2002
STAPS
Rapports de recherche
Pratiques physiques et sportives, « formation virile et morale » dans les Chantiers de la Jeunesse, 1940-1944
Maïté Lascaud
[*]
Frédéric Dutheil
[**]
1. Centre de recherche et d’innovation sur le sport – CRIS – Lyon I2. Université de Clermont-Ferrand II, UFR STAPS B.P. 104 - 63172 AUBIERE Cedex
L’idée des Chantiers de la Jeunesse est née le 2 juillet 1940. La débâcle a dispersé les jeunes soldats appelés dans les dépôts militaires. C’est pour trouver une solution à leur situation et les reprendre en main qu’ont été créés les “Groupements de jeunesse”. Pour en faire des hommes, il faut d’abord qu’ils soient sains et vigoureux. Les grands travaux d’intérêt général réalisés en plein air concourent à cette formation virile. La culture physique en est son complément indispensable. Elle s’exécute sous la forme de leçons quotidiennes. La pratique régulière de la marche, l’Hébertisme, les rencontres sportives sont autant d’activités choisies par le moniteur d’éducation physique et le chef de groupe des Chantiers de la Jeunesse.
L’étude des recueils d’instructions diffusés par le général de La Porte du Theil entre 1941 et 1942, la consultation de revues mensuelles régionales destinées aux cadres des Chantiers de la Jeunesse (revue ESPOIR : 1941-1944) et différents témoignages nous aident à apprécier la place accordée aux activités physiques dans les groupements. Entraînement préliminaire à l’armée, redressement sanitaire, éducation virile et morale en équipe et au plein air, l’usage des pratiques physiques s’inscrit parfaitement dans la doctrine des Chantiers de la Jeunesse.
Mots-clés :
Chantiers de la Jeunesse, hébertisme, sports, éducation virile et morale.
The idea for the “Chantiers de la Jeunesse” (youth work camps) was born on the 2nd of July 1940 when young soldiers who had been called up and quartered in barracks were dispersed as a result of the debâcle caused by the Armistice agreement. The “Groupements de jeunesse” (youth groups) were created in order to find a solution to their predicament and to take them back in hand. As a precondition to be turned into men, they had to be healthy and vigorous. The important public works undertaken out of doors contributed to this training in virility. Physical training was its necessary complement, and was done through daily lessons. The regular practice of walking, Hebertism and sports meetings were amongst the activities chosen by the sports instructor and the “Chantier de la Jeunesse” group chief.
The study of written instructions delivered by general de La Porte du Theil between 1941 and 1942, of local monthly magazines aimed at “Chantiers de la Jeunesse” officers and of various individual accounts have helped us to assess the importance granted to physical activities in the groups. As a preliminary training for the army, as a form of health improvement, as a collective outdoor training in virility and morality, the use of physical exercise was in perfect agreement with the doctrine of the “Chantiers de la Jeunesse”.
Keywords :
Chantiers de la Jeunesse, Hebertism, sports, education in virility and morality.
Die Idee der Arbeitscamps für Jugendliche entstand am 2. Juli 1940. Durch die vernichtende Niederlage wurden die jungen wehrpflichtigen Soldaten in die Militärdepots verstreut. Um eine Lösung für ihre Situation zu finden und um sie wieder zu kontrollieren, hat man die “Jugendgruppierungen” geschaffen. Um aus ihnen Männer zu machen, war es zunächst notwendig, dass sie gesund und kräftig sind. Große, im Freien durchgeführte Arbeitsprojekte mit öffentlichem Interesse tragen zu dieser männlichen Erziehung bei. Die Körperkultur ist dabei eine unabdingbare Ergänzung. Sie wird in Form von täglichen Übungsstunden durchgeführt. Regelmäßige Fußmärsche, Übungen nach der Methode Hébert und Sportwettkämpfen gehören zu den Aktivitäten, die von den Sportübungsleitern und den Gruppenchefs der Arbeitscamps für Jugendliche ausgewählt werden.
Das Studium der von General de La Porte du Theil zwischen 1941 und 1942 verbreiteten Instruktionen, der monatlich erscheinenden regionalen Zeitschriften für die Leiter der Arbeitscamps für Jugendliche (Zeitschrift ESPOIR: 1941-1944) und verschiedener Zeugnisse helfen uns den Stellenwert der Körperübungen in diesen Camps zu beurteilen. Als paramilitärisches Training, Gesundheitsfürsorge, virile und moralische Erziehung im Mannschaftsrahmen und im Freien passen die Körperübungen perfekt in die Doktrin der Arbeitscamps für die Jugendlichen.
Schlagwörter :
Arbeitscamps für die Jugend, Methode von Hébert, Sportarten, Virile und moralische Erziehung.
L’idea dei Chantiers de la Jeunesse è nata nel luglio 1940. La sconfitta ha disperso i giovani soldati chiamati nei depositi militari. È per trovare una soluzione alla loro situazione e per riprenderli in mano che sono stati creati i “Groupement de jeunesse”. Per farne degli uomini, bisogna anzitutto che siano sani e vigorosi. I grandi lavori di interesse generale realizzati all’aria aperta concorrono a questa formazione virile. La cultura fisica ne è il suo complemento indispensabile. Essa si svolge sotto forma di lezioni quotidiane. La pratica regolare della marcia, l’hebertismo, gli incontri sportivi sono tante attività scelte dall’istruttore d’educazione fisica e dal capogruppo dei Chantiers de la Jeunesse.
Lo studio delle raccolte di istruzioni diffuse dal generale de La Porte du Theil tra il 1941 e il 1942, la consultazione di riviste mensili regionali destinate ai quadri dei Chantiers de la Jeunesse (rivista ESPOIR: 1941-1944) e differenti testimonianze ci aiutano a valutare il posto assegnato alle attività fisiche nei raggruppamenti. Allenamento preliminare alle armi, raddrizzamento sanitario, educazione virile e morale in squadra e all’aria aperta, l’uso delle pratiche fisiche si inscrive perfettamente nella dottrina dei Chantiers de la Jeunesse.
Parole chiave :
Chantiers de la Jeunesse, educazione virile e morale, hebertismo, sport.
La idea de las obras de la juventud nació el 2 de julio de 1940. La derrota dispersó a los jóvenes soldados llamados a filas en los depósitos militares. Fue para encontrar una solución y volver a ocuparse de ellos que fueron creadas las “ agrupaciones de juventud”. Para convertirles en hombres, primero tienen que ser sanos y vigorosos. Las grandes obras de interés general, realizadas al aire libre, concurren a esa formación viril. La cultura física es su complemento indispensable. Se ejecuta bajo la forma de lecciones diarias. La practica regular de la marcha, el Hebertismo, los encuentros deportivos son tantas actividades escogidas por el monitor de educación física y el jefe de grupo de las obras de juventud.
El estudio de las compilaciones de instrucciones difundidas por el general de La Porte du Theil entre 1941 y 1942, el conocimiento de revistas mensuales regionales destinadas a los directivos de las obras de juventud (revista ESPOIR : 1941-1944) y diferentes testimonios nos ayudan a apreciar la importancia dejada a las actividades físicas en las agrupaciones. Entrenamiento preliminar al ejército, restablecimiento sanitario, educación viril y moral en equipo y al aire libre, el uso de las practicas físicas entra perfectamente en la doctrina de las Obras de la Juventud.
