2003
STAPS
Rapports de recherche
Objectivation des actions athlétiques par entretien
d’explicitation. Etude de cas
J.-L. Gouju1
P. Vermersch2
D. Bouthier3
1. Université Paris XII, Créteil, Groupe d’Etudes en
Didactique et Intervention en Activités Physiques et sportives.
2. CNRS, Paris, Groupe de Recherche en Explicitation. - 3.
IUFM, Bordeaux
L’objectif de cet article est de présenter les possibilités et
l’intérêt de l’investigation des actions sportives à partir du point de vue du
pratiquant. Le programme de recherche est celui d’une psycho-phénoménologie qui
vise les données de l’expérience subjective d’un pratiquant dans une situation
vécue. L’étude de cas servant de support à cette proposition concerne un
débutant dans le domaine des courses de haies. La méthodologie repose sur le
recueil de verbalisations par les techniques de l’entretien d’explicitation.
Les résultats montrent des variations importantes dans les actions menées dans
des tâches extrinsèquement considérées comme identiques. Les actions de
franchissement relèvent d’une situation de saut par dessus un obstacle haut et
occultant alors que les actions de course relèvent d’une situation de recherche
unique de vitesse horizontale. Ces résultats ouvrent des pistes de
compréhension du caractère émergent de la situation et de l’organisation des
actions menées. Ils permettent d’envisager des outils d’aide à l’intervention.
Ces derniers favorisent la mise en place des conditions d’une rupture de
situation et ainsi la construction d’actions nouvelles par le
pratiquant.
Mots-clés :
Action, Athlétisme, Conscience, Entretien d’Explicitation.
The purpose of this article is to present possibilities and
interest of the investigation of sports actions from the practitionner’s point
of view. The research program is a psycho-phénoménology which aims data of the
practitionner’s subjective experience in a lived situation. Case study wich
supports this analysis concerns a beginner in the field of hurdle races. The
methodology for collecting the data is verbalizations by techniques of the
interview of explicitation. Results show important variations in actions for
tasks considered as identical. The actions of clearing recover from a situation
of jump by above a high and darkening obstacle while the actions of running
recover from a situation of only horizontal speed’s research. These results
open tracks of understanding of the emergent character of the situation and the
organization of actions. They allow to build tools of help for intervention.
This kind of intervention must practitionner set up the conditions of a break
for the construction of new actions by the practitionner.
Keywords :
Action, Athletics, Consciousness, Interview of explicitation.
Ziel dieses Artikels ist es, Möglichkeiten und Nutzen der
Bewegungsanalysen aus der Sicht des Sportlers zu präsentieren. Das
Forschungsprogramm ist das einer Psycho-Phänomenologie, die auf Daten
subjektiver Erfahrung eines Sportlers in einer gelebten Situation abzielt. Die
Fallstudie, die als Gegenstand dieses Vorschlages dient, betrifft einen
Anfänger im Hürdenlauf. Die Methode beruht auf der Sammlung von
Sprachäußerungen mit Hilfe erklärender Interviews. Die Ergebnisse zeigen
bedeutende Variationen bei Aktionen, die bei Aufgaben durchgeführt werden, die
äußerlich als identisch betrachtet werden. Bei den Aktionen der Überquerung
handelt es sich um einen Sprung über ein hohes Hindernis, wobei verborgen
bleibt, dass die Laufaktionen eine Situation darstellen, bei der es einzig um
das Erreichen der horizontalen Geschwindigkeit geht. Diese Ergebnisse öffnen
Wege, um den Charakter der Situation und der Organisation der durchgeführten
Aktionen zu verstehen. Sie erlauben es, Hilfsmittel zur Intervention zu
entwickeln. Diese erleichtern es, die Bedingungen eines Situationsbruchs
herbeizuführen und so die Konstruktion neuer Aktionen durch den Ausübenden zu
erreichen.
Schlagwörter :
Handlung, Leichtathletik, Gewissen, erklärendes Interview.
L’obiettivo di quest’articolo è presentare le possibilità e
l’interesse dell’investigazione delle azioni sportive partendo dal punto di
vista del praticante. Il programma di ricerca è quello di una
psico-fenomenologia che raccoglie i dati dell’esperienza soggettiva di un
praticante in una situazione vissuta. Lo studio del caso serve da supporto a
questa posizione riguardante un principiante nell’ambito delle corse ad
ostacoli. La metodologia si basa sulla raccolta di verbalizzazioni con tecniche
tramite intervista di spiegazione. I risultati mostrano variazioni importanti
nelle azioni condotte nei compiti estrinsecamente considerati come identici. Le
azioni di superamento rivelano una situazione di salto al di sopra di un
ostacolo ed occultano le azioni di corsa che invece rivelano una situazione di
ricerca unica di velocità orizzontale. Questi risultati aprono linee di
comprensione del carattere emergente della situazione e dell’organizzazione
delle azioni realizzate. Esse permettono di esaminare degli strumenti d’aiuto
all’intervento. Questi ultimi favoriscono l’attuazione delle condizioni di una
rottura di situazione e anche la costruzione di azioni nuove da parte del
praticante.
Parole chiave :
atletica, azione, coscienza, intervista di spiegazione.
El objetivo de este artículo es presentar las posibilidades y el
interés de la investigación de las acciones deportivas desde un punto de vista
del practicante. El programa de investigación es aquel de una
psico-fenomenología que busca los datos de la experiencia subjetiva de un
practicante en una situación vivida. El estudio de caso sirvió de soporte para
esta proposición y concierne un debutante en el área de carreras con
obstáculos. La metodología descansa sobre la selección de verbalizaciones de
las técnicas de conversación de explicitación. Los resultados muestran
variaciones importantes en las acciones llevadas a cabo en tareas
extrínsecamente consideradas como idénticas. Las acciones de franquear se
desprenden de una situación de salto por arriba de un obstáculo alto y oculto
mientras que las acciones de carrera se desprenden de una situación de búsqueda
única de velocidad horizontal. Estos resultados abren pistas de comprensión del
carácter emergente de la situación y de la organización de las acciones
llevadas a cabo. Permiten distinguir herramientas de ayuda para la
intervención. Estos últimos facilitan el posicionamiento de condiciones de una
ruptura de situación y de esa manera la construcción de nuevas acciones por el
practicante.
Palabras claves :
acción, atletismo, conciencia, conversación de explicitación.
Cet article présente, au travers d’une étude de cas, une
méthodologie d’analyse des actions sportives, et plus particulièrement
athlétiques. Ceci prend place au sein d’un programme psycho-phénoménologique
(Vermersch, 1996a, 1996b, 1999, 2000a) concevant l’activité humaine comme
système complexe et situé (Gouju, 2001). Au sein de ce système, les actions
possèdent des caractéristiques spécifiques, supports privilégiés de ce travail.
En effet, en tant qu’engagement intentionnel
[1] (Havelange, Lenay, Stewart, sous presse) d’un
pratiquant dans un contexte particulier, les actions sont considérées comme
:
- propres à l’expérience subjective de ce
pratiquant,
- singulières à une situation qu’elles déterminent en même
temps qu’elles sont déterminées par elles,
- fonctionnelles à un niveau de conscience qui ne permet pas
à un pratiquant de les verbaliser spontanément dans tous leurs
aspects.
