2004
STAPS
Rapport de recherche
Les enfants sportifs pré-pubères peuvent-ils présenter une
hypoxémie induite par l’exercice ?
Cédric Nourry
[*]
Patrick Mucci
UFR STAPS de Liévin
Laboratoire d’Analyse Multidisciplinaire des Pratiques et
Sportives
Chemin du Marquage - 62800 Liévin, FRANCE
Les enfants pré-pubères entraînés peuvent atteindre de hauts
niveaux de demande métabolique malgré une taille pulmonaire limitée en
comparaison avec l’adulte. Le but de cette investigation était d’étudier
l’évolution de la saturation artérielle en oxygène (Sao2) au cours de l’exercice
chez des enfants pré-pubères entraînés pour déterminer si une hypoxémie induite
par l’exercice (HIE) peut exister dans ce type de population. 24 enfants
sportifs pré-pubères (âge = 10,3 ± 0,2 ans) ont réalisé un examen spirométrique
et un exercice progressif et exhaustif sur ergocycle. La Sao2 étaient mesurée par
oxymétrie de pouls. 7 enfants présentaient une HIE lors du test d’exercice,
soit une chute d’au moins 4 % de la Sao2 par rapport au repos. La
capacité vitale forcée (CVF) et la réserve ventilatoire à l’exercice maximal
(RV) étaient inférieures chez les sujets hypoxémiques (P < 0,05). Cependant,
la ventilation et les pressions partielles de fin d’expiration en oxygène et en
dioxyde de carbone n’étaient pas différentes entre les deux groupes à
l’exercice maximal. En conclusion, la HIE peut apparaître chez l’enfant sportif
pré-pubère à partir de valeurs de Vo2max relativement basses (42
ml.min-1.kg-1). Les faibles valeurs de CVF semblent
impliquées dans ce phénomène cependant, le rôle de la ventilation reste
flou.
Mots-clés :
hypoxémie d’exercice, ventilation, enfants pré-pubères, désaturation artérielle.
Prepubescent trained children may develop high-level of metabolic
demand in spite of a limited lung capacity in comparison with adults. The
purpose of this investigation was to study the changes in arterial oxygen
saturation (Sao2)
during exercise in prepubescent trained children in order to determinate
whether an exercise-induced hypoxemia (HIE) can occur in this kind of
population. 24 prepubescent sportive children (age = 10,3 ± 0,2 yr) performed a
pulmonary function test and a graded maximal exercise test on a cycle
ergometer. Sao2 was
measured by pulse oximetry. 7 children demonstrated HIE during the exercise
test i.e., a drop in Sao2 of at least 4 % from
resting level. Forced vital capacity at rest (CVF) and breathing reserve at
maximal exercise (RV) were significantly lower in HIE group than in nHIE (P
< 0.05). However, the ventilation, the end-tidal oxygen and the carbon
dioxide partial pressure were not different between both groups at maximal
exercise. In conclusion, HIE may occur in prepubescent sportive children from
relatively low Vo2max (42 ml.min-1.kg-1). The low values of CVF seem
implicated in this phenomenon however, the role of ventilation remains
unclear
Keywords :
exercise hypoxemia, ventilation, prepubescent children, arterial desaturation.
Trainierte Kinder im vorpubertären Alter können hohen
metabolischen Anforderungen ausgesetzt sein, obwohl ihre Lungengröße im
Vergleich zum Erwachsenen limitiert ist. Ziel dieser Untersuchung war es, die
Entwicklung der arteriellen Sauerstoffsättigung (SaO2) unter
Belastung bei trainierten Kindern im vorpubertären Alter zu untersuchen, um
festzustellen, ob eine belastungsbedingte Hypoxämie (HIE) bei dieser Population
vorkommen kann. 24 Sportler im vorpubertären Kindesalter (Alter = 10,3 ± 0,2
Jahre) wurden einer spirometrischen Untersuchung und einer erschöpfenden
Belastung auf dem Fahrradergometer unterworfen. Die SaO2 wurde
durch Puls-Oxymetrie gemessen. 7 Kinder zeigten eine HIE während der Belastung,
das heißt einen Abfall von mindestens 4% im Vergleich zur
Ruhe-SaO2. Die Vitalkapazität (CVF) und die ventilatorische
Reservekapazität bei maximaler Belastung (RV) waren bei den hypoxämischen
Probanden geringer (p < 0.05). Die Ventilation und die Sauerstoff- und
Kohlendioxyd- Partialdrücke am Ende der Expiration zeigten hingegen keine
Unterschiede zwischen den beiden Gruppen bei maximaler Belastung. Als
Konklusion ist zu sagen, dass die HIE beim Sportler im vorpubertären
Kindesalter bei relativ geringen Vo2max-Werten
(42mL.min-1.Kg-1) auftauchen kann. Die schwachen Werte
der CVF scheinen damit zusammenzuhängen, die Rolle der Ventilation beleibt
jedoch undurchsichtig.
