Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
144 pages

p. 71 à 87
doi: en cours

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Rapport de recherche

no 59 2002/3

2002 STAPS Rapport de recherche

Impact d'un dispositif centralisé de formation continue en éducation physique sur les pratiques et les identités enseignantes

Joffrey Lecomte  [*] Ghislain Carlier Jean-Pierre Renard Unité EDPM (Education par le mouvement) – 1, place Pierre de Coubertin 1348, Louvain-la-Neuve – BelgiqueFax : 00 – 32 10/474433
En Belgique, une cellule de recherche interdisciplinaire a récemment mis au jour, entre autres constats, que ce sont les enseignants en éducation physique qui se montrent les plus satisfaits de leur formation continue. Par ailleurs, l'expertise du stage annuel de formation continue des enseignants en éducation physique du réseau libre de la Communauté française de Belgique, menée en 1997 par six universitaires, a souligné l'intérêt d'une recherche visant à mieux situer l'impact de ces trois jours de formation sur les pratiques enseignantes. Pour ce faire, un questionnaire a été adressé aux mille stagiaires du stage 1999. L'analyse statistique des 445 exemplaires retournés montre, entre autres, que ce stage pluridisciplinaire et centralisé arrive en tête des ressources participant à la construction de la pratique enseignante, qu'il a un impact marqué sur la motivation des enseignants et sur leurs choix pédagogiques et qu'il suscite chez 89,6 % des enseignants un réinvestissement en cours d'année. Sans remettre en cause la préoccupation actuelle d'intégrer, au sein des contextes locaux d'enseignement, des modules de formation pointus s'adressant à un nombre réduit d'enseignants, les résultats enregistrés alimentent la réflexion sur les systèmes et les enjeux de la formation continue des enseignants en éducation physique.Mots-clés : Formation continue, Innovation, Motivation, Pédagogie.. In Belgium, a recent report of an interdisciplinary research centre shows notably that the teachers in physical education are those that say themselves the most satisfied with their continuous training. Besides, the expertise of the annual continuous training of teachers in physical education belonging to the catholic network of the French Community of Belgium, led in 1997 by six academics, underlined the interest of a research aiming at assess the impact of these three days of training on the teaching practices. With this intention a questionnaire was addressed to the thousand trainees of the training course 1999. The statistical analysis of the 445 returned specimens shows, inter alia, that this multi-field and centralised training course arrives at the head of the resources taking part in the construction of the teaching practice, that it has a deep impact on the motivation of the teachers and on their educational choices and that it arouses at 89,6 % of the teachers a reinvestment in the course of the year. Without questioning the current concern about integration, within the teaching local contexts, of sharp modules of training dedicated to a reduced number of teachers, the evoked results feed the reflection on the systems and the stakes in the continuous training of the teachers in physical education.Keywords : Continuous training, Innovation, Motivation, Pedagogy.. Eine interdisziplinäre Studie hat kürzlich unter anderem gezeigt, dass die Sportlehrer die Leher sind, die mit ihrer Fortbildung am zufriedensten sind. Außerdem hat ein von sechs Universitäten durchgeführtes Gutachten zur jährlichen Fortbildung der Sportlehrer der freien Vereinigung der französischen Gemeinschaft in Belgien das Interesse für eine Evaluationsstudie zur Wirkung dieser dreitätigen Lehrerausbildung betont. Um diese Studie durchzuführen, wurde ein Fragebogen an 1000 Teilnehmer des Lehrganges von 1999 verteilt. Die statistische Analyse der 445 zurückgekommenen Fragebögen zeigt unter anderem, dass dieser zentrale, pluridisziplinäre Lehrgang die Hauptressource für die Lehrpraxis darstellt, dass er einen deutlichen Einfluss auf die Motivation der Lehrer sowie ihre pädagogischen Vorgehensweisen hat und dass er bei 89,6 % der Lehrer ein verstärktes Engagement im Laufe des Jahres hervorruft. Ohne die derzeitigen Bestrebungen in Frage stellen zu wollen, auf lokaler Ebene spezifische Bildungsmodule für eine beschränkte Anzahl von Lehrern einzuführen, sind die erzielten Ergebnisse fruchtbar für Überlegungen zum System und zur Bedeutung der Fortbildung der Sportlehrer.Schlagwörter : Fortbildung, Innovation, Motivation, Pädagogik.. In Belgio, una cellula di ricerca interdisciplinare ha recentemente messo in evidenza, tra altre constatazioni, quali sono gli insegnanti di educazione fisica che si mostrano più soddisfatti della loro formazione continua. Inoltre, l'expertise dello stage annuale di formazione continua degli insegnanti d'educazione fisica della rete libera della Comunità Francese del Belgio, condotta nel 1997 da sei universitari, ha sottolineato l'interesse di una ricerca mirante a situare meglio l'impatto di questi tre giorni di formazione sulle pratiche degli insegnanti. Per fare questo è stato indirizzato un questionario a mille stagisti dello stage 1999. L'analisi statistica dei 445 esemplari ritornati mostra, tra l'altro, che questo stage pluridisciplinare e centralizzato arriva in testa alle risorse che partecipano alla costruzione della pratica insegnante, che ha un impatto notevole sulla motivazione degli insegnanti e sulle loro scelte pedagogiche e che suscita nell'89,6% degli insegnanti un reinvestimento nel corso dell'anno. Senza rimettere in causa la preoccupazione attuale d'integrare, in seno ai contesti locali d'insegnamento, dei moduli d'informazione puntuali rivolti ad un numero ridotto d'insegnanti, i risultati registrati alimentano la riflessione sui sistemi e le sfide della formazione continua degli insegnanti d'educazione fisica.Parole chiave : formazione continua, innovazione, motivazione, pedagogia.. En Bélgica, un equipo de investigación interdisciplinaria, recientemente puso al día, entre otras constataciones, que los profesores de educación física se muestran los más satisfechos de su formación continua. Por otra parte, el peritaje de la practica anual de formación continua de los profesores de educación física en la red libre de la comunidad francesa de Bélgica, llevada a cabo en 1997 por seis universitarios, subrayó el interés de una investigación que busca situar de manera adecuada el impacto de esos tres días de formación sobre las prácticas de enseñanza. Para ese hecho, un cuestionario fue dirigido a los mil practicantes en 1999. El análisis estadístico de los 445 ejemplares devueltos muestra, entre otras observaciones, que la práctica pluridisciplinaria y centrada llega a la cabeza de las fuentes que participan a la construcción de la práctica de la enseñanza, que tiene un impacto marcado por la motivación de los profesores y sobre sus selecciones pedagógicas y que suscita una reinversión en el transcurso del año en un 86% de profesores. Sin duda la preocupación actual es de integrar en el seno de los contextos locales de enseñanza, módulos de formación detallados dirigidos a un número reducido de profesores, los resultados grabados alimentan la reflexión sobre los sistemas y lo que esta en juego en la formación continua de los profesores de educación física.Palabras claves : formación continua, innovación, motivación, pedagogía..
 
