Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
144 pages

p. 109 à 124
doi: 10.3917/sta.064.0109

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Rapport de recherche

no 64 2004/2

2004 Staps Rapport de recherche

Le rôle des parents dans le développement des jeunes joueurs de football et de tennis brésiliens

Luiz Moraes, Ph. D1  [*]. John H. Salmela, Ph. D1. Andre Rabelo, M. Sc.2 Newton Vianna, Jr, M. Sc2. Escola de Educação Física, Fisioterapia e Terapia Ocupacional, Universidade Federal de Minas Gerais1Centro Universitario de Belo Horizonte, UniBH2Adaptation en Français : Guilherme Pineschi de Mello. Université Paris-X Nanterre/INSEP
Le but de la présente étude était de comparer l’engagement des parents de 22 jeunes footballeurs et tennismen brésiliens de haut niveau, à différentes étapes de leur carrière. Les parents ont répondu à un questionnaire adapté au sport, originellement conçu par Davidson, Howe, Moore et Sloboda (1996) pour étudier les jeunes musiciens experts. Les données démographiques sur le statut socio-économique des deux groupes étaient très différentes. Les joueurs de tennis étaient issus de la bourgeoisie et vivaient en ville, alors que les footballeurs provenaient d’un environnement rural et de milieux économiques modestes. Bien que plusieurs des items du questionnaire ne permettent pas de distinguer les deux groupes, des différences globales les séparent. Les footballeurs étaient tenus de s’éloigner de leur environnement familial lorsqu’ils étaient sélectionnés pour devenir des professionnels. Les joueurs de tennis restaient chez eux et recevaient une attention croissante de la part de leurs parents au cours de leur carrière. Les modèles actuels de l’engagement parental, développés en Amérique du Nord (Côté, 1999), semblent davantage convenir aux sports de la bourgeoisie au Brésil qu’aux sports pratiqués par des athlètes moins fortunés. Mots-clés : adolescents, brésiliens, football, parents, rôles. The purpose of the present study was to compare the parental involvement of 22 developing, elite Brazilian football and tennis players from clubs in Belo Horizonte over various stages of their careers. The parents were required to respond to a questionnaire originally designed by Davidson, Howe, Moore and Sloboda (1996) for developing musicians with additional sport specific scales. The demographic data on the socio-economic status of the two groups was considerably different, with the tennis players originating from middle and upper middle class backgrounds living in an urban setting, while the football players were from rural settings and came from lower economic backgrounds. While many of the items did not differentiate between the two groups, there were significant overall differences found. In that the football players were required to move away from their family environment when selected as future professional players, the tennis players remained at home and received more parental attention as they grew older. Current models of parental involvement developed in North America (Côté, 1999), appear to be applicable more to middle class sports in Brazil than to those practiced by athletes in less fortunate financial conditions Keywords : Adolescents, Brazilian football, parents, roles. Das Ziel dieser Studie war es, das Engagement von den Eltern von 22 jungen brasilianischen Elitefußball- und Tennisspielern in verschiedenen Etappen ihrer Karriere zu vergleichen. Die Eltern haben einen sportspezifisch angepassten Fragebogen beantwortet, der ursprünglich von Davidson, Howe, Moore und Sloboda (1996) entwickelt wurde, um junge Musiker von hohem Niveau zu untersuchen. Die demographischen Daten zum sozio-ökonomischen Status der zwei Gruppen waren sehr unterschiedlich. Die Tennisspieler kamen aus dem Milieu der Bourgeoisie und lebten in der Stadt, während die Fußballer aus ländlichen Gegenden und einem bescheidenen ökonomischen Milieu kamen. Obwohl einige Items es nicht zulassen zwischen den beiden Gruppen zu unterscheiden, bestehen globale Differenzen. Die Fußballer mussten ihr familiäres Umfeld verlassen, als sie für die Profikarriere ausgewählt wurden. Die Tennisspieler blieben zuhause und erhielten eine im Laufe ihrer Karriere wachsende Aufmerksamkeit seitens ihrer Eltern. Die derzeitigen Modelle zum elterlichen Engagement, die in Nordamerika (Côté, 1999) entwickelt wurden, scheinen eher auf den Sport der brasilianischen Bourgeoisie zuzutreffen, als auf den der weniger betuchten Athleten. Schlagwörter : Heranwachsende, Brasilianer, Fußball, Eltern, Rolle. Lo scopo del presente studio era di confrontare l’impegno dei genitori di 22 giovani calciatori e tennisti brasiliani di alto livello nelle differenti tappe della loro carriera. I genitori hanno risposto ad un questionario adattato allo sport, originalmente concepito da Davidson, Howe, Moore e Sloboda (1996) per studiare i giovani musicisti esperti. I dati demografici sullo statuto socio-economico dei due gruppi erano molto differenti. I giovani giocatori di tennis erano usciti dalla borghesia e vivevano in città, mentre i calciatori provenivano da un ambiente rurale e da ambienti economici modesti. Sebbene parecchi degli items del questionario non permettano di distinguere i due gruppi, tuttavia alcune differenze globali li separano. I calciatori erano tenuti ad allontanarsi dal loro ambiente familiare quando erano selezionati per diventare dei professionisti. I giocatori di tennis restavano nel loro ambiente e ricevevano un’attenzione crescente da parte dei loro genitori nel corso della loro carriera. I modelli attuali dell’impegno parentale, sviluppati nell’America del Nord (Côte, 1999), sembrano maggiormente convenire agli sport della borghesia nel Brasile che agli sport praticati da atleti meno fortunati. Parole chiave : adolescenti, brasiliani, calcio, genitori, ruoli. El objetivo del presente estudio era comparar el compromiso de los padres de 22 jóvenes brasileños, futbolistas y tenistas de alto nivel, en las diferentes etapas de su carrera. Los padres respondieron un cuestionario adaptado al deporte, originalmente concebido por Davidson, Howe y Sloboda (1996) para estudiar los jóvenes músicos expertos. Los datos demográficos sobre el estatus socioeconómico de los dos grupos eran muy diferentes. Los jugadores de tenis provenían de la burguesía y vivían en la ciudad, mientras que los futbolistas provenían de un entorno rural y de sectores económicos modestos. Aunque varios items del cuestionario no permiten distinguir los dos grupos, los separan diferencias globales. Los futbolistas debían alejarse de su entorno familiar cuando eran seleccionados para convertirse en profesionales. Los jugadores de tenis se quedaban en sus casas y recibían una atención creciente de la parte de sus padres en el curso de su carrera. Los modelos actuales de compromiso parental, desarrollados en América del norte (Côtè, 1999), parecen ser más convenientes para los deportes de la burguesía en Brasil que para los deportes practicados por atletas con menos fortuna. Palabras claves : adolescentes, brasileños, fútbol, padres, papeles.
