2002
STAPS
Rapport de recherche
Technique, modèles et didactique de l'éducation physique et sportive
Lucile Lafont
[*]
Laboratoire Vie Sportive Tradition Intervention Innovation - UPRES 498Faculté des Sciences du Sport et de l'Education PhysiqueUniversité Victor Segalen - Bordeaux II
L'objet de cette recherche est de décrire et d'analyser la place des techniques sportives et des procédures de guidage au sein du discours didactique. A cet effet une analyse de contenu a été réalisée à partir d'articles de la revue Spirales. Le corpus étudié est constitué d'articles généraux et de textes centrés sur deux APS de nature différente. Plusieurs constats s'imposent : les positions exprimées à l'égard des techniques sportives s'infléchissent au cours de la série de textes, la nature des APS organise inégalement les propositions didactiques. On interroge enfin les référents scientifiques qui sont invoqués par les auteurs.Mots-clés :
techniques, didactique, EPS, guidages..
The purpose of this study is to analyse the importance of sports guidance techniques into didactical French texts. To achieve this, some articles of the French journal « SPIRALES » are being analyzed. The corpus is composed by some general articles and others specially attached to two different sports. Many observations turn out obvious. Conceptions about sports techniques are becoming less marked with time. Depending on the type of sports activity, author's didactic conceptions vary. Finally, we question the scientific referents put forward by the authors.Keywords :
technique, didactics, PE, guidance..
Ziel dieser Untersuchung ist es, den Stellenwert der sportlichen Techniken und Lernanleitungen im didaktischen Diskurs zu beschreiben und zu analysieren. Dazu wurde eine Inhaltsanalyse der Zeitschrift Spirale durchgeführt. Das analysierte Korpus besteht aus allgemeinen Artikeln und Texten, die zwei unterschiedliche Sportarten betreffen. Folgende Ergebnisse werden deutlich: die Positionen hinsichtlich der sportlichen Techniken verändern sich im Laufe der Textserie, bedingt durch die Natur der Sportarten werden die didaktischen Vorschläge unterschiedlich organisiert. Wir stellen uns schließlich auch Fragen über die wissenschaftlichen Bezugspunkte, die von den Autoren erwähnt werden.Schlagwörter :
Techniken, Didaktik, Sportunterricht, Lernhilfen..
L'oggetto di questa ricerca è di descrivere ed analizzare il posto delle tecniche sportive e delle procedure di guida in seno ad un discorso didattico. A questo proposito è stata fatta un'analisi del contenuto partendo da articoli della rivista Spirales. Il corpus studiato è costituito di articoli generali e di testi centrati sulle AFS di natura differente. Si impongono parecchie constatazioni: le posizioni espresse nei riguardi delle tecniche sportive si posizionano nel corso della serie di testi, la natura delle AFS organizza inegualmente le proposte didattiche. Infine, si interrogano i referenti scientifici che sono invocati dagli autori.Parole chiave :
didattica, EFS, guida, tecniche..
El objeto de esta investigación es describir y analizar la posición de las técnicas deportivas y de los procedimientos guías, dentro del discurso didáctico. Para este efecto, se realizó un análisis de contenido partiendo de artículos de la revista Spirales. El cuerpo estudiado esta constituido por artículos generales y de textos centrados sobre dos tipos de APS de naturaleza distinta. Las constataciones son numerosas: las posiciones que se expresan con respecto a las técnicas deportivas se modifican a lo largo de la serie de textos, la naturaleza de los APS se organiza en forma desigual las proposiciones didácticas. Finalmente interrogamos las distintas referencias científicas que son mencionadas por los autores.Palabras claves :
Técnicas, Didáctica, Educación física deportiva..
La réflexion sur les techniques sportives et leurs relations avec la didactique a fait l'objet de quelques productions dans le champ de l'EPS et des STAPS depuis 1980. Ouvrages, articles, colloques (Technologies et didactiques des APS, Strasbourg, 1992 ; Techniques sportives et éducation physique, Montpellier, 1994, par exemple), en témoignent. De l'article « La technique maudite » (Garassino, 1980) à celui de Vivès (1994) « Vers une réhabilitation de la technique et de l'exercice », quelles « figures » prennent les relations techniques - didactique ? D'emblée, des controverses quant au rôle de la technique en EPS peuvent être relevées : Goirand, (1986) parle de rigidité de la technique alors que Vigarello et Vivès, (1983) soulignent son double intérêt : « élément essentiel des pratiques corporelles », elle est la condition de l'entraînement mais aussi de la transmission du geste sportif.
Plus récemment Portes (1995) souligne l'ambiguïté des relations techniques-didactique, les décalages aussi entre discours et pratiques : si le technocentrisme et le technicisme des pratiques sont dénoncés depuis la fin des années 70, l'observation des séances d'EPS met en évidence l'enseignement de « modèles gestuels empruntés aux productions de la haute performance »
L'objet de cette étude est d'analyser la place des techniques sportives et des modèles gestuels dans les discours de didactique de l'EPS. On s'interroge sur la place accordée aux techniques sportives au sein des conceptions didactiques. Quels sont les points d'appui et les référents majeurs d'une démarche de transposition didactique ? Quels modes de transmission sont proposés ?