Palabras claves :
Obras de la Juventud, hebertismo, deportes, educación viril y moral.
Le 25 juin 1940, en vertu des clauses de la convention d’armistice, les corps d’armée sont dissous (Corvisier, 1994). Séparés de leur famille, perplexes devant des évènements dont ils ne mesurent pas encore toute la gravité, las, sans vivres, cent mille jeunes appelés se trouvent dispersés aux quatre coins du territoire resté libre. De sévères plaintes émanant des préfets visent ces « jeunes qui commencent à faire des dégâts ».
« — Il faut quelqu’un pour nous débarrasser de ce souci. L’idée me hante de regrouper ces isolés sous un commandement. Tu es officier général. Tu es capable. Tu es certainement le seul à même de diriger une telle entreprise.
— Que voulez-vous que j’en fasse ?
— Ce que vous voudrez. Faites leur faire du scoutisme si le cœur vous en dit.
— Si je les prends, je les prends au point de vue moral.
— Vous avez carte blanche ».
(Hervet, 1962, 20)
Ainsi s’adressent le sous-chef d’état-major de l’armée Picquendar et le ministre de la Guerre Colson, à celui qui allait devenir le créateur des premiers « groupements de jeunesse » : le général de La Porte du Theil. Entre 1940 et 1944, 490000 jeunes accompliront dans des camps de fortune, en plein air et par tous les temps, six, puis huit mois de service obligatoire. Oeuvre de circonstances, l’organisation des Chantiers traduit à la fois l’urgence de l’instant et le projet idéologique d’un homme façonné par son passé militaire et par le scoutisme : culte de la hiérarchie, du travail bien fait, de la patrie.
« L’organisation des groupements de jeunesse se situe dans le cadre et sur le plan national. Elle est exclusive de toute préoccupation d’ordre politique ou militaire. Elle se propose de donner aux jeunes hommes de France, toutes classes confondues, un complément d’éducation morale et virile qui, des mieux doués, fera des chefs et, de tous, des hommes sains, honnêtes, communiant dans la ferveur d’une même foi nationale. La formation morale est à rechercher essentiellement dans le culte de l’honneur et dans la pratique de la vie en commun ; la formation virile, qui crée d’ailleurs une prédisposition heureuse au développement moral, se rattache à l’entraînement physique ».
(de La Porte du Theil, 1941, 15)
La « culture physique » apparaît, dès lors, comme une composante importante d’un dispositif visant à encadrer et à former un homme nouveau. Le projet est explicite : « notre but est de créer une âme commune autour d’une mystique. Cette mystique, c’est de refaire la France » (de La Porte du Theil, 1941, 51). De nombreux ouvrages ont été rédigés sur les Chantiers de la Jeunesse (Delage, 1942, 1950 ; Hervet, 1962 ; Josse, 1964 ; Edmond, 1985 ; Labattut, 1985 ; Souyris Rolland, 1993). Les historiens de la Seconde Guerre mondiale leur ont consacré une place non négligeable dans leurs écrits (Amouroux, 1962 ; Paxton, 1973 ; Cointet-Labrousse, 1987 ; Giolitto, 1991 ; Azema et Bedarida, 1992). La fidélité de La Porte du Theil au maréchal Pétain y est la plupart du temps soulignée ; le général lui-même ne s’en est jamais caché. Ce qui divise les auteurs, c’est la finalité implicite d’une telle entreprise : armée secrète, foyer de résistance permettant d’échapper au Service du Travail Obligatoire et d’alimenter en hommes les maquis ou outil d’endoctrinement, centres de départs pour l’Allemagne ? Les fondements de l’idéal des Chantiers ont été, en particulier, analysés par Labatut (1985). La force du processus idéologique s’appuie sur un mythe cher à La Porte du Theil, commun à toute époque troublée : celui de la purification. Les pratiques physiques sont concernées. Elles participent au « juvénisme » ambiant que Vichy a poussé jusqu’au culte (Dereymez et Berthet, 1992). La « formation virile et morale » passe aussi par une régénération des corps. Labatut (1985) le souligne ; la plupart des auteurs en font état. Mais le contenu et la place des activités physiques dans l’organisation n’ont pas été abordés de manière spécifique. Il nous a semblé intéressant de questionner le système à partir de ces pratiques.
La lecture des différentes directives portant sur cette formation physique obligatoire met ainsi en évidence des méthodes et pratiques éprouvées tout à fait explicites : hébertisme, jeux éducatifs, sports, marche, raids, etc. Il s’agit de donner à tous «
l’amour du grand air, de la plaine, de la forêt, de la montagne et de la mer, l’amour de la marche à pied ou de l’équipée en vélo, la passion de l’effort physique soutenu et souvent répété sous la pluie, dans le vent et par grand soleil » (de La Porte du Theil, 1942). Mais au-delà des apparences, le discours ne cache-t-il pas une ambition supérieure : l’éducation morale et l’incorporation de principes conformes aux idéaux de la Révolution nationale ? La formation du « Jeune, toujours prêt ! » est articulée autour d’un service obligatoire et de son prolongement souhaité dans l’Association des Anciens des Chantiers
[1]. L’incorporation de valeurs passe par la « culture physique ». Il s’agit d’en éclairer les mécanismes à partir de l’analyse des écrits du général, des « Cahiers du Chef de groupe » émanant du commissariat général et de la revue « Espoir », revue des Chefs des Chantiers de Jeunesse des Pyrénées-Gascogne et des cadres régionaux de l’A.D.A.C. Il nous a également semblé intéressant de laisser la parole à certains de ceux qui ont vécu l’aventure et qui nous ont volontiers narré leurs pratiques.
En conséquence, notre projet est de montrer que les activités physiques encadrées dans les groupements de la jeunesse sont des moments particulièrement favorables pour distiller un corpus d’idées et de sentiments conformes à l’esprit d’une régénération de la jeunesse. La « mystique » des Chantiers s’impose de manière évidente à travers cet ensemble d’activités collectives et viriles.
1. L’omniprésence de l'effort au grand air ou la nature rédemptrice
« Formation morale et formation physique sont facilitées par un contact intime avec la nature. Du point de vue moral, la vie dans la nature élève l’homme au-dessus de lui-même, à condition qu’on la lui fasse étudier, comprendre et aimer. Du point de vue physique, la vie en plein air, sans confort, où l’on n’a, dans une large mesure, que ce que l’on a soi-même fabriqué, la vie rude, avec la toilette du matin à grande eau, le torse nu, la douche froide, tout ceci aide à l’endurcissement du corps ».