Schlagwörter :
Belastungs-Hypoxämie, Ventilation, vorpubertäre Kinder, arterielle Desaturation.
I bambini prepuberi allenati possono raggiungere alti livelli di
richiesta metabolica malgrado una dimensione polmonare limitata in confronto
all’adulto. Lo scopo di questa ricerca era di studiare l’evoluzione della
saturazione arteriosa per l’ossigeno (SaO2) durante
l’esercizio in bambini prepuberi allenati per determinare se un’ipossia indotta
dall’esercizio (HIE) può esistere in questo tipo di popolazione. Ventiquattro
bambini sportivi prepuberi (età = 10,3 ± 0,2 anni) sono stati sottoposti ad un
esame spirometrico e ad un esercizio progressivo ed esauriente su
cicloergometro. La SaO2 era misurata con ossimetria del polso.
Sette bambini presentavano una HIE nel momento del test d’esercizio, ossia una
caduta di almeno il 4% la SaO2 in rapporto al riposo. La
capacità vitale forzata (CVF) e la riserva ventilatoria con l’esercizio
massimale (RV) erano inferiori nei soggetti ipossiemici (P < 0,05).
Tuttavia, la ventilazione e le pressioni parziali di fine espirazione in
ossigeno e in diossido di carbonio non erano differenti tra i due gruppi
nell’esercizio massimale. In conclusione, la HIE può apparire nel bambino
prepubere a partire da valori di Vo2max relativamente bassi (42
ml-1.min-1.kg-1). I bassi valori di CVF sembrano
implicati in questo fenomeno, tuttavia il ruolo della ventilazione resta
sfumato.
Parole chiave :
bambini prepuberi, desaturazione arteriosa, ipossiemia d’esercizio..
Los niños pre-puberes, entrenados pueden alcanzar altos niveles
de necesidad metabólica, a pesar de un tamaño pulmonar limitado en comparación
con el adulto. El objetivo de esta investigación era estudiar la evolución de
la saturación arterial en oxigeno (Sao2), durante el ejercicio de
niños pre-puberes entrenados para determinar si una hypoximia inducida por el
ejercicio (HIE) puede existir en este tipo de población. 24 niños deportivos
pre-puberes (edad= 10,3 a 0,2 años) han realizado un examen espirométrico y un
ejercicio progresivo y exhaustivo en ergociclo. La Sao2 estaba medida por oximétria
de pulso. 7 niños presentaban una HIE en el test de ejercicio, sea una caída de
al menos 4% de la Sao2 con respecto al reposo. La
capacidad vital forzada (CVF) y la reserva ventilatoria con respecto al
ejercicio maximal (RV) eran inferiores en los sujetos hipoxémicos (P< 0,05).
Sin embargo, la ventilación y las presiones parciales de fin de expiración en
oxigeno y en dióxido de carbono no eran diferentes entre los dos grupos con
respecto al ejercicio maximal. En conclusión, la HIE puede parecer en el niño
deportivo pre-púber, desde valores de Sao2max relativamente bajos
(42mL.min-1.kg-1). Los valores bajos de CVF parecen estar implicados en este
fenómeno, sin embargo; el papel de la ventilación sigue siendo
impreciso.
Palabras claves :
hypoxemia de ejercicio, ventilación, niños pre-puberes, desaturación arterial..
Les sujets en bonne santé sont généralement capables de
maintenir le niveau d’oxygénation artériel malgré l’augmentation de la demande
métabolique imposée par l’exercice. Cependant, il est désormais admis
qu’environ 50 % des athlètes adultes pratiquant une activité d’endurance à haut
niveau, développent une hypoxémie pendant l’exercice musculaire (Dempsey &
Wagner, 1999 ; Préfaut, Durand, Mucci & Caillaud, 2000), qui se traduit par
une diminution d’au moins 4 % de la saturation en oxygène de l’hémoglobine
artérielle (Sao2)
(Mucci, Prioux, Hayot, Ramonatxo & Préfaut, 1998) ou une baisse d’au moins
10 mmHg de la pression partielle artérielle en oxygène (Pao2) (Dempsey, Hanson &
Henderson, 1984). Ce phénomène reflète les limites à l’effort de l’échangeur
pulmonaire de ces athlètes (Préfaut, Anselme, Caillaud et Massé-Biron, J
1994).
