2002
STAPS
Rapports de recherche
Du langage des Signes à l’apprentissage de la parole ou l’échec
d’une réforme
Didier Séguillon
Université de Paris X - Nanterre - Laboratoire Sport et
Culture
[*]
Dans le dernier quart du XIXe siècle, une gymnastique spéciale pour
l’écolier sourd s’élabore à partir de techniques spécifiques sur l’initiative
des professionnels de la pédagogie et sous le contrôle direct de la médecine.
Cette gymnastique d’un genre nouveau a pour seul objectif l’apprentissage de la
parole à l’aide, pour l’essentiel, d’exercices respiratoires et de la lecture
sur les lèvres. Elle répond à un changement de conception en matière de
communication pour les jeunes sourds : dorénavant, ils devront apprendre à
parler oralement pour tenter d’intégrer la société. Le rôle de la parole et de
son usage dans la société occidentale est donc posé. La mise en œuvre d’une
telle gymnastique, à l’usage de ces enfants, interroge l’histoire et souligne
la farouche volonté de notre société de faire de l’écolier sourd, un enfant
entendant mais aussi, les raisons profondes et les moyens qui sont à l’origine
d’un tel changement de conception en matière de communication pour les sourds
en France.
Cette gymnastique spéciale de ces jeunes écoliers s’inscrit dans
un large projet rééducatif et orthopédique pour des catégories stigmatisées « hors normes », à qui l’on interdit désormais l’usage de leur langue première,
la langue des signes, dans l’éducation.
Mots-clés :
Langue des signes Française
(L.S.F.), Apprentissage de la
parole, Orthopédie, Ecolier
sourd, Gymnastique spéciale.
In the last quarter of the 19th century, a special gymnastics for the
deaf pupils is elaborated from specific techniques thanks to the initiative of
pedagogy professionals and under the direct control of medicine. The main aim
of this new gymnastics is the apprenticeship of speech with the help, mostly,
of respiratory exercises and labial reading. It is linked to the evolution of
the conception of communication for the deaf : from now on, they will have to
learn how to speak orally in order to be integrated in the society. The aim of
speech and its use in the occidental society is then stated. The implementation
of such physical training for these children questions history and emphasizes
the unshakeable willingness of our society to transform the deaf pupil into an
“hearing” one, and also interrogates the main reasons and the means which are
the roots of such a change in the conception of communication for the deaf in
France.
This special gymnastics for these young pupils fits into a large
rehabilitation and orthopaedic plan for persons stigmatised “abnormal”, whose
first language, sign language, is now forbidden in education.
Keywords :
French Sign
Language, Speech
apprenticeship, Orthopaedics, Deaf
pupil, Special gymnastics.
Im letzten Viertel des 19. Jahrhunderts wurde auf Initiative von
Pädagogen und unter der direkten Kontrolle von Medizinern eine Spezialgymnastik
ausgehend von spezifischen Techniken für den stummen Schüler entwickelt. Diese
neuartige Gymnastik hatte als einziges Ziel das Erlernen der gesprochenen
Sprache, im Wesentlichen mit Hilfe von Atmungs- und Lippenleseübungen. Sie
entspricht einer Veränderung des Kommunikationsverständnisses hinsichtlich der
stummen Jugendlichen: von nun an sollen sie die gesprochene Sprache im Hinblick
auf ihre soziale Integration erlernen. Die Einführung einer solchen Gymnastik
für die stummen Schüler stellt Fragen an die Geschichte und unterstreicht die
wilde Entschlossenheit unserer Gesellschaft aus dem stummen Schüler einen
hörenden zu machen, aber auch die tiefen Beweggründe und die Mittel, die
Ausgangspunkte einer solchen konzeptuellen Veränderung hinsichtlich der
Kommunikation der Stummen in Frankreich. Diese spezielle Gymnastik der jungen
Schüler situiert sich innerhalb des Rahmens eines weitgehenden
Rehabilitationsprojektes und einer Orthopädie für die stigmatisierte Kategorie
derer, die nicht der “Norm” entsprechen, denen man von nun an den Gebrauch
ihrer ersten Sprache, der Zeichensprache, in der Erziehung
verbietet.Schlagwörter :
Französische Zeichensprache
(L.S.F.), Erlernen der gesprochenen
Sprache, Orthopädie, stumme
Schüler, spezielle Gymnastik.
Nell’ultimo quarto del XIX secolo, viene elaborata una ginnastica
speciale per lo scolaro sordo partendo dalle tecniche specifiche su iniziativa
di professionisti della pedagogia e sotto il controllo diretto della medicina.
Questa ginnastica di un genere nuovo ha per solo obiettivo l’apprendimento
della parola con l’aiuto, essenzialmente, di esercizi respiratori e della
lettura sulle labbra. Essa risponde ad un cambiamento di concezione in materia
di comunicazione per i giovani sordi: d’ora in avanti essi dovranno imparare a
parlare oralmente per tentare di integrasi nella società. Viene posto il ruolo
della parola e del suo uso nella società occidentale. L’attuazione di una tale
ginnastica, ad uso di questi bambini, interroga la storia e sottolinea la
selvaggia volontà della nostra società di fare dello scolaro sordo, un bambino
che sente, ma anche le ragioni profonde ed i mezzi che sono all’origine di un
tale cambiamento di concezione in materia di comunicazione per i sordi in
Francia. Questa ginnastica speciale di questi giovani scolari si inscrive in un
ampio progetto rieducativo ed ortopedico per categorie stigmatizzate “fuori
norma”, a cui si vieta ormai l’uso della loro lingua primaria, la lingua dei
segni, nell’educazione.Parole chiave :
apprendimento della
parola, lingua dei segni francese
(L.S.F.), ginnastica
speciale, ortopedia, scolaro
sordo.
En el ultimo cuarto del siglo XIX, por iniciativa de
profesionales de la pedagogía y bajo el control directo de la medicina, se
elabora una gimnasia especial para el escolar sordo a partir de técnicas
especificas. Ese nuevo tipo de gimnasia tiene como único objetivo, el
aprendizaje de la palabra con la ayuda, por lo esencial, de ejercicios
respiratorios y de la lectura en los labios. Responde a un cambio de concepción
en cuanto a la comunicación de los sordos jóvenes : a partir de ese momento,
tendrán que aprender a hablar oralmente para intentar ingresarse en la
sociedad. De esta manera, queda planteada la función de la palabra y de su uso
en la sociedad occidental. La aplicación de tal gimnasia, para esos niños,
cuestiona la historia y subraya la voluntad feroz de nuestra sociedad de
convertir al escolar sordo en un niño quien pueda oír y cuestiona también, las
razones profundas y los medios que originan tal cambio de concepción en materia
de comunicación para los sordos en Francia. Esa gimnasia especial para los
escolares jóvenes entra en el marco de un largo proyecto “reeducativo” y
ortopédico para categorías estigmatizadas “fuera de normas”, que se ven
prohibir en adelante, el uso de su primer idioma, el lenguaje de los signos, en
la educación.Palabras claves :
lenguaje francés de los signos
(LSF), aprendizaje de la
palabra, ortopedia, escolar
sordo, gimnasia especial.
Dans le dernier quart du XIXe siècle, à l’initiative des
professionnels de la pédagogie, une gymnastique spéciale pour l’écolier sourd
sera conçue et s’élaborera autour de techniques spécifiques. Cette gymnastique
d’un genre nouveau aura pour seuls objectifs l’apprentissage de la parole, à
l’aide essentiellement d’exercices respiratoires, et la lecture sur les lèvres,
à l’aide d’une gymnastique dite « imitative et buccale ». Elle répondra à un
changement de conception en matière de communication pour les enfants sourds :
dorénavant, les sourds devront apprendre à parler oralement pour tenter
d’intégrer la société, alors que jusque-là, l’intégration se réalisait à partir
de la langue des signes
[1] et du français écrit. C’est donc ici le rôle de la
parole et de son usage dans la société occidentale qui est posé. La mise en
œuvre d’une telle gymnastique, à l’usage des enfants sourds, nous conduit à
nous interroger sur les raisons profondes et les moyens qui sont à l’origine
d’un tel changement de conception en matière de communication pour les sourds
en France. Nous verrons qu’à l’issue du Congrès de Milan (1880) se
développeront encore de nouvelles techniques de même facture, qui ne seront
justifiées que par leurs auteurs alors qu’une opposition s’organisera peu à peu
face à cette tentative de normalisation.
