Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
152 pages

p. 25 à 37
doi: en cours

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Rapports de recherche

no 61 2003/2

2003 STAPS Rapports de recherche

Les premiers équipements sportifs à La Réunion : une politique de l’Etat (1956-1971)

Evelyne Combeau-Mari  [*] Maître de conférences-H.D.R. C.R.E.S.O.I. (Centre de Recherches sur les Sociétés de l’Océan Indien) Univ. de La Réunion - Campus Sud - 117 avenue du Général Ailleret - 97430 Le Tampon
Cet article porte sur les mises en œuvre locales des premières lois-programmes d’équipements sportifs, édictées par le Haut-Commissariat à la Jeunesse et aux Sports, au tournant des années 60. Il s’attache à souligner pour le cas singulier du tout nouveau département d’outre-mer : La Réunion, les décalages temporels mais aussi les temps forts des réalisations concrètes ainsi que les marges d’adaptation de ces programmes. L’année 1963 amorce une politique de départementalisation en matière d’équipements sportifs, à La Réunion. L’action décisive de l’Etat français est largement appuyée et accélérée par Michel Debré, élu député de La Réunion. Cette politique de rattrapage ne permet pas à la fin des années 60 la diversification des infrastructures, largement dominées par l’hégémonie du « terrain de football municipal ». Cet article montre que l’analyse des constructions sportives constitue un analyseur pertinent des transformations politiques et sociales du jeune département. Mots-clés : La Réunion, Départementalisation, Politique, Equipements sportifs, Lois, Programmes. This article concerns the local application of laws providing framework for long term government programmes, defined by the Ministry of « la Jeunesse et des Sports », Maurice Herzog, during the sixties. It aims at emphasizing the specific situation of Reunion, only recently promoted to the status of an overseas department of France (a department is an administrative division of the country, similar to a « british county »). Considered in this paper are the considerable gap to close and the main periods of activity resulting in new constructions, but also the possibilities of local adaptation of these programmes. 1963 marks the beginning of the application of departmental sports facility policies. This decisive action of the French government was heartily supported and promoted by M. Michel Debré, Deputy for Reunion. In the late sixties this policy to catch up with Metropolitan France did not, however, allow for diversification of the facilities. The sports scene is still dominated by the hegemony of the local football grounds. This article shows that the construction of sports facilities (mostly football stadiums) is a pertinent indicator of political and social transformations in this new department. Keywords : Réunion, Départementalisation, sports facilities, policies, sixties. Dieser Artikel betrifft die lokale Einführung der ersten Gesetzesprogramme bezüglich der Sportstätten, herausgeben durch das Haut-Commissariat für Jugend und Sport in den 60er Jahren. Er hebt für den Fall der Réunion, einem ganz neuen überseeischen Departement, Zeiten des Hinterherhinkens, aber auch Blütezeiten für konkrete Realisierungen hervor und auch Verzögerungen in der Umsetzung dieser Programme. Im Jahr 1963 setzt auf der Réunion eine Departementalisierung bezüglich der Sportstätten ein. Die entscheidende Aktion des französischen Staates wird besonders durch Michel Debré, den Abgeordneten der Réunion, unterstützt und beschleunigt. Diese Aufholpolitik erlaubt es nicht, Ende der 60er Jahre die Infrastruktur zu diversifizieren, die deutlich von den städtischen Fußballplätzen geprägt ist. Dieser Artikel zeigt, dass die Analyse der Sporteinrichtungen ein aussagekräftiger Analysator der politischen und sozialen Transformationen des jungen Departements darstellt. Schlagwörter : La Réunion, Departementalisierung, Politik, Sportstätten, Gesetze, Programme. Quest’articolo descrive le attuazioni locali delle prime leggi-programmi di attrezzature sportive, emanate dall’Alto Commissariato della Gioventù e degli Sport, a cavallo degli anni ’60. Sottolinea il caso singolare di ogni nuovo dipartimento d’oltremare: La Réunion, gli spostamenti temporali ma anche i tempi forti delle realizzazioni concrete, così come i margini di adattamento di questi programmi. L’anno 1963 avvia una politica di departimentalizzazione in materia di strutture sportive a La Réunion. L’azione decisiva dello Stato francese è ampiamente appoggiata ed accelerata da Michel Debré, eletto deputato a La Réunion. Questa politica di recupero non permette alla fine degli anni ’60 la diversificazione delle infrastrutture, largamente dominate dall’egemonia del “campo di calcio municipale”. Quest’articolo mostra che l’analisi delle costruzioni sportive costituisce un analizzatore pertinente delle trasformazioni politiche e sociali del giovane dipartimento. Parole chiave : attrezzature sportive, dipartimentalizzazione, La Réunion, legge-programma, politica. El presente artículo, trata sobre las obras locales referidas a las primeras leyes-programas de equipamientos deportivos dictadas por el Haut-Comissariat de la Juventud y los Deportes en los años 60. Es importante señalar que en el caso particular de un nuevo departamento de otra-mar “La Reunión”, con sus diferencias de distancia y períodos fuertes de realizaciones en la aplicación y adaptación de estos programas realizados el año 1963, mediante una política de departamentalización en materias de equipamientos deportivos. La acción desiciva del estado Francés fue apoyada por Michel Debré diputado por la Reunión. Esta política de recuperación permitio hasta los años 60 la diversificación de la infraestructura, dominada en esa época por la hegemonia de la “Cancha de fútbol municipal”. Este artículo muestra que los análisis de construcciones deportivas constituye un sujeto pertinente de transformaciones en políticas sociales de este nuevo departamento. Palabras claves : La Reunión, departamentalización, política, equipamientos deportivos, leyes-programas.
 