 
Le rôle des parents dans le développement des jeunes joueurs de football et de tennis brésiliens
 
 
Introduction
Dans différents domaines comme la musique, les arts plastiques, le sport, la science ou d’autres encore, les individus qui se distinguent sont considérés comme des « talents ». Et ces talents, baptisés également « experts » dans différentes études rétrospectives sur leurs carrières, ont servi de base à la création de modèles de développement de l’expertise. Ces modèles de développement ont surtout été l’objet d’études dans les pays développés (Bloom, 1985 ; Csikszentmihalyi, Rathunde & Whalen, 1993).
L’influence des parents est un autre élément fondamental du développement de ces talents. Concernant le sport particulièrement, de nombreux auteurs soulignent l’importance de la relation parents-athlètes pour le succès d’une carrière sportive (Côté, 1999 ; Durand-Bush, & Salmela, 2002). Toutes ces études démontrent le rôle décisif des parents, plus spécialement pendant les années d’initiation et de spécialisation des athlètes. Elles postulent que, lorsque les athlètes reçoivent un soutien approprié de leurs parents, surtout dans l’enfance, la participation de ces derniers autorise alors de grandes expériences et la persévérance dans l’activité sportive choisie.
La recherche de Bloom (1985) a marqué les études sur le développement de l’expertise, dans le sport, la musique et la science. Son étude démontre que les individus considérés très compétents suivent une trajectoire constituée de différentes phases, allant des années d’initiation dans l’activité choisie, en passant par les années de développement, jusqu’aux années de perfectionnement. Selon Bloom, les parents servent d’exemple durant les premières années d’initiation dans le domaine spécifique, en stimulant leurs enfants et en créant pour eux des situations motivantes. Au tennis, par exemple, un sport de la bourgeoisie, les parents permettent de jouer, de découvrir et de prendre plaisir dans la pratique même. Les parents encouragent les enfants en leur fournissant les ressources matérielles nécessaires, en enseignant les premières habiletés dans ce domaine. tennis Ils leur permettent également d’être initiés agréablement par des professionnels. Ils suivent leurs enfants de très près, valorisant leur travail et les aidant dans leur pratique quotidienne, en y consacrant du temps lors d’activités familiales. Yang, Telema et Laakso (1997) signalent également que la situation socio-économique de la famille détermine l’orientation et le succès des athlètes dans le sport.
Csikszentmihalyi, Rathunde et Whalen (1993), dans une étude longitudinale sur des jeunes experts, identifièrent deux autres variables nécessaires au développement de l’expertise : l’intégration totale du sujet dans son activité, et la présence de défis permanents. Ces auteurs introduisirent également le concept de complexe familial pour décrire les familles qui fournissaient les meilleures stimulations à leurs enfants dans différents domaines incluant le sport. Cette étude a complété les travaux antérieurs car l’engagement de la famille était déjà signalé par Bloom comme l’un des facteurs importants pour la réussite au cours du développement. Cette implication de la famille serait même indispensable pour surmonter les difficultés de l’activité.
Le travail de Davidson, Howe, Moore et Sloboda (1996) sur des enfants musiciens, a démontré l’influence de l’engagement des parents sur l’amélioration des performances. Les enfants qui progressent bien en musique étaient très soutenus par leurs parents. Plus l’intérêt et plus la participation des parents étaient importants, plus les enfants progressaient, et inversement.
Sport et Parents
Selon Hellstedt (1990), le concept d’engagement des parents est un continuum qui va du « sous-engagement » à un engagement modéré, et finalement à un « sur-engagement ». Hellstedt définit le « sous-engagement » comme une relative absence d’engagement émotionnel, financier ou fonctionnel des parents, dont les indicateurs sont : les absences aux compétitions, une faible implication dans les activités volontaires (comme le transport), et très peu de contacts avec les entraîneurs. Dans l’engagement modéré, considéré par l’auteur comme étant l’idéal, les parents font preuve de fermeté dans leurs orientations, soutenant et aidant leurs enfants à établir des buts réalistes, tout en participant aussi financièrement. Le « sur-engagement » des parents a lieu lorsque celui-ci dépasse leur participation à la vie sportive de leurs enfants, ne sachant pas séparer leurs propres désirs et besoins de ceux de leurs enfants. Hellstedt a remarqué que des faibles niveaux d’exigences des parents sont liés à une réaction positive des enfants. Au contraire, de hauts niveaux d’exigence entraînent des réactions négatives. Il suggère aussi d’identifier le niveau de pression idéal que les parents peuvent exercer sur leurs enfants, afin que ces derniers aient une réaction positive tant à l’entraînement qu’en compétition.
Carlsson (1993) a étudié de jeunes athlètes performants dans plusieurs sports. Il a vérifié que les débuts des enfants dans un sport organisé a été déterminé par l’intérêt des parents et des amis, généralement quand l’enfant avait entre sept et neuf ans. L’auteur mentionne encore que le soutien des parents et leurs attitudes positives étaient des facteurs importants pendant tout le développement des jeunes athlètes. Carr, Weigand et Jones (2000) ont révélé l’importance de l’aide des parents dans l’atteinte des objectifs et des rêves sportifs de leurs enfants. En effet, la définition des objectifs de ces athlètes était liée aux rêves et aux perceptions de succès personnels des parents lorsqu’ils pratiquaient un sport. Ces résultats montrent que les parents ont une très forte influence car ils transmettent leurs propres croyances. Ils influent sur les motivations des enfants et sur les moyens d’atteindre le succès. Au regard de tout cela, Côté (1999) a mené une étude sur les modèles de dynamique familiale de jeunes rameurs. Cette étude a contribué à obtenir une vision générale du comportement des parents dans le développement du potentiel de leurs enfants durant les différentes phases. L’auteur présente trois étapes de participation dans le sport :
  • Les années d’échantillonnage (de 6 à 13 ans). Les parents engagent leurs enfants dans un sport avec une insistance particulière sur le jeu, le plaisir et des expériences variées ;
  • les années de spécialisation (de 13 à 15 ans) marquées par un intérêt croissant et un plus grand engagement dans le sport, durant lesquelles les parents mettent l’accent sur les performances scolaires et sportives, investissent du temps et de l’argent et prennent les frères plus âgés comme exemple.
  • les années d’investissement (16 ans et plus) caractérisées par une augmentation de l’implication des enfants, et de l’intérêt des parents. Ceux-ci soutiennent leurs enfants pour surmonter les difficultés croissantes de l’entraînement. Ces phases sont semblables à celles présentées par Bloom (1985).
