela est finalement complété par la constatation que la majorité des membres le sont depuis moins de cinq ans (44 %), face à ceux qui le sont depuis 6 à 10 ans (22,5 %), 11 à 20 (12,5 %) ou plus de 20 ans (17,5 %). Avec ces données se corrobore ce qui précède, puisque la fidélisation n’est pas très élevée et que généralement le nombre d’années passées en tant que membre est relativement faible.
En fait, même si le fait que l’équipe joue en première ou en seconde division est un facteur important, ce n’est pas l’unique ni le définitif ; les prix des cartes et les horaires des matchs ne le sont pas non plus. Il est probablement dans un amalgame (dans diverses proportions selon les personnes) de tout cela mélangé à des compromis familiaux et la participation à d’autres activités de loisir. Dans tous les cas, on constate cependant une « fidélisation » peu marquée, qui se dégage à la fois des déclarations des membres eux-mêmes et de celles de ceux qui, étant passionnés, ne le sont pas dans l’actualité.
 
8. Conclusions
 
 
En ce qui concerne l’analyse des résultats plus globaux, nous mettrons en avant ceux qui peuvent se présenter pour une réflexion plus extrapolable au monde du football en général [7], puisque nous en avons déjà présenté d’autres plus concrets et locaux dans les diverses parties de notre article. Ces quelques considérations finales sont le fruit de l’analyse sociologique réalisé à propos du supporter de football du début du millénaire…
En premier lieu, il s’agit de relever que le football reste un milieu assez masculinisé, et dans le cas concret des supporters abonnés du club, la prépondérance masculine dans la liaison avec le club s’accentue encore. De toutes manières, parmi les femmes, les plus jeunes sont celles qui vont le plus au stade. En ce sens, on peut évoquer un changement certain de modèles culturels, une plus grande autonomie féminine et un rapprochement des goûts juvéniles qui ne sont plus aussi différenciés en fonction du sexe [8]. On ne sait cependant pas si ces nouvelles tendances peuvent dissocier les trois éléments qui paraissent liés (même si, évidemment, ils n’ont pas de liaison de type cause-effet et ne sont pas nécessairement interdépendants) et qui composent la trilogie « football, monde masculinisé, violence ». Depuis les désormais classiques études de Elias et Dunning, et les plus actuelles de Duran en Espagne, il y aurait lieu d’approfondir ces champs de réflexion qui apparaissent ouverts et qui nous questionnent.
Il faut relever aussi un niveau relativement élevé en ce qui concerne les études des supporters de football. Se brise ainsi la classique idée reçue de vouloir lier le goût pour le football avec un niveau d’études faible, et même de l’opposer aux éléments plus sélectifs (élitistes) de ce que Bourdieu appelle le capital culturel et les consommations culturelles pertinentes.
De fait, le niveau des études et le niveau socioprofessionnel moyen peuvent être associés à l’évaluation relativement positive des prix des cartes et des entrées de football, alors qu’ils sont objectivement équivalents voir plus chers que les entrées au théâtre, à l’opéra ou de n’importe quel concert. De fait, beaucoup des supporters de football assistent à ces activités culturelles et majoritairement vont au cinéma (qui est ostensiblement meilleur marché que les précédents) [9].
La faible utilisation du transport public, alors qu’il existe deux lignes directes de rocade et d’approche du stade, fait penser que le changement de mentalité dans cette ville est lent. Il est sûr qu’un pourcentage élevé, même si cela reste moins que la moitié, va en marchant au stade – surtout grâce à sa bonne situation – mais l’usage de la voiture et de la moto reste inutilement élevé. Dans tous les cas, et majoritairement, les supporters tardent moins de 15 minutes pour arriver au stade, mettant ainsi en évidence une proximité temporelle qui se perçoit comme un élément prioritaire dans nos sociétés urbanisées de « technologie et de communication ».
