Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
128 pages

p. 7 à 19
doi: en cours

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Rapports de recherche

no 62 2003/3

2003 STAPS Rapports de recherche

L’influence du chef d’établissement sur l’éducation physique et ses déterminants

Valérie Mees  [*] Ghislain Carlier Jean-Pierre Renard Unité Education par le Mouvement – Institut d’Education Physique et de Réadaptation 1, place Pierre-de-Coubertin, 1348 Louvain-la-Neuve, Belgique
Une enquête par questionnaires, précédée d’entretiens semi-directifs exploratoires, vise à cerner l’intervention du chef d’établissement sur l’éducation physique dans son école. L’étude montre que les chefs d’établissement se déclarent être des acteurs d’influence favorable par rapport au fonctionnement de cette discipline par leur comportement qu’ils définissent majoritairement comme un soutien aux enseignants. L’étude examine également les éléments qui déterminent la manière d’intervenir des chefs d’établissement en fonction du domaine de l’éducation physique concerné (pédagogique, extrascolaire, organisationnel et disciplinaire). Sur trois des quatre domaines étudiés, la manière dont le chef d’établissement évalue les compétences de son équipe d’enseignants se présente comme un déterminant significatif. Ces résultats sont intéressants pour les enseignants qui souhaitent bénéficier du soutien de leur chef d’établissement. Mots-clés : Éducation physique scolaire, Intervention, Directeur d’école, Équipe d’enseignants. A survey based on questionnaires, preceded by exploratory semi-directive interviews, aims at outlining the headmaster’s intervention on physical education in his/her school. The study shows that headmasters claim to have a favourable influence on this discipline. They largely define their behaviour as supportive to the teachers. The study also examines the elements that determine how headmasters intervene according to the field of physical education more specifically concerned (pedagogical, extra-curricular, organisational and disciplinary). For three out of the four fields under scrutiny, the headmaster’s assessment of the competences of his/her team of teachers appears to be a significant determiner. These results should appeal to teachers who wish to have their headmaster’s support. Keywords : Physical education, Intervention, Steering the school system, Team of teachers. Eine schriftliche Befragung, der halboffene exploratorische Interviews vorausgingen, sucht den Einfluss des Schulleiters auf den Sportunterricht in seiner Schule zu bestimmen. Die Studie zeigt, dass Schulleiter angeben, einen positiven Einfluss auf das Funktionieren dieser Disziplin zu haben und zwar durch das, was sie mehrheitlich als eine Unterstützung der Lehrer definieren. Die Studie untersucht auch Elemente, welche die Interventionsart des Schulleiters in Abhängigkeit des betroffenen Bereichs des Sportunterrichts bestimmt (Pädagogik, außerschulisch, organisatorisch und disziplinarisch). In drei von vier untersuchten Bereichen ist die Art, auf die der Schulleiter die Kompetenzen seines Lehrerkollegiums evaluiert, ein entscheidender Faktor. Diese Ergebnisse sind für Lehrer interessant, die gerne von ihrem Schulleiter unterstützt werden möchten. Schlagwörter : schulischer Sportunterricht, Intervention, Schulleiter, Lehrerkollegium. Un’inchiesta con questionari, preceduta da incontri semidirettivi esplorativi, mira a delineare l’intervento del capo d’istituto sull’educazione fisica nella sua scuola. Lo studio mostra che i capi d’istituto si dichiarano essere attori d’influenza favorevole in rapporto al funzionamento di questa disciplina con il loro comportamento, che essi definiscono in maggioranza come un sostegno agli insegnanti. Lo studio esamina ugualmente gli elementi che determinano il modo d’intervenire dei capi d’istituto in funzione del settore dell’educazione fisica considerato (pedagogico, extrascolastico, organizzativo e disciplinare). Su tre dei quattro settori studiati, la maniera con cui il capo d’istituto valuta le competenze della sua équipe d’insegnanti si presenta come un determinante significativo. Questi risultati sono interessanti per gli insegnanti che desiderano beneficiare del sostegno del loro capo d’istituto. Parole chiave : direttore di scuola, educazione fisica scolastica, équipe d’insegnanti. Una investigación para cuestionarios, precedida de entrevistas semi-directivas exploratorias, busca delimitar la intervención del director del establecimiento sobre la educación física en su escuela. El estudio muestra que los directores de establecimientos declaran ser actores de influencia favorable con respecto al funcionamiento de esta disciplina, por su comportamiento que ellos definen en mayoría como un respaldo para los profesores. El estudio examina también los elementos que determinan la manera de intervenir de los directores de establecimiento en función del dominio de la educación física que le concierne (pedagógica, extraescolar, organizacional y disciplinaria) sobre tres de cuatro dominios estudiados, la manera en que el jefe de establecimiento evalúa las competencias de su equipo de profesores, se presenta como una determinante significativa. Los resultados son interesantes para los profesores que esperan beneficiar del apoyo de su director de establecimiento. Palabras claves : educación física escolar, intervención, director de escuela, equipo de profesores.
 
