2003
STAPS
Rapport de recherche
Les organisations de jeunesse en Alsace concordataire, 1918-1939
Pour une histoire des sociabilités
Julien Fuchs
[*]
Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle
(CREEC) UFR-STAPS de Strasbourg - 14, rue René-Descartes - 67084 Strasbourg
Cedex
L’étude proposée prend pour objet les organisations de jeunesse
en Alsace. La période considérée est celle de l’entre-deux-guerres (1918-1939).
Moment de mutations importantes par rapport aux pratiques éducatives de
l’avant-guerre, elle se caractérise par un essor et un renouvellement des
structures de la prise en charge des jeunes hors du temps scolaire.
L’objectif de la recherche est d’approcher les conceptions des
responsables et les pratiques de sociabilité proposées aux jeunes Alsaciens
dans ces groupements. La valorisation de la nature en tant qu’espace privilégié
de socialisation émerge dans ce cadre comme une tendance transversale. Ce
processus s’accompagne de l’utilisation d’exercices physiques (marche et jeux
sportifs collectifs notamment) comme supports pédagogiques
prioritaires.
L’étude entreprise s’appuie sur des sources originales et peu
exploitées dans le champ des STAPS (archives de l’Evêché de Strasbourg, du
Directoire de l’Eglise de la Confession d’Augsbourg d’Alsace-Lorraine, archives
internes des organisations, témoignages d’anciens membres...) ; celles-ci
incitent à prendre en compte un ensemble de pratiques corporelles qui ont une
ambition éducative.
Terrain singulier d’histoire et de liens sociaux, l’Alsace
constitue ici un exemple particulièrement riche des enjeux et moyens de la
mobilisation de la jeunesse au début du XXe siècle.
Mots-clés :
organisations de jeunesse, Alsace, Entre-Deux-Guerres, mobilisation de la jeunesse, sociabilités..
The following paper deals with the youth organisations in Alsace
and covers the inter-war years (1918-1939). This period mark indeed a
significant change in the educational practices, now characterised by an
expansion and renewal of the organisations being in charge of the youth outside
school time.
The study is based on the ideas of the people in charge and on
the sociability practices offered to the young Alsatians in these movements. In
this frame, the valorisation of nature as the privileged environment for
socialisation appears to be a transversal process. This trend is backed up by
the use of physical exercises (walk and collective sports game for example)
that become major teaching aids.
The sources used in this paper are original and rarely
capitalised on in the STAPS field (archives from the Strasbourg’s Bishopric,
the Alsace-Lorraine’s Directory of the Augsbourg’s Confession, internal
archives of organisations, former members’ accounts etc.). These sources help
to pay attention to a whole range of physical practices that have an
educational ambition.
As a region shaped by a unique history and particular social
links, the example of Alsace allows us to reach an understanding of the
objectives and means of mobilisation of the youth at the beginning of the
twentieth century.
Keywords :
youth organisations, Alsace, inter-war period, youth’s mobilisation, sociabilities.
Die vorliegende Studie befasst sich mit Jugendorganisationen im
Elsass zwischen den Weltkriegen (1918-1939). Als eine Periode wichtiger
Mutationen hinsichtlich erzieherischer Praktiken vor dem Krieg ist diese Zeit
gekennzeichnet durch ein Aufkommen und eine Erneuerung von außerschulischen
Strukturen der Jugendbetreuung. Ziel der Untersuchung ist es, die Konzeptionen
der Verantwortlichen und die in diesen Strukturen den jungen Elsässern
gebotenen Soziabilitätspraktiken in Beziehung zu setzen. Bei diesem Prozess
dienen die Leibesübungen (besonders Märsche und Mannschaftsspiele) als
vorwiegendes pädagogisches Mittel. Die Studie stützt sich auf wenig
ausgewertete Originalquellen im Bereich der Sportwissenschaft (Archive des
Bistums Straßburg, der Kirchenverwaltung der Augsburger Konfession von
Elsass-Lothringen, interne Archive der Organisationen, Augenzeugenberichte...),
die auf körperliche Praktiken mit erzieherischen Ambitionen verweisen. In
seiner historischen und sozialen Einzigartigkeit zeigt sich das Elsass hier als
außerordentlich reiches Beispiel, bei dem es um die Mobilisierung der Jugend
Anfang des 20. Jahrhunderts ging.
Schlagwörter :
Jugendorganisation, Elsass, Zeit zwischen den Weltkriegen, Mobilisierung der Jugend, Soziabilität..
Lo studio proposto ha per oggetto le organizzazioni della
gioventù in Alsazia. Il periodo considerato è quello tra le due guerre
(1918-1939). Momento di trasformazioni importanti in rapporto alle pratiche
educative del secondo anteguerra, esso si caratterizza per uno stimolo ed un
rinnovamento delle strutture della presa in carico dei giovani al di fuori del
tempo scolastico.
L’obiettivo della ricerca è di avvicinarsi alle concezioni dei
responsabili e delle pratiche di sociabilità proposte ai giovani alsaziani in
questi raggruppamenti. La valorizzazione della natura, in quanto spazio
privilegiato di socializzazione, emerge in questo quadro come una tendenza
trasversale. Questo processo è accompagnato dall’utilizzazione di esercizi
fisici (in particolare la marcia ed i giochi sportivi collettivi) come supporti
pedagogici prioritari.
Lo studio intrapreso si basa su fonti originali e poco sfruttate
nel campo degli STAPS (archivi del Vescovo di Strasburgo, del Curia della
Chiesa di Augsbourg dell’Alsazia Lorena, archivi interni delle organizzazioni,
testimonianze di vecchi membri, ecc.) ; questo ultimi invitano a prendere in
considerazione un insieme di pratiche corporee che hanno un’ambizione
educativa.
Terreno singolare di storia e di legami sociali, l’Alsazia
costituisce qui un esempio particolarmente ricco delle poste in gioco e dei
mezzi di mobilitazione della gioventù all’inizio del XX secolo.
Parole chiave :
Alsazia, mobilitazione delle gioventù, organizzazione della gioventù, periodo tra le due guerre, sociabilità..
El estudio tiene por objetivo analizar las organizaciones de los
jóvenes de la Alsace en el período considerado entre las dos guerras
(1919-1939). Momentos de cambios importantes en relación a las prácticas
educativas antes de la guerra, esto se caracteriza por un desarrollo y una
renovación de las estructuras que tienen a cargo a los jóvenes después de las
horas escolares. El objetivo de la investigación es de aproximar las
concepciones de los responsables y las prácticas de sociabilidad propuesta a
los jóvenes Alsacianos. La valorización material que emerge como proceso
socializador es una tendencia transversal. Este proceso es acompañado de
ejercicios físicos (caminatas, juegos deportivos colectivos) como soportes
pedagógicos prioritarios. El estudio emprendido se apoya en fuentes originales
y poco explotadas en el campo de las STAPS (archivos del arzobispado de
Estrasbourgo, del directorio de la iglesia de la Confesión de Ausburgo de
Alsace Lorrain, archivos internos de las organizaciones, testimonios de
miembros antiguos), ellos invitan a tomar en cuenta el conjunto de practicas
corporales que tienen una ambición educativa.
Palabras claves :
organizaciones de jóvenes, Alsace, entre dos guerras, mobilización de la juventud, sociabilización..
En 1918, l’Alsace redevient française après avoir été pendant
près de 50 ans terre de l’Empire Allemand (Reichsland). Les Alsaciens changent de langue et
de nationalité : l’ensemble de la vie quotidienne est bouleversé. Le choc de la
guerre entraîne aussi une mutation de la perception du rôle de la jeunesse dans
la société, il rend nécessaire un changement de nature des initiatives à
destination des enfants et adolescents par rapport à la période de l’Annexion.