1. Introduction
 
 
Lorsqu'on s'intéresse de près à la formation continue, on est frappé par les discours critiques d'experts qui constatent peu ou prou le manque d'impact des situations de formation, telles qu'elles existaient il y a quelques années, sur les pratiques enseignantes (Tardif et Lessard, 1999, pour une critique des systèmes européens et nords-américains).
Sur le mode organisationnel, à l'issue d'un passage en revue initial de différents dispositifs rencontrés dans le monde enseignant, Cauterman, Demailly, Suffys et Bliez-Sullerot (1999, 3) soulignent l'effet de « modes » auxquelles la formation continue est soumise. « Modes parce qu'elles se réfèrent à des intuitions finalement peu fondées, peu validées. Il s'agit là, selon les cas, d'essais et d'erreurs de la pratique, d'idéologies et de plaisirs professionnels de formateurs qui se sentent plus à l'aise avec telle ou telle forme, de changements de positions dont les soucis comptables ne sont pas absents, de mouvements de balanciers parce que responsables et formateurs prennent conscience des limites de tel dispositif ».
Boucher et L'Hostie (1997, 2) notent que « les expériences de perfectionnement telles que vécues jusqu'ici ont généralement peu d'impact sur les façons de faire existantes et ne contribuent guère à un renouveau de la pratique professionnelle ». Brunelle (2000) évoque les conclusions d'une recherche réalisée en 1983 par Joyce et Showers qui évaluent qu'à peine 10 à 20 % des habiletés apprises lors d'une courte session de perfectionnement seraient transférées. Charlier et Charlier (1998, 5-6), soulignent quant à elles que « souvent, des projets, des modes d'action, des savoirs développés en formation ne trouvent pas d'écho dans la pratique pédagogique. Combien de fois n'entend-on pas dire : “c'est bien, ce sont de bonnes idées, mais on voit bien que les gens qui les ont émises n'ont jamais mis les pieds dans une classe !” ». Enfin à titre d'exemple récent, cet éditorial d'un programme d'activités de formation du centre pour la formation et l'intervention psychosociologiques (2001, 3) rapporte le questionnement suscité chez les participants à une formation d'adultes : « Comment transférer les contenus approchés par le formateur à la réalité de tous les jours et comment rendre utile l'investissement de la formation ? ».
Les auteurs impliqués fustigent des formations trop éloignées des préoccupations du terrain et encouragent la mise sur pied de conditions de formation tenant enfin compte d'un concept dont la plupart des acteurs de l'enseignement s'accordent à reconnaître l'existence mais que personne ne s'ingénie à exploiter concrètement : les savoirs d'expérience issus des « basses terres marécageuses » chères à Schön (1994, 68).
De fil en aiguille, on assiste aujourd'hui à l'émergence et la mise en place de dynamiques de formation continue soucieuses de la « singularité de chaque enseignant dans le contexte particulier de sa pratique » pour plagier Donnay (1998, 13) ou tenant compte de ce que Maheux (1997, 29) appelle « le principe de reconnaissance du sujet ». On en est donc enfin arrivé à appliquer les préceptes déjà anciens de Schön (1994) pour qui le développement professionnel continu des enseignants doit faire l'objet d'une volonté particulière de mise en place de modèles de formation respectant au mieux l'écologie de la pratique enseignante.
 
