2004
Staps
Rapport de recherche
Le rôle joué par les parents dans le développement et le maintien de la performance athlétique experte
Natalie Durand-Bush
[*]
John H. Salmela
Kim A. Thompson
Université d’Ottawa, Ottawa, Canada
Cette étude porte sur le rôle que jouent les parents dans le développement et le maintien de la performance athlétique experte. Neuf parents d’athlètes et dix athlètes ayant au moins remporté deux médailles d’or lors d’Olympiades et/ou de Championnats du Monde distincts ont été interrogés. A ce titre, nous avons adopté une méthode d’investigation qualitative, composée de questions ouvertes, et semi-guidée (Patton, 1987). Les données ont fait l’objet d’une analyse à la fois inductive et déductive, dans le cadre des modèles d’étapes jalonnant une carrière sportive, définis par Côté et Hay (2002). Les résultats ont révélé que les athlètes passaient par quatre étapes de progression tout au long de leur carrière : l’échantillonnage, la spécialisation, l’investissement, et le maintien. Le rôle joué par les parents est considérable tout au long de ces quatre étapes, toutefois c’est lors des années d’échantillonnage et de spécialisation, étapes lors desquelles les enfants se révèlent les plus dépendants, que le rôle joué par les parents semble accru. Durant les années d’investissement et de maintien, les parents ne sont pas aussi directement sollicités car leurs enfants, devenus des athlètes de haut niveau, sont plus indépendants et ont à leur disposition des sources de soutien plus variées. Cependant même à ce niveau, le fait que leurs parents leur apportent un soutien moral et affectif inconditionnel s’avère tout aussi nécessaire pour les athlètes que précédemment. Sont également abordées les différentes manières dont les parents d’athlètes peuvent prendre part aux activités physiques de leur enfant afin d’améliorer la qualité de l’expérience sportive de ces derniers, à chaque niveau d’une carrière.
Mots-clés :
parents, sport, expertise, athlètes d’élite, soutient.
This study examined the role of parents in the development and maintenance of expert athletic performance. Nine parents and ten athletes having won at least two gold medals at separate Olympics, World Championships, or both were interviewed using an in-depth, open-ended, and semi-structured approach (Patton, 1987). The data were analyzed both inductively and deductively using Côté and Hay’s (2002) model of stages of sport participation as a framework. Results revealed that the athletes progressed through four stages throughout their career: the sampling, specializing, investment, and maintenance years. Parents were perceived to play an important role across the four stages but more so during the sampling and specializing years when the children were more dependent. During the investment and maintenance years, the parents were not as directly involved because their children, now elite athletes, were more independent and had access to various resources. Providing them with moral support and unconditional love was, however, as important at this level as it was in previous stages of their children’s career. Implications for parents interested in increasing the quality of experience of athletes at all levels of sport participation are discussed.
Keywords :
parents, sport, expertise, elite athletes, support.
Diese Studie betrifft die Rolle der Eltern bei der Leistungsentwicklung und -stabilisierung von Eliteathleten. Es wurden neun Athleteneltern und zehn Athleten befragt, die mindestens zwei Goldmedaillen bei unterschiedlichen Olympischen Spielen und/oder Weltmeisterschaften erzielt hatten. Dafür haben wir eine qualitative Untersuchungsmethode angepasst, die aus offenen und halboffenen Fragen besteht (Patton 1987). Die Ergebnisse wurden im Rahmen eines Stufenmodells zur sportlichen Karriere von Côté und Hay (2002) induktiv und deduktiv analysiert. Die Resultate zeigten, dass die Athleten vier progressive Etappen in ihrer Karriere durchliefen: die Erprobung, die Spezialisierung, das Engagement und die Stabilisierung. Die Rolle der Eltern ist beachtlich während aller vier Etappen, wobei dies besonders für die Jahre der Erprobung und der Spezialisierung zutrifft, in denen die Kinder am stärksten abhängig sind. Während der Jahre des Engagements und der Stabilisierung werden die Eltern nicht so direkt beansprucht, denn ihre Kinder sind Eliteathleten und unabhängiger geworden; sie können nun auf unterschiedlichere Unterstützung zurückgreifen. Aber selbst auf diesem Niveau ist es wie zuvor bedeutsam, dass die Eltern ihnen uneingeschränkte moralische und affektive Unterstützung zukommen lassen. In dem Aufsatz werden auch die unterschiedlichen Arten angesprochen, auf die sich die Eltern der Athleten am Sport ihrer Kinder beteiligen können, um die sportliche Erfahrung dieser zu verbessern, und zwar auf jedem Niveau der Karriere.
Schlagwörter :
Eltern, Sport, Expertise, Hochleistungssportler, Unterstützung.