De nombreuses études (Dempsey et Wagner, 1999 ; Préfaut,
Durand, Mucci & Caillaud, 2000) ont permis de mettre en évidence les trois
principaux mécanismes susceptibles d’expliquer cette hypoxémie induite par
l’exercice (HIE) : une hypoventilation alvéolaire relative, une augmentation de
l’hétérogénéité de la ventilation par rapport à la perfusion pulmonaire
(Va/Qc) et enfin une limitation de la diffusion
alvéolo-capillaire.
Par ailleurs, la HIE semble survenir de façon précoce chez les
femmes entraînées par rapport aux hommes (Harms, McClaran, Nickele, Pegelow,
Nelson & Dempsey, 1998). Tandis que la HIE apparaît chez les hommes à
partir de valeurs de consommation maximale d’oxygène (Vo2max) de 60 ml.min-1.kg-1 (Préfaut, Durand, Mucci &
Caillaud, 2000), celle-ci apparaîtrait chez les femmes à partir de 43
ml.min-1.kg-1, en raison d’une relation
structure/fonction pulmonaire inadéquate à l’exercice (Harms, McClaran,
Nickele, Pegelow, Nelson & Dempsey, 1998). La physiologie et l’étiologie de
la HIE semblent donc différer selon le sexe des populations sportives
adultes.
Si beaucoup d’études ont porté sur la HIE chez l’adulte, il
n’en existe, à notre connaissance, qu’une seule sur l’enfant pré-pubère
(Laursen, Tsang, Smith, van Velzen, Ignatova, Sprules, Chu, Coutts &
McKenzie, 2002). Ces auteurs, qui ont étudié la désaturation artérielle au
cours de l’exercice chez des filles pré-pubères actives n’ont pas mis en
évidence de sujets présentant une HIE. Mais dans cette étude, le niveau
d’activité physique n’est pas clairement défini et on peut supposer que les
sujets de cette étude constituaient une population générale comprenant
seulement quelques individus sportifs, alors que Dempsey & Wagner (1999)
ont suggéré que l’entraînement est un critère important dans la survenue de la
HIE chez les adultes sains.
Dans la population pré-pubère, les enfants sportifs peuvent
atteindre des valeurs élevées de Vo2max relative (Rowland,
1976) pouvant être supérieures aux valeurs pour lesquelles ont peut commencer à
observer une HIE chez l’adulte (Harms, McClaran, Nickele, Pegelow, Nelson &
Dempsey, 1998 ; Préfaut, Durand, Mucci & Caillaud, 2000). Les enfants
possédant des volumes pulmonaires et des voies respiratoires réduites par
rapport aux adultes (Rowland, 1996), on peut poser l’hypothèse que la taille
des poumons chez les enfants, en comparaison avec les adultes très entraînés,
pourrait limiter la fonction pulmonaire à l’exercice maximal et induire une
ventilation inadéquate tel qu’il est rapporté chez la femme adulte (Harms,
McClaran, Nickele, Pegelow, Nelson & Dempsey, 1998).
Cette investigation avait donc pour but de déterminer si les
enfants sportifs pré-pubères pouvaient présenter une HIE, en étudiant la
saturation de l’oxyhémoglobine artérielle, la fonction pulmonaire, la réponse
ventilatoire à l’exercice maximal et les relations pouvant exister entre ces
paramètres chez des enfants pré-pubères entraînés en endurance.
2.1. Sujets
L’étude a porté sur seize garçons et huit filles pré-pubères
âgés entre 9 et 12 ans, soit au stade 1 de Tanner (Tanner, 1962). Aucun sujet
ne présentait d’antécédent pathologique respiratoire ou cardiaque. Les données
ont été collectées au cours d’un examen médical imposé dans le cadre de leur
pratique sportive. Tous les sujets étant mineurs, un consentement éclairé
détaillant cette investigation devait être signé par tous les sujets et leurs
parents. Un questionnaire d’activité physique validé chez l’enfant français
(Deheeger, Rolland-Cachera & Fontvieille, 1997) a été distribué aux parents
pour nous renseigner sur la pratique physique hebdomadaire de chaque enfant.
Ainsi, s’ajoutant à leur pratique sportive scolaire (2 heures par semaines),
tous les sujets étaient entraînés en endurance et pratiquaient un sport en club
à raison de 10,0 ± 0,7 heures (12 athlètes, 8 nageurs, 3 footballeurs, 1
kayakiste).