(de La Porte du Theil, 1941, 19)
Cet extrait d’«
Un an de commandement » résume bien l’esprit des Chantiers. La reprise en main d’une jeunesse «
démoralisée, ahurie, traumatisée par l’exode et la défaite » (Josse, 1964, 7) nécessite un cadre approprié. A la vie urbaine, artificielle et malsaine, est opposée la rusticité d’une nature éducatrice (Labattut, 1985). Loin des tentations de la ville et de ses multiples dévoiements, les Chantiers ont fait le choix de l’isolement pour que la formation soit bénéfique et durable. C’est donc en pleine nature, dans un cadre sévère, voire franchement hostile, que les groupements seront construits
[2]. Il faut
« gorger d’air et de lumière » les jeunes recrues, les «
entraîner aux intempéries » (
Les Cahiers du Chef de groupe, n° 3, septembre 1943), leur apprendre à surmonter les éléments et aimer cette épreuve. L’image d’une nature parée de toutes les vertus revient comme un leitmotiv. A son contact intime et quotidien, le jeune doit se détacher de l’existence facile, cultiver le goût de l’authentique, se défaire de ses mauvaises habitudes et surtout reprendre vigueur. En ce sens, les Chantiers intègrent les principes de la Révolution nationale. La symbolique d’une nature rédemptrice est reprise intégralement. Camper en pleine nature, se livrer à des travaux d’utilité publique exigeants quel que soit le temps, participer à des activités reposant sur le contact humain entre les jeunes et leurs chefs sont autant d’instants propices au développement d’un
« sens moral » (de La Porte du Theil, 1942, 312) et communautaire. Mais pour supporter cette vie rude, dénuée de tout confort superflu, il faut être robuste. Le quotidien ne ménage aucun répit ; la régénération des corps fait appel à l’effort permanent.
« Former physiquement les jeunes de France est une des tâches essentielles que doivent remplir les Chantiers. Nous savons, pour avoir vu dans quel état physique lamentable les jeunes nous arrivent à chaque contingent, que c’est là une besogne urgente et indispensable. Il faut donc profiter des huit mois de stage pour les revigorer tout en leur donnant un goût durable de l’effort physique ».
(Espoir, n° 35, février 1944)
Ce programme comprend des exercices dont « les moyens doivent être simples, et l’atmosphère attrayante » (Ibid). La méthode Hébert « dont l’esprit se situe bien dans l’organisation projetée » (Ibid) est ainsi utilisée sous forme de leçons prévues quotidiennement. Les jeux viennent ensuite compléter la formation. Les grands jeux éducatifs sont censés développer « la virilité de l’âme et le goût profond et assuré du risque ; la résistance du corps à la fatigue, qui aiguise la maîtrise de soi ; l’observation et la connaissance des choses de la nature, génératrice d’un équilibre certain ; la nudité des contacts avec la réalité paysanne et l’exemple de son obéissance tranquille » (Guy-Gillet, 1942, 383). Ces journées de plein air, où l’effort physique côtoie la découverte de nouveaux espaces, offrent une nouvelle occasion de purification. Activités « vraies », elles permettent une dépense vertueuse, les collaborations fraternelles et les luttes disputées :
« Tout grand jeu suppose une lutte de deux ou plusieurs partis. Il faut que la rencontre soit violente, brutale même. Loin de nous les fastidieuses prises au foulard et vive les nez qui saignent, les chevilles tordues et les poignets luxés ! ».
(Guy-Gillet, 1942, 383)
Les sports, enfin, sont utilisés mais avec précaution. « S’ils sont utiles pour développer l’esprit d’équipe, il faut éviter soigneusement de pousser trop loin dans le sens de la compétition » (de La Porte du Theil, 1941, 203). Le commissariat recommande aux chefs de groupe que seuls les sujets les mieux entraînés soient réunis pour des séances sportives. On se méfie des dérives individualistes et élitistes. Les pratiques et organisations collectives, rencontres intergroupes, challenges du nombre sont préférés aux défis individuels (BPO n° 115, 15 décembre 1942). A cet ensemble, il faut ajouter une place particulière à la marche, aux raids, à la natation et au sauvetage (Les Cahiers du chef de groupe, n° 3, septembre 1943). Avant d’être attrayante, la culture physique doit aguerrir utilement les jeunes pour en faire des hommes virils et altruistes.
Le rendement physique est donc censé s’acquérir progressivement grâce à un entraînement progressif et continu. Le souci du dosage (Sargueil, 1942, 12) et de l’organisation transpire des directives émanant du commissariat général. Une page éducation est systématiquement consacrée aux activités physiques et aux sports dans le Bulletin périodique officiel (ou BPO) et fournit aux cadres des Groupements de multiples recommandations. Les différents organes de diffusion, revues, Cahiers des chefs de groupe, lettres circulaires de l’A.D.A.C assurent localement le relais et précisent fréquemment les principes de l’entraînement.
Cette formation virile et physique a-t-elle porté ses fruits ? Difficile de répondre de manière catégorique. Les Cahiers du chef de groupe insistent sur l’importance des « bilans médicaux » (Les Cahiers du chef de groupe, n° 4, octobre 1943) en fin de stage. Si l’on se fie aux multiples photographies de jeunes hommes en pleine santé et redoublant d’activité, insérées dans la Revue Espoir, les résultats semblent probants. Mais la réalité n’est-elle pas autre ? Les Chantiers de la Jeunesse ont besoin de cette image positive pour calmer les protestations de pères de famille inquiets pour leur fils et s’élevant contre la précarité de la vie dans les camps (Josse, 1964). Pour convaincre l’opinion, le commissariat demandera aux Chantiers de procéder à la pesée des jeunes en cours de stage : « Dans l’ensemble, 72 % des jeunes accusent une augmentation de poids atteignant et dépassant 5 kg pour 15 % d’entre eux. 18 % du contingent sont restés à un poids stationnaire. Enfin, 10 % de nos Jeunes ont maigri » (de La Porte du Theil, 1941, 173).
En définitive, le bilan sanitaire officiel apparaît positif : l’hébertisme, la vie au grand air, un travail rude, une existence organisée et soumise aux contraintes de la vie collective a certainement permis à de nombreux jeunes sinon de s’épanouir, en tout cas de s’endurcir. L’idée maîtresse n’est-elle pas de forger les corps et tremper les caractères au contact des éléments naturels ? Malgré tout, certains témoignages apparaissent plus réservés : «
beaucoup de cadres ont eu l’impression fréquemment d’avoir affaire avec une masse de jeunes assez amorphe » (Josse, 1964, 39). L’enthousiasme et la conviction ne sont pas toujours au rendez-vous au sein des équipes. La situation incertaine, à l’occasion franchement contestée des Chantiers
[3] ne facilite certainement pas une adhésion totale des jeunes recrues enrôlés dans un système obligatoire.
2. Donner l'exemple : « Le chef » et les activités physiques
« Savoir se tenir est un précepte de dignité morale, mais il y faut la maîtrise d’un corps. Le débraillé, l’indiscipline, la paresse de la France de 1940 étaient moraux, physiques aussi. On ne fait pas la guerre avec un peuple qui ne sait pas se tenir et qui n’a pas de muscles ».
(Espoir, n° 12, 1942)
Hébertisme, sport et jeux ont ainsi pour vocation de s’intégrer dans un projet éducatif plus vaste dans lequel la formation à la discipline, l’autorité et l’obéissance sont insidieusement assimilées à la posture. L’attitude correcte exigée requiert du jeune appelé, ordre et docilité, mais aussi « souplesse et agilité permettant à ses membres de répondre exactement à son désir de bien faire » (de La Porte du Theil, 1941, 231). Il s’agit de bannir tout geste guindé et d’adopter une allure dont la plasticité n’est qu’apparente. La formation virile, dévolue à l’entraînement physique, se double d’une incorporation de normes que le général revendique de façon explicite : « l’éducation morale se fait parfaitement bien à la séance d’éducation physique, et c’est pourquoi j’exige qu’elle ait lieu chaque jour » (de La Porte du Theil, 1942, 62).