Questo studio si interessa al ruolo che giocano i genitori nello sviluppo e nel mantenimento della performance atletica elevata. Nove genitori di atleti e dieci atleti che avevano almeno vinto due medaglie d’oro durante le Olimpiadi e/o i Campionati del Mondo distinti sono stati intervistati. A questo titolo abbiamo adottato un metodo d’indagine qualitativa, composta da domande aperte e semi-guidate (Patton, 1987). I dati ottenuti sono stati oggetto di un’analisi contemporaneamente induttiva e deduttiva, nel quadro dei modelli di tappe che delimitano una carriera sportiva, definita da Côte e Hay (2002). I risultati hanno rivelato che gli atleti passano da quattro tappe di progressione lungo la loro carriera: l’individuazione, la specializzazione, l’investimento e il mantenimento. Il ruolo giocato dai genitori è considerevole lungo tutte queste quattro tappe, tuttavia è durante gli anni d’individuazione e di specializzazione, tappe durante le quali i bambini si rivelano più dipendenti, che il ruolo giocato dai genitori sembra aumentato. Durante gli anni d’investimento e di mantenimento i genitori non sono così direttamente sollecitati poiché i loro bambini, diventati atleti di alto livello, sono più indipendenti e hanno a loro disposizione fonti di sostegno più variate. Tuttavia, anche a questo livello, il fatto che i loro genitori gli apportino un sostegno morale ed affettivo incondizionato si avvera abbastanza necessario rispetto al periodo precedente. Sono anche affrontate le differenti maniere con cui i genitori degli atleti possono prendere parte alle attività fisiche del loro bambino allo scopo di migliorare la qualità dell’esperienza sportiva di questi ultimi, a ciascun livello di una carriera.
Parole chiave :
atleti d’élite, competenza, genitori, sostegno, sport.
Este estudio trata del papel que desempeñan los padres en el desarollo y la permanencia de la marca atlética perita. Nueve padres de atletas y dies atletas quienes habían por lomenos ganado dos medallas de oro durante olimpiadas y/o campeonatos del mundo distintos han sido interrogados. Por eso, hemos adoptado un método de investigación cualitativa, con preguntas abiertas, y semidirigida (Patton, 1987). Los datos han sido objeto de una análisis tan inductiva que deductiva,, en el marco de los modelos de etapas que jalonan una carrera deportiva, que Côté y Hay (2002) definen. Los resultados han revelado que los atletas pasaban por cuatro etapas de progresión durante su carrera : la preparación, la especialización, la carga y la permanencia. El papel desempeñado por los padres está considerable durante las cuatro etapas, pero todavía más en los años de preparación y de especialización, etapas durante cuáles los niños se revelan más dependientes. Durante los años de carga y de permanencia, los padres no están tan directamente solicitados porque sus hijos, que han llegado a ser atletas de alto nivel, están más independientes y tienen a su disposición posibilidades de sostén más variadas. Sin embargo, incluso a este nivel, el hecho de que sus padres les llevan un sostén moral y afectivo incondicional aparece tan necesario para los atletas que anteriormente. Tambien están tratadas las diferentes maneras que tienen los padres de tomar parte en los actividades fisicas de su hijo para mejorar la calidad de su experiencia deportiva, en cada nivel de su carrera.
Palabras claves :
padres, deporte, peritación, atletas de alto nivel, sostén.
Le rôle joué par les parents dans l’acquisition et le maintien de l’expertise sportive
La pratique d’un sport est l’une des activités les plus répandues parmi les jeunes et ce, dans le monde entier (De Knop, Engström, & Skirstad, 1996). Durant les dernières décennies, on a assisté à un accroissement considérable du taux de participation des jeunes à une activité sportive (Smoll, 1998). De plus en plus de jeunes participent à des programmes de sport collectif ainsi qu’à des événements sportifs regroupant plusieurs établissements scolaires. Cependant, au fur et à mesure que les programmes sportifs destinés aux jeunes augmentent en nombre et en taille, la nécessité d’accroître leur degré d’organisation de même que leur capacité à promouvoir une performance experte se fait sentir. Le succès de ces programmes requiert donc l’investissement d’un plus grand nombre de personnes, à tous les niveaux. Aussi entraîneurs, parents, arbitres et personnels administratifs ont-ils un rôle crucial à jouer au sein des organisations sportives.
Le rôle joué par les parents dans l’acquisition d’une performance sportive n’a pas encore été étudié de manière approfondie (Dale Housner & French, 1994). En ce qui concerne la jeunesse et les sports, les chercheurs ont enquêté sur les agents de sociabilité que sont les entraîneurs et sur le comportement de ces derniers ; cependant, peu d’études se sont portées sur l’influence exercée par les parents sur les athlètes (Brustad, 1992). Selon certains chercheurs, parents et entraîneurs sont les personnes qui influent le plus sur la carrière sportive des athlètes (Bloom, 1985 ; Durand-Bush, 2000 ; van Rossum, 1995). Jambor (1999) déclare que les parents d’enfants pratiquant un sport devraient incarner un modèle pour ces derniers. Malheureusement, peu de parents ont conscience de l’importance de leur rôle et de ce que cela implique tacitement à différents niveaux de la carrière sportive de leur enfant. Ils croient souvent agir dans l’intérêt de ce dernier. Mais est-ce vraiment le cas ? Il n’est pas rare de voir des parents pousser leur enfant à la victoire à tout prix, et ce même au détriment du bon développement social et affectif de ce dernier. Combien de fois voit-on des parents en train de vociférer depuis les tribunes contre les entraîneurs ou harceler les arbitres ou les juges ? Il semble inconcevable qu’une personne pensant agir dans l’intérêt de son enfant, considère un tel comportement comme acceptable et même comme relevant de son rôle en tant que parent d’enfant pratiquant un sport.