Des restructurations importantes du réseau d’encadrement des jeunes s’engagent
: les organisations existantes se transforment et de nouvelles structures, que
les historiens s’accordent à dénommer « mouvements de jeunesse », se créent et
se développent. Conférant une place inédite à l’autonomie des jeunes, ils leur
permettent de découvrir des sociabilités nouvelles. En Alsace, ce processus
prend des colorations dont on ne retrouve les contrastes ni dans d’autres
régions françaises ni en Allemagne.
A l’interface de deux cultures et de deux nations, l’identité
régionale des Alsaciens est problématique. Celle-ci se caractérise par une
originalité linguistique, juridique mais aussi et surtout confessionnelle : au
plan religieux, l’Alsace se définit effectivement de manière fondamentale par
la coexistence de communautés catholiques, protestantes et juives (ce
multiconfessionnalisme fut entériné par le Concordat de 1801). En raison du
caractère mouvant de l’appartenance nationale, Wahl et Richez (1993) démontrent
que c’est ce statut confessionnel qui forge l’identité la plus intime des
Alsaciens. En parallèle de ce phénomène, on constate que les organisations
protestantes et juives occupent une place forte au sein du réseau d’encadrement
de la jeunesse, ce qui n’est le cas que dans une moindre mesure dans les autres
régions françaises, où le clivage principal concernant cet encadrement oppose
laïcs et catholiques (Cholvy, 1999). En Alsace, les conflits qui animent la vie
associative sont d’abord d’ordre interconfessionnels
[1]. C’est là que réside selon n
os recherches l’hypothèse explicative
centrale des évolutions des organisations prises en compte : elle consiste à
considérer une relation étroite des initiatives à destination des enfants et
adolescents avec l’enjeu politique que représente la mobilisation de la
jeunesse hors des temps scolaire et familial.
Dans ce contexte, l’objectif général de notre étude est de
saisir pourquoi l’entre-deux-guerres peut être considéré comme une période
privilégiée pour le développement des organisations de jeunesse. En d’autres
termes, dans quelle mesure est-il possible de parler, pour cette région qui est
la seule à vivre sous un régime concordataire, d’une réelle originalité
concernant la prise en charge des enfants et des adolescents ? C’est la
question des motivations, des objectifs et des moyens de l’encadrement des
jeunes par les adultes qui nous intéresse ici.
1. Le terreau associatif alsacien de 1918
1.1. Les organisations de jeunesse au temps du
Reichsland : un réseau en
structuration
Il faut remonter au moment de la naissance des initiatives à
destination de la jeunesse pour comprendre les caractéristiques des
organisations de l’entre-deux-guerres. La création des premiers patronages et
regroupements de jeunes au milieu du XIX
e siècle correspond à un besoin de
sociabilité fort au sein des populations. Répondant à cette aspiration sociale,
une vie associative dynamique se met en place dans les villages : des sociétés
de tir et de gymnastique, des chorales, des fanfares et des cercles d’études se
créent en nombre (Charpier, 1996). La communauté chrétienne s’est en quelque
sorte aperçue à cette période qu’« il fallait d’autres formes de rencontre et
de partage que le culte » selon Mehl (1982, 81) qui s’est intéressé à
l’histoire associative du village bas-rhinois de Weyersheim. Dans ce cadre, les
initiatives exclusivement destinées aux jeunes se multiplient et se
diversifient : les « œuvres pour enfants » et les « cercles de jeunes »,
d’inspiration paroissiale, émergent ; à travers les formes récréatives de
rassemblement qu’ils mettent en place (théâtre, chant, musique, lecture,
gymnastique…), leur objectif premier est de maintenir chez les enfants et
adolescents une relation étroite avec la religion au-delà du catéchisme de
l’année, et ceci notamment après l’âge de la première communion. Ces formes
confessionnelles d’intervention éducative constituent pour ces jeunes des
modalités nouvelles d’organisation du temps libre (Cholvy, 1988). Un réseau
d’encadrement d’importance se construit peu à peu autour de ces groupes : en
1914, on compte 95 cercles de jeunes gens, regroupant 8500 enfants et
adolescents, au sein de la Fédération des Cercles Catholiques d’Hommes et de
Jeunes Gens du Diocèse de Strasbourg
[2]. Le réseau des cercles protestants, bien développé en
1871 autour de nombreuses sociétés évangéliques, se consolide également en
cette fin de XIX
e siècle. On
dénombre dans les paroisses alsaciennes 29 groupes de l’
Evangelischer Jünglings- und Mädchenbund
(homologue des Unions Chrétiennes de Jeunes Gens-Filles : UCJG-F) en 1900 et 34
en 1914
[3]. Organisées
dans le prolongement des activités de ces œuvres, les colonies de vacances
apparaissent : en 1881, le pasteur Gehrs et le Dr Scheffer mettent sur pied la
première colonie protestante à Strasbourg. Le pasteur Horst et le Dr Fischer
font de même à Colmar en 1886 dans le but de « fournir à des enfants faibles ou
maladifs […], le moyen de restaurer leur santé par un séjour à la campagne
»
[4]. Les catholiques
reconnaissent dans la foulée la « nécessité de fonder une institution de
vacances »
[5] spécifique.
Ils créent leur première colonie à Soultzbad en 1884 sous l’impulsion de Paul
Stumpf : 74 enfants y sont accueillis. Les colonies du Mont-Sainte-Odile, de
Kreutznach et de Neuwiller, créées par la suite, permettent l’accueil de 10 529
jeunes catholiques entre 1884 et 1918
[6].
1.2. Ecole et temps libérés
Cet engouement peut être mis en rapport avec la loi de 1908
sur les associations
[7].
Mais à n
os yeux, il doit
surtout être saisi au regard du phénomène de la scolarisation. La prolongation
et l’obligation de l’école depuis l’Ordonnance Impériale du 18 avril 1871
n’entraînent pas seulement une restructuration du système scolaire et une
modification profonde de la fonction de l’école : elles retentissent
simultanément sur le statut social des jeunes et les conceptions des parents.
Jusque-là très serré, le contrôle des jeunes devient moins prégnant dès lors
que l’enfant sort du cercle familial quand il part pour l’école (Prost, 1982).
La jeunesse découvre en fait, entre la famille et l’école, des temps de vie qui
se démarquent des temps traditionnels de sociabilité en cette fin de
XIX
e siècle : loin des
regards, hors de tout contrôle, les réunions et discussions entre copains, les
parties de campagne deviennent pratiques courantes (Crubellier, 1979). La prise
en charge des jeunes durant ces moments libérés s’impose comme une nécessité
aux yeux des adultes. En l’occurrence, il s’agit surtout pour les instances
confessionnelles d’encadrer la jeunesse de manière à ce qu’elle n’échappe à
aucun moment à l’influence de l’Eglise.
1.3. Un réseau singulier
Nous en arrivons à relever des particularités locales
concernant les initiatives à destination de la jeunesse durant la période de
l’Annexion. Articulée autour des cercles paroissiaux, la vie associative est
très développée ; elle n’a d’équivalent en termes d’effectifs mobilisés ou de
nombre de structures ni en Allemagne ni en France (Wahl & Richez, 1993).
Entre 1871 et 1918, période où l’identité régionale est problématique, l’Alsace
apparaît effectivement comme un lieu propice au développement des initiatives
qui rassemblent
[8]. Les
populations jeunes sont les premières concernées par ce phénomène : les
répercussions de la scolarisation sur les comportements juvéniles contribuent à
une redéfinition du rôle des instances socio- éducatives d’encadrement. C’est
en prenant appui sur ce terreau associatif singulier que les organisations des
années 1920-1930 vont se développer, les cercles paroissiaux de la période du
Reichsland constituant à notre sens le
creuset des formes de mobilisation de la jeunesse de l’après-1918.
Nous fixons deux axes prioritaires de recherche : la
description des étapes de l’évolution du réseau d’encadrement de la jeunesse ;
l’analyse des conceptions pédagogiques des responsables et des pratiques de
sociabilité proposées.
