2003
STAPS
Rapport de recherche
Judo, agressivité et maîtrise de la colère : étude longitudinale
chez des enfants de 8 ans
Éric Reynès
Jean Lorant
[*]
Laboratoire Sport et Régulations Sociales - Université de
Nice Sophia-Antipolis UFR STAPS - 261, route de Grenoble - B.P. 3259 - 06205
NICE CEDEX 3
L’objet de cette étude est de mettre en évidence l’effet de deux
ans de pratique du judo sur l’agressivité et la maîtrise de la colère d’enfants
de huit ans. Soixante enfants (18 judokas et 42 enfants ne pratiquant pas un
sport de combat oriental) ont rempli le questionnaire d’agression de Buss &
Perry (1992) pendant trois ans, à raison d’une fois par an. Les résultats font
ressortir que la pratique du judo s’accompagne d’un effet bénéfique sur les
deux variables étudiées uniquement pour les filles. Les résultats obtenus chez
les garçons ne confortent pas la thèse de la diminution d’agressivité et de
l’amélioration de la maîtrise de la colère communément attachées à ce type de
pratique. La distinction entre les garçons les plus agressifs et les garçons
les moins agressifs au moment de leur inscription met en évidence que ces
derniers montrent une moindre capacité à se maîtriser. L’augmentation de
l’estime de soi souvent présentée comme un des effets liés à la pratique des
sports de combat orientaux, et l’affirmation d’un statut sexuel masculin
pourraient être de nature à expliquer ce phénomène.
Mots-clés :
judo, agressivité, colère, enfant, étude longitudinale..
The aim of this survey was to show the effect of two years of
judo practice on the aggressiveness and the self-control of eight year old
children. Sixty children (18 judokas and 42 children not practicing an oriental
combat sport) completed the Buss and Perry’s aggression questionnaire (1992)
during three years, once a year. Results show that the practice of the judo
goes with a beneficial effect on the two studied variables only for the girls.
Results obtained on boys do not support the hypothesis of the decrease of
aggressiveness and the improvement of the self-control commonly attached to
this type of practice. Distinction between the most and the least aggressive
boys at the time of their enrolment shows that these last ones demonstrate a
lesser capacity of self-control with practice. The increase of the self-esteem
which is often reported as one of the effects linked to the practice of
oriental combat sports, and the assertion of a male sexual status could explain
this phenomenon.
Keywords :
judo, aggressiveness, self-control, child, longitudinal study..
Ziel dieser Studie ist es, die Wirkung von 2 Jahren Judopraxis
auf die Aggressivität und die Beherrschung des Zorns bei 8jährigen Kindern
aufzuzeigen. 60 Kinder (18 Judokas und 42 Kinder, die keinen orientalischen
Kampfsport betrieben haben) füllten einmal pro Jahr über 3 Jahre den
Aggressionsfragebogen von Buss & Perry (1992) aus. Die Resultate zeigen,
dass die Judopraxis nur bei den Mädchen einen positiven Effekt auf die 2
untersuchten Variablen hat. Die Ergebnisse bei den Jungen bestätigen hingegen
nicht die These der Aggressivitätsverminderung und die Verbesserung der
Zornbeherrschung, die in der Regel dieser Art von Praxis zugeschrieben wird.
Eine Differenzierung zwischen den aggressivsten und den am wenigsten
aggressiven Jungen zum Zeitpunkt ihrer Anmeldung, zeigt, dass die letzteren
eine geringere Fähigkeit zeigen sich zu beherrschen. Die Erhöhung des
Selbstbewusstseins, die oft als ein Effekt der Praxis orientalischer
Kampfsportarten angeführt wird, und die Bestätigung des Männlichkeitsstatus
könnten diese Phänomen erklären.
Schlagwörter :
Judo, Aggressivität, Zorn, Kind, Längsschnittstudie..
L’oggetto di questo studio è evidenziare l’effetto di due anni di
pratica del judo sull’aggressività ed il controllo della collera in bambini di
otto anni. Sessanta bambini (18 judokas e 42 bambini non praticanti uno sport
di combattimento orientale) hanno riempito il questionario d’aggressione di
Buss & Perry (1992) durante tre anni, in ragione di una volta all’anno. I
risultati fanno emergere che la pratica del judo è accompagnata da un effetto
benefico sulle due variabili studiate unicamente per le bambine. I risultati
ottenuti nei bambini non confortano la tesi della diminuzione dell’aggressività
e del miglioramento del controllo della collera comunemente collegati a questo
tipo di pratica. La distinzione tra i bambini più aggressivi ed i bambini meno
aggressivi al momento della loro iscrizione evidenzia che questi ultimi
mostrano una minore capacità a controllarsi. L’aumento della stima di sé,
spesso presentato come uno degli effetti legato alla pratica degli sport di
combattimento orientali, e l’affermazione di uno statuto sessuale maschile
potrà essere in grado di spiegare questo fenomeno.
Parole chiave :
aggressività, bambino, collera, judo, studio longitudinale..