1. Problématique
 
 
L’éducation physique fait partie du cursus scolaire obligatoire de tout élève belge depuis plus de cent ans. Cependant, cette longévité n’empêche pas la précarité de sa situation à l’école. Depuis longtemps, l’éducation physique est confrontée au risque d’une éviction du monde scolaire ou, tout au moins, au risque d’une réduction importante de son volume dans la grille horaire (CEEPQ, 1994 ; Morrisey, 1992).
Plus récemment, lors d’un colloque tenu à Neuchâtel en 1998 sur le thème « Quelle éducation physique pour quelle école ? », plusieurs auteurs (Crum, 1999 ; Fischer, 1999 ; Marc, 1999 ; Renson, 1999) d’horizons divers ont parlé de crise de l’éducation physique dans le monde scolaire.
Cette situation est en contradiction avec l’image positive qui gravite autour de la pratique physique et sportive dont les bienfaits pour le développement, le divertissement et la détente en font une activité de loisir très prisée. De tels bénéfices peuvent-ils être recherchés à l’école ? Les autorités politiques et éducatives belges l’affirment explicitement. En se donnant pour mission la formation globale de l’élève, l’école se doit de contribuer aussi bien au développement moteur qu’aux développements intellectuel et affectif. Ces intentions officielles, formulées depuis peu dans un décret (Communauté française de Belgique, 1997), n’empêchent pourtant pas l’image dévalorisée de cette discipline de persister sur le terrain.
De nombreuses études se sont intéressées à la valeur accordée à l’éducation physique en prenant pour porte d’entrée les conceptions des différents acteurs scolaires. Qu’ils soient élèves, parents ou enseignants, les partenaires éducatifs tiennent des propos nuancés. Une majorité d’élèves considèrent le cours d’éducation physique plus motivant que les autres cours tout en lui accordant une moindre importance dans le cursus scolaire (Gleyse, 1989). A leur tour, les parents situent l’éducation physique au bas de l’échelle de valeur des disciplines scolaires et déclarent accorder peu de considération à sa note dans le bulletin (Chambon, 1990 ; Dorvillé, 1991). Les enseignants, quant à eux, reconnaissent sa nécessité dans la formation de l’élève qu’ils justifient toutefois par sa contribution au bien-être et à l’équilibre de l’élève bien avant sa fonction d’apprentissage de savoirs et de savoirs-faire spécifiques à la discipline (Lanotte, 2000).
L’enseignant en éducation physique souffre de la dévalorisation de sa discipline et à son tour prête le flanc à la critique (Zeigler, 1991). Depuis longtemps, son manque d’intelligence lui est reproché (Josse, 1975). Malgré l’égalité des statuts, la matière qu’il enseigne le différencie des autres enseignants voire le marginalise au sein de la communauté éducative (Fejgin, Ephraty & Ben-Sira, 1995). Par contre, ses qualités d’animation et son dynamisme sont souvent reconnus et appréciés (Dorvillé, 1991) ainsi que son expertise dans l’observation et l’analyse du comportement des élèves (Lanotte, 2000).
Cet article place le chef d’établissement au cœur de l’analyse. Il possède, bien entendu, sa propre image de l’éducation physique. Cependant, à l’inverse des autres partenaires, sa fonction de direction le positionne comme un acteur d’influence potentiel. Mintzberg (1990) l’identifie comme le sommet stratégique de l’organisation que représente un établissement scolaire. Cette possibilité d’intervenir plus ou moins favorablement sur l’éducation physique justifie notre intérêt pour cet acteur central.
 
