2003
STAPS
Rapports de recherche
Aux sources du syndicalisme en éducation physique Origine et
évolution de la défense corporative (1903-1940)
Guilhem Veziers
[*]
Université d’Avignon, département STAPS, 33 rue Pasteur,
84000 Avignon.
Résultat de l’action conjointe de G. Demeny et de l’Union des
Sociétés de Gymnastique de France, la création du Cours supérieur d’éducation
physique de l’Université, en 1903, s’avère être à l’origine de l’organisation
de la défense corporative spécifique aux professeurs d’éducation physique du
second degré. Contraints de se grouper dans un premier temps en associations
amicales – du fait de la non-reconnaissance du droit syndical aux
fonctionnaires – ces professeurs vont progressivement faire évoluer leur
mouvement vers le syndicalisme. Créé le 20 novembre 1926, le premier
Syndicat national des professeurs d’éducation
physique de l’enseignement secondaire s’attache alors non seulement
à défendre les intérêts corporatifs des professeurs, mais s’intéresse également
aux questions pédagogiques et notamment à celle du sport. A travers l’étude de
documents le plus souvent inédits, composés des bulletins des amicales et
syndicats successifs, cette étude se propose de poser les jalons qui font
passer le mouvement de l’amicalisme au syndicalisme. En outre, elle vise à
montrer comment, dès le début de cette évolution, s’est posée la question
toujours actuelle des relations à entretenir entre lutte corporative et
pédagogie.
Mots-clés :
éducation physique, corporation, syndicalisme, formation, pédagogie.
As a result of both action of G. Demeny and of Union des Sociétés
de Gymnastiques de France, creation of university lectures in physical
education in 1903 leads to the organisation of specific corporative defence for
teacher of physical education in secondary schools. As their union rights are
not recognised, they form associations that lead them progressively towards
trade unionism. The first national teacher’s trade union of physical education
in secondary schools is created on November 20th 1926. It defends teacher’s
corporative interests and works about teaching methods and in sport. By
studying documents composed by publications of successive associations and
unions this study shows the associative movement development towards trade
unionism. Moreover, it clearly shows that from the very beginning the question
appears about the relations between the corporative struggle and
pedagogy.
Keywords :
physical education, corporation, unionism, teaching, pedagogy.
Als Ergebnis der gemeinsamen Aktion von G. Demeny und der Union
des Sociétés de Gymnastique de France war die Gründung des
Cours supérieur d’éducation physique de
l’Université von 1903 letztlich der Ursprung einer Organisation der
korporativen Interessenverteidigung der Sportlehrer der höheren Ausbildung.
Gezwungen, sich zunächst als freundschaftliche Vereinigung zu gruppieren,
aufgrund der Nichtanerkennung des Gewerkschaftsrechts für Beamte, werden diese
Lehrer nach und nach ihre Bewegung zu einer Gewerkschaft entwickeln. Nach
seiner Gründung am 20. November 1926 versucht die erste nationale Gewerkschaft
der Sportlehrer des höheren Schulwesens (Syndicat
national des professeurs d’éducation physique de l’enseignement
secondaire) nicht nur die korporativen Interessen der Lehrer zu
verteidigen, sondern interessiert sich auch für pädagogische Fragen, speziell
die des Sports. Mit Hilfe von meist unveröffentlichten Dokumenten, bestehend
aus Bulletins der Vereinigungen und Gewerkschaften, zeigt diese Studie Etappen
auf, die von den freundschaftlichen Vereinigungen zur Gewerkschaft führen.
Weiterhin zeigt sie, wie von Anbeginn dieser Evolution sich die immer noch
aktuelle Frage der Artikulation zwischen dem korporativen Kampf und der
Pädagogik gestellt hat.
Schlagwörter :
Sportunterricht, Körperschaft, Gewerkschaftsbewegung, Ausbildung, Pädagogik.
Risultato dell’azione congiunta di G. Demeny e dell’Unione delle
Società di Ginnastica di Francia, la creazione del Corso superiore di
educazione fisica dell’Università nel 1903, si rivela essere all’origine della
difesa corporativa specifica dei professori di educazione fisica di secondo
grado. Obbligati a raggrupparsi in un primo tempo in associazioni – a causa del
non riconoscimento del diritto sindacale ai funzionari – questi professori
faranno progressivamente evolvere il loro movimento verso il sindacalismo.
Creato il 20 novembre 1926, il primo Sindacato
nazionale dei professori di educazione fisica dell’insegnamento
secondario si dedica allora non solamente a difendere gli interessi
corporativi dei professori, ma si interessa anche ai problemi pedagogici e
particolarmente a quelli dello sport.
Attraverso lo studio di documenti spesso inediti, composti da
bollettini degli appartenenti alle associazioni e dai bollettini dei successivi
sindacati, questo articolo si propone di porre le fondamenta che fanno passare
il movimento dall’associazionismo al sindacalismo. Inoltre, mira a mostrare
come, fin dall’inizio di quest’evoluzione, si è posta la questione sempre
attuale delle relazioni da intrattenere tra lotta corporativa e
pedagogica.
Parole chiave :
corporazione, educazione fisica, formazione, pedagogica, sindacalismo.
Resultado de la acción conjunta de G. Demeny y de la unión de
sociedades de gimnasia de Francia, la creación de un curso superior de ed.
Física en la Universidad en 1903, se puede indicar que es el origen de la
organización de defensa corporativa de los profesores de educación física de
segundo grado. En una primera etapa, existió una resistencia a agruparse en una
asociación, se desconocia el derecho sindical de los funcionarios, los
profesores iran progresivamente a evolucionar hacia el sindicalismo. Creado el
20 noviembre de 1926, el primer sindicato nacional de profesores de educación
física de enseñanza secundaria su preocupación abarca no solo al sindicalimso
sino que que se interesa igualmente por los problemas pedagógicos como aquellos
relacionados con el deporte. A través del estudio de documentos inéditos y
originales, boletines de los sindicatos, el presente estudio se propone
analizar los pasos que este movimiento tuvo entre el amicalismo y el
sindicalismo.
Palabras claves :
educación física, sindicalismo, corporación, formación, pedagogía.
1. Introduction: aux sources de l'éducation physique ou de son historiographie?
Par arrêté du 30 mai 1903, est fondé à Paris le Cours supérieur
d’éducation physique de l’Université. Dirigé par G. Demeny, il résulte alors,
d’une part, de son action déterminée en faveur d’une éducation physique
pédagogique soustraite à l’influence militaire, et d’autre part, d’un véritable
engagement militant de la part de l’Union des Sociétés de Gymnastiques de
France (USGF) et de son président, C. Cazalet. Cet événement, s’il est souvent
évoqué dans l’historiographie de l’éducation physique, n’en a pas moins des
conséquences parfois bien méconnues. Parmi celles-ci, il en est une sur
laquelle nous voudrions apporter notre contribution et qui concerne
paradoxalement un objet des plus communs : la naissance de l’éducation physique
scolaire.
En effet, en créant un complément de formation, une sorte de «
corps d’élite », G. Demeny fait naître du même coup les intérêts spécifiques
des professeurs diplômés du Cours supérieur
[1]. Professeurs qui, dans le système concurrentiel qui
sévit alors en matière de recrutement
[2], ont bien vite à cœur de lutter pour faire
reconnaître leur spécificité. C’est ainsi, dans une logique corporatiste,
qu’est créée dès le 30 août 1906,
l’Association
amicale des anciens élèves du Cours supérieur de l’Université,
présidée par Désiré Séhé (annexe 1). Cette association, si elle est le départ
de l’amicalisme en éducation physique, s’avère être plus encore en constituant
les sources d’un véritable syndicalisme. Or, si l’éducation physique est
aujourd’hui ce qu’elle est, et simplement si elle a perdurée, il est permis de
penser qu’elle le doit en grande partie à ces différentes organisations
professionnelles. Dès lors, il nous semble que la constitution de la
corporation des enseignants d’éducation physique du second degré, vue à travers
ses associations de défense, soit un des aspects essentiels de l’histoire de
cette discipline. Car la naissance de l’éducation physique scolaire, pour être
achevée, ne nécessite-t-elle pas en plus de la naissance d’un enseignement du
corps, celle d’un corps enseignant ?