1. Introduction: définition de l'objet d'étude
 
 
La pratique du sport exige des espaces importants, le plus souvent aménagés, une architecture et des infrastructures spécialisées et adaptées aux normes fédérales. Dans le domaine coûteux et pérenne des équipements publics, les choix induisent de lourdes conséquences financières, économiques, sociales, culturelles. L’évolution des équipements sportifs se révèle un marqueur probant dans l’analyse des politiques sportives (Arnaud, 1992). Cette étude « (…) fait apparaître une sorte de « système » départemental, voire régional, assez bien hiérarchisé et dont le développement est relativement précis. Il s’agit bel et bien d’appréhender celui-ci comme l’expression d’un processus d’aménagement et d’intégration du territoire. » (Callède, 1988). Ces équipements remplissent une fonction de structuration de l’espace local à forte portée symbolique. Ils sont perçus comme un élément de rayonnement, contribuant à la valorisation du territoire. Ils participent à la formalisation d’une véritable identité locale sur laquelle jouent les politiques. Dans l’état actuel des recherches, les travaux les plus nombreux se sont centrés sur l’émergence de l’architecture sportive dans les grandes villes pendant la période de l’entre-deux-guerres. Ils soulignent l’impact des initiatives privées et des premières actions municipales. Rappelons l’étude sur les piscines (Terret, 1992) et les équipements sportifs à Lyon (Arnaud, 1992), l’examen des constructions sportives de l’agglomération grenobloise (Falcoz, Chifflet, 1999), le regard sur l’architecture du sport dans le Val de Marne et les Hauts de Seine (Le Bas, 1991), la banlieue parisienne (Rab, 1992) et la synthèse sur cette question dans les années 30 réalisée par Dumons, Pollet, Berjat (1987). Sur la période des Temps présents, l’analyse des politiques sportives de la ville de Bègles (1959-1989) (Callède, 1991), au travers du prisme de l’avènement, la modernisation et la municipalisation des équipements sportifs conduit l’auteur à distinguer plusieurs strates chronologiques dans la constitution des politiques sportives : « des âges successifs du sport ».
Notre recherche sur le cas de La Réunion part de cette observation des situations particulières et des conjonctures historiques spécifiques. Située dans l’hémisphère sud, en zone tropicale, à 12 000 km de la métropole, ancienne colonie française, département d’outre-mer depuis 1946, l’île se démarque en matière d’équipements et de politiques sportives des logiques et rythmes établis par les études précédentes. Dix ans après l’acte de départementalisation, La Réunion a accumulé des retards dans son développement (Combeau, 2001). Ce constat s’impose dans le domaine des politiques de la Jeunesse et des Sports (Combeau-Mari, 1996) et vaut pour d’autres départements d’outre-mer (Dumont, 1999). L’absence d’initiatives privées ou municipales dans l’entre-deux-guerres, même en zone urbaine, la situation d’isolement expliquent l’inexistence de l’environnement sportif qui s’offre aux Réunionnais en 1949 (voir la carte 1 ci-contre). Ce « désert » en équipements sportifs, limité à quelques terrains vagues destinés à la pratique du football, est à rapporter aux conditions de vie de l’après-seconde guerre mondiale. La Réunion connaît une situation économique catastrophique que nombre d’auteurs (Blanchet, 1949) définissent en terme de « sous-développement ». Avec l’arrivée d’Eugène Raude, nommé en juin 1954 Directeur Départemental du service de la Jeunesse et des Sports, s’engage une véritable prise de conscience locale. Le premier rapport sur la situation de La Réunion en matière d’équipements sportifs, établi en 1956, met en évidence « l’effort gigantesque » qu’il reste à accomplir pour un « alignement progressif sur un département métropolitain de même importance démographique » (Raude, 1956).
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A La Réunion aussi, il faut attendre la promulgation des lois-programmes d’équipements sportifs et les actions de la puissance publique au tournant des années soixante pour que cette préoccupation émerge. Nous avons donc choisi d’analyser l’évolution des politiques d’équipements sportifs à La Réunion précisément sur ces quinze années (1956-1971), qui encadrent et impulsent la mise en œuvre des deux premières loi-programmes d’équipements sportifs (1963-1965) - (19661971), déterminantes dans la dynamique départementale ultérieure.
 