2.2. Protocole d’exercice musculaire progressif et exhaustif
Chaque enfant a réalisé une épreuve d’exercice musculaire
progressive et exhaustive sur une bicyclette ergométrique à frein magnétique
(ECB pulse controller ergometer E430, Tunturi, Finlande). Cette épreuve
d’exercice était précédée d’un examen clinique et d’un électrocardiogramme de
repos (Delta 612, Cardioline, Italie) visant à déceler d’éventuelles
contre-indications à l’exercice. La bicyclette ergométrique était préalablement
réglée selon la taille de chaque sujet. Après familiarisation avec les
appareils, les sujets étaient mis au repos pendant 5 min sur la bicyclette
ergométrique et un échantillon sanguin de 10 μL était récolté au bout du doigt
dans un capillaire afin de mesurer par méthode spectro-photométrique la
concentration en hémoglobine ([Hb]) (Miniphotometer LP 20, Dr Lange, Germany).
Puis, les sujets pédalaient pendant 3 min à une puissance de 25 W pour
s’échauffer. La charge était augmentée de 10 W ou 15 W toutes les minutes
jusqu’à épuisement. L’incrémentation dépendait du sexe et de la corpulence du
sujet, de façon à ce que l’exercice ait une durée comprise entre huit et douze
minutes. Les sujets, encouragés verbalement, devaient malgré l’augmentation de
la difficulté maintenir une vitesse de pédalage constante de 60 rotations par
minute. La fin de l’exercice était suivie d’une période de récupération active
de 3 min à 25 W pendant laquelle un second prélèvement de 10 µL était collecté
afin de mesurer la concentration en lactate sanguin ([La]) (Miniphotometer LP
20, Dr Lange, Germany). L’exercice était considéré maximal lorsque trois des
cinq critères suivants étaient atteints (Rowland, 1996) :
1) l’augmentation de
Vo2max entre deux
paliers était inférieure à 100 ml, 2) le
quotient respiratoire était supérieur ou égal à 1, 3) la fréquence cardiaque supérieure à 90 % de la
fréquence cardiaque maximale théorique, 4)
La vitesse de pédalage n’était plus maintenue malgré les encouragements,
5) la concentration en lactate sanguin
([La]) était supérieure ou égale à 7 mmol.L-1.
2.3. Mesures physiologiques
Avant l’exercice, un examen spirométrique a permis d’obtenir
pour chaque sujet les valeurs de la capacité vitale forcée (CVF), du volume
expiratoire maximal seconde (VEMS), du débit expiratoire de pointe (DEP), des
débits expiratoires maximaux à 75 % (DEM75 %), 50 %
(DEM50 %) et 25 % (DEM25 %) de la capacité
vitale forcée. La ventilation maximale théorique (Vemaxth) a enfin pu être
mesurée selon l’équation suivante (Johnson, Weisman, Zeballos & Beck, 1999)
:
2.3Vemaxth (L.min-1)= VEMS x 40
Pendant l’exercice, un analyseur de gaz automatique cycle à
cycle (K4b2, Cosmed, Italie)
couplé à un électrocardiogramme 12 voies (Delta 612, Cardioline, Italie) ont
permis de mesurer la réponse cardiaque et les échanges gazeux tout au long du
test d’exercice progressif, notamment le débit ventilatoire (Ve), le volume courant (Vt), Vo2max, le débit ventilatoire
en dioxyde de carbone (Vco2), la pression partielle en
oxygène de fin d’expiration (Peto2) et la pression partielle
en dioxyde de carbone de fin d’expiration (Petco2). La réserve
ventilatoire (RV) était alors déterminée à partir de la
Vemaxth et du
Ve atteint à l’exercice maximal
(Medoff, Oelberg, Kanarek & Systrom, 1998) :
RV (%) = (Vemaxth–Ve)/Vemaxth]x100
Les valeurs de Sao2 ont été recueillies toutes
les minutes grâce à un oxymètre (3800 S, Datex Ohmeda, USA), le capteur étant
placé sur l’oreille, préalablement chauffée au moyen d’un gel vasodilatateur.
La HIE était alors définie par une chute d’au moins 4 % de la Sao2 entre la valeur de repos et
celle de l’exercice maximal (Mucci, Prioux, Hayot, Ramonatxo & Préfaut,
1998).
