2003
STAPS
Rapports de recherche
La question de la construction des savoirs au sein de la « communauté éducation physique et sportive »
Philippe Terral
[*]
« Equipe Sports, Organisations, Identités » - L.A.R.A.P.S -
U.F.R.S.T.A.P.S. Université P. Sabatier - 118 route de Narbonne - 31062
Toulouse Cedex 4
Ce travail cherche à caractériser les positions des différents
acteurs de la « communauté éducation physique et sportive » et les controverses
qui émergent entre eux quant à la construction des savoirs dans ce domaine.
Pour ce faire, nous avons été conduit à analyser des discours issus d’écrits
divers ainsi que des discours oraux en contexte grâce à une observation
participante. Enfin à partir d’entretiens prenant en compte les trajectoires
professionnelles des acteurs, nous avons tenté de repérer les processus fondant
les prises de position et les controverses ainsi que leurs évolutions. Il
apparaît que la construction des savoirs au sein de cette communauté et les
oppositions qui en découlent sont associées à des processus cognitifs,
discursifs et sociaux interdépendants. En ce sens, les approches de la
sociologie de la connaissance permettent d’enrichir la théorie du champ
exclusivement centrée sur la dimension sociale des controverses. Ces dernières
nous apparaissent ainsi plus ou moins clivées et dessinent la structure de
cette communauté sur la base d’idéal type dans la mesure où les trajectoires et
les stratégies singulières des acteurs rendent souvent leurs positions
individuelles plus complexes.
Mots-clés :
éducation physique et sportive, communauté, controverses, savoirs.
This study tries to characterize the different views of the
actors of the “physical education community” and the controversies among them
regarding knowledge construction. The data analyzed were articles, discourses
in context obtained from a participating observation. We also conducted
interviews showing actors’ professional trajectories. These stories of life
wanted to understand the construction processes of the different positions,
controversies and their evolutions. It appears that knowledge construction in
“physical education community” and the associated oppositions depend on
interdependent cognitive, discursive and social processes. Therefore, the
perspectives of sociology of knowledge improve the field theory exclusively
based on the social dimension of the controversies. These oppositions seem more
or less strong and draw the physical education community structure on the base
of ideal type. Indeed the trajectories and the actors’ strategies frequently
make their individual position more complex.
Keywords :
physical education, community, controversies, knowledge.
Diese Arbeit versucht, die Positionen der unterschiedlichen
Akteure der „Gemeinschaft der Sporterzieher“ und ihre Kontroversen hinsichtlich
der Wissenskonstruktion zu charakterisieren. Um dies zu tun, haben wir
unterschiedliche schriftliche sowie im Rahmen einer teilnehmenden Beobachtung
mündliche Diskurse analysiert. Schließlich haben wir aufgrund von Interviews,
welche die Berufskarriere der Akteure berücksichtigten, versucht, die Prozesse
herauszufinden, die den Positionen, den Kontroversen und deren Entwicklung
zugrunde liegen. Es scheint; dass die Wissenskonstruktion in dieser
Gemeinschaft und die Gegensätze, die daraus entstehen, an interdependente
kognitive, diskursive und soziale Prozesse gebunden ist. In diesem Sinne helfen
Ansätze der Wissenssoziologie, die Feldtheorie zu bereichern, die
ausschließlich auf die soziale Dimension der Kontroversen ausgerichtet ist.
Diese letzteren erscheinen uns mehr oder weniger gegensätzlich; sie spiegeln
die Struktur dieser Gemeinschaft auf der Basis von Idealtypen in dem Maße
wider, in dem die einzigartigen Wege und Strategien der Akteure ihre
individuellen Positionen oft komplexer werden lassen.
Schlagwörter :
Sporterziehung, Gemeinschaft, Kontroversen, Wissen.
Questo lavoro cerca di caratterizzare le posizioni dei differenti
protagonisti della “comunità educazione fisica e sportiva” e le controversie
che emergono tra loro per quanto concerne la costruzione dei saperi in questo
settore. Per fare questo abbiamo analizzato dei discorsi usciti da diversi
scritti così come dai discorsi orali nel contesto grazie ad un’osservazione
partecipante. Infine, a partire da incontri che prendono in considerazione le
traiettorie professionali dei protagonisti, abbiamo tentato di reperire i
processi fondanti le prese di posizione e le controversie così come le loro
evoluzioni. Emerge che la costruzione dei saperi in seno a questa comunità e le
opposizioni che ne derivano sono associate a processi cognitivi, discorsivi e
sociali interdipendenti. In questo senso, gli approcci della sociologia della
conoscenza permettono d’arricchire la teoria del campo esclusivamente centrata
sulla dimensione sociale delle controversie. Queste ultime ci sembrano più o
meno profonde e disegnano la struttura di questa comunità sulla base dell’ideal
tipo nella misura in cui le traiettorie e le strategie singolari dei
protagonisti rendono spesso le loro posizioni individuali più
complesse.
Parole chiave :
comunità, controversie, educazione fisica e sportiva, saperi.
Este trabajo busca caracterizar las posiciones de los diferentes
actores de la “comunidad educación física y deportiva”, y las controversias que
emergen entre ellos en cuanto a la construcción de conocimientos en esta área.