La consultation de fonds d’archives écrits et iconographiques,
nationaux et locaux, privés et publics, de langue française et allemande
constitue le corpus principal de l’étude. Les annuaires des hiérarchies
confessionnelles (Evêché de Strasbourg ; Directoire de l’Eglise de la
Confession d’Augsbourg d’Alsace-Lorraine) donnent des éléments chiffrés sur
l’évolution des organisations de jeunesse. Les archives légales des
associations (Archives des Tribunaux d’Instance
[9] ; Archives Départementales du Bas-Rhin)
apportent une vision administrative de leurs activités. Les archives internes
des organisations (comptes-rendus de réunions, budgets, orientations
pédagogiques annuelles, programmes d’activités, photos, journaux internes) sont
les sources de travail les plus riches : leur analyse permet de plonger au cœur
des pratiques mises en place, de la mise en œuvre des méthodes pédagogiques, de
la formation des cadres. Elles sont aussi les plus difficiles à
rassembler
[10]. Les
périodiques d’informations générales (
Dernières
Nouvelles de Strasbourg, La Tribune Juive) permettent de repérer des
éléments déterminants du contexte socioculturel alsacien. Ils sont également
une source unique de données concernant les organisations israélites
[11].
La réflexion menée s’appuie ensuite sur le recueil de
témoignages d’anciens membres ou dirigeants des organisations. Nous accordons
une place centrale aux paroles de ceux qui vivent encore aujourd’hui, 60 à 80
ans après leur implication dans les groupements de jeunesse. Cette démarche
accompagne nécessairement l’histoire que nous entreprenons. Le recours à ces
méthodes d’investigation orales, qui confrontent la mémoire à l’histoire, pose
néanmoins des difficultés épistémologiques majeures
[12] : l’analyse sémantique des discours et
la vérification des affirmations recueillies par le croisement des sources
permettent une distance critique nécessaire.
3. Les organisations de jeunesse de l'entre-deux-guerres
Après avoir cerné les caractéristiques du « substrat associatif » de 1918, la première étape de notre recherche consiste à repérer les étapes
de la construction du réseau associatif à destination de la jeunesse entre 1918
et 1939. Nous dressons dans cette perspective le portrait des organisations
qui, par leur ampleur et leur capacité de mobilisation, ont joué un rôle dans
le quotidien des jeunes dans l’Alsace des années 1920-1930.
3.1. Mutations et développement du réseau d’encadrement
Dans l’entre-deux-guerres, le phénomène associatif triomphe
et s’étend à l’ensemble de la société alsacienne. Les cercles catholiques,
protestants ou juifs, qui conservent dans un premier temps un fonctionnement
auquel les jeunes sont sensibilisés, atteignent leur apogée. En 1927, on
recense 212 cercles de jeunes pour 17 650 enfants et adolescents au sein de la
Fédération des Cercles Catholiques d’Hommes et de Jeunes Gens
[13] : les effectifs ont plus
que doublé depuis 1914. Mais après le choc de 1918 et le bouleversement du
retour de l’Alsace à la France, l’encadrement de la jeunesse ne peut pas
évoluer qu’en continuité avec les caractéristiques associatives du
Reichsland : la rupture avec la
situation allemande est, au plan des imaginaires sociaux, souvent perçue comme
nécessaire et lourde de sens
[14]. La jeunesse devient pour beaucoup une entité
sociale dépositaire de « vraies valeurs », une force capable de refaire le
monde (Jousselin, 1945) ; ses qualités sont exaltées. Dans ce contexte, des
restructurations majeures du réseau d’encadrement s’effectuent : les
initiatives à destination de la jeunesse changent de nature.
Accordant une place jusque-là inconnue à l’autonomie et à
l’initiative des jeunes, les mouvements de jeunesse alsaciens apparaissent : le
scoutisme sous toutes ses composantes confessionnelles dans les années 1920,
les groupements d’action confessionnelle spécialisée ensuite (Jeunesse Ouvrière
Chrétienne : JOC, Jeunesse Agricole Chrétienne : JAC, Jeunesse Etudiante
Chrétienne : JEC notamment) et plus tard l’ajisme (mouvement des Auberges de
Jeunesse). L’ampleur du phénomène est considérable. Prenons quelques exemples
significatifs. Le scoutisme unioniste (d’inspiration protestante), qui existe
de manière discrète avant 1914, affirme sa présence entre 1920 (10 troupes) et
1923 (18 troupes)
[15].
Pour le scoutisme catholique, fondé en 1920, 18 troupes sont recensées en 1926.
En 1931, la Province d’Alsace des Scouts de France compte 28 troupes, 6
patrouilles de routiers, 26 meutes, ce qui représente 600 scouts et 520
louveteaux
[16].
S’inspirant du succès grandissant de ces scoutismes, une première troupe
d’Eclaireurs Israélites est créée en 1928 à Mulhouse, une autre à Strasbourg en
1929 avec succès : une centaine d’Eclaireurs adhèrent au mouvement en quelques
mois
[17]. Les
mouvements de l’action catholique spécialisée suivent ces tendances dans les
années 1930. JOC et JAC alsaciennes sont créées en 1932 et connaissent des
débuts heureux (11 troupes pour la JOC et 5 en formation, 5 troupes pour la
JAC). En 1936, la JOC compte 22 sections masculines (4 étant encore en
formation), et 22 sections féminines. Le succès est plus net encore deux ans
après : en 1938, on recense 49 sections masculines et 55 sections féminines. La
JAC alsacienne, elle, regroupe 17 groupes masculins et 2 groupes féminins en
1936. En 1938, 40 sections masculines et 20 à 25 sections féminines, pour la
plupart en formation, sont répertoriées
[18]. Le franc succès du mouvement des Auberges de
Jeunesse (la première auberge est créée en 1932 dans le massif vosgien, une
vingtaine d’auberges existent en 1938
[19]) confirme enfin ce renouvellement des
préoccupations éducatives dans l’entre-deux-guerres.
3.2. La problématique interconfessionnelle
Nous devons préciser ici un point essentiel de notre étude.
Il apparaît nécessaire, pour les organisations confessionnelles, d’encadrer « sa » jeunesse pour l’éduquer, lui inculquer une morale teintée de religion ; il
est donc indispensable que celle-ci ne soit pas prise en main par les
confessions concurrentes. L’enjeu est politique ; il contient des luttes de
pouvoir pour le monopole de cet encadrement. Le cas du développement du
scoutisme catholique est particulièrement illustratif.
Le scoutisme unioniste existe en Alsace avant 1914. Au
lendemain de la guerre, c’est une pédagogie qui attire les jeunes gens et
certains adolescents catholiques adhèrent à cette organisation protestante. La
situation est intolérable pour l’Evêque, M
gr Ruch, qui lance une vaste campagne
d’encouragements aux initiatives catholiques : en novembre 1920, la
Première Strasbourg des Scouts de
France est créée. Certains documents des Archives de l’Evêché de Strasbourg
illustrent l’importance de ces positionnements confessionnels. Citons un
télégramme envoyé par l’Aumônerie Générale des Scouts de France à destination
de M
gr Ruch le 2 août 1924 : « l’Aumônier Général des Scouts de France prie instamment S.G. Monseigneur Ruch
[…] de bien vouloir écrire à Rome que l’existence des scouts catholiques est
indispensable à l’Alsace pour combattre les organisations similaires
protestantes ou neutres »
[20]. Cinq ans après ce télégramme, le débat est toujours
prégnant. On trouve dans le
Bulletin
Ecclésiastique de Strasbourg d’octobre 1929 un communiqué de
l’Evêque intitulé « Scouts catholiques et scouts non catholiques » : « Nous
apprenons que des organisations de scouts non catholiques ont fait de la
propagande dans les écoles catholiques et dans des revues lues par des
catholiques. Nous mettons en garde Messieurs les Curés contre cette propagande
[…]. Il n’existe dans notre diocèse qu’une organisation de scoutisme approuvée
par l’autorité ecclésiastique, la Fédération des Scouts de France. Le seul
moyen de lutter […], c’est d’orienter les jeunes catholiques vers les troupes
de Scouts de France là où elles existent, de fonder des troupes dans toutes les
localités où se trouvent des organisations de scouts non reconnues par
l’autorité ecclésiastique et partout où la nécessité se fait sentir »
[21].