Ces caractéristiques déterminent des données dont l’accès
mobilise le programme psycho-phénoménologique. Cet accès est particulier
puisqu’il est du seul ressort du pratiquant, uniquement aidé et accompagné par
le chercheur, même si cela pose des problèmes spécifiques de recueil et de
méthodologie de traitement (Vermersch, 1996b, 2000a, 2000b). Un tel programme
s’inscrit par ailleurs dans une perspective technologique d’aide à
l’intervention des enseignants ou des entraîneurs (Bouthier, 1993 ; Bouthier et
Durey, 1995). En effet, si l’on considère que l’intervention vise la
transformation des actions d’un pratiquant pour un accroissement de sa
compétence, il est d’un grand intérêt d’approcher le mieux possible ses
actions, y compris dans le contexte même ou s’exerce cette compétence
(compétition par exemple). Or, cette approche est souvent extrêmement
indirecte, reposant sur une analyse de la tâche prescrite (Leplat, 1985),
indépendamment du pratiquant, ou bien sur des inférences opérées à partir des
comportements (Féry, 2001), voire des traces physiologiques recueillies au
cours des actions produites. Dans les faits, l’intervenant n’appuie son
intervention que sur des données très génériques de l’action d’un pratiquant,
issues le plus souvent de conceptions pré-établies des actions athlétiques,
diffusées dans la littérature professionnelle (Dyson, 1975 ; Goriot, 1982 ;
Hubiche et Pradet, 1986 ; Piasenta, 1988 ; Seners, 1996). Il s’agit de tenter
de dépasser cet obstacle et permettre à l’intervenant de mieux identifier son
objet d’intervention au sein d’un système complexe (Lehman, 1996) et pertinent
du point de vue d’un projet de transformation.
Dans un premier temps, nous préciserons le cadre conceptuel
mobilisé pour décrire les actions athlétiques, avant d’en exposer les
conséquences méthodologiques par l’étude d’un cas concret de pratique
athlétique. Nous terminerons par la discussion et les perspectives d’une telle
approche.
La posture majoritairement adoptée pour décrire les actions
athlétiques est le recours à la logique rationnelle (Granger, 1987). Par
exemple, Dyson (op. cit., 9), écrivait « Le
mouvement humain, avec son infinie variété, obéit aux lois de tout mouvement,
et chaque spécialité athlétique doit appliquer ces mêmes principes pour un
meilleur rendement au niveau le plus élevé ». D’où une définition
des actions athlétiques en tant que modifications des états d’un monde soumis à
des lois et des principes qui sont indépendants du pratiquant. Cette même
logique s’exerce lorsque les actions sont comprises comme contrôle d’un projet
mental préalable issu de connaissances (Lachman, Lachman & Butterfield,
1979). Dans ces deux cas, les actions sont référées à une théorie formelle,
dont les comportements observables ne sont que des applications plus ou moins
fidèles. Le comportement des meilleurs athlètes est considéré comme le plus
respectueux de ces principes, et sa formalisation peut alors servir de
référence à la technique (Barrue, 1994 ; Bobin, 1965 ; Vivès, 1976). Ces
conceptions, toutes valides qu’elles soient du point de vue athlétique,
privilégient ainsi le caractère normatif et général des actions produites aux
dépens des variations dues aux circonstances rencontrées par le pratiquant, que
ce soit du fait de son expérience ou bien des variations inhérentes à toute
situation sociale naturelle. A l’inverse, ce travail privilégie l’exploration
des actions en tant qu’« agir en situation », et donc des données propres,
singulières et fonctionnelles qu’elles recèlent. Sans exclure les modes
d’analyse plus classiques, cela vise à enrichir les données existantes à partir
d’un point de vue méthodologiquement et épistémologiquement différent.
3.1. L’action au sein d’un système
L’action n’est ici qu’un des éléments centraux d’un système
plus vaste. Ce système est fondé sur la co-émergence de trois instances. Nous
entendons par co-émergence le fait qu’aucune de ces instances ne peut se
définir et se comprendre indépendamment des deux autres et qu’il n’existe pas
de lien de cause à effet entre elles (Varela, 1989 ; Varela, Thompson &
Rosch, 1993).
La première instance est un contexte, en tant que
circonstances qu’un pratiquant peut appréhender avec toute sa subjectivité. La
seconde est l’activité en tant qu’engagement de ce pratiquant dans ce contexte.
La troisième est ce pratiquant lui-même, détenteur d’une certaine identité dans
ce contexte et cette activité (Faingold, 1998 ; Gouju, 2000). Ce système fonde
une situation (Lave, 1988 ; Suchman, 1987) qui se co-détermine avec ses trois
instances.
Trois composantes intégrées sont décelables en permanence
pour chaque situation. Une composante sociale au sens de « partagée avec un
groupe » et qui ne permet de définir la spécificité d’un pratiquant qu’en tant
que membre de ce groupe. En son sein, une composante individuelle qui ne
concerne qu’un pratiquant, du fait de ses caractéristiques propres. Et,
intégrée dans cette dernière, une composante locale définissant la relative
originalité ou banalité d’une situation donnée pour un pratiquant.
3.2. Définition de l’action
Dans le cadre de cet article, nous privilégions l’analyse des
composantes individuelles et locales de la situation. Ceci nous permet de
préciser la notion d’action en tant que composante individuelle de l’activité.
Il s’agit ici de distinguer les actions en tant que procédures concrètement
vécues par un pratiquant en situation, de l’activité, forme de dénominateur
commun, d’arrière-plan de toutes ses actions de toutes celles des membres du
groupe auquel il appartient lorsqu’il la mène.
L’action met en relation trois données indissociables
:
- un engagement intentionnel immédiat qui se traduit par
une focalisation de l’attention du pratiquant. Le niveau de conscience de cet
engagement est tel qu’il permet la verbalisation relativement
spontanément,
- un monde spécifique qui surgit du fait de, et pendant le
déroulement de l’action. Il sert de référent subjectif au pratiquant. C’est le
monde que l’action fait exister, que ce soit sur le mode visuel, auditif, ou
encore kinesthésique,
- une expérience sémiotique construite par ce pratiquant
qui lui permet de donner du sens à ce qui se présente. Cette expérience est
conceptualisée par le pratiquant au cours des situations antérieures (Eco, 1997
; Pastre, 1997).
Ces données composent ainsi l’action du point de vue
sémiotique, c’est-à-dire de ce qui fait signe à un pratiquant (Eco, op cit ;
Morand, 1997 ; Peirce, 1978 ; Peirce, 1984 ; Theureau, 1992).
Au sein de l’action, ces trois types de données sont mises en
relation avec la composante locale de la situation. En effet, chaque situation
est a priori composée d’aspects de grande banalité pour un pratiquant,
c’est-à-dire correspondant fortement liés à des vécus antérieurs d’une
situation similaire (ou proche du point de vue du sens). Cette banalité ou
normalité de la situation ouvre le registre des opérations (Galperine, 1966),
en tant qu’engagement concret de moyens au profit d’une action et à un niveau
de conscience tel que cela ne requiert pas la focalisation de l’attention, ce
qui n’en permet pas une verbalisation spontanée. Les opérations composent ainsi
des signes ne requérant pas le même niveau de conscience que les actions et
surtout intimement intégrées à l’action (Vygotsky, 1934/1997) ou incorporées
(Leplat, 1995). Ces sortes de micro-signes mettent en jeu des aspects très fins
et très périphériques à ce qui mobilise l’attention du pratiquant. Le registre
de ces signes est celui des différents modes de la sensibilité humaine, très
difficiles à verbaliser autrement que sur le mode du « ressenti ».