Il faut souligner ici que l’aviron est un sport pratiqué par la bourgeoisie, comme l’étaient les sports étudiés par Bloom : le tennis et la natation. Les parents de l’étude de Côté se sont révélé être également des facteurs déterminants pour l’atteinte du succès, dans la mesure où ils apportaient un nécessaire soutien émotionnel, financier et logistique. Cet appui s’est manifesté au cours de la carrière de ces athlètes, depuis leur choix de l’activité jusqu’aux compétitions de haut niveau. Ceci est en accord avec la discussion de Salmela, Young et Kallio (2000) qui souligne l’importance des phases de transition. Ces phases déterminent les succès futurs des athlètes, tout en dépendant de la relation triadique athlète – entraîneur - parents.
Football et Sport dans le Contexte Brésilien
En football, l’étude de Jambor (1999) réalisée aux Etats-Unis a désigné les parents comme les agents d’intégration de leurs enfants dans le sport. L’auteur démontre que l’influence des parents est importante même si les parents n’avaient pas joué au football. Ommundsen et Vaglum (1991) ont également relevé la présence des parents comme un facteur qui renforce le plaisir de la pratique des jeunes footballeurs. Le soutien des parents, pour le football comme pour d’autres sports, tient un rôle fondamental dans la performance de leurs enfants. Van Yperen (1998) a étudié la relation de jeunes footballeurs experts avec leur équipe, et face à la possibilité d’être renvoyés à la fin de la saison. Les jeunes joueurs ne présentaient des problèmes de baisse de performance que s’ils ne recevaient pas de soutien de leurs parents.
Il semble important d’étudier si dans le sport d’une manière générale, et en football en particulier au Brésil, les athlètes suivent les mêmes étapes de développement en relation avec le soutien des parents que dans les études de Bloom (1985) et Côté (1999). Cette ligne de recherche fait partie des études conduites par Moraes, Salmela, Rabelo et Vianna Jr (2000), Vianna Jr, Moraes, Salmela et Mourthé (2001) et Moraes, Salmela, Rabelo, Lima et Lôbo (2001). Ces études portent sur l’influence des parents sur des jeunes athlètes en football, en volley-ball et en gymnastique rythmique.
Vianna Jr et al. (2001) ont examiné le rôle des parents d’athlètes en gymnastique rythmique (M = 13 ans). Les résultats indiquent un haut niveau de participation des parents dès la phase d’initiation, avec un soutien aussi bien social que moral et économique. Ces découvertes corroborent ceux de la littérature scientifique internationale (Côté, 1999 ; Davidson & al., 1996).
Moraes et al. (2001) ont étudié des athlètes de volley-ball masculins et féminins, âgés de 16 à 19 ans, faisant partie des équipes régionales de l’Etat de Goiás (Brésil). Les résultats de cette étude ont montré que ces athlètes avaient vécu d’autres expériences sportives avant de se décider pour le volley-ball. Ces athlètes ont compté sur le soutien de leurs parents pendant les années d’initiation, sans restrictions financières ou émotionnelles, comme Salmela et al., (2000) l’ont montré dans leur étude. Cependant, durant la troisième phase de développement de ces athlètes, les parents ont commencé à exiger de leurs enfants un plus grand investissement dans leurs études, suggérant un changement de carrière en raison du manque de structure des clubs.
Le football représente sans aucun doute, pour les Brésiliens beaucoup plus qu’un sport : c’est une passion qui fait partie de leur culture. Il est pratiqué de manières très diverses, parfois dans des endroits improbables, par des personnes issues de toutes les classes sociales et récemment même par des athlètes féminins au niveau international. Salmela et Moraes (2003) ont contribué au développement de ce thème en décrivant le statut particulier du football dans la culture brésilienne, ainsi que les rôles que les entraîneurs et les parents jouent dans ce sport au cours la carrière des athlètes. Les auteurs ont étudié également les étapes du développement des athlètes dans divers sports pratiqués habituellement par la bourgeoisie et ont constaté qu’il existait de grandes similitudes avec les modèles de l’Amérique du Nord et de l’Europe (Bloom, 1985). Cependant, les caractéristiques du développement des footballeurs brésiliens diffèrent largement des modèles américains et européens. En effet, de nombreux pratiquants proviennent de classes sociales à faible revenus.
Le football étant un sport extrêmement important au Brésil, il est surprenant de constater la pauvreté de la littérature abordant ce sport dans une perspective psychologique. Ceci suggère qu’une meilleure compréhension du développement de l’expertise de ces jeunes ainsi que l’étude du rôle de la famille sur ce développement (Salmela et Moraes, 2003) serait particulièrement intéressantes.
En conséquence, l’objectif de cette étude était d’analyser l’influence du niveau d’engagement des parents sur le développement athlétique de leurs enfants, dans différentes équipes de football.
Méthodologie
Pour étudier la participation des parents dans cette recherche, nous avons opté pour une approche qualitative et quantitative. Selon Miles et Huberman (1994), cette façon de procéder est justifiée dans la mesure où il peut y avoir :
  • Une utilisation combinée (triangulation) des approches qualitatives et quantitatives ;
  • un approfondissement des analyses offrant des détails plus riches ;
  • une ouverture à de nouvelles directions de recherche, en étant attentif aux données inattendues. Le principe de triangulation utilisé dans cette étude a été choisi pour renforcer la validité des découvertes obtenues grâce à différents outils de recueil des données.
Participants
Vingt parents et leurs 12 enfants respectifs jouant au football ont participé à l’étude. Les athlètes devaient :
  • Avoir entre 15 et 18 ans ;
  • avoir participé au championnat de l’Etat de Minas Gerais pendant la saison 2000 et obtenu une des trois premières places pendant cette compétition ;
  • être reconnus par leurs entraîneurs respectifs et les commissions techniques comme étant des athlètes performants ;
  • avoir l’autorisation de leurs entraîneurs et de leurs parents pour participer à cette recherche.
Outils
Trois outils différents ont été utilisés pour le recueil des données :
  • Une grille de réponses codifiées ;
  • un questionnaire ;
  • des entretiens semi-structurés en profondeur.
La grille de réponses codifiées a été l’outil principal du recueil et de l’analyse et de l’interprétation des données portant sur le développement des athlètes (Tableau 1). Les questions de la grille ont été adaptées de celle de Davidson et al. (1996). Elle contient un groupe de questions portant sur la participation des parents dans le développement de leurs enfants au football. Onze questions offrant des réponses en 4 ou 6 niveaux d’engagement sont organisées de façon à représenter un continuum d’engagement des parents dans les activités de leurs enfants (1 = le plus faible degré d’engagement et 6 = le degré le plus élevé d’engagement). Ces 11 questions ont été groupées en quatre catégories :
  • L’engagement des parents dans les entraînements formels et informels de leurs enfants (question 1,2,3,4,6,9) ;
  • l’influence des parents sur l’avenir professionnel de leurs enfants (questions 7,8) ;
  • les changements dans la routine familiale (questions 10,11) ;
  • l’expérience sportive des parents (question 5).