Pour répondre à ces questions, il a été choisi d'analyser certains articles de la Revue Spirales. Le choix de cette revue s'explique d'une part par sa diffusion importante auprès des enseignants, d'autre part à cause de la relative longueur de la série (1986-1995), enfin elle représente un courant de pensée influant en didactique de l'EPS en France. La construction même de la revue Spirales servait bien notre projet d'étude d'articles généraux illustrés par des articles centrés sur deux APS de nature différente. Le projet initial de comparaison entre différentes productions didactiques a été abandonné compte tenu de l'hétérogénéité des produits à analyser en particulier au plan de la forme (iconographie, présentation des situations, rubriques…). L'interrogation développée ici est organisée selon deux axes complémentaires : l'un synchronique, l'autre diachronique. L'exposé se compose de deux parties : d'une part les changements au cours de la série de textes sont étudiés, d'autre part les différences de transposition didactique pour le cas de deux APS différentes sont examinées. L'analyse postule que la stigmatisation des techniques sportives dans le champ de l'EPS procède de plusieurs équivalences implicites. La première relation d'équivalence concerne la technique sportive et le modèle du champion. Dans le même temps, sont associés systématiquement, jusqu'à les confondre, le contenu à enseigner au sens restrictif du terme et le processus de transmission par démonstration-imitation. Enfin, l'imitation (du modèle du champion) est toujours conçue comme un processus passif de reproduction par répétition de « formes gestuelles ».
Déjà, étudiant le discours technique, Vigarello et al. (1983) relevaient un amalgame hâtif entre les techniques sportives et le modèle du champion : « timides sont encore les tentatives pour dépasser le schéma simpliste du modèle de la technique et découvrir les déterminants de techniques corporelles correspondant à des catégories plus ou moins diversifiées de sujets ayant les mêmes caractéristiques, » Vigarello et al. (1983, 46). Les auteurs énonçaient aussi les limites du modèle du champion : « le mouvement exemplaire… demeure infirme entre autres pour énoncer le détail, comment doit s'y prendre l'enfant et a fortiori tel enfant particulier. La confusion serait de considérer un tel modèle comme toujours transposable alors qu'il est limité » Vigarello et al. (1983, 47). L'hypothèse est donc formulée, qu'à l'origine du processus de disqualification des techniques sportives résident des confusions et amalgames, des relations d'équivalences rarement interrogées. L'assimilation de la technique au modèle du champion peut conduire à une vision réductrice de celle-ci.
Or la technique c'est « l'ensemble des moyens transmissibles à mettre en œuvre par l'homme, pour effectuer le plus efficacement possible une tâche motrice donnée » Vigarello et al.(1983, 45). Cette acception large de la technique a-t-elle une place dans le champ de la didactique de l'EPS ? Comment s'y prennent les professionnels de l'enseignement pour définir les contenus à enseigner ? Quelles sont les représentations et définitions de la technique exprimées dans les discours didactiques ?
Pour répondre à ces questions, on distingue deux catégories de textes, objets de l'analyse. Le premier ensemble de textes est constitué par des articles dits « généraux », articles de réflexion, contributions à des colloques, non centrés spécifiquement sur une APS. La seconde classe de textes en réfère à deux APS sollicitant des habiletés motrices de nature différentes : la Gymnastique et le Volley-ball. Les raisons de ce choix sont explicitées plus loin. Le parti a été pris de réaliser une analyse qualitative du contenu des textes. En effet, plus que la quantification des occurrences des mots-clés, les définitions de la notion de technique et des procédures d'enseignement proposées sont étudiées. Ainsi, les jugements positifs et négatifs assignés à la notion de technique et les qualifications qui lui sont attribuées, sont envisagés. A cet effet après une première lecture « flottante », on a procédé au repérage systématique au sein de l'ensemble du corpus de la notion de « technique » puis à l'analyse des relations établies entre cette notion et les autres termes du corpus (attributs, jugements positifs, disqualification, équivalence entre les termes, oppositions). L'analyse qualitative s'avérait pertinente aussi dans la mesure où la première lecture avait mis en évidence des modifications radicales des définitions de la technique tout au long du corpus. Les « régularités » et les « ruptures » à propos des notions de technique et de modèle ont été recherchées dans le discours des auteurs. Enfin les références scientifiques convoquées par l'argumentation, ont été étudiées. Dans le cas de la première catégorie de texte, le premier critère qui permet de délimiter le corpus réfère à la présence du mot technique, soit dans le titre de l'article, soit dans un chapitre ou un sous-chapitre de celui-ci. Malgré des différences d'objet et de corpus (aux plans qualitatif et quantitatif), certaines questions posées par Arnaud (1985) à propos de la didactique et de l'innovation pédagogique au sein de la revue EPS, sont reprises dans le présent travail. Combien d'articles font état d'une réflexion sur les techniques ? Quels sont les producteurs ? Quelles sont les positions exprimées ? Quelle est la démarche de transposition proposée ? Peut-on repérer des changements quantitatifs et/ou qualitatifs au sein de la série (1986-1995) ?
1. Place de la technique dans les articles « généraux »
Une première observation s'impose : de 1986 à 1990 un seul article pose explicitement le problème de la position de la démarche didactique à l'égard des techniques sportives.
Goirand (1987) dans l'article : « Une problématique complexe : des pratiques sociales des APS aux contenus d'enseignement en EPS », explicite la démarche du collectif « Spirales » en continuité avec l'introduction du n° 1, Goirand, Marin, Metzler, Ray, Rias, Rimet (1986). L'auteur consacre plusieurs chapitres au problème du rôle des pratiques sportives au sein d'une didactique de l'EPS. Quelle est la place des techniques dans le processus de transformation d'un « objet culturel » en « objet d'enseignement » ?
De 1992 à 1995 six articles sont explicitement par leur titre, centrés sur les techniques. La réflexion sur les techniques sportives resurgit en 1992 seulement, (Spirales n° 4) par le biais de l'Histoire. De plus, illustration de la réflexion historique, une analyse conduite par le collectif de la revue étudie, pour chacune des APS, l'évolution des techniques et des règlements et les interactions sous-jacentes. Un premier constat peut être fait au plan quantitatif : par rapport à la période précédente, une augmentation du nombre d'articles faisant référence à une réflexion sur les techniques est observée de 1992 à 1995. Les positions exprimées à l'égard des relations technique-didactique évoluent-elles au cours de la série ?