2. Problématique, hypothèse et méthode
 
 
Pourquoi ces projets d’équipements sportifs apparaissent-ils dans les années soixante ? Quelle est la participation respective de l’Etat, du Conseil Général, des municipalités dans ces constructions ? Quelles orientations définissent les élus à l’échelon communal ? Quelles activités physiques encouragent-ils et quelles en sont les conséquences sur la vie sportive ? Les options dans le domaine de l’équipement sportif sont-elles le reflet de priorités culturelles locales ou bien l’Etat français est-il le grand ordonnateur de cette politique d’équipements sportifs ?
La situation réunionnaise conjugue les particularités d’un jeune département d’outre-mer, les indicateurs de l’expansion des années 60 et les premiers effets de l’échec de la Communauté. La réflexion sur le cas de La Réunion se situe en partie dans ce jeu d’échelles qui croise les données nationales, internationales (l’indépendance de Madagascar, le voyage du général de Gaulle et de Michel Debré en 1959) et locales.
En premier lieu, il faut souligner le temps fort constitué par la promulgation des « lois-programmes d’équipements sportifs et socio-éducatifs  », sous l’impulsion de Maurice Herzog. Si cette dimension des politiques sportives est bien souvent évoquée, il convient néanmoins d’en approfondir les sous-bassements, le cadre législatif et les acteurs. Il importe ainsi de se placer à l’échelle des politiques nationales d’équipements sportifs menées de 1958 à la fin des années 60.
Partant du constat initial sur les retards alarmants du jeune département, le second temps de la recherche évalue les effets d’une politique de la Nation sur La Réunion de 1959 à la fin des années 60. Comment concrètement ces mesures se répercutent-elles ? Quels sont les priorités et les relais de l’Etat français ? Quelles sont les résistances et les difficultés observées ?
L’hypothèse majeure qui guide notre réflexion repose sur une paradoxale inversion des pôles de décision et l’action déterminante de Michel Debré. Dans la dévolution des pouvoirs, à 10.000 kilomètres de la métropole, les autorités locales (conseil général, municipalités) ne sont que des points-relais d’une politique orchestrée depuis Matignon. Au lendemain de son voyage à La Réunion (juillet 1959), Michel Debré entend déjà mener une politique volontariste dans le D.O.M. (Combeau, Gauvin, 2002). Dans un contexte réunionnais marqué par le poids des idées communistes (deux députés sur trois en 1956, la création en 1959 du Parti Communiste Réunionnais dirigé par Paul Vergès) et la décolonisation de Madagascar, il sait pouvoir compter sur le soutien affiché du préfet Jean Perreau-Pradier. Depuis sa nomination, le 13 juin 1956, le préfet, surnommé le « vice-roi », est le principal planificateur de la lutte anticommuniste sur l’île. En six années, il parvient à laminer la représentation édilitaire de la gauche communiste et toutes les oppositions municipales dans les 24 communes (Combeau, 2001). En 1963, Michel Debré entre directement dans l’espace politique réunionnais. Il est candidat contre Paul Vergès à l’élection législative partielle (mai 1963) et devient parlementaire de La Réunion. Il le restera un quart de siècle.
Michel Debré, placé à la tête du gouvernement français (1959-1962), puis comme député de La Réunion (1963-1988), est un acteur décisif de la modernisation du département. Avec ce temps de décalage, caractéristique des rythmes de l’histoire nationale et de La Réunion, se superposent, voire se confondent une politique nationale et une politique locale d’équipements dont on perçoit l’extrême centralisation. L’expression de la singularité locale en matière d’équipements sportifs réside dans l’effort exceptionnel consenti par l’Etat français au tournant des années 60.
Avant de dégager l’ensemble des résultats de cette enquête, nous en précisons les méthodes de travail et d’investigation. La méthodologie de la recherche s’appuie explicitement sur la démarche historique. Pour construire le matériau d’étude, nous avons collecté les informations utiles à partir de multiples sources locales : rapports annuels sur l’enseignement public, rapport d’activités du service de la Jeunesse et des Sports, procès-verbaux des conseils municipaux de la mairie de St-Denis, presse locale, témoignages. Afin de recouper des données obtenues au niveau local et de restituer la position de La Réunion dans un ensemble national plus vaste qui intègre les autres D.O.M et T.O.M., nous avons travaillé à partir du fonds d’archives du ministère de la Jeunesse et des Sports déposé aux Archives Nationales en nous référant aux textes officiels. Au regard de l’action fondamentale de Michel Debré, député de La Réunion de 1963 à 1988, une enquête a été menée à Paris, à son secrétariat personnel. Ce dépouillement systématique a permis de synthétiser dans un travail de cartographie l’implantation des infrastructures. Ces instantanés autorisent la reconstitution du paysage sportif, facilitent sa visualisation et sa compréhension en dégageant des dynamiques.
 