  • Deux autres outils ont servi à compléter le recueil des données :
  • Un questionnaire utilisé pour recueillir les données objectives des parentes : nom, âge, adresse, téléphone, niveau scolaire, état civil, nombre de personnes dans la maison, revenu personnel et familial.
  • des entretiens semi-structurés en profondeur, avec les parents et les enfants/athlètes participant à la recherche, à l’aide d’un guide général.
Protocole de recueil des données
Le recueil des données concernant les parents a été réalisé dans leurs résidences. Les parents ont répondu au questionnaire et ont participé ensuite aux entretiens conduits par un seul chercheur afin de diminuer les biais entre les chercheurs. Les entretiens ont duré en moyenne 30 minutes ; ils ont été enregistrés et filmés pour garantir ainsi une sauvegarde des données. L’entrevue terminée, les parents répondaient à la grille de réponses codifiées. Elle permettait d’établir l’influence des parents au cours des trois phases du développement de leurs enfants (jusqu’à 7 ans, de 8 à 12 ans et de 13 à 18 ans) en accord avec le modèle de Bloom (1985).
Les entretiens semi-structurés (30 minutes en moyenne) ont été conduits par les chercheurs au Laboratoire de Psychologie du Sport de l’Université Fédérale de Minas Gerais (UFMG) ou dans les clubs des athlètes.
Analyse des données
Les résultats des grilles de réponses codifiées ont été présentés et regroupés dans les quatre catégories mentionnées plus haut. Pour déterminer l’engagement des parents vis-à-vis du développement sportif de leurs enfants, nous avons calculé la fréquence de réponses aux niveaux d’engagement pour chacune des 11 questions de la grille de réponses codifiées. Les pourcentages ont été calculés pour les trois phases étudiées.
Les enquêteurs ont réalisé des ANOVAs pour étudier les variations de l’engagement des parents lors des trois phases du développement. Le W de Wilcoxon (apparié) a été utilisé comme analyse post-hoc. Le seuil de significativité de 5 % (p < 0,05) a été choisi.
Les questionnaires ont fourni des informations sur l’échantillon et sur la relation entre parents et athlètes. Les données ont été analysées quantitativement avec une description de la fréquence des réponses tout comme la moyenne et les écart-types obtenus. Les entretiens semi-structurés ont été utilisés pour renforcer la validité des réponses de la grille des parents. Chaque groupe d’interviewés a reçu un code : athlètes (A), mères (M) et pères (P). L’analyse des entretiens a été réalisée selon la procédure décrite par Côte, Salmela, Baria et Russell (1993). Selon cette méthodologie, l’analyse a été réalisée en trois phases : 1) la retranscription des entretiens mot à mot ; 2) l’organisation des données en unités de sens (MU : la plus petite partie compréhensible d’un texte, d’un paragraphe ou d’une phrase contenant une idée, un épisode ou une information) ; et 3) l’interprétation des données.
 
Résultats
 
 
Questionnaire
Les parents présentent les niveaux de scolarité d’instruction suivants : un des parents n’avait aucune instruction (5 %) ; 12 parents avaient suivi les cours jusqu’au collège (60 %) ; 6 parents avaient le baccalauréat (30 %) et un seul avait une formation universitaire. Les parents avaient en moyenne 50 ans. Le revenu familial mensuel était de 500 R$ (environ 150 euros). Les familles étaient composées en général de 4 personnes. Les familles vivent dans quatre états, principalement dans l’État de Minas Gerais, situé entre 120 et 250 km de Belo Horizonte, la capitale de cet Etat.
Grille de réponses codifiées et entretiens semi-structurés
Il n’y a pas eu de différence statistiquement significative de l’engagement des parents entre la première et la deuxième phase de développement de leurs enfants. Cependant les résultats montrent des différences significatives du comportement des parents dans la troisième phase, comparée aux deux autres. Les phases et les questions seront présentées dans les quatre catégories.
Engagement des parents dans l’entraînement formel et informel de leurs enfants au football
Présence des parents aux entraînements des enfants. Les résultats montrent qu’un groupe de parents n’a eu qu’un faible engagement dans les cours de leurs enfants. Durant les deux premières phases, 60 % des parents présentaient très peu d’engagement (le niveau le plus faible, Tableau 1) vis-à-vis des entraînements de leurs enfants.
Tableau 1
Grille des réponses codifiées
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Grille des réponses codifiées
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Au cours de la troisième phase, le pourcentage du plus bas niveau d’engagement, a augmenté significativement {F (2,20) = 11,545, p < 003}. Ceci démontre une diminution progressive de l’engagement des parents vis-à-vis des entraînements de leurs enfants.
Les extraits suivants illustrent les résultats obtenus :
« …parce qu’aujourd’hui je me rends compte, je regrette même ; aujourd’hui je vois les mères qui inscrivent les enfants dans les écoles de football, je vois les mères qui amènent leurs enfants bien arrangés à l’entraînement et je me dis comme ça : et voilà, tu vois, je n’ai pas soutenu mon fils, mais mon fils y est quand même arrivé … »(M10)
« …j’allais pas à ses entraînements. Ses entraînements, ça m’était difficile de sortir de la maison, pour vous dire vrai, Il fallait que je trouve, comme qui dirait, du temps pour que je sorte. Maintenant, j’ai un peu de temps. Mais je devais me lever et travailler jusqu’au soir. Alors je ne l’accompagnais pas à ses entraînements, non »…(M4).
Comportements des parents pour motiver leurs enfants à s’entraîner
Les parents n’ont pas encouragé leurs enfants à s’entraîner, car ils considéraient que ceux-ci étaient déjà très motivés. Comme il n’y a eu qu’une très faible variation dans les comportements des parents durant les trois phases, il n’a pas été possible, ni même nécessaire de procéder à des analyses statistiques. Les parents ont confirmé lors des entretiens que selon eux leurs enfants étaient déjà motivés.