Il n’est pas possible, en nous attachant à une telle étude, de
faire apparaître toutes les forces en jeu qui, au-delà de la langue des signes
et de « l’art de faire parler », font de l’histoire de la surdité et de ses « remèdes », une histoire humaine dans laquelle l’enfant sourd devient un
véritable objet.
En éclairant plus particulièrement une page de cette histoire –
qui n’est pas sans relation directe avec l’histoire plus générale de la
gymnastique, puis de l’éducation physique – l’analyse se réfère à de multiples
travaux qui témoignent de ces différentes problématiques, travaux de Bernard
Mottez, Christian Cuxac, Alexis Karacostas et Jean-René Presneau qui tentent de
montrer l’écart qui sépare les sourds de la norme. On touche donc ici aux
représentations du normal et du pathologique tel que Georges Canguilheim les
explique. Ce dernier affirme : «
l’état
pathologique peut être dit, sans absurdité, normal, dans la mesure où il
exprime un rapport à la normativité de la vie. Mais ce normal ne saurait être
dit sans absurdité identique au normal physiologique car il s’agit d’autres
normes. L’anormal n’est pas tel par absence de normalité ».
[2] Il ajoute que «
l’état physiologique est l’état sain, plus encore
que l’état normal. C’est l’état qui peut admettre le passage à de nouvelles
normes. L’homme est sain pour autant qu’il est normatif relativement aux
fluctuations de son milieu. (…)
Le
concept de norme est un concept original qui ne se laisse pas, en physiologie
plus qu’ailleurs, réduire à un concept objectivement déterminable par des
méthodes scientifiques. Il n’y a donc pas, à proprement parler, de sciences
biologiques du normal ».
[3] A la lumière de ces réflexions, il nous apparaît que
la surdité en tant que telle, ne traduit pas un état pathologie mais bien un « autre normal », ce que nous tenterons de montrer aussi, à notre tour, dans
cette présente contribution. Dans cette histoire, la chronologie politique ne
sera donc qu’une référence superficielle dont il faut se libérer. L'histoire de
la surdité, parallèle plus qu’imbriquée, ne saurait se couler dans l’histoire
politique. Si elle en subit les effets, elle n’en est pas moins singulière et
dépend des acteurs qui prétendent gérer une réalité marginale en respectant
globalement des orientations plus générales et plus philosophiques d’une
conception de la normalité. En partant des faits, nous pourrions montrer que
les choix institutionnels sont bien souvent liés à des enjeux extérieurs et que
l’enchaînement des faits n’est qu’une cascade d’actions-réactions entre deux
mondes qui ne cessent de s’opposer depuis la Révolution française : celui des
décideurs, des « politiques » et celui des citoyens, destinés à se conformer
aux règles d’un jeu qui les dépasse la plus souvent. L’analyse s’appuie sur
l’étude de l’Institut National de Jeunes Sourds (I.N.J.S.) de Paris.
[4] Créée pendant la Révolution
française, elle est la première et la plus prestigieuse école publique pour
enfants sourds. Elle se présente très tôt comme un véritable lieu d’éducation
où la place du corps est primordiale. La prévention des maladies et le maintien
de l’intégrité corporelle de l’écolier sourd passent par l’application de
préceptes liés à l’hygiène. L’Institut National de Jeunes Sourds de Paris est
une école à part et dépend depuis la fin du XVIII
e siècle du monde de la santé, qui a
fait de la surdité un champ de recherche et d’expérimentation. Or les médecins
ne sont pas des pédagogues. Ces derniers interviennent pourtant sur le plan
pédagogique en ce qui concerne les « détails d’application ». En quelque sorte,
les uns légifèrent ou donnent des ordonnances, les autres les appliquent et les
derniers, les enfants, les subissent. De ce fait, nous ne pouvons nous situer
dans une histoire institutionnelle à proprement parler, ni dans une simple
histoire de la pédagogie pour enfants sourds. Nous sommes dans une histoire « plus large » qui englobe différents paramètres et cherche à comprendre pour
quelles raisons, des options, que le bon sens n’autoriserait pas, peuvent
s’imposer à un moment donné.
[5]
L’analyse s’appuie sur l’étude d’archives propres à
l’Institution Nationale de Jeunes Sourds de Paris dont certaines ne sont pas
encore classées, et montre que les pratiques corporelles « orthopédiques » ou
autres, ne sont souvent que le résultat d’implications particulières dominées
par des intérêts qui ne font du corps qu’un champ de recherche et de contrôle
comme peut l’illustrer l’application des résolutions prises lors du fameux
congrès de Milan.
Pourquoi le congrès de Milan ?
En septembre 1880, un congrès international destiné à
promouvoir la méthode orale en matière d’éducation des enfants sourds est
organisé à Milan. Les résolutions qui y sont prises seront appliquées à la
lettre dans les instituts nationaux français. Au regard de l’histoire de
l’éducation des enfants sourds en France et plus particulièrement de celle de
l’Institut National de Jeunes Sourds de Paris, un tel congrès aurait pu avoir
lieu bien avant. Il aurait pu se dérouler dès les années 1820, à l’heure de la
naissance d’une pensée européenne. Il s’affirme et permet ainsi aux savants,
aux philosophes et aux écrivains d’élargir le champ de leurs recherches aux
sciences exactes, déjà encouragées par la Révolution et l’Empire, mais aussi
aux sciences naturelles, illustrées par Lamarck qui formule des hypothèses sur
l’évolution des êtres vivants, que reprendra Darwin et surtout Geoffroy
Saint-Hilaire et Cuvier.
A la mort de l’abbé Sicard, premier directeur de l’Institut
National de Jeunes Sourds de Paris, le 11 mai 1822, l’école, sans véritable
politique éducative claire, est en quelque sorte à l’abandon. S’annonce alors
un mouvement de reprise en main par les tendances dites « oralistes », sous
l’impulsion notamment de Joseph Marie de Gérando, président du Conseil
d’Administration et de Jean Marc Gaspard Itard, médecin chef de l’institution.
L’« oralisme » avait déjà fait son entrée au début des années 1800 après la
nomination de ce dernier. C’est le discours et la caution médicale qui,
massivement légitimés, ont contribué à promouvoir l’éducation de la parole pour
les enfants sourds. Itard, dans différentes publications ou communications, n’a
de cesse d’affirmer que la plupart des surdités sont traitables, voire
guérissables et qu’il serait donc préférable de tenter de soigner la surdité
plutôt que de s’en accommoder en imaginant des procédés d’instruction
spécifique. Dès 1810, il tentera d’éduquer quelques enfants sourds par une
méthode dite «
physiologique », une
sorte de «
forçage » des sens à base
d’exercices vocaux. A propos de cette première expérience qui devait se
prolonger et s’amplifier jusqu’à s’institutionnaliser tout au long du
XIX
e siècle, Itard devait
affirmer : «
j’avais remarqué que parmi ceux de
nos élèves qui n’étaient pas
complètement sourds, il y en avait quelques-uns dont l’audition s’améliorait
assez rapidement en l’excitant méthodiquement par l’action des corps sonores.
(…) ». Trois des six jeunes sourds concernés «
furent rendus à leur famille, entendant et
parlant et présentés comme tels à la Société de la Faculté de Médecine qui
consigna ce résultat dans un de ses bulletins ».
[6]
L’année 1822 avait vu également la publication, en date du 8
février, de la « Circulaire Capelle », du nom du Conseiller d’État chargé des
hospices, invitant les pouvoirs locaux à étendre l’action éducative et
d’instruction à un plus grand nombre d’enfants sourds en France.