2. Problématique
 
 
2.1. La formation continue en éducation physique plébiscitée par les enseignants ?
En Belgique francophone toutefois, cette préoccupation – légitime – de s'intéresser aux contextes locaux d'enseignement et d'intégrer en leur sein des modules de formation pointus s'adressant à un nombre réduit d'enseignants afin de répondre au caractère par définition idiosyncrasique de l'enseignement a donné lieu à une certaine radicalisation des attitudes politiques en matière de formation d'adultes en cours de carrière.
Au-delà de « l'effet de mode » déjà évoqué auparavant, cette priorité donnée aux formations de proximité trouve aussi sa légitimation dans les travaux de Perrenoud (1994), Durand (1996), Charlier (1998) ou encore Gather Thurler (2000), qui mettent en exergue la nécessité de privilégier tant en formation initiale que continue la prise de posture réflexive, véritable pierre angulaire du développement professionnel. Ce souci de « faire réfléchir un enseignant qui veut agir », pour plagier Perrenoud (1999, 69-81), privilégie le plus souvent des approches très localisées et inscrites dans la durée. L'approche ergonomique n'est pas la moins connue de ce type de démarche.
A l'inverse de ce constat s'actualisant dans la réalité de la subvention de ces formations décentralisées, une enquête a récemment enregistré chez des enseignants en éducation physique du réseau libre de l'enseignement secondaire inférieur de la province du Hainaut (Belgique) un taux de satisfaction quant à leur formation continue qui dépasse de loin celui affiché par leurs collègues d'autres disciplines (Mangez, Delvaux, Dumont, Dourte, 1999). Lorsque ces enseignants du réseau libre évoquent leur formation continue, ils font référence au stage pluridisciplinaire de type centralisé organisé annuellement par le CUFOCEP [1], structure majoritairement en charge de leur formation en cours de carrière depuis près de 20 ans.
Ainsi, le CERISIS [2] (Mangez et al., 1999, 195) relève-t-il que les enseignants en éducation physique sont nettement plus satisfaits et motivés par leur formation continue que leurs collègues d'autres disciplines, cette satisfaction étant due pour une large part à la correspondance de la formation à la réalité des classes. D'autre part la formation continue en éducation physique est celle qui touche le plus d'enseignants concernés. Ainsi, 95 % des enseignants en éducation physique interrogés déclarent avoir suivi des modules de formation continue. Enfin, la proportion des enseignants en éducation physique déclarant avoir bénéficié de l'un ou l'autre apport déterminé en formation continue est significativement plus élevée que la moyenne des proportions enregistrées chez tous les enseignants interrogés pour six des seize items proposés par les chercheurs. Il s'agit des apports « compétences didactiques », « programmes et contenus », « soutien aux élèves en difficulté », « connaissance des différents modes d'apprentissage », « contacts avec d'autres enseignants » et « travail en groupe des élèves ». C'est la discipline qui présente le plus d'items pour lesquels la proportion des enseignants interrogés est significativement plus élevée que la moyenne.
Afin que le lecteur perçoive mieux le dispositif de formation dont il est question tout au long de l'article, quelques précisions quant à son fonctionnement apparaissent indispensables avant de poursuivre l'énoncé de la problématique.
2.2. Descriptif du stage de formation continue organisé par le CUFOCEP
Le stage annuel de formation continue des enseignants en éducation physique du secondaire appartenant au réseau libre de la Communauté française de Belgique réunit chaque année plus de 1000 participants. Ceux-ci sont invités à formuler un 1er, 2e, 3e et 4e choix parmi une quarantaine d'activités principales et une vingtaine d'activités complémentaires qui se répartissent au sein de cinq orientations : les activités sportives, de mieux-être, d'expression-spectacle, de sécurité et de plein air. Les quatre premières orientations correspondent aux axes du programme de l'enseignement de l'éducation physique au secondaire dans le réseau libre de la Communauté française de Belgique. Le temps consacré à l'activité principale est de 9 heures pour 4 heures consacrées à l'activité complémentaire. Au cours de ce stage de trois jours, deux heures sont réservées à une information et une réflexion théorique. Durant les quatorze premières années, elles prirent la forme de conférences ou séminaires avant qu'une formule centrée sur la réalisation, par les enseignants, de communications affichées soit organisée de 1997 à 2001. Celle-ci permit aux stagiaires de porter à la connaissance de leurs pairs « des productions caractérisées de leur fonctionnement au sein de leur établissement », pour employer les termes des organisateurs du CUFOCEP.
Pour reprendre Paquay (2000, 159), « l'insertion du CUFOCEP au département d'éducation physique de l'Université catholique de Louvain lui donne un lien structurel avec un lieu qui a la double mission de produire des savoirs relatifs à l'éducation physique – ce qui relève de la recherche – et de former les futurs enseignants en éducation physique engagés dans la licence (équivalent à Bac + 4) et dans l'agrégation (équivalent CAPEPS) de l'enseignement secondaire supérieur ». Le noyau des responsables du CUFOCEP est donc engagé dans les trois missions que sont la production de savoirs, les formations initiale et continue. L'articulation de ces trois priorités et l'évolution des programmes d'études est une caractéristique majeure de cette organisation. Cela permet aux différents projets de fonctionner « en quasi-circularité : les stages de formation continue constituent l'occasion d'expérimenter des techniques nouvelles et de susciter leur expérimentation par les enseignants avant d'imposer leur diffusion par les programmes d'études. En fait, les responsables du CUFOCEP sont des membres actifs des commissions de programmes. Lorsqu'une partie des enseignants a déjà été familiarisée à certaines disciplines nouvelles et que certaines activités ont été expérimentées positivement dans quelques écoles, ces activités sont introduites dans les programmes scolaires comme étant “suggérées” ou “vivement conseillées” ».
Enfin, la cohérence du système est encore renforcée du fait que les formateurs universitaires gérant la formation continue sont aussi responsables de la formation initiale.
2.3. La formation continue en éducation physique en question(s)
Voulant dépasser les quelques constats relevés préalablement, incomplets du strict point de vue de l'éducation physique, une enquête centrée sur les stagiaires du CUFOCEP fut initiée quelques mois après les trois jours de formation annuels organisés en 1999. De plus, celle-ci s'inscrit dans la continuité de l'expertise du stage menée par six universitaires en 1997. En effet, au-delà des premières observations relevées par le biais des regards croisés de ces experts patentés, l'intérêt de mieux situer l'impact de ces trois jours de formation sur les pratiques enseignantes se dégageait avec force de la synthèse qui en fut faite (Carlier, Renard & Paquay, 2000).
La récolte d'informations devait permettre, entre autres, de répondre aux questions suivantes :
  • Quelle est la place, parmi d'autres sources potentielles, de ces stages de formation continue dans la construction de la pratique enseignante ?
  • Ces stages de formation continue suscitent-ils un quelconque transfert ou réinvestissement chez les stagiaires et, dans l'affirmative, quelle en est la nature ?
  • Quelles sont les attentes des enseignants vis-à-vis des stages de formation continue organisés par le CUFOCEP ?
  • Quels sont les obstacles au transfert ou réinvestissement rencontrés par les stagiaires ?
  • Quels sont les apports effectifs de ces stages de formation continue ?
 