1.1. Les techniques stigmatisées
La technique est définie par Goirand (1987, 15) comme une forme de production de « l'expérience socio-historique de l'humanité » en référence à Leontiev. Il s'agit de se démarquer des techniques sportives qui « ont toujours occupé une place quasi exclusive dans les contenus d'enseignement ». La démarche peut être décomposée en opérations successives : différenciation entre savoir-faire et techniques, en premier lieu, définitions ensuite.
Quels sont les points d'appuis de l'auteur pour définir la technique ? La technique c'est d'abord un « ensemble de procédés bien définis, transmissibles destinés à produire des résultats jugés utiles » Combarnous (1984, cité par Goirand, 1987, 16). La technique est définie aussi comme « exemple et modèle de solution efficace ». (Goirand, 1987, 16). La position explicitée ici par l'auteur est encore proche de celle de Vigarello et al. (1983).
Toutefois, à ce point de la démarche, une réelle « bascule », tant du point de vue des référents que des conceptions, est observée. Un démarquage à l'égard des techniques sportives est brusquement réalisé. En référence à l'analyse de Famose et à celle de Fabre, la technique sportive est disqualifiée. On reprend ici, à dessein, la définition de Fabre (1972 cité par Goirand, 1987, 16) : « La technique est l'expérience individuelle, dépersonnalisée, transmise et capitalisée, une manière de faire, l'acte dépouillé de ses motifs. La technique, par sa rigidité s'oppose aussi directement au caractère novateur de l'activité individuelle d'adaptation. Alors que la recherche du mouvement technique juste (adapté à son but) devrait guider l'individu dans une activité d'adaptation à la situation présente, la technique est un frein à l'activité créatrice ».
Les définitions empruntées successivement à Combarnous et à Fabre diffèrent profondément. Si les premières insistent sur le caractère transmissible et la rationalisation, la référence à Fabre n'est pas neutre. La technique est stigmatisée, opposée à la créativité, à l'innovation, l'adaptation. En s'opposant à des conceptions « fixistes » et « superficielles » de la technique, Goirand (1987, 16) inscrit dans le même temps le travail du collectif de la revue dans une option « interactionniste, constructiviste, cognitiviste ». De plus, la définition de l'interactionnisme se situe implicitement dans la perspective piagétienne « Le développement de l'individu se fait par une adaptation à l'objet gymnastique en tant que système de contraintes » Goirand (1987, 16). Pas de référence donc aux interactions sociales. Par ailleurs, le point d'appui (implicite) que constitue le constructivisme piagétien : « Le développement se fait par emboîtement de structures » Goirand (1987, 16), ainsi que la référence au cognitivisme, concourent à renforcer la distanciation à l'égard des techniques. Ainsi, selon Goirand (1987, 17) : « La conception fixiste de la technique donnant une image stéréotypée, figée de la matière sportive est remplacée par une conception dynamique, génétique d'une technique en train de se constituer » Pour mieux asseoir l'identité des pratiques scolaires d'éducation physique il faut simultanément, mettre à distance les techniques sportives et rejeter l'utilisation des modèles gestuels : « La réduction de la technique à ses composants les plus apparents (les gestes) et l'usage exclusif du modèle gestuel dans l'enseignement, travaillés y compris à vide en dehors des conditions réelles de l'activité, ont fait succomber les éducateurs pendant des décennies au mythe de la forme idéale », Goirand (1987, 16). La relation d'équivalence établie entre contenu technique et transmission par la modélisation pointée ici, est discutée plus loin au regard de l'ensemble du corpus. A ce point de la démarche, précisons les opérations qui président à la construction d'une didactique de l'EPS ?
En premier lieu, on observe un changement radical de point de vue : plus que sur les formes extérieures des mouvements produits, il s'agit de se centrer sur les processus, l'activité du « sujet agissant ». La réflexion illustrée en gymnastique s'attache à déceler l'existence de structures générales dans l'activité gymnique. Mais rechercher des structures générales c'est aussi réduire, pour définir les savoir-faire gymniques à une trame simplifiée d'actions : « Se déplacer, voler, tourner » Goirand (1987, 19). Dernières opérations : l'analyse de l'activité de l'élève, du débutant vers l'expert en termes d'espace, de temps, de coordination posturales, coordination perceptives, coordination d'action, de signification enfin. Au terme du cheminement, l'élève n'apprend pas des techniques mais il est au centre d'un « processus social de création de techniques diverses », Goirand (1987, 19). Confronté à des situations problèmes, chaque sujet produit des « solutions techniques » individuelles, conduisant à l'élaboration de capacités.
Pour tracer le délinéament du territoire propre à une didactique de l'EPS, il fallait réaliser plusieurs opérations, en particulier celle qui consiste à se démarquer des techniques sportives. Cependant la position de Goirand (1987) demeure, on l'a vu, ambiguë. Si les critères d'efficacité et de transmissibilité sont tout d'abord explicitement reconnus, la technique est un peu plus loin dénoncée comme un « frein à l'activité créatrice ». La transmission des contenus est réalisée non pas par l'utilisation de modèles gestuels formels, mais grâce à la mise en place de situations problèmes. Une nécessité s'impose alors : l'inversion du regard, d'un double point de vue, d'abord des techniques sportives vers l'élève producteur de « solutions techniques », ensuite, des formes gestuelles extérieures vers l'analyse des processus internes de production d'actions.
Comment évolue cette « posture » initiale à l'égard des techniques tout au long de la série ?