[7] Cette volonté se heurtait
néanmoins à deux obstacles fondamentaux que sont la langue gestuelle, son
enseignement, son utilisation et la spécificité de la surdité comme le souligne
J. R. Présneau.
[8]
En 1827, la question des méthodes de communication pour les
écoliers sourds était clairement posée. Le baron de Gérando faisait paraître
cette année-là deux ouvrages entièrement consacrés aux méthodes d’éducation des
sourds
[9] et une
première Circulaire internationale qui remettaient en cause le bon usage de la
langue des signes pour les enfants sourds.
[10] En 1829, cette remise en cause se traduisait par la
publication d’une nouvelle circulaire, la « Deuxième circulaire de
l’Institution Royale des Sourds-Muets de Paris », qui posait comme objectif de
scolarité la disparition progressive de la langue des signes. Celle-ci
précisait : «
le Conseil de
Perfectionnement
[11] a blâmé l’usage trop
constant de la mimique, il pense qu’il faudrait conduire l’enseignement
pratique de telle sorte que, non seulement la langue mimique, enrichie chaque
jour, n’en formât pas constamment l’âme et le fond, mais, qu’au contraire elle
s’y effaçât pour ainsi dire progressivement. »
[12] En 1832, le ton se durcissait encore
lors de la publication de la « Troisième Circulaire », et lorsque le directeur
de l’Institut National des Sourds-Muets de Paris, Désiré Ordinaire, tenta
d’imposer la rotation des professeurs, système qui obligeait enseignants et
élèves à gravir ensemble les échelons de la scolarité mais, à moyen terme, il
interdisait aux sourds d’être professeurs puisque dans les dernières années
intervenait l’articulation, matière qu’un enseignant sourd ne pouvait
enseigner. Cette Circulaire, rédigée de la main même du baron de Gérando,
visait à faire disparaître la pratique gestuelle de l’Institution. Son article
13 mentionnait : «
l’enseignement sera donné dès
la première année et pendant toute la durée du cours, concurremment à l’aide de
l’écriture, et à l’aide de l’articulation artificielle combinée avec la lecture
sur les lèvres (…) ».
[13] Après une période de lutte entre les « pro » (sourds
et quelques entendants) et les « anti » gestes (entendants), ces orientations
ne furent pas appliquées mais devinrent tout de même le ciment des futures
résolutions adoptées lors du Congrès de Milan. A partir de 1842, les leçons
d’articulation devinrent systématiques. Elles s’imposèrent parallèlement à la
mise en œuvre d’une nouvelle méthode d’enseignement pour les enfants sourds, la
méthode dite «
intuitive » qui
consistait «
à faire entrer par les yeux, à
l’aide de l’écriture, ce que la mère y eût fait entrer par les oreilles à
l’aide de la parole ».
[14] Dans les années 1870, enfin, signe que le discrédit
envers la L.S.F. s’était largement renforcé, des écoles privées pour enfants
sourds s’ouvrent un peu partout en France. Dans la plupart, on y applique une
méthode d’enseignement purement oraliste. En 1878, un premier congrès au cours
duquel les participants préconisaient l’abandon de la L.S.F. était alors
organisé à Paris. L’Institut National de Jeunes Sourds de Bordeaux devait
appliquer, dès l’année suivante, les principes d’une éducation exclusivement
orale, alors que de vives réactions se faisaient sentir dans le milieu sourd.
La remise en cause de l’usage de leur langue première pour les sourds,
[15] la langue des signes, fut
donc le résultat de longues controverses entre les tenants, tous entendants, de
l’apprentissage de la parole et les opposants à l’usage exclusif de la parole.
Un deuxième congrès, international celui-ci, consacré exclusivement à
l’éducation des sourds-muets, est alors envisagé. Il se tiendra à Milan du 6 au
11 septembre 1880 alors que de profondes mesures de laïcisation concernant
principalement l’école entrent en vigueur, que la loi rend l’enseignement
primaire obligatoire et laïque et que la religion n’est plus enseignée dans les
locaux scolaires.
Organisé en collaboration avec les membres des instituts
italiens qui partagent depuis de longues années les mêmes vues que les français
sur cette question, ce nouveau congrès se propose explicitement de régler le
problème de la communication pour les écoliers sourds. Il regroupe 255
congressistes. Les Italiens, avec 157 délégués, et les Français, avec 67
délégués, y sont majoritaires. Les autres participants sont quelques
américains, suédois ou allemands qui viennent en simples observateurs. Sur la
totalité des congressistes, seuls deux sourds sont présents : Claudius
Forestier, directeur de l’Institution de Lyon et un Américain, James Denison,
professeur à l’Institution de Washington D.C. Les délégués votant sont au
nombre de 164, parmi lesquels on peut compter 87 délégués italiens, 56 délégués
français, 8 délégués de Grande-Bretagne, 5 des Etats-Unis et 8 de divers autres
pays. Les congressistes italiens disposent donc, à eux seuls, de la majorité
absolue. Seuls les délégués américains se présentent au congrès avec de
véritables pouvoirs, qu’ils ont reçus de l’Assemblée générale des Directeurs
d’Institutions américaines, les autorisant à agir en qualité de représentants.
La délégation française est composée aux deux tiers de religieuses et de
prêtres. Les membres participant au Congrès sont pour la plupart des
enseignants qui pratiquent déjà l’oralisme et sont convaincus de la légitimité
de cette conception. Le choix même des rapporteurs et de certains participants
est avant tout stratégique : l’un des rapporteurs, M. Franck, s’étant prononcé
vingt ans auparavant en France pour la méthode mixte, son revirement en faveur
de la méthode orale pure paraîtra d’autant moins suspect de
partialité.
Le choix de la ville s’explique par le fait que les
Institutions milanaises ont été parmi les premières d’Europe à pratiquer la
méthode orale pure et celui du pays parce que les problèmes d’unification
linguistique ne sont nulle part aussi vifs qu’en Italie. Pendant les six jours
que durent les débats, se multiplient accusations et verdicts remettant en
cause la pertinence de l’usage des signes dans l’enseignement. Les principales
décisions prises lors de ce Congrès aboutissent à la suppression de la méthode
utilisant exclusivement la L.S.F., puis de la méthode mixte (L.S.F. et
expression orale). Ces orientations suffiront, à elles seules, à changer
radicalement le sort des sourds. Ainsi, la résolution 1 stipule : «
Le Congrès, considérant l’incontestable
supériorité de la parole sur les signes pour rendre le sourd-muet à la société
et lui donner une plus parfaite connaissance de la langue, déclare : que la
méthode orale doit être préférée à celle de la mimique pour l’éducation et
l’instruction des sourds-muets ».
[16] La résolution 2 ajoute : «
Le Congrès, considérant que l’usage simultané de
la parole et des signes a l’inconvénient de nuire à la parole, à la lecture sur
les lèvres et à la précision des idées, déclare : que la méthode orale pure
doit être préférée ».
[17]
Les arguments officiels pour interdire l’utilisation de la
L.S.F. dans les écoles pour enfants sourds sont de différents ordres. Le
premier argument mis en avant est celui de l’aspect naturel de la langue orale
chez les hommes. «
Si la parole est
naturelle » affirme le révérend Thomas Arnold de l’Institution de
Northampton, de la délégation britannique, «
les
signes ne sont qu’une tentative artificielle pour y suppléer (…).
Les signes sans doute sont souvent animés et
pittoresques, mais ils sont absolument insuffisants pour l’abstraction. En
effet, aucun signe proprement dit ne peut servir à cette opération de
l’esprit ».