Bien que l’on reconnaisse que les parents sont censés avoir une influence bénéfique sur le rapport au sport de leur enfant, beaucoup ont une influence néfaste (Wood et Abernethy, 1991). On peut citer à titre d’exemple, un crime récemment porté à l’attention des inconditionnels du sport dans le monde entier. Thomas Junta, le père dévoué d’un joueur de hockey sur glace, fut mis en examen et reconnu coupable d’homicide involontaire après une violente altercation avec un autre parent de joueur (CNN News, 2002). D’après les témoins, les deux hommes se seraient d’abord querellés puis battus à propos du jeu trop agressif de leur enfant durant l’entraînement (ABC NEWS, 2002). Malheureusement, la rixe a eu lieu devant nombreux spectateurs dont de jeunes joueurs de hockey. Ce n’est bien évidemment pas là l’image que nous aimerions proposer aux jeunes sportifs. Ce ne sont pas là non plus les enseignements que nous aimerions leur inculquer grâce au sport. Cela n’est qu’un exemple parmi d’autres tendant à prouver combien la violence est devenue un élément à part entière bien qu’indésirable de la pratique sportive des jeunes (ABC News, 2002). Il est regrettable que la manifestation de comportements violents de la part des parents lors d’événements sportifs pour jeunes soit ces dernières années devenue monnaie courante (ABC News, 2002). Reste à savoir si cette violence parentale se manifeste dans d’autres disciplines sportives que le hockey sur glace et si elle apparaît également à d’autres moments de la carrière d’un athlète. Ainsi, dans une étude menée par DeFrancesco et Johnson (1997), les résultats ont montré qu’une attention accrue devait être portée à la maîtrise des comportements parentaux considérés comme inadéquats ou incontrôlés au sein des programmes et associations de sport. Les auteurs ont même suggéré que l’on enseigne des stratégies de contrôle de soi aux parents qui venaient d’inscrire leurs enfants à un programme sportif pour jeune. Toutefois l’on peut se demander si ces méthodes sont actuellement en vigueur.
L’expérience que les enfants tirent de la pratique d’un sport devrait être gratifiante et leur donner l’occasion de se forger une personnalité tout en développant des habiletés fondamentales (Brustad, Babkes, & Smith, 2001). Une expérience sportive profitable permet d’accroître la confiance en soi et de promouvoir de bons comportements en société. De telles expériences peuvent également contribuer au bon développement physique, affectif et intellectuel de l’enfant (Smith, 1998). Etant donnée la dépendance qui caractérise les relations parents-enfants durant l’enfance, il est essentiel que les parents élèvent leur enfant dans le but d’engendrer une atmosphère propice à son épanouissement grâce à la pratique d’un sport.
Smoll (1998) rapporte que ce sont souvent les parents qui sont à l’origine de la pratique sportive de leur enfant en raison de leur propre prédilection pour le sport et du fait qu’ils en ont eux-mêmes pratiqué un par le passé. Cela dit, on peut se demander si leurs décisions sont toujours prises dans l’intérêt de leurs enfants, s’ils prennent d’abord en compte la préférence de ceux-ci pour tel ou tel sport ou s’ils les inscrivent dans un sport en particulier par facilité, du fait de la connaissance qu’ils en ont eux-mêmes car l’ayant déjà pratiqué. Il est difficile de savoir si beaucoup d’enfants dans notre société font réellement le choix du sport qu’ils pratiquent, à tous les niveaux de leur carrière.
Les résultats des entretiens effectués par Bloom (1985) auprès d’athlètes évoluant au niveau international dans diverses disciplines ont montré que le développement sportif chez les enfants suit une série d’étapes identiques tout au long de l’existence. Ils se familiarisent tout d’abord aux activités sportives en participant à des jeux amusants (stade de l’initiation, durant les premières années). S’ils se révèlent doués pour telle ou telle activité, leurs parents décident de les faire suivre par des enseignants et entraîneurs professionnels dans le domaine sportif pour lequel ils semblent avoir des prédispositions (années intermédiaires, étape de développement). Au fur et à mesure que le temps passe, les enfants s’entraînent de plus en plus intensément et de façon de plus en plus encadrée, ils sont en cela fortement et assidûment soutenus par leurs parents (durant les années les plus tardives - étape de l’expertise).
Ericsson et ses collègues (1993) ont montré que les parents qui ont conscience du talent de leurs enfants font tout ce qui est en leur pouvoir pour leur apporter un soutien technique et leur offrir des occasions d’apprentissage adéquates. Cependant ce fait soulève une question intéressante. Que se passe-t-il si un enfant ne montre aucun talent quand il est jeune ? Les parents se montrent-ils aussi dévoués ? Encouragent-ils et soutiennent-ils leur enfant dans la pratique d’un sport ? Il serait injuste que les enfants qui se sont pris de passion pour une activité sportive particulière sans toutefois posséder toutes les qualités requises pour exceller dans ce sport, soient privés de l’attention parentale réservée à ceux qui présentent des capacités exceptionnelles dès le plus jeune âge. Il est à ce propos prouvé que les enfants auxquels leurs parents et entraîneurs répètent qu’ils sont doués, sont beaucoup plus confiants et beaucoup plus motivés ; ils acquièrent à la fois persévérance et détermination (Ericsson et al., 1993).
Ericsson et ses collègues (1993), de même que Brustad et ses collègues (2001), montrent que la perception des parents concernant le talent de leur enfant dans un sport est directement liée à celle qu’ont les enfants concernant leur propres capacités et compétences. Le comportement parental a également un effet sur la façon dont les enfants perçoivent leur expérience sportive (Brustad et al., 2001). Il semble dès lors naturel de conseiller aux parents de toujours adopter une attitude encourageante vis-à-vis de leur enfant et de toujours le soutenir. Ils devraient partager son enthousiasme et le plaisir qu’il tire de sa pratique sportive quelles que soient ses prédispositions.