1.2. Le retour de la technique par l'histoire des techniques
Camy (1992) s'attache à analyser les conditions culturelles de la genèse de certaines techniques (l'exemple du geste de la joute). Mais sont soulignés dans le même temps, liens et décalage entre culture scolaire et culture sportive : « l'introduction de la culture sportive dans le monde scolaire passe inévitablement sinon par un appauvrissement, en tout cas, par un traitement. Il n'est pas possible d'imaginer qu'on puisse reproduire à l'école cette culture sportive à l'identique » Camy (1992, 100).
Vigarello (1992, 102) montre en quoi l'évolution des techniques sportives peut éclairer la pratique pédagogique : « cette histoire devrait pouvoir aider à relativiser ses propres techniques ». Faire l'histoire des techniques sportives doit aider l'enseignant d'EPS à « ne pas s'enraciner dans la technique qu'on lui a enseignée ou la technique qu'il voit apparaître sur les écrans ou dans les textes des techniciens eux-mêmes ».
L'auteur explicite les lois d'évolution des techniques formulées ailleurs (Vigarello, 1988), Par ailleurs, Vigarello formule une question fondamentale : l'histoire des techniques et de leur génèse permet-elle de comprendre les obstacles à l'apprentissage éprouvés par l'élève ? A ce propos, l'illustration des lois d'évolution proposée par certains auteurs du collectif Spirales, (Metzler 1992, par exemple) peut être discutée. Pour conclure, le n° 4 de « Spirales » amorce donc un changement de posture à l'égard des techniques : l'analyse historique permet de les légitimer.
1.3. La technique redéfinie
Quatre articles s'emploient à « redonner du sens » aux techniques sportives, en s'appuyant sur des arguments et des champs scientifiques différents. Amade-Escot, C., Bos, J.C., Dufor, F., Dugrand, M., Orphee, B., Terrisse, A. (1994)., envisagent « la place des techniques en didactique ». Les positions exprimées sont en réelle rupture avec celles de Goirand (1987), le discrédit jeté sur les techniques est alors dénoncé.
Selon les auteurs l'opposition technique-sciences constitue le point de départ de cette dévalorisation : « il existe en Education Physique une image de la technique qui disqualifie cette dernière par rapport à une conception mythique de la science » Amade-Escot et al. (1994, 16). Est également dénoncée la mise en équivalence entre technique et aliénation : « il existe en EPS un discours instruit, rarement discuté, à propos des techniques sportives qui seraient aliénantes, sclérosantes et déshumanisantes ! Les techniques ne seraient alors que réification, modèles immuables, savoirs morts » Amade-Escot et al. (1994, 16). La conception de Fabre déjà citée par Goirand (1987) est reprise par Amade-Escot et al.. mais pour être discréditée cette fois. En réponse à la stigmatisation de la technique exprimée par Fabre, les auteurs s'appuient sur les analyses de Combarnous (1984) pour mettre en exergue intentionnalité, efficacité et réalisme des solutions techniques : « le caractère technique est indissociable de la capacité de constituer des associations de connaissances raisonnées et empiriques, toutes éprouvées par la pratique, qui assurent l'efficacité des actions », Combarnous (1984 cité par Amade-Escot et al., 1994, 17). A l'image aliénante de la technique est opposée l'invention de solutions. Le concept de technologie « Science humaine des techniques », Haudricourt (1987), ainsi que les références à Mauss (1968) et à Simondon (1989) permettent de revaloriser la technique, de rappeler aussi sa dimension culturelle.
Dès lors, quel rôle est dévolu à la technique en EPS ? Au cœur de l'interaction enseignant-enseigné la technique devient « le référent indispensable susceptible de soutenir le regard porté sur les productions des élèves » Amade-Escot et al (1994, 17) En assignant une fonction de référent aux techniques dans les procédures d'observation-évaluation d'Amade-Escot et al (1994) modifient profondément le regard porté sur l'élève et ses productions. En effet, lorsque Goirand (1987) prône une démarche « d'interprétation des techniques », la question de l'orientation de l'activité de recherche développée par l'élève reste en suspens.
Ce qui est nouveau enfin, dans cette série de textes, c'est la reconnaissance d'une dimension sociale à la démarche didactique. En effet une réflexion sur la phase interactive de l'acte d'enseignement permet de dépasser la seule image de l'enseignant concepteur de contenus. Du coup se pose la question fondamentale de l'aide apportée par l'enseignant à l'activité d'apprentissage de l'élève. Si la fonction d'étayage de l'adulte n'est pas explicitée dans le texte, référence est faite cependant à la notion d'interaction de tutelle développée par Bruner (1983).
Dans la même ligne théorique, la référence à la relation d'aide, d'étayage, est reprise par Clot (Spirales n° 8, 1995). Dans un contexte différent, celui de l'analyse du travail du musicien dans sa fonction de doublure, de « sosie », l'auteur repère les « moments de crise » de l'activité technique déployée par le sujet, ainsi que les moyens de surmonter la « crise ». En citant Leroi Gourhan (1945) « on n'emprunte souvent que ce qu'on se disposait à inventer » Clot (1995, 92) revient à l'origine théorique des propositions de Bruner (1983) et procède à une reformulation du concept de « zone de développement proximal » développé par Vygotski (1985).
Les propositions de Durey et de Bouthier (Spirales n° 8, 1995) s'inscrivent dans la perspective d'une technologie appliquée aux APS et poursuivent avec des arguments sensiblement différents du processus de réhabilitation des techniques engagé dans la série de textes depuis 1992. Durey montre en quoi la modélisation des gestes sportifs, grâce à des logiciels de simulation et d'analyse du mouvement, peut s'appliquer aux pratiques scolaires, au plan du développement des connaissances comme à celui des performances motrices des élèves.