2. Cadre théorique
 
 
2.1. La position d’influence du chef d’établissement
L’abondante littérature consacrée au chef d’établissement permet de caractériser sa position d’influence. De nombreux auteurs l’identifient en tant qu’homme clé du système scolaire (Brunet, Dupont & Lambotte, 1991) pour son rôle déterminant, que ce soit dans la mobilisation des enseignants, dans les performances scolaires (Ballion, 1991) ou dans le pilotage de l’école et de son projet éducatif (Obin, 1993).
Parallèlement, des propos informels tenus par divers enseignants en éducation physique définissent son attitude comme l’un des facteurs déterminant leurs conditions d’enseignement. Les enseignants en éducation physique ne sont d’ailleurs pas les seuls à considérer le chef d’établissement comme un acteur d’influence. Mangez, Delvaux, Dumont et Dourte (1999), à partir d’une enquête [1] réalisée auprès des enseignants du 1er degré, toutes disciplines confondues, aboutissent au même résultat. Le rôle du chef d’établissement est d’autant plus intéressant à analyser que les répercussions de ses interventions sont perçues tant positivement que négativement.
Dans l’école, le chef d’établissement occupe une position d’influence particulière qui détermine son fonctionnement. Cette particularité s’explique par deux éléments.
Tout d’abord, le système scolaire belge est caractérisé par une importante autonomie des acteurs locaux, que ce soit dans l’organisation des établissements scolaires ou dans les pratiques pédagogiques (Cattonar & Maroy, 2000). Une marge de manœuvre intéressante s’offre ainsi aux chefs d’établissement. Une telle décentralisation n’est pas identique dans tous les pays. Si le système québécois ressemble fortement au système belge (Tardif & Lessard, 1999), les chefs d’établissement français disposent de moins de liberté (Grellier, 1998).
Ensuite, l’autonomie des chefs d’établissement doit s’exercer dans une organisation professionnelle essentiellement caractérisée par l’autonomie de ses opérateurs, à savoir les enseignants (Mintzberg, 1990). Malgré une marge de manœuvre intéressante, le chef d’établissement n’occupe pas une position d’autorité sur ses enseignants considérés comme des experts. Le chef d’établissement doit donc, en grande partie, exercer son pouvoir de manière informelle et le faire reposer essentiellement sur sa personnalité, son charisme et sa compétence. Pour reprendre la classification de Bourgeois et Nizet (1995), son pouvoir doit se baser sur des stratégies de légitimation qui tenteront de persuader les enseignants du bien-fondé de sa proposition ou de sa décision, plutôt que sur des stratégies de pression qui activeront un sentiment de dépendance des enseignants par l’agitation d’une menace ou par la promesse d’un avantage.
2.2. Les types de comportement du chef d’établissement
2.2.1. Le modèle comportemental
Parallèlement à sa position d’influence dans l’école, les comportements du chef d’établissement ont attiré l’attention des auteurs (Beauduin, 1999 ; Delaire, 1993).
Bonnet, Dupont, Godin, Huget, Paillole et Sandi (1995) analysent ses modes d’action en se référant à une classification des comportements du leader selon deux dimensions particulières qui sont, d’une part l’intérêt pour les personnes, leurs besoins et leurs états émotionnels et, d’autre part l’intérêt pour les tâches à réaliser, les besoins de l’organisation et les objectifs de production (Blake & Mouton, 1964). Ce modèle de leadership propose quatre styles dominants : le comportement de laisser-faire, le comportement social, le comportement autoritaire et le comportement participatif.
Figure 1
IMGIMGIMGIMFClassification des comportements des leaders en fonction de la dimension « intérêt pour les personnes » et de la dimension « intérêt pour la tâche » : adaptation de la grille managériale de Blake et Mouton (1964)
Le comportement social est défini par différents auteurs et semble correspondre au rôle prioritaire du chef d’établissement à l’heure actuelle.
Mangez et al. (1999) utilisent la figure du père pour symboliser ce comportement. Un père, non pas autoritaire mais un père compréhensif et empathique. Une personne qui reconnaît et valorise, qui appuie et soutient, qui écoute les individus gardant toutefois un large champ d’autonomie.
Brunet et al. (1991) identifie ce comportement social à une attitude de soutien à laquelle ils attribuent un impact important sur le climat de l’école et sur le degré de satisfaction des enseignants. Pour eux, ce soutien prend forme dans la confiance accordée à l’enseignant, dans l’intérêt manifesté à ses réalisations, dans l’aide à la résolution de problèmes, qu’ils soient personnels ou professionnels.
Tardif et al. (1999) parlent, quant à eux, de support en termes de disponibilité, d’encouragements, d’ouverture et de protection.
2.2.2. L’approche situationnelle
Le modèle de leadership en quatre styles offre la possibilité de classer les comportements des leaders y compris les comportements du chef d’établissement. Cependant, ce modèle en se centrant exclusivement sur les relations entre le leader et le subordonné, néglige totalement la situation dans laquelle ces relations s’établissent. Or, les théoriciens de l’approche situationnelle (Reddin, 1970 ; Wallace & Szilagyi, 1980) affirment qu’aucun comportement ne peut convenir à toutes les situations. Un même comportement peut avoir des incidences tantôt positives et tantôt négatives selon les circonstances et les interlocuteurs. Différentes caractéristiques situationnelles peuvent influencer le comportement du leader :
« les trois variables leader – groupe – situation s’influencent les unes les autres et l’adéquation des comportements d’un leader aux différentes configurations situation/groupes qu’il affronte est capital ».
(Aubert, Gruère, Jabes, Laroche & Michel, 1991, 390)
 