L’intérêt de l’analyse de leurs liens avec les actions est
primordial pour l’intervention. En effet, si les actions recèlent de grandes
parts d’opérations, que ce soit dans les activités usuelles ou bien relevant
d’expertise socialement reconnue, il est difficile de décrire immédiatement et
finement le « comment je fais », puisqu’une bonne part ne nécessite plus un
niveau de conscience compatible avec la verbalisation spontanée. Et c’est
justement là, dans cette périphérie attentionnelle, que se joue la réussite ou
l’échec des actions entreprises.
Un premier enjeu des recherches en intervention consiste
alors à mettre au jour les relations construites entre, d’une part, une action
et, d’autre part, les opérations intégrées au sein de cette action par le vécu
et l’expérience du pratiquant. Cela doit nous permettre notamment de comprendre
pourquoi certaines opérations semblent « échapper » au pratiquant dans
certaines situations, c’est-à-dire se dérouler sans que celui-ci ne puisse
décrire, expliquer, ou modifier immédiatement ce déroulement. Un second niveau
d’enjeu consiste ensuite à mettre en place les conditions nécessaires à des
modifications ou des transformations de cette organisation, au profit d’une
plus grande compétence du pratiquant.
4.1. L’approche psychophénoménologique et ses conséquences
La première idée de la psychophénoménologie est que le
pratiquant est le seul à pouvoir accéder à ces types de données (composant
l’action et les opérations), puisqu’elles lui sont propres et, de plus,
singulières à sa situation. La seconde idée est qu’un pratiquant puisse accéder
à une situation vécue, en tant qu’expérience subjective et sensible. Cet accès
est possible, non de façon spontanée et immédiate, mais de façon rigoureuse,
contrôlable et accompagnée, requérant ainsi une méthode. Le programme de la
psycho-phénoménologie repose sur la mise au point des techniques d’accès à sa
propre expérience, accompagné par un tiers. C’est la validité d’un tel accès
qui permet de considérer que les données recueillies se rapprochent bien de
l’expérience vécue et ne relèvent pas d’une construction différente, faite en
situation d’entretien.
La troisième idée est que les actions et opérations ne sont
pas construites pour être saisies conceptuellement, elles n’ont pas pour
objectif premier d’être intelligibles de l’extérieur. Cependant, outre le
comportement en situation qui en révèle certains aspects, la verbalisation du
vécu d’une situation peut fournir les données de notre cadre conceptuel. Et
ceci nécessite enfin des garanties de validité de recueil, puisque, comme le
souligne Vermersch, (1998, 23) : « Il ne faut pas
confondre ce que le sujet fait, ce qu’il sait qu’il fait, ce qu’il croit qu’il
fait (…) et ce qu’il décrit de ce qu’il fait quand il en décrit le
déroulement ». Le souci de résoudre ces difficultés a amené
Vermersch (1994) à élaborer les techniques dites de l’entretien
d’explicitation. Elles font l’objet des travaux de développement du G.R.EX.
(Groupe de recherche en explicitation) depuis une dizaine d’années.
La quatrième idée est la capacité d’évaluer le niveau de
conscience d’un engagement en situation (Ardvidson, 2000). Le recours est de
saisir la conscience, non en elle-même, mais par ce qu’elle fait fonctionner et
par ses variations. Vermersch (2002, 27), écrit : « L’attention est conçue dans la lignée
phénoménologique de Husserl comme “ce qui module la conscience de” ». Cela implique plusieurs caractéristiques méthodologiques :
- puisque les actions et les opérations n’existent qu’au
sein d’une situation, les verbalisations visent une situation précise et
concrètement vécue,
- beaucoup de données n’étant pas verbalisables
spontanément (registre des opérations), l’entretien doit permettre « leur prise
de conscience ». Il s’agit d’une action particulière, menée en entretien, au
cours de laquelle le pratiquant tourne son attention vers la description la
plus fine possible de ce qu’il a vécu concrètement,
- la validité de l’entretien repose sur la capacité de
celui ou celle qui le mène de permettre au pratiquant de réaliser cette prise
de conscience et d’accéder à sa propre expérience (Vermersch, 2000a).
Les données recueillies ne permettent pas de satisfaire
directement aux critères de validations les plus classiques, dans la mesure où
elles se livrent peu facilement aux procédures de triangulation des données
(Faersch et Kasper, 1987 ; Vermersch et Maurel, 1997). En effet, ce à quoi
chacun accède directement n’est pas public et ne peut être soumis strictement
au critère de l’accord d’observateurs indépendants, ni du même coup soumis à un
test qui permettrait de le réfuter. Les critères de validité sont alors
internes, verbaux ou non verbaux, tels que la congruence entre le langage
mobilisé et la posture d’élocution, la non induction du questionnement du
chercheur, le recours à la première personne du singulier, ou bien l’usage de
termes procéduraux par rapport à un langage normatif ou prescriptif.
La spécificité de cette méthodologie et de ce cadre
conceptuel réside dans le recueil de données qui ne sont pas le produit
d’inférences, mais d’un recueil direct, contrôlé et accompagné de l’expérience
d’un pratiquant. Elle n’est que très peu usitée dans le domaine de l’Education
physique et sportive ou bien celui des Sciences et Techniques des Activités
Physiques et Sportives (STAPS). Seuls quelques travaux s’y réfèrent
explicitement. Notons ceux de Martinez (1993) dans le domaine de la compétence
pédagogique et de la pratique de la natation (1997). Cet auteur s’inscrit dans
une démarche visant l’aide qu’un professeur peut apporter pour la prise de
conscience des actions par les pratiquants-élèves. Notons également les
références faites à l’entretien d’explicitation dans des travaux d’analyse de
l’expertise des entraîneurs en voile (Saury et Durand, 1995, 27). Ces derniers
intégrant cette référence dans une méthodologie de recherche légèrement
distincte puisque « le rappel des évènements est
stimulé et documenté par les observations du chercheur ».
4.2. Investigation empirique
4.2.1. Présentation du cas étudié
Le cas étudié est celui d’un pratiquant débutant en courses
de haies confronté pour la première fois à un parcours d’obstacles. Les données
de contexte ne font pas l’objet d’un entretien. Il s’agit d’un 50 mètres haies
effectué lors d’une prise de performance initiale chez des étudiants de DEUG
STAPS de première année. Les haies sont hautes de 0.91mètre, les intervalles de
8.5 mètres, le nombre de haies est de cinq ; la distance entre le départ et la
première haie est de 13 mètres. Les conditions sont celles d’une piste en
revêtement synthétique et l’étudiant est chaussé de chaussures à pointes.