[18] La L.S.F. constituée de signes enracinés dans
l’expression naturelle du corps, serait alors la langue de la nature, et plus
encore celle de l’animalité. Le second argument est religieux. En effet, l’abbé
Jules Tarra, président du Congrès défie quiconque «
de définir par des signes Dieu, les anges, l’âme,
la foi, l’espérance, la charité, la justice, la vérité et tout ce qui dans la
religion se rapporte à des êtres ou à des idées de cette nature. La parole
vive, orale encore plus que l’écriture, est le seul signe mental qui puisse
indiquer les choses spirituelles et abstraites, sans leur donner une figure,
sans les matérialiser. De nature divine elle-même, elle est le moyen le plus
convenable pour parler des choses divines et des choses rationnelles
».
[19] Dans ce même
registre, un autre congressiste resté célèbre, l’abbé Balestra, directeur de
l’Institution de Côme, ajoutera : «
Dieu, après
avoir créé l’homme, lui donna la parole, et Adam a donné un nom à tous les
animaux ; ce fut donc Dieu lui-même qui nous fournit la méthode objective
orale ».
[20] Toutefois, le principal argument développé est
d’ordre médical, argument déjà énoncé de son vivant par le docteur Itard :
l’apprentissage de la parole et son usage constitueraient un élément
prophylactique essentiel pour la santé même de l’élève sourd, que la mauvaise
respiration et l’inaction des poumons prédisposeraient aux phtisies
pulmonaires. L’angoisse de la phtisie pulmonaire, fléau majeur en cette fin de
siècle, s’accompagne d’un intérêt particulier pour le souffle et d’une grande
attention pour la respiration. L’articulation exercerait une influence
salutaire sur la santé des élèves en donnant « de la souplesse et de la vigueur
aux poumons ». L’air sera donc aussi au centre des nouvelles préoccupations en
matière d’éducation des enfants sourds.
Mais ces arguments ne sont que l’aspect apparent de l’enjeu du
congrès. Les véritables motivations qui poussent au rejet de l’utilisation des
signes dans l’éducation des jeunes sourds sont peut-être ailleurs. En effet,
pour C. Cuxac,
[21] la
première motivation est de nature linguistique. La question de l’unité
nationale est toujours à l’ordre du jour en ces années 1880. Pour les décideurs
politiques de la III
e
République tels Jules Ferry ou Jean Jaurès, la réalisation de l’unité nationale
doit passer par l’abandon des langues régionales ou minoritaires : le breton,
le basque, le corse… et la L.S.F. pour les sourds. L’exclusion de la L.S.F.
serait donc l’expression d’une volonté politique, les sourds constituant un
groupe minoritaire dissident par la langue qu’ils utilisent, groupe qu’il est
urgent de normaliser, et qui doit, à l’instar des autres groupes minoritaires,
s’exprimer dans la langue de son pays : le français. La deuxième motivation est
plus politique encore. Les grandes institutions nationales pour jeunes sourds
sont des lieux qui posent problème. En effet, «
les institutions de sourds au XIXe siècle sont alors des lieux éducatifs
qui dérangent par le fait du mélange des classes sociales qui y règne. La
plupart des enfants qui y sont scolarisés, s’ils avaient été entendants,
n’auraient pas bénéficié d’une instruction. »
[22] Mais il nous semble qu’une autre
motivation est sous-jacente. Plus profonde, de nature philosophique, elle est
liée au corps, à son statut dans cette deuxième moitié de XIX
e siècle. Le corps est nié en tant
qu’objet de plaisir et de communication. Il est alors perçu et envisagé tel un
instrument, un objet utilitaire dans une visée positiviste qui doit servir
aussi à inculquer l’ordre républicain : la promulgation de la loi George le 27
janvier 1880 qui rend l’enseignement de la gymnastique obligatoire dans tous
les établissements d’instruction publique de garçons dépendant de l’État, des
départements et des communes peut en être une illustration, de même que la mise
en place des bataillons scolaires dans les établissements d’éducation en
France, par le décret signé par Jules Ferry le 6 juillet 1882. Le corps est
alors un corps « outil », un « capital humain »
[23] qu’il faut préserver, mais aussi qu’il
faut contrôler davantage encore, afin de mieux le maîtriser, le normaliser.
Cette réalité a conduit à la négation du corps expressif. Tandis que l’âme est
du côté de la transparence, le corps plaisir, le corps expressif est lui, du
côté de l’obscurité. Or la L.S.F. est avant tout une langue du corps puisque
c’est par l’usage de l’intégralité de son corps que le sourd entre en
communication avec son entourage : positions des mains et des bras dans
l’espace, expressions du visage, mouvements de la tête et des épaules, etc. A
aucun moment, la différence entre les signes gestuels appartenant à un système
organisé dans le cadre d’une langue et les manifestations physiologiques du
corps ne sera faite. Les conclusions du Congrès de Milan sont fortement
teintées de cette perception du corps, de cet amalgame qui aboutit à la
négation de la L.S.F. dans la société de la fin du XIX
e siècle, et à la mise en œuvre de
l’entreprise orthopédique de prévention et de correction, sous contrôle
médical, des difformités du corps du jeune sourd, notamment de la prétendue
difformité de sa communication. Dans le contexte d’une foi dans les sciences et
les techniques, capables de gommer la déficience, les sourds pourraient alors
véritablement intégrer la société et ainsi rompre avec l’idée toujours présente
d’une certaine animalité, afin d’appartenir sans ambiguïté à la communauté
humaine.
Les premières conséquences apparaîtront sous la forme
d’inventions de nouvelles techniques orthopédiques où l’expression du corps
sera réduite aux seuls mouvements de la bouche lors de l’apprentissage de la
parole : gymnastiques dites respiratoire, imitative ou buccale, application de
nouvelles technologies pour la reconnaissance de la parole ou la lecture sur
les lèvres.
Naissance d'une gymnastique spéciale
Dans la droite ligne du congrès de Milan, de nouveaux
programmes d’enseignement pour les écoliers sourds sont approuvés et publiés
par le Ministre de l’Intérieur le 13 juillet 1889. Ceux-ci marquent pour les
enfants sourds, et par voie de conséquence pour l’ensemble de la communauté
sourde en France, l’ultime rupture en matière de communication. Les enfants
sourds devront utiliser exclusivement la parole et la lecture sur les lèvres
lors de leur éducation dans les établissements scolaires. En première année de
scolarité, par exemple, après un examen initial visant à mesurer « l’état
physique et intellectuel de l’élève », l’enseignant-rééducateur devra procéder
à une «
éducation de la vue, du toucher et une
préparation de l’appareil vocal ».
[24] Puis, le nouveau programme prévoit que chaque
enseignant devra mettre en place un travail visant «
l’imitation des mouvements du corps, des
différentes attitudes et des divers jeux de la physionomie, imitation des
mouvements et des positions des organes vocaux, lecture synthétique sur les
lèvres de quelques mots : noms d’objets, petits ordres, noms des élèves de la
classe et de leurs maîtres, éducation du toucher et exercices de
respiration ».
[25] La conception du corps du jeune sourd sous-jacente à
ce programme est celle d’un corps objet dont l’expressivité doit être au
service de l’expression orale, de l’expression verbale, bref, d’une éducation
de la voix.
Les élèves devront donc pratiquer une gymnastique respiratoire
et une «
gymnastique vocale : vibration labiale
et linguale, balbutiements, etc. », visant la «
provocation de la voix, la correction des défauts
de la voix et l’utilisation et développement du sens de l’ouïe
».
[26] Nombre
d’enseignants restaurent d’anciennes techniques ou en élaborent de toutes
nouvelles à base d’exercices pédagogiques afin de développer chez les élèves
sourds une meilleure respiration. Tous les professeurs d’articulation des
prestigieux établissements d’éducation pour jeunes sourds, reconnus en tant que
tels, semblent d’accord sur cette nécessité de préparer les organes qui
concourent à la production de la voix. Pour parler, l’enfant sourd doit
apprendre à respirer. Sans une respiration bien éduquée et contrôlée
méthodiquement, il n’y a pas d’apprentissage de la parole. Marius Magnat,
notamment, affirme que «
les poumons, dans leurs
fonctions, ne recevant que l’air qui est propre à l’acte de la respiration,
n’ont pas acquis le degré de force nécessaire pour produire des sons. C’est
donc par l’exercice des poumons qui constituent la partie essentielle de
l’organe vocal que le professeur commencera l’enseignement de
l’articulation ».