2.4. Statistiques
Les moyennes sont exprimées ± SEM. Le traitement statistique
des résultats a été effectué à partir d’un logiciel de statistique (SigmaStat
2.03, SPSS Science, USA). Les données ont été comparées entre les sujets
hypoxémiques et les sujets non hypoxémiques au moyen du test d’analyse non
paramétrique de Mann-Whitney. L’évolution des paramètres entre le repos et
l’exercice maximal a été étudiée par un test d’analyse non paramétrique de
Wilcoxon. D’autre part, le test de régression linéaire non paramétrique de
Spearman a permis de vérifier si des corrélations existaient entre les
différents paramètres. Enfin, pour chaque test, le seuil de significativité
était fixé à P < 0,05.
Suite aux épreuves d’exercice musculaire, deux groupes ont pu
être constitués. Le premier groupe est formé par les sujets hypoxémiques (HIE).
Le deuxième groupe est constitué par les sujets non hypoxémiques (nHIE). Le
groupe HIE comprenait cinq garçons et deux filles alors que le groupe nHIE
comptait onze garçons et six filles.
3.1. Evolution de la Sao2 (figure 1)
Au repos, les valeurs de Sao2 étaient identiques dans les
deux groupes. A l’exercice maximal, les deux groupes présentaient des valeurs
de Sao2
significativement inférieures à celles du repos (P < 0,05). Cependant, à
cette intensité, le groupe HIE présentait des valeurs de Sao 2 inférieures à celles du
groupe nHIE (P < 0,01).
Figure 1
Evolution de la saturation artérielle en oxygène
(Sao2).• Sujets non hypoxémiques, â–² Sujets hypoxémiques.
§ : Différence significative entre les
deux groupes P < 0,01. * : Différence
significative par rapport aux valeurs de repos P < 0,05.
3.2. Comparaisons entre le groupe HIE et le groupe nHIE
L’activité physique hebdomadaire moyenne des sujets du groupe
HIE (10.1 ± 1.0 h) n’était pas significativement différente de celle du groupe
nHIE (9.9 ± 0.8 h). Les groupes HIE et nHIE étaient similaires du point de vue
de données anthropométriques (tableau 1). Avant l’exercice, le groupe HIE
présentait une CVF significativement inférieure à celle du groupe nHIE (P <
0,05) (tableau 2). Une différence significative a pu être observée entre les
deux groupes à l’exercice maximal concernant la RV (P < 0,01),
Vt/CVF (P < 0,01) et la
Sao2 de fin
d’exercice (P < 0,05). Toutefois, aucune différence n’a pu être mise en
évidence entre les deux groupes concernant les autres données fonctionnelles et
notamment la Vo2max
(tableau 3).
Caractéristiques des sujets
|
HIE
(n =
7) |
nHIE
(n =
17) |
|
Age
(années) |
10,1 ± 0,3 |
10,4 ± 0,3 |
|
Masse
(kg) |
31,9 ± 2,1 |
35,2 ± 1,1 |
|
Taille
(cm) |
138,9 ± 3,3 |
144,4 ± 2,2 |
|
% de graisse
(%) |
13,3 ± 1,3 |
14,1 ± 0,9 |
|
Activité physique
hebdomadaire (h) |
10,1 ± 1,4 |
9,9 ± 0,8 |
|
[Hb]
(g.dL-1) |
12,1 ± 0,3 |
12,3 ± 0,4 |
Les valeurs sont exprimées ± SEM. HIE, groupe hypoxémique ;
nHIE, groupe non-hypoxémique; [Hb], concentration sanguine en
hémoglobine.
: Données spirométriques avant exercice
|
HIE
(n =
7) |
nHIE
(n =
17) |
|
Mesuré |
% valeur prédite |
Mesuré |
% valeur prédite |
|
Repos |
|
CVF
(L) |
1,69 ± 0,08* |
86,00 ±
6,36 |
2,25 ± 0,16 |
92,41 ±
5,20 |
|
VEMS
(L) |
1,67 ± 0,90 |
102,33 ±
5,77 |
2,03 ± 0,12 |
95,59 ±
4,49 |
|
VEMS/CVF
(%) |
98,4 ± 0,9 |
115,1 ±
0,8 |
91,7 ± 2,0 |
109,2 ±
1,9 |
|
DEP
(L.s-1) |
3,82 ± 0,16 |
133,14 ±
7,35 |
4,10 ± 0,23 |
114,65 ±
6,55 |
|
DEM75%
(L.s-1) |
3,40 ± 0,41 |
91,06 ±
4,48 |
3,86 ± 0,22 |
92,71 ±
3,96 |
|
DEM50%
(L.s-1) |
2,66 ± 0,26 |
90,29 ±
6,48 |
2,95 ± 0,18 |
91,47 ±
5,70 |
|
DEM25%
(L.s-1) |
1,98 ± 0,30 |
105,57 ±
11,76 |
1,65 ± 0,18 |
90,06 ±
9,15 |
*
Différence significative entre le groupe HIE et le groupe
nHIE (P < 0,05).