C’est à un moniteur que l’on confie la conception et le déroulement de la leçon. De La Porte du Theil (1941) souhaite, pour cette catégorie de personnel, une formation spécialisée qui, selon lui, doit revenir au commissariat général à l’éducation physique et aux sports. Mais l’aide accordée par Borotra s’avère insuffisante, sans doute en raison de divergences idéologiques entre les deux hommes (Gay-Lescot, 1991). Si l’on ajoute à cela, la crise du recrutement par démobilisation des cadres à partir de la fin de l’année 42, on peut présumer que les Chantiers ont eu du mal à mettre en place un corps unique de moniteurs. Dans de nombreux camps, ce sont les jeunes les plus sportifs qui en font office, avec ou sans formation selon les périodes
[4]. Pour que l’éducation morale
« ne soit pas abandonnée à un moniteur plus ou moins qualifié », il est donc attendu
« que le chef y prenne sa place » (de La Porte Du Theil, 1942, 62).
Dans cette organisation soigneusement hiérarchisée, que sont les Chantiers, tout repose sur son autorité et son rayonnement. « Le chef » est la pierre angulaire d’une structure pyramidale empruntant à la fois au scoutisme et à l’armée. Dans ce que certains ont qualifié de « véritable mystique du chef » (Labattut, 1985), il s’agit de « payer d’exemple en toutes circonstances », « être présent, actif, vigilant », se montrer un modèle « partout et toujours, jusque dans les plus petits détails de la vie quotidienne » (de La Porte du Theil, 1941, 77).
« Pour que le chef donne l’exemple, il faut que la vigueur de son corps soit à la hauteur de la force de son caractère et lui permette le geste qui est souvent toute la leçon et la meilleure. Il doit pouvoir au prix d’un effort de volonté plus grand, suivre la leçon d’éducation physique, mener une équipe sur le terrain de jeu, entraîner les jeunes à la coupe, garder son entrain au retour d’une longue marche. Et tout cela suppose un minimum de culture de son corps ».
(de La Porte du Theil, 1942, 315)
Dans les activités physiques, l’exemple exigé n’est pas forcément celui de la performance : « il n’est pas nécessaire pour être chef des Chantiers, d’être un athlète complet. Encore faut-il avoir une certaine connaissance de l’éducation physique et surtout avoir du goût pour l’effort physique joyeusement accepté » (de La Porte du Theil, 1942, 315).
Son recrutement est donc primordial. Pourtant derrière l’appellation générique de « chef », se dissimulent des tâches, des rôles, des statuts différents. Commissaires régionaux, chefs de groupements, assistants, chefs de groupes, chefs d’équipe ont chacun des fonctions bien définies et les attentes en terme de participation à la formation physique sont plurielles.
Le chef de groupement est, en principe, chargé d’impulser une dynamique et de favoriser les conditions de la pratique au sein des différents groupes qui le constituent. Pourtant tous ne suivent pas ces directives : dans certains groupements, les plus faibles sont officiellement dispensés par le médecin de tout exercice physique, « ce qui est un moyen très sûr de n’avoir ni accident, ni difficulté » (de La Porte du Theil, 1941, 245).
L’essentiel de l’action éducative repose en fait sur le chef de groupe ; il supervise et coordonne la formation physique. Les « Cahiers du chef de groupe » l’invitent à s’assurer que le Moniteur remplit correctement sa tâche : si on peut, en général, faire confiance à ce dernier pour conduire avec efficacité « l’exercice et la culture des résistances organiques », il faut surtout veiller à ce qu’il donne l’exemple « par une tenue impeccable : propreté absolue, attitude correcte, regard franc, entrain, bonne humeur » (Les Cahiers du chef de groupe, n° 7, janvier 1944). On peut aussi lui donner les moyens d’avoir un local de rangement spécifique, aménagé de façon agréable, afin que les jeunes prennent l’habitude de venir discuter avec lui et « accroître ainsi l’intérêt porté à l’éducation physique » (Les Cahiers du chef de groupe, n° 2, août 1943).
Mais le chef de groupe vaut surtout par le modèle qu’il incarne. Agé de vingt-cinq à trente ans, il vit parmi ses hommes, doit faire preuve d’une excellente forme physique et participer aux activités (de La Porte du Theil, 1941, 66) ; le commissaire général recommande donc « que les chefs de groupe aient une compétence suffisante. J’appelle tout particulièrement sur ce point l’attention des directeurs des écoles de cadres » (de La Porte du Theil, 1941, 246).
Le programme d’instruction dans ces écoles, appelées à recevoir pendant neuf mois cinq équipes de dix futurs chefs de groupe, comporte un chapitre « sports et jeux » (Souyris Rolland, 1990) dans lequel on retrouve la plupart des activités physiques déjà décrites. A l’école régionale de Lespinet, on a cependant pris le parti de « s’écarter délibérément de la méthode d’Hébert » (Espoir, n° 11, février 1942). R. Boullet (1942), commissaire directeur, considère l’hébertisme comme un « sport en chambre », « au coté factice et fastidieux », n’ayant pas de « valeur formatrice suffisante ». Il lui préfère le sport, « plus viril, plus agressif » : marche en montagne, ascensions, cheval, ski, hockey, boxe, rugby. Ce type de propositions, s’appuyant sur l’idée d’une « formation au courage », nécessaire chez un chef, est à opposer aux strictes prescriptions d’une méthode naturelle pour le jeune, le sport étant réservé aux plus robustes. La distinction sociale s’inscrit bien ici jusque dans le choix des pratiques.
Malgré les efforts faits pour encourager l’activité physique chez les chefs de groupe, les résultats escomptés dépendent étroitement de la personnalité de ces derniers. Ainsi certains d’entre eux impulsent une véritable dynamique
[5], tandis que d’autres se contentent d’une participation relativement faible de leurs hommes à la séance du matin
[6].
Le dernier maillon de la chaîne est le chef d’équipe. Choisi parmi les jeunes recrues, il est formé au cours d’un stage de deux à quatre semaines, au sein même du groupement ou du groupe. Son rôle lui est alors précisé : « donner l’exemple », « gagner la confiance », « être l’ami » (de La Porte du Theil, 1941, 185), en vivant continuellement parmi ses hommes. Les « Cahiers du chef de groupe » précisent que le but du stage des chefs d’équipe doit être l’acquisition du sens de la discipline et que méthode naturelle, sports et jeux donnent « une image concrète de l’initiative et de l’obéissance » (Ibid). Les futurs chefs d’équipe vivront, pendant cette formation « une éducation physique particulièrement poussée » (Ibid), afin de pouvoir, par la suite, suivre les jeunes dans les activités, voire les précéder…
Encore faut-il savoir choisir ces précieux auxiliaires ! Pour le commissaire général, un bon chef ne se recrute pas sur la seule valeur scolaire constatée par un examen. Pourtant il admet volontiers que les étudiants appartiennent à un milieu où les chefs d’équipe doivent normalement être sélectionnés : « personne ne songe à contester la nécessité pour un chef d’avoir une vaste culture intellectuelle. Mais cette culture ne suffit pas. La valeur morale, la culture physique ne sont pas moins indispensables » (de La Porte du Theil, 1943, 200). Or, la plupart d’entre eux se révèlent incompétents sur le plan physique, sans entraînement, ni résistance. En outre, ils se montrent le plus souvent réticents voire critiques à l’encontre des Chantiers : on déplore, en haut lieu, leur participation frileuse.