La référence à une conception cognitiviste du travail humain conduit Bouthier (1995) à formuler une définition en expansion de la notion de technique : « il n'est pas légitime de réduire la partie transmissible que constituent les techniques aux seules formes extérieures des gestes efficaces. Bien d'autres composantes de l'action sont généralement aussi engagées p. 97 ». Cette définition élargie de la technique constitue une étape décisive : au point de départ du discours disqualifiant la technique résident entre autres, extériorité de la gestualité et stéréotypie. La critique tombe d'elle même ici. Bouthier (1995) s'attache à montrer en quoi une approche, délibérément qualifiée de « tactico-technique », en sports collectifs, ne peut faire fi des composantes d'exécution et de contrôle de la motricité. L'articulation entre les processus décisionnels et les processus d'exécution redonne sens à la « technique gestuelle ». Au terme de l'analyse, une conception plus large et plus interactive des techniques sportives permet de définir plusieurs « registres de technicité » du pratiquant. La « maîtrise » des techniques sportives, leur « transformation », la « lecture » des productions sportives, constituent autant de voies pour enrichir l'Education Physique scolaire. Précisons cependant que cette conception ne vaut que dans le cas des habiletés ouvertes (Poulton, 1957), dont les sports collectifs.
L'observation minutieuse des relations établies entre didactique et techniques sportives dans la revue Spirales autorise plusieurs constats.
Pour définir le territoire d'une didactique de l'EPS il fallait en premier lieu mettre à distance techniques et modèles, voire les disqualifier. A partir de 1992 (Spirales n°4), les positions s'infléchissent grâce à une centration sur l'histoire des techniques. Les postures initiales, discernées au fil de l'analyse conduite par Goirand (1987), sont radicalement différentes de celles adoptées par Amade-Escot et al. (1994), Bouthier (1995) entre autres. On assiste en effet, dans la période très récente (Spirales n° 7, n° 8), à une véritable réhabilitation des techniques sportives. « Redonner du sens » aux techniques revient à les définir de manière plus large ; mais cela consiste surtout à leur restituer une place et à leur assigner des fonctions au sein de la didactique de l'Education Physique.
Dans le même temps, la tâche de l'enseignant s'enrichit. Il ne s'agit plus seulement de concevoir une panoplie de « situations-problèmes », mais il faut aussi soutenir, d'étayer l'activité de l'élève au sein de l'interaction de tutelle. La dimension sociale de la relation enseignant-enseigné se trouve par là même affirmée. Quelle analyse explicative peut elle être avancée ?
En continuité avec l'analyse déjà engagée (Lafont, 1994), l'idée d'une résonance entre facteurs intrinsèques et extrinsèques à l'EPS peut être envisagée. Comment expliquer le démarquage initial à l'égard des techniques et des modèles ? Quatre éléments nous paraissent essentiels.
Pour construire une identité disciplinaire et définir des contenus scolaires originaux il fallait différencier l'EPS du champ sportif. La mise à distance des techniques sportives et des modes de transmission qui leur sont traditionnellement attachés participe à ce mouvement.
Les changements successifs de références aux sciences constituent certainement un autre facteur explicatif. Tous aboutissent cependant à une disqualification des techniques et des modèles. Dans les années 1970 les points d'appui essentiels étaient constitués par la psychanalyse d'une part, la psychologie génétique d'autre part. Cette dernière a été un point d'appui majeur du Conseil Pédagogique et Scientifique de la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (CPS-FSGT). Goirand (1986) situe explicitement sa propre réflexion en continuité avec ce mouvement de rénovation pédagogique. A partir des années 1980, on assiste à une influence croissante de la théorie de l'information et de la psychologie cognitive. Ce développement retentit sur les didactiques disciplinaires en particulier celles des sciences.
La didactique de l'EPS emprunte directement ou par la voie des didactiques des sciences (troisième source d'influence) certains concepts de psychologie cognitive. L'engouement pour les situations-problèmes en EPS peut être interprété ainsi. Les références utilisées (externes à l'EPS), au sein du corpus analysé, relèvent de ces deux champs. L'ouvrage de George « Apprendre par l'action » (1983) constitue un point d'appui permanent. Les productions de Brousseau (1986) surtout, mais aussi de Vergnaud (1992), Martinand (1981), (entre autres), pour la didactique des sciences, sont très présentes. D'ailleurs, ces auteurs ont participé, dès 1981 dans le cas de Martinand, en 1985 pour l'ensemble d'entre eux, aux colloques du Syndicat National de l'Education Physique (SNEP). Les références explicites ou non à Famose vont dans le sens aussi d'une invention des solutions motrices par les élèves.
Enfin, on peut avancer que la volonté institutionnelle de concevoir des programmes en EPS a conduit à un foisonnement des productions en didactique de l'EPS et des APS. Dans ce contexte les latences débusquées par Vigarello (1980) diminuent : on produit vite en s'appropriant le plus rapidement possible les modèles qui paraissent le plus pertinents à un moment donné, au détriment d'une vigilance à l'égard des conditions de transposition des concepts. De plus, enjeux et luttes d'influence réactivés par les projets de programme, ont certainement provoqué des déstabilisations successives des différents « courants didactiques ». Si la métaphore du développement est pertinente, on sait que la construction de l'identité nécessite simultanément identification et opposition. Pour donner consistance à un discours, on le construit, en partie, contre d'autres conceptions.