3. Questionnements et méthodes
 
 
Au regard de la problématique présentée, cet article traite de trois questions particulières.
— Le chef d’établissement est défini comme un acteur d’influence dans son école. Se considère-t-il comme un intervenant favorable au fonctionnement de l’éducation physique ?
— Quel comportement adopte-t-il, de manière habituelle, vis-à-vis de l’éducation physique ?
— Quelles sont les caractéristiques situationnelles qui influencent son intervention vis-à-vis de l’éducation physique ? Notre hypothèse de travail définit la manière dont il évalue les compétences de son équipe d’enseignants en éducation physique comme un déterminant majeur.
Une enquête par questionnaires, précédée d’une approche exploratoire sous la forme d’entretiens téléphoniques, a été réalisée pour répondre à ces différentes questions. L’approche exploratoire a eu pour objectif de dégager les thèmes les plus pertinents à analyser dans la relation unissant l’éducation physique scolaire et le chef d’établissement. Pour ce faire, 28 entretiens semi-directifs, d’une quinzaine de minutes, ont été effectués avec des chefs d’établissement de l’enseignement libre secondaire en Belgique francophone. Cet échantillon a été tiré au sort dans la liste des chefs d’établissement de ce réseau, sans tenir compte de critères de sélection particuliers.
A partir des données issues des entretiens exploratoires, un questionnaire a été élaboré. Il a été adressé à l’ensemble de la population des chefs d’établissement de l’enseignement libre secondaire en Belgique francophone. 126 questionnaires sont revenus complétés, soit 40 % de la population totale.
Dans un premier temps, les chefs d’établissement ont été amenés à estimer leur degré d’influence favorable sur l’éducation physique dans les domaines pédagogique, extrascolaire, organisationnel et disciplinaire. Ces quatre domaines d’intervention ont été identifiés au moyen des entretiens exploratoires et ont été définis de la sorte :
  • le domaine pédagogique concerne les programmes, le contenu des cours, la méthodologie et les principes d’évaluation spécifiques à cette discipline ;
  • le domaine extrascolaire concerne l’ensemble des activités dont l’organisation est prise en charge par des membres de l’école et qui se déroulent en dehors des heures de cours ;
  • le domaine organisationnel concerne les tâches relatives à la gestion de l’horaire, à la répartition des groupes-classes, à l’attribution des locaux ;
  • le domaine disciplinaire concerne l’attitude des élèves vis-à-vis du cours d’éducation physique et de ses enseignants (absentéisme, sérieux, respect de l’ordre…).
Dans un deuxième temps, nous avons questionné les chefs d’établissement en vue de déterminer leur manière habituelle d’intervenir parmi quatre comportements proposés et définis en référence à la théorie du leadership (comportements participatif – de soutien – directif – de laisser-faire). Cette opération a été demandée pour chaque domaine d’intervention.


Les quatre types de comportements permettant aux chefs d’établissement d’identifier leur manière habituelle d’intervenir.
IMGIMGJe participe au sein de l’équipe d’e...IMGIMF
Je participe au sein de l’équipe d’enseignants et je propose moi-même des idées Je suis à l’écoute et je soutiens les propositions des enseignants Je décide seul de la marche à suivre dans l’intérêt de l’école Je n’interviens pas, je laisse faire les enseignants Comportement participatif Comportement de soutien Comportement directif Comportementde laisser-faire