Il y a donc, entre les directives du général et leurs applications, un fossé quelquefois vertigineux. La formation physique est fréquemment inorganisée : ici, le travail de forestage occupe l’essentiel de la journée ; là, ce sont les rigueurs de l’hiver qui empêchent toute activité encadrée
[7]. Seul le charisme de quelques chefs permet de sauver les apparences.
3. Passer des épreuves, faire ses preuves : l’émotion au service de la cohésion
« La première épreuve physique qui nous a été imposée fut l’arrivée sur l’emplacement où devait s’installer notre groupe : nous appartenions, en effet, au premier contingent de pionniers qui ne trouvèrent rien sur place et durent tout apporter. Physiquement diminués par ce long voyage, une chaleur d’été épouvantable, sans eau, habillés en tenue d’hiver avec vareuse, bandes molletières, poncho et deux paires de croquenots, nous nous traînions lamentablement. Tous les cent mètres, on jetait ce foutu sac à dos dans le fossé ; on récupérait dix minutes et on repartait » [8].
Les circonstances peuvent être, ici, invoquées pour expliquer la souffrance physique à laquelle les premiers appelés ont été confrontés : il s’agissait de créer les conditions de la survie et, dans ce cadre, la fin pouvait justifier les moyens. Mais il fallait surtout éduquer des hommes : les Chantiers ont su exploiter la précarité des conditions pour impulser une véritable « formation virile et morale » reposant sur l’endurcissement des corps. Celle-ci prend appui, d’une part, sur le labeur quotidien réclamant endurance, vaillance, énergie afin de seconder efficacement une population expurgée d’une partie de ses forces productives ; elle se déroule aussi dans le cadre d’un service obligatoire, dont l’esprit reste à maintenir, et dans lequel la « formation du caractère » découle « des contraintes physiques imposées chaque jour pour créer l’habitude » (Boullet, 1942, 41).
Les « Anciens des Chantiers de la Jeunesse » insistent aujourd’hui sur l’aspect prémilitaire de la formation reçue (Souyris Rolland, 1990). En dépit du diktat allemand, l’organisation se structure autour d’une hiérarchie à bien des égards similaire à celle de l’armée
[9]. Malgré le vert forestier des uniformes et l’appellation des gradés qui s’apparente davantage au milieu scout qu’au monde militaire, la structure imaginée par La Porte du Theil respecte bien l’esprit et le cadre d’une formation du soldat. Faire ses preuves, aller jusqu’au bout de soi même,
« atteindre la limite des forces physiques » permet de
« juger de celles des forces morales » (
Espoir, n° 18, septembre 1942). L’instruction de l’appelé se double d’un objectif plus idéologique : régénérer une jeunesse jugée trop individualiste, trop intellectuelle, trop inculte sur le plan physique en la préparant
« au combat de la vie » (de La Porte du Theil, 1943, 201).
Le quotidien est une succession organisée de « dures et cependant nécessaires épreuves » (de La Porte du Theil, 1943, 201). La journée est ainsi rythmée autour de moments ritualisés parmi lesquels on reconnaît des pratiques classiques : il y a bien sûr le décrassage, un exercice que certains n’hésitent pas à qualifier de « franchement désagréable », dont le « procédé est un peu grossier mais efficace » (Boullet, 1942, 41). Il y a aussi la séance de méthode naturelle visant à construire les corps et les cœurs dans le respect d’une stricte discipline. Pour beaucoup d’hommes, ce moment s’apparente à un travail : « les jeunes n’aiment pas l’hébertisme, d’abord parce qu’on le leur impose » (Teytaut, 1942, 41). La leçon quotidienne ne se révèle sans doute pas propice à déchaîner l’enthousiasme : il s’agit de combattre « les ennemis tenaces » que sont « la mortelle habitude » (Gèze, 1941, 4), l’ennui et le manque de foi.
Rompre avec le quotidien est donc indispensable. C’est la raison pour laquelle des moments forts sont organisés autour de sorties
[10]. Les programmes d’éducation physique prévoient «
une marche par semaine » (de La Porte du Theil, 1941, 204). L’exercice est simple, ne nécessite aucun matériel spécifique si ce n’est une bonne paire de chaussures fournie lors de l’incorporation. En revanche, la marche demande un effort de volonté lorsqu’elle est suffisamment poussée : «
il faut qu’avant la libération, les jeunes soient tous capables d’exécuter une marche de 25 à 30 kilomètres » (de La Porte du Theil, 1941, 204). Ce travail est toujours réalisé en équipe, de manière à procurer une saine émulation entre les jeunes engagés dans la même galère ou la même aventure, selon le degré d’entraînement. L’équipe supplée ainsi d’éventuelles défaillances de ses membres en aidant les moins résistants, voire en les portant. Inversement, l’individu en difficulté sait qu’il va être une charge pour le collectif et poussera son effort plus avant. Ce système, simple en apparence, crée une interdépendance morale et physique devant l’épreuve. Les témoignages s’accordent à reconnaître à la marche non seulement un effet hygiénique et une action sur le développement du caractère, mais aussi une vertu cohésive. Dans l’effort et parfois la souffrance physique, des individus aux origines sociales très diverses vont progressivement apprendre à se connaître et se reconnaître. Après le stage, les anciens des Chantiers aiment se retrouver et évoquer ces moments difficiles mais «
d’intenses communions » (
Foncer !…, septembre 1942). La marche, «
école d’endurance », soude les équipes et virilise les individus. Les Chantiers sauront en faire bon usage. Ils pousseront même cette épreuve jusqu’à un degré avancé en organisant des « raids ».
« On soutiendra encore l’intérêt par l’attrait d’un exploit sportif : le raid, longue randonnée à pied ou à skis s’étendant sur plusieurs jours » (de la Porte du Theil, 1941, 205). Les jeunes sont ainsi « lâchés » dans la nature avec le strict minimum de survie, charge à eux de rallier une destination désignée à l’avance. Outre la débrouillardise systématiquement cultivée pendant le stage, les raids sont l’occasion de placer les individus face aux éléments et à eux-mêmes. Il s’agit d’économiser et gérer ses forces, de surmonter la fatigue, lutter contre le manque de sommeil, faire abstraction d’un corps douloureux, de prendre les bonnes décisions d’orientation. Rempli d’imprévus, le raid est une aventure grandeur nature et le passage d’une épreuve initiatique dans les Chantiers. On devient un homme seulement après avoir participé à ce type d’exercice. La dimension purement sportive et compétitive est en partie absente. Il faut « se garder d’en faire une course de vitesse. Tous les partants doivent se retrouver à l’arrivée » (Espoir, n° 18, septembre 1942). Encore une fois l’idée de cohésion et de victoire collective l’emporte.
