2004
STAPS
Chronique scientifique
Soutenance de thèses
HDR soutenue le 15 mai 2003 à l’Université Marc Bloch de
Strasbourg, Faculté des sciences sociales.
Directeur d’HDR : M. Christian de Montlibert (Sociologue, UFR
des Sciences Sociales, Strasbourg II)
Membres du jury : Mrs G. Gebauer (Philosophie, Université de
Berlin), B. Michon (STAPS, Université de Strasbourg), C. Pociello (STAPS,
Université Paris Sud-Orsay), J-Y. Trepos (Sociologie, Université de Metz), C.
Suaud (Sociologie, Université de Nantes).
Résumé
Depuis son premier article jusqu’à ses travaux les plus
récents, William Gasparini s’est attaché à construire l’analyse conjointe des
structures organisationnelles dans le « monde du sport » et des structures
mentales des individus qui s’y investissent. Le but étant de déceler le poids
des représentations sociales et des intérêts (individuels et collectifs) dans
l’élaboration des configurations organisationnelles et des discours sur
l’institution sportive. Les pratiques sociales du sport (activités physiques
mais aussi discours et organisations) ne prennent leur sens qu’en relation avec
des manières de voir ou de penser qui influent sur la forme ou la force du
groupement qui les énoncent. Mais, dans le même temps, les représentations ne
sont significatives que par rapport à des pratiques qui renvoient à leur tour
aux organisations et institutions qui les mettent en œuvre.
En croisant les terrains d’application (l’association,
l’administration, la fédération, l’entreprise), les secteurs socio-économiques
(secteur privé marchand et non marchand, secteur public) et les objets
(l’engagement associatif, l’espace sportif local, le changement
organisationnel, les représentations du mode d’organisation légitime ou
efficace, l’organisation du travail, la violence symbolique dans les
entreprises du sport, le champ de la politique fédérale…), il a progressivement
développé le modèle d’analyse par un aller-retour entre la théorie et les
données empiriques recueillies au sein des univers sportifs et sociaux. Parce
que le monde de l’organisation sportive est un monde étrange en ce qu’il
produit d’innombrables représentations de lui-même, il tend aussi à montrer que
l’ordre sportif est un ordre mental et les structures sportives existent en
grande partie sous la forme de représentations sociales incorporées en chaque
agent social.
Son travail s’inscrit dans un espace de la production
sociologique appliquée aux organisations sportives (cf. les modèles précurseurs
de l’analyse managériale développée par Bernard Ramanantsoa et de l’analyse
stratégique de Pierre Chifflet dans le champ des STAPS depuis le milieu des
années 80). Mais il s’en détache aussi en utilisant prioritairement les
concepts d’habitus et de champ développés par Pierre Bourdieu. En cela, il
rejoint en partie d’autres études comme par exemple, la constitution du champ
du football professionnel (Faure et Suaud, 1994 ; 1999) ou la séparation des
deux rugby à la fin du xixe siècle en Angleterre (Dunning, Sheard,
1989).
Dans ses premiers travaux sur le sport associatif, il montre
tout d’abord que la logique de fonctionnement du monde sportif associatif ne
peut s’appréhender que dans la relation entre un espace (l’organisation
sportive associative, le monde associatif, le monde social) et les positions,
dispositions et histoires des agents sociaux qui les conduisent à s’investir
bénévolement dans cet « espace du désintéressement ». Mais les politiques
sportives des clubs, associations, groupements associatifs résultent des
rapports de force qui se jouent dans un espace infiniment plus complexe que le
seul espace sportif. Pour en rendre compte, il construit à l’échelle locale le
champ des rapports de force et de lutte entre, d’une part, des agents et des
organisations sportives, qui sont eux-mêmes en concurrence les uns avec les
autres et, d’autre part, des institutions et des agents qui, tout en étant
extérieurs à l’univers sportif, y interviennent pour faire valoir leurs
intérêts ou ceux des personnes qu’ils représentent. C’est au sein de ce champ
des organisations sportives (qui comprend des sociétés privées, des
associations, des organismes d’Etat et des organismes communaux) que sont
définies, sur la base des antagonismes ou des proximités d’intérêts mais aussi
des antipathies ou des affinités identitaires, les logiques et procédures de
fonctionnement du système sportif local.
