Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
144 pages

p. 89 à 100
doi: en cours

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Rapport de recherche

no 59 2002/3

2002 STAPS Rapport de recherche

Caractéristiques individuelles d'étudiantes en gymnastique rythmique et stratégies d'auto-handicap

Cas particulier du Concours de Recrutement des Professeurs d'Education Physique et Sportive

Claude Ferrand1  [*] Stéphane Champely1 Sandra Tétard2 1. Centre de Recherche et d'Innovation dans le Sport, laboratoire Sciences Humaines et Sciences Sociales, Université Lyon 1.2. Laboratoire de Psychologie Appliquée, Reims.
Cette étude aborde les relations entre les caractéristiques personnelles d'anxiété de trait, d'estime de soi et les stratégies d'auto-handicap invoquées par des étudiantes sportives (N = 74), face à leur nécessité de présenter une prestation physique publique en gymnastique rythmique dans un contexte particulier : celui du concours national de recrutement des professeurs d'éducation physique et sportive (CAPEPS). Nos résultats montrent que cette population revendique des obstacles externes et internes, crédibles, pas trop saillants en rapport avec les valeurs du milieu sportif. Ils ont pour but de maintenir favorables pour leur Soi, les conditions de l'environnement social. Mais surtout ils témoignent de l'ambiguïté pour ces jeunes femmes de la notion d'accomplissement dans la performance. Cela permet de discuter du bénéfice réel de l'utilisation de ces stratégies dans ce contexte particulier.Mots-clés : stratégies d'auto-handicap, femmes, estime de soi, trait d'anxiété, gymnastique rythmique.. This study analyses relations among trait anxiety, self-esteem and self-handicapping strategies, reported by female sport students (N = 74), when they have to do rhythmic gymnastic exercise in public, for the national competitive recruiting exam for PE teachers. Results demonstrate that this population mentions external and internal impediments which are credible yet have little to do with sport values. This process aims to maintain positive environmental conditions for the Self. It especially shows the ambiguity of the concept of achievement in performance for these women, which enables us to discuss the real benefits in the use of these strategies.Keywords : self-handicapping, women, self, esteem, trait anxiety, rhythmic gymnastic.. Diese Studie betrifft die Beziehung zwischen persönlichen Angstcharakteristika, Selbsteinschätzung und Strategien der Selbstbenachteiligung bei Sportstudentinnen (N = 74) bei einer öffentlichen Pflichtvorführung in der rhythmischen Gymnastik bei einer besonderen Prüfungssituation: dem nationalen Wettbewerb zur Rekrutierung von Sportlehrern (CAPEPS). Unsere Ergebnisse zeigen, dass diese Population interne und externe Schwierigkeiten wählen, die glaubhaft sind, aber gemessen mit den Ansprüchen im sportlichen Bereich nicht zu sehr hervorstechen. Sie sollen die für ihr Ich vorteilhaften sozialen Umweltbedingungen aufrechterhalten. Sie belegen aber vor allem die Zweideutigkeit, welche der Begriff Verwirklichung in der Leistung für diese junge Frauen mit sich bringt. Dieses Ergebnis erlaubt es uns, über die tatsächlichen Gewinne bei der Anwendung dieser Strategien in diesem spezifischen Kontext zu diskutieren.Schlagwörter : Strategien der Selbstbenachteiligung, Frauen, Selbstwert, Ängstlichkeit als Persönlichkeitsmerkmal, rhythmische Gymnastik. Questo studio affronta le relazioni tra le caratteristiche personali di ansietà di tratto, di stima di sé e le strategie di auto-handicap invocate da studentesse sportive (N=74), di fronte alla loro necessità di presentare una prestazione fisica pubblica nella ginnastica ritmica in un contesto particolare: quello del Concorso nazionale di reclutamento dei professori di educazione fisica sportiva (CAPEPS). I nostri risultati mostrano che questa popolazione rivendica degli ostacoli interni ed esterni, credibili, non troppo salienti in rapporto con i valori dell'ambiente sportivo. Essi hanno per obiettivo di mantenere, favorevoli per il Sé, le condizioni dell'ambiente sociale. Ma soprattutto essi testimoniano l'ambiguità per queste giovani donne della nozione di realizzazione nella performance. Ciò permette di discutere del beneficio reale dell'utilizzazione di queste strategie in questo contesto particolare.Parole chiave : donne, ginnastica ritmica, stima di sé, strategie di auto-handicap, tratto d'ansietà.. Este estudio se refiere a las relaciones entre las características personales de rasgos de ansiedad, de auto-estima y las estrategias de auto-handicap, invocados por estudiantes deportistas N= 74) frente a la necesidad de realizar una presentación pública, en gimnasia rítmica dentro de un contexto particular: el concurso nacional de reclutamiento de profesores de educación física deportiva. Nuestros resultados muestran que esta población reivindica una serie de obstáculos externos e internos, creíbles, corrientes, en relación con los valores del ambiente deportivo. Ellos tienen por objeto mantener, las condiciones del entorno social favorables para si.. Pero sobre todo, dejan un de manifiesto la ambigüedad para estas jóvenes mujeres la noción de cumplimiento de resultados óptimos. Aquello permite discutir del beneficio real de la utilización de esas estrategias dentro de este contexto en particular.Palabras claves : estrategias de auto-handicap, mujeres, estima de si, rasgo de ansiedad, gimnasia rítmica..
 