Parce qu’elle concerne aussi bien les aspects pédagogiques que
les aspects purement corporatifs, l’histoire qui de D. Séhé à E. Orjollet nous
fait passer d’une amicale à un syndicat mérite non seulement que l’on s’y
intéresse, mais fait en outre émerger une question centrale. En effet, faut-il
voir dans les racines amicalistes du syndicalisme en éducation physique les
raisons de son implication en matière de pédagogie, ou cet intérêt n’est-il que
la marque d’une subordination de la pédagogie aux intérêts corporatifs ? En
d’autres termes, par l’histoire il nous semble possible de donner écho à une
question encore bien actuelle, celle des relations du pédagogique et du
corporatif, celle qui amène à se demander si les intérêts des professeurs
d’éducation physique se confondent avec ceux de leur discipline et ceux de
leurs élèves.
Enfin, plus qu’un simple retour aux racines de l’histoire de
l’éducation physique, c’est peut-être également un retour à celles de son
historiographie que nous proposons, tant du point de vue de l’objet étudié que
de la méthode employée. En effet, loin des approches socio-historiques en
vogue, loin d’une histoire culturelle ou « des idées » (bien que la défense des
intérêts corporatifs en soit une, qui constitue bien le fil rouge de notre
recherche), il s’agit ici d’une histoire plus descriptive. Elle comprend
notamment la présentation de nouveaux
«
précurseurs et pionniers de l’éducation physique »
[3] et la mise en évidence d’une
chronologie (annexe 2). Ainsi, c’est animé de
«
l’esprit historien » tel que le décrit Alain que nous avons œuvré,
car en effet, selon ses dires, celui-ci
« en
toutes questions, remonte à l’inventeur principal et à la circonstance
décisive, comme si les idées avaient leur source ainsi que les fleuves
» (Alain, 1943, 1186).
Nous avons donc avant tout oeuvré à partir d’une traditionnelle
analyse qualitative et quantitative d’archives, l’intérêt du travail mené
résidant pour une grande part dans le caractère inédit des documents
consultés
[4].
2. Du militantisme aux intérêts corporatifs(Fin XIXe S. - 1906)
2.1. Premières formes de militantisme en éducation physique
Comme l’exprime G. Bui-Xuan, «
La défense du corps des enseignants d’éducation physique n’est pas une donnée
récente que l’on pourrait attribuer à tel courant de pensée. Il semble que ce
soit une préoccupation permanente de « la profession » » (Bui-Xuan,
1995, 245). Ainsi, dès le XIXe
siècle, bien avant la création de l’Amicale des anciens élèves du Cours
supérieur, des voix se sont élevées pour défendre et promouvoir l’enseignement
de ce qui était alors la gymnastique scolaire. Des personnages influents tels
que A.H. Triat, N. Laisné, G. Demeny ont chacun fait connaître aux pouvoirs
publics leur souhait de voir se constituer une Ecole Normale civile de
gymnastique. Certains, tels que P. Grousset et E. Paz, le firent même de façon
plus collective à travers les groupements dont ils furent les fondateurs (Ligue
Nationale d’Education Physique (LNEP), fondée en 1888 par P. Grousset, et USGF
fondée en 1873 par E. Paz). Enfin, plus proche de notre objet, de simples
enseignants n’ayant d’autre poids que celui du nombre, surent, dès les années
quatre-vingt, s’organiser en associations de défense. En 1884, d’anciens élèves
du Cercle de gymnastique rationnelle de G. Demeny, aidés entre autres par D.
Séhé, fondèrent l’Union des Professeurs de
Gymnastique de France (UPGF), qui eut pour président du comité de
patronage M. Bertheaux (Collot-Laribe, 1982, 1985, Gougeon, 1994). J.
Collot-Laribe dit de cette union qu’elle constituait déjà
« un type d’organisation corporative
mi-professionnelle, mi-syndicale » (Collot-Laribe, 1986, 286). J.
Thibault quant à lui, évoque la création à Bordeaux, à la fin du XIXe siècle, d’une association régionale
« des professeurs et moniteurs de gymnastique
regroupant aussi bien les fonctionnaires de l’enseignement que les moniteurs
des sociétés » (Thibault, 1995, 413).
Ainsi, la promotion de la gymnastique au sens large
s’organise-t-elle, et c’est dans ce contexte que D. Séhé, fondateur et
vice-président de l’UPGF, mais également membre de l’USGF et de la LNEP (annexe
2), commence à se faire connaître et reconnaître pour son action militante. En
1887, il publie un projet complet et chiffré d’Ecole Normale Civile de
gymnastique (La gymnastique n° 50 (2e année), 11 décembre 1887) et œuvre à
regrouper les forces en présence « pour que la
gymnastique ne fut plus considérée comme une récréation facultative, mais comme
un enseignement indispensable au relèvement moral et physique de notre pays
» (Séhé, La gymnastique n° 4, deuxième année, 22 janvier 1887,
1).
En ayant pour président D. Séhé, et pour président du comité
de patronage M. Berthaux, l’Amicale des anciens élèves du Cours supérieur se
situe bien dans la filiation du mouvement revendicatif ici évoqué. Pourtant,
plus qu’une étape, cette association n’est-elle pas un véritable point de
départ ?
2.2. Le Cours supérieur d’éducation physique de l’Université et
l’Amicale des anciens élèves, étape ou point de départ ?
Une étape, le Cours supérieur lui-même en est bien une en
matière de formation, celle conduisant à l’Ecole Normale d’Education Physique
(ENEP) qui ne verra le jour qu’en 1933. Etape encore, le Cours supérieur l’est
à nouveau si l’on considère qu’il sera à la source d’une activité militante, et
qu’il est lui-même une première conséquence d’un « militantisme de 30 ans » (Thomas, 1996,
66-67), celui de l’USGF. Pourtant, l’amicale qui y prend place a bien un
caractère original et innovant en matière de défense corporative. En effet, en
s’attachant à défendre spécifiquement les professeurs diplômés du Cours
supérieur, cette association défend pour la première fois les intérêts de ceux
qui désirent alors devenir les seuls enseignants d’éducation physique du second
degré. Ainsi, le premier vœu de cette amicale, soutenu par leur membre éminent
G. Demeny, fut la reconnaissance de leur formation et l’obtention du monopole
sur l’enseignement en collèges et lycées. En satisfaisant ces demandes en 1908
et 1909 (création du CAEG Degré Supérieur par le décret du 30.05.1908 puis
obligation de son obtention pour enseigner dans le secondaire par celui du
12.01.1909), les pouvoirs publics apportent alors ce qui nous semble bien être
la dernière pierre nécessaire à l’édification véritable de la corporation des
professeurs d’éducation physique du second degré, fondée non plus seulement sur
une identité de fonction mais également sur une identité de formation.
Dès lors émerge une problématique, celle de savoir si pour
assurer leur promotion ces professeurs doivent organiser une lutte spécifique
ou bien réaliser l’union de tous ceux ayant intérêt à la promotion de la
discipline. Défendre l’éducation physique ou ses professeurs ? Entre solidarité
et concurrence, apparaissent des débats qui non seulement animeront alors le
mouvement et le feront évoluer, mais qui en outre restent bel et bien présents
aujourd’hui.
3. Le temps de l'amicale des anciens élèves du cours supérieur, un pré-syndicalisme (1906-1912) ?
3.1. Le terrain corporatif, représentation et
représentativité
La loi de 1884 sur l’autorisation des syndicats
professionnels n’ayant pas été étendue aux fonctionnaires, c’est donc, à
l’instar des autres enseignants, dans le cadre de l’amicalisme que s’organisent
les professeurs d’éducation physique. Pour autant, cette situation n’empêche
pas l’association, comme le font d’ailleurs les amicales d’instituteurs
pionnières en la matière, de se situer en bien des aspects sur le terrain
propre à l’action syndicale. Ainsi, les statuts déclarés le 10 septembre 1906
précisent bien que l’un des objets poursuivi est d’« être représenté auprès des pouvoirs public par un conseil
d’administration (art. 4) » (Bulletin d’éducation physique n° 31-32,
janvier-février 1909, 2). Dans cette même logique, mais plus précisément sur le
terrain de la représentativité, D. Séhé n’hésite pas, à l’occasion, à se
présenter comme le porte-parole des enseignants eux-mêmes. Notamment, en 1909
(l’Amicale regroupe alors 100 membres sur les 150 diplômés du Cours supérieur),
lorsqu’il s’exprime en ces termes lors de l’inauguration d’un centre
pédagogique mis en place par l’amicale : « je
crois utile de faire en quelques mots, l’historique de l’évolution qui s’est
produite relativement au personnel enseignant la gymnastique, puisque c’est en
son nom que j’ai l’honneur de parler » (Séhé, Bulletin d’éducation
physique n° 31-32, janvier-février 1909, 6).