Para ello, nos conducimos hacia el análisis de los
discursos, frutos de escritos diversos así como también, de discursos orales
dentro de contexto, gracias a una observación participativa. Finalmente, a
partir de entrevistas se toman en cuenta las trayectorias profesionales de los
actores, hemos intentado identificar los procesos que basan las tomas de
posición y las controversias, así como también sus evoluciones. Tenemos que la
construcción de conocimientos al interior de esta comunidad y las oposiciones
que se desprenden se encuentran asociadas a procesos cognitivos, discursivos y
sociales que son inter-dependientes. En este sentido, los acercamientos de la
sociología del conocimiento permiten enriquecer la teoría del campo, centrado
exclusivamente sobre la dimensión social de controversias. De esta manera estas
últimas nos parecen más o menos divididas y dibujan la
estructura de esta comunidad sobre la base del tipo ideal, en la medida en que
las trayectorias y las estrategias singulares de los actores hacen sus
posiciones individuales más complejas.
Palabras claves :
educación física y deportiva, comunidad, controversias, conocimiento.
Notre questionnement prend sa source dans le débat qui a animé
et anime toujours la scène universitaire (U.F.R.S.T.A.P.S. et I.U.F.M.
E.P.S.)
[1] mais également
la scène professionnelle de l’Education Physique et Sportive (EPS) sur ce que
doit être le savoir en général et particulièrement le savoir scientifique. Nous
pouvons notamment évoquer, dans les années 80, une des oppositions fondatrices
de la recherche en STAPS
[2], qui s’est matérialisée au travers des prises de
position de Pierre Parlebas et Georges Vigarello. Parlebas, et avant lui Le
Boulch (1971), est favorable à la création d’une science originale et unitaire
qu’il nomme
« science de l’action motrice
» alors que Vigarello prône, lui, la nécessaire utilisation de
cadres théoriques issus des
« sciences d’appui
». De même, Michon (1989) a plus récemment mis en évidence une
tension entre culture savante et culture technique liée au fait qu’en fonction
de leur statut professionnel, les enseignants de la scène universitaire ne
produisent ou ne diffusent pas les mêmes savoirs dans le cadre des formations
qu’ils dispensent. Nous nous proposons dans ce travail de tenter de comprendre
ce qui fonde ces désaccords. Peut-on uniquement assimiler ces divergences, ces
controverses voire ces clivages à des processus de domination sociale dans un
champ concurrentiel ou doit-on élargir la nature de leurs fondements ?
1. Positionnement théorique et circonscription de l'objet
Dans le cadre d’une sociologie de la connaissance (voir par
exemple les travaux de Berthelot, 1990), nous cherchons ici à montrer que la
construction des savoirs est associée à des processus cognitifs (questions que
l’on se pose, modes de pensée…), discursifs (vocabulaire, formes argumentaires
liées à des modes de pensée…) et sociaux (contraintes sociales des contextes de
production et de diffusion des savoirs, processus de légitimation, de
reconnaissance, voire de domination…) apparaissant bien souvent comme
interdépendants. Nous faisons ainsi notre la critique que Lahire (2001) adresse
à Bourdieu en considérant que la théorie du champ (voir notamment Bourdieu,
1980) caractérise un « champ décharné
». En effet, pour Bourdieu (1980), un champ est « un système
structuré de positions associé à des luttes dont l’enjeu est l’appropriation
et/ou la redéfinition d’un capital spécifique au champ ». Ainsi, l’activité
spécifique du champ, comme l’activité de production de savoirs pour le champ
scientifique, n’est en aucun cas prise en compte par cette approche. En
d’autres termes, la dimension cognitive et discursive est ici laissée de côté
pour valoriser uniquement les luttes et les controverses entre agents.
1.1. La notion de savoir
Nous emploierons dans nos propos les
termes « connaissance » et « savoir » de façon indifférenciée car cette
distinction n’implique en fait qu’un degré différent de conceptualisation qu’il
nous est difficile de maîtriser. Nous reprenons ici la position classique et
fort ancienne de J. Grote (1856) cité par Lalande (1996, 948) :
« la connaissance est une simple familiarité avec
l’objet connu alors que le savoir est plus intellectuel et comporte des
concepts, des jugements, une sorte de science ». Notons toutefois
que cette définition pressent l’idée qu’il existe des niveaux de formulation
différents d’un savoir : plus proches de l’observation, du concret ou plus
abstraits. Ceci renvoie à ce qu’Habermas (1987), entre autres, a nommé la
propriété de réflexivité du langage, montrant ainsi qu’il existe fréquemment un
« méta savoir » d’un savoir dans la mesure où il est la plupart du temps
possible de produire un discours sur le discours. Notre travail se propose ici
d’étudier des discours sur le savoir et sa construction qui devront être
considérés comme une forme de savoir sur un autre savoir. Nous parlerons de
construction de savoirs plutôt que de production car nous postulons à la suite
de Wittgenstein (1972) parlant de « jeux de
langages » que toute diffusion est une nouvelle production dans la
mesure où elle vise une réception dans un contexte social ou institutionnel
donné.