Les valeurs sont exprimées ± SEM. HIE, groupe hypoxémique ;
nHIE, groupe non-hypoxémique; CVF, capacité vitale forcée; VEMS, volume maximal
expire en 1 seconde; DEP, débit expiratoire de pointe; DEM75%,
débit expiratoire maximal à 75% de la CVF; DEM50%, débit
expiratoire maximal à 50% de la CVF; DEM25%, débit expiratoire
maximal à 25% de la CVF.
Données fonctionnelles à l'exercice maximal
|
HIE
(n =
7) |
nHIE
(n =
17) |
|
Sao2
(%) |
91,3 ± 0,8** |
95,7 ± 0,2 |
|
Vo2max
(L.min-1) |
1,60 ± 0.14 |
1,64 ± 0,09 |
|
Vo2max (mL.min-1.kg-1) |
50,6 ± 2,7 |
46,4 ± 1,7 |
|
Pmax
(W) |
134,3 ± 8,8 |
129,7 ± 6,4 |
|
VE
(L.min-1) |
66,9 ± 4,6 |
62,7 ± 3,3 |
|
VE/Vo2 |
39,3 ± 2,4 |
36,4 ± 1,1 |
|
VE/Vco2 |
35,3 ± 1,6 |
35,7 ± 1,5 |
|
Vt (L) |
1,10 ± 0,06 |
1,12 ± 0,08 |
|
f (cycles.min-1) |
55,6 ± 2,8 |
56,8 ± 4,0 |
|
Vt/CVF (%) |
70,4 ± 4,9** |
53,4 ± 3,9 |
|
RV
(%) |
-0,6 ± 5,1* |
20,6 ± 3,6 |
|
Peto2
(mmHg) |
117,3 ± 1,3 |
113,4 ± 1,1 |
|
Petco2
(mmHg) |
31,6 ± 1,3 |
34,4 ± 1,0 |
*
Différence significative entre le groupe HIE et le groupe
nHIE (P < 0,05);
**
Différence significative entre le groupe HIE et le groupe
nHIE (P < 0,01).
Les valeurs sont exprimées ± SEM. HIE, groupe hypoxémique ;
nHIE, groupe non-hypoxémique; Sao2, saturation artérielle en
oxygène; Vo2max,
consommation maximale d’oxygène; Pmax, puissance maximale
aérobie; VE, ventilation; VE/Vo2, équivalent respiratoire en
oxygène; VE/Vco2, équivalent respiratoire
en dioxyde de carbone; Vt, volume
courant; f, fréquence respiratoire;
Vt/CVF, rapport entre volume courant
et la capacité vitale forcée; RV, réserve ventilatoire;
Peto2, pression
partielle en oxygène de fin d’expiration; Petco2, pression partielle en
dioxyde de carbone de fin d’expiration.
3.3. Relations entre les différents paramètres (figure 2)
Pour l’ensemble des sujets réunis, la Sao2 à l’exercice maximal était
significativement corrélée à la RV (n = 24 ; r = 0,43 ; P < 0,05) et à
Vt/FVC (n = 24 ; r = 0,70 ; P <
0,01).
Figure 2
Relation entre la saturation artérielle
(SaO2) à l'exercice maximal [2A] et la réserve ventilatoire (RV) à l'exercice
maximal ; [2B] et le rapport entre le
volume courant et la capacité vitale forcée à l'exercice maximal (Vc/FVC).
Sept sujets présentaient une HIE (environ 30 %) soit une chute
d’au moins 4 % de la Sao2 (Dempsey & Wagner, 1999
; Mucci, Prioux, Hayot, Ramonatxo & Préfaut, 1998 ; Préfaut, Durand, Mucci
& Caillaud, 2000). Parmi ces sept sujets, trois présentaient une HIE légère
et quatre, une HIE modérée selon les critères de Dempsey & Wagner (1999).
Ces sujets hypoxémiques présentaient des valeurs de CVF et de RV plus faibles
que celles des sujets non hypoxémiques.