1. Introduction
 
 
Les stratégies d'auto-handicap apparaissent comme des manœuvres utilisées de manière anticipative par les individus pour maintenir ou rehausser leur image de compétence et fournir des explications en cas d'échec. En s'auto-handicapant, les individus exercent un contrôle sur les types d'attributions émis à propos des résultats. Mais à la différence des attributions causales, les stratégies d'auto-handicap sont préventivement mises en œuvre de manière à rendre ambiguë, dans le futur, la part prise de la compétence personnelle dans l'explication d'une piètre performance (Thill, 1999). Elles sont employées de façon circonstancielle ou chronique avant une situation d'évaluation importante et incertaine.
Différents types de conduites ont été décrites comme étant des modalités d'auto-handicap. Un premier axe de recherche a mis en évidence que les participants avaient la possibilité d'handicaper leurs futures performances par l'adoption de stratégies comportementales. Nous pouvons citer l'ingestion de drogues (Berglas & Jones, 1978), la consommation d'alcool (Higging & Harris, 1988), la réduction d'effort (Pysczcynski & Greenberg, 1983 ; Harris & Snyder, 1986 ; Rhodewalt & Fairfield, 1991), l'écoute des musiques débilitantes (Rhodewalt & Davidson, 1986 ; Shepperd & Arkin, 1989 ; Tice, 1991), le choix d'une tâche non diagnostique (Ferrari, 1991), le choix de buts difficiles (Greenberg, 1985). Un deuxième axe s'est intéressé à la revendication stratégique de symptômes par les individus lorsqu'ils veulent éviter une situation évaluative menaçant leur image de compétence. Nous pouvons mentionner les recherches d'Harris & Snyder (1986), Leary & Shepperd (1986) sur l'anxiété sociale, la dépression, la maladie ou les événements traumatiques pendant l'enfance. Enfin, un troisième axe se consacre à l'invocation d'obstacles interférant avec la préparation sportive face à une compétition prochaine. Hausenblas & Carron (1996) ont montré que les femmes citent le plus souvent comme obstacles à la performance, les problèmes sportifs, leur état physique, les problèmes familiaux et amoureux.
Cependant, Rhodewalt, Saltzamm & Wittmer (1984), Strube & Roemmele (1985), Thill (1999) soulignent l'importance d'étudier les stratégies d'auto-handicap en termes de différences individuelles. Berglas & Jones (1978), Dietrich (1995) ont montré que les hommes handicapent davantage que les femmes, indépendamment de la nature de la tâche. En étudiant des populations mixtes directement comparatives, Rhodewalt (1990) a fait ressortir les éléments de différenciation suivants. En premier lieu, si les femmes handicapent moins souvent que les hommes, elles le font en faisant état d'un symptôme handicapant. En second lieu, c'est le feedback non contingent qui motive l'usage du report de symptômes chez les femmes. Kimble, Funk, Dapolito (1990) notent que les femmes sabotent davantage leurs performances dans les tâches d'interactions sociales que dans les tâches d'intelligence cognitive. Les travaux de Rhodewalt et al. (1984), de Rhodewalt & Davidson (1986), de Rhodewaldt (1990) indiquent que les hommes ont une plus grande tendance à adopter des stratégies comportementales que les femmes. Celles ci par