2003
STAPS
Droit de réponse
Droit de réponse
Droit de réponse à la recension
d’Olivier Chovaux
À la suite de la recension de son
ouvrage réalisée par Olivier Chovaux dans un précédent numéro de la revue
STAPS, Claude Piard, abonné et lecteur de longue date, nous a demandé un droit
de réponse. Nous y souscrivons de bonne grâce, dans la mesure où ce genre de
dialogue entre deux acteurs du champ publiant dans le même domaine nous semble
avoir valeur heuristique. Leurs divergences d’analyse sont enrichissantes pour
la recherche historique dans le domaine des STAPS. Ce texte comme les autres
est publié sous la responsabilité de l’auteur.
Râleries stériles d’un vieux porc-épic
En dépit de la modestie annoncée de ses visées, mon ultime
effort d’édition a fait l’objet dans les lignes de notre revue d’une critique
fort peu élogieuse – déjà parue dans Historiens
et géographes – de la part de quelqu’un qui se voudrait par ailleurs
« des nôtres ». Je ne contesterai pas le caractère éventuellement endogène
reproché à cette production. En dépit de précautions manifestement
insuffisantes pour tenter de prendre du recul, je dois bien reconnaître que je
reste un vieil acteur de cette saga et que je ne parviens peut-être pas à m’en
extraire assez ; à d’autres – et pourquoi pas lui ? – de faire mieux. Mais son
affirmation selon laquelle il serait trop long
d’énumérer sur le fond les approximations ou erreurs flagrantes me
navre beaucoup plus. Je lui fais grâce des approximations mais pour les
erreurs flagrantes sur le fond – j’ai
relevé de moi-même quelques dates à corriger, mais pas plus que dans les
premières éditions d’ouvrages plus prestigieux – j’aurais aimé qu’il les
établisse avec moins de désinvolture.
Néanmoins, pour son information, je tiens à rassurer ce
recenseur à la dent dure sur l’étendue d’une inculture qu’il suppute immense :
j’ai, moi aussi, une certaine connaissance des gens qu’il cite (même hors
STAPS) comme références incontournables. Par exemple, ayant enseigné depuis
1974 à Paris 10, le trio des « historiens nanterrois du sport » – Messieurs les
professeurs BECKER (qui a présidé jadis la CSE STAPS), BOURNAZEL et HUBSCHER –
ainsi que les écrits de chacun ne me sont pas totalement étrangers. Et pour ce
qui est de l’histoire française et européenne de la gymnastique (discipline
sportive pour laquelle je nourris une faiblesse notoire), mon souci a été de ne
pas être pléthorique et de respecter certains quotas dans les limites
quantitatives que je m’étais fixé : si la nécessité d’un ouvrage synthétique
m’apparaît évidente, je sais pour avoir (trop ?) publié qu’au delà d’un certain
« volume » un ouvrage reste en rayons. Beaucoup de nos plus brillants épistoliers le savent
cruellement.
Un tel souci implique des choix. Parmi ceux-ci, à signification
égale, j’ai choisi les concepts les mieux établis plutôt que d’autres plus
brillants. En effet, si je reste persuadé de l’importance de la recherche, je
pense aussi que l’enseignement doit prendre quelques précautions avec ses
produits les plus récents. D’où, pour la période 1871-1914, le choix du poncif
de revanche plutôt que du concept de
corps patriotique pour lequel il
milite avec un enthousiasme sympathique et dont je ne nie pas l’intérêt imagé.
Mais dont j’hésiterais à faire dès maintenant un objet d’enseignement. Car si «
mon poncif » est bien présent dans l’iconographie d’époque - dont
j’accompagnais jadis mes cours – et dans le nom même de nombreuses sociétés de
gymnastique fondées alors, on y rechercherait en vain les traces de « son
concept », re-problématisé a posteriori par une littérature contemporaine.
C’est donc bien un problème éthique de « transposition didactique » qui semble
nous séparer : je respecte sa position mais maintiens la mienne.
Je note d’ailleurs, au passage, qu’il me reproche à deux lignes
d’intervalle de ne pas tenir compte de l’importance des mouvements nationaux
dans le développement de la gymnastique (voir néanmoins p. 96 et suivantes :
les mouvements de libération germaniques et tchèques) mais aussi, et assez
curieusement, d’user de ce concept suranné de revanche qui les supporte
pourtant si bien en France. Et je pense que la lecture du chapitre que j’ai
consacré à la IVe République a
dû être perturbée par des événements domestiques pour qu’elle l’amène à
conclure que je la considère comme parée de tous les maux, même s’il faut bien
constater qu’elle a éprouvé des difficultés à gérer et mettre en œuvre le
bouillonnement d’idées qui l’a traversée.
Mais passons ; il me reproche en conclusion d’ignorer les
exigences méthodologiques de l’histoire. Mes vieux maîtres m’en ont enseigné
deux et j’essaye toujours de m’y tenir : la critique des sources d’une part,
l’établissement et le respect des chronologies d’autre part. Or sur ce dernier
point, je note la faiblesse de sa remarque concernant la non-prise en compte du
colloque de Lyon sur l’Occupation. En consultant les seules dates de
publication, il aurait vu que ma brochure est sortie 3 mois avant les actes, où
il trouvera d’ailleurs ma propre contribution : parfois, moi aussi, je « fais
de la recherche ». Sans la confondre toutefois avec l’enseignement. Et ce
décalage chronologique explique pourquoi je n’ai pas pu citer son article sur
le football nordiste dans mon « petit machin » ; qu’il ne m’en tienne donc pas
rigueur.
Claude PIARD