Sur un plan purement corporatif, l’action déjà évoquée
concernant le CAEG DS révèle l’implication de l’Amicale et si le terme de «
vœux » euphémise le propos, c’est bien dans une démarche revendicative qu’elle
se situe. Les statuts eux-même en font état, l’article 6 exprimant la volonté
de « rechercher avec l’USGF les moyens d’établir
la fondation d’une école normale civile et la création d’inspecteurs régionaux
pourvus des titres nécessaires » (ibid.). Toutefois, la défense des
intérêts moraux et matériels de ses membres ne figure pas au rang des objets
explicites de l’association, ces derniers mettant en avant l’autre pôle de
l’action amicaliste : le terrain pédagogique.
3.2. Le terrain pédagogique, prosélytisme au temps de la guerre des
méthodes ?
Malgré les aspects évoqués précédemment, il est important
relever que, dans la logique de l’amicalisme, l’action sur le pôle pédagogique
est la composante dominante de l’association. C’est à cet aspect que les
statuts concèdent la plus grande place, ceci avec 5 articles dont un au
caractère explicitement prosélytique : « (…)
administrer un bulletin officiel servant d’intermédiaire entre les professeurs
du cours et les élèves, ainsi que d’arriver à la diffusion de la méthode du
Cours supérieur (art. 5) » (ibid.).
Alors, si dans le discours de l’Amicale déclaré impartial, la
notion d’éclectisme prend une place croissante, ce n’est pas pour autant de
pluralisme dont il s’agit et tout opposant au « vénéré » G. Demeny se voit vite
vilipendé dans les colonnes du Bulletin
d’éducation physique. Ainsi, sur un plan pédagogique autant que
corporatif, l’action de l’Amicale se situe dans le contexte marqué alors par la
guerre des méthodes. Désireuse de soustraire la formation à l’Ecole de
Joinville, celle-ci œuvre également pour diffuser les conceptions pédagogiques
et scientifiques enseignées au Cours supérieur. Dès 1902 G. Demeny écrivait que
l’« on commet la plus grossière erreur en
confiant l’enseignement à des instructeurs militaires non initiés à la
pédagogie et qui négligeront le côté hygiénique pour ne voir que le
développement brutal de la force » (Demeny, 1902, édit de 1931, 16),
et renchérissait en 1909 par le désormais célèbre :
« A chacun son métier (…) L’instituteur n’a rien
à apprendre du militaire pour le milieu scolaire où seule la pédagogie est
intéressante » (Demeny, 1909, édit de 1921, 135). On constate alors
que la leçon est bien apprise quand on lit dans le bulletin de l’Amicale les
propos suivants :
« A notre avis, l’école doit
faire des enfants qui la fréquentent, des hommes instruits et bien portants ;
elle ne doit, en aucun cas, être une école d’enfants de troupe (…) de ceux qui
pétrissent les âmes on exige des aptitudes pédagogiques ; ces dernières sont
également nécessaires à ceux qui pétrissent les corps ».
(Bulletin d’éducation physique n° 50, juillet 1911,
269-270)
3.3. Une action qui réussit, mais grâce à qui ?
Rapidement, l’Amicale connaît des réussites. Sur le plan
pédagogique, le bulletin remplit sa fonction, notamment en bénéficiant des
fréquentes contributions des enseignants du Cours supérieur que sont le Pr
Racine et le Dr J. Philippe, tous deux membres de l’association. De même, en
1909, est mis en place un centre pédagogique constituant un lieu d’information
et de formation toujours au service de la pensée du Cours supérieur. Enfin, en
voyant aboutir des vœux relevant du corporatisme tels que l’obligation du CAEG
DS, non seulement les enseignants prennent le pas sur les militaires
[5], mais ce sont en outre des
conséquences pédagogiques importantes qui en découlent, chaque futur enseignant
de collège ou lycée devant officiellement passer entre les mains de G.
Demeny.
Néanmoins, si des résultats vont dans le sens des souhaits de
l’Amicale, il semblerait bien que ceux-ci soient à mettre davantage à l’actif
de certains de ses membres et sympathisants qu’à une prise en compte par le
législateur de cette bien petite association. En effet, sans parler de G.
Demeny, reconnu par les pouvoirs publics et influant auprès d’eux, il faut
noter que C. Cazalet, à la tête de la puissante USGF est toujours resté très
lié à l’Amicale et au Cours supérieur. D. Séhé quant à lui, en étant
sous-inspecteur à l’enseignement primaire occuppera un poste susceptible de lui
ouvrir quelques portes dans l’administration. Enfin, M. Berthaux fut à
plusieurs reprises ministre de la guerre, et on apprend par exemple dans le
bulletin n° 48 : « notre association amicale lui
doit les subventions qu’elle obtient des différents ministères »
(Bulletin d’éducation physique n° 48, janvier-mars 1911, 231). En effet, en
n’étant pas représentée auprès des pouvoirs publics en tant que telle, les
actions de l’Amicale sur le plan revendicatif se limitent à l’élaboration et à
l’émission de vœux, présentés en outre sur un ton dont on ne peut pas dire
qu’il se caractérise par la violence et la détermination. En témoignent les
propos bien prévenant tenus en juillet 1909 :
« Chaque chose en son temps :
nous ne demandons pas l’étude immédiate de toutes ces questions, mais nous
savons combien l’administration universitaire nous porte d’intérêt, pour être
certain que chaque desiderata étudié l’un après l’autre et avec toute l’ampleur
désirable, obtiendra la réalisation tant désirée. Nous profitons de cette
circonstance pour renouveler une fois de plus à nos chefs, l’assurance de notre
respectueux dévouement et pour leur adresser nos remerciements les plus sincères pour
tout ce qu’ils ont fait pour l’éducation physique et les personnes chargées de
cet enseignement ».
(Bulletin d’éducation physique n° 37-38, juillet-août 1909,
81)
Apparaît alors clairement combien les responsables de
l’Amicale et certains de ses membres, en étant bien plus influents en leur nom
que l’association ne pouvait l’être elle-même, initièrent l’action corporative
en la basant bien plus sur les relations avec le pouvoir que sur le conflit et
le rapport de force. En ce sens l’amicalisme en éducation physique est alors à
l’image de celui des instituteurs, dont B. Compagnon et A. Thévenin disent
qu’il fut « un corporatisme de compromis, de
collaboration confiante avec l’administration » (Compagnon &
Thévenin, 2001, 37). C’est un des aspects qui, sous l’influence d’un contexte
(la mise en place d’un syndicalisme enseignant, la situation déplorable faite
aux enseignants d’éducation physique), mais aussi d’un acteur (Paul Fisher), va
alors commencer à changer.
4. P. Fisher et l'évolution vers le syndicalisme (1912-1926)
4.1. Une nouvelle amicale, regrouper pour mieux lutter
« Les fonctionnaires
doivent-ils se grouper sous le couvert de la loi de 1901 ou revendiquer le
bénéfice de la loi de 1884 ? Question brûlante et bien propre à éveiller les
passions, car dans toutes les corporations il existe des militants avertis et
des adhérents plus timorés que certains mots effraient » (Fournier,
La tribune du fonctionnaire n° 4, avril 1913, 1). Par ces mots écrits en 1913,
le président de la Fédération nationale des associations professionnelles des
Employés de l’état (fondée le 4 décembre 1909), révèle les débats qui animent
les mouvements de fonctionnaires à partir des années dix. Les professeurs
d’éducation physique ne font pas exception et, dès 1909, le bulletin
d’éducation physique évoque à demi-mots les tensions naissantes :
« L’année 1910 sera encore
plus florissante, car nous verrons venir à nous les hésitants, ceux qui
trouvent que nous ne marchons pas assez vite, qui croient que pour combler les
nombreuses lacunes existantes et que nous avons signalées, il y a lieu de
sortir de notre réserve et méconnaître tout ce qui a déjà été fait en notre
faveur ».