« Pour ça, il n’y a pas besoin de lui demander, non. De toute façon, il aime le ballon… Il aime bien y aller ; Je n’ai jamais eu besoin de lui demander qu’il fasse des entraînements physiques, s’entraîner, et ça, il le fait toujours de lui-même ». (P5)
« Non, pas du tout. Il n’y avait même pas besoin de parler, il était déjà là-bas, il était le premier à l’entraînement, et c’est encore le cas. C’est comme ça, là au club. Même que le type là, l’entraîneur de l’équipe, me le disait récemment. Le président aussi, il a dit « Ce petit gosse il est bien, il n’y a pas besoin de l’appeler, non, on dit qu’il y a entraînement et il est déjà là, prêt à jouer ». (P10).
Participation des parents dans les activités sportives de leurs enfants
Nous avons remarqué une absence de participation des parents aux activités sportives de leurs enfants. Toutefois, durant les trois phases respectives étudiées, 65 %, 70 % et 75 % des parents ont déclaré qu’ils questionnaient leurs enfants sur leur pratique sportive. Les comportements des parents n’ont pas varié de manière statistiquement significative au cours du temps {F (2,20) = 3,000, p < 0,223}. Les entretiens ont montré que l’engagement des parents se poursuivait dans les discussions avec leurs enfants ; ce que confirment les résultats illustrés par la citation suivante :
« La seule chose que l’on fait actuellement, c’est qu’on parle beaucoup, parce qu’il a déjà vécu une époque difficile, après son arrivée à Belo Horizonte ; Un camarade a abandonné, et il me téléphonait pour me dire : Ah, maman, je m’en vais, ça ne va plus. Et moi je lui disais toujours : « tu as choisi ce chemin, si c’est ça que tu veux, tu vas devoir avoir de la patience pour tenir ». (M3).
Présence des parents aux compétitions de leurs enfants
Les parents ont montré qu’ils étaient engagés dans les compétitions de leurs enfants durant la première et la seconde phase de leur développement ; 45 % et 50 % viennent régulièrement aux compétitions de leurs enfants jusqu’à l’âge de 12 ans, c’est le niveau de participation le plus élevé. Pendant la troisième phase, 75 % des parents ont préféré suivre les compétitions à la télévision.
« Nous assistions aux matchs, j’allais le voir jouer, depuis qu’il était poussin. En junior, j’ai commencé à regarder ses matchs à la télévision » (P10).
Ceci représente un changement significatif par rapport à la participation aux matchs, mais il semble que l’engagement se prolongeait grâce à la télévision, aux journaux et aux appels téléphoniques, même en l’absence des parents {E (2.20) = 6,421, p < 0,040}. Les entretiens confirment l’engagement des parents dans les activités sportives de leurs enfants, conformément à ce que montrent les MU ci-dessous :
« Non, je l’amenais tout le temps quand il était très petit. Après il a commencé à grandir un peu, il y allait tout seul. Mais tous les matchs de football où il jouait, je l’accompagnais. Après à cause de la distance, c’est devenu difficile, alors je regarde quand ça passe à la télévision ». (M7).
Engagement des parents dans l’entraînement de leurs enfants
Durant les trois phases, la fréquence des réponses des parents 50 %, 55 % et 60 % montre un faible engagement (niveau d’engagement 1 – Tableau 1) dans l’entraînement de leurs enfants. Les analyses statistiques ne montrent pas de changement significatif au cours du temps {F (2,20) = 2,000, p < 0,367}. Toutefois, 35 % des parents ont déclaré qu’en tant qu’ex-athlètes, ils donnaient des conseils à leurs enfants, durant les trois phases de développement, ce qui indique un fort engagement de ces parents. Les entretiens ont conduit à des résultats semblables, confirmant les réponses présentées dans les unités de sens :
« Justement, il me demandait de le faire, que je l’entraîne et que… j’ai une équipe. J’ai dit comme ça : ce truc ça va pas marcher, travailler avec des enfants, non. Je suis patient avec les plus vieux, avec les grands, les plus vieux arrivent à me comprendre, et je suis préparé pour les grands ; pour les petits, celui qui est préparé, c’est leur entraîneur ». (P12).
« Pour dire vrai, moi, je parlais peu avec son entraîneur, mais à chaque fois que je parlais avec cet entraîneur : « Vous savez, votre garçon est bon. Son développement est bon, et tout et tout « je ne me suis jamais rapproché de l’entraîneur, comme ça arriver, demander, exiger, vous comprenez, j’ai jamais été mère poule ». (P2).
« De temps en temps, j’allais voir mon père jouer. Il est calme, même trop. Il donne des instructions, il me conseille et me dit qu’un joueur doit pas boire, pas fumer, parce que c’est drôlement mauvais. Mais c’est quelqu’un de calme, qui m’aide beaucoup, c’est un bon papa ». (A3).
Activités quotidiennes supplémentaires liées au football
Ces résultats concernent l’engagement des parents dans les activités quotidiennes supplémentaires de leurs enfants liées au football. Dans les deux premières phases, 85 % des parents ont déclaré que leurs enfants consacraient leur temps libre à des activités avec un ballon, et 80 % dans la troisième phase. Ces valeurs ne présentent pas de différences statistiquement significatives {F (2,20) = 2,000, p < 0,367}. Par conséquent, ces résultats montrent que les enfants qui s’entraînent dans des clubs et envisagent une carrière professionnelle continuent à jouer au football dans leur temps libre. Voici quelques exemples de parents qui décrivent des moments de loisir de leurs enfants.
« Il a jamais manqué la classe pour jouer au ballon, non, mais une fois rentré de l’entraînement, si un de ses amis l’appelait, il partait jouer dans la rue jusqu’à très tard, oui, dans la rue. N’importe quel endroit était un bon endroit pour jouer au ballon ». (M8).
« L’entraînement finissait et il entrait ici, sur le terrain de football en salle, il ne s’arrêtait jamais, non, il a toujours aimé jouer au ballon. A cette époque, il jouait toute la journée, un vrai affamé. Ses copains disaient : « Celui-là il faut qu’il devienne professionnel » (P10).
Influence des parents sur l’avenir professionnel de leurs enfants
Interférence des parents dans le choix de la carrière professionnelle de leurs enfants
L’implication des parents dans le choix professionnel des athlètes a été modérée, 55 % des parents ne donnaient pas leur opinion sur le choix professionnel des athlètes durant les deux premières phases, et 65 % durant la troisième. Nous n’observons pas de différences statistiquement significatives {F (2,20) = 2,000, p < 0,367}. Les entretiens des parents ont confirmé les résultats, comme le montrent les unités de sens :
« Non,..je n’en ai pas discuté avec lui, non. « Ça, toute la vie, il n’en a jamais parlé. Son but, toute sa vie, c’est le ballon, il n’a jamais pensé à une autre carrière. Il n’est pas très chaud pour les études, non. Il étudie plutôt que lorsqu’il est obligé. Son truc à lui, c’est le ballon ’ »(P5).