L’utilisation des sports dans les groupements répond à ce même impératif. Il s’agit dans la plupart des cas de faire ses preuves dans des pratiques de groupe. L’esprit d’équipe y est systématiquement cultivé ainsi que le goût des affrontements virils (Boullet, 1942, 41). Coupes d’athlétisme, coupes de natation, tournois de basket-ball, épreuves cyclistes ou à skis ne doivent tirer leur intérêt que de «
la valeur du travail sérieux qu’ils couronnent » (BPO n° 115, 15 décembre 1942). Pourtant, peu d’hommes participent aux compétitions intra et intergroupes
[11]. Les épreuves se déroulent en présence de tous, le dimanche, ou à des moments libérés spécialement pour l’occasion
[12]. Le spectacle sportif, les couleurs de l’équipe ou du groupe permettent à chacun de s’identifier et de se sentir solidaires d’un collectif que l’on souhaite gagnant. Les chefs des Chantiers sont particulièrement sensibles aux résultats de leurs hommes
[13] : le classement des équipes a, en effet, beaucoup plus d’importance que les résultats individuels, rarement mentionnés dans les comptes rendus d’épreuves. Les sportifs sélectionnés doivent porter avec honneur les couleurs et la devise de leurs groupements respectifs y compris lorsqu’ils affrontent des clubs civils
[14].
Les activités physiques apparaissent bien comme des moments privilégiés pour endurcir les corps, former les volontés et rassembler. Les exercices utilisés sont pourtant ceux que l’on retrouve ailleurs et en particulier dans l’armée. Mais « l’esprit Chantiers » les traverse, leur donne une singularité qui n’est pas celle d’un service national classique. Il s’agit de souder des jeunes issus de milieux divers dans un contexte de pénurie, de leur apprendre à supporter un quotidien de labeur et de discipline, à résister au découragement, d’en faire, au bout du compte, des hommes forts et unis au service d’un idéal : « cultivez parmi vous l’esprit d’équipe, vous poserez le solide fondement d’un nouvel ordre français qui vous liera fortement les uns aux autres et vous permettra d’affronter l’immense œuvre de redressement national » (Peyrade, 1942, 41).
4. Retrouver une énergie nouvelle et productive : l’activité physique et le travail
Une des caractéristiques des équipes constituées lors des incorporations est d’être composées de Cadets qui viennent d’arriver et d’Anciens, auxquels quatre mois de présence ont déjà permis une solide formation. Avec l’appui de leurs aînés, les nouveaux venus vont devoir s’adapter à leur nouvel état. La condition essentielle du succès est que les différentes activités pendant le stage soient harmonisées et se complètent.
Dans ce contexte, la culture physique apparaît particulièrement importante pour les dirigeants : « Un des rôles dévolus à l’éducation physique sera de faciliter l’adaptation des Cadets à leur nouveau genre de vie et au travail auxquels ils vont être astreints » (Guillen, 1943, 484).
Véritable propédeutique à la vie des Chantiers, l’éducation physique ne se contente pas de dispenser une formation virile et morale, elle est aussi utilitaire. Elle doit rendre « les individus plus forts, mieux équilibrés, capables par conséquent, de remplir leur métier d’hommes et de mener à bien les missions qui leur sont confiées » (Guillen, 1943, 483).
Se pose alors la question des procédés que le moniteur d’EP pourrait utiliser avec les jeunes recrues. Faut-il construire des séances spécialement orientées vers le travail de la coupe, par exemple ? Les gestes professionnels du forestage, de l’agriculture, de la construction de routes doivent-ils entrer dans les programmes ? La réponse est catégorique :
« Les gestes professionnels demandés à la coupe, ou dans les autres travaux, sont relativement peu nombreux et peu variés ; leur préparation directe serait artificielle et on aboutirait à faire répéter sensiblement les gestes déjà pratiqués sur les Chantiers plusieurs heures par jour et dont certains ont une action déformante ».
(Guillen, 1943, 485)
Les Chantiers s’appuient sur les travaux de Robert Laffite, Inspecteur général au commissariat général à l’éducation physique et aux sports, pour affirmer que la formation physique des adolescents doit procéder « non par l’analyse des gestes à accomplir, mais par une synthèse des conditions les plus propres à permettre leur meilleure exécution » (Guillen, 1943, 485).
Ces conditions prennent le contre-pied de toute forme de spécialisation. Il est facile de les énumérer de manière à comprendre le travail réalisé par les moniteurs d’éducation physique. Pour Guillen (1943, 485), commissaire-assistant au commissaire régional, il faut avant tout veiller à « un bon fonctionnement corporel général » : une hygiène bien comprise ainsi qu’une vie équilibrée sont un préalable indispensable. Ensuite, « le développement des qualités d’adresse et de précision dans les mouvements les plus divers » est privilégié. Ces qualités doivent permettre l’exécution de n’importe quel geste professionnel avec plus d’aisance, de confiance, d’efficacité. C’est en entraînant les jeunes aux attitudes et mouvements les plus variés qu’ils atteindront une réelle habileté utilisable en toutes circonstances dans les tâches quotidiennes. « Le gain d’une résistance générale » constitue la troisième condition. Le jeune pourra alors répéter sans fatigue excessive et précoce un même geste, soutenir les efforts prolongés qui ne manquent pas dans le travail des camps. « Le développement des qualités de caractère : maîtrise de soi, goût de l’effort et du travail bien fait, volonté » complètent et parachèvent cette formation physique initiale. Ainsi, progressivement, les Cadets sont censés se former et s’adapter aux conditions de vie et de travail.
Devenus des
Anciens, les jeunes sont à même d’agir plus efficacement. L’entraînement physique doit prendre alors un aspect différent. Il vise après le «
débrouillage » général (de La Porte du Theil, 1941, 19), l’obtention d’objectifs plus précis. Non seulement, le moniteur d’EP doit prévoir des «
exercices compensateurs qui feront appel à des muscles peu sollicités par les travaux habituels, qui contribueront à diminuer ou à supprimer les déformations d’origine et qui éviteront l’action déformante de certains gestes répétés » (Guillen, 1943, 486), mais il doit faire désirer l’heure d’entraînement comme un repos moral, une saine détente physique. Des séances de jeux sportifs peuvent alors remplacer les leçons d’éducation physique
[15].
A la lecture des différentes directives, la liaison entre l’éducation physique et le travail est donc un souci constant dans les groupements. Les deux activités se complètent sans empiéter sur leur territoire respectif. Si la culture physique prépare le jeune au travail, elle n’en est pas un. Inversement, la plupart des travaux demandent une dépense importante mais ne saurait suffire à former physiquement les individus.
Il est donc demandé au chef de groupe à l’éducation physique de coordonner l’action de ses Moniteurs en se tenant en liaison continue avec le chef des travaux et les chefs de Chantiers. Le programme d’entraînement physique essaie de tenir compte des fluctuations inhérentes à la vie du groupement. Pendant une période « creuse », « des séances au plateau avec intensité forte seront possibles » (Guillen, 1943, 487). Lorsque le Chantier devra tourner « à bloc », « la majorité des séances seront peu intenses, en parcours, amenant souvent à proximité du plan d’eau ou du ruisseau et des ablutions, des frictions humides, une baignade, combattront la fatigue musculaire » (Guillen, 1943, 487).
