2003
STAPS
Rapports de recherche
L’influence du tourisme balnéaire dans la diffusion du tennis. Le
cas de la France de 1875 à 1914
Jean-Michel Peter1
[*]
Philippe Tétart2
1) PRAG EPS. Université de Rennes 2 - Campus de la Harpe -
Av. Charles Tillon 35044 Rennes Cedex.
2) Université du Maine, UFR STAPS. Avenue Olivier-Messaien.
72000 Le Mans.
Si des formes anciennes et variées de jeux de raquettes étaient
déjà connues voilà des siècles, le tennis, tel que nous le connaissons
aujourd’hui, est un sport jeune. C’est un produit de la société de la fin du
XIXe siècle. Plus précisément,
c’est le produit d’un espace social et territorial particulier, celui
qu’arpentent les classes aisées. Un univers qui prend sa forme, construit son
identité et ses usages modernes à la charnière des XIXe et XXe siècles, en liaison avec le tourisme
balnéaire et la plage comme point de polarisation. C’est au travers de cette
plage, et en particulier de son illustration par les cartes postales, qu’est
abordée ici la question de la diffusion tennistique entre 1875 et l’avant
Première Guerre Mondiale.
Mots-clés :
tennis, loisir, tourisme, plage, cartes postales.
Event though racket games existed in a variety of forms centuries
ago, Tennis in its present form is quite a new game. It is a product of the
late nineteenth century’s society. More exactly, it is a product of the social
and territorial environment occupied by the wealthy classes. More especially,
an universe taking shape within this space, constructing its own identity with
its modern uses at the turn of the nineteenth century : the seaside resort
organised around the beach. We will use the beach and its representation on
postcards in our approachs of the dessimenation of tennis between 1875 and the
first world war.
Keywords :
tennis, leisure, tourism, seaside, post-cards.
Obwohl alte und verschiedene Formen von Rückschlagspielen schon
vor Jahrhunderten bekannt waren, ist Tennis, so wie wir es heute kennen, ein
relativ junger Sport. Es ist ein Produkt der Gesellschaft Ende des 19.
Jahrhunderts. Genauer gesagt ist es ein Produkt eines besonderen sozialen und
territorialen Raumes, und zwar jenes, in dem sich die reichen Klassen bewegen.
Ein Universum, das am Übergang des 19. zum 20. Jahrhunderts Form annimmt, seine
Identität und seine Gewohnheiten konstruiert in Verbindung mit dem
Strandbadtourismus und dem Strand als Polarisationspunkt. Hier wird von diesem
Strand ausgehend und besonders auf der Basis seiner Darstellung auf den
Postkarten die Frage der Verbreitung des Tennis zwischen 1875 und dem Beginn
des Ersten Weltkrieges angegangen.
Schlagwörter :
Tennis, Freizeit, Tourismus, Strand, Postkarten.
Se forme antiche e diverse di giochi di racchetta erano già
conosciuti da secoli, il tennis, come è conosciuto oggi, è uno sport giovane. È
un prodotto della società della fine del XIX secolo. Più precisamente, è il
prodotto di uno spazio sociale e territoriale particolare, quello che
identifica le classi agiate. Un universo che prende la sua forma, costruisce la
sua identità ed i suoi usi moderni a cavallo del XIX e XX secolo, in unione con
il turismo balneare e la spiaggia come punto di polarizzazione. È attraverso
questa spiaggia, ed in particolare della sua illustrazione attraverso le
cartoline, che è affrontata la questione della diffusione del tennis tra il
1875 e la vigilia della Prima Guerra Mondiale.
Parole chiave :
cartoline, tempo libero, tennis, turismo, spiaggia.
A través de la historia se puede hablar de diversas formas de
juegos de raquetas, sin embargo el tenis aparece como un deporte joven siendo
un producto de la sociedad de fines del siglo XIX. Precisamente es el producto
del espacio social y de territorio particular, de las clases sociales
dominantes. Estos grupos sociales construyen su identidad entre el siglo 19 y
20 especialmente en relación al turismo balneario de playa. Es através de la
playa y especialmente de las tarjetas postales que se aborda la pregunta de la
difusión del tenis entre 1875 y antes de la primera guerra mundial.
Palabras claves :
tenis, recreación, turismo, playas, tarjetas postales.
Fin 1874, les Anglais découvrent le
kit portatif de tennis que le major
Walter Clopton Wingfield a fait breveter en février de la même année, trois
mois après avoir édicté ses règles originales du lawn tennis. Tous les
historiens s’entendent pour situer la naissance du tennis moderne à cette
période clef. Toutefois, il serait simplificateur de s’en remettre à la seule
ingéniosité et à l’imagination de l’inventeur pour définir de façon anecdotique
et déterministe la rythmique sociale et spatiale dans laquelle le tennis
moderne effectue ses premiers pas. En effet, si ce prêt-à-monter, à partir de
la fin des années 1870, favorise l’essor tennistique, ce n’est pas
ex nihilo
[1]. S’il fait rapidement le bonheur des
amateurs de sport, c’est qu’il répond, techniquement et pratiquement, au besoin
préexistant d’un personnage qui s’affirme à la fin du siècle : le
sportsman touriste, qui veut pouvoir
aisément disposer du matériel permettant l’apprentissage ou la pratique d’un
jeu (jeu de raquette, croquet), quand il le veut, lorsqu’il le veut. La nature
portative du kit Wingfield renvoie donc directement à l’idée d’une pratique
sportive vagabonde, vacancière. Une pratique que seules les élites peuvent
alors se permettre ; que ce soit sur la Riviera, bientôt rebaptisée Côte d’Azur
(1877), ou sur les côtes normande et bretonne. Ces remarques renvoient donc
d’emblée à l’idée d’un tennis se développant avec le tourisme balnéaire. La
nature de l’invention de Wingfield n’est donc pas insignifiante et elle incite
à étudier l’histoire des lieux et des conditions socio-historiques du
développement de la pratique tennistique moderne, particulièrement dans
l’espace balnéaire.
*
Les craintes d’un Lichtenberg se demandant en 1913 dans
l’Illustration si la
« vogue » du tennis serait aussi
« éphémère que l‘Empire d’Alexandre »
sont depuis longtemps apaisées par la bonne fortune que ce sport connaît en
France. Ce succès, la FFT – qui est aujourd’hui la plus importante fédération
en sport individuel – le doit notamment à de lointaines racines anglo-saxonnes,
puisque le tennis gagna la France par ses côtes et ses plages, à l’instigation
des touristes anglais, grands exportateurs de modes sportives. Les cartes
postales de la Belle Époque témoignent de cette période pionnière ; le tennis
est d’abord un
tennis de plage, avant
de conquérir l’ensemble de l’espace balnéaire. De Dieppe à Dinard en passant
par Cabourg, Etretat ou Paramée sur les côtes de la Manche ; de Cannes à Nice
et Menton sur la Côte d’Azur ; de La Baule et des Sables d’Olonnes jusqu’à
Arcachon, Pornichet, Royan ou Biarritz pour la côte Atlantique, nombre de
cartes montrent la percée tennistique. Elles soulignent le rôle clef du
développement balnéaire et touristique dans l’implantation du tennis en France.