Nous inscrivant dans une perspective constructiviste
(Corcuff, 1995), nous pensons qu’il faut donner du crédit aux constructions des
acteurs et, de fait, ne pas définir de façon stricte, à priori et sans eux, ce
que l’on peut considérer comme un savoir. Ainsi, nous n’aurons en premier lieu
qu’une définition minimale de la notion de savoir (ou méta savoir si ce savoir
a un degré d’abstraction certain), considérant à la suite d’Habermas (1987),
que c’est un énoncé véhiculant une prétention, reconnue socialement comme
effective, à la validité. Les entretiens que nous avons menés, ainsi que des
auteurs largement cités comme Georges (1988) différenciant connaissances
procédurales et connaissances déclaratives, montrent que l’on considère en EPS
qu’un savoir peut également être un geste ou une action. S’interroger sur la
construction du savoir dans ce domaine nécessite donc d’envisager les liens
entre le discours, la cognition et l’action. Il faudra par ailleurs
s’intéresser aux relations qu’entretient la prétention de validité avec la
prétention de justesse éthique et morale ainsi qu’avec la prétention de
pertinence en rapport à une efficacité technique recherchée. En effet, comme le
souligne Habermas (1987), la validité d’un énoncé renvoie à une valeur
théorique de ce dernier alors que la justesse (et nous rajoutons l’efficacité
technique pour l’EPS) d’un énoncé s’actualise dans l’action. De même, notre
approche sociologique de la construction des savoirs considérera parallèlement
aux prétentions de validité, justesse et efficacité, la construction sociale de
l’acceptation d’un élément en tant que savoir. En d’autres terme, est « savoir », « valide », « scientifique », « non scientifique », « professionnel » ce que
les acteurs considèrent comme tels. Nous prenons donc ici en compte les travaux
sociologiques de l’école d’Edimbourg (Barnes, 1977 ; Bloor, 1983) qui
considèrent que l’étiquette du vrai ou du faux, donc la notion de savoir,
renvoie à une construction sociale. Toutefois, dans la lignée de Berthelot
(1996), nous ne voulons pas à priori postuler avec ces auteurs, dans une
perspective très relativiste, que l’attribution du label de validité, de
justesse, de pertinence, de scientificité renvoie uniquement et
systématiquement à un procès où il y a des vainqueurs et des vaincus. Là encore
nous pensons pouvoir montrer que les processus sociaux, cognitifs et discursifs
se mêlent.
1.2. Comment caractériser la « communauté EPS » ?
Comme pour la notion de savoir, il nous semble difficile, à
priori, de définir ce que l’on peut nommer avec Kuhn (1983) la « structure de
la communauté EPS » avec ses sous-communautés, plus ou moins nombreuses et plus
ou moins en conflit ou en négociation (Galison, 1997). Comme nous l’avons vu,
nous préférons parler de « structure de communauté » plutôt que de « champ »
pour caractériser les processus sociologiques constitutifs de la « communauté
EPS » car la théorie du champ (Bourdieu, 1980) élude l’activité de construction
de savoirs qui a cours dans cet univers. Il n’en reste pas moins que l’approche
de Pierre Bourdieu nous paraît féconde et doit être prise en compte pour ce qui
est de la caractérisation des relations sociales entre acteurs.
Nous pouvons à priori cerner la « communauté EPS » à deux
niveaux : le niveau épistémique en postulant que la « communauté EPS » renvoie
à l’ensemble des acteurs construisant des savoirs sur l’EPS ; le niveau social
et institutionnel en considérant que cette communauté est constituée
exclusivement par les professionnels de l’EPS. Dans ce dernier cas, le monde
universitaire est totalement nié alors que c’est un lieu important de
construction de savoirs. Dans le premier cas, nous risquons d’éluder des
acteurs de la scène universitaire (UFRSTAPS et IUFM EPS) n’élaborant pas, à
proprement parler, des savoirs spécifiquement sur l’EPS mais sur un objet plus
large comme la motricité, ou la construction identitaire par exemple. Nous
avons fait le choix de considérer la « communauté EPS » comme l’ensemble des
acteurs se situant sur une ou plusieurs des 3 scènes suivantes : scène
professionnelle de l’enseignement de l’EPS en établissement scolaire, scène des
formations initiales et continues, scène politique constituée par les
Inspecteurs de l’Education Nationale et les membres d’éventuelles commissions
constituées par le Ministère de l’Education Nationale. Nos investigations nous
ont amenées à considérer les différents acteurs interrogés et/ou observés en
relation avec leurs trajectoires professionnelles et leurs éventuels
changements de statuts. Il s’agit donc d’acteurs étant ou ayant été inspecteurs
de l’Education Nationale et/ou enseignants chercheurs et/ou enseignants d’EPS
exerçant à l’Université (U.F.R.S.T.A.P.S. et/ou I.U.F.M. E.P.S.) et/ou en
établissement scolaire.