Des analyses similaires pour d’autres organisations (rapports
catholiques – protestants dans les cercles paroissiaux, rapports catholiques –
laïcs dans les Auberges de Jeunesse par exemple) mènent aux mêmes observations
que pour le scoutisme : la question des loisirs organisés des jeunes se pose en
Alsace, en droite ligne de la question scolaire, en termes de concurrences
confessionnelles et de conflits. L’encadrement de la jeunesse devient en fait
un enjeu éducatif et politique majeur, que l’étude des sociabilités et des
pratiques pédagogiques permet de révéler.
3.3. Organisations de jeunesse et pratiques de sociabilité
L’apparition de ces structures illustre un processus de
socialisation spécifique qui se profile depuis le milieu du XIXe siècle, celui de la prise en charge de
la jeunesse en dehors des temps scolaire et familial. Nous cherchons à saisir
les significations profondes de cet engouement. Si le développement des
organisations de jeunesse répond dans un premier temps à des enjeux
interconfessionnels de mobilisation, ce développement signifie aussi
corrélativement un changement de la place des enfants et des adolescents dans
la société, la diffusion et la reconnaissance de droits et de besoins propres à
la jeunesse que ne lui accordent ni l’école ni la famille. Les sociabilités
proposées par les organisations qui émergent dans ce contexte semblent avoir un
rôle important et novateur dans la formation des jeunes de
l’entre-deux-guerres. Dans cette perspective, nous voulons appréhender les
répercussions de leur engagement associatif sur leur vie quotidienne, les
implications de leur appartenance à l’une de ces organisations sur leurs
pratiques sociales. Car au sein des mouvements, les jeunes concernés découvrent
des manières inédites de vivre cette tranche de la vie, de nouvelles façons
d’être avec les autres et des pratiques de sociabilité originales. Parmi ces
pratiques, l’activité physique, et notamment la marche dans l’espace naturel,
occupe une place privilégiée.
4. De nouvelles pratiques de sociabilité dans la nature
4.1. Provoquer la sympathie des jeunes : vers un renouvellement des
pédagogies
L’apparition de l’école primaire gratuite et obligatoire en
Alsace confère au réseau associatif alsacien un nouveau profil dès les
premières heures de l’Annexion. L’évolution progressive des représentations des
parents, les changements culturels qui affectent la société alsacienne à l’aube
du XXe siècle, sont les signes
d’une émancipation de la jeunesse. Eloigné des contraintes de ses cadres de vie
traditionnels, l’adolescent alsacien voit son statut évoluer vers davantage
d’autonomie (Prost, 1982). Cette modification de la place du jeune dans la
société a des conséquences sur les organisations considérées : si l’adhésion au
cercle paroissial villageois était naturelle pour les enfants et adolescents à
la fin du XIXe siècle, il est
nécessaire pour les organisations de l’entre-deux-guerres d’attirer ce public
vers eux. On assiste ici à une bascule progressive de la relation adulte-enfant
: le passage de camaraderies réglées par la coutume, cloîtrées dans des lieux
et des moments spécifiques, contrôlées par les familles et la collectivité (le
bal en est un exemple marquant dans les villages alsaciens) à des sociabilités
plus libertaires, moins rigides, implique la possibilité d’un choix. Les
mouvements doivent alors provoquer la sympathie des jeunes. Dans cette
perspective, ils élaborent des projets éducatifs et idéologiques précis,
mettent en place des systèmes de fonctionnement qui prennent nettement en
compte les spécificités de ceux-ci ; ils intègrent chacun à leur manière dans
leurs pédagogies ce que l’on peut sociologiquement repérer comme les
caractéristiques de l’âge juvénile de l’époque : volonté d’indépendance,
recherche d’autonomie, initiative (Galland, 1991).
4.2. Valorisation de la nature et pratiques corporelles
Alors que l’on tire une à une les terribles conséquences de
la Grande Guerre sur l’état des populations, un véritable culte du grand air et
de la nature se construit dans la société de l’entre-deux-guerres (Rauch,
2001). Au cœur de cette mouvance socioculturelle, les modèles pédagogiques dans
leur ensemble évoluent, accordant une place primordiale à l’oxygène et à
l’exercice physique. Comment ce phénomène se traduit-il dans les organisations
de jeunesse en Alsace ? Dans quelle mesure les responsables des organisations,
qui doivent attirer les jeunes, se sont-ils ou non inscrits dans cette mouvance
? L’observation rapide des activités de troupes scoutes, par exemple, illustre
le fait que les pédagogues ont pu dans certaines organisations inventer des
stratégies éducatives et des formes d’encadrement nouvelles, éloignées des
modèles pédagogiques classiques, dans lesquelles une grande importance est
accordée au plein air et à des pratiques corporelles d’endurance et de
caractère. Nous voulons savoir si ce renouvellement des conceptions
pédagogiques et des pratiques, qui s’articule sur une valorisation de la nature
et de l’exercice physique (la marche et certaines formes de pratiques sportives
devenant ici des supports pédagogiques prioritaires), concerne l’ensemble des
organisations traitées. En d’autres termes, est-ce pour toutes les
organisations un objectif, ou un moyen au service d’objectifs plus généraux,
que d’emmener les jeunes dans la nature et de leur proposer des modes de
sociabilité axés sur l’exercice physique ? L’analyse de bilans d’activités, de
photos, de témoignages a permis de décrire pour chaque groupement ces
pratiques.
4.2.1. Colonies de vacances, scoutismes et ajisme : des pédagogies du
plein air
Dans les colonies de vacances alsaciennes de
l’entre-deux-guerres, la nature est hygiéniquement bienfaitrice : il s’agit d’« envoyer au bon air, dans des stations appropriées du massif vosgien, des
enfants […] de familles pauvres »
[22]. Le séjour à la montagne fortifie la santé. Mais la
colonie est surtout lieu d’une éducation : y vivre, c’est respecter des règles.
Parenthèse idéale à la vie urbaine, ces collectivités sont des œuvres de
préservation au travers desquelles une idéologie éducative, articulée autour de
la nature, se réalise. Le phénomène est net chez les catholiques : « en
travaillant pour le relèvement de la santé physique et morale de notre
jeunesse, nous travaillons aussi pour notre chère patrie et pour la plus grande
gloire de Dieu »
[23].
La marche de promenade dans les forêts vosgiennes, au cœur desquelles se
situent les bâtiments, est pratiquée dans ce cadre intensivement pour « faire
de l’enfant un être complet et équilibré »
[24]. L’organisation de jeux sportifs collectifs est
possible également sur les plateaux qui entourent les colonies
[25]. En fait, par les
qualités de l’air et de l’exercice physique, le jeune se ressource ; il
construit pendant un temps des habitudes de vie particulières par ces jeux et
distractions qui prennent place au milieu de la nature.