[27] L’action des poumons chez les gens qui parlent est
alors décrite comme ayant un double but : «
introduire de l’oxygène dans le sang et fournir le souffle,
la matière de la voix. »
[28] Les poumons de l’écolier sourd-muet ne servant «
qu’à un seul de ces deux objets, ils sont
conséquemment moins bien développés que ceux d’un enfant du même âge qui parle
et leur fonction s’exécute d’une façon anormale ».
[29] L’acte de parler est
décrit par Magnat comme un moyen d’entraînement : «
plus l’enfant sourd parlera, plus sa respiration
redeviendra normale et réciproquement ». Il ajoute ensuite : «
généralement, la respiration d’un sourd-muet est
courte et suffoquée. Tandis qu’un individu ayant des poumons normalement
développés respire de quatorze à vingt fois par minute, un sourd-muet adulte,
dans le même laps de temps, respirera de vingt-quatre à vingt-huit fois. Par
des soins de l’habitude, on a ramené la rapidité de respiration de sourds
parlants à des conditions normales. ».
[30] Tous les exercices susceptibles de
favoriser l’action des muscles utiles à la respiration sont à employer et
particulièrement ceux qui mettent simultanément en jeu le plus grand nombre de
muscles : «
l’élève est placé debout, les bras
tombants, les paumes des mains appliquées l’une contre l’autre. Pour favoriser
l’inspiration, on lui fait écarter les bras en les élevant dans le plan du
corps jusqu’à la hauteur des épaules et un peu au-delà même. Les bras et les
épaules, en se soulevant, mettent en jeu tous les muscles qui ayant leur point
d’attache sur l’humérus, les clavicules ou les omoplates, vont aboutir aux
côtes et les entraînent dans un mouvement d’élévation qui a pour effet
d’augmenter la capacité thoracique. Le mouvement inverse, que l’on fait
ensuite, vient faciliter l’expulsion de l’air contenu dans les
poumons. ».
[31] Ludovic Goguillot, autre professeur dit de « démutisation », présente, par ailleurs, de nombreux exercices qui servent
d’intermédiaire entre la gymnastique respiratoire et l’enseignement des sons,
entre la gymnastique pulmonaire et l’éducation de la voix par laquelle commence
l’enseignement proprement dit de l’articulation. Auguste Dubranle, également
professeur à l’Institution Nationale des Sourds-Muets Paris affirme, quant à
lui, la valeur de l’articulation et le rôle qu’il convient de lui assigner sur
le plan pédagogique dans l’enseignement des écoliers sourds. Le passage à un
enseignement spécifique dit d’« articulation » place la parole au rang d’objet.
Elle n’est plus vecteur de communication mais devient, dans le contexte médical
de l’époque et sous couvert de justifications hygiéniques, un instrument séparé
de tout message linguistique. La parole-outil cède la place à la parole-objet.
Il y a, en effet, pour Dubranle une importance hygiénique réelle à exercer
l’élève sourd à l’articulation, car, «
lors de la
phase d’articulation, les muscles inspirateurs et expirateurs thoraciques se
mettent en jeu chez l’homme qui fait usage de la parole ; tout au contraire,
chez le sourd-muet qui n’articule pas, ils auraient tendance à diminuer de
volume. Il s’ensuivrait par contrecoup, que l’articulation des mots chez le
sourd-muet développerait et ces muscles et l’appareil respiratoire et la
circulation (…). ».
[32] Le second point important développé par Dubranle est
que chez l’homme qui parle, par suite de l’émission des sons, il se produit à
l’ouverture « glottale » et au larynx lui-même, une souplesse qui favorise
l’acte respiratoire. Par conséquent, la respiration de l’écolier sourd qui
articule serait plus favorable à sa santé que celle du jeune sourd qui
n’articule pas. Il y aurait donc le plus grand intérêt à habituer le jeune
sourd à une pratique de la « gymnastique pulmonaire ». Ainsi, «
après avoir procuré au jeune sourd une
respiration plus normale, une circulation plus régulière, développé ses poumons
et sa poitrine, amélioré dans une large mesure sa constitution physique, la
gymnastique pulmonaire ferait encore beaucoup pour lui : elle lui donnerait un
instrument complémentaire de communication qui lui permettrait d’entrer plus
intimement et d’une manière plus spontanée en relation avec ses
semblables ».
[33] L’éducation de la respiration du jeune sourd devait
donc précéder et accompagner celle de ses organes vocaux. La méthode orale pure
étant imposée, des études de professionnels continueront d’alimenter les
nouvelles gymnastiques spéciales de l’écolier sourd. Ainsi pour Danjou, le
jeune sourd doit parler de très bonne heure, «
afin que ses organes s’exercent et se fortifient par le
travail, au lieu de s’engourdir ou de s’atrophier dans l’inaction
».
[34] Pour lui, la
parole du sourd, pour qu’elle ne lui soit pas inutile, doit répondre à trois
conditions. Elle doit être « supportable à l’oreille », « intelligible pour
tout le monde » et « assez coulante pour suffire aux frais d’une conversation
ordinaire ». Cela revient à dire que le jeune sourd doit avoir « la voix
naturelle », « l’articulation correcte » et « le débit facile ».
[35] En vue d’obtenir ce
triple résultat auquel est lié le succès de l’éducation tout entière, il est
indispensable pour Danjou que le maître d’articulation mette en place les
exercices de respiration. Ceux-ci peuvent se résumer en un petit nombre de
situations-types dans lesquelles l’élève doit mettre en jeu le plus grand
volume d’air possible, donner à son souffle la plus grande énergie possible,
modifier son rythme respiratoire, régler la pression et le débit de son
souffle, interrompre son souffle et modifier la forme du canal aérien.
[36]
Les pédagogues, sans connaissances particulières liées à la
respiration sur le plan scientifique, ont fait le plus souvent preuve d’une
réelle imagination et d’une bonne dose d’ingéniosité pour mettre au point ces
exercices pédagogiques. L’idée revient alors comme leitmotiv : en sollicitant
la respiration de l’enfant sourd, sa capacité à produire la parole sera
améliorée. Pour cela, l’écolier doit, par exemple, éteindre une bougie d’abord
placée hors de la portée du souffle et que l’on rapproche graduellement ou
encore souffler sur une bougie le plus longtemps possible sans l’éteindre ;
autre exercice, rallumer avec le souffle une bougie en dirigeant sur sa mèche
la flamme d’une autre bougie. Un autre exercice encore fait appel à des billes
de diverses grosseurs, des tables de classe à rainures, deux règles très
longues disposées parallèlement sur une table et légèrement espacées, une règle
de bois à rainure de deux mètres cinquante à trois mètres de longueur et
graduée en centimètres, un tuyau de caoutchouc, un tube de verre recourbé de
diamètre un peu inférieur à celui de la bille. L’exercice consiste à faire
rouler la bille le long des rainures de la table. Celle-ci étant placée à un
bout de la rainure, l’élève doit la conduire à l’autre extrémité en soufflant
dessus, le nombre de souffles n’étant pas limité pour les débutants. Puis il
est demandé de conduire la bille d’une extrémité à l’autre de la rainure en
soufflant le moins de fois possible, de faire rouler la bille le plus loin
possible d’un seul souffle, de faire rouler plusieurs billes à la fois, de plus
en plus grosses, de faire rouler une bille dans une rainure inclinée, enfin, de
faire parcourir à la bille une longueur de chemin indiquée à l’avance. Quand la
bille s’arrête dix fois sur dix dans l’intervalle compris entre le dixième
centimètre en avant, et le dixième en arrière du but indiqué, il est considéré
que le souffle est bien exercé.