Aucune indication ne lui a été fournie explicitement sur les techniques de
référence de cette tâche. Il possède juste les quelques éléments réglementaires
qui consistent à ne pas renverser les haies volontairement, ni à passer
dessous. L’étudiant concerné est de sexe masculin, âgé de 20 ans et fut choisi
sur le fait d’avoir déclaré être débutant, c’est-à-dire n’avoir jamais pratiqué
cette discipline, et d’être volontaire pour un entretien post-épreuve
[2]. Aucune instruction particulière ne vient
préciser la tâche à accomplir, si ce n’est qu’il faut aller le plus vite
possible sur le parcours en respectant les contraintes réglementaires.
4.2.2. Recueil des données
La situation est filmée en vidéoscopie en plan moyen.
L’entretien d’explicitation est post opératoire avec, ici, un temps de deux
heures entre la situation évoquée et l’entretien. Il est enregistré et filmé,
de façon à permettre le codage du comportement non verbal en entretien.
L’entretien fait l’objet d’un codage de chacune des répliques de 1 à X, le
numéro de la réplique étant précédé de la lettre A lorsqu’il s’agit du
pratiquant, et de la lettre B lorsqu’il s’agit du chercheur. Les données sont
ensuite repérées suivant plusieurs étapes.
A- Ordonnancement temporel de toutes les propositions
recueillies en entretien concernant l’expérience du pratiquant.
B- Vérification des critères de validité interne de chaque
proposition.
C- Vérification en double aveugle de la concordance de cet
ordonnancement.
D- Recherche des trois données indissociables au sein de
chaque proposition.
E- Recherche des indices de niveau de conscience du
pratiquant pour chaque proposition. Ceci permet alors de positionner les
propositions en tant qu’actions ou opérations. Les critères utilisés sont
notamment verbaux, les concepts mobilisés étant différents en action ou
opérations, voire non verbaux lorsque la prise de conscience est manifestement
délicate pour le pratiquant, ce dernier exprimant la découverte des
données…
F- Recherche des indices permettant éventuellement de
confirmer ou infirmer les données de verbalisation à partir de l’analyse des
données observables sur le film. Identification des centrations du regard,
incidents de course, évolution de cette dernière…
5.1. Identification des actions et opérations
L’analyse vidéo fournit les indications suivantes. Les
comportements sont : le piétinement (6 appuis dans les intervalles, 10 appuis
avant la première haie), le recul important des épaules devant l’obstacle et
une reprise d’appuis quasi simultanée derrière celui-ci. La jambe d’appel est
la jambe gauche sur tous les obstacles.
5.2. Analyse de tâche extrinsèque et expérience subjective
Les analyses de tâche sur les courses de haies relèvent
quatre tâches identifiées comme suit : Départ - Franchissement de la haie -
Course inter-obstacles - Course derrière le dernier obstacle. Implicitement, le
franchissement de la haie et la course inter-obstacles sont considérées comme
identiques sur tout le parcours (5 haies sur ce cas). Les propositions
d’intervention traitent de ces tâches au singulier, tels Hubiche et Pradet
(1986, 32), qui caractérisent « la foulée sur la
haie ». Accroître sa compétence se traduit ainsi par l’amélioration
des composantes de ces tâches. Par exemple, Piasenta (1988, 224), écrit « l’apprentissage des haies nécessite (…)
l’amélioration de l’appel, le perfectionnement du rythme ou de la vitesse
gestuelle ». La mise en perspective des tâches déterminées
extrinsèquement et des actions-opérations relevées fournit des résultats
suivants sous la forme suivante (cf. tableau 1).
Exemples de découpage de l’épreuve
Tâches Actions Opérations Départ
Positionnement Se concentrer Se parler Penser à la première haie Placement «
prêts ! » Se relever Se redresser Regarder devant Se concentrer Se parler plus
fort Partir vite Commandement « partez ! » Trouver la vitesse (lâcher la
pression) Voir la 2e haie Se pencher en avant Aller vite avec les mains
Franchissement 1re haie Prendre conscience de la haie Voir la hauteur Ralentir
la foulée Se concentrer Piétiner Lancer la jambe Partir de derrière Laisser
faire Bloquer la respiration Attendre Les bras et les jambes ne bougent plus
Atterrir Voir la jambe au sol Voir le pied droit Sentir la jambe de retour vers
le ventre Sentir l’écrasement du corps Sentir dans le pied Course 1er
intervalle Ré- enclencher la foulée Ressentir les deux pieds au sol Le pied est
loin devant Se remettre en position Placer les bras Ramener la jambe gauche Se
dépêcher Se concentrer sur la haie Se parler Faire beaucoup de foulées
Franchissement 2e haie Prendre conscience de la 2e haie Se sentir tout de suite
dessus Atterrir Déséquilibre du corps vers la droite Course 2e intervalle
Repartir Donner une impulsion vers la gauche
Le découpage extrinsèque segmente l’épreuve en 13 tâches.
L’entretien d’explicitation permet la mise en évidence de 15 actions. Seules
cinq tâches correspondent à une action. Quatre tâches ne correspondent à aucune
action. Quatre tâches correspondent à plusieurs actions pour chacune
d’entre-elles. Ceci indique que certaines tâches mobilisent l’attention de
façon très segmentée, d’autres moins et d’autres ne mobilisent pas l’attention
de façon focalisée. Il y a là un constat nécessitant l’analyse plus
approfondie. Si nous établissons une mise en relation entre la succession des
tâches extrinsèquement désignées et le nombre d’actions menées du point de vue
du pratiquant, nous obtenons la courbe suivante.
Certaines fluctuations sont ainsi très sensibles sur la durée
de la situation, l’attention est très focalisée et détaillée sur le
franchissement de la première haie et semble inexistante ensuite pour revenir
sur la fin de la course. Si nous comparons les tâches de franchissement et
celles qui concernent la course, nous constatons que les fluctuations sont plus
sensibles en ce qui concerne le franchissement des obstacles. (cf. tableau 2).
Nous concluons dans un premier temps que toutes les tâches de cette situation
ne font pas l’objet du même type d’engagement du pratiquant au niveau des
actions.
Tableau 2
Ordre des tâches (abscisse) et nombre d’actions par tâche
(ordonnée)
Si nous procédons maintenant à la même analyse en intégrant
les actions et les opérations, nous constatons que les procédures mises en
œuvre (c’est-à-dire indistinctement actions ou opérations) sont relativement
constantes sur cette situation de course de haies, ce que confirme l’analyse
vidéoscopique. Par contre, tout se passe comme si les procédures menées en
termes d’action étaient progressivement menées avec un niveau de conscience
inférieur, les amenant au statut d’opérations… Ce qui signifie que le
déroulement de la situation génère progressivement d’autres actions,
(enchaîner) sans mettre fin aux procédures entreprises, mais ces dernières se
déroulent alors à un niveau attentionnel bien moindre. Si les tâches sont donc
extrinsèquement identiques, les formes attentionnelles des procédures sont bien
distinctes selon les moments de la course.
5.3. Analyse des actions
Deux grands types de tâches sont rencontrés dans cette
analyse. Des tâches de franchissement (5/13) et des tâches de course
(6/13).
5.3.1. Tâches de franchissement
Sur les cinq tâches de franchissement nous constatons la
mise en œuvre de 4 procédures. Prise de conscience de la haie, lancer la jambe,
attendre, atterrir. Quelle expérience conceptuelle a-t-elle été construite par
cet athlète pour faire surgir ces actions et leurs opérations ?