contre, utiliseraient davantage les obstacles revendiqués et les symptômes. Smith, Snyder & Handelsmann (1982), Snyder & Smith (1986), Harris & Snyder (1986) ont observé que des différences liées au genre reflètent des variations dans les réponses d'anxiété et tout particulièrement dans certaines situations d'évaluation. L'anxiété - trait jouerait un rôle discriminatif dans les stratégies d'auto-handicap utilisées par les femmes lorsque les résultats ne peuvent servir d'explications utiles face à un échec (par exemple, elles font état d'une maladie, de symptômes physiques etc.). Mello - Goldner & Jackson (1999) dans une étude sur les jeunes filles ont rapporté que le syndrome pré-menstruel invoqué par elles, serait utilisé comme stratégie d'auto-handicap clamée en relation avec la peur de l'échec. Baumeister, Kakn & Tice (1990) ; Schill, Beyler, Wehr, Swigert & Tatter (1991) ont suggéré que l'obésité pourrait être une stratégie d'auto-handicap clamée spécifique aux femmes. En d'autres termes, les recherches actuelles suggèrent l'existence d'une différence de genre dans les formes de handicaps choisies par les hommes et les femmes.
De plus, il se pourrait que des différences individuelles en niveau d'estime de soi puissent être associées à une propension plus ou moins forte à utiliser telle ou telle stratégie (Baumeister, Tice & Hutton, 1989 ; Snyder, 1990 ; Tice, 1991 ; Salomon et Famose, 2001). Les individus à faible estime de soi utiliseraient les handicaps à des fins de protection de leur Soi et les individus à haute estime de soi des handicaps à des fins de valorisation du Soi. Simmons & Rosenberg (1975) ont démontré que les filles reportent des niveaux d'estime de soi plus bas que les garçons entre 14 et 23 ans.
Enfin, certains auteurs comme Prapavessis & Grove, (1998) conçoivent l'estime de soi comme un déterminant important des stratégies d'auto-handicap et ont montré qu'elle serait un médiateur négatif pour les individus à faible estime de soi.
Notre présente recherche a pour but de comprendre la nature des stratégies auto-handicapantes invoquées par des sportives, dans un contexte spécifique : le concours au professorat d'éducation physique (CAPEPS). Elle porte plus particulièrement sur les liens entre les caractéristiques individuelles en estime de soi globale, anxiété de trait de cette population féminine et les stratégies avancées, dans le cadre de ce concours national. En effet, les conclusions des travaux sur le niveau d'estime de soi et d'anxiété de trait induisent que les filles utilisent particulièrement des stratégies internes, de protection du Soi, en vue d'excuser un mauvais résultat. La gymnastique rythmique (GR) a été choisie comme support pour tester notre hypothèse. Cette épreuve physique située dans la partie admission du CAPEPS n'est accessible qu'aux filles. Nous pensons que le choix des stratégies invoquées par ces sportives dépend de leurs caractéristiques individuelles, de la particularité de la situation (concours à la fois académique et sportif) et de l'activité sportive GR, exclusivement féminine. L'invocation des obstacles avancées par ces sportives seraient le reflet des influences respectives et croisées de facteurs personnels et socioculturels.
 