3. Méthode
 
 
Etant donné l'absence quasi totale d'informations concernant les effets des stages de formation continue en éducation physique sur les pratiques enseignantes, une enquête a été privilégiée comme outil de « première approche » du questionnement. Elle a été menée auprès de l'ensemble des participants au stage 1999 du CUFOCEP, soit un peu plus de 1000 stagiaires. Quatre cent quarante-cinq questionnaires sont revenus dûment complétés, ce qui autorise la généralisation des résultats à l'ensemble de la population des formés.
L'outil de recueil d'information a été construit sur la base des grands pôles de questionnement déjà évoqués ci-dessus. Ils sont complétés par des éléments relatifs aux caractéristiques personnelles de l'enseignant comme, par exemple, le type d'enseignement dans lequel il officie (Général, technique ou professionnel), la phase de la carrière (Huberman, 1989) dans laquelle il se situe, son ancienneté dans l'enseignement mais aussi l'importance de la fréquentation des stages du CUFOCEP, etc. Autant de dimensions supposées influencer les réponses apportées.
Les questions prennent plusieurs formes :
  • des questions fermées de type « choix multiples » avec ou sans classement par ordre d'importance des items choisis ;
  • des échelles de positionnement en six points ;
  • quelques questions ouvertes permettant une explicitation des choix effectués par ailleurs (non-traitées ici).
Des traitements statistiques classiques ont été appliqués aux données obtenues :
  • analyses de comparaison de fréquences (test du χ2) ;
  • comparaison de la valeur moyenne de rangs de deux échantillons (test non-paramétrique de Mann-Whitney) ;
  • comparaison de la valeur moyenne de rangs de plus de deux échantillons par l'analyse de variance non paramétrique de Kruskal-Wallis.
 