Le concept mobilisé le plus souvent pour regrouper cet
ensemble est le terme de « passer la haie ». Puis survient une précision sur
laquelle le pratiquant affirme « passer, c’est
passer par-dessus, c’est toujours sauter, regarder devant et
atterrir ». Selon les critères d’indexicalité du langage (Barwise et
Perry, 1983 ; Eco, op. cit.), le concept présent dans le langage renvoie à ce
qui fait signe pour ce pratiquant. Cela signifie que, compte tenu de
l’engagement concret qui est le sien, ce qui se présente à lui, et dont il
déclare fortement prendre conscience, est une situation de saut. Cette
situation nécessite la mise en œuvre des moyens intégrés par lui pour procéder
au saut. Et ces moyens sont avant tout ceux d’une projection vers le haut d’une
jambe, la suite devenant une conséquence (si on a bien sauté, on passe
l’obstacle et surviennent alors les nécessités de l’atterrissage). Le saut
reste alors ce qui émerge à la fois comme action et comme situation et qui
mobilise l’attention et la conscience du pratiquant. Du point de vue de ce qui
fait émerger ce signe et cette action, les indications sont celles de la
dimension de l’obstacle. Pour lui, ce qui se présente est haut, doit être sauté
pour passer par-dessus. Puis la dimension expectative domine. Tout se passe
comme si cet athlète attendait de savoir ce qui allait se passer. Ce qui est,
pour lui, derrière l’obstacle, représente l’inconnu. Et enfin, corollaire de ce
saut, l’atterrissage survient comme conséquence ultime. Cet atterrissage est
précisé comme le retour au sol depuis un point haut. Il caractérise bien la fin
d’une tâche, et est évalué en tant que tel par le retour des deux pieds au sol,
avant reprise de toute autre tâche.
Sauter, c’est donc ici l’élément fort et organisateur d’un
passage par-dessus quelque chose de haut. Il s’organise par un lancer de la
jambe libre par-dessus l’obstacle, suivi d’une attente jusqu’à un atterrissage
des deux pieds depuis un point haut.
5.3.2. Les tâches de course
Les tâches de course sont plus stables que celles du
franchissement, que ce soit du point de vue des procédures ou bien de leur
statut d’actions ou d’opérations. Les points majeurs sont la recherche de
vitesse et la course de vitesse en elle-même.
Dans le premier cas, le pratiquant se mobilise pour rompre
l’inertie ; y compris derrière chaque obstacle, dans le second, il se mobilise
pour se déplacer à la vitesse la plus élevée possible. Les opérations menées
sont assez semblables dans les deux cas et l’entretien ne permet pas de les
distinguer avec certitude. La première opération concerne la recherche d’une
inclinaison du grand axe du corps vers l’avant, suivie d’une fréquence
gestuelle dans les bras, puis dans les jambes. Cet ensemble est accompagné
d’une stimulation auditive interne et de la fixation d’un point vers l’avant.
Ce qui fait signe pour ce pratiquant reste strictement de l’ordre de la vitesse
horizontale de déplacement. Courir, dit il, c’est se dépêcher, cela sert à
aller vite vers un point situé en avant. Les opérations menées restent
intégrées dans ce signe, en termes de fréquence gestuelle des bras et des
jambes, ce que confirme l’analyse vidéoscopique.
5.4. L’identité
La deuxième lecture de l’entretien fait apparaître des
aspects identitaires, intervenant comme troisième instance intimement liée au
contexte et aux actions. Nous considérons l’identité comme le point de vue du
sujet sur lui-même au cours de son activité (Faingold, op. cit, Gouju, 2000).
Cette identité renvoie ainsi à la question « Qui suis-je quand je fais cela ?
». La réponse à cette question n’est pas accessible en situation, puisque
l’attention n’est pas tournée vers cet aspect. Les résultats de cette recherche
de l’identité sont l’absence de données. Tout se passe comme si le pratiquant
ne se reconnaissait aucune identité fixe dans cette situation. A l’inverse,
l’ensemble des données recueillies se réfèrent à l’avenir en forme de point
d’interrogation. Nous relevons dans l’entretien des propos tels que :
« commencer pour voir si je vais y arriver A108,
on va voir si on peut réussir à passer, à passer l’obstacle A154, enfin
j’allais être fixé si j’avais réussi à la haie A192 ».
On peut interpréter cette succession d’actions du point de vue
d’une cohérence plus générale de la situation. Cette cohérence étant ce qui
émerge à la fois du contexte et de l’expérience construite par ce pratiquant,
elle n’existe que dans l’engagement concret de ce dernier. Si nous reprenons
les éléments de cette cohérence, nous relevons deux idées fortes qui sont la
crise de temps et le paradoxe.
La crise de temps est à la fois la source et la résultante des
actions menées par ce pratiquant. Il met en place une course de vitesse vers
l’avant avec les actions et opérations construites dans des situations de
course classiques, c’est-à-dire sur le plat… Cet engagement vers l’avant
n’intègre pas l’obstacle. Et, quand il « prend conscience » d’un obstacle tel
qu’il faille sauter pour le passer, sa vitesse horizontale est incompatible
avec la mise en œuvre des opérations intégrées au cours des situations
antérieures de saut. L’élément perturbateur est bien la vitesse horizontale
issue de ses propres actions, qui crée une crise de temps pour un ajustement de
l’impulsion vers le haut. D’où la mise en place d’un piétinement au dernier
moment. Et ceci n’est pas valable que sur la première haie seulement, puisque
l’entretien met en évidence que cela se reproduit sur tous les obstacles. En
termes d’intervention, nous pouvons remarquer que, si le pratiquant avait bien
vu et appréhendé la haie haute avant de courir, il se comporte en situation
comme si cette dernière n’existait pas.
Ensuite, l’expérience construite pour passer par-dessus un
obstacle haut n’intègre pas non plus la reprise de course. D’où la nécessité
d’attendre l’atterrissage, les moyens de faire autrement n’étant pas
construits. Là également, la reprise de course semble ne pas exister dans
l’expérience du pratiquant. Si Dhellemmes (1995) décrit à cet endroit le
débutant comme « sauteur-coureur », nos interprétations
confirment alors cette appellation générique. Il semble qu’il y ait là des
éléments importants pour guider l’intervention dans la mesure où celle-ci ne
peut se fonder sur la programmation préalable d’un geste nouveau, mais sur la
modification de la situation, c’est-à-dire de ce qui fait signe au pratiquant
quand il y est engagé concrètement.
L’analyse livre ensuite une seconde interprétation en terme de
paradoxe entre l’expérience construite pour courir et l’expérience construite
pour sauter. Nous observons en effet un saut qui se réfère plutôt à ce qui se
passe dans les jambes, et une course qui se passe « plutôt dans les bras ».
Nous sommes ainsi dans une situation très paradoxale, permettant de comprendre
pourquoi ce débutant est constamment pris dans la contradiction entre « courir
en allant vers l’avant avec les bras et le regard fixé » et « sauter en
projetant les jambes devant vers le haut ». Ce que nous observons sur la vidéo
en termes de recul des épaules est ainsi la résultante d’une véritable bascule
vers l’arrière amplifiée par la crise de temps vécue subjectivement pour passer
de la course au saut (le pratiquant décrit très bien ce phénomène lorsqu’il
parle de sa jambe qui part de derrière et qui monte devant vers le haut). Ceci
ne peut alors s’opérer qu’à vitesse réduite obtenue par piétinement.