El objetivo de este estudio, es poner en evidencia el efecto de
dos años de práctica del judo sobre la agresividad y el control de la ira en
niños de 8 años. Sesenta niños (18 judocas y 42 niños que no practican un
deporte oriental) completaron un cuestionario sobre la agresividad de Buss y
Perry (1992) durante tres años, una vez por año. Los resultados indican que la
practica del judo tiene efectos benéficos en dos variables estudiadas
únicamente en las niñas. Los resultados en los niños no permiten determinar si
la agresividad disminuye y mejora el dominio de la ira. La distinción entre los
niños más agresivos y los niños menos agresivos ponen de manifiesto en estos
últimos una menor capacidad de control. El aumento del autoestima siempre es
presentado como uno de los defectos relacionados en la práctica de los deportes
de ambiente oriental, como la afirmación del estatus sexual masculino, esto
puede explicar este fenómeno.
Palabras claves :
judo, agresividad, ira, niños, estudio longuitudinal..
Le sport, comme toutes les activités humaines, a eu et a
toujours ses inconditionnels défenseurs, et ses fervents détracteurs. Aussi,
comme le souligne Thomas (1989), les différentes études portant sur l’influence
du sport sur la socialisation ou les différents auteurs qui se sont prononcés
semblent diverger sensiblement sur l’effet réel de la pratique sportive soit en
vantant ses vertus, soit en dénonçant ses effets pervers. Toujours est-il que
pour le sens commun, le sport participe à l’apprentissage d’attitudes et de
valeurs socialement souhaitables (Conseil de l’Europe, 1995) et que les
compétences sociales acquises dans la pratique sportive se veulent être
automatiquement transférables à la vie sociale, faisant ainsi du sport un agent
fondamental de socialisation (Parisot, 1991, 41). Aussi, le sport est-il bien
souvent considéré comme la panacée pour régler les problèmes d’intégration et
de petite délinquance (Clément, 1995 ; Conseil de l’Europe, 1995 ; Feldman,
1997 ; Lacombe, 1995 ; Sugden & Yiannakis, 1982), notamment en ce qu’il
substituerait le relâchement anarchique et socialement préjudiciable des
pulsions agressives des individus à un relâchement contrôlé au sein d’une
activité réglementée, et qui plus est apprendrait à l’individu à respecter les
règlements. Cette croyance en l’effet cathartique du sport sur les
comportements d’agression est extrêmement prégnante pour le sens commun (Wann,
Carlson, Holland, Jacob, Owens & Wells, 1999), mais s’enracine dans une
conception hydrodynamique des mécanismes de l’agression rejetée
irrémédiablement par la communauté scientifique depuis plus d’une vingtaine
d’années, qu’elle soit ou non appliquée au sport (Bennett, 1991 ; Cataldi, 1980 ; Geen, Stonner & Shope, 1975 ; Leyens, 1977, 1979 ; Pfister, 1979, 1985 ;
Russell, 1993 ; Schilling, 1976).
A l’opposé, se référant à la théorie de l’apprentissage social
(Bandura, 1980), certains auteurs considèrent le sport comme un lieu
d’apprentissage des conduites agressives et comme un des principaux
responsables de la violence actuelle (Tandy & Laflin, 1973). En effet, si
le sport apprend à l’enfant à agir dans les limites d’un règlement, bien
souvent il lui est également appris à développer des stratégies de
contournement de ce règlement (Durand, 1987, 113-114) ce qui contribue sans nul
doute au développement d’une certaine permissivité vis-à-vis des règlements et
à une certaine tolérance à l’égard de la violation de la règle et de
l’agression dans sa composante instrumentale (l’agression réactive est quant à
elle beaucoup plus réprimée car elle constitue dans la pratique sportive un
obstacle à la performance – Pfister, 1987 ; Rauch, 1974 ; Santschi, 1985).
Notons à cet égard, que Bredemeier, Shields, Weiss & Cooper (1986, 1987)
mettent en évidence que les pratiquants de sports à forts contacts physiques
présentent un moindre raisonnement moral, une plus grande tolérance à l’égard
des comportements agressifs et sont eux-mêmes plus agressifs dans le cadre
sportif et dans la vie quotidienne que les pratiquants de sports de faible ou
de moyen contact. Toutefois, ainsi que le souligne Coakley (1994, 1979) il
n’existe aucune recherche démontrant que les comportements agressifs des
athlètes sont plus fréquents dans la vie quotidienne du fait de leur
investissement sportif.