Grâce soit donc rendue à l’invention de la carte postale
[2] et à l’engouement qu’elle suscita à la
charnière des XIX
e et
XX
e siècles (en particulier
pour les vues
touristiques) ; car ceci
permet aujourd’hui d’observer certains aspects de la diffusion tennistique dans
les stations et d’illustrer, au sens propre, l’arrivée des
tennisseurs dans l’univers
balnéaire.
1. L’invention du jeu de tennis et son succès dans les nouvelles
pratiques de loisirs
Fin 1874, les Anglais découvrent dans les journaux l’invention
d’un kit portatif d’un jeu de balle, dont la firme londonienne
French & Cie (sic) détient le monopole
de fabrication. Le Major Wingfieldd orchestre une campagne de publicité dans la
presse cependant que paraissent des règles confuses permettant une adaptation
personnelle du jeu (Gillmeister, 1998). Ces règles sont un mélange de celles de
la paume (décompte des points), du badminton (avec alors un filet d’une hauteur
de 1.52 m sur les côtés) et du « racket » (ancêtre du squash, pour la forme des
raquettes et la façon de remporter une partie à la volée). Avec ces règles
souples et nouvelles, le tennis fait très vite des adeptes. Il essaime dans les
lieux de villégiature à la mode, en Angleterre, puis en France. On le voit
d’abord sur les plages, à l’instigation des touristes anglais, puis il
conquiert les pelouses des hôtels, les jardins des villas. En 1885, une des
chroniques mondaines de la Riviera parue dans l’Illustration en atteste.
« J’ouvris la fenêtre de ma
chambre, dans cet hôtel (…). Je vis le ciel pur, la Méditerranée toute bleue
avec les tâches claires des voiles blanches, et tout en bas, verdoyait le
jardin semé d’orangers. Sur la pelouse rayée de lignes blanches un filet se
trouvait tendu, et des jeunes gens, en costume de flanelle, jouaient
paisiblement au lawn-tennis. C’étaient des Anglais en voyage, traînant avec
eux, comme ils font toujours, le détail de leurs habitudes anglaises.
»
Kit pratique, règles souples et mimétisme des pratiques
anglaises à la mode favorisent une greffe rapide sur les côtes
françaises.
1.1. Ce tennis qui vint par la mer…
Cette implantation du tennis de
plage – et par extension du tennis
balnéaire – est donc au premier chef déterminée par le développement
des sports et des loisirs touristiques.
Au cœur du XIXe siècle, à l’intersection de l’essor
industriel britannique, de la tradition insulaire d’activités de plein air
liées à la nature et de l’appétit des classes aisées pour les pratiques
physiques, récréatives et hygiéniques, se crée un nouveau marché. De nouveaux
jeux sportifs émergent. Ils concurrencent les jeux traditionnels. Le tennis
prend place dans cet élan. Il en profite pleinement. Puis il s’organise. Il se
dote de ses premières structures et calendrier avec les clubs, les tournois,
les championnats nationaux (1889 en France), les rencontres internationales
comme Wimbledon (1877) et la Coupe Davis (1900), la naissance des fédérations.
Ces étapes lui permettent de se construire en institution, d’essaimer, de «
polariser », selon le mot de Georges
Vigarello (1995), et ainsi de développer sa première assise. En France, ce
premier essaimage débute sur les plages ou leurs abords. Aux heures fastes du
PLM et de la Compagnie de l’Ouest, l’acculturation tennistique des élites
vacancières, des rentiers qui rejoignent Biarritz, Hyères ou Dinard aux belles
saisons est en effet favorisée par la rencontre avec les touristes anglais et
la naissance de cette nouvelle activité qu’est le
tennis de plage. Instructives sont, à cet égard, certaines affiches
du PLM. vantant les mérites de Menton par exemple, où sur fond azuréen, de
palmiers et de Méditerranée, des vacanciers raquettes sous le bras se promènent
sur le front de mer (Musée du Sport).
Photo 1
1908- Berck, Le Tennis sur la Plage (noter la boîte
comportant le kit au premier plan). Aqua Photo, L.V et Cie, Paris.
Avec leur rôle connu d’ambassadeurs de la diffusion du sport
moderne, les Anglais expatriés ou touristes sont donc les premiers exportateurs
de cette nouvelle activité sportive et ludique. Dès 1875, à Dinard, les
touristes anglais possesseurs d’un kit jouent sur le sable avant d’installer
des courts au cœur d’une de leurs stations fétiches (Sarge, 1993). En 1881, à
Cannes, autre lieu prisé, l’Hôtel Beau-Rivage construit un des premiers courts
pour satisfaire sa clientèle anglaise. Toujours à Cannes et la même année, les
jumeaux Renshaw, plusieurs fois vainqueurs de Wimbledon, installent leur camp
d’entraînement hivernal à l’hôtel Beau Site. Ce dernier comprend un terrain de
tennis dès 1875 (Clerici, 1976). Mais les Renshaw font aussi bâtir deux
nouveaux courts à l’hôtel Gallia en 1881 (Rollan, 1998). En Italie, ce sont
encore des Anglais qui apportent le tennis à Bordighera (1878). Puis, celui-ci
élit domicile à Monte-Carlo (1886), Nice (1890), Menton (1901-1902)… Cette
trajectoire, des côtes de la Manche vers la Suisse, puis vers la Côte d’Azur et
l’Italie, correspond précisément à l’axe sur lequel se développe la
transhumance touristique des Anglais aisés du XIXe siècle (Boyer, 2000). On ne saurait
mieux souligner le lien entre développement tennistique et tourisme.
Dans le même élan, dans la plupart des stations à la renommée
montante, d’Hyères à Biarritz, La Baule… les premiers clubs apparaissent ; là
encore souvent à l’instigation des colonies ou des touristes anglais. C’est
notamment le cas à Dinard en 1877, avec le Tennis-Club (Rollan, 1998). Comme
l’ont démontré les analyses cartographiques de J. Bales et F. Rollan (Bales,
1989 ; Rollan, 1997), la présence touristique des Anglais sur les côtes
françaises s’avère capital. La presse française en rend d’ailleurs compte. En
septembre 1887, pour le journal Gil
Blas, Maupassant dépeint cette mode importée à Étretat. Non sans
quelque ironie.