Dans une de ses études, Côté (1999) a mené des entretiens approfondis composés de questions ouvertes auprès de 15 membres de quatre familles différentes dans lesquelles un enfant au moins s’adonnait très sérieusement à la pratique d’un sport. Plus précisément, l’échantillon se composait de (a) quatre athlètes (deux femmes et un homme appartenant à l’équipe canadienne junior d’aviron ainsi qu’un joueur de tennis professionnel au niveau national, tous avaient dix-huit ans), (b) quatre frères et sœurs, (c) quatre mères, et (d) trois pères. Côté s’est intéressé à la façon dont les membres de la famille géraient la part d’investissement mis en œuvre, les efforts accomplis et les contraintes liées au degré de motivation requis dans le cadre du développement d’un talent (Ericsson et al., 1993) ; il s’est également penché sur la manière dont ces contraintes affectaient la dynamique familiale.
Côté (1999) montre ainsi que lors des premières étapes de la pratique d’un sport, qu’il a désignées sous le terme d’« échantillonnage », les parents encourageaient leur enfant et ses frères et sœurs à essayer différents sports et jeux par plaisir et non dans un but précis. On les poussait à se livrer à des activités diverses et variées. Les parents tentaient d’offrir à leurs enfants l’occasion de se divertir tout en développant des habiletés motrices fondamentales ; en outre, cela leur permettait de se forger une bonne image d’eux-mêmes, d’accroître leur motivation, tout en acquérant valeurs et croyances très positives quant au sport et à l’activité physique.
Durant l’étape suivante, à savoir les années de « spécialisation », les enfants se concentrent sur une ou deux disciplines sportives. Ils font en général ce choix vers l’âge de treize ans et cette décision est influencée par le soutien social et les encouragements reçus de la part de frères ou sœurs plus âgés, de parents et d’entraîneurs ; de même que par le plaisir qu’ils tirent de la pratique d’un sport et que par la réussite qu’ils rencontrent dans ce domaine. A ce stade, l’accent est mis sur le développement d’habiletés sportives particulières, acquises par le biais d’une pratique plus encadrée ; le divertissement et l’enthousiasme constituent encore néanmoins des éléments centraux dans ce processus. Les parents continuent d’accroître l’intérêt qu’ils portent au sport pratiqué par leur enfant et s’investissent à différents niveaux allant du simple spectateur à l’entraîneur. Ils consacrent également beaucoup de leur temps et de leur argent au soutien de leur enfant. Ainsi, il n’est pas rare qu’ils l’accompagnent sur le lieu de son activité sportive, qu’ils suivent entraînements et compétitions, participent à des réunions de parents, aident à la collecte de fonds et écoutent patiemment le détail de ses aventures sportives.
A un niveau plus élevé, celui des « années d’investissement », les enfants devenus adolescents ou adultes, cherchent à acquérir un haut niveau de performance et ce, généralement dans une discipline sportive spécifique. La plupart du temps, les enfants atteignent ce stade vers l’âge de quinze ans, mais cela peut varier en fonction du sport pratiqué. Les années d’investissement requièrent indéniablement davantage d’effort et de temps du point de vue de l’entraînement. Pendant ces années, les parents font preuve d’un grand intérêt pour la carrière de leur enfant ; ils les soutiennent financièrement et affectivement tout comme ils l’avaient fait durant les années de spécialisation. Ils aident également leur enfant à gérer l’échec qui accompagne une blessure ou une baisse de motivation.
L’étude menée par Côté (1999) montre que les parents jouent un rôle significatif tout au long de la carrière sportive de leur enfant. Ses résultats correspondent à ceux de Bloom (1985). Les étapes jalonnant la carrière sportive proposées par Côté et Hay (2002) permettent aux parents désireux de suivre et d’encadrer les progrès sportifs de leur enfant, de disposer d’indications fort utiles. Le modèle qu’ils proposent souligne combien il est important de créer et d’entretenir une atmosphère propice au divertissement et au succès de leur enfant et ce, à chacune des étapes mentionnées ci-dessus, mais plus particulièrement toutefois durant les années d’échantillonnage ; étape durant laquelle les enfants se révèlent peut-être plus sensibles à différents paramètres dans leur pratique du sport.
Bien que des études-clés aient été conduites concernant l’influence exercée par les parents dans le domaine du sport, il apparaît évident que des recherches plus approfondies doivent être menées afin d’explorer et d’enrichir les résultats obtenus jusqu’à présent. Le modèle proposé par Côté et Hay (2002) apporte une importante contribution à la littérature dont on dispose sur la question. Toutefois ce modèle ne se fonde que sur quelques études de cas. Très peu de chercheurs se sont penchés sur le rôle joué par les parents dans l’acquisition d’une expertise sportive. Les lacunes évoquées ci-dessus sont à l’origine de la présente étude dont le but a été de se concentrer sur le rôle des parents dans le développement et le maintien de la performance sportive experte, tel qu’il est perçu par les champions du monde, les médaillés olympiques et leurs parents.