Dans un dernier temps, il a été demandé aux chefs d’établissement de se situer par rapport à différentes variables situationnelles susceptibles d’exercer une influence sur leur manière d’intervenir vis-à-vis de l’éducation physique.
L’identification des variables situationnelles testées est le produit d’une démarche semi-inductive (Gurdian, 1998) qui consiste en un mouvement d’aller-retour des données issues de l’approche situationnelle de la théorie du leadership à la découverte des données exploratoires issues des entretiens. Trois catégories de variables ont été testées.
La première catégorie regroupe des éléments relatifs aux caractéristiques personnelles du chef d’établissement : sa formation professionnelle, son âge, son ancienneté et son profil de direction.
La deuxième catégorie contient des éléments relatifs aux caractéristiques de l’établissement : les infrastructures sportives, le nombre d’heures d’EP dans le programme, le budget alloué à l’EP, la constitution de l’équipe d’enseignants en EP, l’attitude des élèves, des parents, des enseignants d’autres disciplines et de l’équipe de direction. Ces différents éléments, dégagés lors des entretiens exploratoires, sont susceptibles d’influencer le fonctionnement du cours d’éducation physique. Pour chacun d’eux, le chef d’établissement doit évaluer le type d’influence qu’il perçoit sur une échelle de valeurs allant d’une influence très favorable à une influence très défavorable.
La dernière catégorie est constituée des évaluations effectuées par le chef d’établissement vis-à-vis de son équipe d’enseignants en EP. Ces évaluations consistent à se positionner sur une échelle de quatre degrés (1= une très petite minorité, 2= un peu moins de la moitié, 3= un peu plus de la moitié, 4=une très grande majorité) en fonction de la proportion d’enseignants en éducation physique de l’école qui, selon le chef d’établissement, maîtrise de manière satisfaisante les compétences suivantes :
  1. Posséder sa matière
  2. Favoriser la participation et les apprentissages des élèves par l’aménagement de situations intéressantes
  3. Installer un climat positif avec les élèves
  4. Respecter le programme
  5. Adapter la méthodologie aux groupes-classes
  6. Être à l’écoute des attentes et des difficultés des élèves
  7. Coordonner ses actions au sein de son équipe disciplinaire
  8. Collaborer au projet pédagogique commun à l’ensemble de la communauté éducative
  9. Animer et participer à la vie de l’école en dehors des heures de cours
  10. Participer au sein d’une ou de plusieurs équipe(s) interdisciplinaire(s)
  11. Apporter des commentaires pertinents dans l’évaluation des élèves
  12. Réfléchir sur sa pratique professionnelle et se former tout au long de sa carrière
Les six premières compétences peuvent être structurées en référence au triangle didactique – élève, enseignant, savoir enseigné – et aux multiples interactions qui se créent entre ces trois pôles (Mabille, 1994). Les compétences 1 et 4 sont identifiées à des compétences disciplinaires. Les compétences 2 et 5 sont des compétences didactiques. Les compétences 3 et 6 sont appelées relationnelles.
Les compétences suivantes font référence aux multiples interactions qui unissent l’enseignant aux autres membres de la communauté éducative collaborant à un projet éducatif commun (Perrenoud, 1999) : les compétences de travail en équipe (compétences 7, 10 et 11) et les compétences de participation à la gestion de l’école (compétences 8 et 9).
La compétence 12 correspond, à elle seule, à l’implication de l’enseignant en formation continue.
A partir de cet ensemble de compétences, un degré de satisfaction global a été calculé en sommant les valeurs (de 1 à 4) obtenues pour chaque compétence (min=12 ; max=48).
 