3. Vers une politique des équipements sportifs en France: la promulgation des lois-programmes
 
 
Dans le domaine des équipements sportifs, comme dans de nombreux autres secteurs de la vie politique, économique et sociale, l’année 1958 avec le changement de République symbolise le passage de « la non-décision à la décision ». On ne peut comprendre l’évolution spectaculaire des subventions dévolues aux équipements sans évoquer le véritable bouleversement que constitue le phénomène de la croissance économique. Ces années d’expansion font faire au pays un saut qualitatif : Les effets sur la société, ses modes de vie, ses valeurs sont marquants (Berstein, 1989). Cherchant à impulser dans l’ordre économique un changement comparable à celui qui est pris dans l’ordre politique, Charles de Gaulle confie en septembre 1958 à un comité d’experts présidé par J. Rueff le soin de proposer des mesures d’assainissement à long terme. Ainsi naît en décembre 1958 le plan Pinay-Rueff. Ce plan sert de « cadre financier et monétaire à la remarquable expansion économique que connaît alors le pays en lui assurant des conditions exceptionnellement favorables : un budget en équilibre et une hausse très modérée du coût de la vie et des salaires. » (Berstein, 1989) C’est dans ce contexte de réorganisation économique que se met en place la politique de planification qui fait de l’enseignement l’une de ses priorités. Dans cet esprit de compétitivité et de progrès, le sport devient un maillon indispensable pour forger les esprits. Or, la « Commission le Gorgeu » (Amar, 1987), en 1951 avait dénoncé la carence en équipements sportifs, les difficiles comparaisons que la France supportait face à l’étranger dans ce domaine. Le « Rapport De Segogne » (Arnaud, 1992b), publié en avril 1961, réitère les mêmes constats : manque de stades, gymnases, piscines. Le Haut-Commissariat à la Jeunesse et aux Sports, présidé par M. Herzog a pour ambition de résorber le retard de la France en matière d’installations sportives.
« Au moment où je suis arrivé, le patrimoine d’équipements sportifs était très pauvre. Il n’y avait pratiquement rien : deux à trois piscines olympiques, les stades étaient de mauvaise qualité, peu nombreux, sans parler des autres équipements. Même en Allemagne, qui avait été très détruite, les équipements sportifs étaient beaucoup plus importants. Nous étions complètement dépassés. Nous étions dans une situation lamentable. » (Herzog, 1994).
Soutenu par le Premier Ministre Michel Debré, et renforcé par l’arbitrage du Chef de l’Etat face aux réticences de la Direction du budget (Martin, 1998), M. Herzog obtient du gouvernement le principe même des lois-programmes qui constitue l’un des axes central de sa politique. Il précise dès 1961 qu’il faudra vingt ans pour que la France soit équipée en matière sportive, d’où la nécessité de quatre lois-programmes. Au regard des besoins criants, cette décision est unanimement saluée au sein des formations parlementaires. « Le débat parlementaire consacre ainsi, au delà du technicien appelé en 1958, un homme politique habile et efficace qui a su obtenir des pouvoirs publics cet engagement conséquent que le monde du sport attend depuis si longtemps. » (Martin, 1998).
La première loi-programme (loi n° 61-806 du 28 juillet 1961) prévoit les équipements sportifs et socio-éducatifs portant sur les années 1962, 1963, 1964, et 1965. L’Etat participe pour un montant de 630 millions de nouveaux francs. Dans un premier temps, le plan ne concerne pas le secteur de l’équipement pour l’E.P.S. scolaire, financé au même titre que tous les autres locaux scolaires sur les chapitres budgétaires intéressés. Tous les établissements d’enseignement neufs doivent comporter depuis 1959 un équipement sportif.
« Pour mieux apprécier l’effort financier que va accomplir la Nation et situer la portée exacte de la loi de plan, il convient d’ajouter aux dotations de cette loi un investissement de plus de 100 000 000 de NF par an, au titre des installations d’E.P., scolaires et universitaires. (…) Le but à atteindre est de réaliser des ensembles à usages multiples dont le plein et le libre emploi sera assuré au mieux (….) Les solutions permettant un usage permanent ou aussi long et intense que possible sont à encourager : terrains d’entraînement en sol stabilisé, sols des petits jeux dits « en dur », réchauffage de l’eau des bassins de natation de plein-air (…)  »
Cette première loi de programme doit être, selon les directives, appliquée avec souplesse. Les différents services reçoivent des instructions pour qu’il soit tenu compte des questions locales et régionales. La création de « commissions départementales du plan », présidées par le Préfet, assortie des « mesures de déconcentration des compétences » (Circulaire du 10 juillet 1961) allègent considérablement les procédures administratives. En confiant le pouvoir de décision à ceux qui, jusqu’à maintenant proposaient, l’action de l’Administration (Herzog et Philip, 1964) souhaite devenir plus efficace, plus souple, plus rapide et mieux adaptée aux nécessités locales. La mise à disposition pour 1962, de postes d’Inspecteurs placés auprès de MM. les Inspecteurs Principaux de la Jeunesse et des Sports pour remplir dans le cadre de l’académie, un rôle d’animation, de coordination et d’information sont autant de preuves à l’actif de cette politique volontariste.
A partir de 1963, le Secrétariat d’Etat obtient la maîtrise des équipements sportifs scolaires ce qui rend la planification plus cohérente et efficace. M. Herzog précise :
« (…) Pour aboutir à une utilisation optimum de ces équipements, j’ai décrété que tous les équipements sportifs créés par l’Etat ou avec l’aide de l’Etat, seraient « polyvalents », c’est-à-dire utilisables à la fois pour la population scolaire et par les clubs civils, quelque soient ces clubs d’ailleurs : corporatifs, etc. J’ai rencontré beaucoup de réticences pour faire respecter cette règle pour les équipements sportifs scolaires. Les proviseurs, les Inspecteurs d’Académie s’élevaient contre le fait de « livrer » comme ils disaient les équipements aux associations extérieures, y compris si les installations n’étaient pas utilisées, le week-end, par exemple. On connut de véritables conflits entre les différents utilisateurs. Il était extrêmement délicat de transformer les mentalités. » (Herzog, 1994).
Pas moins de 27 textes officiels (Combeau-Mari, 1996) : arrêtés et circulaires, sont promulgués pendant ce premier plan quinquennal (de 1961 à 1965) ! Ils témoignent du suivi des opérations par le gouvernement. Des enquêtes statistiques régulières rendent compte de l’avancée des travaux. Cette première loi-programme permet la réalisation de « 30 centres sportifs, 120 stades omni-sports, 400 terrains de compétition, 684 terrains d’entraînement, 110 salles de sport, 360 gymnases, 55 piscines couvertes, 445 piscines de plein-air, 10 centres nautiques, 645 maisons ou foyers de jeunes, 120 auberges de jeunesse. » (Missoffe, 1966).
Incontestablement, l’effort réalisé par l’Etat français est conséquent. Mais à ce rythme, il lui faut compter encore dix ans pour rattraper le retard considérable accumulé au regard de certains pays d’Europe du Nord.
« La décision prise par le gouvernement de retenir à nouveau la procédure de la loi de programme – la seule qui puisse assurer une continuité dans le financement-alors même qu’il y renonçait pour toutes les autres dépenses civiles, témoigne du désir de réserver à cet effort en faveur de la jeunesse une place tout à fait à part dans la “hiérarchie des valeurs” budgétaires. » (De Caumont, 1965).
Ainsi s’exprime la satisfaction du Directeur de Cabinet du Secrétariat d’Etat, Robert de Caumont au lendemain de l’adoption par le Parlement de la seconde loi de programme (Loi n° 65-517 du 2 juillet 1965) d’équipement sportif et socio-éducatif. Elle porte sur les années 1966, 1967, 1968, 1969 et 1970. La participation budgétaire de l’Etat s’élève à un milliard cinquante millions de francs (1 050 000 000). Elle poursuit l’effort entrepris en accentuant la délocalisation et les responsabilités aux Préfets sous couvert de la « commission départementale d’équipement ». Une attention toute particulière est réservée aux équipements sportifs et socio-éducatifs des grands ensembles souvent négligés.
Si cette politique recueille un assentiment général, quelques critiques cependant émanent des élus locaux, le plus souvent de gauche (socialistes ou communistes), qui dénoncent déjà la tendance « trop centralisatrice de l’appareil étatique » (Callède, Dané, 1991). Selon certains maires communistes, le dispositif administratif sert essentiellement les édiles gaullistes et les proches du gouvernement. A Bordeaux, par exemple, Jacques Chaban-Delmas s’est vu largement reprocher par les élus de gauche sa position de notable lui permettant de tirer le meilleur parti des possibilités offertes par la politique de l’Etat (Callède, Dané, 1991).
Globalement la période gaullienne a marqué son efficacité en matière de constructions sportives : plus de 2850 stades et terrains de sport, 1480 gymnases et salles de sport, 710 piscines.
« S’il existe un domaine durant cette période où l’action du pouvoir central est jugée généralement positive, c’est celui des équipements. » (Houel, 1979).
En effet, le bilan quantitatif est élogieux. Certes, il est possible de relever la normalisation des espaces (Augustin, 1995) ; la prise en compte d’une seule forme de pratique : la pratique sportive compétitive. Il n’en demeure pas moins que le paysage et la vie des Français ont changé grâce à ces nouvelles infrastructures. Cette impulsion est-elle réservée au territoire métropolitain ? Comment sont pris en compte les départements d’outre-mer dans le domaine des équipements sportifs ?
 