(Bulletin d’éducation physique n° 41-44, novembre
1909-février 1910, 127)
C’est dans ce contexte qu’il nous semble possible de mettre
en avant, si ce n’est « l’inventeur principal
» ou « la circonstance décisive
» pour reprendre les mots d’Alain (Alain, 1943, 1186), tout au moins
un acteur central faisant basculer progressivement ce mouvement vers le
syndicalisme. En 1909, P. Fisher est reçu au CAEG DS et s’investit très
rapidement dans l’Amicale au point d’être qualifié d’
« excellent confrère » dès janvier
1911 (Bulletin d’éducation physique n° 48, janvier-mars 1911, 232). Son
dynamisme au sein de l’association est alors l’expression de sa volonté de voir
se durcir le mouvement, de le rendre plus fort, plus puissant, plus
représentatif.
Ainsi, le 19 novembre 1911, profitant du congrès annuel de
l’USGF, il organise une réunion destinée à promouvoir l’idée d’un rassemblement
concernant tous les enseignants d’éducation physique, qu’ils soient munis du
CAEG DS ou non, et qu’ils officient dans l’enseignement secondaire ou primaire.
« Plus nombreux nous serons, plus nous aurons de
chance de faire aboutir nos
revendications reconnues très légitimes, nous ne pouvons pas, en effet, rester
dans une situation si équivoque, si précaire » (Fisher, Bulletin
d’éducation physique n° 51, octobre 1911, 285). L’importance majeure qu’il
entend donner à la lutte corporative apparaît nettement dans ses propos, qui
emportent une large adhésion et le soutien de D. Séhé.
C’est ainsi que le 4 février 1912, succédant à l’Amicale des
anciens élèves du Cours supérieur, est fondée l’Association amicale des professeurs d’éducation physique
de France et des colonies diplômés de l’Université et des anciens élèves du
Cours supérieur, dont P. Fisher assurera la présidence. Des vœux aux
revendications, de l’usage des relations à la recherche du rapport de force,
c’est bien une étape qui est alors franchie dans l’évolution progressive de
l’amicalisme strict au syndicalisme officiel. En outre, une nouvelle conception
de la défense corporative est alors mise en avant, celle visant à la fois la
défense des intérêts communs les plus larges et celle des divers intérêts
particuliers par l’union du plus grand nombre.
Paradoxalement, en devenant moins strictement corporative
dans son recrutement, l’association devient nettement plus corporatiste dans
ses objets.
4.2. La priorité à la lutte corporative
Avant tout, il semble nécessaire de signaler que la pédagogie
n’est pas totalement oubliée. Malgré les horizons divers des enseignants
susceptibles d’adhérer à l’Amicale, est toujours affirmée la volonté
« d’agir par tous les moyens possibles
(publications, conférences), pour obtenir la vulgarisation de la méthode
d’éducation physique enseignée au Cours supérieur (art. 4) »
(l’Educateur physique moderne n° 9, mai 1919, 1). Mais ces mêmes statuts voient
bel et bien s’inverser le rapport auparavant favorable à l’action pédagogique.
En effet, non seulement le désir de représentation se précise, l’objectif étant
dès lors « d’être représentée, près des pouvoirs
publics, par un bureau nommé par les membres de l’association (art. 3)
», mais surtout est alors explicitement avancé l’objet selon nous
majeur de « donner plus particulièrement au
personnel enseignant, une situation morale et matérielle digne de la tâche qui
lui incombe (art. 6) » (ibid.). Dès lors, cette association n’aura
de cesse de lutter sur un aspect seulement évoqué par l’amicale précédente : la
revalorisation des traitements.
La Grande Guerre, si elle vient mettre en veille l’action des
amicales comme celle des syndicats, est par contre suivie d’une période de
mobilisation et de grèves sans précédents dans le monde du travail. Face à un
gouvernement particulièrement hostile au droit syndical des fonctionnaires, les
instituteurs les premiers eurent à cœur de sortir des limites de l’amicalisme,
et bousculant la non-reconnaissance officielle, donnèrent naissance à divers
syndicats. Faisant de même, la Fédération nationale des associations
professionnelles des Employés de l’état change ses statuts en 1920, devient la
Fédération Nationale des Syndicats de Fonctionnaires (FNSF), et adhère à la
Confédération Générale du Travail (CGT) (La tribune des fonctionnaires n° 45,
15 avril 1920). Du côté des enseignants d’éducation physique, ce mouvement
social ne semble pas avoir été sans influences et l’on voit alors P. Fisher
redoubler d’activité pour faire avancer la revendication de la hausse des
salaires et « re-mobiliser » les récents « démobilisés ». C’est avec toujours
plus de vigueur qu’il dénonce la situation faite aux enseignants d’éducation
physique et en appelle à l’union de toutes les forces :
« Nous sommes toujours les
parias du personnel enseignant et malgré le mouvement formidable que la guerre
a créé en faveur de l’éducation physique, nous avons encore des détracteurs
puissants. (…) Et bien cher collègues, le moment est venu de frapper dur et
ferme ! Assez de discours ronflants… passons aux actes ! ».
(Fisher, l’Educateur physique moderne n° 9, mai 1919,
2)
Laissant à d’autre le soin d’animer le pôle pédagogique, ce
dernier agit strictement sur un plan corporatif et oriente clairement dans ce
sens l’action amicaliste (pour illustration, le contenu du numéro de « reprise
» de mai 1919 est à plus de 75 % consacré aux aspects corporatifs, les
questions pédagogiques ne prenant que 4 pages sur les 26 du bulletin). Il donne
alors naissance à une revendication dont il ne se doute certainement pas
qu’elle restera centrale jusqu’à la fin des années trente : le reclassement des
professeurs d’éducation physique munis du degré supérieur au même niveau que
les professeurs de dessin, c’est-à-dire à un niveau restant bien inférieur aux
autres enseignants du second degré disposant quant à eux d’une licence
universitaire.
Au-delà de l’échec alors essuyé sur ce point, si
l’association bénéficie de quelque influence, il semble que ce soit, comme pour
l’Amicale précédente, bien plus du fait de certaines relations en haut-lieux
que par sa force de représentativité. L’administration de l’éducation physique
est alors en élaboration et constitue un microcosme facilement approchable par
des hommes investis dans le milieu de l’éducation physique tels que P.
Fisher
[6]. Ce dernier
obtient régulièrement des entrevues auprès de G. Vidal
[7] ou de H. Paté
[8] sans même prendre
rendez-vous, souvent le jour-même de la demande. Le fait qu’il rende
personnellement visite à H. Paté, dès la nomination de ce dernier au poste de
Haut commissaire à l’éducation physique, au sport et à la préparation
militaire, en 1921, témoigne des rapports privilégiés alors entretenus.
Progressivement, c’est même un certain réseau de relation qui se fait jour,
notamment lorsque est fondée en mai 1922 le Conseil consultatif de l’éducation
physique, au sujet duquel on pourra lire dans
l’Educateur physique :
« Sachez bien que tous les
intérêts corporatifs sont en bonnes mains. La présence de Mr Adolphe
Chéron [9], député ; Mr Leune,
inspecteur général ; Mr le Colonel Bonvalot, directeur de Joinville ; Mr Racine
et de notre président à la commission administrative, nous en sont un sûr
garant. (…) Courage, patience, l’horizon s’éclaircit ».
(l’Educateur physique moderne n° 21, 15 mai 1922,
21)
Moins virulent, plus diplomate, P. Fisher ménage ses
relations, tel qu’en témoigne le compte rendu des propos tenus lors de
l’assemblée générale du 26 novembre 1922 :
« Les relations les plus
étroites se sont établies entre le bureau et le nouveau service de l’éducation
physique, créé par Mr G. Vidal au Ministère de l’instruction publique. Le
président est heureux de rendre hommage à Mr L’hôpital directeur du service, et
à Mr Sauvage, chef du bureau, en qui il trouve toujours des fonctionnaires
aussi aimables que compétents pour la solution des affaires en cours
».
(l’Educateur physique moderne n° 24, 1er janv 1923, 120)
Après avoir été, dans un premier temps, ferme et énergique,
P. Fisher semble alors revenir au type d’action menée par l’Amicale des anciens
élèves du Cours supérieur qu’il avait lui-même contesté. A son tour, il devra
alors essuyer les attaques de membres porteurs d’une autre conception de la
lutte corporative.
4.3. Des premières luttes intestines au premier syndicat
En effet, malgré l’activité de l’Amicale, les résultats
tardent à venir, et naissent alors de nouvelles tensions qui prennent
rapidement l’allure de véritables « luttes
intestines » (Fisher, l’Educateur physique moderne n° 18, 25 oct
1921, 7). Celles-ci amènent P. Fisher, en 1921, à en appeler à ce que l’on
nommerait aujourd’hui la discipline syndicale, et déclare par la voie du
bulletin :
« L’unité seule est notre
force et toute division nous affaiblit. Lorsque votre représentant peut dire au
ministère : « Je parle au nom de tous les professeurs d’éducation physique de
France », songez aux chances de réussite que vous donnez à la requête ainsi
présentée ».