4. Résultats
 
 
4.1. Les ressources potentielles dans la construction de la pratique enseignante
Des échelles de positionnement en six points allant de « pas du tout aidé » à « déterminant dans la construction de mon enseignement » ont été utilisées pour déterminer l'importance de neuf ressources potentielles dans la construction de l'enseignement des personnes interrogées.
Si l'ordre d'importance des items est révélateur de l'attention primordiale accordée par les enseignants aux stages organisés par le CUFOCEP (fccufo : cote moyenne de 5,16) ainsi que de l'expérience sportive personnelle (expespo : 4,69), le placement en fin de liste et la valeur moyenne accordée à l'item « journée pédagogique » (jourped : 2,47) ainsi qu'aux « séminaires entre collègues » (semicoll : 2,79) sont également à discuter.
Il existe aussi une augmentation significative (χ2 =15,48 ; p = 0,009) de la note attribuée à l'item relatif au stage du CUFOCEP au fur et à mesure de l'ancienneté accumulée jusqu'à un pic atteint pour la tranche 16-20, c'est-à-dire celle qui a vu naître la formule en 1983. Enfin, la tranche d'âge la plus jeune est la seule à classer en premier l'item « expérience sportive ». Les enseignants de cette même catégorie d'ancienneté placent la formation initiale (formini) en cinquième position seulement, après l'expérience sportive, la formation continue, l'observation de collègues (obscoll) et la lecture d'ouvrages spécialisés (lectouvr).
Figure 1
IMGIMGIMGIMFMoyenne des positionnements pour les ressources
4.2. Le réinvestissement à partir des stages centralisés
89,6 % des enseignants disent avoir réinvesti en cours d'année l'un ou l'autre aspect de l'activité principale ou complémentaire suivie en 1999. Après analyse, une érosion progressive mais non-significative du réinvestissement au fil de l'ancienneté des stagiaires dans l'enseignement est enregistrée, les pourcentages de réinvestissement de l'un ou l'autre aspect de la formation passant de 96,7 % chez les plus jeunes à 86 % chez les plus anciens. La diminution progressive du réinvestissement au fil de l'ancienneté pourrait provenir d'un « effet d'activité », les enseignants plus âgés se retrouvant de façon plus privilégiée au sein d'activités moins immédiatement exploitables. On pense ici aux activités d'expression ou de mieux-être.
4.2.1. La nature du réinvestissement
Une majorité des enseignants (55,1 %) affirment avoir repris certaines situations motrices présentées lors de l'un ou/et l'autre de leurs ateliers de formation. Les items « nouvelle conception du travail transposable à une autre discipline » et « attitude pédagogique », malgré les plus profonds changements qu'ils impliquent dans la pratique pédagogique de chaque enseignant, font eux aussi l'objet d'un bon nombre de réinvestissements (respectivement 31,5 % et 33,3 %).
La même question posée non plus sur la base du seul stage 1999 mais sur la totalité des stages organisés par le CUFOCEP livre des résultats similaires (avec des pourcentages plus élevés) à savoir que, de façon globale, ce sont avant tout des contenus nouveaux que les enseignants se sont évertués à réinvestir dans leur enseignement, que ce soit sous la forme d'une innovation disciplinaire ou de situations propres à une discipline déjà enseignée. De façon générale, les pourcentages augmentent au fur et à mesure de l'ancienneté notamment pour ce qui concerne l'item « conception transposable » qui évolue significativement (χ2 = 12,54 ; p = 0,028) de 19,4 % chez les plus jeunes enseignants (5 ans d'ancienneté et moins) à 44 % chez les plus anciens (plus de 25 ans) mais aussi pour l'item « attitude pédagogique » qui croît régulièrement de 19,4 % chez les plus jeunes enseignants (5 ans d'ancienneté et moins) à 38 % pour les plus anciens (plus de 25 ans d'ancienneté), la différence demeurant toutefois au-delà du seuil de signification pour ce dernier point.
Figure 2
IMGIMGIMGIMFPourcentage de réinvestissement en fonction de sa nature
4.2.2. L'évolution du réinvestissement en fonction du nombre de participations
Lorsqu'on compare les pourcentages de réinvestissement des 5 mêmes items en fonction du nombre de participations aux stages du CUFOCEP, on constate au travers de l'évolution significative des items « Réinvestissement d'une nouvelle discipline » (χ2 = 48,76 ; p < 0,001), « Réinvestissement d'une nouvelle méthode dans une discipline déjà enseignée » (χ2 = 14,14 ; p = 0,007) et « Réinvestissement d'une ou plusieurs nouvelle(s) situation(s) motrice(s) dans une discipline déjà enseignée » (χ2 = 14,47 ; p = 0,006) à quel point les enseignants sont sensibilisés aux contenus dans leur formation continue.
Quant aux items « nouvelle conception du travail transposable à une autre discipline » et « attitude pédagogique », avec des pourcentages moindres, ils n'évoluent pas de façon significative avec le nombre de participations au stage. En parcourant le détail des illustrations textuelles données par les enseignants et au vu de leur proximité en terme de modification du registre pédagogique de l'enseignant il apparaît pertinent de regrouper les deux variables sus nommées en une seule appelée « nouvelle approche pédagogique ».
Figure 3
IMGIMGIMGIMFRéinvestissement d'une nouvelle discipline en fonction du nombre de participations au stage
Figure 4
IMGIMGIMGIMFRéinvestissement d'une nouvelle méthode dans une discipline déjà enseignée en fonction du nombre de participations au stage
Deux remarques sont à formuler à la lecture de la figure 6 :
  • d'une part, près de la moitié (48,6 %) des formés mettent en question, à partir d'expériences de formation originellement centrées sur les contenus, leurs attitudes ou approches pédagogiques ;
  • d'autre part, bien qu'au-delà du seuil de signification, l'évolution régulière du pourcentage de réinvestissement de l'item, au fur et à mesure du nombre de participations au stage, apparaît clairement.
4.3. Les attentes des enseignants par rapport au stage centralisé
Parmi la liste des quatorze items proposés (cf. infra), les trois attentes les plus souvent évoquées par les enseignants font référence aux soucis d'innovation et de connaissance des contenus enseignés, ce qui correspond bien à la ligne directrice suivie par les concepteurs du stage. Viennent ensuite deux items qui sont des corollaires à la mise en place du stage annuel, à savoir l'occasion de vivre trois jours de réel ressourcement par rapport à la discipline et l'occasion de bouger, de pratiquer pour soi des activités motrices.
Figure 5
IMGIMGIMGIMFRéinvestissement d'une ou plusieurs nouvelle(s) situation(s) motrice(s) dans une discipline déjà enseignée en fonction du nombre de participations au stage
Figure 6
IMGIMGIMGIMFRéinvestissement d'une nouvelle approche pédagogique en fonction du nombre de participations au stage
Liste des propositions formulées :
  • novdisc : « l'occasion de découvrir des innovations disciplinaires »
  • créer : « des propositions de travail à partir desquelles je puisse innover et créer »
  • concon : « la possibilité d'améliorer ma connaissance des contenus enseignés »
  • ressou : « l'occasion de me ressourcer, de (re)trouver des sources de motivation à enseigner »
  • bouger : « l'occasion de bouger, de pratiquer des activités physiques et sportives »
  • procon : « des propositions concrètes, directement applicables telles quelles »