Trois types de données fondent nos
analyses. Nous avons d’abord repéré les prises de position et les controverses
sur la construction du savoir au travers d’une observation participante menée
depuis quatre ans sur les diverses scènes de la « communauté EPS ». Plus
concrètement, durant cette période, nous avons tenu un journal de terrain
mentionnant systématiquement tout débat ou toute discussion sur la question des
savoirs à produire ou diffuser. La collecte des ces différents discours a été
associée à une description fine du contexte dans lequel ils s’insèrent. Nous
avons par exemple collecté des prises de positions issues de réunions au sein
d’un IUFM EPS, d’une UFR STAPS ou d’une réunion de coordination en
établissement scolaire. Nous avons également recueilli des propos émanant de
discussions plus informelles comme des échanges entre deux cours d’un
établissement scolaire ou universitaire. Le deuxième type de matériau fondant
notre analyse a été constitué par un recensement de divers types d’écrits :
articles dans des revues qualifiées de scientifiques ou professionnelles par
les acteurs de la communauté, éditoriaux dans ces revues, prises de positions
dans des bulletins de liaison d’associations scientifiques, actes ou
interventions dans le cadre de colloques, ouvrages… Enfin, nous avons précisé
ces dernières mais surtout tenté d’en identifier les fondements cognitifs,
discursifs et sociaux à partir de 35 entretiens semi-directifs. Dans
l’élaboration du guide d’entretien et dans notre stratégie de guidage de
celui-ci, notre préoccupation a été d’éviter autant que possible les discours
de façade, de prestance et tout ce qui peut s’apparenter au discours formel,
officiel. De ce fait, nous avons choisi de centrer le plus possible l’entretien
sur le récit de moment vécu. Ainsi, notre méthodologie s’apparente à «
l’histoire de vie » que Woods (1990) utilise avec des enseignants lorsqu’il
traite en particulier des « carrières subjectives » (Hugues, 1983 cité par
Woods, 1990). Dans la perspective des travaux de Schutz (1971), il rappelle
qu’il faut s’attacher à cerner la « définition de la situation » pensée par tel
membre d’un groupe, celle-ci reposant sur l’interprétation que les acteurs
sociaux font de leur action dans la réalité. Plus concrètement, pour nous
situer dans ce cadre théorique, nous nous sommes attachés à introduire chaque
question par un « ancrage » sur une situation, une rencontre, en faisant
préciser la date et le lieu afin d’amener l’interviewé à « fouiller » dans sa
mémoire, à revivre ses souvenirs. Ainsi, notre questionnement a visé à faire
s’exprimer l’acteur sur le thème de la construction des savoirs ; ceux
construits par lui-même comme ceux élaborés par d’autres personnes. Nous nous
sommes situés d’autre part dans une perspective diachronique en partant des
premières expériences de l’interviewé pour se rapprocher de la période
actuelle. C’est en interrogeant les changements de perspectives de
l’interviewé, qui a d’ailleurs parfois traversé des institutions assez diverses
dans sa trajectoire professionnelle, que nous pourrons comprendre les processus
qui fondent ses prises de position sur la construction des savoirs en EPS et
leurs évolutions.
L’analyse de ces données est double. Nous avons mis en place
une analyse de contenu manuelle qualitative visant à extraire des positions
individuelles communes et divergentes sur la construction du savoir afin de
pouvoir constituer des sous-communautés de la « communauté EPS ». Nous avons
ainsi pu repérer des accords entre acteurs mais également des controverses plus
ou moins clivées c’est-à-dire où un débat entre les protagonistes est plus ou
moins possible et effectif dans certains contextes. Cette première
investigation a été associée à une analyse de contenu automatisée à partir du
logiciel d’analyse lexicale de corpus textuel ALCESTE (Analyse de Lexèmes
Cooccurents dans les Enoncés Simples d’un Texte) version 4.0 (Reinert, 1993).
Cet outil fournit, sur la base d’une analyse statistique, les proximités entre
acteurs dans le type de vocabulaire utilisé et dans les constructions de phrase
(place des mots dans la phrase). L’intérêt de ce deuxième traitement que Lahire
(1996) qualifierait de niveau d’analyse, est d’identifier des univers lexicaux
et discursifs communs et divergents entre les différents acteurs
considérés.
3. Résultats et discussion
Nous nous proposons ici d’esquisser quelques fondements
cognitifs, discursifs et sociaux des controverses plus ou moins clivées que
nous avons pu repérer et qui permettent de caractériser la « structure de la
communauté EPS ». Précisons bien que les sous-communautés que nous avons
élaborées (didacticiens / non didacticiens, expérimentalistes / non
expérimentalistes, enseignants d’EPS exerçant à l’université / en établissement
scolaire…) ne sont en aucun cas définitivement représentatives de la position
d’un individu dont la trajectoire personnelle rend souvent les positions plus
complexes dans la mesure où il a pu, dans son parcours, traverser plusieurs
sous-communautés. Comme le dit Lahire (1998, 42), il y a « incorporation par
chaque acteur d’une multiplicité de schèmes d’action (schèmes sensori-moteurs,
schèmes de perception, d’évaluation, d’appréciation, etc.), d’habitudes
(habitudes de pensée, de langage, de mouvement…), qui s’organisent en autant de
répertoires que de contextes sociaux pertinents qu’il apprend à distinguer – et
souvent à nommer – à travers l’ensemble de ses expériences socialisatrices
antérieures. (…) Ces schèmes d’action ne sont pas tous nécessaires à tout
moment et dans tout contexte (…) Ces produits (de la socialisation) sont
souvent à usages différés, mis temporairement ou durablement en réserve, et
attendent les déclencheurs de leur mobilisation. ». Nous présentons donc
davantage, ici, des grandes variables significatives d’un certain type de
discours sur la construction des savoirs en EPS, Weber (1971) parlerait d’«
idéal type », qu’une description fine et complexe de la singularité des
positions et stratégies de chaque acteur. Nos données empiriques seront
présentées en italique et explicitées en notes afin de bien les différencier de
nos analyses et de la confrontation de ces dernières à la
littérature du domaine.