(Fisher, l’Educateur physique moderne n° 18, 25 oct 1921,
4)
Néanmoins, se sentant alors noyé dans une association de plus
de 500 membres, un groupe de professeurs du secondaire munis du CAEG DS va
faire dissidence. Lors de l’assemblée générale du 12 novembre 1921, Henri
Hoenig et Raymond Cormontagne (qui fut un instituteur syndicaliste) attaquent
le bureau de l’Amicale sur un sujet sensible, en l’accusant
« non seulement de ne pas avoir empêché, mais
d’avoir favorisé la main-mise des militaires sur l’enseignement de l’éducation
physique dans l’université » (l’Educateur physique moderne n° 19, 15
janvier 1922, 7). Après de vifs échanges, et rejetant les propositions de
conciliation de P. Fisher, R. Cormontagne annonce la création prochaine de
l’Amicale des professeurs d’éducation physique de
l’enseignement secondaire, dont il assurera la présidence.
Ainsi, dans cette période de transition rendant toujours plus
floue la frontière entre amicalisme et syndicalisme, l’après-guerre a été
propice aux débats et aux conflits, que ceux-ci aient porté sur les limites à
donner à la notion de corporation ou sur les moyens à employer pour la
défendre. C’est alors qu’un événement important intervint, avec l’accès au
pouvoir en 1924 du Cartel des gauches. François Albert, ministre de
l’Instruction Publique du gouvernement d’Edouard Herriot, ordonne en effet aux
recteurs de nouer le dialogue avec les syndicats enseignants déjà existants,
assurant ainsi selon B. Guay,
« de fait, leur
reconnaissance » (Guay, 1997, 44). Les portes du syndicalisme
officiellement ouvertes aux enseignants, la situation ne pouvait qu’évoluer
dans le domaine de l’éducation physique. Pour autant, il fallut patienter pour
assister à la naissance d’un syndicat et notamment attendre que les leaders
ennemis P. Fisher et R. Cormontagne parviennent à réaliser ce qui fut alors
nommé
« l’Union sacrée »
[10]. Réunis le 2 juillet 1926
afin d’en rédiger les statuts, ils permirent au
Syndicat national des professeurs d’éducation physique de
l’enseignement secondaire de voir le jour le 20 novembre suivant et,
à R. Cormontagne, d’en être le premier secrétaire général. Destiné aux seuls
détenteurs du CAEG DS et assimilés, le Syndicat entraîne alors en toute logique
la fin de l’Amicale de R. Cormontagne. Mais l’association de P. Fisher, en
contre partie, conserve toute sa légitimité et ce dernier clarifie alors la
situation en expliquant qu’elle devient
« un
groupement d’éléments différents, professeurs ou non, sympathisants et
s’intéressant à l’éducation physique. Le syndicat [étant] un groupement
purement corporatif, ne comprenant que des professeurs titulaires en exercices
dans les lycées, collèges et cours secondaires ». En conséquence, il
précise que
« c’est le syndicat SEUL qui
renseignera sur toutes questions concernant les traitements, les heures
supplémentaires, les horaires, le service, etc. », pour enfin
ajouter :
« que tous fassent donc leur devoir et
adhèrent sans retard au syndicat national » (Fisher, Bulletin
syndical n° 1, février 1927, 3-6).
Dès lors, c’est de collaboration dont il sera question entre
Amicale et Syndicat. Une relation qui connaîtra certes des périodes de tensions
et des évolutions
[11],
mais qui montrera comme l’a déjà évoqué G.Bui-Xuan (Bui-Xuan, 1995) combien
promotion corporative et pédagogie auront toujours du mal à être
distinguées.
5. La première ère du syndicalisme en éducation physique (1926-1940)
Dans les limites de cette contribution, il ne saurait être
question de détailler quatorze années d’une action syndicale qui, avant d’être
stoppée par la guerre, fut riche en événements. Tout au plus proposons-nous
ici, comme il est d’usage lorsqu’on aborde un sujet méconnu, de poser les
jalons essentiels d’une histoire qui reste bel et bien à écrire.
5.1. Représentation et représentativité au temps du
syndicalisme
Raymond Cormontagne, premier secrétaire général du premier
syndicat des professeurs d’éducation physique du second degré. (photo tirée de
La tribune du fonctionnaire n° 524, 15 octobre 1933, 4) (original de mauvaise
qualité)
Après un fort mouvement d’adhésion portant à 205 le nombre de
syndiqués dès 1927, puis à 292 en 1929, le Syndicat connaît pendant la première
partie des années trente une importante période de récession (annexe 2). Dans
ce contexte, R. Cormontagne est remplacé par Lucien Lemaire lors d’un
renouvellement du bureau le 11 octobre 1931. Mais ce dernier ne peut en rien
inverser le mouvement de désyndicalisation qui va alors perdurer. Certes,
l’action syndicale tarde à faire la preuve de son efficacité mais la crise
économique qui sévit et qui touche durement les professeurs d’éducation
physique (toujours situés au bas de l’échelle des traitements) est certainement
la première des causes à incriminer. Les adhésions sont de moins en moins
nombreuses et les cotisations tardent à être payées. La situation financière se
dégrade et, en passant en dessous des 200 syndiqués en 1934, se pose de plus en
plus la question de la possible disparition de l’organisation. E. Orjollet,
successeur de L. Lemaire depuis le 26 novembre 1933, milite alors pour ouvrir
les portes du Syndicat à la totalité des enseignants d’éducation physique du
secondaire, en accueillant les professeurs de l’enseignement technique et des
écoles primaires supérieures. En obtenant la modification des statuts le 28
décembre 1935, il transforme l’organisation en un Syndicat national des professeurs d’éducation physique de
l’enseignement public (second degré) qui, profitant en outre de la
sortie des premières promotions de l’ENEP, connaît alors une forte croissance
de ses effectifs (le syndicat regroupe 380 adhérents en 1938).
Malgré la période difficile dont nous avons parlée, force est
de constater que la représentativité du Syndicat est toujours restée
exceptionnellement forte. En naviguant entre 45 % en 1934, et approximativement
85 % en 1929 et 80 % en 1939, le taux de syndicalisation reste sur l’ensemble
de la période tout à fait remarquable en regard de ce que l’on connaît
aujourd’hui
[12]. Pour
autant, si en matière de représentativité le Syndicat est bien placé, sa
représentation auprès des pouvoirs publics n’est pas sans poser problèmes.
Alors que dans le secteur primaire, le ministre de l’Instruction Publique A. de
Monzie met en place les Comités consultatifs départementaux (chargés de la
gestion des personnels en consultation avec les représentants syndicaux), les
professeurs d’éducation physique sont, quant à eux, tenus à l’écart de
l’administration. E. Herriot lui-même, lors de la mise en place en septembre
1927 de la Commission d’étude pour l’organisation de l’éducation physique, s’il
y nomma des militaires et des journalistes, ne crut pas bon d’y intégrer de
représentants du personnel. Ce n’est qu’après intervention de R. Cormontagne
que le ministre concéda la participation ponctuelle d’un responsable syndical.
Certes, la création, en 1928, du Sous secrétariat d’Etat de l’éducation
physique, marquant le retour aux affaires de H. Paté, vit s’ouvrir une période
d’intense collaboration, saluée par le Syndicat lui-même
[13]. Mais une nouvelle fois, apparaît
l’importance des personnalités dans la mise en place de relations
syndicat-administration, celles-ci évoluant au gré des nominations
ministérielles. Ainsi, de toléré, le Syndicat réussit à devenir écouté à partir
des dernières années folles. Pour être enfin entendu, il fallut néanmoins
attendre 1936 et l’arrivée du Front Populaire.
5.2. L’augmentation des traitements, fer de lance de l’action
syndicale
Après l’obtention du droit syndical, nul doute que la
revendication prioritaire des associations de fonctionnaires fut la hausse des
traitements. L’action de la FNSF fut constante sur ce point, et aboutit même à
l’organisation de sa première manifestation (5000 personnes), à Paris, le 4
juin 1926 (La tribune du fonctionnaire n° 236, 5 mai 1926, 1). En cette année,
pour les fonctionnaires, « La situation ne
s’éclaircit pas, elle ne s’améliore pas non plus » selon P.