4. Résultats
 
 
4.1. Le chef d’établissement : un acteur d’influence favorable à l’éducation physique
Les résultats de l’enquête montrent que les chefs d’établissement se déclarent être des acteurs d’influence favorable à l’éducation physique dans leurs écoles.
En effet, à la question « Estimez-vous que vous exercez, pour le moment dans votre école, une influence favorable sur l’éducation physique », ils obtiennent des scores moyens qui, pour trois des quatre domaines indiqués, dépassent la moitié de l’échelle proposée (de 1 « pas du tout » à 6 « tout à fait ») :
  • domaine pédagogique : 2.83
  • domaine extrascolaire : 3.78
  • domaine organisationnel : 4.53
  • domaine disciplinaire : 4.10
Cependant, l’influence du chef d’établissement est loin d’être le seul facteur à déterminer le fonctionnement de l’éducation physique dans l’école. Il est à considérer comme un élément intervenant dans un environnement complexe. D’ailleurs, les chefs d’établissement eux-mêmes minimisent le poids de leur attitude. Seuls 14.2 % d’entre-eux sélectionnent cet élément parmi les deux qui, selon eux, déterminent le plus le fonctionnement de l’éducation physique dans leur école. Les infrastructures (65.8 %), l’attitude des élèves (34.8 %) et la constitution de l’équipe d’enseignants en éducation physique (39 %) sont perçues comme des déterminants plus prépondérants.
4.2. Le chef d’établissement : un soutien aux enseignants en éducation physique
Afin d’en savoir davantage sur la manière dont les chefs d’établissement exercent leur influence, la question suivante leur a été posée : « Pour les quatre domaines indiqués, déterminez votre manière habituelle d’intervenir en rapport avec l’éducation physique dans votre école ». Les résultats obtenus montrent une importance majeure accordée au comportement de soutien du chef d’établissement vis-à-vis de ses enseignants en éducation physique, quel que soit le domaine concerné (domaines pédagogique : 69.4 % - disciplinaire : 70.6 % - organisationnel : 52.8 % - extrascolaire : 56.9 %). Ses interventions sont donc majoritairement axées sur les personnes et moins sur les tâches.
Tableau 1
IMGIMGIMGIMFRépartition en pourcentages de chefs d’établissement des manières habituelles d’intervenir selon le domaine concerné.
Plusieurs extraits d’entretiens téléphoniques illustrent l’importance que les chefs d’établissement accordent à cet aspect de leur fonction. Ils définissent ce comportement comme une réponse aux demandes émanant des enseignants et le distinguent d’une prise d’initiative personnelle.
Voici un extrait reflétant bien ce positionnement des chefs d’établissement : « Personnellement, je ne suis pas l’auteur d’actions. Mais je peux être un relais par rapport à des demandes de profs. C’est être à l’écoute des profs et à ce moment là, voir comment on peut mettre en place, par exemple, une activité sportive en option dans le programme. Il y avait une demande à ce sujet, à la fois des élèves et des profs et on y est arrivé. Mais ce n’est pas moi qui ai eu l’idée de départ. » (Extrait de l’entretien téléphonique n° 14).
A côté de l’importance réservée au rôle de soutien, le rôle de décideur unique obtient de très faibles résultats. Les particularités de sa position d’autorité sur les enseignants, décrites précédemment, expliquent en partie ce résultat.
Au-delà de la dominance du comportement de soutien, les chefs d’établissement se comportent différemment en fonction du domaine dans lequel ils interviennent. Non seulement l’intensité de l’influence qu’ils déclarent exercer varie, mais également la répartition de l’ensemble de l’échantillon entre les différents types de comportement.
4.3. L’équipe d’enseignants en éducation physique comme déterminant de l’intervention des chefs d’établissement
L’analyse, domaine par domaine, des liens existant entre l’intervention du chef d’établissement et les différentes variables testées donne les résultats suivants.
4.3.1. Le domaine pédagogique
Comme indiqué précédemment, ce domaine se particularise par le faible degré d’influence favorable que les chefs d’établissement déclarent y exercer.
Aucun lien statistiquement significatif n’a pu être établi entre l’intervention du chef d’établissement et son évaluation de l’équipe d’enseignants. Les chefs d’établissement déclarent donc ne pas intervenir dans le champ pédagogique spécifique à l’éducation physique en fonction des compétences qu’il reconnaît à son équipe.
Parmi les variables testées, seul le profil de direction implique des différences dans le type de comportement adopté (χ2 : 8.80, df :2, p=0.012). Les chefs d’établissement qui déclarent participer au sein de l’équipe ou soutenir leurs enseignants privilégient leur fonction de pilotage pédagogique par rapport à leurs fonctions administrative, organisationnelle, éducative et représentative. L’importance accrue qu’ils accordent à cette fonction particulière les différencie des chefs d’établissement qui déclarent ne pas intervenir.


Importance accordée à la fonction de pilotage pédagogique (min : 5, max : 1) en fonction du type de comportement déclaré comme manière habituelle d’intervenir dans le domaine pédagogique.
Types de comportement dans le domaine pédagogique
Participatif De soutien Directif Laisser-faire Total
Importance accordée à la fonction de pilotage pédagogique (min : 5, max : 1)
Moyennes/5 2.56 2.45 3.21 2.65
Moyennes de rang 56.00 50.90 71.66
N 9 75 0 28 112
χ2 8.80
df 2
p 0.012