4.1. Méthodologie
L’objet de cette étude était la détermination de la HIE par
mesure de la Sao2.
Celle-ci a été évaluée de façon indirecte par oxymétrie de pouls, à l’oreille.
Généralement, un échantillon sanguin est prélevé par cathéter artériel pour
mesurer la Pao2,
mais cette méthode est trop invasive pour être utilisée chez des enfants sains
comme le préconise Rowland (1996). Par contre, l’oxymétrie de pouls permet
d’évaluer la Sao2 de
façon non invasive, limitant ainsi le stress imposé par l’étude qui pourrait
biaiser les résultats en cas de démotivation de la part des sujets. Par
ailleurs, la méthode de mesure de la Sao2 par oxymétrie de pouls a
été largement validée dans la littérature (Martin, Powers, Cicale, Collop,
Huang & Criswell, 1992 ; Powers, Dodd, Freeman, Ayers, Samson &
McKnight, 1989).
4.2. HIE chez l’enfant sportif
Les résultats de cette étude montrent pour la première fois à
notre connaissance, que la HIE peut apparaître chez l’enfant sportif pré-pubère
lors d’un exercice maximal. Cette HIE apparaît dans notre étude à partir de
valeurs de Vo2max
relativement basses (42 mL.min-1.kg-1) en comparaison avec ce qui est
généralement observé chez l’homme adulte (Dempsey et Wagner, 1999 ; Préfaut,
Durand, Mucci & Caillaud, 2000). Cependant, le seuil d’apparition de la HIE
de ces enfants est comparable à celui observé chez la femme adulte (43
mL.min-1.kg-1) (Harms, McClaran, Nickele, Pegelow,
Nelson & Dempsey, 1998). Dans notre étude, l’apparition de la HIE n’est pas
concordante avec les résultats de Laursen, Tsang, Smith, van Velzen, Ignatova,
Sprules, Chu, Coutts & McKenzie (2002) qui n’ont pas mis en évidence de
sujets hypoxémiques parmi une population constituée de filles actives
pré-pubères. Cette divergence entre les deux études peut être due à la
définition du terme « active » et/ou aux critères utilisés pour définir la HIE.
Tout d’abord, dans l’étude de Laursen, Tsang, Smith, van Velzen, Ignatova,
Sprules, Chu, Coutts & McKenzie (2002), le terme « active » est vague
puisque l’activité physique de la population étudiée n’est pas rapportée et
pourrait alors correspondre à un faible niveau d’activité physique. A
l’inverse, tous les sujets de notre étude, étaient licenciés dans un club
sportif, suivaient un programme d’entraînement et participaient régulièrement à
des compétitions. Ainsi, tous nos sujets étaient définis
comme « sportifs ». Or, il semblerait que l’entraînement régulier soit un point
commun à tous les hypoxémiques adultes (Dempsey & Wagner, 1999 ; Préfaut,
Durand, Mucci & Caillaud, 2000) et pourrait être un facteur déterminant
dans l’apparition d’une HIE au cours de l’exercice. D’autre part, nous avons
défini la HIE comme une diminution d’au moins 4 % de la Sao2 par rapport à la valeur de
repos (Préfaut, Durand, Mucci & Caillaud, 2000), les effets liés à la
température, à l’acidose et aux erreurs de mesure de l’appareil n’étant alors
pas assez importants pour induire ensembles une telle désaturation artérielle
(American Association for Respiratory Care, 1992). La diminution de moins de 4
% de Sao2 que nous
observons à l’exercice maximal chez les sujets non hypoxémiques peut ainsi
s’expliquer par ces facteurs sans toutefois parler de HIE. Laursen, Tsang,
Smith, van Velzen, Ignatova, Sprules, Chu, Coutts & McKenzie (2002) ont,
eux, défini la HIE comme une valeur de Sao2 de fin d’exercice
inférieure à 91 % comme le préconisent Williams, Powers & Stuart (1986).
Cependant, le fait de placer le seuil d’apparition de la HIE trop bas peut
conduire à l’oubli de toute une catégorie de sujets présentant une hypoxémie
légère, c’est à dire des niveaux de désaturation compris entre 3 % et 4 % qui
sont reconnus pour avoir des effets négatifs sur la performance (Dempsey &
Wagner, 1999). Ainsi, l’application d’une chute de 4 % de la Sao2 comme critère d’apparition
de la HIE dans l’étude de Laursen, Tsang, Smith, van Velzen, Ignatova, Sprules,
Chu, Coutts & McKenzie (2002), aurait pu mettre en évidence deux filles
légèrement hypoxémiques.