Neumeyer, qui prévient que « la crise des
changes, en s’aggravant, menace de rendre nos conditions d’existence de plus en
plus difficiles » (Neumeyer, La tribune…, ibid.).
On peut alors comprendre combien la situation des professeurs
d’éducation physique, au bas de l’échelle des rémunérations, est déplorable
lorsque se fonde le Syndicat. En effet, les traitements des professeurs
d’éducation physique représentent alors tout juste 60 % de ceux qu’ils croient
alors être leurs « collègues » des matières intellectuelles. Ce en quoi, en
outre, ils se trompent, M. Sauvage (chef du bureau de l’éducation physique au
Ministère de l’Instruction Publique) expliquant au Syndicat au cours d’une
audience que « l’administration de l’enseignement
secondaire ne considère pas la gymnastique comme un enseignement »
(Bulletin syndical n° 3, mai-juin 1927, 8). En réussissant à obtenir le soutien
de la FNSF (fédération à laquelle il adhère), le Syndicat parvient alors à
donner plus de poids à ses revendications et obtient des satisfactions. Avec le
décret du 28 août 1927, une première étape est franchie. Les professeurs
d’éducation physique munis du degré supérieur intègrent la catégorie des
professeurs d’enseignements spéciaux et deviennent l’égal des professeurs de
dessin de degré élémentaire et de ceux de couture et de chant de degré
supérieur. Si R. Cormontagne peut déclarer justement
« nous récoltons quelques fruits d’une campagne
qui remonte à plusieurs années » (Cormontagne, Bulletin syndical n°
3, mai-juin 1927, 12), c’est de fruits bien avariés dont il s’agit, les
enseignants rejoints par les professeurs d’éducation physique subissant au même
moment une dévaluation vis à vis des professeurs bacheliers, auxquels ils
étaient auparavant associés. Ainsi, les instituteurs, qui constituent alors la
majorité des professeurs d’éducation physique, continuent bel et bien à subir,
en changeant de fonction, une régression tout autant statutaire que financière.
Pire qu’une simple stagnation, la situation empire au cours des années trente.
Dès 1931, le salaire d’un professeur d’éducation physique de degré supérieur
représente moins de la moitié de celui d’un professeur licencié. Dans une
situation financière déplorable, ces enseignants sont souvent amenés, pour
vivre décemment, à donner des cours privés, à animer des gymnases. Contraint
par la crise, le Syndicat en viendra même à défendre ardemment les heures
supplémentaires, tout en reconnaissant avec E. Orjollet
« que l’abandon des heures supplémentaires est
juste en principe, et je fais tout ce que je peux pour que celles-ci ne nous
soient plus nécessaires pour compléter des traitements scandaleusement
insuffisants » (Orjollet, Bulletin syndical n° 23 (nouvelle série),
octobre 1934, 11).
Dans cette lutte, l’amélioration de la formation avec la
création de l’ENEP est sans effets immédiats, si ce n’est celui de rendre la
situation toujours plus scandaleuse. En témoigne la colère de R. Plasson,
président de la FNEP, qui écrit en 1935 à propos de la première promotion
qu’elle « vient d’entrer dans les cadres, au
salaire d’un manœuvre ou d’un balayeur de cours. Notre amertume est grande !
» (Plasson, l’Educateur physique n° 25 (nouvelle série), nov 1935,
4). Toutefois, l’amélioration de la formation (qui passe à 2 ans à l’ENEP)
permet aux revendications de gagner en légitimité, et c’est bien là une étape
essentielle en vue de leur satisfaction. En décembre 1935, lors de la
discussion du budget au sénat, R. Besnard (président du groupe de l’éducation
physique) s’insurge contre l’injustice faite aux enseignants d’éducation
physique et déclare :
« Si le niveau de leurs
études s’est beaucoup élevé depuis 1907, ils en sont encore au traitement de
1907. (…) Je vous demande, monsieur le ministre, non seulement des paroles
bienveillantes, mais des engagements en faveur de ces professeurs, dont le sort
doit être amélioré … ».
(Besnard, cité par Orjollet, Bulletin syndical n° 24,
février 1935, 5)
Ce à quoi le ministre de l’Instruction Publique M. Mallarmé
répondra qu’en effet :
« Ces professeurs ne sont
plus les anciens moniteurs que nous avons connus, presque tous anciens
sous-officiers dégagés de leurs obligations militaires et qui, pour la plupart,
n’avaient pas une grande culture générale, et possédaient peu de notions sur
l’hygiène et le développement physique des enfants. (…) Nos professeurs
d’éducation physique actuels méritent mieux ».
(Mallarmé, cité par Orjollet, ibid.)
Il semblerait alors que la situation ait enfin évoluée depuis
le temps où Mr Vial, alors directeur de l’enseignement secondaire, expliquait à
R. Cormontagne et P. Fisher que la profession était
« victime de la réputation du professeur de
gymnastique d’autrefois » (Bulletin syndical n° 5, décembre
1927-janvier 1928, 10).
C’est sur cette base que l’arrivée au pouvoir du Front
Populaire permet d’aboutir à de véritables avancées. Celles-ci ne sont pas,
pour autant, obtenues sans difficultés ni sans péripéties, les contraintes
budgétaires faisant régulièrement obstacle aux déclarations et promesses des
responsables de l’éducation physique. Il faut en effet attendre le 26 mars
1938, pour que J. Zay, ayant reconnu dès son accession au pouvoir la condition
de « parias » faite aux enseignants d’éducation physique, signe un décret
portant le traitement de ceux étant munis du degré supérieur au même rang que
celui de leurs collègues de dessin également dotés d’un degré supérieur. Pour
l’aboutissement de cette revendication, mais également pour l’ensemble des
mesures prises en faveur de l’éducation physique (Sport scolaire retiré de la
tutelle des fédérations sportives, mise en place de la demi-journée de
plein-air, réintégration totale de l’éducation physique au ministère de
l’éducation nationale), J. Zay fut l’objet d’une véritable vénération par le
Syndicat.
5.3. La pédagogie, terrain de lutte contre les concurrences
S’il est un problème dont l’éducation physique semble n’avoir
jamais pu se détacher, c’est bien celui de la concurrence éducative. D. Séhé,
en son temps, expliquait déjà aux diplômés du septième Cours supérieur :
« Vous débutez dans la vie professionnelle, vous
allez, comme vos prédécesseurs avoir à lutter. (…) Vous aurez contre vous, les
pseudos-savants, les docteurs sans clientèle, les étrangers sans succès dans
leur pays, les officiers en retraite,…» (Séhé, Bulletin d’éducation
physique n° 39-40, septembre-octobre 1909, 106). Vingt ans plus tard, on
pouvait encore lire dans la revue de G. Hébert l’Education physique, sous la plume d’O. Forsant
: « Il y de quoi décourager les meilleurs parmi
les « profs de gym » universitaires dont les leçons honnêtes et consciencieuses
sont désertées au profit de charlatans de bas étages qui emplissent leurs
poches sans vergogne » (Forsant, l’Education physique n° 16, octobre
1930, 248). Dans ce cadre, les professeurs d’éducation physique comprirent sans
tarder que la pédagogie était un terrain de lutte. C’est pourquoi œuvrer à
l’amélioration des compétences pédagogiques des professeurs, tenter de faire
admettre leur supériorité en la matière, furent des buts premiers de
l’amicalisme. En ce sens, nous avons vu qu’une orientation fut clairement prise
et jamais démentie en faveur de la méthode enseignée au Cours
supérieur.
Néanmoins en affirmant son ancrage sur les problèmes
corporatifs, le Syndicat ne se préoccupe que de façon secondaire de la
réflexion et de l’action pédagogique (annexe 4). Si dans le deuxième bulletin,
un court article traite de l’intérêt éducatif du sport, le responsable de la
publication explique, dès la page suivante, que ce type de propos ne peut avoir
sa place, « le journal de notre syndicat étant
essentiellement corporatif » (Rouillon, Bulletin syndical n° 2,
mars-avril 1927, 4). Pourtant, face à la croissance des sports, l’éducation
physique prend de plus en plus une image vieillotte, archaïque. En 1933, la
FNEP s’en inquiète, et l’on peut alors lire dans l’Educateur physique :
« les associations de parents
d’élèves ne cessent de demander une réforme radicale de l’éducation physique.