4. Sa mise en application locale: la Réunion(1956-1971)
 
 
4.1. Les textes officiels pour les D.O.M. : un discours valorisant la déconcentration et l’adaptation
Nous pouvons considérer que dans la limite des moyens budgétaires disponibles, un effort de rattrapage de ces politiques nationales a été consenti Outre-mer. Tout en relativisant l’objectivité de l’information, certains témoignages restent incontournables.
« Cette politique n’a pas été appliquée partout de la même manière, car pour ce qui est des D.O.M, T.O.M, les situations locales étaient très différentes. Je ne parle pas évidemment de l’inversion des saisons. (…) J’ai tenté de m’adapter. D’autre part, j’ai constaté qu’il y avait un retard encore plus grand dans les D.O.M-T.O.M. C’est pourquoi, il leur a été attribué des quotas de crédits spéciaux. J’ai fait un effort considérable pour doter ces départements qui avaient été laissés à l’abandon, pour qu’ils puissent rivaliser avec la métropole. » (Herzog, 1994)
Sur le plan des textes officiels, nous constatons une réelle démarche vers la déconcentration du pouvoir décisionnel qui de l’Etat est transféré vers le Préfet. Dans le cadre des départements d’outre-mer, le décret n° 60-407 du 26 avril 1960, relatif à la déconcentration administrative et aux pouvoirs des Préfets dans les D.O.M les investit de la qualité d’ordonnateurs secondaires pour l’ensemble des dépenses civiles de l’Etat. Parmi celles-ci figurent les dépenses d’équipement scolaire et sportif.
L’arrêté du 17 mars 1962 désigne les Préfets « personnes responsables des marchés ». La circulaire du même jour précise dans quelles conditions s’exercent ces nouvelles attributions, et comment elles s’organisent avec les « services constructeurs désignés ». Choisir la procédure de passation des marchés (appel d’offres, adjudication), fixer les prix maximum, agréer les entreprises, attribuer et signer les marchés, confier aux services techniques le suivi et le contrôle de l’exécution des travaux : telles sont les tâches qui incombent aux Préfets. Ce pouvoir supplémentaire dévolu aux préfets des D.O.M est assorti d’un certain contrôle de l’Etat.
Si dans une première étape du plan quinquennal (1961-1965), les directives en matière d’équipements sportifs sont strictement alignées sur celles de la métropole : nature et normes des constructions, la circulaire n° 240 du 13 mars 1964 vise à prendre en compte « les conditions propres aux départements d’outre-mer et leurs besoins spécifiques fort différents de ceux de la métropole. » En ce sens, il devient nécessaire d’apporter des correctifs aux normes de ces équipements. Sur le plan technique, certaines considérations climatiques sont intégrées, notamment la prise en compte du régime des alizés, des risques de cyclones.
« Les pignons pleins seront orientés face aux vents dominants ou très légérement de biais. Il semble que l’orientation entre grand axe compris est-ouest et nord-est, sud-ouest soit la meilleure, les locaux annexes étant situés côté sud. Les aires couvertes seront étudiées pour résister aux vents violents et cyclones (….) Les gymnases ne seront pas chauffés. Ils seront fermés, mais une large ventilation sera prévue (…) Les piscines, elles, ne seront pas réchauffées, mais elles comporteront un système de traitement des eaux. »
La logique poursuivie par les pouvoirs publics pour ces aménagements à l’échelon local interpelle cependant. Comment justifier la construction de gymnases systématiquement plus petits alors que les groupes scolaires, et les collèges sont beaucoup plus grands ? La multiplication des aires d’extérieur est un point positif. Mais, derrière ces adaptations se profile davantage un souci d’économie que d’adéquation aux exigences locales.
Avec cette tentative de déconcentration qui déplace le pouvoir vers le préfet, nous observons la plus grande vigilance au moment de leur nomination et leur fonction éminemment politique.
4.2. Les réalisations concrètes à La Réunion : rattrapage et centralisation
Deux événements ont été déterminants dans le processus d’équipement à La Réunion.
Le premier est lié à la visite du Général De Gaulle le 9 juillet 1959, accompagné de M. Debré, Premier Ministre, et de J. Soutelle, Ministre chargé des départements d’outre-mer. La visite du Général de Gaulle, au tout début de son investiture, en pleine crise algérienne marque son attachement à la France d’outre-mer. Alors que la départementalisation était si peu entrée dans les mentalités, ces deux brèves journées constituent un moment singulier dans la concrétisation des lois de 1946. Quelques semaines après ce voyage, Michel Debré est l’initiateur d’un ensemble de mesures en direction de La Réunion. Principales décisions : la création du B.U.M.I.D.O.M., (Bureau d’immigration des départements d’outre-mer) et la mise en œuvre d’une loi-programme sur les équipements. Parmi une série d’engagements gouvernementaux, la loi fixe une liste d’instructions pour le Ministre de l’Education Nationale afin de développer les écoles et, en particulier, de créer un second lycée qui devient en 1965 le lycée Roland Garros.
Le second événement à prendre en compte est plus directement lié au problème des équipements sportifs. Il s’agit de la visite, en juin 1959, à La Réunion de l’Inspecteur Général Delpech. Mandaté par le Haut-Commissaire à la Jeunesse et aux Sports, M. Herzog, l’inspecteur doit réaliser un état des lieux des équipements sportifs afin de définir les priorités. Le rapport de M. Delpech rencontre un écho favorable à Paris et déclenche une réelle transformation des équipements sportifs.
L’action prépondérante reste l’aménagement fonctionnel des terrains de football qui se maintient comme l’une des priorités en matière d’équipement [1] pendant toute la décennie 1960-1970. Des détails jugés dérisoires dans les années 50 : marquage du terrain, création de tribunes, construction de gradins, clôtures des terrains, apparaissent progressivement essentiels, notamment pour l’évolution des techniques de jeux. Tous ces dispositifs autorisent un meilleur contrôle et encadrement de l’activité, mais cette dernière perd du même coup son aspect festif et convivial.