En étendant ses travaux à d’autres domaines de l’organisation
sportive, il cherche à construire une sociologie globale de l’organisation
sportive susceptible d’éclairer certains des phénomènes centraux de la
sociologie. Le concept général d’organisation
sportive lui a permis d’unifier différents objets empiriques tels
que le club sportif, la fédération, l’entreprise sportive ou l’administration
du sport. Ce nouvel axe de travail se concrétise par la publication d’un
ouvrage aux Editions La Découverte, d’un ouvrage collectif associant plusieurs
chercheurs travaillant sur la question de l’organisation sportive et par la
publication d’une nouvelle série d’articles analysant de nouveaux types
d’organisation sportive (service municipal des sports, fédération, secte).
Publié dans une revue internationale d’histoire du sport, un article lui permet
aussi de recourir à l’histoire sociale afin de saisir les transformations de
l’organisation sportive locale à la fin du xixe siècle (au cours de l’annexion
allemande de l’Alsace). Il montre comment les divisions internes de la société
alsacienne, envisagées en diachronie, sont réinjectées et cristallisées dans
des structures qui laissent observer en synchronie les différents états du
processus. Rentrer dans les arcanes de ces bouleversements par les outils de
l’histoire sociale et par l’étude micro-sociologique des organisations
sportives permet ainsi de restituer plus précisément la physionomie d’une
configuration socio-politique passée.
Puis, en passant de l’activité bénévole à l’activité salariée
et du monde associatif aux mondes de l’entreprise et de l’administration, il
ouvre dans le même temps de nouveaux thèmes d’étude pour la sociologie de
l’organisation sportive, comme l’organisation du travail, la
professionnalisation, la qualification professionnelle, l’entrée dans la vie
active, les conflits et les formes de domination au travail. Autant de thèmes
classiques en sociologie du travail mais encore inexplorés en sociologie du
sport.
Après une série de travaux sur l’insertion professionnelle des
jeunes adultes dans les administrations du sport (emplois-jeunes recrutés dans
les services des sports, concours de recrutement de la fonction publique dans
les métiers du sport et de l’EPS), il s’est attaché à analyser les entreprises
de la distribution d’articles de sport et de loisir. Les monographies
d’entreprise réalisées dans les magasins Décathlon dévoilent que, derrière
certains slogans et la rhétorique managériale, se dessine une forme
d’exploitation des jeunes employés assortie d’une pseudo-participation «
légitimante ». Selon William Gasparini, cette double fonction de l’organisation
(exploitation/participation) constitue la domination symbolique qui, comme tout
violence symbolique est acceptée par ceux qui la subissent. Bref, pour
reprendre le slogan de Décathlon, derrière la forme présentée par la rhétorique managériale,
il y a le fond qui constitue l’envers
de l’institution.
Cinq directions se dessinent dans les projets de recherche de
William Gasparini : les pratiques sociales de l’intervention sociologique en
organisation sportive, la fabrication de l’institution sportive commerciale,
l’analyse comparative des formes sportives associatives en France et en Italie,
la construction sociale l’offre sportive télévisée à l’échelle locale, et enfin
la fabrication de « l’homme sportif libéral ». Ces projets ont tous trouvé un
début de concrétisation au travers de communications orales (colloques et
séminaires), d’articles à caractère journalistique ou de projets soumis au
regard d’experts. Elles traduisent non seulement une volonté de poursuivre la
réflexion engagée mais aussi une ouverture vers de nouveaux terrains encore peu
explorés en sociologie du sport.