  • adapt : « des principes et des méthodes à adapter en fonction de mon contexte »
  • comped : « l'occasion d'améliorer mes compétences pédagogiques »
  • comdid : « l'amélioration de mes compétences didactiques »
  • rencon : « l'occasion de rencontrer des personnes vivant des expériences similaires »
  • soutel : « l'occasion d'améliorer ma capacité de soutien aux élèves en difficulté d'apprentissage »
  • evalel : « l'opportunité d'améliorer ma capacité d'évaluation des élèves »
  • echap : « l'occasion d'échapper à des conditions de travail difficiles »
  • autoev : « l'opportunité d'améliorer ma capacité d'autoévaluation »
L'analyse de l'adéquation offre de formation / attentes préalables révèle que pour 78,1 % des enseignants leurs attentes ont été à tout le moins plutôt satisfaites (cotations de 4 à 6 sur une échelle en six points) par le stage 1999 en ce qui concerne les activités principales. Il est de 78,9 % pour les activités complémentaires. Pour six enseignants sur dix, le stage a tout à fait ou quasiment entièrement satisfait leurs attentes (cotations 5 et 6).
4.4. Les apports rencontrés lors du stage 1999 sont d'abord d'ordre motivationnel
Les deux items les mieux cotés sur une échelle en six points parmi quatorze propositions (Figure 9) font référence au regain de motivation que peut engendrer le stage (cote moyenne : 5,13) ainsi qu'à l'opportunité d'y rencontrer des collègues vivant les mêmes expériences (4,75). L'apport apparaît également indéniable en termes de contenu(s) disciplinaires, qu'ils soient assimilables à ce que les enseignants font déjà (4,65) ou innovants (4,59). Qui plus est, les propositions faites en cours de stage aux enseignants semblent « coller » à leur réalité si on en croit la cotation moyenne attribuée à l'item « propositions concrètes » (4,45). A l'autre extrémité de l'échelle, on retrouve les deux items directement en prise sur un des trois sommets du triangle pédagogique à savoir l'élève.
Figure 7
IMGIMGIMGIMFAttentes des stagiaires pour le stage 1999
Figure 8
IMGIMGIMGIMFRépartition des fréquences de positionnement pour l'adéquation du stage 1999 aux attentes
Figure 9
IMGIMGIMGIMFCotation moyenne des items relatifs aux apports rencontrés pour l'édition 1999 du stage
4.5. Les obstacles au réinvestissement
Rappel : les ateliers de formation se répartissent au sein de cinq orientations : les activités sportives, de mieux-être, d'expression-spectacle, de sécurité et de plein air.
N.B. : Les chiffres présentés dans les graphiques ci-après concernent les obstacles liés aux activités principales (9h). On obtient la même classification des items – avec des pourcentages un peu plus faibles – pour les activités complémentaires (4h).
Trois obstacles majeurs semblent se dresser sur la route du réinvestissement, à savoir dans l'ordre :
  • « Le manque d'infrastructures » (infras)
  • « Des contenus de formation insuffisamment maîtrisés » (pasmai)
  • « Des contenus pas applicables au public » (pasapp).
4.5.1. La nature des obstacles en fonction de l'orientation à laquelle appartiennent les activités de formation suivies
La différenciation des obstacles en fonction des différentes orientations du stage indique que les activités de plein-air (à caractère majoritairement sportif) et les activités sportives impliquent, de façon significative (χ2 = 30,56 ; p < 0,001 ), davantage de ressources matérielles auxquelles ne peuvent pas forcément faire face les enseignants au sein de leurs établissements. Par contre, ces mêmes orientations posent significativement moins de problèmes en termes de supports de formation (χ2 = 29,91; p < 0,001), d'hésitation à se lancer dans du nouveau (χ2 = 15,78 ; p = 0,003), d'accueil négatif possible des élèves (χ2 = 44,94 ; p < 0,001) ou de maîtrise de contenus (χ2 = 30,83 ; p < 0,001). L'effet est inverse pour les activités d'expression et dans une moindre mesure les activités de sécurité.
4.5.2. La nature des obstacles en fonction de l'ancienneté
Deux obstacles sont invoqués de façon significativement différente selon l'ancienneté des enseignants. Il s'agit des items « manque d'infrastructures » (infras) (χ2 = 19,94 ; p = 0,001) et « contenus de formation insuffisamment maîtrisés » (pasmai) (χ2 = 12,93 ; p = 0,024). Les plus jeunes évoquent davantage le manque d'infrastructures que leurs collègues plus anciens. La répartition des tranches d'ancienneté au sein des divers axes est un élément d'explication car la tranche « de 1 à 10 ans d'ancienneté » se retrouve de façon significativement plus importante (χ2 = 25,39 ; p = 0,001) dans l'axe sportif qui nécessite généralement des conditions matérielles plus favorables pour pouvoir être exploité. D'autres obstacles comme « un investissement nécessaire trop important » (invest), « peur de la critique des élèves » (criele) et « hésitation à se lancer dans quelque chose de nouveau » (hesit) sont également rencontrés plus fréquemment, bien que de façon non-significative, par les plus anciens.
4.6. Impact déclaré du stage sur la motivation des enseignants et sur leurs choix pédagogiques
Sur une échelle de 1 (aucun impact) à 6 (impact extrêmement marqué), 88 % des enseignants attribuent au stage centralisé un impact pour le moins relativement important (de 4 à « Extr. Marqué ») sur leurs choix pédagogiques au cours de leur carrière et 84,3 % des enseignants font de même (de 4 à « Extr. Marqué ») pour ce qui touche à leur motivation pour leur métier.
4.7. Le positionnement des enseignants sur diverses dimensions de la formation continue
Sur une échelle de 1 (pas du tout d'accord) à 6 (tout à fait d'accord), les enseignants expriment l'accord le plus marqué avec l'item exprimant que « quel que soit leur âge, tous les enseignants devraient participer à des formations continues » (cote moyenne : 5,49) juste devant celui affirmant « qu'un bon stage de formation continue comporte nécessairement des expérimentations motrices » (5,35). Viennent ensuite la nécessité pour une formation continue de proposer des échanges entre pairs (4,59) puis le souhait d'être consulté annuellement au sujet des attentes en matière de formation continue (4,51). Les trois items remportant le moins d'adhésion ont trait, dans l'ordre décroissant, à la nécessité d'une réflexion théorique pour prendre du recul par rapport aux contenus enseignés (3,35), au fait que le club soit la meilleure formation continue possible (2,87) et enfin au souhait de voir la formation continue proposée au sein même des établissements scolaires (2,58). Les plus jeunes enseignants accordent toutefois à ce dernier item une cotation moyenne significativement plus élevée (χ2 = 15,87 ; p = 0,007) que les autres classes d'ancienneté. Les deux autres propositions étaient : « La formation continuée est amenée à combler les lacunes de la formation initiale » (lacune ; 4,22) et « Je suis prêt(e) à participer à une formation continuée en dehors de mes heures de cours (soirées, week-end…) sans compensation financière » (horar ; 4,22).
Figure 10
IMGIMGIMGIMFObstacles au réinvestissement (pour les activités principales)
Figure 11
IMGIMGIMGIMFRépartition des fréquences de positionnement pour l'impact des stages du Cufocep
Figure 12
IMGIMGIMGIMFMoyenne des positionnements relatifs à plusieurs considérations générales sur la formation continue
 