« Autrefois, on allait à la
mer pour prendre des bains et nager. Aujourd’hui, on vient sur les plages pour
se livrer à un exercice d’une nature toute différente… du matin jusqu’au soir,
on rencontre dans les rues du village marin et sur les routes avoisinantes,
dans les près, par les champs, au bord des bois, partout des hommes, des
femmes, des enfants, des vieillards, des vierges, des mères de famille
déformées par cinq ou six accidents de reproduction ; les hommes vêtus de
complet en flanelle blanche, les femmes d’un petit uniforme à jupe courte et
tous portant à la main une raquette […] On les voit, par troupes s’agiter
éperdument, courir, sauter, bondir en avant, en arrière, avec des cris, des
contorsions, des grimaces affreuses, des gestes désordonnés, pendant plusieurs
heures de suite, maintenus par un filet qui arrête leurs emportements… C’est
ainsi que l’on s’amuse […] qu’on vient aux bains de mer en l’an
1887. »
1.2. De l’art de dresser aisément un court
Grâce à cette exportation anglaise, le tennis est en vogue
sur les plages françaises dès le tournant des années 1880. Sa mode est
déterminée par l’aisance avec laquelle se dresse un court. Le brevet du
game of sphairistike ou
lawn-tennis protège en effet du
plagiat un prêt-à-monter élémentaire faisant penser aux actuels kits de
badminton pour la plage : quatre raquettes légères, une réserve de balles
creuses en caoutchouc, un filet avec ses piquets et des bandes pour tracer le
terrain. Le kit Wingfield rend enfantin l’art de délimiter un espace de jeu. Sa
commodité, renforcée par la possibilité de dresser le terrain à peu près
n’importe où (dès lors que l’on dispose d’un terrain plat), permet d’expliquer
la rapidité de l’imprégnation tennistique, particulièrement sur la plage.
Nombre de cartes en témoignent. À Arromanches (photo 2), Coutainville,
Sainte-Adresse, Cayeux-sur-Mer, Pornichet, à Royan, sur les îles de Ré ou
d’Oléron, les terrains fleurissent à même le sable, dans un contexte naturel et
vierge. Parfois on les découvre en léger retrait de la plage, comme au Havre
(photo 3). Ailleurs, à Pornichet ou à Merlimont-Plage (Pas-de-Calais), on
observe des mises en place à peine moins rudimentaires, comprenant des
protections sommaires autour du court vite dressé.
Photo 2
1908- Arromanches, vue générale montrant un terrain de
tennis tracé sur la plage à marée basse dans une nature vierge. LL.
Photo 3
1909- Le Havre, le tennis sous la Hève. Joueurs de tennis
sur un court près de la plage avec des protections rudimentaires. Collection
AL.
1.3. Le tennis détrône le croquet
Outre l’attrait de la nouveauté, l’aisance avec laquelle on
installe un court aide sans doute le tennis à damer le pion au croquet dès
1875, sur les gazons du Devonshire, puis sur les plages de la Côte d’Opale et
du Cotentin. L’Illustration, à l’affût
des nouvelles modes pour sa rubrique « High-life » créée en 1869, le souligne.
Le 6 novembre 1880, son chroniqueur Bertall écrit :
« Les femmes n’ont point
voulu se faire distancier par les hommes sur le turf de la fashion, et elles
ont accepté avec ardeur, toutes les inventions, les excentricités nées de la
haute fantaisie des young ladies de la vieille Angleterre. (…)Depuis quelques
années, elles se sont plu à jouer au crocket, et à se distribuer généreusement
des coups de maillet sur leurs jolis petits orteils : c’était la mode en
Angleterre, english fashion. Maintenant le crocket a fait son temps de l’autre
côté du détroit, les maillets, les boules de bois, les petits arceaux de fer,
ont été relégués au grenier. C’est le lawn-tennis qui l’a remplacé (…) Le
lawn-tennis, lisez jeu de paume sur le gazon, vient de déborder cette année,
sur toutes les plages affectionnées par les Anglais et sur toutes les falaises
gazonnées(…). Ils plantent leurs filets, destinés à arrêter l’essor des balles
et à limiter le jeu, jusque sur le sable des plages, à défaut des pelouses
couvertes de gazon. »
En contrepoint iconographique de ce court récit, la vogue
tennistique balnéaire est illustrée par l’ordre de parution de certaines cartes
postales. Ainsi peut-on comparer deux cartes de la «
station de bains de mer »
Bernerie-en-Retz (sud de Pornic
[3]). En 1902, les éditions Royer et C
ie publient un «
Jeu de croquet sur la plage de Le
Bernerie ». Trois ans plus tard, les voyageurs peuvent acheter, chez
le même éditeur, un «
Jeu de tennis sur la plage
à La Bernerie ».
Photo 4
1902- La Bernerie- la partie de croquet sur la petite
plage. Collection G.I.D Nantes, Royer et Cie, imp.phot, Nancy.
Photo 5
1906-La Bernerie - les joueurs de tennis sur la plage.
Collection G.I.D de Nantes.
Cohabitation ? Concurrence ? La vérité se tient sans doute à
l’équerre entre ces deux termes. Mais à l’évidence, le tennis est devenu, au
tournant du XXe siècle, un
phénomène de la mode balnéaire si prégnant que les éditeurs se doivent de
l’offrir en photographie. Des photos attractives qui voyagent et participent
alors au développement du « grand bonjour avec
l’envoi sur le champ de nombreuses cartes aux familiers » (Rioux,
Sirinelli, 1998). Chez les destinataires, selon le principe de «
remémoration » qui est au cœur même de
la construction de la culture vacancière (Rioux, 1999), elles favorisent
l’acculturation tennistique au-delà des couches immédiatement concernées par sa
pratique, tout en associant étroitement l’idée de ce sport (jeu) moderne au
tourisme, à la mer, à l’affirmation de l’univers balnéaire.
À l’heure de l’essor du tourisme balnéaire, le concept de
Wingfield n’est rien d’autre qu’un coup de marketing génial. En quelques
années, le kit fait partie de l’attirail du parfait touriste. D’autant qu’il
débarque à l’heure où « l’organisation
saisonnière » du tourisme se met en place, renforçant par là son
identité, sa lisibilité sociale et les convoitises qu’il suscite (Boyer,
2000).
1.4. Le moteur touristique et l’appropriation du tennis de
plage
Quoiqu’elle conquière les catégories sociales qui en ont les
temps et les moyens, la pratique du lawn-tennis fait quelques grincheux.
D’abord par incompréhension. Parfois par naïveté. Sans doute est-ce ainsi qu’il
faut analyser le regard que porte Anne-Marie Robion sur l’arrivée du tennis sur
« sa » plage. Se rappelant sa prime jeunesse dans une autobiographie diffusée
sur Internet, cette fille d’un officier de marine lorientais se souvient de
l’irruption de ce « drôle » de jeu
dans son univers enfantin, au cœur des années 1890-1900.
« Le temps passait et on
arrivait aux grandes vacances. C’était la grande joie et pourtant ce n’était
guère varié. Presque tous les jours, nous prenions le bateau pour traverser la
rade et débarquions sur la plage de Port-Louis. Nous avions chacun notre petit
sac en toile cirée contenant notre costume de bain, chacun notre pelle. Maman
portait un grand sac en moleskine noire, qui contenait le goûter, la bouteille
d’abondance et la timbale. Elle n’oubliait pas son ombrelle (…). Le long de la
route, il y avait un tennis, où 4 joueurs placés aux 4 coins d’un rectangle,
munis de raquettes, se lançaient des balles, par-dessus un filet, en criant des
mots anglais. Toutes les fois, nous nous arrêtions et nous disions en chœur,
même maman : “On n’y comprend rien à ce jeu-là”. Et nous arrivions à la plage.