Cependant, cette relation n’explique pas le faible degré d’influence du chef d’établissement dans ce domaine en particulier. Un résultat complémentaire apporte des indications à ce sujet. Il s’agit du lien existant entre l’influence du chef d’établissement et sa formation professionnelle. En effet, l’influence moyenne déclarée par les chefs d’établissement possédant une formation en éducation physique est nettement plus élevée que celle des autres chefs d’établissement. Cependant, il est plus que probable que le nombre restreint de chefs d’établissement possédant une telle formation (n=5) sur l’ensemble de l’échantillon ne permet pas à cette différence d’être significative, bien qu’elle soit très proche des 5 % conventionnels (p=0.07).
Cette constatation pourrait faire penser, à titre d’hypothèse, qu’une intervention favorable dans le domaine pédagogique exigerait des compétences spécifiques en rapport avec la discipline que seuls les chefs d’établissement détenteurs d’un diplôme d’éducateur physique possèdent en raison de leur formation professionnelle.
4.3.2. Le domaine extrascolaire
A l’inverse du domaine pédagogique, une relation statistiquement significative est établie entre le comportement adopté par le chef d’établissement et son degré de satisfaction vis-à-vis de son équipe d’enseignants en éducation physique (F : 5.92, df : 3, p=0.001).
Les chefs d’établissement déclarent soutenir et valoriser les enseignants dans leurs activités extrascolaires lorsqu’ils les jugent compétents. Par contre, ils déclarent ne pas intervenir lorsque leur évaluation est moins positive.
L’attitude des élèves est également identifiée comme un élément déterminant l’intervention du chef d’établissement. Une attitude des élèves qui, selon les chefs d’établissement, exerce une influence favorable sur le fonctionnement de l’éducation physique est liée à une déclaration d’influence favorable élevée de leur part dans ce domaine en particulier (χ2 : 8.56, df :2, p=0.014).
Le chef d’établissement, en entretenant une situation positive préexistante, doit être considéré comme une personne ressource dans le domaine extrascolaire pour les enseignants et les élèves intéressés et impliqués dans de telles activités.


Moyennes des degrés de satisfaction vis-à-vis de l’équipe d’enseignants en éducation physique en fonction du type de comportement déclaré comme manière habituelle d’intervenir dans le domaine extrascolaire.
Types de comportement dans le domaine extrascolaire
Participatif De soutien Directif Laisser-faire Total
Degré de satisfaction vis-à-vis de l’équipe d’enseignants en EP (min : 12 – max : 48)
Moyennes/48 36 38 24 33 36
N 6 46 2 30 84
F 5.92
df 3
p 0.001



Degrés d’influence favorable des chefs d’établissement dans le domaine extrascolaire en fonction de l’attitude des élèves : répartition en fréquences.
Influence exercée par l’attitude des élèves sur le fonctionnement de l’EP
Degré d’influence favorable du chef d’établissement dans le domaine extrascolaire Influence + favorable Influence – favorable Total
1. Influence faible 11 17.2 % 17 34.7 % 28 24.8 %
2. Influence moyenne 21 32.8 % 20 40,8 % 41 36.3 %
3. Influence élevée 32 50 % 12 24.5 % 44 38.9 %
Total 64 100,0 % 49 100,0 % 113 100,0 %
(χ2 : 8.56, df :2, p=0.014)

4.3.3. Le domaine organisationnel
Les tâches organisationnelles occupent une place importante dans la fonction des chefs d’établissement. Pour 74 % des chefs d’établissement questionnés, l’organisation représente leur première voire leur seconde fonction en tant que directeur d’école.
Comme dans le domaine précédent, les chefs d’établissement se différencient par leur degré de satisfaction vis-à-vis de leur équipe d’enseignants en éducation physique (F : 3.70, df : 3, p=0.015). Ils adaptent leur comportement en fonction des compétences qu’ils reconnaissent à leur équipe. Le comportement participatif est associé à un degré de satisfaction élevé, à l’inverse du comportement directif associé à un degré de satisfaction faible (test de scheffé : signification = 0.05). Cette même constatation est faite entre le choix d’un comportement de soutien ou d’un comportement directif (test de scheffé : signification = 0.05).


Moyennes des degrés de satisfaction vis-à-vis de l’équipe d’enseignants en éducation physique en fonction du type de comportement déclaré comme manière habituelle d’intervenir dans le domaine organisationnel.
Types de comportement dans le domaine organisationnel
Participatif De soutien Directif Laisser-faire Total
Degré de satisfaction vis-à-vis de l’équipe d’enseignants en EP (min : 12 – max : 48)
Moyennes/48 37 36 29 33 33
N 23 468 10 4 85
F 3.702
df 3
p 0.015