Autour de cette installation « centrale » sur les plans symboliques et géographiques, commencent à poindre des considérations multi-sports qui se matérialisent par des espaces annexes de sports collectifs de petit terrain, des sautoirs, des pistes d’athlétisme, des aires de lancer.
Deux constats majeurs émergent dans cette analyse géographique : la centralisation des installations sur St-Denis, la capitale et une tendance à la diversification des pratiques. La localisation est majoritairement urbaine et côtière. Cette donnée s’articule avec le développement des réseaux de communications sur le département. Le centre du département, montagneux, et les « écarts [2] » se situent en arrière-plan de ces « nouveautés ».
Il faut attendre officiellement novembre 1962 pour que le plan d’équipements sportifs s’organise (notification de son acceptation par le secrétariat d’Etat) et intègre la première loi-programme dans les D.O.M. Il couvre la période 1962 à 1965. De plus l’impulsion de l’Etat [3] se manifeste au regard de l’aide consentie, qui peut atteindre 75 % du coût de l’opération, pour 50 % en France métropolitaine. La fin d’année 1965 marque l’achèvement du IVème plan, dont on peut tirer un premier bilan. Toutes les opérations prévues au plan 1962-1965 sont réalisées. L’île n’a pas manqué d’inaugurations spectaculaires : les grands stades du Port, de St-Pierre, de la Redoute à St-Denis ; les piscines de Ste-Suzanne et St-Benoît. Ces réalisations s’inscrivent à l’actif des communes et symbolisent, sans investissement excessif de leur part le dynamisme des maires.
Au total, à La Réunion, le IVe plan (1963 à 1965) a comporté la construction de 7 stades omni-sports, 8 terrains de sport et d’entraînement, 2 piscines, 2 gymnases, de nombreux travaux d’aménagement sur les terrains existants. Le bilan est significatif : le stade municipal, dans la réalité plutôt investi par le football, reste dominant. Les aires couvertes sont encore rares en 1965, deux seulement sont achevées, mais d’autres projets sont en cours. Les premières piscines voient le jour avec la réalisation de la piscine du Barachois à St-Denis et de celle de Ste-Suzanne.
A l’aube du Ve plan de 1966 à 1971, un certain nombre de handicaps, spécifiques au département de La Réunion, doivent être intégrés.
La dispersion de la population et les problèmes de circulation, particulièrement dans les « hauts [4] », ne permettent pas la banalisation des équipements et la réalisation d’ensembles sportifs ; les petites écoles de trois à cinq classes foisonnent. Le relief et la nature des sols entraînent des dépenses d’adaptation considérables. Dans les « Hauts », les sols ou rocheux ou trop meubles, présentent de très fortes déclivités. Dans les « Bas [5] », les meilleures terres sont mises en exploitation et les équipements sportifs se trouvent relégués sur des zones inondables en cas de fortes pluies, ou bien sur des sols inconsistants. Les conditions climatiques, qui entraînent une dégradation rapide des équipements, impliquent des investissements plus importants qu’en métropole, pour permettre une réalisation, sinon de meilleure qualité, du moins plus rustique. En dépit du taux préférentiel accordé par l’Etat pour les subventions, les collectivités locales qui ont à faire face à un effort important de modernisation : voirie, électrification, égoûts, désenclavement des zones rurales, adduction d’eau, scolarisation, éprouvent les plus grandes difficultés à réaliser l’équipement sportif et socio-éducatif indispensable. Il faut signaler que le seul organisme prêteur de La Réunion : la Caisse Centrale de Coopération Economique, n’a pas une capacité de prêt suffisante pour permettre le financement des dépenses non-subventionnables. L’absence d’enveloppe de prêt régionalisée de la Caisse des Dépôts et Consignation se fait cruellement sentir.
La poussée démographique et la poussée scolaire au niveau du premier cycle, ainsi que l’urbanisation accélérée remettent constamment en cause les tentatives de planification faites en matière d’équipements sportifs. Ces nombreuses difficultés expliquent en partie les lenteurs observées.
Le projet initial [6], inscrit dans le Ve plan, in fine prévoit la construction de 19 stades, 6 piscines, 15 maisons des jeunes, 6 colonies de vacances, 5 centres de nautisme et sports de mer, des équipements scolaires et municipaux et des installations sportives dans les établissements d’Etat.
Qu’en advient-il concrètement ? Le point peut être réalisé à l’aide de la carte des équipements sportifs de 1971 (voir la carte 2 ci-après). Les promesses ont été tenues avec la livraison des stades omni-sports. En dehors de St-Philippe, St Joseph et Petite Île, chaque commune est équipée d’un stade municipal ou de terrains omni-sports. Les équipements sportifs scolaires relativement rudimentaires ont été construits avec pour les établissements du second degré : lycée Leconte de Lisle et Roland Garos l’ouverture de petits gymnases, la livraison d’une piscine à l’Ecole Normale de St-Denis. Cinq piscines sur les six prévues sont achevées. Enfin trois centres de nautisme sont ouverts sur la côte ouest de l’île.
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Certaines projections n’aboutissent pas dans le cadre de cette seconde loi-programme. La création d’infrastructures de qualité à St-Denis est repoussée à la fin des années 70, dans la dynamique de création des Jeux de l’océan Indien. Le C.R.E.P.S (Centre Régional d’Education Physique et Sportive) n’est toujours pas sorti de terre, malgré la redondance des discours sur la formation des cadres. Encore une fois, la lecture de la carte ne peut occulter la centralisation des équipements et les choix réalisés. Urgence et économie constituent les maîtres-mots de ces constats. Les installations de plein-air dominent largement le paysage. Elles valorisent la pratique des sports collectifs de petits et grands terrains. Les installations couvertes et les piscines sont encore très insuffisantes même si le climat tropical atténue ces manques.
 