De même que l’approche cathartique n’a pu trouver de validation
scientifique qui ne soit discutable, notamment en terme de protocole
expérimental, une application trop rigide de la théorie de l’apprentissage
social qui consisterait à établir une relation de causalité systématique entre
le fait de répondre agressivement et le fait de pratiquer une activité sportive
ne semble pas plus satisfaisante. Par exemple, Zillmann, Johnson & Day
(1974) montrent que les pratiquants de sports caractérisés par un haut niveau
de contacts physiques ne sont ni plus ni moins agressifs que des non-sportifs,
mais que tout comme les non-sportifs, ils sont plus agressifs que des
pratiquants de sports caractérisés par un faible niveau de contacts physiques,
infirmant ainsi à la fois la thèse cathartique et celle de l’apprentissage
social. Figler (1978) tentant d’apprécier lequel des deux modèles, de la
catharsis ou de l’apprentissage social, serait le plus à même de rendre compte
de la relation entre sport et agression arrivera à la même conclusion. De même,
Van Goozen, Frijda & Van de Poll (1984) montrent que les filles pratiquant
des sports dits agressifs ne se mettent pas plus facilement en colère que des
filles pratiquant des sports dits non agressifs.
Dans ce contexte, les sports de combat semblent devoir
cristalliser cette divergence de position quant à l’effet du sport sur les
comportements d’agression. En effet, dans la perspective de la théorie de
l’apprentissage social, ils apparaissent plus que toute autre activité comme un
facteur de développement des comportements d’agression dans la mesure où ils
offrent l’opportunité, à contre sens du procès de civilisation mis en avant par
Elias (1973, 1975), de transgresser un des interdits sociaux les plus prégnants
(Clément, 1981 ; Carrier, 1992 ; Santschi, 1993) qu’est le contact physique
dans une relation d’affrontement. D’un autre côté, s’il est bien des sports
ayant la réputation de faire acquérir à l’individu une meilleure maîtrise de la
colère et de ses impulsions agressives ce sont bien ces activités, et plus
particulièrement les sports de combat orientaux, à tel point qu’ils sont
pratiquement prescrits dans le cas d’enfants trop turbulents ou impulsifs
(Seegmuller, 1984) voire même dans le cas d’enfants psychotiques (Therme et
Raufast, 1993).
Si un consensus semble se dessiner dans se sens, des variables
telles que (1) le type d’enseignement, (2) le temps de pratique ou (3) le type
d’activité doivent néanmoins être considérées. Ainsi, concernant le type
d’enseignement, la pratique d’un sport de combat oriental de laquelle serait
exclue la composante philosophique au profit d’un aspect purement compétitif,
se traduit par un accroissement des comportements délinquants et des
comportements d’agression alors qu’un enseignement plus traditionnel dans
lequel cette composante serait présente s’accompagne d’une réduction de ces
types de comportements ainsi que d’une augmentation des habiletés sociales et
de l’estime de soi (Nosanchuk & McNeil, 1989 ; Trulson, 1986). Toutefois,
au-delà de l’aspect traditionnel en lui-même, cette variable semble devoir
prévaloir quelle que soit l’activité (Cataldi, 1980 ; Leith, 1983 ; Ryckman
& Hamel, 1995 ; Tenenbaum, Stewart, Singer, & Duda, 1996 ; Thirer,
1993).
Concernant le temps de pratique et le type de pratique, Trulson
(1986) rapporte les améliorations décrites ci-dessus après six mois
d’entraînement traditionnel en taekwendo, alors que Delva-Tauiliili (1995) ne
trouve pas de variations concernant le self-control et l’agressivité après deux
semaines et demie d’entraînement en aïkido. De même, Foster (1997) ne trouve
aucune variation concernant l’estime de soi, la colère et l’anxiété après dix
semaines d’entraînement en aïkido, mais met en évidence une réduction de
l’anxiété après dix semaines d’entraînement en karaté, et Pyecha (1970) montre
qu’après huit semaines d’entraînement, les sujets ayant fait du judo présentent
des caractéristiques pro-sociales plus développées (ils scorent plus haut que
les sujets ayant fait du handball ou du badminton au facteur A du 16 PF forme A
(Catell, 1962) : sociabilité, coopération, caractère agréable, gentillesse,
adaptabilité, confiance en autrui, chaleur, attention). Ces premières données
mettent en évidence que si effet bénéfique il y a suite à la pratique de ces
activités, il n’apparaît qu’après un temps minimum de pratique qui en outre
semble varier d’une activité à l’autre. De fait, la grande majorité des études
ont le plus souvent comparé pratiquants débutants et pratiquants confirmés, et
hormis Kroll & Carlson (1967) qui en utilisant le 16 PF forme A ne trouvent
pas de différences entre les niveaux de ceinture chez les karatékas, il se
dégage un consensus allant dans le sens d’un effet du niveau de pratique (en
terme de couleur de ceinture) ou le temps de pratique (en années) sur les
variables psychologiques ou comportementales mesurées. Ainsi, Nosanchuk (1981)
constate une réduction de l’agressivité, et une amélioration de l’estime de
soi, avec la pratique du karaté ; Richman & Rehberg (1986) trouvent que les
karatékas avancés (ceintures marrons et noires) sont plus indépendants et ont
plus confiance en eux que les débutants (ceintures blanches et jaunes) ;
Daniels & Thornton (1989) mettent en évidence chez les karatékas une
réduction de l’hostilité agressive mais une augmentation de l’agressivité
indirecte avec la pratique de l’activité, et pour les ju-jitsukas une réduction
de l’hostilité agressive et verbale avec la pratique de l’activité ; Nosanchuk
& McNeil (1989) montrent que dans les clubs où l’enseignement est
traditionnel il y a une diminution de l’agressivité avec le niveau de ceinture
; Skelton, Glynn & Berta (1991) trouvent pour leur part une moindre
agressivité chez les pratiquants de taekwondo les plus gradés, et Kurian,
Caterino & Kulhavy (1993) rapportent que les taekwondistes ayant plus d’un
an et demi de pratique sont moins anxieux et plus indépendants que ceux ayant
moins d’un an et demi de pratique. Concernant les judokas, Lamarre &
Nosanchuk (1999), dans une réplique de l’étude de Nosanchuk (1981) appliquée au
judo, trouvent également un déclin de l’agressivité avec le niveau de ceinture.