Ces situations locales crées sont fugaces et extrêmement
évolutives, puisque les quelques secondes de durée de la course marquent déjà
des évolutions notables, la reconnaissance d’une capacité à franchi. Nous
sommes amenés à remarquer combien le statut de débutant est hypothétique et
labile. Le pratiquant procède en très peu de temps à la construction d’une
expérience qui oriente la survenue de ce qui se passe pour lui. Sa situation du
premier franchissement est alors une situation d’inconfort maximum, tellement
maximum qu’elle ne peut durer que quelques secondes. Passé ce premier obstacle,
il se règle immédiatement sur cette expérience pour tenter d’apporter un peu de
stabilité à ce qui se passe, sans forcément beaucoup de réussite dans cette
entreprise puisque la crise de temps perdure. Nous observons ainsi une
focalisation d’attention qui évolue et qui relègue au second plan ce qui était
au premier sur le début de la course.
L’analyse de l’absence de données concernant une identité
confirme cette analyse. Ce débutant ne semble pas se reconnaître dans ce qu’il
fait. Il attend donc le déroulement de la course pour s’accorder une quelconque
identité, d’où la labilité également identitaire de la situation. Ainsi,
pendant la course, tout atteste que les quelques secondes d’un franchissement
transforment l’abord du second obstacle. L’appellation de débutant n’est pas
qu’un critère objectif qui définit quelqu’un. C’est également une identité qui
participe à l’émergence d’une situation particulière. En quelque sorte une
absence d’identité pour vivre ce qui se passe : «
c’est une impression bizarre » confit-il. Il est alors débutant, non
seulement sur le plan de la nouveauté du contexte et de la tâche, mais aussi au
regard de ses propres compétences, ce qui est plus paradoxal. Il ne s’accorde
en apparence aucune identité, alors qu’il fonctionne sur des référents et des
visées qu’il a déjà éprouvés.
7. Discussion - Conclusion
Nous avons mis en évidence que la façon dont ce coureur
débutant s’organisait face à cette épreuve relevait d’une situation émergente.
C’est la confrontation entre d’une part, ce qu’il a construit antérieurement
dans des contextes ayant un rapport avec celui-ci et, d’autre part, ce que son
engagement génère dans ce contexte là qui nous permet cette lecture de la
situation. Plusieurs remarques s’imposent immédiatement.
Cette étude de cas s’inscrit dans une recherche à visée
descriptive et interprétative et ne prétend pas à une forme de généralisation.
Cette approche qualitative (Yin, 1984) pose le problème de l’exploitation des
données issues des cas singuliers (Vermersch, 2000a) qui se caractérise
justement par la recherche de leur originalité et spécificité. A partir de là,
notre interprétation ne peut nous permettre d’affirmer que tous les débutants
possèdent les mêmes caractéristiques pour mener leurs actions. Même si d’autres
études (Dhellemmes, op. cit.) opèrent des descriptions similaires des actions,
ces dernières ne procédant pas à une investigation empirique contrôlée et ne
possédant donc pas le même statut, nous ne pouvons les utiliser comme élément
de confirmation de nos conclusions. Par contre, la
dimension exploratoire de données singulières permet de formuler des hypothèses
technologiques concernant l’activité du débutant en course de haies,
intéressantes pour une aide à l’intervention. En tout état de cause, ces
interprétations mettent en doute l’efficacité d’une intervention uniquement
prescriptive de comportements.
En ce sens, cette étude s’inscrit dans la lignée d’un certain
nombres de programmes de recherches menées à partir des paradigmes de la
psychologie soviétique (Galperine, op. cit. ; Leontiev, 1976), que ce soit dans
le domaine de la psychologie du travail (Leplat et Pailhous, 1976 ; Savoyant,
1979), de l’analyse des actions (Von Cranach, 1982) ou bien celle des actions
sportives (Bouthier, 1989 ; David, 1993 ; Reitchess, 1986 ; Stein, 1984). Ces
études mobilisent le concept de représentation fonctionnelle (Leplat, 1985 ;
Weil Fassina, Rabardel et Dubois, 1993) pour décrire des constructions mentales
opérées en action à partir du monde réel, totalement dédiées à
l’efficacité.
Au sein de cette étude, la construction est celle d’un monde
qui surgit du fait d’une situation, produit du contexte, de l’expérience d’un
sujet et des actions elles-mêmes. En ce sens, la posture est ici proche de
programmes de recherche développés, tant dans le domaine de l’ergonomie et de
la didactique professionnelle que dans celui des STAPS. Citons l’analyse du
cours de l’action, (Pinsky, 1991 ; Theureau, op. cit), la psychodynamie (Clot,
1999) dans le domaine de l’ergonomie, et l’anthropologie cognitive située
(Durand, 1998 ; Saury, 1998 ; Gal-Petifaux, 2000 ; Sève, 2000), dans le domaine
des STAPS. Ils soulignent la nécessité de prendre en compte les dimensions
propres au sujet et à son expérience ainsi qu’à la situation et le contexte
dans laquelle cette activité se développe, lui conférant une forme d’autonomie
vis-à-vis d’autres modes d’analyse. Cette autonomie se situe au niveau de ce
qui est significatif pour l’acteur (Gal-Petitfaux et Durand, 2001). Néanmoins,
cette étude se distingue de ces travaux sur deux points. Le premier concerne la
finesse des données recherchées. Il y a la volonté d’aider le pratiquant dans
l’accès à des données les plus fines possibles, jusqu’aux limites du
conscientisable. Le second concerne l’absence de recours au rappel stimulé, de
type auto-confrontation par exemple, pour recueillir les données. La volonté
étant, en permanence, d’intervenir le moins possible dans l’accès du pratiquant
à sa propre expérience pour éviter tout biais.
L’idée fondamentale pour l’intervention est que la situation,
dans toute sa complexité, compose un ensemble de signes intégrés pour le
pratiquant, et que ceux ci n’existent qu’en raison de ce qu’il a construit pour
les faire apparaître, c’est le caractère sémiotique de la situation.
Transformer l’activité (les actions et opérations) du pratiquant consiste en la
création des conditions de rupture de cette situation et de ces signes. Or, on
constate que cette rupture n’est pas toujours facile à mettre en place, nous
dirons qu’il y a inertie du signe (Gouju, 2000). Cette inertie est
particulièrement manifeste lorsque des comportements sont maintenus après
consignes verbales d’un intervenant. Cela signifie qu’après consignes et une
fois en situation, celle-ci n’a pas évolué sensiblement et que les actions et
opérations restent les mêmes, produisant les mêmes comportements. Existe-t-il
des éléments qui assurent mieux que d’autres cette rupture, ne permettant plus
au pratiquant de mobiliser les mêmes actions et opérations avec succès ? Deux
types de réponses sont apportées. L’une appartient à l’ergonomie et vise à
traiter le contexte pour faciliter la réussite, l’autre appartient au monde de
l’intervention et traite la situation pour engager le pratiquant vers des
transformations de ses actions et opérations. Cela signifie bien que les
actions ne dépendantes d’un contexte que superficiellement, elles relèvent
profondément d’une situation, avec ce que cela contient de complexité,
d’expérience du pratiquant, d’identité de ce dernier… Nous voyons alors que les
résultats de cette étude ne sont exploitables dans le champ de l’intervention
que si l’on est susceptible de les mettre en relation avec une théorie de
l’intervention qui puisse les mobiliser.