(…) Les élèves, à un âge où ils devraient pleinement goûter la joie d’une
activité corporelle délassante, la trouvent fastidieuse, cherchent à
l’esquiver, ou n’y trouvent trop souvent qu’une occasion de tumulte et de
désordre ».
(l’Educateur physique n° 16 (nouvelle série), août 1933,
20)
Parallèlement, depuis la mise en place, en 1923, des Comités
Sportifs d’Académie officialisant la mainmise des fédérations sportives sur le
sport scolaire (Delaplace, 1989), de plus en plus d’enseignants voient des
élèves, qui s’ennuient dans leurs cours, se dépenser avec joie auprès
d’entraîneurs sans diplôme décidément bien gênants. D’un point de vue
corporatif, la question sportive devient alors bel et bien décisive.
Ainsi, parallèlement aux actions menées par l’Union Nationale
des Etudiants de France en vue de créer un sport universitaire indépendant du
mouvement sportif, le Syndicat élabore un projet d’organisation du sport
scolaire visant sa récupération par les enseignants. Pour celui-ci les choses
sont claires : « Si nous refusons notre concours,
d’autres que nous se chargeraient de cette organisation, (…) et nous serions
encore sous la tutelle incommode d’étrangers encombrants » (Bulletin
syndical n° 3 (nouvelle série), mars 1932, 8). Au-delà de ce projet, qui
n’aboutira qu’en 1939, c’est une position innovante que le Syndicat est alors
amené à prendre concernant le sport. Souhaitant faire reconnaître la compétence
du professeur d’éducation physique en la matière, le Syndicat milite pour
l’incorporation effective du sport dans les programmes et, en mars 1933, le
bureau déclare : « nous considérons inséparable
le sport de l’éducation physique » (Bulletin syndical n° 13
(nouvelle série), mars-avril 1933, 4).
Quelques mois plus tard, une résolution est adoptée afin
d’interpeller les pouvoirs publics pour «
incorporer le sport à l’éducation physique » (Bulletin syndical n°
18 (nouvelle série), déc 1933, 5). Enfin, critiquant fermement la formation
dispensée à l’ENEP, le Syndicat proclame en toute logique que
« les futurs professeurs devraient posséder
parfaitement les techniques sportives, être capables d’organiser et de diriger
tous les grands jeux afin de s’imposer (souligné par nous)
d’une manière indiscutable comme techniciens et
comme pédagogues » (Orjollet, Bulletin syndical n° 27 (nouvelle
série), décembre 1935, 15).
Le Syndicat fut donc conduit, quelques années après sa
fondation, à s’impliquer sur le terrain sportif et à tenter d’y imposer la
présence des professeurs d’éducation physique. En ce sens, il revendiqua
continuellement une représentation corporative au sein des diverses commissions
ministérielles traitant du sport, ce en quoi il ne fit d’ailleurs qu’essuyer
des échecs successifs. Mais en se faisant avant-gardiste en matière de prise en
compte du sport, on peut se demander si le Syndicat exprime de véritables
convictions ou des positions de circonstances. Quoi qu’il en soit si, en ces
années trente, il s’intéresse à la pédagogie, c’est avant tout de façon
instrumentale, l’objectif premier restant la lutte contre les diverses
concurrences et la défense des intérêts corporatifs. Ces derniers se
confondent-ils avec ceux de la discipline et des élèves ? Voilà bien une
question qui tout au long de cette première ère du syndicalisme en éducation
physique, ne semble pas encore avoir émergée.
6. Conclusion: revisiter l'histoire de l'éducation physique?
A travers un thème tel que celui de la défense corporative, il
nous semble que toute l’Histoire de l’éducation physique soit revisitée. Celle
de sa naissance telle que nous l’avons définie. Celle de ses « grands
personnages », tels que G. Demeny, et de ses « grands événements » à travers
l’évolution de la formation et du sport scolaire. Celle enfin de ses « grands
problèmes », comme la guerre des méthodes ou la question du sport. Et c’est
bien normal si l’on pense avec P. Arnaud que toute l’Histoire de l’éducation
physique se résume en une quête de reconnaissance et de légitimité (Arnaud,
1982). Une histoire qui de toute évidence ne peut distinguer les évolutions
corporatives des débats et luttes pédagogiques. Pourtant, de l’amicalisme au
syndicalisme, si la pédagogie s’affirme comme dimension de la lutte, il
semblerait bien qu’une modification s’opère quant à son statut. D’un but, il
semble bien qu’elle devienne avant tout un moyen. Celui destiné à obtenir le
monopole des professeurs d’éducation physique sur l’enseignement des pratiques
corporelles, ainsi que leur promotion statutaire. A la veille du second conflit
mondial, en projetant de faire de l’Educateur
physique (bulletin de la FNEP) son bulletin pédagogique, le syndicat
franchit une dernière étape en la matière, celle qui fait dire à G. Bui-Xuan
que « si la guerre enraye le processus
[les syndicats sont dissous par le régime de Vichy], la liaison est pourtant établie entre le corporatif et le
pédagogique, et le terrain préparé à l’idéologisation de tout un corps
» (Bui-Xuan, 1995, 251).
1. Archives :
Archives privées de M. Berge (SNEP),
Bulletin officiel du syndicat national des
professeurs d’éducation physique de l’enseignement secondaire (1927
à 1932).
2. Bibliographie
:
La gymnastique,
journal hebdomadaire, gymnastique, tir, escrime, pédagogie, art militaire,
récits patriotiques (1886 à 1898).
Bulletin d’éducation
physique, organe officiel des anciens élèves du cours supérieur de
l’université (1909 à 1911).
L’Educateur physique
Moderne, bulletin officiel de l’association amicale des professeurs
d’éducation physique de France et des colonies diplômés de l’université et des
anciens élèves du cours supérieur (1919 à 1929).
L’Educateur physique,
bulletin trimestriel de la fédération nationale des éducateurs physiques (1929
à 1939).
L’Education physique,
revue d’enseignement et de critique (1922 à 1934).
Bulletin officiel du syndicat
national des professeurs d’éducation physique de l’enseignement
secondaire (1932 à 1935).
Bulletin officiel du syndicat
national des professeurs d’éducation physique de l’enseignement public (second
degré) (1935 à 1939).
La tribune du fonctionnaire,
Organe officiel de la Fédération nationale des Associations professionnelles
des Employés de l’état (1913 à 1920), puis
de la Fédération des syndicats de
fonctionnaires (1920 à 1930), puis de la Fédération générale des fonctionnaires (1930
à 1939).
Demeny, G. (1902). Les bases
scientifiques de l’éducation physique, Paris, Félix Lacan. (édit de
1931).
Demeny, G. (1909). Evolution de
l’éducation physique : l’école française, Paris, Fournier. (édit de
1921).
Annexe 1
Désiré Séhé, un important pionnier de l’EP
Repères biographiques
:
- 1858 : naissance à Paris le 12 janvier.
- 1871-1875 : élève aux gymnases Pascaud et
Blériot.
- 1875-1882 : membre et moniteur de section à la société
La Française de Paris.
- 1878-1885 : fondateur et président de la société
d’escrime et de boxe française l’Union
Parisienne.
- 1879 : obtention du diplôme de maître de gymnastique
(CAEG) à l’académie de Paris.
- 1882-1888 : fondateur et moniteur de la
Société de gymnastique de
Taverny.
- 1884-1888 : fondateur, président et directeur des cours
de formation des moniteurs de l’Association
régionale des sociétés de gymnastique et de tir de Seine et Oise, Seine et
Marne et de l’Oise.
- 1884-1888 : membre fondateur, secrétaire puis
vice-président de l’Union des Professeurs de
Gymnastique de France.
- 1903 : élève au premier Cours supérieur d’éducation
physique de l’Université.
- 1906 : fondateur et président de
l’Association amicale des anciens élèves du Cours
supérieur de l’Université.
Photo (Illustration tirée de La gymnastique n° 14 (3e année), 15 avril 1888, p1)
Travaux et publications
:
- 1882 : rapport sur l’organisation de la gymnastique dans
le département de Seine et Oise.
- 1883 : Gymnastique
d’assouplissement et gymnastique pratique, manuel destiné à l’enseignement
scolaire et pédagogique, Paris, Le Bailly.
- 1887 : publication d’un projet d’Ecole Normale Civile de
gymnastique.
- 1890 : Manuel d’exercices
et de jeux scolaires, Paris, Delagrave.