Par contre, Vanfraechem-Raway (1980) rapporte que les confirmés (plus de deux
ans de pratique) apparaissent comme plus agressifs-combatifs et plus dominants
par rapport aux normes de population mais apparaissent également comme plus
sociables, plus indépendants, plus persévérants, ont une plus grande force du
moi ainsi qu’une meilleure stabilité émotionnelle et semblent faire montre
d’une plus grande recherche de solution face à la frustration que les judokas
débutants, bien que présentant une plus faible culpabilité. Il apparaît donc,
que la pratique des sports de combat orientaux semble bien s’accompagner d’un
certain bienfait pour les individus, notamment en matière d’agression et de
maîtrise émotionnelle. Toutefois, à la lumière de cette revue de littérature il
nous faut faire trois remarques.
Tout d’abord, hormis celles de Pyecha (1970), Trulson (1986),
Delva-Tauiliili (1995) et Foster (1997) qui procèdent d’un suivi longitudinal
(qui pour la plus longue ne dure que six mois), les autres études ne sont que
des comparaisons transversales et, si elles peuvent effectivement donner un
aperçu de l’effet de la pratique des sports de combat orientaux, elles ne
peuvent cependant pas véritablement conclure à l’effet de ces pratiques mais
simplement conclure à des différences entre les sujets débutants et les sujets
confirmés. En outre, et ce sera là la deuxième remarque, la quasi-totalité de
ces études porte sur le karaté ou le taekwendo. On peut donc se demander si une
activité telle que le judo aura également les mêmes effets. Au vu des résultats
avancés par Lamarre & Nosanchuck (1999) nous pouvons le supposer, mais en
douter à la lumière de ceux de Vanfraechem-Raway (1980). Enfin, nous devons
souligner le fait que, hormis pour les deux études précitées, dans toutes les
autres les sujets sont soit exclusivement masculins soit la distinction entre
garçons et filles n’est pas opérée. Or, si pour Lamarre & Nosanchuck (1999)
le sexe n’est pas un facteur prédictif concernant l’agressivité,
Vanfraechem-Raway (1980) met en évidence des différences d’effet, puisque la
pratique permettrait aux garçons acquérir une meilleure adaptation à la
frustration et aux filles de « s’individualiser » (p. 9).
Or, d’une manière générale, les pratiques sportives semblent
répondre chez les garçons à un désir d’accomplissement, de recherche de
récompense, de domination de l’autre alors que pour les filles elles
rempliraient une fonction avant tout ludique dominée par la recherche de
plaisir et d’affiliation (Coulomb, Rascle et Pfister, 1999 ; Flood &
Hellstedt, 1991 ; Gill, Gross & Huddleston, 1983 ; Sabatier et Pfister,
1995 ; Tappe, Duda & Menges-Ehrnwald, 1991). Cependant, pour Lenzi, Bianco,
Milazzo, Placidi et Castrogiovanni (1997) l’adhésion des filles à des sports
dits masculins ou dits agressifs participerait de la recherche d’un lieu
d’expression de comportements en rupture avec les comportements usuellement
attachés à leur statut sexuel, alors que les garçons viendraient au contraire
chercher dans ces activités un statut sexuel (ce qui est tout à fait compatible
avec la recherche d’accomplissement, de récompense, etc.). Autrement dit, les
filles qui s’inscriraient à des sports de combat seraient plus agressives que
celles ne pratiquant pas de sport ou s’inscrivant dans des activités au
caractère moins masculin et le feraient dans l’optique de réduire ce « trop
plein d’agressivité », alors que les garçons s’inscrivant dans ces activités le
feraient soit pour trouver un terrain d’expression socialement non réprouvé à
une trop grande agressivité soit à l’inverse pour acquérir les stéréotypes
sexuels accolés à ces pratiques, ce qui en schématisant reviendrait à dire que
les garçons s’inscrivant à des sports de combat sont soit très agressifs, soit
« pas assez » agressifs. Nous pouvons donc nous demander si l’effet de la
pratique d’un sport de combat oriental sur l’agressivité
[1] et la maîtrise émotionnelle des sujets
sera le même pour les garçons et pour les filles.