Les pistes pour l’intervention, à la suite de ce travail,
seraient les suivantes. Si l’on considère que les comportements les plus
négatifs pour la production de performance sont ici ceux qui se manifestent sur
le franchissement par destruction de la vitesse horizontale, l’objectif est de
permettre au pratiquant de construire une action nouvelle, qui ne soit plus
celle du saut à forte composante verticale. Or les hypothèses de Vygotsky (op.
cit.) concernant la constructions de concepts nouveaux (son adjectif d’alors
était « scientifiques ») consistent à provoquer leur construction à partir des
opérations intégrées dans les concepts et actions « déjà en place ».
Concrètement, cela se traduit par la mise en place d’une situation qui ne soit
plus celle du saut (rupture du signe) mais au sein de laquelle il puisse
mobiliser avec efficacité des opérations qu’il a construites antérieurement au
sein d’autres actions. Par exemple, permettre à notre pratiquant de franchir un
obstacle en maintenant le type d’engagement vers l’avant qu’il possède déjà
dans les situations de cours. Intervenir se définit alors comme la mise en
place des conditions de transformation d’une situation, par construction
d’actions nouvelles à partir d’actions et opérations anciennes.
Une autre piste issue d’un tel travail est l’objectivation des
actions et opérations pour des niveaux de compétence proches. Cela s’inscrit
ainsi dans une démarche technologique exploratoire visant à outiller
l’intervenant dans la mise en place des conditions de transformation des
actions des pratiquants. Ces outils n’étant, comme nous venons de l’affirmer,
que des hypothèses, ils ne sont alors pas prescriptifs d’un mode
d’intervention, mais ils enrichissent l’expérience de l’intervenant pour
prendre ses décisions.
Nous remarquons ensuite que la prise de conscience de ces
données par un pratiquant participe, en post-entretien, à des effets
d’auto-analyse de la pratique dont nous pouvons penser qu’ils participent à une
forme de développement des compétences. Cela remet en cause certains principes
d’intervention ayant existé dans le monde de l’athlétisme.
« D’une façon générale, il vaut mieux laisser
l’athlète ignorer la nature exacte de ses mouvements, et se contenter
d’insister sur quelques détails destinés à corriger ses fautes »,
écrivait Dyson (op. cit., 10).
Enfin, y compris sur le registre de l’absence, cette étude
révèle la place des aspects identitaires dans une situation. Nous avons pu voir
combien le fait de se définir comme débutant influençait la situation et son
évolution. Cela renforce la complexité d’une situation naturelle en termes
d’originalité et de singularité permanente.
Ceci ne doit pas se substituer à des modes exploratoires plus
classiques, mais au contraire les compléter dans certains aspects très
spécifiques d’une situation par des données d’une finesse, d’une singularité et
d’une profondeur inenvisageables sans ces moyens. Les limites de ce mode
d’investigation sont essentiellement la compétence du chercheur à mener ce type
d’entretien et les limites du conscientisable, c’est-à-dire un degré
d’intégration des opérations dans les actions que toute verbalisation en soit
impossible, y compris dans le cadre des techniques d’entretien d’explicitation.
Par contre, ce programme de recherche pose assez clairement les limites d’une
formalisation des savoirs d’un pratiquant à des fins d’enseignement ou
d’établissement de programmes, forcément moins respectueuse des aspects situés,
singuliers et identitaires et plus proche d’un mode interventionniste
prescriptif. D’où l’intérêt d’une didactique professionnelle (Pastre, Samurcay
et Bouthier, 1995) qui, vis-à-vis d’une didactique des disciplines, privilégie
l’analyse de l’activité du pratiquant plus que ses savoirs, l’analyse des
compétences en situation plus que l’évaluation de ses savoirs.
·
Ardvinson, P. S. (2000). Transformations in consciousness :
continuity, the self, and marginal consciousness. Journal of consciousness studies,
7, 3-26.
·
Barrue, J. P. (1994). Fonctionnement des savoirs sur l’objet d’enseignement à
l’intérieur du système didactique. Etude, en EPS, de la découverte, de la
fonctionnalité et de la complémentarité des savoirs sur l’objet
athlétique. Thèse de doctorat non publiée, Toulouse : Université
Toulouse III.
·
Barwise, J., Perry, J. (1983). Situations and attitudes. Cambridge, MA : MIT
Press.
·
Bobin, R. (1965). Athlétisme pour
tous. Paris : Amphora.
·
Bouthier, D. (1989). Les conditions cognitives de la formation
d’actions collectives. Le Travail
Humain, 52, 175-182.
·
Bouthier, D. (1993). L’approche
technologique en STAPS. Représentations et actions en didactique des
APS. Diplôme d’habilitation à diriger des recherches non publié,
Orsay : Université Paris Sud.
·
Bouthier, D., Durey A. (1995). La compétence d’un entraîneur de
rugby. Education permanente,
123, 65-79.
·
Clot, Y. (1999). La fonction
psychologique du travail. Genres et styles. Paris : PUF.
·
David, B. (1993). Place et rôle
des représentations dans la mise en œuvre d’une APS ; l’exemple du
rugby, Thèse de doctorat non publiée, Orsay : Université Paris
Sud.
·
Dhellemmes, R. (1995). EPS au
collège et athlétisme. Paris : INRP.
·
Durand, M. (1998). P.E. teachers
action analysis : A cognitive anthropology approach. Cagigal lecture
at the AIESEP world congress, New York : AIESEP.
·
Dyson, G. H. G. (1975). Principes
de mécanique en athlétisme. Paris : Editions Vigot Frères.
·
Eco, U. (1997). Kant et
l’ornithorynque. Paris : Grasset.
·
Faersch, C., Kasper G. (1987). Introspection in second language research.
Philadelphia : Multilingual matters Ltd.
·
Faingold, N. (1998). De l’explicitation des pratiques à la
problématique de l’identité professionnelle : décrypter des messages
structurants. Expliciter,
26, 17-20.
·
Fery, Y. A. (2001). Que savons nous de nos
mouvements ?, STAPS,
55, 7-23.
·
Galperine, P. I. (1966). Essai sur la formation par étapes des
actions et des concepts. In A.
·
Gal-Petitfaux, N. (2000). Typicalité dans la signification et l’organisation de
l’intervention des professeurs d’Education Physique et Sportive en situation
d’enseignement de la Natation : le cas des situations de nage en « file
indienne ». Thèse de doctorat non publiée, Montpellier : Université
de Montpellier 1.
·
Gal-Petitfaux, N., Durand, M. (2001). L’enseignement de
l’Education physique comme « action située » : propositions pour une approche
d’anthropologie cognitive, STAPS,
55, 79- 101.
·
Goriot, A. (1982). La pédagogie
du débutant en athlétisme. Paris : Vigot.
·
Gouju, J. L. (2000). De la didactique à l’identité : passage
par l’entretien d’explicitation. In C. Gohier et C. Alin (Coord.),
Enseignant formateur : la construction de
l’identité professionnelle, (pp. 181-195). Paris :
L’Harmattan.