Pour expliquer les changements de positions constatés à la fin de la série (1992-1995), on peut certainement reprendre les arguments énoncés par Bouthier (1995) : la revue Spirales s'inscrit « dans l'air du temps ». On peut expliquer aussi ce regard nouveau sur les techniques sportives par un « essoufflement » de la démarche didactique : à trop vouloir susciter la découverte de solutions par l'élève, l'orientation, le guidage de son activité restait en suspens. Se démarquer trop brutalement des techniques et des modèles conduit à rendre de plus en plus floue, voire abstraite, la relation apprentissage / enseignement. De plus, les auteurs des articles « généraux » produits entre 1992 et 1995 ne sont pas membres du collectif de la revue. On peut les situer dans des « champs » disciplinaires (STAPS, Sciences de l'Education) et / ou d'intervention plus ou moins proches : séminaires INRP, par exemple. Peut-être ont-ils renouvelé la réflexion au sein du collectif ? Enfin, les enjeux de pouvoir entre courants didactiques en France dans les années quatre vingt dix et la concurrence entre les différentes revues (la Revue de l'académie de Nantes paraît dès 1989) ont pu contribuer à une autorégulation de la position de la Revue Spirales à l'égard des techniques sportives. La réhabilitation des techniques sportives venant renforcer la cohérence d'un courant « didactique des APS » face au courant « didactique de l'EPS ».
Pour affiner et illustrer l'analyse qui précède la démarche consiste à présent à observer les relations entre techniques et didactique dans des textes à visée d'application. Ainsi, les caractéristiques particulières de la démarche de transposition didactique sont analysées dans le cas de deux APS sollicitant des habiletés motrices de nature différente.
2.. Techniques, contenus, guidages en Gymnastique et Volley-Ball
Dans le prolongement d'une problématique déjà engagée (Winnykamen et Lafont, 1990) on se demande à présent, si des APS différentes appellent des traitements didactiques identiques ou différents. La question est donc posée des contenus et modes de guidage proposés en gymnastique et volley-ball. Le parti est pris de choisir ces deux APS pour plusieurs raisons. Après un premier dépouillement de la revue Spirales on a constaté que ces APS font l'objet de productions dès le premier numéro de la revue (1986) ; de plus, les auteurs sont les principaux rédacteurs de la revue. Enfin, les deux APS ciblées par notre étude sont massivement enseignées en Collèges et Lycées. Pour analyser ces APS, on peut retenir deux distinctions qui semblent heuristiques quant à la nature des habiletés motrices sollicitées. La distinction entre habiletés ouvertes et habiletés fermées en réfère au caractère prédictible ou non prédictible de l'environnement dans lequel agit le pratiquant, Poulton (1957). Pour notre part on retient que la différence entre habileté fermée et habileté ouverte concerne l'absence ou la présence d'incertitude pour le pratiquant. La seconde distinction est attachée à la différence quant au but des habiletés. Selon Paillard (1974), les habiletés topocinétiques concernent « l'espace des lieux », les activités à « modèle interne » en réfèrent par contre à « l'espace des formes ». Cette distinction initiale a été reprise et développée par Serre (1984) qui dénomme « morphocinèses » les mouvements à modèle interne par opposition aux topocinèses (ou téléocinèses), mouvements spatialement orientés et finalisés (Paillard, 1974). Famose (1990), dans le domaine de l'analyse des tâches, distingue les tâches à « but de forme » de celles à « but environnemental ». Suivant les deux critères successivement explicités la gymnastique sollicite prioritairement des habiletés fermées (l'environnement du sujet est stable, prédictible) et des mouvements morphocinétiques (formes corporelles destinées à être vues et jugées). Le volley-ball sollicite des habiletés ouvertes (l'incertitude provient de l'environnement humain), une motricité topocinétique puisque le but des actions consiste à envoyer la balle dans une cible horizontale constituée par le terrain adverse et/ou de provoquer la faute des adversaires.
2.1. Conceptions et mises en œuvre en gymnastique sportive
Quelles sont les définitions des APS formulées par les auteurs ? Quelle place est accordée aux techniques au sein des contenus d'enseignement, quelles sont les procédures de guidage proposées ? En effet Gentile (1972), Newell et Walter (1981), entre autres, ont défendu l'idée que selon la nature des habiletés motrices sollicitées les étapes de l'apprentissage et les informations utiles à l'apprenant diffèrent. Dans le cas des habiletés fermées à but de forme, le guidage par des consignes référant aux actions ou par des démonstrations est crucial. Dans le cas des habiletés ouvertes on recherchera la diversification des pattern d'action et des guidages par la connaissance des résultats (CR). La gymnastique est définie par Goirand (1986) comme une « activité de production de formes techniques p. 14 », mais aussi comme une activité d'épreuve, de défi dans le sens d'une prise de risque, par la remise en cause de l'équilibre habituel au cours d'une « activité d'exploration du nouveau milieu p. 15 ». A partir de cette définition duelle de l'APS on peut se demander lequel de ces deux axes est privilégié.
Premier décalage entre la définition de l'APS et celle du contenu - matière : le répertoire des actions est exclusivement formulé dans le registre topocinétique : celui de « l'espace des lieux ». Les coordinations d'action : « se suspendre, grimper, tourner, voler, se déplacer » définissent la motricité gymnique en relation avec un dispositif matériel, des spécifications d'appui et des repères strictement relatifs à l'espace des lieux. A titre d'illustration on présente un exemple de coordination (Goirand, 1986, p. 30) : « se déplacer en volant » « à partir d'un plinth » « d'appui pédestre à… appui pédestre ». Au plan des contenus d'enseignement ce n'est pas la réalisation de formes corporelles qui est privilégiée mais la confrontation de l'élève à un ensemble de « problèmes à résoudre ». Deuxième décalage, l'analyse des tâches conduit à une interprétation abusive de la notion d'incertitude. En effet, bien qu'implicite, la référence aux travaux de Famose (1983) et l'utilisation des notions d'incertitudes spatiale, temporelle et événementielle donnent lieu à des distorsions : il s'agirait de réduire l'incertitude en gymnastique. Or le concept originel d'incertitude n'est pertinent que dans le cas des habiletés ouvertes. L'analyse des fiches - guide (Goirand, 1986, 44-46) met en évidence la prédominance de certains éléments. Les tâches sont définies par un problème à résoudre, un dispositif spatialement organisé. L'iconographie donne à voir des figures corporelles bien sûr, mais ce qu'il faut souligner c'est la présence de flèches indiquant les trajectoires du corps dans l'espace, le sens du mouvement. Le corps de l'élève est figuré d'abord « en mouvement ».