5. Discussion
 
 
L'analyse statistique de ces questionnaires confirme le sentiment très positif des enseignants à l'égard de ce système – centralisé et pluridisciplinaire rappelons-le – de formation en cours de carrière. En atomisant quelque peu le propos, cette étude entraîne les commentaires suivants :
5.1. Les stages centralisés sont la ressource première de la construction de la pratique enseignante
Au-delà du plébiscite apparent pour le stage centralisé de FC qui vient confirmer les observations de l'étude indépendante menée par le CERISIS, des questions se posent quant à la signification de ce score élevé. L'impact important de ce stage sur la construction de la pratique enseignante en éducation physique est sans doute explicable par le sentiment de liberté de choix accordé aux stagiaires quant à leur participation ainsi qu'aux contenus de leur formation continue. Cette particularité du stage pourrait aussi expliquer le faible engouement pour des journées pédagogiques décentralisées dont la forme et le contenu sont, pour ce qui concerne la Communauté française de Belgique, imposés aux enseignants.
D'autre part, la place accordée par les plus jeunes enseignants (5 ans d'ancienneté et moins) à l'expérience sportive dans la construction de leur enseignement n'est plus une surprise depuis les observations d'Erbani (1983, 11), pour ne citer que lui dans la littérature francophone, mettant au jour « le véritable noyau de résistance au changement » que représente ce vécu sportif sur la pratique pédagogique des étudiants en EPS. Toutefois, ce résultat demeure interpellant au vu du faible impact de la formation initiale pour cette même catégorie d'ancienneté. Cela traduit le fossé existant entre les pratiques physiques « traditionnelles » faisant l'objet d'une attention privilégiée en cursus initial (athlétisme, gymnastique, basket-ball, hand-ball, volley-ball, natation et danse(s) pour citer les principales) et celles utilisées sur le terrain avec les élèves.
5.2. Quelle que soit sa nature, le réinvestissement à partir du stage centralisé est une réalité
Le pourcentage très important d'enseignants déclarant réinvestir laisse à penser que le stage, par sa pérennité et sa cohérence, semble donc bien « mobiliser » l'enseignant en éducation physique sur le terrain, a minima par la diversité des outils disciplinaires réinvestis par les formés mais aussi, pour la moitié d'entre eux, par la remise en question des fondements de leur intervention. Au fur et à mesure des participations, le pourcentage croissant de stagiaires déclarant avoir réinvesti une nouvelle approche pédagogique laisse présager une imprégnation progressive des enseignants par l'orientation pédagogique globale du stage depuis sa mise en place, à savoir, la pédagogie des motivations (Florence, Brunelle, Carlier, 1998). Ces résultats semblent donc de nature à nuancer la perception de Durand (2000, 67) pour qui « les réinvestissements du stage sont ténus… et où les stagiaires les envisagent moins comme l'exploitation de compétences professionnelles que comme l'application de dispositifs ».
5.3. Les apports rencontrés lors du stage 1999 sont d'abord d'ordre motivationnel
La lecture des résultats précise avec force l'importance que prend le stage dans le parcours professionnel annuel des enseignants. Avant même les apports didactiques, c'est l'impact des trois jours de formation sur la motivation des stagiaires, au contact de collègues partageant les mêmes réalités quotidiennes qui est ressenti bénéfique.
D'autre part, l'apport souligné en termes de propositions concrètes corroborent les résultats de l'étude menée par le CERISIS (Mangez et al., 1999, 196) montrant que les enseignants en éducation physique se disent satisfaits de leur formation continue pour ce qui est de la correspondance à la réalité des classes.
Si le taux de satisfaction des enseignants en éducation physique est le plus important toutes disciplines confondues, c'est sans doute parce que ce stage réunit davantage de critères de qualité d'une formation continue tels qu'ils sont définis par les enseignants. Ces critères se centrent surtout sur l'aspect pratique de la formation (« le formateur sait de quoi il parle », « il est un enseignant expérimentant lui-même ce qu'il propose », « l'info vient du terrain », « le formateur est « du côté des élèves » - en opposition avec « du côté du pouvoir », « le formateur rassure et ce qu'il propose est relativement facile à mettre en pratique ») en opposition avec des formations décrites comme trop « théoriques » (Mangez et al., 1999, 193). Cette perception de la nature de la formation corrobore le propos de Durand (2000) à l'issue de son observation du stage 1997.
5.4. Les obstacles au réinvestissement sont principalement liés à la nature de l'orientation à laquelle appartiennent les activités suivies
Les trois obstacles les plus fréquemment invoqués montrent que :
  • les formations suivies au stage, dans des conditions idéales à ce point de vue il est vrai, semblent pour bon nombre d'enseignants trop « coûteuses » en matériel par rapport à leurs conditions de travail au sein des contextes locaux qui, faute d'espace ou de moyens suffisants, handicapent le réinvestissement. Cet effet est d'autant plus marqué que la formation suivie s'inscrit dans les orientations « sportives » et « de plein air ».
  • certaines activités nécessitent de façon évidente davantage qu'une session de formation pour pouvoir être exploitées par la suite. Loin d'être inutiles, ces formations constituent souvent des incitants à une formation personnelle plus approfondie (éventuellement en d'autres temps et lieux) rendant alors possible un réinvestissement ultérieur. Les résultats indiquent dans quelle mesure un axe plutôt qu'un autre (et on pense en priorité à l'axe expressif) est plus délicat à réinvestir de suite que d'autres du point de vue de la maîtrise des contenus,
  • le caractère applicable des contenus de formation peut être mis en question ainsi que la capacité qu'ont les enseignants d'adapter voire d'innover sur la base des expériences d'apprentissage réalisées. Il faut aussi souligner que le stage du CUFOCEP propose quelques ateliers de formation indispensables à l'acquisition de compétences professionnelles ne visant pas un réinvestissement immédiat (« Formation vocale », « Shiatsu »…).
Les résultats relatifs aux obstacles invoqués en fonction des différentes orientations du stage indiquent combien le réinvestissement au sein de l'axe sportif pose naturellement moins de difficultés aux stagiaires si ce n'est sous l'angle des ressources matérielles. Cela confirme la prédominance de cet axe, depuis toujours privilégié par une majorité des enseignants, sur les trois autres dimensions du programme officiel de l'enseignement libre de la Communauté française de Belgique. Les activités d'expression, quant à elles, semblent toujours occuper une place à part tant pour leur maîtrise plus difficile que leur perception supposée chez les élèves.
Enfin, au-delà de l'effet de répartition des classes d'ancienneté au sein des divers axes, les obstacles mis en avant par les enseignants les plus « expérimentés » semblent traduire une attitude plus prudente face au réinvestissement ou un besoin moins important de changement par le biais de contenus nouveaux.
5.5. Les enseignants ont une opinion tranchée sur la formation continue : expérimenter et échanger sans décentraliser
Le résultat ayant trait à la nécessaire expérimentation motrice au sein de la formation continue laisse à penser que les enseignants en éducation physique sont d'abord et avant tout à la recherche d'idées d'activités et de moyens, « du concret avant toute chose » pour plagier Perrenoud (2000, 71). Cette approche enseignante de la formation continue négligeant « le repérage, la compréhension et la maîtrise théoriques des processus didactiques et pédagogiques » (Perrenoud, 2000, 70) est par ailleurs souvent décriée par les chercheurs en éducation. Le faible score obtenu par la proposition relative à la nécessité d'une réflexion théorique renforce encore un peu plus cette vision peu « réflexive » de la formation continue.
Toutefois, ce dernier résultat doit sans doute être davantage compris comme le rejet d'une certaine forme de théorisation de l'activité enseignante qui n'apparaît pas utile lorsque présentée de façon magistrale. On en veut pour preuve le besoin tout aussi affirmé des stagiaires d'échanger entre pairs. Si Durand (2000, 66) soutient en effet que les enseignants présents lors du stage 1997 montrent une sorte de « conviction que la théorie est inutile, inefficace et irréaliste » et qu'il existe « une résistance à la formalisation de leur travail », à la lecture des résultats, il semble plutôt que la formalisation du travail enseignant demeure possible voire souhaitée pour autant qu'elle se fasse entre pairs dans un cadre organisé, non « pyramidal ».
Le rejet fort de la décentralisation de la formation continue au sein même des établissements semble quant à lui davantage traduire un souci de préserver la convivialité qu'offrent ces trois jours de stage que le rejet absolu d'une formation plus localisée. Durand (2000, 64 et 66) insiste par ailleurs sur cette sensation éprouvée d'appartenir à une communauté éducative porteuse d'un réel engagement collectif.
 