L’objet de cette étude est donc de suivre pendant deux ans
l’évolution de l’agressivité et de la maîtrise de la colère d’enfants débutant
dans l’activité judo en distinguant les filles et les garçons, et pour ces
derniers, les « agressifs » et les « non-agressifs ». Nous postulons que la
pratique du judo s’accompagne d’une réduction de l’agressivité et d’une
meilleure maîtrise de la colère pour les filles et les garçons agressifs, et
d’un effet inverse pour les garçons non agressifs.
2.1. Sujets
Afin de nous assurer que les variations éventuelles pourront
être imputées à la pratique du judo et non à une évolution normale due à l’âge,
nous avons suivi également un groupe contrôle constitué d’enfants d’école
primaire ne pratiquant pas de sports de combat orientaux. 123 enfants ont
participés à cette étude. Toutefois seuls 60 d’entre eux ont pu être suivis
pendant trois ans (voir Tableau 1 pour le détail des effectifs en fonction du
sexe et du groupe). Les résultats portent donc sur ces soixante sujets. Tous
les enfants étaient nés en 1989. Ils avaient 8 ans lors de la première
passation, et 10 ans lors de la dernière passation.
Effectifs lors de la première (P1) et troisième passation
(P3) en fonction du sexe et du groupe.
|
Groupe contrôle |
Judo |
|
Filles |
Garçons |
Filles |
Garçons |
|
P1 (n=123) |
34 |
32 |
12 |
45 |
|
P3 (n=60) |
22 |
20 |
4 |
14 |
2.2. Les clubs
Les différents clubs de judo ayant participé à cette étude ne
diffèrent pas les uns des autres au regard des critères utilisés par Nosanchuk
& McNeil (1989) pour faire la distinction entre l’enseignement traditionnel
et l’enseignement moderne. A défaut d’être considéré comme traditionnel
l’enseignement dispensé dans ces différents clubs sera considéré comme
coutumier.
2.3. Instrument de mesure
L’outil utilisé pour apprécier l’agressivité et la maîtrise
de la colère des sujets est le Questionnaire d’Agression de Buss & Perry
(1992), constitué de 29 items de type échelle de Likert en cinq points (de 1 :
Pas du tout vrai pour ce qui me concerne, à 5 : Tout à fait vrai pour ce qui me
concerne) et donne lieu à quatre échelles : Agression physique (e.g., Je
n’hésite pas à utiliser la force pour défendre mes droits), Agression verbale
(e.g., Quand je ne suis pas d’accord avec quelqu’un, je ne me gène pas de le
critiquer), Hostilité (e.g., Il me semble parfois que les gens rient de moi
dans mon dos) et Colère (e.g., J’ai tendance à m’emporter facilement).
Une procédure de validation du questionnaire pour des enfants
de cet âge a également était conduite en parallèle auprès de 534 enfants de
CE2, CM1 et CM2 différents de ceux ayant participé à l’étude, afin de tester la
fiabilité des échelles et leur consistance interne. Les résultats pour chacune
des échelles sont respectivement les suivants (Alpha de Cronbach / corrélation
test-retest à trois semaines d’intervalle) : Agression physique (.77 /.75),
Agression verbale (.64 /.61), Hostilité (.70 /.62) et Colère (.61 /.63). Les
Alpha de Cronbach obtenus sur chacune des échelles par les 60 sujets de l’étude
lors de la première passation sont les suivants : Agression physique (.78),
Agression verbale (.58), Hostilité (.53) et Colère (.69). Devant la faiblesse
des Alpha de Cronbach des échelles Agression verbale et Hostilité, nous ne
prendront en compte que les résultats obtenus sur les échelles Agression
physique et Colère.
2.4. Procédure
Chacune des trois passations a été effectuée en début d’année
scolaire. Pour les élèves des écoles primaires, la passation a été effectuée en
classe et pour les judokas au moment de l’entraînement. Les questionnaires
étaient récupérés immédiatement.
3. Analyses des résultats
Suite à la vérification de la normalité de notre distribution
(Test de Shapiro-wilk), nos
résultats seront traités par l’analyse de variance (ANOVA) après vérification
de l’homogénéité des variances (test du Log-ANOVA), ainsi que par le test du
t de Student sur séries appariées avec
un intervalle de confiance de 95 %.
Les résultats reportés ici rendront compte des variations
enregistrées entre la première (P1) et la dernière passation (P3), soit des
variations enregistrées après deux ans de pratique.
4.1. Groupe contrôle vs Groupe judo lors de P1
Afin de pouvoir distinguer un groupe dit agressif et un
groupe dit non-agressif, nous avons distribué notre échantillon de sujets
judokas en trois groupes et nous avons pris les deux extrêmes. Le groupe
agressif (n = 4) est constitué des sujets ayant obtenu plus de 28 sur l’échelle
d’agression physique, et le groupe non agressif (n = 5) est constitué des
sujets ayant obtenu moins de 28 sur cette même échelle. L’ANOVA confirme que le
groupe des agressifs score plus haut (tableau 2) que le groupe des
non-agressifs sur ce critère, F (1,7)
= 15.342, p = .006. Nous noterons
également qu’ils apparaissent plus coléreux que les non-agressifs,
F (1,7) = 8.180,
p = .024.