Le recours à la nature et l’exercice physique trouvent une
place centrale dans le scoutisme. Les différentes composantes confessionnelles
du mouvement mettent en avant la débrouillardise, l’esprit d’initiative et
l’habileté manuelle ; la nature constitue une réalité à investir. Pour Thiébaut
(1985, 1), du groupe Scouts de France d’Obernai, le scoutisme ne peut
d’ailleurs s’écrire, « se raconter » que partiellement : il est avant tout « vécu », dans la nature, lors des sorties et des camps, en équipe. S’appuyant
sur la spécificité des mises en jeu du corps qu’impliquent la randonnée et la
philosophie de l’aventure qu’elles entretiennent, les organisations scoutes de
tous bords choisissent les montagnes et les forêts vosgiennes pour socialiser
la jeunesse ; par-delà leurs divergences profondes (dimension spirituelle),
elles articulent toutes leurs pédagogies autour de la nature et de l’exercice
physique. La troupe Scouts de France de Colmar monte aux Trois-Epis ou au
Petit-Ballon pour se réunir et célébrer des messes
[26] ; les Eclaireurs Unionistes de
Strasbourg se retrouvent dans la vallée de Munster pour de grands jeux de
piste
[27]. Les
Eclaireurs Israélites, eux, « faisaient pas mal de marche, également un peu de
natation […], ils organisaient beaucoup de jeux »
[28]. Les sorties dans la nature, les
week-ends en montagne sont « l’occasion de parler du judaïsme »
[29] ; ils deviennent des
moments intenses de rassemblement de la communauté israélite. Outre ces sorties
ponctuelles, le camp d’été dans les Vosges ou le Jura Alsacien constitue
l’activité culminante de ces groupes. Chez les Scouts de France, le premier
camp provincial a lieu en 1923 à Sewen
[30] ; on en recense à partir de cette date au moins un
par an dans les différentes troupes alsaciennes. Véritables écoles de
caractère, empreints d’une forte tonalité spirituelle (« Au camp on ne commet
pas de péché »), ils constituent pour les responsables un « point fort de la
formation […] des garçons » (Sigwarth, 1991, 18). Chez les Eclaireurs
Unionistes, les camps donnent l’occasion de randonnées, de jeux de piste
(Baubérot, 1997, VIII), de marches à la boussole. Par le travail intérieur que
ces activités impliquent, les camps sont pour chaque enfant des « moments de
rencontre uniques avec Dieu »
[31].
L’orientation vers le plein air est également fondamentale
dans les Auberges de Jeunesse. Le mouvement ajiste, qui prend son ampleur avec
le Front Populaire, marque le désir de rompre avec la vie sédentaire citadine
par un romantisme anti-industriel, une idéologie d’une vie affranchie des
conventions et un certain goût du voyage. La marche dans la nature s’affirme
comme indispensable au développement intellectuel et moral de l’homme. Dans ce
cadre, l’espace vosgien est particulièrement propice à l’implantation
d’auberges. De nombreux refuges voient le jour à partir de 1932 : l’auberge de
la Vogesia, puis celles de la Wormsa, du Grand Ballon ou de Barembach
permettent aux jeunes Alsaciens, déjà familiarisés au tourisme pédestre dans
les Vosges par l’impact sur les mentalités d’associations telles que le Club
Vosgien, les Amis de la Nature (Richez & Strauss, 1987), de passer une nuit
en montagne.
Le développement du mouvement scout à partir du début des
années 1920 illustre parfaitement le goût de l’air et de l’effort qui
caractérise les courants pédagogiques de l’après-1918. Colonies de vacances et
ajisme participent à cette tendance en valorisant l’espace naturel comme lieu
de socialisation et en privilégiant l’exercice physique. Qu’en est-il pour les
cercles paroissiaux et les mouvements de l’action confessionnelle spécialisée
qui eux, ne se définissent pas fondamentalement par un rapport privilégié à
l’espace naturel ? Il semble que si la valorisation de la nature n’est pas un
objectif prioritaire de ces organisations, le recours à des pratiques intégrant
l’espace naturel et l’exercice physique comme lieu et mode de sociabilité
s’impose pourtant peu à peu comme un moyen au service de leurs
finalités.
4.2.2. Le plein air et l’exercice physique au service de finalités
spirituelles ou militantes
Les cercles paroissiaux ont globalement gardé au début des
années 1920 un fonctionnement homologue à celui qui était le leur avant 1918.
Mais progressivement, leurs activités se renouvellent, en rapport avec
l’évolution de la société alsacienne. En particulier, les premières équipes de
basket-ball apparaissent en 1919 dans des cercles catholiques des environs de
Strasbourg et de Mulhouse (Godin, 1994). L’intérêt du clergé pour ces pratiques
révèle une évolution de la catéchèse : il s’agit de compléter par ces «
activités de loisir »
[32] la formation religieuse et morale des jeunes. Dans
cette perspective, les premiers pèlerinages et excursions sont aussi organisés
dans les Vosges. Le rapport de 1930 de l’Office Central des Œuvres
d’Enfants
[33], qui
gère le fonctionnement des cercles catholiques, insiste sur la nécessité de « ne pas laisser périr le corps et l’âme » des enfants. Le « recours à la nature » est avancé comme un moyen efficace pour lutter contre ce dépérissement. Le
départ dans la nature se répand aussi largement dans les cercles protestants.
Les temps de réflexion dominent la vie de ces cercles : au groupe UCJG du Fossé
des Treize de Strasbourg, le mercredi est consacré exclusivement « aux études
bibliques, le dimanche aux réunions »
[34]. Une volonté nette se ressent
cependant, dans les discours des responsables, d’encourager des activités
prenant appui sur l’éducation physique en plein air
[35]. L’espace naturel est en fait pour les
différents cercles confessionnels de l’entre-deux-guerres un lieu nouveau de
sociabilité où s’expriment des volontés de préservation et surtout d’éducation
morale et religieuse. L’exercice physique et le plein air font donc leur entrée
dans les pratiques de sociabilité de ces groupes au début des années 1920 dans
l’espoir de retombées spirituelles. La marche et les jeux sportifs sont ici des
supports pédagogiques privilégiés.
Au plan des sociabilités proposées aux jeunes, les
mouvements de l’action catholique spécialisée prennent une place particulière
du fait de la spécificité de leurs finalités. Le but de ces « organisations de
milieux » est prioritairement une action militante (Fabre, 1994). Par
opposition au jeu scout notamment, jugé puéril, elles développent une « pédagogie de l’enquête » : les actions menées dans le cadre de la ligne de
conduite « Voir, juger, agir » ont pour objectif d’améliorer les conditions de
vie des jeunes, en même temps qu’elles proposent une moralisation de la
société. Peu importante jusqu’en 1936, la valorisation de la nature est mêlée à
l’action militante avec la rupture sociale du Front Populaire : on assiste au
sein de la JOC, de la JAC et de la JEC à l’avènement de nouvelles conceptions
du temps libre en parallèle de l’apparition des congés payés. A coté du travail
à l’usine pour le jociste, les « loisirs sains et éducatifs » constituent une « richesse inestimable » ; ils permettent une « amélioration de la qualité de vie », contribuent au « développement de la personnalité de chacun »
[36]. Les excursions en vélo
ou à pied « permettent de découvrir l’Alsace » ; le sport, « pratiqué avec
mesure, raffermit le corps »
[37]. Le premier camp de vacances jociste a lieu du 12 au
14 juillet 1936 à Reichshoffen, dans la région de Niederbronn-les-Bains. Ses
participants découvrent, pour beaucoup, leur première plage au Lac de Hanau.
Dans les campagnes, la JAC favorise aussi le départ dans la nature : il s’agit
de faire sortir les jeunes de leurs villages dans la perspective d’un
enrichissement culturel
[38]. Les groupes JEC, eux, organisent des excursions en
poursuivant l’objectif d’un « épanouissement des lycéens et étudiants »
[39]. En fait, la valorisation
de la nature prend des allures différentes selon les mouvements mais devient
néanmoins, après 1936, un élément essentiel des temps libres du jeune pour la
JOC, la JAC et la JEC alsaciennes.