Là on se précipitait en courant. »
Surprise, relatif désintérêt d’une partie de la population,
voire peut-être un zest d’une anglophobie récurrente de l’opinion française,
qui oscille au rythme des relations franco-britanniques, entre l’«
intime » et l’«
orageux » (Morris, 1992). Pour juger
de ce regard critique, il faut également évoquer le poids de la perception
commune du touriste en France. L’indispensable et savoureux Larousse de 1876
définit en effet le touriste comme une « personne
qui voyage par curiosité et par désœuvrement, pour le plaisir de
voyager ». Une telle définition ne donne pas la part belle à ces
privilégiés, même si le tabou de l’oisiveté est sérieusement battu en brèche
par l’air du temps de la Belle Époque (Winock, 2001).
Nonobstant, la pratique du tennis sur la plage et ses abords,
dans l’enceinte des hôtels, se confirme au tournant du siècle. C’est le moment
où, sur le plan sportif, le tennis a cessé d’être «
en tant que sport de compétition, une affaire
tout à fait anglaise » (Albarran, Cochet, 1960). C’est le moment où
l’effort d’aménagement des stations devient remarquable (Rauch, 1995-87). C’est
aussi l’époque où le nombre de touristes français issus de la moyenne
bourgeoisie croît considérablement. Certes, les gens concernés par le tourisme
sont « [peu]
nombreux par rapport à
aujourd’hui », mais ils représentent
«
un phénomène très important selon les normes de l’époque » (Weber,
1986-234). Ce phénomène est amplifié par la révolution et la popularisation des
transports propres aux années 1880-1890. La conquête de la vitesse permet à la
fois un «
éclatement des lieux »
(Studeny, 1995) et une forte reconversion de la perception de la distance. Ce
sont des points cruciaux dans le développement et la première banalisation du
fait touristique et, indirectement, du tennis. Les « trains de plaisir » à prix
réduit s’ouvrent alors à une population croissante comprenant une fraction des
couches sociales urbaines nouvelles (classes moyennes montantes) et de la
petite bourgeoisie, deux catégories soucieuses de s’approprier le contenu
socioculturel du tourisme d’élite (Boyer, 1990). Le loisir balbutie et la
population fait ses gammes vacancières. Elle apprend à rejoindre en quelques
heures une station thermale, un lieu d’excursion, de pèlerinage, une foire, une
exposition universelle. Elle prend un « train de plage » pour aller de Paris en
Normandie (Caron, 1997 ; Zola, 2000
[4]). En somme, entre la fin du XIX
e siècle et les années 1910, tout
s’agence pour que puisse
« naître socialement, à
usage des premiers bataillons de privilégiés des villes, une pratique nouvelle,
les vacances » (Rioux, Sirinelli, 1998-84) ; vacances durant
lesquelles le tennis continue de creuser son sillon.
1.5. Le rôle clef des tournois de plage
Comme on l’a vu, c’est également à partir de la fin des
années 1880 que les hôtels ourlés aux côtes françaises décident de construire
des terrains. Plus, encouragés par l’accueil fait à cette initiative, ils
organisent en collaboration avec les colonies britanniques leurs propres
tournois. En 1900-1910, ceux-ci ont lieu sur la Côte d’Azur, de Monte-Carlo
jusqu’à Menton, Nice (considéré comme le championnat du Midi de la France à
partir de 1899) et Cannes, où le père de Suzanne Lenglen possédait une villa
(Bonhomme, 1991-72). Il existe aussi des tournois en Bretagne, comme à Pornic.
Ils sont autant de prétextes pour faire du sport, pour participer à une
compétition, pour profiter d’un cadre naturel agréable. C’est ce que souligne
en 1912 un collaborateur dans La Vie au Grand
Air.
« Un « court » encadré de
pins dont le murmure se marie au murmure lointain de la mer, pourtant proche…
Quelques douzaines de spectateurs religieusement attentifs… L’événement n’a
cependant pas une importance nationale, à peine régionale : c’est le
championnat de Pornic. Le spectacle que j’ai sous les yeux, vous pouvez le
multiplier par le nombre des stations balnéaires, petites ou grandes, qui
bordent notre littoral, d’Ostende à Biarritz. L’intérêt qu’il excite n’en est
que plus significatif. En vérité, le tennis, qui a modifié la physionomie de
nos plages et la vie des
vacances, le tennis, jeu joli, sociable et fin… »
Comme le souligne Reddelsperger dans
Je sais tout en 1907, ces tournois
sont utilisés à des fins promotionnelles. Ils pérennisent l’existence de courts
venus peu à peu en renfort ou en remplacement des prêts-à-monter.
« Chaque pays breton ou bien
normand vous promet simplement le tennis le plus confortable, le plus beau du
département, avec courts cimentés et saupoudrés de sable, engagement des
meilleurs champions, douches, chalets et consommations, enfin prix de toute
nature offerts par la mairie et la sous-préfecture »
Autre point important : le système de comptage des points par
handicap permet aux touristes amateurs d’affronter les joueurs de renom ou plus
chevronnés. Les hôtels encouragent ces confrontations. Ils hébergent et
défraient des champions appâtés par les récompenses. En 1910, dans la
Revue Olympique, Pierre de Coubertin
constate le succès de ces rencontres et s’en émeut.
« Les tournois se
multiplient, très faciles à arranger aussi bien qu’à fréquenter. Les
organisateurs pullulent et les joueurs aussi. On a commencé par donner des
raquettes (…). On a versé dans l’objet usuel. Toute l’argenterie de ménage y a
passé, puis la cristallerie (…). Aujourd’hui on distribue couramment dans
maints tournois des bons d’argent. (…) Où est le remède à la chose ? (…) C’est
un sport dont les adeptes sont non seulement devenus très nombreux mais
n’appartiennent à aucune catégorie spéciale. Jeunes garçons et hommes âgés,
femmes mariées et jeunes filles, gens oisifs et occupés, le lawn-tennis a fait
des conquêtes dans tous les milieux sociaux et dans toutes les périodes de la
vie. C’est une très heureuse circonstance. Voilà ce qu’il faudrait précisément
aux autres sports. Mais par là même, un tel exercice n’a plus besoin des
encouragements du dehors. »
La vigilance de l’USFSA quant au strict respect de
l’amateurisme lors des tournois des plages et des hôtels au début du
XXe siècle atteste que le
lawn-tennis d’agrément sorti de la mallette du Major Wingfield cède alors sa
place au tennis sportif de compétition et à son institutionnalisation. Mais
c’est bien à partir des stations balnéaires que s’est constitué le succès du
tennis et sa diffusion sur les lieux proches des zones de villégiature.
Françoise Rollan (1998) le souligne en dressant avec Martine Reneaud une
cartographie de l’implantation des courts de tennis en France (1995).
Finalement, à la fin du siècle, dans le calendrier des
élites, le tournoi de plage ou balnéaire a déjà rejoint les courses hippiques,
les régates, le concours du tir aux pigeons, la chasse au renard, le concours
de golf. Et il y tient rapidement une place centrale et dynamique, comme à
Biarritz (Suteau, 1998).