L’image du club est positive, et en cela il faut voir autant la proximité affective d’identité entre individu-ville-club (qui représente la ville) et une politique d’image et de marketing du club qui a renforcé et renforce cette triple imbrication. L’image se renforce avec les couleurs et la symbolique sentimentale autour de ce qui peut remuer plus profondément le supporter : les initiatives du conseil social du club basées sur des thèmes comme le volontariat et la solidarité ont pris comme slogan le « cœur bleu », couleur de base du club (bleu et blanc). Les résultats sportifs aussi peuvent contribuer à la perception de cette image du club, mais elles dépendent alors du hasard du jeu. Au fond l’institution est transcendée en désir collectif.
De fait, le club de football (comme le footballeur) peut être perçu comme une construction sociale, culturelle et morale. L’image et l’identité sportive peuvent même devenir « image de vie » comme dans le cas des grandes victoires du club : accession en division d’honneur (première division), victoires face à des clubs symboliques dans notre milieu comme celles obtenues sur le Real Madrid, le Barcelone (Barça), etc. On pourrait envisager une bipolarisation qui n’existe pas parmi les supporters de Lleida : d’un côté, des extrêmes dans l’identification plus ou moins primaire et peut-être quelque peu acritique, de l’autre, des extrêmes hautement critiques parce qu’on souhaiterait que le club du « cœur » soit meilleur. En tout cas, on peut réaliser une lecture positive de la surestimation de l’image du club (révélant des « rêves » ?).
Une perspective qui s’ouvre pour nos nouvelles recherches est celle de l’étude du football de base, du centre de formation que nous avons évoqué ; il est nécessaire d’approfondir les recherches dans le domaine de l’organisation et de la gestion, et aussi dans celui de son enracinement émotionnel communautaire, par ses relations au local, au proche, au sympathique et reconnu. En ce sens, cela se situe entre le terrain du symbolique et celui du réel, entre la continuité de la passion et du noyau institutionnel. Dans notre étude cela apparaît succinctement, au travers de l’enquête elle-même et d’une appréciation étant le fruit des groupes de discussion et des entrevues. La perception du football de base est positive, comme l’« espoir de futur » (« continuité et renouveau générationnel »), que peut être la prise en compte de l’existence d’une authentique école de formation qui peut nourrir l’équipe professionnelle.
Le fait que l’équipe joue ou non en première division n’apparaît pas comme une des raisons principales ni objectives, ni subjectives – ou du moins pas autant qu’elle pourrait le paraître a priori – mais c’est intéressant d’observer comment, surtout dans le cas des abonnés, ils le relèvent beaucoup moins quant ils s’y réfèrent comme à la cause principale de leur propre conduite, que quand ils l’indiquent pour les autres, et ceci dans un pourcentage plus élevé. Ceci fait partie de ces opinions et déclarations que nous voyons pour « les autres » (et que nous reconnaissons comme possibles et réelles) mais pas pour « nous ».
En ce sens il faut noter le fait que répondre que l’on est membre surtout par passion pour le club ou par tradition donne des indices sur la fidélisation potentielle au le club (« et ses couleurs »). Cependant, nous savons que les attitudes et les valeurs ne donnent pas l’assurance des comportements et par exemple moins de la moitié des enquêtés affirment que pour aucune raison ils ne cesseraient d’être membre [10]. Pourtant, plus de la moitié cesseraient de l’être pour diverses raisons : mauvais jeu de l’équipe, autres activités de loisir et de sport, compromis familiaux…
Tout cela nous amène aussi à penser, que d’une certaine façon s’ouvrent de nouvelles perspectives de recherche quant aux diverses campagnes que réalisent les clubs de football pour faciliter l’accès des enfants aux matchs de football. Il faut se souvenir, à ce propos, que les habitudes sont consolidées autour de onze ans. Si nous ajoutons à cela la tendance régulière à considérer la présence au match de football comme quelque chose qui, à l’occasion, peut se partager en famille, la possibilité de participer au football de base et les manifestations de nombreux supporters qui déclarent qu’ils sont membres « par tradition », serait en train de se profiler un des éléments de quotidienneté qui présupposent une tendance majeure à la fidélisation non seulement en raison du goût pour le football (et pas uniquement comme spectateurs) mais aussi pour le club lui-même envisagé sentimentalement et identitairement.