2. Méthode
 
 
2.1. Participantes
74 étudiantes sportives, ont participé à cette étude (M = 22.3 ans ± 1.6). Elles ont la particularité à la fois de préparer le concours académique de recrutement des Professeurs d'Education Physique et Sportive (CAPEPS) et de choisir lors de leur admission une même épreuve physique : la Gymnastique Rythmique (GR). Elles ne sont pas spécialistes de cette activité et sont issues d'établissements universitaires différents. Elles ont répondu de manière anonyme aux différents questionnaires proposés.
2.2. Instruments de mesure et procédure
Estime de soi. Nous avons utilisé l'échelle de l'estime de soi de Rosenberg, (1965, RSE). Celle-ci mesure une estime de soi globale et a été validée par Vallières & Vallerand (1990) avec un alpha de Cron bach de 0.89 et un coefficient de corrélation pour le test-retest de 0.84. Son intérêt réside dans le fait de son association avec des facteurs comme l'anxiété, la dépression, la culpabilité.
Trait d'anxiété. L'inventaire d'anxiété trait-état de Spielberger (STAI forme Y2) a été construit pour mesurer le tempérament anxieux habituel des individus et a été adapté en français par Schweitzer et Paulhan (1990). L'alpha de Cronbach de l'échelle d'anxiété – trait est.90 et le coefficient de corrélation test-retest se situe entre 0.65 et 0.75.
Ces deux questionnaires (RSE et STAI forme Y2) ont été passés trois semaines avant l'admission au concours. L'homogénéité des échelles de ces instruments de mesure pour notre population, a fait l'objet d'un contrôle par une mesure du coefficient a alpha de Cronbach de 0.82 pour l'estime de soi et 0.88 pour l'anxiété trait.
Perception des obstacles à la performance. Une approche ouverte et fermée a été utilisée pour connaître les obstacles invoqués à la réalisation de la performance. Nous leur avons demandé, chacune individuellement, de lister tous les événements qui leur apparaissaient susceptibles d'empêcher une bonne performance en Gymnastique Rythmique, deux semaines avant le début de l'échéance redoutée. Pour chaque obstacle potentiel, il leur a été demandé d'évaluer le niveau d'intensité sur une échelle de 1 (événement me concernant, sans influence) à 7 événement me concernant de grande influence). Ceux-ci seront répertoriés et regroupés en 6 catégories, d'après les travaux d'Hausenblas & Carron (1996). La catégorie 1 correspond à des obstacles relatifs aux problèmes de santé (par exemple, les maladies, les allergies, le rhume chronique, la grippe) ; la catégorie 2 à l'état de forme physique des étudiantes (par exemple, les crampes musculaires, les blessures, la fatigue physique, l'insuffisance de récupération) ; la catégorie 3 aux obstacles privés (par exemple, les soucis amoureux, les soucis de famille) ; la catégorie 4 à l'activité sociale (les soirées entre amis) ; la catégorie 5 aux problèmes spécifiques liés au CAPEPS (par exemple, le stress des écrits, l'attitude de l'enseignante GR, la méconnaissance de la notation GR) ; la catégorie 6 à l'état mental (par exemple, l'anxiété d'état, la peur de la comparaison, la solitude dans la préparation).
Niveau d'effort. Ces étudiantes ont répondu à un questionnaire sur les efforts préparatoires à la fin des trois semaines précédant le début du concours. La quantité d'effort, mise en jeu, est évaluée par l'augmentation ou la diminution des heures d'entraînement et leur perception d'avoir fait plus d'effort ou moins d'effort sur ces trois semaines. En parallèle, chaque enseignante, sans connaissance des buts réels de l'étude, a donné son avis sur le niveau d'effort de chaque participante et mesuré l'assiduité au cours de GR sur une échelle de 0 à 10. Cette procédure permet de limiter les biais liés à la réduction d'effort.
Valeur accordée à l'épreuve. Les épreuves physiques de la partie admission de ce concours national se passe sous des conditions publiques. Pour mesurer l'importance de l'épreuve physique de gymnastique rythmique dans ce concours, nous avons demandé aux participantes de l'évaluer sur une échelle de 0 (pas du tout) à 10 (vraiment beaucoup).
Compétence prédite. Afin de situer leur niveau d'expertise, elles ont fait des prédictions sur leur note GR en la situant sur une échelle de 0 à 20. Ces notes seront confrontées à celles qui sont données par leur enseignante. De plus, elles ont été interrogées sur l'importance de l'apparence physique dans la note GR et sur son impact dans l'évaluation de leur estime de soi (Harter, 1982, 1988).
Figure 1
IMGIMGIMGIMFHistogramme des notes de l'estime de Soi. La norme de 32.88 a été indiquée en traits pointillés.
 