5. Conclusions
 
 
Au terme de cette étude, deux grandes étapes se dégagent dans le développement des équipements sportifs à La Réunion.
  • la première étape : 1956 à 1963 est celle de la naissance de l’idée d’équipement sportif sur le « nouveau » département. Eugène Raude, premier Inspecteur de la Jeunesse et des Sports mène une action de sensibilisation, relayée par la presse et les élus départementaux. L’équipement sportif-roi est le « stade de football ».
  • de 1963 à 1971, l’équipement sportif réunionnais devient la politique de l’Etat français qui opère un réel effort de rattrapage. A La Réunion (avec deux ans de retard), comme en France métropolitaine, les lois-programmes d’équipements sportifs et socio-éducatifs déclenchent rationnellement le dispositif d’aménagement du territoire. Il faut donc attendre 1963 pour que se mette en place une véritable politique de « départementalisation » sur le plan des équipements sportifs. Par-delà les velléités de déconcentration du pouvoir inscrites dans les textes officiels, s’impose la prise en charge quasi-totale par la puissance publique de l’équipement sportif local tant sur le plan des décisions que du suivi. L’Etat est le grand pourvoyeur de fonds. L’interventionnisme de l’Etat français est à relier à l’engagement politique de Michel Debré, d’autant plus marquant que sa première législature 1963-1967 s’est déroulée sous la haute autorité du Général de Gaulle. Michel Debré a pu disposer des moyens nécessaires pour mettre en œuvre ses conceptions politiques du rôle de la France outre-mer, La Réunion devant servir d’exemple (Gauvin, 1996). Dans un paysage politique débarrassé de toute opposition, Michel Debré « gouverne » le département, en s’appuyant en toute confiance sur son nouveau préfet, Alfred Diefenbacher.
« De la date de ma première élection, en mai 1963, à la mort de Georges Pompidou onze ans plus tard, je suis à Paris traité comme le « responsable » de La Réunion : mes initiatives sont prises en considération et rien ne s’y décide sans que mon avis soit demandé. » (Debré, 1994)
De nombreux récits de chefs de service, d’hommes politiques, de responsables de la Jeunesse et des sports viennent confirmer ce mode de fonctionnement éminemment concentré. Le fait même qu’une grande partie de la documentation relative aux équipements sportifs ait été retrouvée au secrétariat personnel de Michel Debré à Paris en témoigne. La réponse pragmatique d’Olivier Philip, Directeur de cabinet de Maurice Herzog, résume assez bien la situation :
« Il y avait un facteur La Réunion : en réalité, c’était un facteur Michel Debré. L’ancien Premier Ministre était député de La Réunion. » (Philip, 1997)
Cette politique d’équipements sportifs, durablement marquée par l’empreinte de l’Etat est porteuse d’une évidente dynamique, mais elle trouve ses limites dans son incapacité à prendre en compte l’identité et les priorités locales. Avec la décennie soixante-dix, alors que La Réunion sort du sous-développement et que s’inverse progressivement ces pôles de décision (La Réunion/Métropole), de nouvelles orientations se font jour. En ce sens, se constitue une nouvelle strate chronologique, étape essentielle de réappropriation de ce patrimoine par l’implication des collectivités locales, des municipalités et l’adaptation des infra-structures aux besoins diversifiés de la population réunionnaise.
 