Moyennes (et écart-types) de la première (P1) et troisième
passation (P3) pour chaque groupe sur les échelles Agression physique et
Colère.
Echelle Garçons Filles Total Non agressifs Agressifs P1
Groupe contrôle Physique 25.50 (7.42) 23.64 (5.32) Colère 19.90 (5.13) 19.18
(5.09) Judokas Physique 28.86 (6.02) 24.00 (2.00) 36.00 (6.58) 29.00 (8.64)
Colère 21.57 (4.36) 17.80 (3.27) 25.25 (4.57) 22.25 (6.55) P3 Groupe contrôle
Physique 22.35 (7.29) 22.50 (5.18) Colère 16.50 (5.84) 17.86 (4.80) Judokas
Physique 23.79 (6.13) 22.80 (3.11) 21.75 (5.97) 20.00 (6.38) Colère 20.93
(4.27) 21.00 (3.08) 20.75 (4.19) 17.75 (4.99)
L’ANOVA montre que lors de la première passation les
pratiquantes de judo ne présentent pas de différences significatives avec les
filles du groupe contrôle aussi bien sur l’échelle d’agression physique que sur
l’échelle de colère (Tableau 3). Concernant les garçons, d’une manière
générale, les judokas ne présentent pas non plus de différences significatives
avec les garçons du groupe contrôle. En revanche, la distinction entre les
judokas agressifs et les judokas non agressifs révèle que ces derniers ne se
distinguent pas des sujets du groupe contrôle, alors que les judokas agressifs
présentent un score sur l’échelle d’agression physique supérieur aux garçons du
groupe contrôle, F (1, 22) = 6.881,
p = .016, mais ne diffèrent pas
significativement sur l’échelle de colère.
ANOVA. Comparaison entre le groupe contrôle et les Judokas
lors de la première et de la troisième passation sur les échelles Agression
physique et Colère en tenant compte du sexe et du niveau
d’agressivité.
Groupe contrôle vs Judokas Groupe contrôle vs Judokas
non agressifs Groupe contrôle vs Judokas agressifs P1 P3 P1 P3 P1 P3 Echelle F
p F p F p F p F p F p Garçons Physique 1.958 ns 0.362 ns 0.195 ns 0.018 ns
6.881 .016 0.024 ns Colère 0.362 ns 5.834 .022 0.748 ns 2.712 ns 3.731 ns 1.888
ns Filles Physique 2.853 ns 0.741 ns Colère 1.138 ns 0.002 ns
Test du t de
Student sur séries appariées. Comparaison en tenant compte du sexe et du niveau
d’agressivité des résultats obtenus entre P1 et P3 par le groupe contrôle et
les judokas sur les échelles agression physique et Colère.
Groupe contrôle Judokas Judokas non agressifs Judokas
agressifs Echelle t p t p t p t p Garçons Physique 2.170 .043 2.085 ns 1.037 ns
2.895 ns Colère 3.179 .005 0.406 ns -2.997 .040 1.362 ns Filles Physique 0.747
ns 3.838 .031 Colère 0.893 ns 3.402 .042
4.2. Groupe contrôle vs Groupe judo lors de P3
L’ANOVA (Tableau 3) montre que les pratiquantes de judo ne
présentent pas de différences significatives avec les filles du groupe contrôle
aussi sur l’échelle d’agression physique que sur l’échelle de colère.
Concernant les garçons, il semblerait que les judokas présentent un score
supérieur sur l’échelle de colère, F
(1,32) = 5.834, p = .022. Néanmoins
lorsqu’on fait la distinction entre les judokas agressifs et les judokas non
agressifs nous ne notons aucune différence significative avec le groupe
contrôle. Nous remarquerons également que ces deux groupes ne diffèrent plus
l’un de l’autre sur ces deux critères (respectivement,
F (1,7) = 0.118, et
F (1,7) = 0.011).
4.3. Comparaisons entre P1 et P3
L’analyse du tableau quatre montre que les pratiquantes de
judo enregistrent une réduction de l’agression physique et de la colère
(respectivement t4 =
3.838, p = .031, et
t4 = 3.402,
p = .042) alors que les filles du
groupe contrôle n’enregistrent pas de telles variations. Concernant les
garçons, nous obtenons le résultat inverse puisque seuls les garçons du groupe
contrôle enregistrent une réduction de leur score sur les deux échelles
(respectivement t20 =
2.170, p = .043, et
t20 = 3.179,
p = .005) alors que les judokas ne
présentent pas de telles variations, voire présentent une augmentation de score
sur l’échelle de colère pour les non-agressifs, t5 = -2.997,
p = .040.
L’objet de cette étude était de juger de l’effet de la pratique
du judo sur l’agressivité et la maîtrise de la colère des pratiquants.