3. Résultats
 
 
3.1. Valeur accordée à l'épreuve
L'évaluation de la portée de l'événement nous permet de constater que l'épreuve physique de gymnastique rythmique tient une place importante dans les épreuves d'admission pour les participantes à cette étude (M = 7.8).
3.2. Compétence prédite
Nos résultats montrent que cette population féminine a une tendance à sous-évaluer leur note GR par rapport à celle donnée par leur enseignante. Un test apparié sur les moyennes, montre que la différence entre leur prédiction et la note donnée par leur enseignante, est largement significatif (p =0.005).
3.3. Caractéristiques personnelles
Estime de soi. La figure 1 donne un aperçu de la distribution de l'estime de soi (M = 30.4 ; s = 4.5). Cependant, le t de Student par rapport à la norme m de 32.88 pour une population de femmes (Vallières & Vallerand, 1990) montre que celles-ci ont le sentiment d'appartenir à la catégorie « basse estime de soi » (t = -4.83, p<.001).
Trait d'anxiété. La figure 2 présente la distribution de l'anxiété de trait de cette population (M = 54.1 ; s = 9.6).Ces étudiantes se situent à la limite supérieure de la zone moyenne qui va de 46 à 55 (normes françaises).
En ce qui concerne le lien entre l'estime de soi et l'anxiété de trait, nous notons une corrélation négative significative (r = -0.68, p<.001).
3.4. Les stratégies d'auto-handicap
Niveau d'effort. Certaines ont augmenté leurs heures d'entraînement (35 %), d'autres les ont diminués (22 %) pendant cette période de 3 semaines. Mais, pour une grande partie, d'entre elles, le nombre d'heures d'entraînement n'a pas changé (43 %). Seulement 11 % des participantes estimaient avoir réduit leurs efforts. En revanche, 51 % affirment avoir produit plus d'effort pendant ces 3 dernières semaines et 38 % ne s'expriment pas (figure 3). Les enseignantes de gymnastique rythmique soulignent que le niveau d'effort mis en jeu par ces sportives est important pendant ces trois dernières semaines (M = 7.24).
Figure 2
IMGIMGIMGIMFHistogramme des notes de l'anxiété de trait. La norme de 50 a été indiquée en traits pointillés.
Figure 3
IMGIMGIMGIMFRépartition des étudiantes en fonction de leur intention ou non de réduire leurs efforts pendant les 3 semaines avant le début de l'admission.
Figure 4
IMGIMGIMGIMFLes moyennes des différents auto-handicaps.
Obstacles invoqués. La figure 4 met en évidence la répartition des obstacles perçus et souligne particulièrement l'augmentation de la fatigue physique, le stress des écrits et l'augmentation de leur anxiété état avant le concours. Leur moyenne d'intensité reste inférieure à la moyenne de l'échelle (4) : 3.92 ; 3.7 ; 3.54.
L'étude des relations entre les différents auto-handicaps invoqués révèle une forte liaison entre anxiété d'état et peur de comparaison (r = 0.55, p =0.001), entre méconnaissance de la notation et poids des écrits (r =0.30, p = 0,004), entre fatigue et insuffisance de récupération (r = 0.44, p = 0.01), entre stagnation des performances et blessures (r =0.39, p =0.03). Les tableaux 1 et 2 présentent les corrélations entre estime de soi et stratégies auto-handicapantes d'une part et anxiété de trait et stratégies auto-handicapantes d'autre part. Ils montrent une liaison négative entre l'estime de soi et la peur de comparaison (r =-0.21, p =0.05), une non-relation entre l'anxiété de trait et l'anxiété d'état et une relation négative entre la méconnaissance de la notation et l'anxiété de trait.
Une analyse de régressions multiples détermine que seul l'obstacle « méconnaissance de la notation » est clairement expliqué (p =0.008) mais que la variable « estime de soi » n'apparaît pas explicative de cet obstacle (p =0.383). Par contre, une analyse de régression simple pour expliquer la part de l'anxiété de trait sur cet obstacle montre que la liaison est bien négative r =-0.34, t =-3.12, p =0.003.
 
