Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
152 pages

p. 137 à 138
doi: 10.3917/sta.061.0137

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Droit de réponse

no 61 2003/2

Droit de réponse à la recension d’Olivier Chovaux
À la suite de la recension de son ouvrage réalisée par Olivier Chovaux dans un précédent numéro de la revue STAPS, Claude Piard, abonné et lecteur de longue date, nous a demandé un droit de réponse. Nous y souscrivons de bonne grâce, dans la mesure où ce genre de dialogue entre deux acteurs du champ publiant dans le même domaine nous semble avoir valeur heuristique. Leurs divergences d’analyse sont enrichissantes pour la recherche historique dans le domaine des STAPS. Ce texte comme les autres est publié sous la responsabilité de l’auteur.
 
Râleries stériles d’un vieux porc-épic
 
 
En dépit de la modestie annoncée de ses visées, mon ultime effort d’édition a fait l’objet dans les lignes de notre revue d’une critique fort peu élogieuse – déjà parue dans Historiens et géographes – de la part de quelqu’un qui se voudrait par ailleurs « des nôtres ». Je ne contesterai pas le caractère éventuellement endogène reproché à cette production. En dépit de précautions manifestement insuffisantes pour tenter de prendre du recul, je dois bien reconnaître que je reste un vieil acteur de cette saga et que je ne parviens peut-être pas à m’en extraire assez ; à d’autres – et pourquoi pas lui ? – de faire mieux. Mais son affirmation selon laquelle il serait trop long d’énumérer sur le fond les approximations ou erreurs flagrantes me navre beaucoup plus. Je lui fais grâce des approximations mais pour les erreurs flagrantes sur le fond – j’ai relevé de moi-même quelques dates à corriger, mais pas plus que dans les premières éditions d’ouvrages plus prestigieux – j’aurais aimé qu’il les établisse avec moins de désinvolture.
Néanmoins, pour son information, je tiens à rassurer ce recenseur à la dent dure sur l’étendue d’une inculture qu’il suppute immense : j’ai, moi aussi, une certaine connaissance des gens qu’il cite (même hors STAPS) comme références incontournables. Par exemple, ayant enseigné depuis 1974 à Paris 10, le trio des « historiens nanterrois du sport » – Messieurs les professeurs BECKER (qui a présidé jadis la CSE STAPS), BOURNAZEL et HUBSCHER – ainsi que les écrits de chacun ne me sont pas totalement étrangers. Et pour ce qui est de l’histoire française et européenne de la gymnastique (discipline sportive pour laquelle je nourris une faiblesse notoire), mon souci a été de ne pas être pléthorique et de respecter certains quotas dans les limites quantitatives que je m’étais fixé : si la nécessité d’un ouvrage synthétique m’apparaît évidente, je sais pour avoir (trop ?) publié qu’au delà d’un certain « volume » un ouvrage reste en rayons. Beaucoup de nos plus brillants épistoliers le savent cruellement.
Un tel souci implique des choix. Parmi ceux-ci, à signification égale, j’ai choisi les concepts les mieux établis plutôt que d’autres plus brillants. En effet, si je reste persuadé de l’importance de la recherche, je pense aussi que l’enseignement doit prendre quelques précautions avec ses produits les plus récents. D’où, pour la période 1871-1914, le choix du poncif de revanche plutôt que du concept de corps patriotique pour lequel il milite avec un enthousiasme sympathique et dont je ne nie pas l’intérêt imagé. Mais dont j’hésiterais à faire dès maintenant un objet d’enseignement. Car si « mon poncif » est bien présent dans l’iconographie d’époque - dont j’accompagnais jadis mes cours – et dans le nom même de nombreuses sociétés de gymnastique fondées alors, on y rechercherait en vain les traces de « son concept », re-problématisé a posteriori par une littérature contemporaine. C’est donc bien un problème éthique de « transposition didactique » qui semble nous séparer : je respecte sa position mais maintiens la mienne.
Je note d’ailleurs, au passage, qu’il me reproche à deux lignes d’intervalle de ne pas tenir compte de l’importance des mouvements nationaux dans le développement de la gymnastique (voir néanmoins p. 96 et suivantes : les mouvements de libération germaniques et tchèques) mais aussi, et assez curieusement, d’user de ce concept suranné de revanche qui les supporte pourtant si bien en France. Et je pense que la lecture du chapitre que j’ai consacré à la IVe République a dû être perturbée par des événements domestiques pour qu’elle l’amène à conclure que je la considère comme parée de tous les maux, même s’il faut bien constater qu’elle a éprouvé des difficultés à gérer et mettre en œuvre le bouillonnement d’idées qui l’a traversée.
Mais passons ; il me reproche en conclusion d’ignorer les exigences méthodologiques de l’histoire. Mes vieux maîtres m’en ont enseigné deux et j’essaye toujours de m’y tenir : la critique des sources d’une part, l’établissement et le respect des chronologies d’autre part. Or sur ce dernier point, je note la faiblesse de sa remarque concernant la non-prise en compte du colloque de Lyon sur l’Occupation. En consultant les seules dates de publication, il aurait vu que ma brochure est sortie 3 mois avant les actes, où il trouvera d’ailleurs ma propre contribution : parfois, moi aussi, je « fais de la recherche ». Sans la confondre toutefois avec l’enseignement. Et ce décalage chronologique explique pourquoi je n’ai pas pu citer son article sur le football nordiste dans mon « petit machin » ; qu’il ne m’en tienne donc pas rigueur.
Claude PIARD
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