·
Gouju, J. L. (2001). Objectivation de l’organisation de l’action : contribution
à l’intervention didactique en athlétisme. Thèse de doctorat non
publiée, Orsay : Université Paris Sud.
·
Granger, G. G. (1987) Pour la
connaissance philosophique. Paris : Odile Jacob.
·
Havelange, V., Lenay, C., Stewart, J. (sous presse). Les
représentations : mémoire externe et objets techniques,
Intellectica.
·
Hubiche, J.L., Pradet, M. (1986). Comprendre l’athlétisme. Paris : INSEP.
·
Lachman, R., Lachman, J. L., Butterfield, E. C. (1979).
Cognitive psychology and information
processing. Hillsdasle : Lawrence Erlbaum.
·
Lave, J. (1988). Cognition in
practice. Cambridge : Cambridge University Press.
·
Lehman, J. C. (1996). De la gestion de la complexité à un
corpus de « science de l’action ». In J. M. Barbier (Coord.).
Savoirs théoriques et savoir d’action
(pp.147-160). Paris : Presses Universitaires de France.
·
Leontiev, A. Luria, A. Spirnov (Eds.). Recherches
psychologiques en URSS (pp.168-183). Moscou : Les Editions du progrès.
·
Leplat, J., Pailhous, J. (1976). Conditions cognitives de
l’exercice et de l’acquisition des habiletés sensori-motrices.
Bulletin de psychologie,
24, 206-211.
·
Leplat, J. (1985). Les représentations fonctionnelles dans le
travail. Psychologie Française,
30, 269-275.
·
Leplat, J. (1995). A propos des compétences incorporées.
Education Permanente,
123, 101-115.
·
Leontiev, A. N. (1976). Le
développement du psychisme. Paris : Éditions sociales.
·
Martinez, C. (1993). Microgénèse
de la compétence pédagogique chez des étudiants en STAPS. Thèse de
doctorat non publiée, Montpellier : Université de Montpellier I.
·
Martinez, C. (1997). Mettre en mots sa pratique sportive. In P.
Vermersch et M. Maurel (Coord.). Pratiques de l’entretien d’explicitation (pp
45-66). Paris : ESF.
·
Morand, B. (1997). Le sens de la signification. Pour une
théorie a priori du signe. Intellectica, 25, 229-279.
·
Pastre, P. (1997). Didactique professionnelle et développement.
Psychologie Française,
42, 89-100.
·
Pastre, P., Samurcay, R., Bouthier, D. (1995). Editorial. Le
développement des compétences. Analyse du travail et didactique
professionnelle. Education Permanente,
123, 07-13.
·
Peirce, C. S. (1978). Ecrits sur
le signe. Paris : Seuil.
·
Peirce, C. S. (1984). C. S.
PEIRCE. Textes anti cartésiens. Paris : Aubier.
·
Piasenta, J. (1988). L’éducation
athlétique. Paris : INSEP.
·
Pinsky, L. (1991). Activité, action et interprétation. In R.
Amalberti, M. De Montmollin et J. Theureau (Coord.).
Modèles en analyse du travail,
Bruxelles, (pp. 119- 153). Liège : Mardaga.
·
Reitchess, S. (1986). Contribution critique aux sports collectifs : une exemple,
le rugby. Thèse de doctorat non publiée, Paris : Université Paris
V.
·
Saury, J. (1998). L’action des
entraîneurs dans les situations de compétition en voile olympique. Contribution
à une anthropologie cognitive du travail des entraîneurs sportifs, finalisée
par la conception d’aides à l’entraînement. Thèse de doctorat non
publiée, Montpellier : Université de Montpellier I.
·
Saury, J., Durand, M. (1995). Etude des connaissances pratiques
des entraîneurs experts en voile : de l’analyse des relations
entraîneurs-athlètes à une modélisation de la situation d’entraînement.
151, Sport, 25-39.
·
Savoyant, A. (1979). Éléments d’un cadre d’analyse de
l’activité : quelques conceptions essentielles de la psychologie soviétique.
Cahiers de Psychologie,
22, 17- 28.
·
Seners, P. (1996). Didacthlétisme. Paris : Editions Vigot.
·
Sève, C. (2000). Analyse
sémiologique de l’activité de pongistes de haut niveau lors de matchs
internationaux. Contribution à une anthropologie cognitive de l’activité des
sportifs, finalisée par la conception d’aides à l’entraînement.
Thèse de doctorat non publiée, Montpellier : Université de Montpellier
I.
·
Stein, J. F. (1984). Sports
d’opposition, éléments d’analyse pour une pédagogie des prises de
décision. Mémoire non publié, Paris : INSEP.
·
Suchman, L. (1987). Plans and
situated actions. Cambridge : Cambridge University Press.
·
Theureau, J. (1992). Le cours
d’action, analyse sémio-logique, essai d’une anthropologie cognitive
située. Berne : Peter Lang.
·
Varela F. (1989). Connaître : les
sciences cognitives. Paris : Editions du Seuil.
·
Varela, F., Thompson, E., Rosch, E. (1993).
L’inscription corporelle de l’esprit.
Paris : Editions du Seuil.
·
Vermersch, P. (1994). L’entretien
d’explicitation. Paris : E. S. F.
·
Vermersch, P. (1996a). Pour une psycho-phénoménologie,
Expliciter, 13, 01-06.
·
Vermersch, P. (1996b). Pour une psycho-phénoménologie ;
problèmes de validation. Expliciter,
14, 1- 11.
·
Vermersch, P. (1998). L’attention comme mutation de
l’intentionnalité, Expliciter,
24, 7-24.
·
Vermersch, P. (1999). Pour une psychologie phénoménologique,
Psychologie Française,
44, 7-19.
·
Vermersch, P. (2000a). Approche du singulier. In J.-M. Barbier
(Coord.). L’analyse de la singularité de
l’action (pp.239-256). Paris : Presses Universitaires de
France.
·
Vermersch, P. (2000b). Définition, nécessité, intérêt, limite
du point de vue en première personne comme méthode de recherche,
Expliciter, 35, 19-35.
·
Vermersch, P. (2002). La prise en compte de la dynamique
attentionnelle : éléments théoriques, Expliciter, 43, 27-39
·
Vermersch, P., Maurel, M. (1997). Pratiques de l’entretien d’explicitation. Paris
: E. S. F.
·
Vivès, J. (1976). Athlétisme
1, Quatorzième édition.
Paris : Bornemann.
·
Von Cranach, M. (1982). The psychological study of goal
directed action : basic. In M. Von Cranach & R. Harre (Eds.),
The analysis of action (pp.35- 73).
Paris : Maison des Sciences de l’Homme.
·
Vygotsky, L. (1934/1997). Pensée
et langage. Paris : La Dispute.
·
Yin, R. K. (1984). Case study
research, design and methods. Beverly Hills : Sage publishing
Inc.
·
Weil-Fassina, A., Rabardel, P., Dubois, D. (1993).
Représentations pour l’action.
Toulouse : Editions Octarès.
[1]
L’intentionnalité est ici comprise du point de vue de la
phénoménologie et non du point de vue des sciences cognitives.
[2]
L’intégralité de cet entretien est disponible sur le site
www.
grex-fr. net