De nombreux autres exercices font appel à des objets les plus
divers s’utilisant sur la table de classe, tels que morceaux de craie,
bûchettes, petites quilles, petits soldats, dominos et toutes sortes d’objets
susceptibles d’être renversés par le souffle. Aux yeux de Danjou, l’exercice
est pour l’élève, nouveau, chaque fois que l’objet est changé. Il fait
également appel à des objets que l’on peut suspendre à des fils au plafond tels
que balles en papier et autres corps légers. L’exercice consiste alors à faire
balancer l’un de ces objets au moyen du souffle ou à éloigner l’objet à une
distance donnée, avec le moins de souffle possible ou encore à faire balancer
l’objet dans une direction donnée.
[37] Les exercices servent aussi à mesurer la force du
souffle. Danjou considérant ces exercices comme fatigants, les élèves ne les
répètent pas plus de trois fois de suite.
Ces exercices de souffle et ces exercices respiratoires
reposent donc sur l’idée qu’une bonne expression orale passe par un travail
répété et systématique de la respiration. Celle-ci devient source directe
d’énergie, transformant l’acte respiratoire en acte moteur socialement
signifiant. Goguillot souligne également l’importance de ces exercices «
dans la phase préparatoire de l’instruction de
l’écolier sourd-muet », et le rôle des éléments d’articulation mais
aussi de la lecture sur les lèvres pour l’application de la méthode dite orale
pure. Pour lui, l’application de cette méthode exige donc, outre la pratique de
ces exercices de souffle, une éducation de la vue. L’œil du jeune sourd,
généralement très mobile nous dit Goguillot, «
a
besoin d’être ramené à une fixité toute particulière pour pouvoir saisir les
mouvements de plus en plus délicats qu’on va soumettre à son observation.
Habitué jusque là à ne voir que les côtés les plus saillants d’un objet,
l’ensemble d’une personne ou d’une action, le sourd-muet doit être amené à
détailler au contraire et à concentrer son attention sur un point déterminé ou
sur un mouvement particulier ».
[38] Les premiers exercices de respiration introduits par
les « professeurs-démutisateurs » sont des exercices simples. Ils consistent
par exemple, à faire marcher l’élève en imitant le pas de son maître, à faire
ouvrir et fermer une porte, déplacer un livre, une ardoise, saluer, s’asseoir
et se lever, se pencher en avant ou en arrière, à droite, à gauche. Après ces
exercices globaux, Goguillot propose de réaliser des mouvements de bras ou de
jambes. Viennent ensuite les mouvements de la tête, en avant ou en arrière, à
gauche ou à droite. En complément de cette gymnastique, le professeur
d’articulation fait appel à une gymnastique particulière appelée buccale «
puisque l’élève sourd-muet ne s’étant servi de sa
bouche que pour manger, ne savait pas la mouvoir à la manière d’une personne
parlante. Il ne savait pas non plus contracter et distendre ses lèvres,
aplanir, élever, pousser, retirer et contracter sa langue ». Dans la
perspective de l’apprentissage de la parole, il semble donc indispensable pour
ces rééducateurs «
d’habituer peu à peu l’élève
sourd à faire exécuter à la bouche, aux lèvres et à la langue tous les
mouvements qui sont faits en parlant ».
[39] Ces exercices de préparation à
l’articulation sont présentés comme ayant une triple utilité : assouplir les
muscles de la mâchoire, donner à la langue une agilité particulière et éduquer
l’œil. Autrement dit, «
à la gymnastique de la
mâchoire, succèdent les mouvements de lèvres : on fait prendre à celles-ci
toutes les positions requises pour l’émission des diverses articulations.
Viennent pour finir les mouvements de la langue qui demandent encore plus
d’attention et d’observation de la part de l’œil. Pour obtenir de l’élève une
imitation plus parfaite et plus prompte de ces mouvements, l’emploi du miroir
sera d’un grand secours. Le jeune sourd et le maître, se tenant devant un
miroir, exécutent ensemble la même gymnastique buccale ».
[40]
Tous ces exercices pédagogiques vont être rapidement
systématisés, repris et enrichis par le corps médical pour en faire une
nouvelle discipline et une nouvelle technique : l’orthophonie. L’orthopédie
oraliste va alors vivre une phase euphorique et ne sera véritablement contestée
que près de trente ans plus tard, par les psychologues Binet et Simon et par « le mouvement sourd » qui va se radicaliser et se structurer progressivement en
mouvement international.
Binet et Simon publient en 1909 une étude restée célèbre.
L’enquête porte sur la population sourde adulte. Il s’agit de la première, à
notre connaissance, menée par des psychologues, qui porte sur l’enseignement
oral et ses conséquences chez l’adulte sourd. Les conclusions sont un véritable
constat d’échec. Elles dressent un bilan catastrophique de trente années
d’éducation orale pure : «
la méthode orale pure
nous paraît appartenir à une pédagogie de luxe qui produit des effets moraux
plutôt que des effets utiles et tangibles. Elle ne sert point au placement des
sourds-muets, elle ne leur permet pas d’entrer en relation d’idées avec des
étrangers, elle ne leur permet même pas une conversation suivie avec leurs
proches, et les sourds-muets qui n’ont point été démutisés gagnent aussi
facilement leur vie que ceux qui sont munis de ce semblant de parole
».
[41] Les
psychologues notent l’inefficacité de la méthode orale et son incapacité à
atteindre le but assigné, à savoir : que l’enfant sourd prenne place au sein de
la société entendante. Les conclusions de cette étude soulèvent un tonnerre de
protestations au sein des établissements d’enseignement pour enfants sourds.
Binet propose alors aux détracteurs de l’étude d’entreprendre de nouvelles
expériences en vue de contrôler si les sourds dont la surdité est complète et
congénitale peuvent communiquer par la méthode orale. Cette nouvelle étude ne
verra pas le jour, les professionnels de l’éducation spécialisée – tout comme
les membres des administrations de tutelle – ne souhaitant pas prolonger une
telle publicité. Binet demandera alors le retour à l’enseignement par signes
dans les écoles pour enfants sourds «
pour
épargner aux enfants sourds complets, sourds avant l’âge d’un an, les fatigues
et les pertes de temps de l’enseignement oral qui, après statistiques, échoue
complètement et lamentablement chez plus des quatre cinquièmes
d’entre-deux ».
[42] Si comme le souligne C. Cuxac
[43], les conclusions de Binet n’ont pas été
suivies, il semble néanmoins qu’elles ont contribué à un assouplissement de la
méthode orale pure, notamment par la réintégration du français écrit dans
l’enseignement pour les enfants sourds, lors de la révision des programmes, et
la permission, en 1910, de la communication gestuelle entre élèves hors des
cours. La méthode orale, avec quelques modifications mineures, demeurera
toutefois au centre de l’éducation des enfants sourds pour de très longues
années encore, le jeune sourd gardant pour l’essentiel un statut
d’irresponsable, l’adulte sourd restant un être « inférieur » dont le statut
juridique demeure précaire. Ces représentations et ces considérations auront
donc de douloureuses conséquences pour les enfants sourds et plus généralement
pour la communauté sourde en France, celle-ci devant impérativement s’organiser
et lutter contre ce projet de société afin de maintenir le lien social avec la
communauté française entendante. La préservation de ce lien fut possible pour
la communauté sourde par la mise en place de contre-pouvoirs : journaux,
congrès, associations de toutes sortes, notamment sportives. Cette
contre-orthopédie revêt différentes formes, mais toutes tentent, souvent avec
une énergie étonnante, de lutter contre une normalisation abusive. Ainsi, en
réaction du Congrès de Milan, on assiste à une véritable explosion de la presse
silencieuse, une presse faite par les sourds et pour les sourds.