Exigence d’un équilibre entre les études et le sport
Pour les parents, les études sont un facteur important dans le développement de leurs enfants. Ceci montre qu’ils sont préoccupés non seulement pour le sport mais aussi pour une amélioration du niveau scolaire. Durant les deux premières phases, 65 % des parents exigent de leurs enfants de progresser à la fois dans leurs études et dans le sport. Ce comportement s’est maintenu durant la troisième phase, augmentant la fréquence des réponses à 70 %. Cette amélioration ne révèle pas de différence statistiquement significative {F (2,20) = 2,000, p < 0,367}. Cette tendance se retrouve également dans les entretiens avec les parents :
« En effet, j’ai toujours dit que c’est important, qu’il faut travailler les deux – je lui disais ça : tu peux laisser tomber ni le football, ni les études. Tu aimes le football, tu vas faire du football, mais à l’école, tu vas travailler – C’est deux choses importantes. Et je lui ai dit : dans cette vie, on peut faire plusieurs choses en même temps, tu vois ! » (M6).
« Moi, je lui ai parlé comme ça : tu veux jouer au football, alors il faut t’accrocher aux deux choses. Tu dois te cramponner aux livres et au ballon, parce que je vais pas te laisser abandonner le collège, ha ça non – Alors, il est allé jusqu’en sixième, et après la sixième il est partie à Belo Horizonte, et là il a été jusqu’à la 4e. » (M3)
« Je n’exigeais pas, non, mais je crois que j’aurais dû parce que, comme y dit l’autre, si quelqu’un pratique un sport, il faut aussi qu’il étudie, parce que sans étude, ça va pas marcher. Non, alors je pense que même si on pratique un sport, même si ça marche en sport, il faut que ça marche dans les études aussi. » (P2).
Changement dans la routine familiale
Changement dans la routine des parents en fonction de la pratique sportive des enfants
La plupart des parents n’ont pas changé leur routine en fonction de la pratique sportive de leurs enfants, mis à part des modifications mineures. Durant les deux premières phases, 85 % des parents n’ont eu aucun changement dans leurs routines, ainsi que 80 % durant la troisième phase. « Non, rien qui ne change beaucoup, non. C’est seulement en fonction du temps, mais on se débrouillait pour que ça marche, soit il attendait un peu, soit c’était moi, on s’organisait » (M6). Il n’existe pas de différence statistiquement significative entre l’engagement dans les trois phases {F (2,20) = 0,666, p < 0,716}. Les discours confirment les réponses des parents sur les changements de routine :
« Moi-même j’ai pas déménagée, mais presque. On est arrivé au point où on s’est dit : Il va falloir qu’on s’en aille parce qu’on ne peut vivre sans lui ici. Il est très jeune, je me m’inquiétais trop, mon Dieu, c’était dur, mais après on s’est habitué (M18).
Fréquence des rencontres avec leurs enfants
La fréquence avec laquelle les parents rencontraient leurs enfants a diminué. Pour ce thème, on note un changement statistiquement significatif dans le comportement des parents {F (2,20) = 38,838, p < 000}. Dans la première et dans la deuxième phase, 95 % et 85 % des parents, respectivement, avaient des contacts quotidiens avec leurs enfants, alors que dans la troisième phase, 90 % des parents ne voyaient leurs enfants que tous les trois mois. Ceci révèle que la quantité de soutien familial a diminué,
« quand il est parti là-bas : tous les 15 jours, il était chez nous. Maintenant, c’est tous les 2 ou 3 mois, parfois quatre. C’est difficile. Alors on parle avec lui au téléphone. » (P4).
Ce changement de comportement est dû essentiellement à l’éloignement du lieu de résidence des enfants (à leur installation à Belo Horizonte), car les familles n’ont pas pu les accompagner.
Expérience sportive des Parents
Engagement des parents dans le sport
La fréquence des réponses a démontré que 50 % des parents n’ont eu aucun engagement dans le sport, du moins en tant que participants ;
« Non, pas du tout. Dans mon temps ça n’existait pas, je n’ai jamais participé a aucun sport ». (P1),
Dix pourcent des parents ont pratiqué quand ils étaient enfants, et 10 % (deux) participent encore occasionnellement à une activité sportive. Cependant, 20 % (quatre) jouent en amateurs régulièrement et 10 % (deux parents) ont été des athlètes professionnels ou de haut niveau :
« J’ai fait mon possible ; mais mon père a été professionnel lui aussi. Il était joueur de football. Tel père, tel fils, alors ça a marché pour moi » (A3).
Ces résultats indiquent que la majorité des participants à cette étude n’ont pas bénéficié d’un modèle sportif parental.
Discussion
Ces résultats préliminaires diffèrent de Yang et al. (1997) qui affirment que le niveau socio-économique et le niveau d’éducation des parents ne sont pas corrélés à leur participation aux activités sportives de leurs enfants. Toutefois, cette recherche a été menée dans un contexte très différent de l’Amérique du Nord, ce qui indique le besoin de nouvelles études dans ce domaine pour mieux comprendre ce sujet.
Les résultats du questionnaire montrent que la majorité des parents présentent un faible niveau scolaire et un pouvoir d’achat très bas. Le revenu familial, en moyenne, est inférieur au salaire minimum mensuel par personne (280,00 reais = 80 euros environ). Ce faible pouvoir d’achat peut être la raison du faible soutien offert par les parents à leurs enfants pour payer les dépenses inévitables du transport, du matériel scolaire, en plus du coût des inscriptions aux diverses activités sportives. Cependant, la liberté donnée par les parents aux enfants pour pratiquer le football, le fait de ne pas les obliger à contribuer aux dépenses domestiques, la passion des enfants pour le football et la facilité contextuelle pour le pratiquer, ont aidé à leur développement professionnel futur (Salmela et Moraes, 2003).
Une autre donnée marquante est que ces familles n’habitent pas Belo Horizonte, mais, pour la grande majorité, dans des villes de l’intérieur de l’état. Cette situation explique l’incapacité des parents à rencontrer souvent les enfants et leurs entraîneurs après l’entrée dans les clubs lors de la troisième phase du développement.
Cette distance rend bien difficile une action continue des parents dans les différentes activités sportives de leurs enfants, particulièrement pendant la troisième phase, qui est importante pour atteindre de hauts niveaux de performance. L’examen de l’engagement des parents dans l’entraînement formel et informel de leurs enfants a démontré une absence d’encouragement à suivre les entraînements de football, un faible intérêt dans les entraînements, et la formulation de peu de conseils. Il est possible que cela soit dû, comme nous l’avons vu, au fait que les parents aient de très faibles salaires et n’aient donc pas pu suivre de près leurs enfants (Jambor, 1999).