6. Conclusion
 
 
Le stage de formation centralisé évoqué est considéré par une majeure partie des enseignants comme la ressource privilégiée dans la construction de leur enseignement.
Il a un impact déclaré important tant sur leurs choix pédagogiques que sur leur motivation et il est à la base de nombreux actes d'enseignement ayant surtout trait aux contenus disciplinaires. Néanmoins, au fur et à mesure de sa fréquentation, il semble qu'une partie croissante d'enseignants y construisent de nouvelles attitudes pédagogiques ou de nouvelles conceptions du travail.
L'adéquation des attentes des enseignants par rapport au stage et des propositions formulées au cours de celui-ci est importante et porte de façon privilégiée sur la recherche des innovations disciplinaires, des propositions de travail innovantes, d'une meilleure connaissance de contenus déjà enseignés et de l'occasion de se ressourcer au contact de pairs dans la pratique physique. Cette nécessité de trouver, au sein de la formation, des expérimentations motrices semble s'imposer aux yeux des enseignants comme le noyau organisateur de toute session de formation continue en éducation physique soucieuse de leur soumettre des propositions de travail « utilisables ».
Les obstacles au réinvestissement demeurent pour une large part imputables à des conditions matérielles insuffisantes ou à des contenus de formation insuffisamment maîtrisés et sont différents selon l'orientation d'appartenance des activités.
Sur un autre plan, les résultats concernant le rejet massif par les enseignants d'une forme de décentralisation de la formation continue au sein des établissements, interprétés comme un souci de préserver la convivialité de la formule existante, ne peuvent être passés sous silence. Voilà un apport apparaissant au moins aussi important que le réinvestissement de telle ou telle habileté, activité ou attitude pédagogique. En effet, même si certains travaux récents mettent en évidence l'indifférence de la variable organisationnelle (Cauterman, Demailly, Suffys et Bliez-Sullerot, 1999, 214) sur l'impact d'une formation continue d'enseignants, cette dimension du stage organisé par le CUFOCEP apparaît essentielle. L'enseignement demande un engagement de tous les instants auprès d'un public de plus en plus difficile et critique. La possibilité qu'offre le stage de se sentir appartenir à une communauté éducative, comme le pressent Durand (2000), maintient en éveil le sentiment que l'enseignant n'est pas seul dans sa classe, voire son établissement, mais qu'il partage avec d'autres les mêmes questionnements, soucis, problèmes. Le souhait affirmé des enseignants en éducation physique de sortir l'espace de trois jours du quotidien devrait sans doute être compris non comme une fuite de leurs contextes habituels d'intervention pour aller « s'éclater sur des terrains de sport » mais au contraire comme une possibilité de retrouver de nouvelles sources de motivation et d'éviter un splendide isolement susceptible, dans une dynamique sociale en mutation, de gangrener la plus ardente des fois en son métier.
Sans vouloir légitimer telle ou telle forme de stage par cette enquête, les résultats livrés viennent confirmer l'impression de succès d'une formule vieille de vingt ans déjà et dont la pérennité semble à elle seule le gage d'une certaine adéquation entre les aspirations des enseignants en éducation physique officiant dans le secondaire et l'offre de formation initialement mise en place. Il demeure toutefois possible, au vu de certains résultats touchant à la forme du réinvestissement, de privilégier toute initiative visant à accroître l'impact du stage – sans le dénaturer – sur les sommets « enseignant » et « élèves » du triangle pédagogique afin d'engendrer un espace de formation continue réussissant la difficile alchimie des aspirations enseignantes, de la pertinence pédagogique, du plaisir de la pratique et des exigences de la professionnalisation.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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·  Tardif, M. (1998). L'intervention dans le champ éducatif : de la connaissance à l'action ou comment penser une épistémologie de la pratique professionnelle. Texte de la conférence présentée dans le cadre du colloque international : « L'intervention en EPS et en sport », Antibes.
 
NOTES
 
[*]e-mail : jjoffrey. lecomte@ edpm. ucl. ac. be- gghislain. carlier@ edpm. ucl. ac. be- jean-pierre. renard@ edpm. ucl. ac. be
[1]Centre universitaire pour la formation continue en éducation physique.
[2]Centre de recherche interdisciplinaire pour la solidarité et l'innovation sociale.
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