[44] L’ensemble de ces
journaux laisse une large place à la réflexion sur l’éducation des enfants
sourds et s’oppose, de façon radicale, à la méthode orale pure. A titre
d’exemple, on peut lire à la fin du siècle dernier dans le journal « la Défense
des sourds-muets » des réflexions ironiques : «
Par cette posture, (posture de face à face entre
l’élève et le maître)
les maîtres infusaient leur
haleine dans notre bouche, forcément ouverte, et tenaillaient notre langue avec
leurs doigts. Nous respirions ainsi à plein nez cet air vicié et cela avec
beaucoup de répugnance. Selon l’odeur plus ou moins mauvaise de leur souffle,
nous ne faisions que les tourner en ridicule, en disant en nous, sans qu’ils
s’en doutassent : Pouah ! Pouah ! Horreur ! Il sent le tabac, l’ail, le vin,
l’alcool, le gaz, le fromage ».
[45] Cette presse est encore au tout début du XX
e siècle, l’héritage de l’éducation
bilingue L.S.F./ Français écrit, partiellement appliquée dans les
établissements de jeunes sourds avant le Congrès de Milan. Elle va
progressivement perdre de sa force, les sourds militants vieillissent et ne
sont plus remplacés par des sourds plus jeunes possédant les « outils » de la
langue écrite française. On assiste alors à la marginalisation de tout un
groupe minoritaire, les sourds devenant pour la très grande majorité
analphabètes après plus de quinze années passées dans les prestigieux
établissements d’éducation pour jeunes sourds à subir les techniques
orthopédiques d’oralisation.
[46]
Pendant la même période, de très nombreuses associations ont vu
le jour. Pour fédérer ces associations, deux groupements se sont
institutionnalisés : la « Fédération des Sociétés
de sourds-muets », fondée en 1896 et « l’Union nationale des Sociétés de Secours mutuels de
sourds-muets » fondée en 1897. Des congrès aussi ont été organisés
par les sourds, dont les entendants sont d’abord exclus : Chicago, Paris. De
multiples doléances y sont formulées : droit à la différence, respect de
l’usage de la L.S.F., droit au travail, etc. Le Congrès de Paris pour « l’étude
des questions d’assistance et d’éducation des sourds-muets » adopte la devise
suivante : « les signes gestuels ne disparaîtront
jamais ». Ces manifestations internationales de la fin du siècle
dernier marquent la naissance d’un mouvement sourd mondial qui prendra toute sa
force tout au long du XXe
siècle.
Au tout début du XXe siècle, l’interdiction de la L.S.F.
reste justifiée par un choix de société qui accorde à l’oralisation un rôle
fondamental. La parole, c’est d’abord celle de la République laïque et
positiviste qui veut croire au progrès et à la toute puissance de la science.
Celle-ci doit permettre à l’enfant sourd de parler et de lire sur les lèvres
afin d’intégrer la société et devenir un citoyen à part entière. A vrai dire,
les responsables de cette réforme et de cette interdiction sont en pleine
mystification et font porter à la science des responsabilités qu’elle ne peut
endosser. L’illusion consiste ici à vouloir intégrer les enfants sourds dans la
société par l’usage seul de la parole. Il est alors possible de se demander si
la parole n’est pas essentiellement utilisée pour faire disparaître la surdité
en tant que problème social. En effet, dans une histoire que nous avons
qualifiée de « plus large », l’exemple de celle des sourds révèle le sens d’une
éducation des corps, l’enjeu qu’elle représente pour la société bien pensante
et montre la tyrannie du verbe. Les indices que nous avons rapportés dans cette
contribution peuvent faire penser à une sorte d’intégrisme culturel qui
s’acharne à nier la spécificité des sourds et cherche à transformer ces
derniers pour qu’il n’y ait plus de surdité visible, l’enjeu du débat demeurant
en définitive le respect de la vie telle qu’elle se présente. Nous devons alors
conclure que l’oralisme n’était qu’un problème mineur cachant l’essentiel d’une
volonté, à la fois religieuse et laïque, d’éradication d’une maladie sociale :
la surdité.
[*]
U.F.R.-STAPS - 200, avenue de la République - 92001 Nanterre
Cedex. E-mail :
surdites@ worldnet. fr
[1]
La langue des signes française (L.S.F.) est la langue première
par laquelle les sourds communiquent entre eux. Elle possède sa propre syntaxe,
évolue, se complexifie, comme n’importe quelle langue orale. La L.S.F.
n’utilise pas des gestes au hasard. Les sourds s’exprimant en langue des signes
française obéissent à un ensemble de règles. En L.S.F., la grammaire porte sur
la formation des signes et sur la construction des phrases gestuelles. Il y a
cinq éléments ou paramètres qui se combinent pour construire un signe : la
configuration (la forme) de la main, l’orientation, l’emplacement, le mouvement
et l’expression du visage. Chaque signe est construit par la combinaison de ces
paramètres qui se font tous en même temps. Ces paramètres sont donc les
éléments de bases de la grammaire de la L.S.F. Les signes construits avec ces
paramètres vont s’enchaîner pour donner les phrases gestuelles.
[2]
Canguilheim G. (1991).
Le normal
et le pathologique. Paris : PUF, p. 155. (première édition :
1966).
[3]
Canguilheim G. (1991). op. cit., p. 156.
[4]
L’Institut national de jeunes sourds de Paris (I.N.J.S.) est le
nom actuel de l’Institution. Il est issu de la première école gratuite pour
l’instruction des sourds-muets, elle-même créée vers 1760 par l’abbé de l’Epée
(1712-1789). C’est à partir d’un rapport du député Prieur de la Marne à
l’Assemblée Nationale, que sont décrétées l’installation et l’organisation de
l’I.N.J.S. de Paris. La surveillance de l’établissement est officiellement
confiée au département de Paris, ce qui marque la prise de contrôle de
l’établissement par l’État.
[5]
Le contexte extra-muros est supposé connu et nous ne pouvons
que renvoyer le lecteur à des travaux plus larges comme ceux de A. Prost et son
Histoire générale de l’Enseignement et de
l’Éducation en France [Prost A. (1981).
Histoire générale de l’Enseignement et de
l’Éducation en France. Paris : Nouvelle librairie de France. 4
tomes.], qui n’aborde pas véritablement ce problème, à ceux de G. Andrieu qui
dans
L’homme et la force [Andrieu G.
(1988).
L’Homme et la force : Des marchands de la
force au culte de la forme (XIXe et XXe siècle). Paris : Éditions
ACTIO.], fait état de problèmes d’hygiène et de santé sans parler de surdité, à
ceux de Pierre Arnaud dans
Le Militaire,
l’Écolier, le Gymnase [Arnaud P. (1991).
Le militaire, l’écolier, le gymnaste : Naissance
de l’éducation physique en France (1869-1889). Lyon :
PUL.].
[6]
Archives I.N.J.S. de Paris. Non- classées. 1825, pp.
6-7.
[7]
Circulaires du ministère de l’Intérieur de 1797 à 1825, tome V,
Paris, Imp. royale, 1829, p. 7.
[8]
Présneau J. R. (1990).
La voie de
Milan : Stratégies oralistes et éducation des sourds au XIXe siècle. in
De l’infirmité au handicap : Jalons
historiques. Les cahiers du CTNERHI. Paris : CTNERHI, p.
33.
[9]
De Gérando J. M. Baron (1827).
De
l’éducation des sourds-muets de naissance. Paris, 2
vol.
[10]
De Gérando J. M. Baron (1827). op. cit., Tome 2, p.
483-484.
[11]
Ce Conseil dit de perfectionnement est, tout comme le Conseil
d’Administration, composé de personnalités du royaume, et non de spécialistes
de l’éducation des enfants sourds.
[12]
Deuxième Circulaire de l’Institut royal des sourds-muets de
Paris (1829). Paris, p. 12.
[13]
Troisième Circulaire de l’Institut royal des sourds-muets de
Paris (1832). Paris, 260-261.
[14]
Valade-Gabel J.J. (1857).
Méthode
à la portée des instituteurs primaires pour enseigner aux sourds-muets la
langue française sans l’intermédiaire du langage des signes.
Paris.