4. Discussion
 
 
Cette étude avait pour objet d'examiner les relations entre les caractéristiques individuelles d'estime de soi et d'anxiété de trait de cette population de sportives et les stratégies d'auto-handicap invoquées dans le contexte particulier d'une activité sportive (la gymnastique rythmique) et dans le cadre plus général du CAPEPS. Les résultats obtenus montrent l'existence d'une relation négative entre l'estime de soi et l'anxiété de trait pour ce type de population sportive et féminine. Des résultats similaires ont été trouvés en patinage synchronisé à dominante féminine (Ferrand & Ruby, 2000) et chez des gymnastes de haut niveau (Kerr, Gretchen & Gross, 1997). Celles qui présentent les plus faibles niveaux d'estime de soi ont des niveaux de trait d'anxiété les plus élevés.
Concernant les excuses retenues, par ces étudiantes sportives, l'augmentation de la fatigue physique, le stress provoqué par les écrits de l'admissibilité et l'augmentation de l'anxiété d'état avant les épreuves d'admission au concours (CAPEPS) apparaissent prévalent. Nos résultats suggèrent que nos participants utilisent des stratégies d'auto-handicap en faisant appel à des obstacles externes et internes. Ces stratégies avancées sont peu manifestes et peu saillantes, mais crédibles. Nous observons que la fatigue physique est une excuse à moindre efficacité, publiquement observable. Cela signifie que ces jeunes femmes mettent en avant leur affaiblissement par une trop grande dépense d'énergie comme premier obstacle invoqué. Mais en faisant cela, elles éliminent la probabilité d'attribuer la cause de l'échec à un manque de compétence car cet échec est imputé à une cause extrinsèque (Thill, 1999). De plus, la liaison établie (r =0.44) entre les deux types d'excuses que sont la fatigue physique et l'insuffisance de récupération montre bien qu'elle est utilisée de façon stratégique pour éviter une situation évaluative menaçant leur image de compétence. Le stress induit par les écrits indique un fort état de tension physique et psychique qui traduit une façon inadéquate de gérer la pression psychique, pendant la période des trois semaines avant l'épreuve d'admission. Enfin, la revendication d'une augmentation de l'état d'anxiété avant le concours comme obstacle à la performance participe à l'idée que cette stratégie peut servir de protection au Soi, en fournissant une alternative à un échec potentiel. La liaison (r =0.55, p =.001) entre les obstacles invoqués d'anxiété - état et la peur de comparaison avec autrui montre que les femmes ont la possibilité de revendiquer cette stratégie dans les situations d'évaluation physique (Harris & Snyder, 1986). Cependant, nos résultats font apparaître une absence de relation entre l'anxiété de trait et l'obstacle revendiqué d'anxiété - état. Les participants présentant une anxiété trait-élevée n'accentuent pas leurs symptômes d'anxiété avant leur épreuve, comme l'ont démontré Smith et al., (1982). On peut alors se demander si, dans le cadre de cette étude, la revendication de ces obstacles par cette population, participe bien à un phénomène de négociation sociale avec leur environnement.