Le commissariat général recommande même au chef de groupe de participer aux activités physiques de manière à «
sentir »
[16] la valeur qualitative et quantitative des efforts demandés. Il ne sera en mesure de bien composer son programme que lorsqu’il aura lui-même mesuré la fatigue provoquée par les trajets qui séparent le camp du chantier, travaillé avec les jeunes, apprécié l’ampleur et la difficulté de la tâche, éprouvé la somme des efforts musculaires de la journée. Les Chantiers sont animés par la volonté de doser le travail et les dépenses physiques. Le général de La Porte du Theil met fréquemment en garde les responsables des groupements contre une dérive qu’il juge débilitante : «
l’ennemi : trop d’efforts physiques » (de La Porte du Theil, 1941).
En définitive, cette formation physique affiche un dernier but nettement intéressé. Dosée et équilibrée selon les possibilités de chacun, elle doit faciliter le travail quotidien et générer chez chaque jeune une force productive tournée vers la collectivité. Les Chantiers espèrent ainsi construire « une nouvelle génération moins apathique et égoïste, œuvre absolument nécessaire au relèvement du pays » (Teytaut, 1942, 41).
Les pratiques physiques et sportives dans les Chantiers de la Jeunesse semblent collaborer de façon conséquente à une formation idéologique, affirmée comme telle. L’incorporation de normes est d’autant plus insidieuse qu’elle s’appuie sur des activités familières, voire considérées comme triviales. L’explicite et l’implicite se rejoignent pour donner à la « formation virile et morale » toute sa puissance.
La « culture physique » à laquelle sont conviés les hommes, participe à la mystique des Chantiers : former, redresser des corps décrits comme malingres, souffreteux, peu résistants et par extension forger des caractères bien trempés dont la France a besoin. On reconnaît les idéaux de la Révolution nationale : La Porte du Theil est et demeure le fidèle du Maréchal. Mais le projet est aussi l’œuvre d’une vie ; on lui a donné « carte blanche » (Hervet, 1962, 19), il a bâti un système qu’il affirme sans doctrine mais dont la plupart des auteurs reconnaissent le caractère dogmatique : culte de la débrouillardise scoute et de la discipline militaire. L’ensemble s’appuie sur un mythe universel : celui d’une régénération radicale à laquelle participent hébertisme, jeux et sports. Il s’agit donc de motivations complexes dans lesquelles s’articulent des options politiques et des ambitions personnelles sur fond de rationalisation.
Arrêté par les Allemands le 4 janvier 1944, La Porte du Theil est déporté. Les Chantiers sont dissous quelques mois plus tard. Frappé d’indignité nationale à la Libération, le général sera relevé de cette accusation en 1947. Comme le souligne Josse (1964), il est néanmoins difficile de prononcer un jugement sur les Chantiers de la Jeunesse, tant sont contradictoires les opinions émises à leur propos. La Porte du Theil reste pour beaucoup plus maréchaliste que pétainiste. Les « Anciens » réunis en Amicale Nationale entretiennent le souvenir et tentent de dissiper les
« malentendus de l’histoire »
[17] (Souyris Rolland, 1993, 12), avec l’énergie que leur confère leur statut de derniers témoins, avec difficulté aussi.
Que les Chantiers aient été, ou non, utilisés à des fins de résistance ne dispense pas d’analyser ce système à haut coefficient idéologique. Pourtant, la plupart des témoignages que nous avons recueillis, relatent une vie précaire mais, somme toute, bien ordinaire, avec sa cohorte de peines, de joie et de francs moments de gaieté. Il fallait bien oublier ! Les activités physiques et sportives participent à ce quotidien ; vécues comme contraintes ou exaltées, elles émergent des souvenirs. Ont-elles abouti à la création d’un homme totalement nouveau ? On peut en douter. Reste qu’elles ont suscité une émotion retrouvée intacte quelques soixante ans plus tard.
Archives :
Archives du Service Historique de l’Armée de Terre
Archives privées de Robert Lascaud.
Journaux, revues :
« Foncer ! …, Lettre circulaire aux chefs de l’ADAC de la Dordogne, Association des Anciens des Chantiers, section départementale de la Dordogne »,
« Les Cahiers du Chef de groupe »,
« Revue Espoir, revue des chefs des chantiers de Jeunesse des Pyrénées-Gascogne »,
« Bulletin périodique officiel - BPO »,
« Bulletin hebdomadaire d’information des Chantiers de la Jeunesse ».
Documents :
Borne, E. (1942). Simples notes sur la formation de la volonté. Espoir. Revue des chefs des Chantiers de Jeunesse des Pyrénées-Gascogne, 10, 241-245.
Boullet, R. (1942). La formation des Chefs à l’école régionale de Lespinet. Espoir. Revue des chefs des Chantiers de Jeunesse des Pyrénées-Gascogne, 11, 41-44.
Gallet, J. (1941). Le chef d’équipe, pionnier de la Révolution Nationale. Espoir. Revue des chefs des Chantiers de Jeunesse des Pyrénées-Gascogne, 9, 26-28.
Gèze, A. (1941). L’enthousiasme. Espoir. Revue des chefs des Chantiers de Jeunesse des Pyrénées-Gascogne, 9, 4-5.
Guillen, E. (1943). L’Education physique et le travail. Espoir. Revue des chefs des Chantiers de Jeunesse des Pyrénées-Gascogne, 32, 483-490.
Guy-Gillet, A. (1942). La valeur éducative du grand jeu. Espoir. Revue des chefs des Chantiers de Jeunesse des Pyrénées-Gascogne, 20, 383-38
La Porte du Theil (général de) (1941). Un an de commandement des Chantiers de la Jeunesse. Paris : Sequana.
La Porte du Theil (général de) (1942). Les Chantiers de la Jeunesse ont deux ans. Paris : Sequana.
La Porte du Theil (général de) (1943). Les Etudiants aux Chantiers de la jeunesse. Espoir, Revue des chefs des Chantiers de Jeunesse des Pyrénées-Gascogne, 26, 200-204.
Michel, L. (1942). Un beau livre, Premier de cordée par R. Frison Roche. Espoir. Revue des chefs des Chantiers de Jeunesse et A.D.A.C. des Pyrénées-Gascogne, 10, 29-30.
Peyrade, J. (1942). Les Chantiers et la Révolution Nationale. Espoir. Revue des chefs des Chantiers de Jeunesse et A.D.A.C. des Pyrénées-Gascogne, 13, 41.
Sargueil, J. (1942). Conseils du jeune Moniteur. Le dosage du travail. Bulletin hebdomadaire d’information des Chantiers de la jeunesse, 63, 12.
Souyris Rolland, A. (sous la dir. de) (1990). Programme d’instruction dans les écoles de cadres des Chantiers.Annexe 15. in Histoire des Chantiers de la Jeunesse racontée par des témoins. Actes du colloque des 12 et 13 février 1992, 1993.