4.2.3. Valorisation de la nature et des pratiques corporelles : un
phénomène transversal
L’analyse des pratiques pédagogiques mises en place au sein
des mouvements de jeunesse de l’entre-deux-guerres conduit à une observation
centrale pour notre recherche. Nous relevons effectivement un processus commun
aux différentes organisations traitées : l’avènement de modes de sociabilité
originaux trouvant leurs fondements dans des rapports privilégiés à la nature,
amenant au départ fréquent dans les montagnes et forêts vosgiennes et
impliquant en parallèle le développement de l’exercice physique comme support
pédagogique prioritaire. Ce phénomène est plus ou moins net selon les
organisations ; il se manifeste à des degrés divers et de manière différenciée.
Pour certaines, le départ dans la nature et l’exercice physique sont des
objectifs en soi (Auberges de Jeunesse notamment) ; pour d’autres, ce sont des
moyens au service de finalités spirituelles ou militantes (mouvements de
l’action confessionnelle spécialisée). Mais pour toutes les organisations
traitées, valorisation de l’espace naturel et développement de pratiques
corporelles originales (randonnées, jeux collectifs sportifs en particulier) se
repèrent dans les activités hebdomadaires. Les politiques sociales et
culturelles du Front Populaire, qui mystifient le plein air, amènent le
phénomène à un point paroxystique : entre 1936 et 1939, l’ensemble des
organisations alsaciennes sont concernées et mettent en place à leur manière
ces orientations éducatives.
On peut donc à ce point de la recherche avancer, pour la
période de l’entre-deux-guerres, l’idée d’une relative transversalité de la
valorisation de l’espace naturel et de certaines pratiques corporelles pour
l’encadrement des jeunes des organisations. Nous cherchons maintenant à
appréhender les significations de cette mutation des préoccupations et
initiatives socio-éducatives pour ces jeunes. Il s’agit de comprendre les
transformations et les ruptures que la diffusion de ces nouvelles pratiques a
engendrées dans leurs quotidiens.
4.3. Plein air, pratiques corporelles et vie quotidienne
Les mouvements de jeunesse consacrent des modes de
sociabilité dans lesquels la jeunesse trouve des espaces communautaires et des
pratiques spécifiques qui lui conviennent. Car si ces organisations
apparaissent légitimes au point de vue des parents du fait de projets éducatifs
et idéologiques précis, les jeunes semblent par contre y rester pour d’autres
raisons, en particulier parce qu’ils trouvent le moyen d’y satisfaire un désir
nouveau de camaraderie et de sociabilité (Prost, 1982). Ces sociabilités sont
différentes de ce qu’ils connaissent. Les responsables, pour attirer les
jeunes, inventent par exemple des stratégies éducatives et des formes
d’encadrement différentes de celles de l’école, parfois contraires. La figure
de l’aîné fraternel qui conduit le groupe au lieu du maître, la constitution de
petites équipes égalitaires, soudées dans une action commune, émergent par
contraste avec l’autoritarisme et l’individualisme scolaire. L’importance
accordée au plein air et l’insistance sur l’exercice physique, l’effort et la
volonté se dressent face au renfermé de la classe et aux tâches
intellectuelles. En rupture aussi avec les formes classiques d’encadrement
familial et paroissial, la vie en équipe, dans la nature, suivant des pratiques
corporelles originales, constitue donc une découverte fondamentale pour les
jeunes Alsaciens de l’entre-deux-guerres. Parce que ces mouvements se « vivent
au quotidien », les sociabilités qui y sont proposées ont des répercussions sur
les manières de vivre et les comportements. L’appartenance à l’une des
organisations suppose effectivement un engagement temporel important, l’idée
étant de vivre selon les principes du groupe, bien sûr à l’occasion de
rencontres ponctuelles, mais surtout dans la vie de tous les jours, pour avoir
une action sur le milieu de vie (JOC, JAC, JEC), pour aider l’autre
(scoutisme), pour développer des pratiques communautaires libertaires (ajisme),
pour vivre sa foi au quotidien (cercles paroissiaux).
Porteuses de pratiques de sociabilité inédites, ces
organisations constituent des formes inédites de regroupement, aux objectifs et
méthodes originales, dans lesquelles les jeunes occupent une place centrale,
prennent des décisions, font des choses eux-mêmes ou en tous cas ont l’illusion
de faire des choses eux-mêmes. Car pour autant, les adultes ne s’effacent pas
de ces structures : ils y occupent une place nouvelle, moins apparente mais
tout aussi déterminante.
5. Usages du plein air et des pratiques corporelles
Le dernier aspect de notre recherche consiste à analyser les
stratégies des éducateurs. L’étude des pédagogies mises en œuvre et des
sociabilités est en effet un moyen efficace pour révéler les enjeux de la
mobilisation de la jeunesse.
5.1. Le départ dans la nature comme base éducative
Les pédagogues des différentes organisations trouvent dans le
recours à la nature une base éducative. Partir dans les montagnes vosgiennes,
c’est soustraire le jeune à l’influence de la famille, l’isoler de ses
habitudes pour mieux l’éduquer. C’est aussi une occasion de découvrir de
nouvelles pratiques corporelles : en culottes courtes, les manches retroussées,
le corps exposé aux intempéries, on attend des confrontations avec la nature
qu’elles rendent débrouillard, « g’schickt » en alsacien. La lenteur de la
randonnée, outil pédagogique privilégié, et l’effort qu’elle demande permettent
un détour sur soi, un contact avec la verticalité et l’immensité, une ascèse
qui invite à réfléchir (Rauch, 2001). La longueur et la difficulté de la marche
entretiennent une certaine mythologie : en 1938, lors du camp des Scouts de
France de Colmar au Châtelard en Haute-Savoie, une messe est célébrée au sommet
de l’Arcalod (2220 mètres d’altitude), après 5 heures de marche rendues
particulièrement difficiles par le passage en couloirs sur des dalles
glissantes (Sigwarth, 1991). Ces sociabilités sont une initiation à de nouveaux
modes de vie. Précisons notre pensée : pour l’ensemble des organisations de
jeunesse alsaciennes de l’entre-deux-guerres, partir dans la nature, en camp
notamment, c’est provoquer un dépaysement. La découverte du « dehors » et d’un
« ailleurs » par la marche et par l’activité physique signifie le passage d’un
monde familier à de nouveaux espaces de sociabilité, parfois étranges. En cela,
ces organisations attirent. Mais au-delà, le « dépaysement » favorise surtout
certains « enracinements » (Rauch, 2001, 71). Aux sociabilités juvéniles
hasardeuses, le camp, la colonie ou l’auberge substituent des sociabilités
aménagées dans des lieux et des temps contrôlés. Dans la vie quotidienne de ces
collectivités, l’organisation communautaire remplace pour un temps les
principes imposés par une autorité familiale ou religieuse que les jeunes
n’acceptent pas forcément. Satisfaits dans leurs aspirations, ils sont alors
disposés à recevoir de manière indirecte l’action éducative des dirigeants.
Pour ceux-ci, le choix des activités, des randonnées et des jeux doit
familiariser le jeune à certaines valeurs ; il guide un apprentissage
particulier. Ces pratiques visent à discipliner le corps, à codifier des
comportements, à inculquer une morale.