les relations entre auto-handicaps et estime de soi
auto-handicapsrp
Peur de comparaison-0.210.05
Anxiété état-0.110.36
Fatigue physique-0.110.36
Blessures-0.050.67
Insuffisance de récupération-0.050.66
Stagnation des performances-0.010.90
Poids des écrits0.120.29
Condition physique0.130.26
Méconnaissance de la notation0.160.16



Les relations entre auto-handicaps et trait d'anxiété
auto-handicapsrp
Méconnaissance de la notation-0.340.003
Condition physique-0.200.09
Poids des écrits-0.190.10
Stagnation des performances-0.120.30
Anxiété état 0.020.90
Blessures 0.050.68
Insuffisance de récupération 0.060.60
Peur de comparaison 0.070.53
Fatigue physique 0.120.30

Les résultats concernant la non réduction d'efforts déclarée peuvent aider à cerner cette question. En effet, ces étudiantes, en grande partie, ont exprimé leur intention de ne pas réduire leurs efforts. Harris & Snyder (1986) ont déjà signalé que la réduction d'effort est un handicap externe comportemental, peu utilisé par les femmes. L'évaluation de leurs enseignantes, a montré que la plupart des ces étudiantes fournissent un réel effort en cours de GR. Aussi l'augmentation de la fatigue physique comme obstacle invoqué et la non-réduction des efforts déclarée vont dans le même sens. Bien sûr, Jagacinski & Nicholls (1990) ont montré que les étudiants augmentent davantage leurs efforts, lorsqu'ils s'exercent devant des enseignants que s'ils travaillent devant des pairs. Mais aussi, le faible usage annoncé de la stratégie de réduction d'effort est en relation avec le contexte de la gymnastique rythmique. Il a été démontré que la réduction d'efforts préparatoires réduit l'état d'anxiété liée aux situations d'évaluation (Harris & Snyder, 1986). Ces étudiantes sportives, en faisant l'inverse, ne se trouvent pas en bonne position psychologique pour affronter au mieux les situations d'incertitude. Mais elles ne majorent pas ce symptôme d'anxiété (inférieur à 4) parce qu'il est explicitement reconnu dans le milieu sportif que l'anxiété diminue sous certaines conditions la performance. Comme ces participants (ayant choisi de plein gré cette activité) disposent de cette excuse, elles n'ont pas besoin d'amplifier ce symptôme d'anxiété. Il perdrait de son efficacité et de sa crédibilité en tant qu'handicap, s'il était trop fortement revendiqué. Enfin, Pysczynski & Greenberg (1983) ont fait l'hypothèse que la stratégie de réduction d'effort n'intervient qu'en cas de faible probabilité de réussite dans une tâche considérée comme hautement pertinente pour le Soi.
Nous pouvons penser que cette population d'étudiantes sportives, en plaçant ces trois obstacles à leurs accomplissements (fatigue physique, stress, anxiété état), peuvent augmenter leurs mérites en cas de succès. De plus, en ne révélant pas à leur environnement proche la nature stratégique des obstacles invoqués, elles souhaitent maintenir et protéger une image favorable de leur Soi. Enfin, l'analyse de régression fait ressortir que l'anxiété de trait est la seule variable explicative de l'obstacle « méconnaissance de la notation ». Pour cette population, les étudiantes ayant un niveau de trait élevé ne valorisent pas cet obstacle alors que celles ayant un faible niveau d'anxiété de trait le mettent en avant. Cet obstacle pourrait être une excuse invoquée spécifique à cette population.
Concernant la relation entre le niveau d'estime de soi et les stratégies d'auto-handicap, cette étude montre que l'estime de soi n'est pas une variable explicative des stratégies d'auto-handicap invoquées. Différentes explications peuvent être avancées.
Premièrement, cette population se perçoit comme des participants présentant une faible estime de soi. Nos résultats, conformément aux études de Martin & Mack (1996), de Ferrand & Ruby (2000), mettent en évidence que la plupart de nos participants, non spécialistes de cette activité, pensent que l'apparence physique, joue un rôle non négligeable dans la note subjective de Gymnastique Rythmique. Fontayne & Sarrazin (2001) rapportent que le succès et l'échec ont un caractère subjectif et dépendent fortement des buts que poursuivent les individus. Ainsi, l'existence de variables socioculturelles dans ces buts valorisés impliquerait nécessairement une interprétation différente des situations de succès ou d'échec, en fonction du genre. La valeur de cette activité (GR) serait influencée par la connotation sexuée qu'elle véhicule parce que ces sportives ne sont pas indifférentes à la démonstration des attributs de la féminité et cela joue sur leur image de compétence physique et donc leur estime de soi globale perçue (Ferrand & Tétard, 2002). De plus, Rhodewalt (1990) souligne que les individus qui présentent de faibles niveau d'estime de soi n'ont rien à protéger et n'ont pas de motivation réelle pour utiliser des stratégies d'auto-handicap.
Deuxièmement, cette absence de relation peut être aussi expliquée par le fait que certains individus handicapent lorsque leur estime de soi est incertaine et pas seulement parce que celle ci est faible (Robert, Harris & Snyder, 1986 ; Rhodewalt & Fairfield, 1991 ; Shepperd & Arkin, 1989). C'est donc l'incertitude à propos du résultat désiré qui pourrait motiver l'auto-handicap plutôt que la conception négative que la personne possède elle-même. Les compétitions sportives induisent généralement de l'incertitude, menacent l'image de compétence des sportifs et déclenchent des stratégies d'auto-handicap (Thill & Cury, 2000).
Troisièmement, l'absence de lien entre le niveau d'estime de soi et les stratégies d'auto-handicap peut être expliquée par le fait que des excuses alternatives ont été avancées par cette population (Thill & Cury, 2000). La fatigue physique, l'anxiété, le stress des écrits, la méconnaissance de la notation peuvent faire partie de cette catégorie.
 