3.1. Deux controverses très clivées
Nous avons pu mettre en évidence un premier clivage quant à
la scientificité d’un savoir. Il oppose des acteurs, enseignants chercheurs
comme enseignants du second degré inscrits en troisième cycle universitaire, se
revendiquant « didacticiens » ou « non didacticiens
[3] ». Les « non didacticiens » considèrent
que les « didacticiens »
produisent un savoir
largement empreint d’idéologie (2) ou
ne répondant en tout cas pas à ce que doit être un savoir
scientifique (1) alors que ces derniers reprochent aux premiers de
singer les autres disciplines scientifiques et de
ne pas se soucier de l’utilité de leurs travaux pour les
professionnels (2). Nous retrouvons ici ce que Callon (1991) a nommé
un usage rhétorique du qualificatif « scientifique », c’est-à-dire le fait que
l’utilisation de ce qualificatif est associée à des procédures de domination
sociale de certains groupes d’acteurs sur d’autres. La question qui se pose
alors est de savoir pourquoi, ce qui apparaît comme une domination sociale au
nom de la détention de la définition légitime de la science, existe au sein de
la « communauté EPS ».
Les divers discours que nous avons collectés, dans le cadre
des entretiens comme des observations participantes, montrent qu’une unanimité
semble exister entre les différents acteurs de la « communauté EPS » autour
d’une vision scientiste de la construction des savoirs. Ainsi, tous
(enseignants chercheurs, enseignants d’EPS, inspecteurs, « didacticiens » ou
non) considèrent que la science, et particulièrement la science expérimentale
pour certains d’entre eux, doit donner des
solutions aux problèmes concrets rencontrés par les enseignants
d’EPS (2). De fait, plus un savoir est scientifique, plus il
permettra d’aider les professionnels. Aux dires des acteurs lors des entretiens
menés, cette conception trouve son fondement dans le
souci historique de légitimer l’EPS en tant que
discipline scolaire par un ancrage scientifique des savoirs utilisés
(1); discipline souvent considérée comme dominée ou dévalorisée (1). Il n’est donc guère surprenant
que la conception dominante de ce que doit être la science dans le domaine de
l’EPS soit le modèle de la science expérimentale car les « certitudes » liées à
la rigueur de sa démarche (réduction maximale de l’objet, contrôle des
variables et des biais dans le cadre d’une situation expérimentale, traitement
statistique des résultats assurant une généralisation de ces derniers…)
semblent une légitimation forte pour l’EPS. L’administration de la preuve est,
au contraire, moins aisée pour les perspectives non expérimentales cherchant,
elles, à appréhender des objets de plus grande taille donc d’une plus grande
complexité.
Le caractère très clivé de cette première controverse semble
pouvoir s’expliquer par le fait qu’il s’agit ici d’un conflit entre
deux groupes d’acteurs qui se sont historiquement
opposés sur des conceptions différentes de ce que devait être l’éducation
physique scolaire (1). Il s’agit donc d’une permanence ou de
résurgences de tensions passées. Le clivage entre « expérimentalistes
[4] » « non didacticiens » et « didacticiens
» nous semble également fondé sur des modes de pensée différents associés à des
modes de production des savoirs bien spécifiques (voir figure 1). Un certain
nombre d’incompréhensions peuvent donc exister entre ces acteurs du fait de
l’incommensurabilité de leur conceptions. Par contre, le conflit entre «
didacticiens » (« non expérimentalistes » prônant l’utilisation d’un cadre
théorique pluridisciplinaire visant à résoudre une question professionnelle
rencontrée par l’enseignant d’EPS) et « non expérimentalistes
[5] » « non didacticiens »
semble, lui, avant tout fondé sur cet héritage historique figé en querelle
sociale. En effet, comme en témoigne la figure 1, les modes de pensée de ces
acteurs étant très proches, les tensions qui apparaissent entre eux ne viennent
pas d’incompréhensions liées à des divergences de conceptions.
Figure 1
Seule leur conception de la validité d’un savoir et le
caractère parfois très pluridisciplinaire des cadres théoriques de certains
travaux de « didacticiens » semblent les distinguer. En effet, ces derniers
considèrent que la validité d’un savoir est associée à la
présence d’un ou plusieurs cadres théoriques
scientifiques issus d’une discipline d’appui (1) et par le fait que
ce savoir doit permettre de résoudre un problème
professionnel rencontré par un enseignant d’EPS (2). Au contraire,
les « non didacticiens », « non expérimentalistes » comme « expérimentalistes »
d’ailleurs, pensent que la validité d’un savoir
est liée au respect des étapes de la démarche de production d’un savoir dans la
discipline d’appui (2) et donc à la reconnaissance des enseignants chercheurs (2)
spécialistes de ce cadre théorique (voir figure 2).
Figure 2
Les « didacticiens » semblent donc importer sur la scène
universitaire académique de production des savoirs scientifiques, à laquelle
ils se conforment en partie, des normes de production des savoirs issues du
fonctionnement des enseignants d’EPS. Les figures 1 et 2 montrent que les «
didacticiens » fonctionnent sur des modes de pensée proche des enseignants
d’EPS non inscrits en troisième cycle universitaire dans la mesure où
l’objet de recherche, systématiquement associé à
un problème professionnel, est de plus grande taille (2) et
la validité du savoir construit est associée à
son utilité pour l’action professionnelle (2). Toutefois, comme le
montrent les résultats fournis par le logiciel ALCESTE, le langage utilisé par
les « didacticiens » et les « non didacticiens » dans la construction de leurs
savoirs est celui des cadres théoriques des « sciences mères ou d’appui ou
contributives » pour reprendre des expressions utilisées par ces acteurs. Nous
verrons que le vocabulaire employé par les enseignants d’EPS renvoie quant à
lui à une logique différente.