Selon Bloom (1985) et Côté (1999) les parents doivent accompagner les enfants tout au long de leur carrière, les encourager, les aider dans leur pratique quotidienne, en soulignant la valeur des entraînements. Ces comportements ne sont pas courants dans cette étude. Toutefois, les parents trouvaient qu’il n’était pas nécessaire d’encourager la pratique quotidienne de leurs enfants puisqu’ils étaient intrinsèquement motivés. Quant à l’aide des parents pour faciliter la vie des enfants, on peut inférer que, puisqu’ils ne suivaient pas de près leurs enfants, ils ne les aidaient probablement pas non plus sur ce point.
La participation des parents à l’établissement d’objectifs et à l’accomplissement des tâches (Carr et al., 2000) sont des questions importantes pour que les enfants soient performants dans leur carrière. Dans la présente étude, la majorité des parents ne participaient pas aux activités de leurs enfants, ne les accompagnaient pas aux entraînements, mais contribuaient toutefois partiellement à établir des objectifs pour améliorer leur performance et les aidaient à travailler pour gagner leur vie. Ces parents, malgré leur absence à différents moments de la vie des joueurs, ont mis en place les conditions pour que ces derniers ne puissent jouer au football que s’ils poursuivaient leurs études.
Selon Davidson et al. (1996), l’apprentissage des habiletés en musique est lié à un haut degré de participation des parents, ce qui n’a pas été mis en évidence dans cette étude sur le football. Cette non-implication pourrait être dû au fait que les enfants trouvent dans le football un très grand plaisir, car ils peuvent pratiquer cette activité pendant de longues heures même sans être accompagnés par leurs parents, ce qui n’est pas le cas en musique. Par exemple, pour apprendre la musique, les enfants doivent réaliser chez eux, avec l’aide des parents, les exercices prescrits par le professeur (Salmela et Moraes, 2003).
Cependant, bien que la majorité des parents participe peu aux activités de leurs enfants, on peut observer un certain engagement de leur part en rapport aux échanges d’informations avec l’entraîneur. Pourtant les mères (majoritaires dans cette étude), qui ne jouent pas au football et ne connaissent pas bien ce sport, s’engagent très peu sur ces questions. Ce faible niveau d’engagement est lié au fait que ce sont uniquement les pères qui relatent leur expérience.
Dans une étude réalisée au Brésil par Moraes et al. (2001) avec des volleyeurs, et par Vianna Jr et al. (2001) avec des athlètes en gymnastique rythmique, c’est-à-dire pour des sports pratiqués habituellement par la bourgeoisie, les auteurs ont vérifié que la participation des parents est de grande importance pour le développement de leurs enfants, corroborant ainsi la littérature internationale. Toutefois, Moraes et al. (2000) ont trouvé des résultats qui différaient de cette étude lorsqu’ils ont examiné le soutien des parents apporté aux footballeurs ; ils ont confirmé que du point de vue des athlètes, la participation des parents dans leur progression en football, était marginale.
L’engagement des parents dans les compétitions de leurs enfants a été très important durant les deux premières phases étudiées, mais, avec le temps, cet engagement a diminué. La raison apparente semble incomber à l’installation des enfants à Belo Horizonte. Cet éloignement rend la participation des parents beaucoup plus difficile. Même ainsi il faut signaler que le soutien apporté par les parents en les regardant à la télévision et en leur parlant au téléphone, a également contribué à motiver ces athlètes dans leur carrière en football, particulièrement quand ils étaient éloignés de leur famille. Ce genre de comportement ne se rencontre pas dans la littérature sur le développement de l’expertise (Bloom, 1985 ; Côté, 1999 ; Davidson et collaborateurs, 1996). La présence des parents, uniquement aux compétitions, pourrait être interprétée par leurs enfants comme un facteur de pression qui, selon Hellstedt (1990), serait préjudiciable à « forte dose ». Cependant, à un niveau adapté, elle peut promouvoir des réactions positives, ce qui semble être arrivé le cas dans notre étude.
Concernant les activités supplémentaires liées au football, on constate que les joueurs sont très impliqués et qu’ils fournissent beaucoup d’effort durant toutes les phases étudiées. Sur le long terme, les jeunes athlètes conservaient le football comme activité principale de loisir tout en étant sous contrats avec des clubs professionnels. Cette implication aurait dû diminuer, avec la réduction du temps libre. Toutes les études sur les athlètes démontrent que le plaisir est important pour leur développement ; malheureusement, le temps libre qui leur permettrait la recherche de ce plaisir est consacré à d’autres activités (e.g., le repos) au cours des différentes phases (Carlsson, 1993). Pourtant, cela n’a pas été vérifié dans cette étude, ce qui renforce l’idée de la passion que les Brésiliens ont pour le football (Salmela & Moraes, 2003).
Dans ce sens Côté (1993) affirme qu’au début du développement, la pratique repose principalement sur des formes de jeu, et avec le temps, le jeu diminue dans la mesure où la pratique délibérée du sport augmente. Encore une fois, cette diminution présentée par Côté n’est pas apparue dans notre étude, en raison non seulement de la passion pour le football mais aussi de la recherche de finances permettant une meilleure qualité de vie des parents. C’est pourquoi, il semble que le soutien des parents ne soit pas indispensable dans tous les domaines d’accomplissement. Ceci signifie que le développement des enfants ne dépendrait pas uniquement du soutien des parents (Ladewig et al., 2000).
Le plaisir des enfants à pratiquer leur sport est très lié à l’engagement des parents, ce qui, selon Ommundsen et Vaglum (1991), semble lié aussi aux comportements et aux interactions émotionnelles propres au football. Dans notre recherche, bien que les parents n’aient ni motivé leurs enfants, ni assisté à leurs entraînements et ne les aient pas orientés, leur participation aux compétitions dans la première et la deuxième phase a pu être ressentie par ces enfants comme suffisante sur le plan émotionnel pour leur permettre de prendre plaisir à la pratique du football.
La majorité des parents n’a eu aucune influence sur le choix de la carrière professionnelle de leurs enfants, ce qui a démontré peu d’engagement de leur part, d’après la fréquence des réponses obtenues. Le reste des parents se répartit en deux groupes équivalents : ceux qui soutenaient les carrières liées au football et ceux qui suggéraient d’autres professions. Ces résultats indiquent le peu d’intervention des parents dans l’orientation de la carrière de leur enfant. Concernant les études, les parents exigeaient en majorité que leurs enfants aient d’aussi bons résultats qu’au football. Cette exigence peut avoir contribué indirectement à ce que leurs enfants comprennent l’importance d’avoir des objectifs et d’accomplir leurs devoirs scolaires. Ces deux éléments sont des composantes importantes du sport et de la vie professionnelle future (Carr et al., 2000 ; Côté, 1999).