Participants
Athlètes. L’échantillon utilisé pour cette étude se compose de 10 athlètes ayant au moins remporté deux médailles d’or lors d’Olympiades et/ou de Championnats du Monde distincts. Plus précisément, il s’agit de six femmes et de quatre hommes âgés de 19 à 36 ans. Trois de ces athlètes pratiquent un sport collectif (comme le hockey sur glace) et sept d’entre eux pratiquent un sport individuel (comme le patinage de vitesse, la lutte, la course de vitesse, la natation, la natation synchronisée, le ski acrobatique, le bobsleigh). Quatre des athlètes interrogés ne participent plus à des compétitions mais répondent aux mêmes critères que les six autres encore en activité. Toutes sauf une des personnes interrogées se sont retirées de la compétition durant les trois dernières années. Tous devaient avoir au moins remporté deux médailles d’or lors d’Olympiades et/ou de Championnats du Monde distincts. En effet, l’un des objectifs de cette étude est de se pencher sur le rôle joué par les parents durant les années de maintien c’est-à-dire après que les athlètes ont atteint le sommet de leur carrière en remportant une médaille d’or aux Championnats du Monde ou aux Jeux Olympiques.
Parents
L’échantillon des personnes interrogées se compose également de neuf parents, à savoir cinq mères et quatre pères des athlètes ci-dessus mentionnés. Dans la plupart des cas, la participation de seulement un des deux parents a été requise à l’exception de l’athlète C5 dont le père et la mère ont tous deux désiré participer à l’étude. Par ailleurs, il faut noter que les parents de C1 et de R2 n’étaient pas disponibles.
Toutes les personnes interrogées (à savoir parents et athlètes) ont été contactées par courrier électronique ou par téléphone. On leur a signalé les objectifs et les profits potentiels que l’on pouvait tirer de cette étude tout en leur spécifiant quelle était la nature de leur participation. Le tableau 1 présente les données démographiques concernant les athlètes et leurs parents.
Collecte des données et analyse
Un entretien approfondi correspondant à une approche qualitative, composé de questions ouvertes, et semi-guidé a été conduit par le chercheur principal auprès de chacun des athlètes et des parents (Patton, 1987). Une étude pilote a été menée avant la collecte des données afin d’affiner les techniques d’entretien de même que les étapes et les procédures à l’œuvre dans cette étude. L’objectif de l’entretien était double : (a) mettre au jour la perception qu’avaient les participants du rôle joué par les parents le développement et le maintien d’une performance experte, et (b) vérifier, réviser, ou bien approfondir les informations obtenues auprès des autres participants à l’étude ou trouvées dans des sources telles que des biographies et des rapports en ligne (Huberman & Miles, 1994). Les données collectées auprès des parents ont été utilisées afin de venir compléter grâce au point de vue d’un tiers (triangulation), celles émanant des athlètes (Denzin, 1978 ; Huberman & Miles, 1994). Tous les athlètes ont été interrogés avant leurs parents. Les entretiens avec les athlètes se sont faits en tête-à-tête alors que ceux menés auprès des parents l’ont été par conversation téléphonique car il était impossible de se déplacer sur leur lieu de domicile. Les entretiens avec les athlètes duraient entre 1h30 et 3h30 alors que ceux menés auprès des parents duraient entre 40 minutes et 2 heures.
Tableau 1
Au début de chaque entretien, il a été rappelé aux participants la nature et le but de l’enquête menée, en outre, on leur a fait signer un formulaire dans lequel ils donnaient leur accord pour participer à cette étude. Nous avons suivi les conseils proposés par Spradley (1979) en posant des questions d’ordre plus général aux participants en début de séance, afin que ces derniers prennent le temps de s’accoutumer à la manière dont l’entretien se déroulait, et puissent ainsi s’exprimer dans une atmosphère détendue. Au fur et à mesure des entretiens, alors que des éléments d’information se dessinaient, des questions plus directes étaient posées et des relances effectuées afin de confirmer une piste prometteuse ou de revenir sur des points abordés plus tôt et qui demandaient à être approfondis.
Tous les entretiens ont été retranscrits mot à mot, après quoi certains changements grammaticaux ont été effectués afin de rendre le texte plus fluide. Avant de passer à l’étape de l’analyse, les transcriptions d’entretien ont été envoyées aux participants afin de s’assurer que les informations collectées reflétaient bien leur pensée. On leur a demandé d’inscrire leurs commentaires directement sur les transcriptions et de les renvoyer le plus tôt possible dans l’enveloppe pré-timbrée jointe. Seuls quelques changements mineurs ont été suggérés lors du renvoi des transcriptions. Cette vérification systématique auprès de chaque participant constitue un élément important afin d’établir la fiabilité de notre étude (Miles & Huberman, 1994).
L’analyse des transcriptions d’entretien n’a véritablement commencé qu’une fois tous les entretiens effectués, retranscrits et vérifiés. Les données mises à jour grâce à la consultation des athlètes ont été analysées par le chercheur selon un raisonnement à la fois inductif et déductif. Les méthodes d’analyse des données qualitatives proposées par Côté, Salmela, Baria et Russell (1993) ont été adaptées à notre étude. L’analyse consistait en cinq étapes principales : (a) la préparation des données (b) la création d’unités de sens (à savoir des extraits de texte distincts contenant chacun une idée, un concept, ou une information susceptibles de faire l’objet d’une analyse propre), (c) l’importation des données dans NUDIST 4.0 (Non-Theoretical Unstructured Data Indexing, Searching and Theorizing, T.J. Richards & M.G. Richards, 1991), (d) la création et la conceptualisation de catégories et de sous-catégories qui saisissent l’essence des idées et concepts débattus au sein de chaque unité de sens, et (e) le codage de chaque unité de sens sous la catégorie et la sous-catégorie adéquates.