Une deuxième controverse fortement clivée nous semble exister
entre les enseignants du second degré exerçant à l’université et non inscrits
en troisième cycle, qu’ils se revendiquent « didacticiens » ou non, et les
enseignants chercheurs en général. Les premiers considèrent que
les savoirs qu’ils produisent et
leur position dans l’institution est
dévalorisée (2) alors que les seconds pensent que
le savoir professionnel doit découler du savoir
scientifique (2) ce qui valorise effectivement ce deuxième type de
savoir au détriment du premier. Nous retrouvons bien, ici, une domination
sociale au nom de procédures cognitives et/ou discursives jugées plus
importantes que d’autres. Considérer des savoirs plus importants que d’autres
semble cependant cohérent pour des acteurs qui pensent que le savoir
professionnel doit découler du savoir scientifique. Il apparaît ici que l’a
priori scientiste est associée une autre posture ontologique forte qui fonde
ces controverses. C’est la conviction rationaliste et « applicationniste » qui
considère qu’une action professionnelle est l’application d’une cognition ;
cette dernière devant d’ailleurs être un principe d’action qui émane d’énoncés
scientifique dans l’idée scientiste (voir figure 2). D’ailleurs, Durand et
Saury (1998) font le constat de l’existence d’une conception dominante dans les
centres de formation, relevant de ce que Schön (1983) a appelé le paradigme de
la « rationalité technique ». Ce dernier postule que les détenteurs de la
connaissance experte et valide sont les scientifiques et que le développement
des compétences professionnelles passe par l’acquisition et l’application par
les praticiens de formes procéduralisées de ces savoirs scientifiques. Or cette
idée « applicationniste » des liens entre la cognition et l’action est
aujourd’hui largement discutée dans les sciences cognitives (voir notamment
tout le courant de l’action située et particulièrement Suchman, 1987).
Par ailleurs, cette controverse voit se redéployer d’autres
arguments déjà présents dans le premier conflit. Ainsi, les enseignants du
second degré reprochent aux enseignants chercheurs de
singer les autres disciplines
scientifiques (2) et de ne pas se
soucier de l’utilité de leurs travaux pour les professionnels étant avant tout
centrés sur des logiques de publications associées à leurs avancées de
carrière (2). Ceci semble non fondé si l’on considère les propos de
bon nombre d’enseignants chercheurs qui revendiquent une utilité de leurs
savoirs, même s’ils la reconnaisse comme non
immédiate (2) ou ne dépendant plus
d’eux car devant être prise en charge par d’autres acteurs que les
scientifiques (2). Il faut exclure de cette prise de position les «
didacticiens » pour qui la validité d’un savoir
se ramène à son utilité pour l’enseignement de l’EPS (2).
L’incompréhension, Kuhn (1983) parlerait d’incommensurabilité entre modes de
pensée, nous semble ici se fonder à la fois sur :
- des processus sociaux : domination sociale historique à
l’université des enseignants chercheurs sur les enseignants du second degré
pourtant plus nombreux en STAPS
[6],
- des processus cognitifs (voir figures 1 et 2) :
différents modes de pensée, objets de différentes tailles, différentes natures
de cadres théoriques, postures ontologiques différentes quant à la validité
d’un savoir,
- des processus discursifs : vocabulaires différents
utilisés par ces deux types d’acteurs. Comme le montrent les résultats obtenus
grâce au logiciel ALCESTE, les enseignants chercheurs ou les enseignants du
second degré inscrits en troisième cycle empruntent le vocabulaire des
disciplines d’appui (2). Les
enseignants du second degré utilisent un vocabulaire en relation avec leur
cadre théorique (restant la plupart du temps à l’état implicite) constitué de
données très diverses (lectures variées, discussions voire même émissions de
radio ou de télévision) ou créent un langage par exemple par l’utilisation de
métaphores.
3.2. Trois controverses moins clivées
Il existe une controverse quant à la définition de ce qu’est
un savoir scientifique entre enseignants chercheurs « non didacticiens » «
expérimentalistes » et « non expérimentalistes ». Les « non expérimentalistes »
et particulièrement ceux qui se situent dans des approches qualitatives ou
cliniques dénoncent une hégémonie de la science expérimentale (voir notamment
Biache, 1989 ; Le Pogam, 1998 ; Midol, 1998 entre autres) ; dont nous avons vu
qu’elle s’enracine dans la quête de reconnaissance de l’EPS. C’est également le
cas des « didacticiens ». Mais, nous l’avons vu, les proximités sociales entre
ces catégories d’acteurs sont différentes. Ainsi, alors que le clivage est fort
entre « didacticiens » et « non didacticiens », des accords sont constitués
entre « non didacticiens » (« expérimentalistes » et « non expérimentalistes »)
pour, dans certains contextes institutionnels et sociaux, critiquer voir
s’opposer aux « didacticiens ».