5.2. Relations à l’espace naturel, mises en jeu du corps : des usages
qui se déclinent
Les dispositifs éducatifs mis en place dans ce cadre sont
précis et spécifiques à chaque organisation ; ils se déclinent selon des
modalités différentes que nous pouvons parcourir. La valorisation de la nature
des ajistes (pour qui la nature est l’école de la liberté), n’est par exemple
pas la même que celle des UCJG (l’espace naturel est lieu de partage et de
spiritualité évangélique, les camps d’été demandant un travail intérieur
intense pour une démarche personnelle vers Dieu) ou des jécistes (les
différents programmes annuels de la JEC alsacienne montrent que le départ dans
la nature n’est pas tant l’occasion de se couper du monde que de s’en éloigner
pour y réfléchir et marquer une volonté de le transformer). De la même manière,
les usages de la nature des Scouts de France ne sont pas ceux des Eclaireurs
Unionistes : pour les scouts catholiques, la nature est un lieu où prend place,
de manière formelle, une formation religieuse. On y fabrique des autels, on y
célèbre des messes. Lors du camp de la vallée de Masevaux en 1923, au
Stieracker, le dressage de l’autel et
la messe en plein air, la solennité du moment, l’impression d’une totale
harmonie avec la nature qu’accentue la « synchronisation des gestes de tous les
prêtres durant l’élévation », laissent des « souvenirs impérissables » chez les
anciens Scouts de France de Guebwiller
[40]. Pour les Eclaireurs Unionistes, la nature ne peut
pas être ce décor. Il n’est pas nécessaire de provoquer une mise en scène pour
célébrer une messe puisque les principes de la vie dans la nature, des
randonnées, impliquent en eux-mêmes une spiritualité
[41]. Sans aller plus loin
dans les illustrations, retenons que, si toutes les organisations de jeunesse
traitées axent leurs activités sur le départ dans la nature, elles ne partent
cependant pas de la même manière dans la nature, ne sollicitent pas les mêmes
mises en jeu du corps. En d’autres termes, si les mouvements de jeunesse «
parlent un peu tous la même langue, elle est modulée en des discours et des
intonations différentes » (Fabre, 1994, 21). Cette diversité nous paraît
signifiante : à travers elle, ce sont des questions éminemment politiques, de
concurrence confessionnelle, qui s’expriment.
5.3. Le reflet d’enjeux de mobilisation
Le phénomène de valorisation de la nature et de développement
de pratiques corporelles originales qui l’accompagne est un dénominateur commun
à toutes les organisations traitées. Ce processus se manifeste sur des modes
différenciés, l’espace naturel étant investi de conceptions éducatives
différentes. Cette multiplicité d’usages a du sens : la pluralité repérée est
révélatrice d’enjeux de mobilisation dans lesquels la nature a un rôle
privilégié à jouer. Les systèmes éducatifs mis en place apparaissent sous un
jour puissamment mobilisateur : dépaysant les jeunes, leur proposant des
activités inédites, les organisations les attirent tout en les intégrant dans
un cercle d’obligations strictes. Le rôle des chefs est ici premier : le père
Forestier, Aumônier Général des Scouts de France, leur adresse dans un article
au titre particulièrement révélateur (« Travailler dans le secret de Dieu ») un
message quant aux pédagogies à mettre en place : « C’est à vous, discrètement,
de faire prendre conscience à vos scouts ce qui est important pour eux […], de
les amener à une conclusion pratique. Le début de la sortie de troupe ou la
rentrée sont des moments favorables. Quelques-uns des bonshommes d’une
patrouille marchent autour de vous. On parle sans masques, sans réticences,
cœur à cœur. C’est le moment de semer le bon grain »
[42]. Bien sûr, cette
proposition de formation ne se retrouve pas au même degré dans les autres
organisations alsaciennes. Néanmoins, pour chacune d’elles, selon des modalités
diversifiées, le jeu dans la nature, les rôles confiés aux jeunes, mobilisent
les imaginaires et mettent en scène une vie nouvelle qui apparaît pour un temps
comme une « fiction vraie ». Pour Daniel Denis (2000, 21), cette ruse mène à
des « résultats infiniment supérieurs à ceux des programmes conventionnels
d’éducation […] ». En fait, exploitant les aspirations des jeunes de
l’entre-deux-guerres, les éducateurs sont en mesure de transmettre les valeurs
essentielles que véhiculent les diverses idéologies en présence. Alors, il nous
semble possible de dire que les instances confessionnelles cherchent à
renforcer leurs positions par la mise en place de ces instruments de
mobilisation et d’éducation : le propre des inventions pédagogiques relevées
est effectivement de suggérer, sous des formes plus ou moins enjouées, des
idées implicites au plan politique (Tétard, 1986). Les usages de la nature et
des pratiques corporelles qui y prennent place servent en ce sens des enjeux
politiques profonds : ils sont au centre des enjeux interconfessionnels de
contrôle et de formation de la jeunesse.
L’entre-deux-guerres peut être considéré en Alsace comme une
période privilégiée pour les organisations qui prennent en charge la jeunesse.
Période de mutations importantes par rapport aux pratiques éducatives et aux
idéologies de l’avant-guerre, elle se caractérise effectivement par un essor
considérable et un renouvellement des structures de l’éducation populaire : la
plupart des formes modernes d’organisations de jeunesse à caractère éducatif
voient le jour ou se transforment en profondeur dans cette période. L’essor des
mouvements de jeunes s’intègre dans une réalité sociale et culturelle qui
favorise, en corrélation avec le développement de la scolarisation et les
problématiques interconfessionnelles, l’épanouissement d’une tendance éducative
dans le domaine non-scolaire de l’encadrement des enfants et des adolescents ;
il engage aussi à la reconnaissance de la jeunesse en tant qu’entité sociale et
culturelle spécifique et distincte.
Au sein des patrouilles scoutes, des organisations de l’action
confessionnelle spécialisée ou des groupements ajistes, une partie importante
de la jeunesse alsacienne se rassemble et découvre des pratiques inédites de
sociabilité. Nous avons interrogé dans notre étude les pédagogies proposées au
sein de ces structures, les conceptions des responsables et la manière dont les
jeunes ont vécu cet encadrement. La valorisation de la nature en tant qu’espace
de sociabilité émerge de manière relativement transversale à toutes les
organisations traitées ; ce processus s’accompagne de l’avènement de la
randonnée et d’autres pratiques corporelles spécifiques (jeux sportifs
collectifs et pratiques d’« aventure » notamment) comme supports pédagogiques
prioritaires. En fait, il se crée progressivement pour la jeunesse des
organisations un mode de sociabilité juvénile particulier, significatif de la
période, par l’intermédiaire de représentations de la nature et du corps
inédites. Les dispositifs éducatifs mis en place dans ce cadre sont cependant
bien spécifiques à chaque organisation ; ils se déclinent selon des modes
différenciés de l’une à l’autre. Cette diversité reflète des questions
politiques de concurrence confessionnelle.
La démarche entreprise permet d’appréhender les spécificités
alsaciennes de la structuration du réseau associatif d’encadrement de la
jeunesse ; ce regard est historiquement et sociologiquement porteur. La
réflexion amène effectivement à comprendre par le local une mouvance
socioculturelle qui concerne l’ensemble de la société française, entendons
l’avènement, pour les jeunes Français des années 1920-1930, de nouveaux modes
de vie, d’espaces et temps de sociabilité spécifiques, de nouvelles conceptions
de la communauté, de pratiques corporelles originales, de rapports au plein air
et à l’exercice physique inédits. Elle enrichit à sa manière l’analyse des
questions de la jeunesse et des associations en France. En ce sens, elle
constitue une contribution à l’histoire locale, mais aussi, dans une optique
comparative, à l’histoire politique, sociale et culturelle nationale.