BIBLIOGRAPHIE
 

Articles :

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·  Combeau, Y. et Gauvin, G. (2002). Michel Debré et les Départements d’outre-mer : La Réunion. In Colloque Michel Debré, Chef de gouvernement (1959-1962), organisé par le centre d’Histoire de l’Europe du vingtième siècle, les 14, 15 et 16 mars 2002 au Sénat.
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Mémoires et thèses

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·  Dumont, J. (1999). Sport et assimilation-Les enjeux du corps performant à la Guadeloupe, de la colonie au département (1914-1965). Thèse de doctorat, Université des Antilles-Guyane.
·  Herzog, M., Philip, O. (1964). Une réforme administrative : la gestion déconcentrée et prévisionnelle, au Secrétariat d’Etat à la Jeunesse et aux Sports. Paris, I.N.S.
·  Houel, J. (1979). Analyse politique du rôle de l’Etat dans la conception et la pratique sociales des activités physiques et sportives (en France, sous la cinquième République). Thèse de doctorat de science politique, Université Paris I.
·  Martin, JL. (1998). La politique de l’éducation physique sous la Ve République enseignement secondaire. Thèse de doctorat de l’I.E.P. de Paris, mention histoire.

Entretiens

·  Herzog, M. (1994). Haut Commissaire à la Jeunesse et aux Sports de 1958 à 1966.
·  Magnien, F. (1995). Directeur Départemental de la Jeunesse et des Sports de La Réunion de 1970 à 1975.
·  Philip, O. (1997). Directeur de cabinet de Maurice Herzog de 1958 à 1963.

Sources d’archives

·  Blanchet, A. (1949). Série d’articles parus dans le journal Le Monde.
·  Delpech, R. (1959). Rapport sur les équipements sportifs à La Réunion. Archives du service départemental de la Jeunesse et des Sports.
·  Magnien, F. (1971). Rapport sur les équipements sportifs et socio-éducatifs. Archives du service départemental de la Jeunesse et des Sports.
·  Missoffe, F. (1966). L’équipement sportif et socio-éducatif en France et ses perspectives d’avenir. Archives nationales du ministère de la Jeunesse et des Sports, côte 770709, article 6.
·  Philip, O. (1960). Lettre adressée aux différents préfets d’outre-mer. Archives Nationales du ministère de la Jeunesse et des Sports, côte 780596, article 53.
·  Raude, E. (1959). Rapport sur la situation de l’équipement sportif à La Réunion. Archives du service départemental de la Jeunesse et des Sports.
 
NOTES
 
[*] E-mail : eecombeau@ univ-reunion. fr
[1] Les rapports annuels du service de la Jeunesse et des Sports dressent un bilan détaillé de l’évolution des équipements sportifs et des subventions attribuées par l’Etat sur la période qui s’étend de 1958 à 1963, période pendant laquelle E. Raude est Chef de service. A partir de 1963, les données sont moins complètes, disparaissent parfois.
[2] A La Réunion, les villages situés dans les hauts de l’île sont appelés « écarts ». Cette dénomination exprime bien l’isolement géographique, mais également culturel et social dont ils sont victimes.
[3] Le montant global des subventions s’élève à 312 000 000 F C.F.A pour quatre ans, soit 78 750 000 F C.F.A par an. Elle peut atteindre 75 % du coût de l’opération alors que la quote-part restant à la charge des collectivités publiques, soit 25 % est éventuellement complétée par un emprunt.
[4] Les Hauts de l’île sont les régions de l’île situées en altitude.
[5] Les Bas de l’île sont les parties de l’île situées en bord de mer.
[6] Les travaux représentent une dépense totale de 1 milliard et nécessitent à titre de subventions un crédit de 800 millions C.F.A. A cela s’ajoute le financement des opérations d’équipement scolaire (prises en charge par le Secrétariat d’Etat depuis 1963) pour un montant de 400 millions de subventions, le total en subventions s’élève à 1 200 millions C.F.A.
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