Teytaut, (1942). Mes impressions sur mes huit mois de Chantiers. Espoir. Revue des chefs des Chantiers de Jeunesse des Pyrénées-Gascogne, 13, 117-119.
Entretiens :
Jean Ciancia (moniteur, groupement 27, mars 1941 à oct. 1941), entretien réalisé le 7/07/2000
Marc Minet (groupement 22, sept. 1940 à janv. 1941), entretien réalisé le 17/07/2000
Robert Lascaud (groupement 4, sept. 1940 à janv. 1941), entretien réalisé le 8/07/2000
Max Talarie (Commissariat régional de Toulouse, oct. 1942 à mai 1943), entretien réalisé le 7/07/2000
·
Amouroux, H. (1961). La vie des Français sous l’Occupation. Paris : Fayard.
·
Azema, J.P. et Bedarida F. (sous la dir. de) (1992). Vichy et les Français. Paris : Fayard.
·
Cointet-Labrousse, M. (1987). Vichy et le fascisme. Bruxelles : Complexes.
·
Corvisier, A. (sous la dir. de) (1994). Histoire Militaire de la France. Tome 4. De 1940 à nos jours. Paris : PUF.
·
Delage, J. (1942). Espoir de la France : les Chantiers de la Jeunesse. Paris : Quillet.
·
Delage, J. (1950). Grandeurs et servitudes des Chantiers de la Jeunesse. Paris : A. Bonne.
·
Edmond, P. (1985). Images des Chantiers de la jeunesse. Paris : L’orme rond.
·
Giolitto, P. (1991). Histoire de la Jeunesse sous Vichy. Paris : Perrin
·
Dereymez, J.M. et Berthet, R. (1992). Front populaire, Vichy : deux politiques de la jeunesse et des sports. In Jeux et Sports dans l’histoire. Tome 1. Associations et politiques. Paris : CTHS.
·
Gay-Lescot, J.L. (1991). Sport et éducation sous Vichy (1940-1944). Lyon : P.U.L.
·
Hervet, R. (1962). Les Chantiers de la Jeunesse. Paris : France-Empire.
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Josse, R. (1964). Les Chantiers de la Jeunesse. Revue d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, 56, 5-42.
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Labatut, P. (1985). Être jeune en 1940 : les Chantiers de la Jeunesse. Paris : Nel.
·
Paxton, R. (1973). La France de Vichy. Paris : Seuil.
·
Souyris Rolland, A. (sous la dir. de) (1990)., Histoire des Chantiers de la Jeunesse racontée par des témoins. Actes du colloque des 12 et 13 février 1992, 1993.
[*]
mlascaud@ club-internet. fr
[**]
frederic. dutheil3@ libertysurf. fr
[1]
L’Association des Anciens des Chantiers (A.D.A.C.) est créée le 29 août 1940 selon les statuts de la loi de 1901 de façon à éviter une demande d’autorisation à la commission d’armistice.
[2]
Marc Minet, groupement 22, sept. 1940 à janv. 1941, témoignage recueilli à Orléans le 17 juillet 2000 :
« le plateau d’Eygurande est resté enneigé une très grande partie de l’hiver ; la température avoisinait parfois les –28 degrés ».
[3]
Marc Minet, témoignage cité, relate la venue du général de la Porte du Theil : parmi les jeunes, certains n’hésitaient pas à crier «
Vive De Gaulle ! » lorsqu’on leur demandait d’honorer le maréchal Pétain.
[4]
Max Talarie, commissariat régional de Toulouse, octobre 1942 à mai 1943, témoignage recueilli à Périgueux le 7 juillet 2000. A été recruté comme moniteur dès son incorporation et sans formation préalable, en raison de sa fonction de moniteur de gymnastique aux « Enfants de la Dordogne » à Périgueux.
Jean Ciancia, groupement 27, mars 1941 à octobre 1941, témoignage recueilli à Périgueux le 7 juillet 2000. A été recruté comme moniteur après une formation de trois semaines.
[5]
Jean Ciancia, témoignage cité.
[6]
Max Talarie, témoignage cité.
« sur 200 hommes présents dans le groupe, il y en avait seulement une trentaine à la leçon d’éducation physique du matin. Beaucoup étaient occupés à des tâches générales. Ne venaient que ceux qui étaient disponibles ».
Robert Lascaud, groupement 4, septembre 1940 à janvier 1941, témoignage recueilli à Périgueux le 8 juillet 2000 :
« en tant qu’agent de liaison, puis vaguemestre, j’étais dispensé de la leçon. »
[7]
Marc Minet, témoignage cité.
« L’hiver 40-41 fut très rigoureux et la neige épaisse paralysait toute activité ».
[8]
Robert Lascaud, témoignage cité.
[9]
Le temps de service aux Chantiers est validé comme temps de service militaire par ordonnance n° 45-2213 du 1
er oct. 1945.
[10]
Dans une conférence faite à l’E.M.A. le 19 février 1942, le commissaire P. de Montjamont, chef du groupement 5 à Pontgibaud expose :
« la formation virile est complétée par un entraînement progressif à la marche, au cours d’explorations ou de jeux à grand rayon d’action basés sur des thèmes de poursuite entraînant la mise en œuvre de deux partis, la compétition en équipes, l’orientation et la lecture de carte. », Carton 2P61, Arch. SHAT.
[11]
Max Talarie a participé à deux cross intergroupes. Il témoigne, en tant que moniteur, du caractère inorganisé de ces rencontres et de la faible participation des recrus : seuls les plus sportifs y prennent part. Témoignages identiques pour Marc Minet en basket-ball et Jean Ciancia en rugby et athlétisme.
[12]
Courrier de Robert Lascaud à sa mère le 30 décembre 1940 :
« Cette semaine-ci est consacrée au sport : nous ne travaillons pas. Nous sommes dix camps à participer aux compétitions organisées. À chaque épreuve, des points sont attribués et, à la fin, en les additionnant, il y a classement. », Arch. Privées.
[13]
Ibid. :
« J’ai été qualifié pour le cross cyclo-pédestre qui s’est couru avant-hier. Nous étions deux partants par groupe. Au classement général notre groupe était troisième. Nous avions gagné neuf points et notre chef était content. », Arch. Privée.
[14]
BPO n° 114, 5 décembre 1942, p. 848.
« Les équipes des groupements des Chantiers de la Jeunesse sont autorisées à conclure des rencontres amicales avec les associations sportives fédérales. »
[15]
Jean Ciancia, témoignage cité, moniteur d’éducation physique a été confonté à la difficulté de faire adhérer les hommes à la pratique physique : «
C’était difficile de les sortir du lit le matin ! Forcément, ils travaillaient dans les bois toute la journée. Je programmais ce qui les intéressait, les sports collectifs essentiellement. »
[16]
« Contrôle du Moniteur d’éducation physique par le Chef de groupe », dans
Les Cahiers du Chef de Groupe, n° 5, novembre 1943.
[17]
« La Commission d’Histoire des Chantiers de la Jeunesse s’est fixée comme objectif de tenter de dissiper certains malentendus » et procède sous la plume de Souyris-Rolland à une relecture et à un commentaire de la littérature consacrée aux Chantiers.