[15]
La langue première est la langue par laquelle un individu entre
pour la première fois en communication avec autrui. La langue première recouvre
presque entièrement l’ancienne dénomination de langue maternelle. Pour les
sourds, la langue première est donc la langue des signes même si l’enfant naît
dans une famille entendante, la communication ne pouvant se faire par le canal
auditif.
[16]
Compte-rendu du Congrès
International pour l’amélioration du sort des sourds-muets (1881).
Actes du Congrès 6-12 septembre 1880. Rome : Imprimerie héritiers Botta, p.
195.
[17]
Compte-rendu du Congrès
International pour l’amélioration du sort des sourds-muets (1881).
op. cit., p. 195.
[18]
Compte-rendu du Congrès
International pour l’amélioration du sort des sourds-muets (1881).
op. cit., p. 77 et 79.
[19]
Compte-rendu du Congrès
International pour l’amélioration du sort des sourds-muets (1881).
op. cit., p. 133.
[20]
Compte-rendu du Congrès
International pour l’amélioration du sort des sourds-muets (1881).
op. cit., p. 154.
[21]
Cuxac C. (1980).
L’éducation des
sourds en France depuis l’abbé de l’Epée. Aperçu linguistique et historique sur
la langue des signes française. Thèse de doctorat de 3
e cycle en linguistique.
Paris.
[22]
Cuxac C. (1989).
Le Congrès de
Milan, catalogue de l’exposition Le pouvoir des signes. Paris :
I.N.J.S. de Paris éditeur.
[23]
Lire, plus particulièrement à ce sujet, le chapitre sur la
tuberculose et les pages 275-284 de l’ouvrage de G. Andrieu
L’homme et la force.
[24]
Programmes d’enseignement
(1889).
Institution nationale des
sourds-muets de Paris. Paris. Ministère de l’Intérieur, p.
3.
[25]
Programmes d’enseignement
(1889). op. cit., p. 3.
[26]
Programmes d’enseignement
(1889). op. cit., p. 4.
[27]
Magnat M. (1874).
Cours
d’articulation, enseignement de la parole aux sourds-muets. Paris :
Sandoz & Fischbacher, p. 120.
[28]
Magnat M. (1874). op. cit., p. 122.
[29]
Magnat M. (1874). op. cit., p. 122.
[30]
Magnat M. (1874). op. cit., p. 123.
[31]
Goguillot L. (1883).
De la
période préparatoire à l’enseignement des éléments d’articulation et de lecture
sur les lèvres dans l’instruction des sourds-muets par la méthode orale
pure. Paris : A. Derenne, p. 10.
[32]
Dubranle A (1880).
De
l’articulation dans ses rapports avec l’hygiène des sourds-muets.
Thèse présentée à l’Institution des sourds-muets de Paris. Cahier manuscrit. p.
12.
[33]
Dubranle A. (1880). op. cit., p. 14.
[34]
Danjou L. (1893).
Idées sur
l’éducation de la respiration du jeune sourd-muet à qui l’on veut apprendre à
parler. Paris : Georges Carré, p. 7.
[35]
Danjou L. (1893). op. cit., p. 10-14.
[36]
Ces derniers, que l’on a fait exécuter aux élèves, répondent à
sept buts qui sont : - le volume : V - Inspiration buccale, profonde, et brève
; - l’énergie : E - Expiration buccale, forte ; - la pression : P - Souffle
chaud et souffle froid. souffle fort et souffle faible, grande, petite, ou
moyenne ouverture de la bouche ; - le rythme : R - Respiration lente ; - le
débit : D - Expiration buccale, lente, brève, rythmée ; - l’interruption : I -
Expiration buccale, interrompue une ou plusieurs fois ; - la forme : F -
Expiration nasale ; expiration buccale : explosion, sifflement, chuintement ;
parole chuchotée dont la signification est facile à retenir.
[37]
Un autre exercice fait appel à un matériel plus sophistiqué
encore ou une « fontaine de compression ». Il est l’ancêtre de l’actuel
spiromètre. Cet appareil se composait alors d’une carafe presque pleine d’eau,
fermée avec un bouchon et traversé par deux tubes de verre, l’un des tubes est
effilé par un bout et plongé dans l’eau par l’autre bout. Le second tube ne
s’enfonce pas dans l’eau, la partie de ce tube qui sort de la carafe est
légèrement coudée pour permettre de porter facilement la bouche à son
extrémité. Le tube effilé est remplacé par un long tube de verre de deux à
trois mètres de hauteur, gradué en centimètres. L’exercice consiste à faire
jaillir l’eau le plus haut possible dans le tube effilé en soufflant dans la
carafe par l’autre tube. La progression de cet exercice consiste à souffler
dans le petit tube afin de faire monter l’eau dans le grand, à aspirer par le
grand tube pour y faire monter l’eau le plus haut possible. On varie les
exercices en adaptant l’embouchure du spiromètre au tube par lequel l’élève
doit souffler.
[38]
Goguillot L. (1883).
De la
période préparatoire à l’enseignement des éléments d’articulation et de lecture
sur les lèvres dans l’instruction des sourds-muets par la méthode orale
pure. Paris : A. Derenne, p. 11.
[39]
Goguillot L. (1883). op. cit., p. 12.
[40]
Goguillot L. (1883). op. cit., p. 13.
[41]
Binet A. et Simon T. (1909).
Peut-on enseigner la parole aux sourds-muets ?
L’année psychologique. Paris p. 38.
[42]
Binet A. et Simon T. (1909). op. cit., p. 39.
[43]
Cuxac C. (1989).
Le Congrès de
Milan. Catalogue de l’exposition Le pouvoir des signes. Paris :
I.N.J.S. de Paris éditeur, pp. 99-110.
[44]
Cette presse fut d’abord informative mais surtout militante et
polémique. La première publication de sourds remonte à 1870, avec le bulletin
de
la Société universelle des
sourds-muets, organe de l’association fondée en 1838 par Ferdinand
Berthier sous le nom de
Société centrale des
sourds-muets. Alors dirigé par Benjamin Dubois, professeur à
l’I.N.J.S. de Paris et secrétaire général de la
Société universelle, ce journal compte comme
collaborateurs des anciens enseignants sourds de l’Institut notamment Berthier,
Forestier et Lenoir. Puis, dès le lendemain de la tenue du Congrès de Milan, on
assiste à la multiplication des titres : 1884, parution de
La Défense du Sourd-Muet (Turcan),
1887, parution du
Courrier des
Sourds-Muets (Turcan) et de la
Sincérité, 1888, parution de
L’abbé de l’Epée (Dubois), et de
L’Echo de la Société d’Appui Fraternel des
Sourds-Muets (Cochefer), 1895, parution de la
Gazette des Sourds-Muets (Rémy), 1894,
parution de
La France silencieuse
(Desperriers), du
Journal des
Sourds-Muets (Gaillard.) et de
L’Avenir des Sourds-Muets (Villanova), 1897,
parution du
Sourd-Muet Illustré
(Berthet), 1898, parution du
Pilori
Silencieux, 1899, parution de la
Revue
Pédagogique de l’Enseignement des Sourds-Muets (Gaillard),
etc.
[45]
Limousin L. (1886).
Les enfants
sourds-muets réduits à essuyer les haleines puantes des chevaliers de
l’Articulation. La défense des sourds-muets. Juin 1886, p.
55.
[46]
Une étude comparative (Séguillon D. (1990), non publiée) de
manuels scolaires (corpus d’une trentaine de documents chacun) d’élèves de
l’Institution des sourds-muets de Paris de 1880 et 1910 montre un
appauvrissement spectaculaire du nombre de mots utilisés dans les exercices de
rédaction de la langue française. L’étude porte sur une analyse de contenu et
de comptage de mots. Elle fait apparaître l’utilisation usuelle de près de 800
mots en 1880 par des élèves de 14 à 16 ans alors qu’elle n’est plus de 400 mots
en 1910 pour la même classe d’âge.