Nous avons pu également repérer une critique systématique des
enseignants du second degré exerçant en établissement scolaire n’ayant aucun
lien avec l’université envers les universitaires dans leur ensemble. Les
premiers reprochent aux seconds le manque
d’utilité des savoirs qu’ils produisent pour résoudre les problèmes concrets
qu’eux rencontrent dans leur vécu professionnel (2). Dans un même
mouvement, ils discutent la qualité de la formation initiale des étudiants
qu’ils rencontrent et observent lors de leurs stages en établissement.
Toutefois, leur discours révèle aussi un paradoxe puisqu’ils ne condamnent pas
pour autant la nécessité de produire des savoirs scientifiques. Ils appellent
au contraire de leurs vœux une science très expérimentale tout en considérant
que les universitaires liés à l’EPS sont trop
préoccupés par des enjeux de carrière (2). En confrontant ces
discours aux entretiens et aux observations menées auprès des enseignants
chercheurs et des enseignants du second degré exerçant à l’université, nous
pouvons considérer que ce jugement se base sur la méconnaissance d’un problème
épistémique auquel se confrontent un certain nombre d’acteurs : comment
associer science expérimentale c’est-à-dire réduction maximale de l’objet
étudié, expérimentation en laboratoire, traitement statistique garantissant une
généralisation des résultats… et résolution des problèmes professionnels qui
sont, par définition, « interdisciplinaires », situés, complexes ? Il n’en
reste pas moins que les enseignants chercheurs eux-mêmes reconnaissent que les
enjeux de publication liés à des perspectives de carrière, les
rapprochent des critères des sciences
d’appui (2) donc les éloignent d’une
aide à la résolution immédiate de problèmes professionnels (2). Un
autre élément d’explication nous paraît expliquer l’absence de critique voire
de rejet de la science par les enseignants du second degré exerçant en
établissement scolaire. Ce qu’ils nomment données scientifiques, au même titre
que d’autres lectures, des discussions entre pairs ou non, voire même des
émissions de radio ou de télévision, sont des éléments qui leur fournissent un
langage, c’est à dire un vocabulaire pour caractériser un certain nombre de
processus qu’ils sont amenés à analyser. Nous pouvons citer comme exemple
l’observation que nous avons faite d’une discussion entre deux enseignants
d’EPS dans le cadre scolaire où est abordée la question des
ressources énergétiques (2) d’un élève
pour caractériser certaines de ses potentialités. Les savoirs qu’ils nomment
scientifiques ont donc deux fonctions pour l’enseignant d’EPS : heuristique à
priori, c’est-à-dire qui donne des idées pour interpréter une observation sur
le terrain professionnel ; et légitimante à posteriori dans la mesure où
l’enseignant peut argumenter que son travail s’appuie sur des savoirs scientifiques donc est
performant (2). Notre observation de la construction des savoirs des
enseignants du second degré nous amène à nous rapprocher des constats qu’a
établis Vinck (1995) reprenant les travaux de Callon (1991, op. cit.) pour les
sciences de l’ingénieur. Pour lui, les techniciens ne s’appuient pas
systématiquement sur la science, mais peuvent se référer uniquement à leur
univers technique habituel. Il précise de plus que ces derniers s’appuient
davantage sur les méthodes et les manières de faire des scientifiques que sur
leurs énoncés.
Enfin, nous avons pu repérer, et ce particulièrement dans le
cadre de discussions dans des contextes informels ou dans des réunions
controversées dans les UFRSTAPS, une critique fréquemment formulée par des
enseignants chercheurs ou des enseignants du second degré exerçant à
l’université envers des enseignants chercheurs non issus des STAPS en termes de
formation initiale. Nous avons ainsi relevé les propos suivants :
Il ne peut pas comprendre, il n’est pas
STAPS (2). Ce discours véhiculé par des enseignants chercheurs ou
des enseignants du second degré exerçant à l’université et ayant été formé dans
les UFRSTAPS arrive souvent dans un contexte où il s’agit de dominer d’autres
acteurs. Nous avons pu, par exemple, observer de tels discours dans le cadre de
débats sur le type de contenus de formation à diffuser dans un UFRSTAPS.
L’argument de ne pas être STAPS (3)
est une procédure rhétorique utilisée pour sous-entendre que l’individu ne peut
comprendre certains éléments de la question en cours dans la mesure où il
n’appartient pas à la culture du groupe dominant. Il s’agit d’un double
processus social visant, tout en excluant les « non STAPS », à créer un groupe
contre eux. En effet, alors que les acteurs « dits STAPS » peuvent soutenir des
positions assez différentes par ailleurs, ils sont ainsi invités à mettre en
sommeil ces divergences au nom de l’esprit de corps ou de communauté.