Les rencontres, tournois et divers championnats dans les
stations balnéaires enracinent ces nouvelles habitudes. Ils jouent un fort rôle
d’acculturation. On assiste alors à ce que Norbert Elias désigne sous le terme
de sportification, une évolution au
cours de laquelle des passe-temps ou des affrontements traditionnels, sans
règles fixes à l’origine, se métamorphosent progressivement en «
loisirs civilisés » et codifiés. Le
journaliste Fabens le souligne in
fine, dès 1895, en parlant de l’émulation tennistique dans la très
sérieuse Nouvelle Revue.
« Le lawn-tennis triomphe
dans toutes les villégiatures. Pas de villa qui n’ait son cours. Mais,
jusqu’ici, Dinard [était] un centre
important où nos meilleures
raquettes françaises allaient prendre des leçons des bons joueurs anglais.
Cette année, Etretat, où le tennis fût toujours d’ailleurs fort en honneur
s’est haussé au niveau de la plage bretonne, tout au moins en ce qui concerne
l’aménagement du terrain et le fonctionnement du club. Comme à Dinard,
tournois, handicaps, championnats vont s’y succéder. Une coupe de défi vient
d’être fondée ; elle a été disputée, le 31 août, par les délégués de dix
colonies balnéaires »
2. Les recettes d'un succès de la belle époque
2.1. Des usages sociaux en mutation
Dans une société du loisir en développement, la pratique
tennistique s’inscrit donc dans un processus de «
sportification des passe-temps » (Elias, 1994).
Ce processus civilisateur ne se limite ni à l’introduction de règles et
règlements nouveaux, ni à l’institutionnalisation
[5]. Il se déploie aussi à travers
l’évolution des sensibilités et des mentalités, des normes et des valeurs
intériorisées par les pratiquants et les spectateurs. Il touche en profondeur
aux usages sociaux.
Le sport moderne s’introduit en France au cours de la
deuxième moitié du XIXe
siècle, d’abord dans les milieux aristocratiques perméables à l’influence
anglaise. Sont alors importées, imitées et promues des pratiques rompant avec
les usages culturels anciens des élites. Cette métamorphose comportementale
intègre la conquête d’un nouveau territoire : le bord de mer, l’espace
balnéaire où se déploient de nouvelles pratiques (dont le tennis) et
s’expriment de nouvelles sensations dont la liberté du corps. Cette
métamorphose se fait au rythme où s’affirme la valeur loisir. Ainsi les valeurs
liées au temps libre, au loisir, préfigurant le temps du sport, sont centrales
dans l’enracinement du tennis (Vigarello, 1995 et 2000, Rioux-Sirinelli,
1998).
Le tennis se pare d’une valeur sociale et culturelle propre à
son temps. Outre qu’il peut symboliser l’espace et le temps du tourisme, il
aide au développement d’un imaginaire balnéaire attractif. Au travers de ces
différentes valeurs pratiques et
symboliques, au sens sociologique du terme (Weber, Durkheim), se construisent
les conditions d’une appropriation par le corps social qui intéresse les
promoteurs de la pratique et les spectateurs peu à peu familiarisés avec les
règles (sportives et de représentation) du tennis, avec ses lieux d’élection et
son calendrier. Du simple et ludique tennis de plage à son développement
compétitif balnéaire, de nouvelles sociabilités actives (joueurs) et passives
(spectateurs) se développent dans le cadre de la montée en puissance d’une
culture de loisir portée vers l’avenir. Le tennis profite de l’esprit du temps
de la Belle Époque, préoccupé de nouveauté, de défi technologique,
scientifique, humain, artistique. Un esprit du temps conquérant, soucieux de
repousser les frontières des savoirs, des libertés et des perceptions, des
sensations.
L’introduction du tennis en France se heurte cependant à la
méfiance des patrons de l’univers sportif. Si Coubertin ne dédaigne pas le
tennis, lui et les chefs de file des sports athlétiques ne le «
considère[nt] pas comme un sport ». Le
tennis « reste d’abord hors de l’espace
sportif », car il fait appel à une symbolique plus ludique ou de
détente, que sportive, ce qui explique le dilemme des
athlètes (Waser, 1996). Au reste,
l’adoption sera finalement franche. Dans son analyse de l’histoire des clubs de
plage, M. Rainis souligne d’ailleurs qu’à la Belle Époque se développe dans la
société bourgeoise un courant hygiéniste favorable à l’essor d’une culture
physique sur les stades et les clubs de plage (Rainis, 2000) ; et que cette
installation est suivie par une diversification des pratiques. De la cure
thérapie en bord de mer, on passe vite à l’idée d’une thérapie ludique
transformé en « divertissement pur et
simple » comprenant la pratique des sports nouveaux, dont le tennis
(Weber, 1986-237, Corbin, 1988). Les cartes postales éditées dans la Manche
attestent à cet égard d’une pratique régulière du tennis et du croquet (Rainis,
1998-245, et 2001).
Grâce aux efforts prosélytes des hôtels et des syndicats
d’initiative et Offices du tourisme naissants (années 1880), les pratiques
sportives, hygiéniques, et l’acculturation touristique sont également
encouragées. Les guides touristiques relaient eux les modes anglaises et le «
mode d’emploi du loisir » (Rauch,
2001-60). Ainsi, renforçant le constat fait par cartes postales interposées,
les guides Joanne de la seconde moitié du XIXe siècle consacrés à Cannes et Biarritz
promeuvent l’idée d’un mode de vie anglais qui, sur la plage et ses abords,
inclut ou implique la pratique du yachting, du cricket, du golf et du
lawn-tennis (Toulier, 2001-24). Être tennisseur en bord de mer, c’est dès lors entrer
dans une catégorie reconnue dans laquelle la bourgeoisie française peut vouloir
se reconnaître, et c’est aussi, comme il a été souligné plus haut, découvrir de
nouveaux agréments liés aux plaisirs du corps, à la recherche de nouvelles
sensations, de la liberté (Rauch, 1986-23).
2.2. La plage, le tennis et le goût des apparences
Le succès du tennis de plage se traduit vite par un double
processus d’enracinement : naissance des clubs, développement des
infrastructures dans les stations balnéaires. En dehors des grandes métropoles
urbaines, les premiers clubs voient le jour à Biarritz (1876), Dinard (1877) ou
Dieppe (1888). À la même époque, les terrains privés sortent de terre dans les
villas du bord de mer, dans les châteaux ; dans un environnement naturel et
agréable le plus souvent. De ceci aussi, en illustration de l’analyse qu’en a
proposé A-M. Waser (1991), les cartes postales de Dieppe, Le Touquet, Etretat,
Pornichet, Saint-Malo, La Baule, etc., témoignent. Elles illustrent le
développement d’enceintes privatives (hôtels, clubs, casinos) derrière les
grilles desquelles se forment des grappes de spectateurs, de curieux, comme à
Wimereux, dans le Pas-de-Calais, vers 1900 (photo 6).
Photo 6
1907 - Wimereux (Pas-de-Calais) - Olympic tennis Club.
Stévenin ed., Boulogne sur Mer.