La position des parents face aux études semble liée à leur préoccupation de l’avenir de leurs enfants, au cas où ils ne réussiraient pas dans le sport (Jambor, 1999). Atteindre un haut niveau dans le sport prend du temps et plusieurs événements peuvent affecter la carrière du joueur, comme une blessure par exemple. L’instruction des enfants garantirait ainsi une condition de vie meilleure au cas où il y aurait une interruption soudaine de leur carrière de footballeur (Van Yperen, 1998).
Les parents n’ont pas modifié leur routine en fonction de la pratique du football de leurs enfants. Les résultats ont montré un faible engagement des parents pour changer leur routine. Cette absence de modification de la routine des parents semble être liée aux conditions favorables que rencontraient leurs enfants pour jouer au football et pour assister aux entraînements dans leurs villes, si l’on considère en effet que les villes de l’intérieur sont petites et ne présentent pas de grands risques. Une autre explication mentionnée plus haut est le fait que les parents aient à survivre avec des salaires très bas, ne leur permettant pas de maintenir leurs enfants dans la pratique du sport (Salmela & Moraes, 2003). D’autres points de vue, comme le poids de la liberté accordée aux enfants brésiliens, peuvent expliquer le succès de ces athlètes malgré le peu d’engagement des parents. Les parents des sportifs étudiés par Côté (1999) et des musiciens étudiés par Davidson et al. (1996), offrent moins de liberté que les parents des enfants brésiliens. Au Brésil, les résultats sportifs sont obtenus en l’absence de l’engagement intensif typique des parents Nord – Américain dans les activités quotidiennes de leurs enfants.
Une présence proche des parents, pourrait influencer les comportements des enfants (Bloom, 1985 ; Côté, 1999 ; Davidson et al., 1996). Ces relations, quotidiennes dans les deux premières phases de notre étude, devenaient trimestrielles dans la dernière. La raison principale de cette modification des comportements provient du déménagement des enfants à Belo Horizonte. En raison des dépenses et des conséquences pour tous les membres de la famille, celle-ci ne pouvait déménager avec leur enfant. Ce genre d’engagement vis-à-vis de la carrière des enfants est bien différent de ceux que présente Bloom (1985), Côté (1999) ou Ciskszentmihalyi et al. (1993), à propos du complexe familial. Dans ces études, les parents arrivent fréquemment à changer de ville pour accompagner leurs enfants.
Au Brésil, les études de Moraes et al. (2001) sur le volley-ball et Vianna Jr. et al., (2001) sur la gymnastique rythmique sportive corroborent la littérature internationale. En football cependant, ces résultats sont différents (Moraes et al., 2000), parce que les parents n’accompagnaient pas le développement de leurs enfants d’une présence marquée qui contribuerait à leur succès.
De plus en accord avec Wylleman, Knopp, Ewing & Cummung (2000) et Salmela et al. (2000), l’accompagnement des parents durant les transitions de carrière offre aux enfants des possibilités de poursuivre leur carrière et permet la constance de l’interaction entre les parents, les enfants et les entraîneurs. Les résultats de la présente étude ont montré que les parents n’accompagnent pas les enfants, surtout après leur installation dans une autre ville. A ce moment critique, ceci pourrait nuire à leur performance, selon Van Yperen (1998).
D’une façon générale, les résultats comparés à ceux de Hellstedt (1990) signalent un sous-engagement des parents dans le développement de leurs enfants au football. Cette absence d’engagement croissant s’accompagne d’une amélioration des performances des enfants. Les résultats sont donc opposés à ceux de Côté (1999) et de Davidson et al. (1996). Le contexte brésilien suggère que certains comportements des parents d’athlètes ont dû être adaptés, pour plusieurs raisons incluant l’aspect financier. Cependant, les parents ont démontré un certain engagement même lorsqu’ils étaient éloignés des athlètes. C’est le cas de certains parents qui ont permis à leurs enfants de rendre constante la pratique du football dans leur vie.
Au cours du temps, la participation des parents est réduite (Bloom, 1985). Cependant, dans notre étude, les résultats indiquent un faible engagement des parents au début de la carrière des enfants. Bien que l’absence des parents diminue le soutien, le développement des enfants n’a pas l’air d’avoir été perturbé. La motivation des enfants pour changer de ville et continuer à jouer au football, même éloigné de leur famille, s’explique par le désir de pouvoir offrir un jour de meilleures conditions de vie à leurs parents.
La majorité des parents ne s’est pas investie dans la pratique sportive, bien que certains d’entre eux aient pratiqué ou pratiquent encore ce sport. Ceci est probablement dû au niveau économique des familles. Selon Bloom (1985) les parents servent d’exemple pour leurs enfants dans les premières années de pratique, dans tous les domaines de connaissance. Yang et al. (1997) insistent également sur le fait que les parents qui pratiquent des sports ont une influence sur l’initiation sportive de leurs enfants. Cependant, dans notre recherche, les parents ne semblent pas avoir été des exemples, bien que Jambor (1999) mentionne que les parents peuvent être responsables des débuts de leurs enfants dans un sport, même s’ils ne le pratiquent pas. Les raisons peuvent être variées, citons par exemple la passion des parents pour le football. Dans ce sens, il est probable que les oncles, les frères aînés, les amis, entre autres, aient également joué ce rôle, influençant les débuts de la pratique du football des enfants (Carlsson, 1993). Une autre raison tout aussi importante pour le début de la pratique du football des enfants, est l’incitation financière de ce sport, dans lequel il est possible de gagner rapidement beaucoup d’argent. Ceci prédit une meilleure vie économique, lorsque ces athlètes viennent de familles à faible pouvoir d’achat.
 
Conclusion
 
 
Il semble évident que le développement de l’expertise des footballeurs brésiliens et l’engagement des parents s’éloignent des modèles conçus et des résultats des études des carrières sportives des athlètes des pays développés présentés par divers auteurs. Ces différences sont probablement dues aux différences de statut socio-économique, particulièrement au Brésil. C’est pourquoi, il apparaît nettement que le développement d’un footballeur expert brésilien est différent de ceux des athlètes décrits dans la littérature internationale sur le sujet. Toutefois, il faut comprendre que le manque relatif de soutien de la part des parents n’a pas empêché le succès de ces footballeurs. Ceci met en évidence que ce rôle unique du football dans la culture brésilienne dépasse le manque de soutien des parents ou même encore la qualité de l’entraînement pendant les premières années de pratique de ces jeunes joueurs.
 
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NOTES
 
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