Nous avons pu voir que, parmi les controverses repérées,
certaines se transforment en clivages, rendant quasiment impossible toute
communication entre des membres de sous-communautés différentes. Cet état de
fait est d’autant plus présent que l’on observe un ou les deux processus
suivants : soit les enjeux sociaux de domination sont très forts ce qui fige
souvent les relations en querelles de personnes très virulentes, soit les
façons de penser et de parler sont tellement éloignées que l’on se trouve dans
ce que Kuhn (1983) a nommé « l’incommensurabilité entre des paradigmes »
c’est-à-dire une incapacité de communication liée à une incompréhension
mutuelle. L’EPS peut donc effectivement être considéré comme un « champ » dans
la mesure où c’est bien un système structuré de positions associé à des luttes
dont l’enjeu est l’appropriation et/ou la redéfinition d’un capital spécifique
au champ, mais ce processus social est co-construit en relation avec des
processus cognitifs et discursifs qui participent eux aussi à l’élaboration de
ce que nous préférons nommer la « structure de communauté de l’EPS ». En effet,
nous l’avons vu, les controverses entre acteurs se nourrissent autant d’une
volonté de domination que d’une incompréhension liée à des fonctionnements
cognitifs et discursifs différents.
A la suite de Michon (1989) qui mettait très clairement en
évidence une tension entre la culture savante des enseignants chercheurs et la
culture technique des enseignants du second degré, nous avons repéré un certain
nombre de controverses au sein même de la culture savante. Il nous est
cependant apparu difficile d’établir une corrélation stricte entre les statuts
professionnels et le type de culture véhiculée dans la mesure où un même
individu ayant un statut donné peut, pour une même période, mais également dans
le temps, produire et diffuser des types de savoirs différents. Nos
observations montrent en effet que les acteurs circulent entre les scènes
politiques, académiques et professionnelles. Ainsi, certains enseignants
chercheurs sont ou ont été amenés à publier dans des revues professionnelles et
participent fréquemment en tant que jury aux concours de recrutement des
enseignants d’EPS. De même des enseignants du second degré, généralement
inscrits en troisième cycle universitaire, produisent dans des revues
scientifiques et prennent en charge l’enseignement des disciplines
fondamentales dans le cadre de la formation initiale. Pour comprendre comment
se définit aujourd’hui la « communauté EPS », il faut donc avant tout prendre
en compte la trajectoire professionnelle des acteurs qui ont pu, par exemple,
exercer en tant qu’enseignant d’EPS avant de devenir enseignants chercheurs et
qui ont même pu mener des reconversions théoriques dans ce dernier statut.
C’est donc par leur passage, dans leur histoire, au sein de sous-communautés
porteuses de sous-cultures (Galison, 1997), que les acteurs, dans
l’intentionnalité et la stratégie comme dans le déterminisme, se construisent
et construisent ainsi la « structure de communauté EPS ».
(1) Extrait d’un entretien que nous avons mené
(2) Extrait d’un entretien que nous avons mené mais discours
repéré également « in situ » dans le cadre de l’observation participante (pour
plus de détail, se reporter au point 2 – Méthodologie)
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·
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[*]
terral@ cict. fr
[1]
Les Unités de Formation et de Recherche en Sciences et
Techniques des Activités Physiques et Sportives (U.F.R.S.T.A.P.S.) sont créés
en 1975 avec le D.E.U.G. S.T.A.P.S. en remplacement de Unités d’Enseignement et
de Recherche en Education Physique et sportive. Les Instituts Universitaires de
Formation des Maîtres (I.U.F.M.) voient le jour en 1991.
[2]
On peut, même s’il existe des textes antérieurs de ces deux
auteurs, retrouver cette opposition dans l’ouvrage aux éditions Privat,
coordonné par P. Arnaud datant de 1985 et intitulé « Psychopédagogie des
Activités Physiques et Sportives ».
[3]
Les acteurs se revendiquant « didacticiens » mènent des travaux
sur un objet de recherche spécifique de taille importante (l’enseignement ou
l’intervention dans le domaine des activités physiques et sportives par
exemple). Comme nous le verrons plus loin, ils véhiculent une vision
particulière de la production des savoirs en STAPS. Ils utilisent ainsi des
cadres théoriques qu’ils qualifient de
pluridisciplinaires (1) et véhiculent une
conception particulière de la validité des savoirs. Le qualificatif de « non
didacticiens » n’est jamais évoqué par les acteurs que nous regroupons sous
cette catégorie. Nous l’avons élaboré pour l’analyse en opposition à la
revendication, elle clairement exprimée, d’être « didacticien ».
[4]
Les « expérimentalistes » sont des acteurs qui, sur la base
d’expérimentations en laboratoires, étudient des objets de recherche de taille
assez réduite, par le biais de l’interférence de deux ou d’un petit nombre de
variables, en cherchant à contrôler au maximum l’apparition de variables
parasites. Nous trouvons ici la majorité des approches en psychologie de
l’apprentissage que sont la psychologie cognitive ou les neurosciences ainsi
que les travaux liés aux sciences biologiques.
[5]
Les « non expérimentalistes » développent des travaux qui, de
part la spécificité de leurs objets et méthodologies de recherche, ne peuvent
aussi facilement isoler quelques variables. Ils mènent souvent des
investigations empiriques « en situation » se démarquant ainsi d’une étude de
leur objet dans le cadre de situations expérimentales en laboratoires. Il
s’agit majoritairement des recherches en sciences sociales ainsi que des
sciences humaines non expérimentales.
[6]
L’histoire institutionnelle des STAPS, et notamment l’impact de
la rupture du milieu des années 90 avec la massification de ces formations,
serait ici à étudier plus en détail dans la mesure où la population enseignante
de la scène universitaire a été modifiée en nombre mais également en terme de
statuts et de type de formation initiale des enseignants chercheurs puisque
tous ne sont pas issus des STAPS.