S’il considère son équipe compétente, le chef d’établissement soutiendra ses propositions ou proposera lui-même des idées. Par contre, s’il estime que l’ensemble des compétences sont maîtrisées par une faible proportion d’enseignants, il adoptera davantage un comportement directif, c’est-à-dire qu’il prendra seul les décisions.
On peut remarquer que le degré de satisfaction du chef d’établissement vis-à-vis de son équipe d’enseignants est lié à son intervention, aussi bien dans le domaine organisationnel que dans le domaine extrascolaire. Toutefois, le comportement adopté varie selon le domaine d’intervention concerné. Sa part de responsabilité dans le domaine en question oriente probablement son choix : lorsque le chef d’établissement a un faible degré de satisfaction vis-à-vis de son équipe d’enseignants, sa responsabilité dans l’organisation de l’école l’amène à prendre les décisions en solitaire. Par contre, si ce même cas de figure se produit dans le domaine extrascolaire, il se permettra de ne pas intervenir en considérant que ce domaine ne fait pas partie de sa fonction de directeur.
La part de responsabilité du chef d’établissement explique également, selon nous, le pourcentage plus important de comportement participatif dans le domaine organisationnel.
4.3.3Aucune autre variable testée n’est en lien significatif avec l’intervention du chef d’établissement dans ce domaine de l’organisation.
4.3.4. Le domaine disciplinaire
Dans ce domaine, la satisfaction globale du chef d’établissement sur l’ensemble des compétences de son équipe d’enseignants en éducation physique ne différencie pas son intervention. Par contre, l’analyse de chaque compétence considérée séparément fait émerger une compétence déterminante : la compétence n°2 « Favoriser la participation et les apprentissages des élèves par l’aménagement de situations intéressantes » (χ2 : 11.11, df :3, p=0.011).
Le comportement de soutien est associé à la perception d’une proportion importante d’enseignants en éducation physique qui, selon le chef d’établissement, maîtrisent une telle compétence didactique. En d’autres termes, le chef d’établissement soutient les enseignants qui parviennent à obtenir un haut taux de présences et de participation de la part des élèves, grâce notamment à l’attrait de leurs cours.


Proportion d’enseignants de l’équipe qui maîtrisent de manière satisfaisante la compétence n° 2 en fonction du type de comportement déclaré comme manière habituelle d’intervenir dans le domaine disciplinaire.
Types de comportement dans le domaine disciplinaire
Participatif De soutien Directif Laisser-faire Total
Proportion d’enseignants de l’équipe qui maîtrisent de manière satisfaisante la compétence 2
Moyennes/4 2.81 3.17 2.00 2.45 3.02
Moyennes de rang 52.64 63.80 18.50 37.41
N 21 82 2 11 116
χ2 11.11
df 3
p 0.011

A l’inverse, lorsque le chef d’établissement déclare être moins satisfait vis-à-vis de cette compétence didactique, il choisit soit de participer au sein de cette équipe en vue de résoudre le problème, soit de ne pas intervenir et de laisser-faire les enseignants. Dans de rares cas, il choisit d’être directif.
 
Conclusions
 
 
Si les chefs d’établissement se reconnaissent globalement comme des acteurs d’influence favorables à l’éducation physique, ils estiment toutefois que leur attitude détermine peu le fonctionnement de cette discipline au regard d’autres éléments de contexte telles que les infrastructures, la constitution de l’équipe d’enseignants en éducation physique ou l’attitude des élèves.
Ils déclarent le soutien comme le comportement qu’ils adoptent dans la majorité des cas. Leur rôle consiste donc, en général, à valoriser, faciliter, encourager les enseignants en éducation physique de leur établissement.
Au-delà du comportement de soutien dominant on constate, pour l’ensemble de l’échantillon, une variation concernant l’influence perçue et le comportement déclaré adopté en fonction du domaine concerné. Pour chacun d’entre eux, nous avons analysé les éléments liés de manière statistiquement significative aux choix des chefs d’établissement pour telle ou telle manière d’agir. Plus exactement, nous avons analysé les caractéristiques personnelles du chef d’établissement, les caractéristiques de l’établissement et la manière dont le chef d’établissement évalue son équipe d’enseignants en éducation physique en tant que déterminants potentiels.
Chaque domaine présente des liens d’influence propres. Cependant, l’équipe d’enseignants en éducation physique constitue un déterminant significatif pour trois des quatre domaines étudiés à savoir, les domaines extrascolaire, organisationnel et disciplinaire.
 
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NOTES
 
[*] Valerie. Mees@ edpm. ucl. ac. be
[1] Cette enquête réalisée par le CERISIS-Hainaut (Centre de Recherche Interdisciplinaire pour la Solidarité et l’Innovation Sociale) a été effectuée en 1998 et concerne 1186 enseignants du 1er degré des écoles libres du Hainaut en Belgique.
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