4.3. Hypothèses explicatives
Les enfants hypoxémiques de notre étude présentaient une HIE
à des seuils de Vo2max (42 mL.min-1.kg-1) comparables à ceux des femmes
sportives (43 mL.min-1.kg-1) (Harms, McClaran, Nickele, Pegelow,
Nelson & Dempsey, 1998). La HIE chez ces femmes et la précocité
d’apparition du phénomène (en terme de Vo2max) par rapport aux
hommes, s’expliquerait en partie par une inadaptation de la relation
structure/fonction pulmonaire, notamment par une taille pulmonaire réduite par
rapport à l’importante demande métabolique qui induirait une ventilation
inadéquate (Harms, McClaran, Nickele, Pegelow, Nelson & Dempsey, 1998). Nos
résultats chez les enfants sportifs pré-pubères semblent être en accord avec
cette hypothèse car les enfants hypoxémiques présentaient des valeurs de CVF
inférieures à celles des sujets non hypoxémiques, reflétant ainsi un volume
pulmonaire mobilisable plus faible chez les jeunes hypoxémiques que chez les
non-hypoxémiques. De plus, à l’exercice maximal, le groupe HIE présentait des
valeurs de réserve ventilatoire inférieures et des valeurs de
Vt/CVF plus élevées que le groupe
nHIE, en dépit de la même demande métabolique (Vo2max identiques). Malgré des
niveaux absolus de ventilations similaires dans les deux groupes, les enfants
hypoxémiques en comparaison avec les non-hypoxémiques, semblaient donc avoir un
niveau de ventilation relativement plus élevée par rapport à leur propre
capacité, mais surtout plus proches des limites mécaniques de leur poumon. Chez
les sujets hypoxémiques, la petite taille pulmonaire (reflétée par la CVF)
associée à une ventilation élevée, peut expliquer la faible réserve
ventilatoire à l’exercice maximal. De plus, nous avons rapporté que la réserve
ventilatoire et Vt/CVF étaient
significativement corrélés avec la Sao2 à l’exercice maximal.
Ainsi, la taille des poumons pourrait être un facteur significatif dans
l’apparition de la HIE chez l’enfant tel qu’il est observé chez la femme adulte
entraînée et suggère que l’importante ventilation pulmonaire puisse conduire à
une contrainte mécanique à l’exercice maximal et à une hypoventilation
induisant ainsi une diminution de la Sao2. Malgré cela, aucune
différence significative n’a été observée à l’exercice maximal en ce qui
concerne VE, Peto2,
Petco2,
VE/Vo2 et
VE/Vco2, entre les deux groupes,
ce qui suggère que les niveaux de ventilation à l’exercice maximal n’étaient
tout de même pas différents entre les deux groupes et ne semblaient donc pas
révéler l’existence d’une hypoventilation relative chez
nos sujets hypoxémiques. D’autres mécanismes semblant être
impliqués chez l’adulte, tels qu’une hétérogénéité importante du
Va/Qc ou une limitation de la diffusion, pourraient
donc jouer un rôle dans la HIE des enfants pré-pubères (Dempsey & Wagner,
1999 ; Préfaut, Durand, Mucci & Caillaud, 2000 ; Rice, Thornton, Gore,
Scroop, Greville, Wagner, Wagner, & Hopkins, 1999). Toutefois, ceci ne
remet pas forcément en cause l’implication du volume pulmonaire dans la HIE car
il semblerait qu’une faible capacité pulmonaire relative soit propice au
développement d’une hétérogénéité du Va/Qc
à l’exercice (Harms, McClaran, Nickele, Pegelow, Nelson & Dempsey, 1998).
Par conséquent, d’autres études portant plus spécifiquement sur les mécanismes
possibles de la HIE sont nécessaires pour connaître l’étiologie de la HIE chez
l’enfant pré-pubère.
4.4. Conclusion
En conclusion, les enfants pré-pubères sportifs peuvent
présenter une HIE, pour des valeurs de Vo2max ≥ 42 ml.min-1.kg-1. Chez les enfants hypoxémiques, de
faibles volumes pulmonaires pourraient être impliqués dans l’existence de ce
phénomène lors d’un exercice maximal. Néanmoins, les mécanismes de cette HIE
demeurent obscurs chez l’enfant et doivent être étudiés plus précisément.
Enfin, il serait très intéressant d’étudier les conséquences à long terme et
l’évolution de cette HIE connue pour ces effets négatifs sur la performance des
adultes entraînés.
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E-mail :
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