Conformément à ce que nous supposions la pratique du judo s’accompagne bien
d’une réduction de l’agressivité physique chez les filles, puisque les filles
du groupe contrôle ne présentent pas une telle réduction. Par contre, les
résultats de l’ANOVA effectuée entre ces deux groupes lors des deux passations
ne permettent pas de conclure que les pratiquantes de judo sont plus agressives
que les filles du groupe contrôle et ne permet pas de supposer qu’une plus
grande agressivité est à l’origine de leur adhésion à cette pratique. De fait
ces résultats ne semblent pas supporter ceux de Lenzi
et al. (1997). Toutefois, nous nous
devons de préciser, dès maintenant, que nous ne pouvons pas véritablement
conclure, avec les données rapportées dans cette étude, que les filles ou les
garçons que l’on inscrit en judo sont ou non plus agressifs que les sujets du
groupe contrôle, puisque notre groupe judo est constitué, non pas de l’ensemble
des sujets qui se sont inscrits en judo, mais de l’ensemble des sujets qui ont
persisté dans la pratique. Nous pouvons donc
seulement conclure, concernant les filles, que celles qui ont persisté dans la
pratique du judo n’étaient pas plus agressives et n’exprimaient pas plus de
colère que celles du groupe contrôle.
Avant de passer à la discussion concernant l’effet de la
pratique sur les garçons, nous nous arrêterons rapidement sur un résultat qui
peut sembler surprenant puisque les garçons du groupe contrôle présentent une
réduction de l’agressivité et de l’expression de la colère entre 8 ans et 10
ans, alors que les filles de ce même groupe n’enregistrent pas statistiquement
une telle variation. Ces résultats supportent le point de vue de Perron,
Desjeux et Mathon (1983) pour lesquels l’agressivité chez l’enfant tend à
décroître avec l’âge en se sublimant, se symbolisant et se transposant « en des
activités ludiques source de plaisir partagé » (p. 249). On peut alors supposer
que les garçons seraient plus concernés que les filles par ce phénomène, ce qui
conforte les données de Stanger, Achenbach & Verhults (1997) qui après
avoir suivi des enfants entre 4 et 16 ans, mettent en évidence une diminution
du syndrome agressif entre ces deux âges, avec toutefois une cinétique
relativement linéaire pour les garçons, et plus curviligne pour les
filles.
Concernant, l’effet de la pratique du judo sur les garçons, il
semble globalement que la pratique du judo non seulement ne s’accompagne pas
des effets bénéfiques tant mis en avant par les inconditionnels des sports de
combat orientaux et dont beaucoup d’auteurs se font l’écho (Baudry, 1993 ;
Becker, 1982 ; Lacombe et Dreuilhe, 1998 ; Pain et Lagrange, 1992 ; Pain, 1993
; Roche, 1993 ; Seegmuller, 1984 ; Thirion, 1993), mais qui plus est,
semblerait jouer, a priori, comme un frein à
l’acquisition de certains comportements puisque non seulement les judokas ne
présentent pas, à l’inverse des garçons du groupe contrôle, une réduction
d’agressivité et de l’expression de leur colère entre 8 ans et 10 ans, mais
tendraient au contraire à exprimer plus facilement leur colère. En
effet, alors qu’ils ne se différenciaient pas du groupe contrôle sur ce critère
lors de la première passation, ils présentent un score statistiquement
supérieur lors de la troisième passation. Toutefois, et bien que pour les
raisons que nous avons évoquées plus haut nous ne pouvons conclure en terme de
motivation pour l’inscription, la distinction opérée suite aux travaux de Lenzi
et al. (1997) entre les garçons
initialement agressifs et ceux non agressifs comme renvoyant à deux voies
motivationnelles distinctes qui conduisent les garçons à s’inscrire dans ce
type d’activité, relativise cette première interprétation. En effet,
conformément à ce qui était attendu, les judokas les plus agressifs, à défaut
d’enregistrer une réduction d’agressivité physique statistiquement
significative entre 8 et 10 ans (le test du t étant non significatif avec un
seuil à.063), se rapprochent de ce qui semble être la norme des sujets de cet
âge puisqu’ils ne se différencient plus du groupe contrôle lors de la troisième
passation alors qu’ils étaient significativement plus agressifs lors de la
première passation. Toutefois, il n’est pas
véritablement permis de parler ici d’un effet de la pratique du judo mais
plutôt d’un effet de l’âge, puisque le groupe contrôle suit cette même courbe
descendante.
En revanche, contrairement à ce qui était attendu, les garçons
non agressifs ne sont pas moins agressifs que les garçons du groupe contrôle
lors de leur première inscription, et ne présentent pas non plus d’augmentation
leur score d’agressivité avec la pratique (pas plus que de diminution).