Archives Départementales du Bas-Rhin
(AD BR)
- Fonds du Commissariat Général de la République
- Séries AL.121.541, AL.121.542-545 :
Associations
- Série AL.121.826 : Colonies de vacances
- Archives des administrations
- Série D.41.2800 : Auberges, arr. de
Wissembourg
- Série D.617 : Jeunesse et Tourisme : revue
Départ ; subventions aux activités
culturelles
- JOC, JEC, JAC, scoutismes (autorisation de la Direction
Nationale des Archives de France)
- Séries D.659.54, D.659.55, D.659.56, D.679.123,
D.659.49
Archives de l’Evêché de Strasbourg
(AES)
- ORDO (calendriers liturgiques), 1871-1939
-
Bulletin Ecclésiastique de
Strasbourg
- Comptes-rendus des réunions du Conseil Social : janvier
1931-décembre 1932
- Office Central des Œuvres d’Enfants du Diocèse de
Strasbourg, rapports 1930, 1931 et 1933
Archives du Directoire de l’Eglise de
la Confession d’Augsbourg d’Alsace-Lorraine (ADir ECAAL)
- Annuaires des Eglises Protestantes d’Alsace-Lorraine,
1871-1939
Archives du Tribunal d’Instance de
Strasbourg (ATIS)
- Registre des associations, 1910-1959 : statuts des
associations
Archives internes
d’organisations
- Archives des UCJG-F, 1924-1932
- Procès-verbaux de réunions ; comptes-rendus des réunions du
Comité du Groupe ; comptes-rendus des réunions des Délégués
- Archives Municipales de Strasbourg (AMS) : archives de la
Province d’Alsace des Scouts de France
- Historiques locaux ; calendriers ; annuaires ; revues
régionales et nationales
Périodiques d’informations
générales
-
Dernières Nouvelles de
Strasbourg, Le Juif, La Tribune Juive
Correspondances,
témoignages
- M. et Mme
Meyer-Moog, correspondances : 23 mars 2000, 7 mai 2000
- M. Ruch, témoignage : 12 avril 2000
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1850-1950. Paris, Hachette.
[*]
e-mail :
jul. fuchs@ voila.
fr
[1]
Malgré la place grandissante qu’occupent les laïcs à la tête de
différentes organisations confessionnelles, les mouvements laïcs à proprement
parler (la Ligue de l’Enseignement, les Eclaireurs de France…) ne sont pour la
plupart que des organisations mineures en Alsace.
[2]
AES. ORDO, 1915.
[3]
ADir ECAAL.
Evangelischer
Kirchenkalender für Elsass-Lothringen, 1901 et 1915.
[4]
AD BR. AL.121.826. Statuts des colonies de vacances de Colmar,
20 janvier 1898.
[5]
AES. Colonies de vacances, Strasbourg. Historique, 1884-1920,
section catholique. Manuscrit, non daté.
[7]
Loi d’Empire du 19 avril 1908 ; Ordonnance ministérielle du 22
avril 1908 pour l’application de la loi d’Empire du 19 avril 1908. Après 1918 :
articles 21 à 79 du Code Civil local. Ces dispositions législatives ont
favorisé les initiatives associatives, leur donnant un support législatif
stable.
[8]
Selon les recherches de
Wackermann (1982), il n’est pas rare de
dénombrer 12 à 15 associations par village de 1000 à 1200 habitants, sans
parler des traditionnelles fanfares, chorales… non constituées officiellement.
Dans les petites villes d’arrondissement, on ne compte jamais moins de 20 à 25
associations. Selon cet auteur, on peut estimer en 1914 que 2 personnes sur 10
sont membres d’une association dans les villages et 4 à 5 sur 10 dans les
villes.
[9]
Selon le Code Civil local, les associations alsaciennes y
déclarent leurs statuts.
[10]
Si celles des mouvements catholiques sont pour la plupart
concentrées aux Archives de l’Evêché de Strasbourg, aucune centralisation
n’existe par contre pour les mouvements protestants : chaque organisation
conserve en interne son propre fonds d’archives, les responsables se partageant
en général les documents les plus précieux de la mémoire de l’organisation.
Seules des démarches informelles nous ont permis d’accéder à plusieurs de ces
fonds, qui contiennent l’âme et la vie de l’association, le récit de ses
activités (sorties de week-end et camps d’été notamment), les photos les plus
riches en signification…
[11]
Les archives de ces organisations, les journaux et bulletins de
la hiérarchie israélite, ne se retrouvent effectivement ni dans les
associations encore existantes ni au Consistoire Israélite du Bas-Rhin ; la
majorité d’entre elles ont été brûlées dans l’incendie de la Synagogue de
Strasbourg par les nazis durant la Seconde Guerre Mondiale. La consultation des
journaux
La Tribune Juive et
Le Juif s’est en ce sens avérée
incontournable.
[12]
La mémoire est la vie ; portée par des agents sociaux, elle est
représentation affective du passé. En ce sens, la mémoire est toujours « suspecte » pour l’historien dont la mission est de la confirmer ou de
l’infirmer.
[13]
AES. ORDO, 1928.
[14]
Notre propos s’appuie ici notamment sur les remarques
concernant les mentalités alsaciennes à la sortie de la Grande Guerre et les
difficultés de la « réintégration française » que Philippe
Husser nous livre dans son journal
(1989).
[15]
ADir ECAAL.
Evangelischer
Kirchenkalender für Elsass-Lothringen, 1921 et 1924.
[16]
AES. ORDO, 1927 et 1932.
[17]
La Tribune Juive, 13
décembre 1929, 20 décembre 1929, 3 janvier 1930.
[18]
AES. ORDO, 1933, 1937 et 1939.
[19]
AD BR. AL.121.541. Archives du Club Vosgien.
[20]
AES. Télégramme envoyé par le Chanoine Cornette à destination
de M
gr Ruch, 2 août
1924.
[21]
AES.
Bulletin Ecclésiastique de
Strasbourg, 15 octobre 1929.
[22]
AD BR. AL.121.826. Requête de M. Kirch, président de
l’Association Générale d’Alsace-Lorraine des colonies de vacances.
[23]
AES. Colonies de vacances, Strasbourg. Historique, 1884-1920,
section catholique, op.cit.
[24]
AES. Direction Générale des Œuvres d’Enfants. Compte-rendus des
réunions du Conseil Social, 19 décembre 1932.
[25]
AD BR. AL.121.826. Photos : Préventorium de Marbach, colonie de
vacances de Thierenbach, de Climbach.
[26]
AMS. Archives de la Province d’Alsace des Scouts de France.
Invitations, affiches et programmes des fêtes de troupe, Colmar, 1931,
1933.
[27]
Archives des UCJG-F d’Alsace-Lorraine. Compte-rendus des
réunions du Comité du Groupe, 1924-1932.
[28]
M. et M
me
Meyer-Moog, correspondance, 7 mai
2000. M
me Meyer-Moog a
appartenu aux Eclaireurs Israélites alsaciens dès la fin des années 1930. M.
Meyer-Moog est très impliqué dans le mouvement depuis la fin de la Seconde
Guerre mondiale.
[30]
AMS. Archives de la Province d’Alsace des Scouts de France.
Chronologie, 1922-1940.
[31]
Archives des UCJG-F d’Alsace-Lorraine. Intervention de M.
Christen, compte-rendu de la réunion
des délégués du 8 février 1925.
[32]
AES. Office Central des Œuvres d’Enfants du Diocèse de
Strasbourg, rapport 1931.
[33]
AES. Office Central des Œuvres d’Enfants du Diocèse de
Strasbourg, rapport 1930.
[34]
M.
Ruch, témoignage,
12 avril 2000. M. Ruch appartient au cercle UCJG du Fossé des Treize
(Strasbourg-centre) depuis 1936.
[35]
Archives des UCJG-F d’Alsace-Lorraine. Procès verbaux de
réunions, 1924-1932.
[36]
Programme annuel de la JOC, 1937-1938.
[37]
Programme annuel de la JOC, 1938-1939.
[38]
AD BR. D.659.54-56. Archives de la JAC.
[39]
ATIS. Déclarations de statuts de la JEC.
[40]
AMS. Archives de la Province d’Alsace des Scouts de France.
Historique des Scouts de France de Guebwiller, 1922-1987.
[41]
Archives des UCJG-F d’Alsace-Lorraine. Comptes-rendus des
réunions du Comité du Groupe, 1924-1932.
[42]
AMS. Archives de la Province d’Alsace des Scouts de France.
Le Chef, n° 164, juin 1939.