Au-delà du plaisir procuré par une pratique sportive et
ludique (point essentiel souligné par bien des chroniqueurs de l’époque) les
conditions et lieux de ce développement structurel et infrastructurel ramènent
à la question de l’étiquette. De la même façon que, comme le souligne Marc
Boyer (1990), la « dépense ostentatoire (…) du
loisir et du tourisme » participe d’une recherche de la
différenciation sociale, le tennis et sa culture permettent d’affirmer que l’on
répond aux normes du high-life. Ce
style de vie définit encore, dans les années 1880-1900, dans certains journaux
comme l’Illustration, les rubriques
sportives. Il impose de tenir un rang et de s’exhiber de façon appropriée sur
la plage, qui a enfilé son costume de théâtre social près d’un siècle
auparavant, dans le sud de l’Angleterre (Corbin, 1988-289).
Force est de penser qu’à l’aube de l’essor tennistique, le
désir et la nécessité conjoints de paraître l’emportent sur l’exhibition
sportive, sur l’engagement sportif au sens moderne du terme ; et cohabitent
avec cet appétit de novation évoqué plus haut. La recherche de la «
distinction sociale » par le public
industriel et négociant de l’agglomération de Lille, qui fréquente les courts
permanents ou temporaires des stations proches – Malo-les-Bains, Wimereux,
Hardelot ou Le Touquet-Paris-plage (L’Échappée
sportive, 2000) – le montre. Dans le monde des lettres et des arts,
on pense à Georges Duhamel se targuant de savoir ramer, nager, rouler et «
tenir une raquette » (Scènes de la vie future, cité par Zeldin,
1979).
Si la greffe du tennis prend, c’est donc aussi que sa
pratique est un outil de représentation et de reconnaissance propre aux
élites.
Relions ce point à la question du bain et de sa
représentation. Les pratiques balnéaires fin de siècle contribuent elles aussi
à cet exhibitionnisme mondain, dont l’usage, d’abord interne, finit par
représenter un modèle de comportement social (Urbain, 1996-118). On va au bain
« pour la forme », certes. Néanmoins,
on s’y rend « surtout pour faire apprécier ses
manières élégantes au moment de sa sortie de l’eau » (Desert,
1983-180). Il s’agit de se montrer, délibérément, loin de la prohibition qui
prévalait encore une quarantaine d’années auparavant, lorsque Michelet
affirmait que toute pratique de plage imposait de se cacher du commun des
mortels, de se protéger de « l’odieux regard des
foules » (1863). Il y a du reste ici un paradoxe entre
l’exhibitionnisme mondain et la force durable des pudeurs qui imposent un corps
« camouflé » (Urbain, 1996-127), par
peur, notamment du contact social – ne serait-ce que par le biais visuel
(Corbin, 1988). Le prude recours aux bathing
machines roulantes et aux cabines de plage le montre bien (voir
Darrieussecq, 2000). La tenue très couvrante du tennisseur en témoigne aussi à sa façon, tout en
renvoyant aux canons de l’élégance et du bien-paraître.
Jouer au tennis, dresser un court temporaire ou disposer d’un
court, surtout en zone balnéaire, c’est donc affirmer l’appartenance à une
catégorie sociale, à un mode de vie et de paraître. Ceci vaut jusqu’aux années
1920 (Waser, 1996). Nous sommes loin alors de l’iconoclasme des Trente
Glorieuses, quand le tennis d’origine mondaine s’apprête à courtiser les
classes moyennes, permettant au savoureux et néanmoins critique Jacques Tati de
filmer un Monsieur Hulot – un Monsieur tout le
monde – débarquant à l’Hôtel Beau Rivage, dans un anti-cérémonial
plutôt bancal, mais raquette sous l’aisselle. A
contrario, à la fin du XIXe siècle, dans le cadre du Cercle des
Sports de l’Île de Puteaux (deux courts sont créés en 1886 sur cette sorte de
plage urbaine), à la recherche d’un
peu d’air dans la vie parisienne, les amateurs choisis de tennis (ils sont 200
dès la première année) cherchent avant tout, au mépris parfois de leur
bien-être, à séduire leurs semblables. Il s’agit de se montrer, entre élus.
Antoine « Coco » Gentien dans ses mémoires en témoigne :
« On jouait surtout au tennis
dans l’île de Puteaux entre deux parties de canotage. C’était le lieu sélect
(…). En dehors des épreuves officielles, on y disputait surtout des « prix »
dans lesquels les joueurs ne partaient pas à égalité (…)Les rivalités étaient
surtout d’ordre vestimentaire. Les femmes portaient de grands chapeaux qu’elles
retenaient d’une main, leurs jupes qui balayaient le court se relevaient
parfois et laissaient apparaître une haute bottine de cuir blanc. Mme Girod,
qui fut championne de France en 1901, mettait des gants de peau pour ne pas se
hâler les mains. Les hommes avaient des cols empesés et auraient jugé malséant
de jouer nu-tête. Quelques-uns portaient la barbe »
(Gentien, 1953-9)
Les cartes postales montrent ce goût pour une pratique
sportive associée à l’idée de rang. Au départ, le tennis balnéaire, jeu
mondain, ne souffre pas l’approximation des tenues et du comportement. Les
joueuses de tennis portent robe longue et chapeau, sur la plage, dans les
stations balnéaires et dans les clubs, du Nord au Sud de la France.
Photo 7
1906 - Lawn Tennis Club d'Etretat Collections ND
Photos
L’iconographie fournie du tennis de compétition des années
1900-1920 regorge elle aussi d’images soulignant l’attachement des joueuses et
des joueurs au standing vestimentaire. Idée du rang et phénomène de mode
(Waser, 1996-104) se conjuguent ici. Les tennisseurs eux-mêmes défendent, au-delà du
vêtement et de l’étiquette, l’idée d’une esthétique du tennis, quoique certains
reconnaissent que sa précision, la mesure des gestes qu’il impose, rivalisent
difficilement avec « l’élasticité de la
pelote » ou la « furie truculente et
poignante du football » (Lichtenberger, 1913).
2.3. Plaisir, loisir et souci de soi
Sous les costumes : la sensibilité. Le tennis est une
distraction, un jeu, un sport… Mais il relève aussi d’un jugement de goût,
associant l’entendement à la sensibilité. Comme le soulignent André Rauch
(1988) ou de Jean Didier Urbain (2002), les vacances, d’hier à aujourd’hui,
marquent l’introduction de nouveaux arts de et dans l’existence.
« Se rendre aux bains de mer revient à entrer
dans un décor qui fait de la nature une réalité de contact et de perspective
(…) Avec ces nouveaux repères, l’expérience de soi dépasse la simple ambition
curative. Elle signale l’éclosion d’un nouvel idéal du moi si l’on considère
l’image dans laquelle se reconnaît la catégorie fashionable
» (Rauch, 1988-171).
Tendu vers la recherche de passions ou d’émotions, solitaires
ou partagées, le loisir tennistique entretient un dialogue ainsi étroit avec la
conquête du plaisir intime qui joue alors un rôle moteur dans le cheminement
social des découvertes sportives. Ceci n’exclut pas pour autant des formes de
contraintes liées à son exercice : s’entraîner, se maintenir en forme
deviennent des devoirs pour qui se soucie de son corps et de la valeur de sa
prestation physique et technique. S’occuper de ses loisirs devient un mode
d’existence avec son contenu, ses valeurs, ses rythmes, ses contraintes : une
propédeutique à la conduite de soi (Rauch, 1986-24). Mais «
ces loisirs semblent laisser une part plus vaste
à l’initiative et au désir spontané. (…) Ils cultivent un art du présent, une
vénération de l’instant, pour tenter de saisir émotions et passions
éphémères… » (Rauch, 2001-287).