Quelle est la place accordée aux techniques ?
Quelques consignes imprécises (« placement des bras », « placement des jambes » p. 45) réfèrent aux positions des segments ou à leur rôle et dénotent ainsi une place extrêmement discrète d'éléments pouvant être qualifiés de « techniques ». On relève aussi quelques allusions à la technique au niveau des capacités gymniques à développer (par exemple la capacité « à dissocier le temps de vol du temps, d'impulsion et de réception » Goirand (1986, 31). Cependant seules trois des quinze capacités énoncées, font réfèrence en partie à des données techniques. Le traitement didactique proposé est donc en cohérence avec une vision de la gymnastique sollicitant une motricité topocinétique. Il se situe en rupture délibérée avec la définition initiale de la gymnastique comme activité de « production de formes ». Les positions exposées par Goirand (1990), Goirand et Marin (1994) s'infléchissent partiellement par rapport au premier texte. Il faut cependant préciser que les productions analysées s'inscrivent dans un contexte plus finalisé institutionnellement : celui des épreuves d'EPS au Brevet et au Baccalauréat et ; plus largement dans la perspective de la définition des programmes en EPS. Les propositions de traitement didactique faites par Goirand (1990) accordent une place plus importante à l'activité gymnique conçue comme une activité de production de formes corporelles et techniques. Quelques exemples pour étayer ce constat. Des cinq « enjeux fondamentaux de la pratique scolaire (p. 181) », trois mentionnent explicitement à la production de formes techniques en relation, soit à l'activité (et ses principes et règles d'action efficaces, contenus de « l'activité technique »), soit à l'affirmation de son style, sa « silhouette gymnique », soit au « contrôle des attitudes » dans un « souci esthétique ». Deuxième exemple : si la première étape des apprentissages gymniques est celle « du comportement émotionnel », la deuxième est définie comme phase de « productions de formes socialisées » Goirand (1990, 182) ».
L'analyse des conditions d'efficacité de l'activité d'apprentissage est beaucoup plus précise et centrée sur des références aux placements segmentaires (« ouverture bras-tronc », « corps tonique » entre autres). L'attention est portée aussi à la nature des postures et à la coordination des actions. Enfin, on peut relever une présence beaucoup plus importante de la terminologie gymnique : « ATR », « Lune », « Soleil ». Est-ce à dire que les conceptions à l'égard de la technique, des modèles et des procédures de guidage ont totalement changé ? La position ambigüe à l'égard des techniques sportives exprimée par Goirand (1987), demeure très présente au plan des discours dans cette catégorie de textes. Dans le même temps l'utilisation des modèles et des guidages forts est objet de dénonciation du début à la fin de la série : « nous avons insisté pour que l'activité gymnique ne soit pas considérée uniquement comme une activité de reproduction de modèles formels, modèles timorés et vieillots, statiques dans leur conception. Nous avons insisté également pour que la correction - respect du modèle formel - ne soit pas introduite à priori dans l'apprentissage » Goirand (1986, 27). Dans la même perspective, Goirand (1990) s'attache à mettre en garde les enseignants contre des risques de « dérives technicistes » et de « matériocentrisme » : « plus encore, normes techniques, normes d'efficacité, canons de l'esthétique se confondent et induisent chez l'enseignant une pédagogie du Modèle et de l'écart au modèle, pédagogie de l'apprentissage guidé dans des situations fermées » Goirand (1990, 174). Goirand et Marin (1994) disqualifient la <marquage typemarq="italique">« technique : mythe de la forme idéale », ils critiquent une conception « statique, abstraite donc dogmatique » de la technique, ainsi que des guidages forts tels que l'aménagement matériel, l'aide.
2.2. Conceptions et mises en œuvre en volley-ball
Classé avec les autres sports collectifs le volley-ball est défini par son seul but : « maîtriser un rapport humain d'action-réaction » (Metzler, 1986, 106). Cette définition très générale, ne spécifie, selon nous, que trop peu cette activité. En effet, ni la particularité de la frappe de balle, ni la spécificité de la cible constituée par le terrain adverse, ni même les espaces séparés par le filet, ne sont mentionnés. Conformément aux définitions initiales, le volley-ball sollicite des habiletés ouvertes. Quelle est la place accordée aux techniques ? Selon nous, la logique du traitement didactique de l'APS est construite sur un modèle de « classes emboitantes ». En effet, c'est à partir de la définition « d'intentions de jeu » que Metzler (1986) spécifie trois niveaux d'objectifs : de stratégies, d'organisation, de réponses motrices enfin. La logique des actions est d'emblée inscrite dans le rapport d'opposition entre les équipes. Peut-on affirmer pour autant que toute orientation technique est absente de la démarche ?
Les données relatives à l'efficacité de l'action (acception large de la technique selon Vigarello et al., 1983) sont présentes « en bout de chaîne » au niveau de l'analyse des « réponses motrices de jeu ». En effet des indicateurs sont spécifiés :
– L'attitude préparatoire à l'action du joueur sans ballon « les bras et les jambes sont-ils toujours mobilisés en vue d'un éventuel renvoi ? » Metzler (1986, 121).