Toutefois, alors que les agressifs ne varient pas
quant à leur score de colère, les non-agressifs l’exprime plus facilement après
deux ans de judo. Ces résultats ne confortent donc pas ceux de
Lamarre & Nosanchuk (1999). Cela étant dit, il faut reconnaître également
que cette étude ne porte que sur une période de deux ans, et que les enfants
ont seulement dix ans lors de la troisième évaluation. Or, il semblerait que
les comportements d’agression physique (Loeber & Hay, 1997) et les
comportements antisociaux (Loeber & Hay, 1997 ; Stanger
et al., 1997) augmentent après l’âge
de dix ans. De plus, Trabal et Augustini (2000) montrent que ce n’est qu’après
la cinquième année de pratique que les karatékas passent d’une représentation
de leur activité axée sur un pôle sportif-compétitif vers le pôle
sportif-philosophique et spirituel, l’importance du pôle philosophique
corrélant avec l’âge. Si ce phénomène s’applique également au judo, il est
alors raisonnable de penser qu’une étude d’une durée plus longue et prenant en
compte des sujets plus âgés pourrait conduire à d’autres conclusions.
Toutefois, force est de constater que les filles enregistrent
bien cette réduction. Or, il semblerait que les filles auraient tendance à « reformuler les objectifs de l’enseignant afin de mettre en cohérence leur
implication dans la tâche et la représentation qu’elles en ont » (Sabatier et
Pfister, 1995, p. 52), ce qui correspond à une recherche de plaisir plus que de
domination, contrairement aux garçons qui adhèrent plus facilement aux
sollicitations de l’enseignant lorsque les comportements demandés vont dans le
sens de leur statut sexuel. On pourrait alors supposer que cela est d’autant
plus vrai en judo, que chuter au cours d’un combat peut être vécu, pour les
garçons, comme une remise en question de ce statut (du fait d’une motivation
axée sur la domination) ce dont seraient exemptes les filles (du fait d’une
motivation plus axée sur la recherche de plaisir). Autrement dit, les
différents résultats enregistrés par les judokas sur ce critère pourraient
résulter de l’augmentation de la confiance en soi qui accompagne la pratique de
ces activités (Nosanchuk, 1981 ; Richman & Rehberg, 1986), et témoigner
d’un regain d’assurance qui conduirait alors les judokas initialement non
agressifs à s’affirmer dès lors que leur statut sexuel leur paraîtrait menacé,
sans qu’à cet âge cela prenne la systématiquement la forme de l’agression
physique. En effet, Hughes & Coakley (1978) rapportent que dans les sports
où les valeurs masculines sont très présentes, le statut de mâle virile est
extrêmement précaire, conduisant l’athlète à constamment en faire la preuve y
compris hors du champs sportif, notamment en usant de comportements agressifs.
En outre, cette hypothèse est consistante avec les résultats de
Vanfraechem-Raway (1980) qui montrent qu’au-delà de deux ans de pratique, les
judokas apparaissent comme plus agressifs-combatifs et plus dominants par
rapport aux normes de population. Ce phénomène n’aurait pas cours chez les
filles, d’une part parce que les valeurs qui sont attachées à leur statut
sexuel sont à l’opposées de celles des garçons, du moins en matière
d’agressivité, et d’autre part parce qu’à cet âge les interactions
conflictuelles sont moins fréquentes entre filles qu’elles ne le sont entre
garçons (Loeber & Hay, 1997). Ces résultats questionnent donc, pour partie,
la construction de l’identité sexuée et sexuelle par la pratique sportive,
comme a pu le mettre en évidence Mennesson (2000) dans le cas de femmes
pratiquant la boxe anglaise ou française.
Pour conclure, deux ans de judo chez des enfants de huit ans ne
s’accompagnent d’effets bénéfiques que chez les filles. Pour les garçons, si la
distinction en terme de niveau d’agressivité au moment de l’inscription dans
l’activité apparaît comme un facteur pertinent pour apprécier l’effet de la
pratique du judo, les résultats obtenus par les deux groupes de judokas ne
supportent pas ceux faisant états d’une réduction de l’agressivité due à la
pratique du judo, et infirment l’idée reçue que la pratique du judo conduit
inconditionnellement à inculquer la maîtrise de soi, en l’occurrence face à la
colère. Toutefois, ces résultats demandent à être confirmés par une étude
couvrant une période plus longue, présentant des effectifs plus conséquents et
usant d’outils de mesure susceptibles de mieux objectiver les comportements
réels des sujets, que ne peuvent le faire les types de questionnaires utilisés
dans cette étude, qui en fait ne rendent compte que de comportements déclarés.
En outre, le décalage entre nos résultats et ceux préexistants
souligne la nécessité à la fois de passer vers ce type d’approche
(longitudinal) pour véritablement apprécier l’effet d’une pratique, et
également de bien faire la distinction entre les différents sports de
combat.
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[*]
e-mail :
lorant@ unice.
fr
[1]
Lorsque nous employons pour notre propre compte le terme
d’agressivité, nous nous situons dans la perspective théorique développée par
Karli (1987, 21-22) : ce terme a alors valeur de description (c’est-à-dire
qualifier un ensemble de comportements) et non une valeur explicative
(c’est-à-dire désigner la source de ces comportements).