Le loisir devient un idéal avec ses valeurs, ses principes
moraux ; une occupation réglée par des procédés et des objectifs. S’adonner à
l’activité physique suppose l’abandon d’un certain type de confort pour
s’exercer régulièrement, en opérant un perfectionnement de ses qualités propres
(intellectuelles, physiques, spirituelles, de convivialité). Chacun peut à sa
guise, satisfaire des désirs différenciés selon sa propre personnalité (faire
de la compétition ou jouer hors de cette perspective institutionnelle), en
ayant comme objectif final d’optimiser ses expériences. Le loisir tennistique
balnéaire devient ainsi un moyen de changer sa manière de vivre. Il s’apparente
à une conquête doublée d’une résistance à des modes de vie ou à des loisirs
jugés peu satisfaisants ou médiocres. D’autre part, il ne s’agit pas seulement
de profiter du loisir : il faut aussi se donner les moyens de tendre vers la
réalisation de soi. Il ne s’agit pas, forcément ou essentiellement, de se
livrer à des prouesses, mais de cultiver les dispositions en fonction
desquelles un sujet peut trouver son identité, produire des compétences et des
qualifications lui permettant de dominer les événements.
Si nous revenons vers la plage, prendre part à une rencontre
de tennis sur le sable ou dans les dunes, en tant qu’acteur ou en tant que
spectateur, c’est rechercher avec détermination les bienfaits de la conjugaison
des éléments naturels environnants : la mer, le vent, le sable, le soleil et de
l’exercice physique dans toute sa complexion et ses attendus sociaux et
symboliques.
Les stations balnéaires du littoral français exploitent
d’ailleurs magistralement cette représentation collective. Elle s’avère être un
argument publicitaire déterminant. Le tennis est hissé au rang emblématique de
ce renouveau, comme le souligne l’écrivain Paul Bourget dans
l’Illustration, en 1885, notant
d’ailleurs à cette occasion que la question de l’étiquette ne se suffit pas à
elle-même, qu’il s’agit d’être actif, acteur.
« La plage, une grève âpre et
nue sur laquelle sont tirés beaucoup de bateaux. (…) Aucun endroit commun pour
se divertir. Chacun se promène pour son compte, depuis les jeunes gens en
pantalon de flanelle, qui, leurs souliers à semelle de caoutchouc et leur
raquette sous le bras, vont jouer à la paume, jusqu’aux jeunes filles qui
marchent à grandes enjambées, pour marcher. La flânerie semble inconnue dans ce
village de plaisir, car ce plaisir consiste dans un violent exercice…
»
Tout cela traduit autant la colonisation du temps et du
territoire du loisir que la recherche d’émotions, de plaisir nouveaux,
notamment dans la pratique sportive et l’adoption de
l’esprit sportif dont le profit touche
à la fois au bien-être et à l’enjeu de la représentation sociale. Le tennis
balnéaire semble par là répondre à un loisir synonyme de liberté, de prise en
charge personnelle (d’individuation). Réflexion à rapprocher du processus de «
subjectivation » mis en évidence par
Michel Foucault dans Le souci de soi
(1984-58), c’est-à-dire « une intensification du
rapport à soi par lequel on se constitue comme sujet de ses actes
».
Au-delà du souci de soi (Foucault, 1984 ; Rauch, 1990), la
pratique balnéaire du tennis invite à une exploitation de soi par soi.
S’adonner aux loisirs sportifs devient alors un moyen privilégié d’identifier
ses limites et ses besoins, de les exploiter ou satisfaire dans le cadre du
théâtre social, sur la plage notamment. La notion de
plaisance, symbole de l’idéologie
balnéaire de La Belle Epoque et bagage des nouveaux adeptes du sport, se
définirait alors, entre autres, par le truchement du tennis, par rapport à la
perspective de satisfaire l’ensemble des sens en éveil. Le tennis qui se
développe sur les plages et les stations balnéaires françaises à la fin du
XIXe siècle serait ainsi
l’occasion pour les individus d’exprimer une partie des pulsions et des
émotions que les conventions et les usages sociaux encore imprégnés des normes
aristocratiques de l’Ancien Régime avaient réussi à contenir et à
réprimer.
Le tennis de plage prolonge ou complète ainsi les mérites du
bain de mer. L’expérience de soi dépasse la simple ambition curative, ludique,
sportive. Des modes de vie nouveaux s’instaurent. Ils sont facilités par
l’anglomanie, l’industrialisation et la modernisation des moyens de transport.
Au milieu du XIXe siècle, la
France change de physionomie. René Rémond (1974) attribue cette mutation à
l’apparition d’une société nouvelle dont les traits constitutifs sont la ville,
l’industrie et le salariat. La notion de loisir naissante prend place dans le
profil encore flou de cette société nouvelle. La bourgeoisie s’en empare et le
tennis de plaisance y trouve une place de choix, au nom du plaisir, du
mieux-être, du souci de soi, de la liberté.
Photo 8
1909 - Tennis sur la Plage de la Couarde Editions
artistiques R.Bergevin, La Rochelle.
2.4. Du contact libérateur avec la nature
Dans la découverte et la recherche des «
ailleurs » propres à la société de la
fin du XIXe siècle, la «
classe des loisirs » à «
l’errance cosmopolite » (Rioux,
Sirinelli, 1998-83 ; Rauch, 1996-45) pose ses raquettes et ses valises sur la
plage. Pourquoi ? Parce que semble pouvoir s’y développer une harmonie nourrie
par la nature du lieu. Les vacances balnéaires marquent en effet l’introduction
d’un nouvel art du loisir. Se rendre aux bains de mer revient à entrer – et à
faire entrer le corps sollicité – dans un décor qui fait de la nature une
réalité avec laquelle l’imaginaire nourri de plaisir, de sensations, de rêves
établit une dialectique. Au-delà des simples apparences sociales, de l’effort
physique ou des ambitions curatives, le contact corps/nature semble avoir pu
jouer un rôle, malgré les masques vestimentaires. Car ce temps de la nature
serait aussi celui du corps (Rauch, 1988). D’un corps dont on (re)fait la
découverte ou la conquête par l’intermédiaire de l’exercice nouveau, a dessein
de le décorseter (Vigarello, 1978) et
de rompre, encore une fois, avec la domination rigide et propre au XIXe siècle d’un «
corps spectacle modelé et passif » ;
afin de ressentir des « sensations
d’épanouissement et de bien-être » (A.M. Sohn, 1999) ;
Le jeu de tennis permet de développer ces sensations dans la
nature, de profiter des plages à marée basse, des terrains des hôtels ou des «
clubs » jouxtant souvent le casino et/ou le golf, mais qui restent proches de
la nature, ou qui sont sertis en elle ; ceci en une époque où l’urbanisation
des bords de mer n’en est qu’à sa préhistoire.