- 1918 : (Préface de) P. Pommiès,
La gymnastique nouvelle au Certificat d’Etudes
Primaires, Paris, Delagrave.
- 1920 : L’éducation physique
dans les écoles de la ville de Paris pendant la guerre 1914-1918,
Paris, Malot.
- 1921 : (avec le Dr F. Raspail),
l’Education physique dans la famille,
Paris, Delagrave.
- publications non datées, citées dans
l’Education physique dans la famille
(ibid, 4) :
-
Recueil de chants
adaptés à la gymnastique.
-
L’Education physique en
Belgique.
-
Un voyage d’agrément à
travers l’Angleterre sportive.
-
L’Education morale par
l’éducation physique.
Annexe 2
Histoire de la lutte corporative en éducation physique :
Quelques repères
Annexe 3
Evolution du nombre de syndiqués et du taux de syndicalisation
:
Annexe 4
places occupées par les questions corporatives et pédagogiques
dans les bulletins syndicaux :
·
Alain, (1948), Les arts et les
Dieux, Paris, La Pleïade.
·
Arnaud, P. (1982). Les savoirs du
corps : éducation physique et éducation intellectuelle dans le système scolaire
français, Lyon, PUL.
·
Arnaud, P. (dir) (1981). Le corps
en mouvement, précurseurs et pionniers de l’éducation physique,
Toulouse, Privat.
·
Bui-Xuan, G. (1995). l’Autonomisation d’une corporation, une histoire de
corps, in René, B.X. (dir), l’Education physique au XXe siècle en France, Dossier
EPS n°15, EPS, Paris, 240-264.
·
Callède, J.P. (2000). Les
politiques sportives en France (éléments de sociologie historique),
Paris, Economica.
·
Collot-Laribe, J. (1982). Naissance de la profession d’enseignant d’EP : les enjeux
professionnels, sociaux et politiques (1871-1900). Mémoire pour le
diplôme de l’INSEP, Ministère de la jeunesse et des sports, Paris.
·
Collot-Laribe, J. (1985). Le
gymnasiarque, l’éducateur, le scientifique, Contribution à l’histoire d’une
profession (1870-1900), in Histoire sociale des pratiques sportives,
Travaux et recherches en EPS n° 8, INSEP, Ministère de la jeunesse et des
sports, Paris, 152-164.
·
Collot-Laribe, J. (1986). In Zorro, J. et l’Association des
enseignants d’EPS. Images de 150 ans d’EPS, l’EPS
à l’école en France, Clichy, AEEPS.
·
Compagnon, B. et Thévenin, A. (2001).
Histoire des instituteurs et des professeurs de
1880 à nos jours,
Mesnil-sur-l’Estrée, Perrin.
·
Delaplace, J.M. (1989). Itinéraire du sport scolaire et de ses missions,
in Arnaud, P. Clément, J.P. Herr, M. (dir), Education physique et sport en France,
1920-1980, Paris, AFRAPS, 183-196.
·
Geay, B. (1997). Le syndicalisme
enseignant, Paris, La découverte.
·
Gougeon, Y. (1994). Professeurs
d’EPS : les ambiguïté d’une discipline scolaire et d’un corps
professionnel. Thèse de sociologie (nouveau régime), sous la
direction de Michel Simon, Université des sciences et technologies de Lille,
Faculté de sciences économiques et sociales. Institut de sociologie.
·
Meunier, R. (1978). Histoire
d’une profession : du moniteur militaire au professeur de
gymnastique, in Actes du 7e congrès international de l’HISPA,
INSEP, Paris, 271-279.
·
Mouriaux, R. (1994). Le
syndicalisme en France depuis 1945, Paris, La découverte.
·
Thibault, J. (1995). La face
cachée de l’éducation physique en France, in René, B.X. (ibid),
401-416.
·
Thomas, L. (1996). « Traces »
d’histoire : le cours supérieur d’éducation physique. La gymnastique, formule
de préparation militaire. Création des sociétés de gymnastique à la
campagne, in De Joinville à
l’olympisme, rôle des armées dans le mouvement sportif français,
Ministère de la Défense, Etat-major des armées, Ed revue EPS, Paris,
63-77.
[*]
e-mail :
ggegegui@ club-internet. fr
[1]
En réussissant l’examen de fin de formation (celle-ci durant
deux semaines), les enseignants sont alors munis du Certificat d’Aptitude à
l’Enseignement de la Gymnastique (CAEG) et de la « lettre de passage au Cours
supérieur ».
[2]
Le CAEG, mis en place en 1869, n’offre alors rien d’autre à ses
titulaires que le droit de frapper aux portes des établissements scolaires pour
leur proposer leurs services. Ces derniers se trouvent alors en concurrence
entre eux, mais également (du fait de la non-application de la loi de 1882
rendant le CAEG obligatoire pour l’enseignement de la gymnastique) avec les
militaires, les sapeurs pompiers, les gymnastes, bref toute personne
susceptible de convaincre un chef d’établissement de ses compétences en matière
d’éducation physique.
[3]
En référence au sous-titre de l’ouvrage
Le corps en mouvement, précurseurs et pionniers
de l’éducation physique, (Arnaud, 1981).
[4]
Qu’il nous soit permis de remercier tout particulièrement M.
Berge, secrétaire général du Syndicat National de l’Education Physique (SNEP),
de 1969 à 1979, qui nous ouvrit chaleureusement ses archives
personnelles.
[5]
Alors que le rapport Hillairet révélait en 1868 que sur 174
enseignants, 123 étaient militaires ou anciens militaires, et 51 étaient issus
des gymnases civils, R. Meunier montre que les promotions 1910, 1911 et 1912 du
Cours supérieur comportaient pour 98 reçus : 51 instituteurs ou élèves
instituteurs contre seulement 18 moniteurs de Joinville et 4 moniteurs de
sociétés de gymnastique (R. Meunier, 1978, 276).
[6]
Lieutenant instructeur à Joinville, P. Fisher en dirigea un
temps les cours de gymnastique durant la guerre.
[7]
G. Vidal fut le dernier président de l’Union des Sociétés
Française de Sports Athlétiques, puis premier responsable d’un sous secrétariat
d’état à l’enseignement technique chargé de l’éducation physique et des sports,
créé en 1920, pour, par la suite, avoir à plusieurs reprises des
responsabilités en matières d’EP et de sport.
[8]
Comme le montre J.P. Callède (Callède, 2000), H. Paté, qui sera
à plusieurs reprises responsable de l’éducation physique et des sports, sera la
personnalité politique de premier plan dans ce domaine au cours des années
vingt.
[9]
A. Chéron, à qui P. Fisher écrira que
« c’est avec une joie profonde, partagée par tous
les collègues de l’association, que j’ai appris votre désignation par Mr le
ministre de l’instruction publique comme président de la Commission
administrative du conseil consultatif de l’éducation physique et des sports
», pour se voir retourner des remerciements très chaleureux.
(l’Educateur physique moderne n° 21, 15 mai 1922, 28).
[10]
« En juin 1926 en réalisant
l’unité syndicale nous avions conclu un véritable pacte d’ « Union sacrée »,
c’était, Ficher, votre expression textuelle… » (R. Cormontagne
s’adressant à P. Fisher lors d’un conflit les opposant à nouveaux,
Bulletin officiel du Syndicat National des
Professeurs d’Education Physique de l’Enseignement Secondaire
(Bulletin syndical) n° 9, dec 1928, 6)
[11]
Notamment, l’Amicale devient la
Fédération nationale des moniteurs et professeurs
d’éducation physique (dite
Fédération
nationale des éducateurs physiques (FNEP)) en 1929, dirigée par R.
Plasson.
[12]
Environ 30 % pour le Syndicat National de l’Education Physique
(SNEP), ce qui dans le contexte actuel reste un important taux de
syndicalisation chez les enseignants, eux-même étant beaucoup plus syndiqués
que les autres travailleurs (moins de 10 % de syndicalisation toutes catégories
confondues depuis le début des années quatre vingt dix, (Mouriaux,
1994)).
[13]
« M Henry Paté nous a déclaré
qu’il comptait sur nous comme nous comptions sur lui, nos rapports sont devenus suivis. (…)
Jusqu’alors, au ministère de l’Instruction Publique, on acceptait de temps en
temps de nous écouter (…) Nous sommes en droit de penser que la situation s’est
modifiée » (Bulletin syndical n° 11, juin 1929, 3).