Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
152 pages

p. 139 à 141
doi: en cours

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Chronique scientifique

no 63 2004/1

2004 STAPS Chronique scientifique

Soutenance de thèses

HDR soutenue le 15 mai 2003 à l’Université Marc Bloch de Strasbourg, Faculté des sciences sociales.
Directeur d’HDR : M. Christian de Montlibert (Sociologue, UFR des Sciences Sociales, Strasbourg II)
Membres du jury : Mrs G. Gebauer (Philosophie, Université de Berlin), B. Michon (STAPS, Université de Strasbourg), C. Pociello (STAPS, Université Paris Sud-Orsay), J-Y. Trepos (Sociologie, Université de Metz), C. Suaud (Sociologie, Université de Nantes).
Résumé
Depuis son premier article jusqu’à ses travaux les plus récents, William Gasparini s’est attaché à construire l’analyse conjointe des structures organisationnelles dans le « monde du sport » et des structures mentales des individus qui s’y investissent. Le but étant de déceler le poids des représentations sociales et des intérêts (individuels et collectifs) dans l’élaboration des configurations organisationnelles et des discours sur l’institution sportive. Les pratiques sociales du sport (activités physiques mais aussi discours et organisations) ne prennent leur sens qu’en relation avec des manières de voir ou de penser qui influent sur la forme ou la force du groupement qui les énoncent. Mais, dans le même temps, les représentations ne sont significatives que par rapport à des pratiques qui renvoient à leur tour aux organisations et institutions qui les mettent en œuvre.
En croisant les terrains d’application (l’association, l’administration, la fédération, l’entreprise), les secteurs socio-économiques (secteur privé marchand et non marchand, secteur public) et les objets (l’engagement associatif, l’espace sportif local, le changement organisationnel, les représentations du mode d’organisation légitime ou efficace, l’organisation du travail, la violence symbolique dans les entreprises du sport, le champ de la politique fédérale…), il a progressivement développé le modèle d’analyse par un aller-retour entre la théorie et les données empiriques recueillies au sein des univers sportifs et sociaux. Parce que le monde de l’organisation sportive est un monde étrange en ce qu’il produit d’innombrables représentations de lui-même, il tend aussi à montrer que l’ordre sportif est un ordre mental et les structures sportives existent en grande partie sous la forme de représentations sociales incorporées en chaque agent social.
Son travail s’inscrit dans un espace de la production sociologique appliquée aux organisations sportives (cf. les modèles précurseurs de l’analyse managériale développée par Bernard Ramanantsoa et de l’analyse stratégique de Pierre Chifflet dans le champ des STAPS depuis le milieu des années 80). Mais il s’en détache aussi en utilisant prioritairement les concepts d’habitus et de champ développés par Pierre Bourdieu. En cela, il rejoint en partie d’autres études comme par exemple, la constitution du champ du football professionnel (Faure et Suaud, 1994 ; 1999) ou la séparation des deux rugby à la fin du xixe siècle en Angleterre (Dunning, Sheard, 1989).
Dans ses premiers travaux sur le sport associatif, il montre tout d’abord que la logique de fonctionnement du monde sportif associatif ne peut s’appréhender que dans la relation entre un espace (l’organisation sportive associative, le monde associatif, le monde social) et les positions, dispositions et histoires des agents sociaux qui les conduisent à s’investir bénévolement dans cet « espace du désintéressement ». Mais les politiques sportives des clubs, associations, groupements associatifs résultent des rapports de force qui se jouent dans un espace infiniment plus complexe que le seul espace sportif. Pour en rendre compte, il construit à l’échelle locale le champ des rapports de force et de lutte entre, d’une part, des agents et des organisations sportives, qui sont eux-mêmes en concurrence les uns avec les autres et, d’autre part, des institutions et des agents qui, tout en étant extérieurs à l’univers sportif, y interviennent pour faire valoir leurs intérêts ou ceux des personnes qu’ils représentent. C’est au sein de ce champ des organisations sportives (qui comprend des sociétés privées, des associations, des organismes d’Etat et des organismes communaux) que sont définies, sur la base des antagonismes ou des proximités d’intérêts mais aussi des antipathies ou des affinités identitaires, les logiques et procédures de fonctionnement du système sportif local.
En étendant ses travaux à d’autres domaines de l’organisation sportive, il cherche à construire une sociologie globale de l’organisation sportive susceptible d’éclairer certains des phénomènes centraux de la sociologie. Le concept général d’organisation sportive lui a permis d’unifier différents objets empiriques tels que le club sportif, la fédération, l’entreprise sportive ou l’administration du sport. Ce nouvel axe de travail se concrétise par la publication d’un ouvrage aux Editions La Découverte, d’un ouvrage collectif associant plusieurs chercheurs travaillant sur la question de l’organisation sportive et par la publication d’une nouvelle série d’articles analysant de nouveaux types d’organisation sportive (service municipal des sports, fédération, secte). Publié dans une revue internationale d’histoire du sport, un article lui permet aussi de recourir à l’histoire sociale afin de saisir les transformations de l’organisation sportive locale à la fin du xixe siècle (au cours de l’annexion allemande de l’Alsace). Il montre comment les divisions internes de la société alsacienne, envisagées en diachronie, sont réinjectées et cristallisées dans des structures qui laissent observer en synchronie les différents états du processus. Rentrer dans les arcanes de ces bouleversements par les outils de l’histoire sociale et par l’étude micro-sociologique des organisations sportives permet ainsi de restituer plus précisément la physionomie d’une configuration socio-politique passée.
Puis, en passant de l’activité bénévole à l’activité salariée et du monde associatif aux mondes de l’entreprise et de l’administration, il ouvre dans le même temps de nouveaux thèmes d’étude pour la sociologie de l’organisation sportive, comme l’organisation du travail, la professionnalisation, la qualification professionnelle, l’entrée dans la vie active, les conflits et les formes de domination au travail. Autant de thèmes classiques en sociologie du travail mais encore inexplorés en sociologie du sport.
Après une série de travaux sur l’insertion professionnelle des jeunes adultes dans les administrations du sport (emplois-jeunes recrutés dans les services des sports, concours de recrutement de la fonction publique dans les métiers du sport et de l’EPS), il s’est attaché à analyser les entreprises de la distribution d’articles de sport et de loisir. Les monographies d’entreprise réalisées dans les magasins Décathlon dévoilent que, derrière certains slogans et la rhétorique managériale, se dessine une forme d’exploitation des jeunes employés assortie d’une pseudo-participation « légitimante ». Selon William Gasparini, cette double fonction de l’organisation (exploitation/participation) constitue la domination symbolique qui, comme tout violence symbolique est acceptée par ceux qui la subissent. Bref, pour reprendre le slogan de Décathlon, derrière la forme présentée par la rhétorique managériale, il y a le fond qui constitue l’envers de l’institution.
Cinq directions se dessinent dans les projets de recherche de William Gasparini : les pratiques sociales de l’intervention sociologique en organisation sportive, la fabrication de l’institution sportive commerciale, l’analyse comparative des formes sportives associatives en France et en Italie, la construction sociale l’offre sportive télévisée à l’échelle locale, et enfin la fabrication de « l’homme sportif libéral ». Ces projets ont tous trouvé un début de concrétisation au travers de communications orales (colloques et séminaires), d’articles à caractère journalistique ou de projets soumis au regard d’experts. Elles traduisent non seulement une volonté de poursuivre la réflexion engagée mais aussi une ouverture vers de nouveaux terrains encore peu explorés en sociologie du sport.
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