Les catégories les plus larges (comme par exemple, les années d’échantillonnage, les caractéristiques personnelles) ont été créées de façon déductive en se fondant sur le modèle de pratique d’une activité sportive proposé par Côté et Hay (2002) et sur le modèle d’entraînement de Côté et al. (1995), alors que les sous-catégories étaient conçues de façon inductive à partir des données qui ressortaient de l’étude. Le procédé d’analyse était souple afin que l’on puisse modifier et affiner les catégories et sous-catégories jusqu’à ce qu’une liste satisfaisante soit obtenue et puisse contenir toutes les données (Tesch, 1990).
Les transcriptions d’entretien avec les parents ont été analysées après celles des athlètes. L’analyse des données obtenues auprès des parents avait pour but de dégager des similitudes ou des différences entre parents et enfants et ce, afin de croiser les données obtenues auprès des athlètes grâce au point de vue d’un tiers. Les étapes de cette analyse étaient les mêmes que celles suivies au cours de l’analyse des transcriptions d’entretien des athlètes ; toutefois, on a utilisé une approche plus déductive afin de créer les étiquettes (codes) et les catégories fondées sur celles identifiées lors de l’analyse des entretiens avec les athlètes. Il est important de souligner que toutes les unités de sens émanant des transcriptions d’entretiens avec les parents correspondent aux catégories définies à partir de l’analyse des transcriptions des entretiens avec les athlètes.
Établissement de la crédibilité de l’étude
Plusieurs méthodes ont été utilisées afin d’optimiser la crédibilité de cette étude (Miles & Huberman, 1994). Les procédures utilisées afin d’accroître la validité interne de l’étude comprenaient : (a) proposer une description judicieuse et étoffée des résultats obtenus ; (b) trianguler les données en interrogeant non seulement les athlètes mais leurs parents ; (c) collecter des documents supplémentaires concernant les athlètes ; (d) réunir régulièrement un groupe de six à huit collègues afin de se livrer à un compte rendu critique des travaux ; et (e) authentifier les transcriptions d’entretien (Miles & Huberman, 1994).
La validité externe a été accrue en procédant à la description approfondie des participants, des méthodes suivies, et des étapes ponctuant la mise en œuvre de l’étude, afin de permettre d’établir des comparaisons pertinentes avec d’autres échantillons et d’autres études. Cette enquête vient corroborer les résultats déjà proposés par la littérature existante sur le sujet, en ce sens elle semble présenter une grande validité théorique. A cet égard, on pourrait en conclure que sa validité externe est recevable (Maxwell, 1992).
Les procédures utilisées afin d’optimiser la fiabilité de l’étude sont les suivantes : (a) identifier clairement les questions posées dans l’enquête et s’assurer qu’elles correspondent bien au paradigme et aux objectifs de l’étude et (b) participer régulièrement à des séances de compte rendu critique avec ses collègues. Un autre élément tendant à montrer la fiabilité de l’étude provient du fait que les données émanant des athlètes correspondent à celles émanant des parents (Miles & Huberman, 1994).
Les méthodes adoptées afin de s’assurer de l’objectivité de l’étude, comprennent le relevé systématique et transparent des comptes-rendus, relevé qui met en lumière le procédé par lequel les données ont été collectées et interprétées (Miles & Huberman, 1994). Nous avons prévenu les risques de partialité encourus par les chercheurs grâce à la tenue régulière de sessions de comptes rendus entre collègues.
D’un point de vue général, les athlètes traversent quatre étape tout au long de leur carrière : (a) les années d’échantillonnage (b) les années de spécialisation (c) les années d’investissement et (d) les années de maintien. Les différentes étapes par lesquelles passent les athlètes apparaissent de façon remarquablement claire, et les transitions entre chaque période sont habituellement signalées par un événement marquant ; comme par exemple, l’entrée au lycée, le changement de club, un nouvel entraîneur, le déménagement dans une ville différente pour les besoins de l’entraînement, l’admission dans l’équipe nationale, le fait de remporter une médaille d’or.
Les années d’échantillonnage sont caractérisées par une période durant laquelle les athlètes participent à divers sports, jeux et autres activités physiques et ce, avant tout pour se divertir et s’intégrer socialement. Ce type d’activités leur permet de développer des caractéristiques personnelles et des attributs physiques fondamentaux. Les années de spécialisation constituent une période durant laquelle les athlètes passent plus de temps à s’entraîner dans quelques activités sportives de prédilection. L’entraînement et la compétition sont plus structurés et prennent une place plus importante à ce stade. La troisième étape, à savoir les années d’investissement, est caractérisée par une période durant laquelle les athlètes se concentrent généralement sur la discipline sportive dans laquelle ils deviendront champions du monde ou champions olympiques. A ce stade, ils sacrifient maintes activités personnelles et extrascolaires afin de se consacrer à la compétition et à l’entraînement ; et ce de façon mûrement réfléchie. Enfin les années de maintien constituent l’étape à laquelle passent les athlètes une fois qu’ils ont atteint le sommet de leur carrière sportive, c’est-à-dire une fois qu’ils ont remporté une médaille d’or aux Jeux Olympiques ou aux Championnats du Monde. A ce stade, les athlètes continuent de s’entraîner et de participer à des compétitions dans la discipline sportive dans laquelle ils excellent afin non seulement de conserver leur niveau de performance, mais aussi de l’améliorer. Selon les participants, les parents jouent un rôle important à tous les niveaux mentionnés ci-dessus. Leurs points de vue sont présentés pour chaque étape.