Annexe 1

Modèle de questionnaire (et de base pour le scénario des entrevues et des groupes)
Questionnaire n° …………………………………………………… Porte entrée ……………………………………………………
La UE Lleida veut recueillir l’opinion des supporters de football au travers d’une série de questions traitant de ce sport et de l’UE Lleida elle-même. Nous vous remercions pour votre collaboration en répondant à ces questions. Merci !
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Annexe 2

Fiche technique de l’enquête
Probabilité/intervalle de confiance = 95,5% (z2=K)
Erreur absolue = E = 0.03 (3% de marge d’erreur)
P = q = 50% (Probabilité entre les cas favorables et les cas possibles)
P = 1-q (On établit le pourcentage estimé à 50 %, n’ayant pas une sécurité totale sur les autres. La variance de la population est inconnue)
n = z2Npq :NE2+z2pq
z2 nous savons que c’est 4 (2)2, puisque la probabilité donnée est de 95,5 % et nous savons que sur une courbe normale, on rencontre +/-2 fois la déviation typique les 95,5 % de tous les échantillons possibles.
N = population (6549)
n = échantillon
n = 4.6549 (0’50) (0’50) : 6549 (0’03)2 + 4 (0’50) (0’50) = 6549 : 6’8941=950
En définitive, avec un intervalle de confiance de 95,5 % et une marge d’erreur de 3 %, la taille de l’échantillon pour une population de 6549 personnes, est de 950 (ce qui est le nombre de questionnaires réalisés). Tout cela donne à l’étude une portée et une rigueur très élevée.
 
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NOTES
 
[1]Texte traduit par Anne Roger, CRIS Lyon.
[2]Cet article est le fruit d’une recherche sur le profil sociologique de l’abonné et de l’amateur en général, du club de football de l’Union Sportive de Lleida (Espagne), réalisée sous le patronage de son conseil social. A partir des conclusions tirées, le club pourra s’adapter aux suggestions et sollicitudes de la masse sociale, et déduire des stratégies adaptées pour conserver les abonnés et supporters actuels et attirer de nouveaux abonnés. Ainsi, la participation du supporter de football est recueillie pour l’amélioration de la propre organisation et gestion du club.
[3]El presente artículo es fruto de un estudio sobre el perfil sociológico del abonado y del aficionado en general, del club de fútbol de la Unió Esportiva Lleida (España), auspiciado por su Consejo Social. A partir de las conclusiones extraídas el club podrá adaptarse a las sugerencias o solicitudes de la masa social, y deducir estrategias aplicadas para mantener los abonados y aficionados actuales y captar nuevos abonados. Así mismo, la participación del aficionado al fútbol es recogida para la mejora de la propia organización y gestión del club.
[4]Il a eu lieu précisément le 17 septembre 2000.
[5]Ainsi, alors que pour 74 % des abonnés les prix des cartes sont adaptés, ce pourcentage descend à 56,5 % quant il s’agit du prix des entrées. Parmi ceux qui ne sont pas abonnés, ces pourcentages ne sont pas aussi différenciés : 57,5 % pensent que les prix des cartes sont adaptés, et 55 % pensent la même chose du prix des entrées. Il faut cependant relever que 29 % des spectateurs qui ne sont pas abonnés pensent que les prix des cartes sont élevés (pour 17,5 % parmi les abonnés) et 35,5 % que les entrées le sont également (pour 29 % d’abonnés).
[6]De 0 à 18 ans : 75 % sont des hommes et 25 % des femmes ; de 19 à 30 ans : 81 % sont des hommes face à 19 % de femmes ; de 31 à 50 ans : 91 % d’hommes pour 9 % de femmes ; de 51 à 65 ans : 93 % d’hommes pour 7 % de femmes ; 66 et plus de 66 ans : 94 % d’hommes et 6 % de femmes.
[7]Et qui, grâce à cela, puisse être intéressante de façon claire au niveau international en étant moins circonscrite à des particularités si locales. Une nécessité est que l’on puisse rompre avec le local (et il y a plusieurs éléments que nous présentons dans les conclusions), une autre est que l’interprétation et la réflexion dépassent ces cadres locaux pour qu’ils puissent également être pris en compte de façon plus globale.
[8]Même si nous sommes en train de signaler des grandes tendances, nous ne devons pas perdre de vue que le monde du football continue à être un monde assez « masculinisé », dans le sens où il considère des valeurs traditionnellement assimilées au genre masculin, et qui persistent toujours.
[9]Il faut aussi noter que l’initiative du club d’offrir des entrées aux abonnés pour certains matchs du championnat (ou dans d’autres occasions, une entrée pour les accompagnateurs à prix réduit) a été très appréciée et jugée intéressante.
[10]Et la réalité constatée dans les bureaux du club, selon laquelle chaque année il y a un mouvement de hausse dans l’acquisition de nouvelles cartes « compensée » par les baisses des abonnés…
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