Les premières pratiques du tennis balnéaire se déroulaient le
plus souvent dans un cadre naturel, parfois sauvage, ce qui est porteur de
sens. L’ouvrage édité pour le centenaire du club de
Coutainville en témoigne. Créé en
1898, le club dispose de deux courts tracés à marée basse situés au pied d’une
dune, d’un petit chalet faisant office de club-house, où des matchs interclubs
et des fêtes étaient organisés. Ce n’est qu’en 1913 que le TCC s’installera sur
un terrain loué près de la future avenue des Tennis (sic), mais toujours sur un
terrain naturel.
Dans les grandes stations, la notion de club fermé avec ses
codes, son étiquette, ses club-houses majestueux, faisaient partie du « jeu
mondain », mais toujours dans un cadre agréable (club du Touquet, d’Etretat, de
Cabourg). Prenant la plume pour Le
Figaro Marcel Proust évoque d’ailleurs en 1906 cette atmosphère
caractéristique des clubs de tennis huppés. Il dépeint Houlgate et son
Sporting, tout jeune cercle de tennis « joliment
encadré par les délicates collines verdoyantes ».
Ici encore, une partie des pulsions, émotions, sentiments qui
étaient hier contenus, limités, réprimés par les usages sociaux, les
conventions, tend ainsi à s’exprimer dans les pratiques de loisirs ; au nom
d’une plus grande authenticité à laquelle participe fondamentalement ce choix
de l’espace naturel. Ce choix n’est pas anodin. Il offre un cadre vierge à la
rénovation des pratiques culturelles de l’élite et de son cadre de vie. En
conséquence, force est de croire qu’il y a, dans cette éclosion à succès du
tennis de plage et par extension du tennis balnéaire, le signe de la montée
d’une exigence nouvelle de l’individualité dans ses rapports à elle même
(corps, statut social, nature).
On peut penser qu’il y a un rôle constitutif de la nature
dans l’histoire du tennis qui, semble-t-il a été occulté dans la mesure même où
la construction de terrains de tennis couverts et de courts dans des sites
éloignés de la nature, a pu en faire perdre le souvenir. Les cartes postales
anciennes le ravive utilement.
Parce qu’elle est intimement liée aux développements du
tourisme et des pratiques de loisirs, l’histoire du tennis de plage offre un
terrain privilégié d’observation de l’évolution des comportements physiques et
des mentalités affrontés à l’effort sportif dans le cadre de l’émergence de la
notion de recherche du mieux-être personnel.
Bien que s’inscrivant dans un système des sports plus large, le
tennis mérite, à cause de cette spécificité et de son originalité, d’être
observé depuis le large, afin d’en pointer les apports.
Parce qu’il se situait dans un espace neuf, avec des codes
neufs et un appétit de défrichage, le tennis balnéaire a ouvert des brèches :
ainsi, il a permis, dès l’origine, que femmes et enfants se prêtent, dans le
cadre de ce développement des loisirs et sur les pelouses de villas ou sur le
sable, à des parties de tennis ; il a permis dès l’origine une pratique
intergénérationnelle avec une grande ductilité dans le degré de compétence
requis et la nature de l’engagement (sportif, ludique, curatif, etc.).
D’autre part, très tôt et dans ce cadre précis, le tennis offre
un espace de détente, ludique et hygiénique que, semble-t-il, ne proposent
guère les autres sports en vogue alors.
Ce passe-temps est aussi un prétexte à défoulement et à
dépassement de soi que la plage accueille sans doute avec d’autant plus
d’aisance, pour les catégories sociales concernées, qu’elle reste, à cette
époque, un espace relativement peu fréquenté.
Le tennis favorise aussi l’introduction de la compétitivité, en
soi et dans l’espace des loisirs, par l’intermédiaire des tournois organisés
dans les stations balnéaires. Cependant, il ne semble pas que, dans ces
premières heures de l’ère tennistique et malgré ces compétitions fondées après
le lancement du tennis moderne, la
compétition soit le moteur fondamental de son développement, même si elle a pu
en être un des principaux leviers.
Il apparaît en revanche que son mariage avec la conquête de la
plage a joué un rôle majeur dans son implantation et dans son succès ; et
au-delà, dans la dynamique générale de l’enracinement du sport en
France.
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Fabens, R. (1895) Le sport en vacances
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729, 7 septembre 1912, p. 710 ; « Les tournois de tennis ont leurs
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L’Illustration n°
2187 – 24 janvier 1885 - p. 66 (San Remo)
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L’Illustration n°
2216 – 15 août 1885-p. 116 - De Cherville G. « Le mois d’août
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L’Illustration n°
2216, 15 août 1885, p. 127 ; Bourget, P. « Paysages de mer
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L’Illustration
(1913) 14 juin 1913. « Tennis et Tennisseurs » par Lichtenberger,
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sport – ed. SEFAG, Turin, 1987, p. 145-147
·
Revue olympique,
septembre 1910, pp 134-138, De Coubertin P.
[*]
Jean-Michel.
Peter@ uhb. fr -
ajm. peter@ noos. fr
phi. tetart@
wanadoo. fr
[1]
Le tennis moderne se fonde en partie sur la tradition ancienne
de jeux duels et de raquettes, tel le jeu de paume. Mais notre propos n’est pas
ici de retracer cette généalogie par ailleurs largement commentée et étudiée.
Voir Guy Bonhomme ou Gillmeister notamment (
cf. bibliographie).
[2]
Inventée en Autriche en 1869, la carte postale n’est pas
aussitôt acceptée en France. On lui reproche son manque de discrétion dû à
l’absence d’enveloppe. Finalement, le 20 décembre 1872, la loi française
officialise la carte postale. Celle-ci connaît un succès fulgurant après qu’en
1875 sa production privée est autorisée, au moment même où les premières cartes
touristiques arrivent dans l’hexagone depuis l’étranger. Les cartes postales
vivent un véritable âge d’or durant les années 1890-1910. De ce succès témoigne
la progression de la production annuelle en France : 400 millions en 1909 et le
double en 1914 ! Voir notamment Ripert Aline, Claude Frère,
La Carte postale, son histoire, sa fonction
sociale. Lyon : Presses Universitaires de Lyon / édition du CNRS,
1983.
[3]
La Bernerie : « Stations de bains de mer », commune située au
Sud de Pornic ainsi définie dans le
Dictionnaire
des communes de Loire-Inférieure, 1901.
[4]
Emile Zola, écrivit pour la revue
Le Messager de l’Europe, entre 1875 et 1880, de
petites nouvelles pour décrire aux lecteurs russes les us et coutumes de la
Belle Epoque en France. Les éditions Hachette ont réédité quatre de ces
nouvelles en 2000, dont
Bains de
mer.
[5]
D’ailleurs, à la fin du XIX
e siècle, il y a parfois de houleux
débats sur la réglementation. «
La manière de
pratiquer le nouveau jeu variait à l’infini » et «
[l’] absence de règles constituait un [des] plus
grands charmes » du tennis (Waser, 1996-102).