Les années d’échantillonnage
Le point de vue des athlètes. Durant cette période, les athlètes considèrent que leur famille a joué un rôle crucial dans leur développement. La plupart des parents des athlètes étaient sportifs et ont poussé leurs enfants à participer à différentes activités sportives, notamment celles qu’ils avaient eux-mêmes déjà pratiquées.
Mes deux parents sont sportifs et ont toujours pratiqué une activité sportive… Donc de toute évidence si on a commencé à pratiquer un sport c’est parce qu’eux-mêmes faisaient du sport. Ils nous ont inscrits à diverses activités sportives et nous ont toujours soutenus. A tout ce que je voulais faire, ils répondaient toujours « Bien sûr. » Je me suis donc tout naturellement mis à aimer le sport. (R1)
Les parents ont toujours fait montre d’un soutien sans faille quant à la pratique sportive de leur enfant. Dans de nombreux cas, ils étaient à l’origine de la pratique du sport dans lequel leur enfant est devenu expert. Ils ont également pris part à l’organisation de l’activité en entraînant ou gérant des équipes. Pour trois des athlètes féminines ayant choisi une activité sportive à dominante masculine telle que le hockey, il s’est avéré extrêmement important qu’elles reçoivent tout le soutien possible de la part de leurs parents ; la pratique de ce sport n’allant pas de soi pour elles lorsqu’elles étaient jeunes.
Je dirais que ma mère et mon père sont ceux qui m’ont le plus influencée. Je crois avoir eu beaucoup de chance en ce sens qu’ils m’ont offert la possibilité de jouer. D’autant que c’est plutôt difficile d’être une fille quand on vient d’une petite ville paumée, en tout cas c’est pas la situation idéale. Grandir en jouant au hockey dans une équipe de garçons alors qu’on est une fille n’est pas facile mais mes parents ont toujours été présents afin de me soutenir. Dès que certains me critiquaient, ils étaient là et étaient toujours d’accord avec mes décisions. Et lorsque j’ai dit que je voulais jouer au hockey ils n’ont pas hésité. Ils m’ont inscrite immédiatement (C4).
Un athlète a évoqué le fait que ses parents le soutenaient mais ne s’impliquaient guère dans les activités sportives auxquelles lui-même participait. Ils n’allaient pas jouer avec leurs enfants comme le font nombre d’autres parents, car ils avaient bien trop de responsabilités par ailleurs. Outre le soutien que les athlètes ont reçu de leurs parents, certains athlètes ont souligné le fait qu’ils leur étaient reconnaissants de n’avoir pas exigé d’eux qu’ils excellent dès le plus jeune âge. Il leur semble primordial que leurs parents aient plutôt mis l’accent sur la dimension ludique de la pratique sportive.
Je crois que le fait que mes parents nous aient laissé la liberté d’essayer toutes sortes d’activités sportives sans nous forcer à nous concentrer sur un sport qui ne nous plaisait pas m’a beaucoup aidé. C’est là peut-être la solution, la clé : essayer toutes sortes d’activités et y prendre plaisir. (C1)
Les athlètes n’évoquent pas que leurs parents, ils mentionnent également leurs frères et sœurs. Il s’est avéré intéressant de se pencher sur le nombre de frères et sœurs pratiquant le même sport que l’athlète lorsqu’il était jeune. Certains sont ainsi à l’origine du choix et de l’engagement des athlètes dans l’activité sportive pour laquelle ils ont opté. Les toutes premières années de la carrière des athlètes experts, ils ont incarné un modèle idéal. Ces derniers ont beaucoup appris en regardant leurs proches jouer et participer à diverses activités physiques.
J’étais le plus jeune dans une fratrie de quatre enfants. J’avais un frère de cinq ans plus âgé que moi, il était extrêmement doué. Ma sœur aînée, de sept ans plus âgée, appartenait à l’équipe nationale d’athlétisme. Nous passions nos week-ends à jouer à jeter des pierres par-dessus le toit de notre maison. J’avais trois ans et je devais regarder mon frère et ma sœur faire ça et moi aussi j’essayais, c’est normal. Comme j’étais plus jeune je ne pouvais atteindre leur niveau mais j’essayais et j’essayais, toujours et encore. On est entouré par ses proches en permanence quand on est petit donc on les imite et c’est comme ça qu’on apprend. Ainsi à l’âge de trois ans, ça m’a beaucoup apporté de les avoir comme modèles. Mes parents me disaient : « Va jouer avec ton frère et ta sœur. » (R2)
Trois des athlètes ont déclaré que c’était leur père que les entraînait lorsqu’ils étaient jeunes. Selon eux, le fait que leur père ait une bonne connaissance du sport qu’ils pratiquaient a eu un impact significatif sur leur carrière.
Mon père nous a entraînés mon frère et moi, et il entraîne ma sœur en ce moment. Ils nous a entraînés jusqu’à mes douze ans… Donc en fait, j’ai commencé jeune et ai reçu un bon entraînement jeune, ce qui a fait toute la différence dans ma carrière de hockey car il connaissait bien ce sport et était donc capable de m’en enseigner les fondements à un très jeune âge. Il m’a appris à accepter le fait que je ne serais pas acceptée dans toutes les situations. (C4)
Le point de vue des parents. Les parents ont également donné des informations sur le contexte dans lequel leurs enfants ont grandi. Ils ont évoqué le rôle qu’ils ont joué dans l’initiation de leurs enfants au sport, le soutien et l’accompagnement qu’ils leur ont prodigués, l’entraînement auquel leurs enfants ont été soumis et les différences qu’ils ont pu observer entre chacun d’eux.