5. Conclusion
 
 
Nous avons démontré que les stratégies d'auto-handicap invoquées par cette population apparaissent bien être utilisées au service d'une protection de l'estime de soi. Leur revendication participe au rôle d'obscurcir le lien causal existant entre le soi et un mauvais résultat potentiel en le maintenant implicite et incontrôlable (Thill, 2001).
Ce travail souligne également l'influence croisée des caractéristiques personnelles des participants avec le contexte socioculturel. Au vu des résultats de cette recherche, nous pouvons dire que l'ensemble des facteurs de situation et personnels interagisse de manière complexe et rend ambiguë la vraie signification de l'accomplissement de ces sportives. Cette étude pose la question du bénéfice réel de l'utilisation des stratégies choisies par ces sportives, pour préserver leur image de Soi dans le cadre de l'activité sportive GR : celle-ci étant choisie de plein gré par les étudiantes pour leur examen et connue pour être un domaine exclusivement féminin. D'autres études doivent s'orienter vers un approfondissement du processus des stratégies d'auto-handicap revendiquées en prenant en compte la notion de genre. Une direction possible est de mieux cerner la proposition de Hirt, Deppe & Gordon, (1991). « Les handicaps clamés apparaissent plutôt participer à un phénomène de négociation sociale qu'à protéger l'estime de soi ». Travailler dans différentes activités sportives, en associant différentes méthodologies de recherche permettra d'autres éclairages et une compréhension plus fine de ces phénomènes d'auto-handicap revendiqués dans le domaine sportif.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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