– De plus les « conditions d'accomplissement » de l'action font l'objet d'une analyse spécifique précise. A titre d'exemple on cite l'une des descriptions des « opérations motrices » Metzler (1986, 127). « Adopter une attitude préparatoire à l'action… les avant-bras ne descendent pas en dessous du bassin », « Prolonger longtemps l'attitude terminale de renvoi ». Finalement, des spécifications très précises sont exprimées quant à l'orientation des joueurs dans l'espace de jeu, aux prises d'information nécessaires mais aussi quant aux opérations motrices. On peut considérer les propositions de Metzler (1990, 1994) comme une préfiguration d'une approche « tactico-technique » formulée par Bouthier (1995). On assiste en effet à une articulation « concentrique » entre construction d'un projet collectif, prise de décision et exécution motrice au sein d'un rapport d'opposition qui n'exclut, momentanément, ni la « logique d'échange », ni l'acquisition d'habiletés spécifiques au volley-ball.
Quels sont les types de guidage privilégiés ? Metzler (1986, 1990) met en exergue la mise en œuvre de situations-problèmes : le guidage de l'enseignant ne consiste pas à solliciter la répétition de « modèles gestuels » mais plutôt à développer chez l'élève, une activité adaptative de résolution de problème. La situation-problème selon Metzler (1995) doit permettre l'émergence des « règles d'action efficaces ». L'activité de guidage de l'enseignant, « délicate » selon l'auteur, doit permettre aux élèves d'identifier « règles et conditions à respecter » pour être efficace. On n'est guère loin de la notion de techniques. Dans les textes récents Metzler n'exclut pas le guidage par la modélisation, utile pour certains élèves.
Cette étude a tenté de caractériser les relations techniques-didactique de l'EPS aux travers de discours et de propositions de mises en œuvre. Pour répondre à cette interrogation deux types d'observation, l'une diachronique, l'autre synchronique on été croisées. Au cours de la série, les discours changent de tonalité, les postures originellement « raidies » à l'égard des techniques sportives s'infléchissent, les positions deviennent plus nuancées.
Particulièrement au début de la série, on observe une pensée dichotomique, opposant deux ensembles de termes. D'une part l'« ancien » souvent disqualifié : techniques, modèles, formel, extérieur, gestualité, répétition. D'autre part, le « moderne » : situations-problèmes, recherche de solutions, activité du sujet, représentations, processus internes, stratégies, découverte. A l'intérieur de chacune des classes on observe certaines équivalences implicites, en particulier entre technique et modèles. Pourtant, certaines productions auraient pu conduire à une plus grande vigilance épistémologique. Par exemple George (1985) précise bien en quoi les tâches motrices posent des problèmes spécifiques.
Les propositions de mise en œuvre :
Si Metzler accorde une place « juste » et justifiée à la notion de technique au sens large, la position de Goirand en gymnastique est différente. Dans le premier texte, (Goirand, 1986), mais aussi dans les textes suivants, l'argumentation, en procédant par équivalences, discrédite en bloc les techniques sportives (contenus) et les modèles (guidages). Metzler (1990), citant les constats réalisés par Marsenach et Mérand, remarque que volley ball et gymnastique bien que sollicitant des formes d'organisation motrices différentes (cf supra morphocinèses et téléocinèses) font l'objet de contenus et procédures d'enseignement similaires. Paradoxalement cette critique à l'égard des pratiques enseignantes peut être aussi rétorquée sur un autre registre à propos des propositions de « Spirales ». En particulier les conceptions et mises en œuvre proposées en gymnastique au début de la série ne répondent pas à la logique d'une motricité morphocinétique. Il en est de même des réitérations successives à l'encontre du technicisme (très rarement défini) et de la disqualification systématique des modèles.
S'agit-il pour nous aujourd'hui de prôner un simple retour aux techniques et aux modèles ? Non car une telle orientation pourrait se faire aux dépens d'un approfondissement et d'une stabilisation nécessaire de la démarche didactique en EPS. Il s'agit plutôt de proposer quelques voies pour dépasser les contradictions relevées plus haut (entre l'« ancien » et le « moderne » par exemple).
A propos des modalités de guidage
Les analyses conduites par Bruner (1983) ont eu très peu d'écho en EPS (excepté dans une période très récente). Pourtant la notion « d'interaction de tutelle » permet de surmonter l'opposition traditionnelle entre « résolution de problème » et « contexte social » : « la plupart du temps, elle (l'intervention du tuteur) comprend une sorte de processus d'étayage qui rend l'enfant ou le novice capable de résoudre un problème, de mener à bien une tâche ou d'atteindre un but qui auraient été, sans son assistance, au delà de ses possibilités » Bruner (1983, 263). Dans le champ des APS les recherches montrent que l'activité du tuteur est modifiée en fonction de la nature des tâches motrices et des habiletés que celles-ci sollicitent. Ces dernières considérations nous conduisent enfin à réitérer une question déjà posée. Peut-on développer une conception « pluriprocédures » d'enseignement en EPS en regard d'une « approche pluriprocessus » (Beaudichon, Verba et Winnykamen, 1988) dans le domaine de l'apprentissage ? Plus qu'une recherche de modèles ou de théories générales de l'apprentissage, ne faut-il pas se contenter aujourd'hui de réponses plus locales, mais plus réalistes aussi ?
A propos des techniques
La technique dans son sens le plus large, ou « l'ensemble des moyens transmissibles à mettre en œuvre par l'homme, pour effectuer le plus efficacement possible une tâche motrice donnée » (Vigarello et al., 1983) peut constituer un référent pour orienter le regard de l'enseignant d'EPS dans ses activités d'étayage des apprentissages scolaires. Les productions motrices du haut niveau ne constituent qu'une illustration particulière et momentanée du développement de la culture sportive. En ce sens, les professionnels de l'enseignement de l'EPS se doivent de « travailler » les référents techniques en les confrontant sans cesse à d'autres champs de connaissances hétérogènes mais plus complémentaires que contradictoires, selon nous : savoirs sur les conditions de transmission-appropriation ; savoirs, enfin, sur les élèves, enfants, adolescents en développement.
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