Les propos retranscrits ci-après reflètent le point de vue des parents s’agissant de la façon dont leurs enfants ont été initiés au sport, et dans la plupart des cas au sport dans lequel ils ont excellé. Il est particulièrement intéressant de constater que comme le soulignaient les athlètes, la plupart des parents ont déclaré qu’ils étaient eux-mêmes sportifs et avaient commencé à faire du sport avec leurs enfants lorsque ces derniers étaient encore petits. Les sports pratiqués par les enfants sont en règle générale ceux que les parents pratiquent, qu’ils enseignent ou qui prévalent dans la communauté dont sont issues les familles.
Nous étions très sportifs. Elle voulait toujours faire ce que faisaient les enfants plus âgés qu’elle. J’ai enseigné le badminton pendant des années et elle voulait y jouer avant même de pouvoir atteindre le filet. Elle est entrée dans une équipe de hockey à l’âge de huit ans, mais elle s’amusait sur la glace avec ses amis bien avant ça. Ils devaient probablement jouer au hockey dans la rue avant même d’entrer à l’école. (PR4)
Mais le rôle joué par les parents va plus loin que le simple fait de jouer avec leurs enfants lors de leur premier contact avec le sport. Un soutien et un encouragement parentaux constants semblent avoir été très importants. Cela inclut le fait d’accompagner l’enfant aux entraînements, de participer à des réunions, et dans certains cas le fait d’accomplir des tâches relevant de l’organisation de l’activité sportive en question.
Lors des championnats d’été, il s’agissait simplement de les soutenir et d’assister aux rencontres. J’ai fait quelques chronométrages et organisé quelques séances. A cette époque, on n’avait pas besoin de s’arranger entre parents pour les trajets en voiture car nous habitions très près les uns des autres. Bien entendu, quand il s’est mis à pratiquer la natation toute l’année, il a fallut s’organiser entre parents pour le transport, aider lors des rencontres le week-end, le soutenir et faire tout ce qui était en mon pouvoir pour l’aider. Notre groupe de parents était très soudé. Nous habitions à environ 30 minutes de la piscine, donc le problème du transport ne se posait pas. Nous y allions et passions nos soirées à la piscine. C’est comme ça que ça se passait, il allait six ou sept fois par semaine à la piscine. (PC3)
Dans le témoignage suivant, un père mentionne le fait que les conseils prodigués à sa fille comprenaient également l’apprentissage d’une bonne hygiène de vie et de la gestion du temps, ce qui lui servirait à la fois à l’école et dans son activité sportive.
Lorsque l’on passait deux heures dans la voiture pour aller à un match, on avait le temps d’aborder pas mal de sujets en famille. Ça fait partie de la conduite à suivre. On l’aidait notamment à acquérir une bonne hygiène de vie. Au début, sa maman était infirmière, elle l’aidait donc dans son régime alimentaire… Selon moi, ce sont des choses qu’il faut leur inculquer dès le plus jeune âge… Sa mère l’aidait aussi à s’organiser pour pouvoir faire ses devoirs pour l’école tout en jouant au hockey. (PC6)
Au tout début de leur carrière, trois des athlètes mentionnés ont été entraînés par leur père. Le témoignage suivant souligne les difficultés qu’a rencontrées l’un des parents pour assurer le double rôle de père et d’entraîneur ; les deux autres pères n’ayant rencontré aucune difficulté.
Jouer le rôle de père et d’entraîneur était particulièrement difficile parce que pour lui, j’étais juste son père donc j’y connaissais rien ! Pour lui, un entraîneur, c’était quelqu’un d’autre, pas son père. J’ai eu des difficultés à lui apprendre certaines choses parce qu’il ne m’écoutait pas. Il n’était pas vraiment insupportable, simplement il préférait écouter l’autre entraîneur plutôt que moi. En grandissant, il a commencé à comprendre que je savais de quoi je parlais et c’est à ce moment-là qu’il s’est mis à me poser des questions, plus particulièrement à la fin du collège et au lycée. Il venait toujours me trouver pour que je lui donne mon point de vue sur la course qu’il venait de faire. (PC3)
Le parent ci-dessus mentionné, remarque également qu’à cet âge c’est encore le jeu qui prime sur la compétition. Bien qu’ils participent à des compétitions, aucune pression n’est exercée sur les enfants, qui font d’abord du sport pour s’amuser.
A cet âge, il s’agissait juste de s’amuser. Il fallait que je l’arrache au bac à sable pour le préparer à une course. Ils couraient le long des gradins et etc. On ne pouvait pas exercer de pression sur eux car ils étaient très très jeunes. Il fallait que ce soit amusant pour eux et ça l’était. Lui et ses amis avaient constitué une petite équipe de relais mais ils passaient plus de temps à courir et à chahuter qu’à faire véritablement de l’athlétisme. Il n’a commencé à s’impliquer réellement qu’au collège. (PC3)
De nombreux parents ont pu constater des différences entre leurs enfants. Bien qu’ils aient tout fait pour les élever de la même façon et pour leur donner les mêmes chances, les centres d’intérêt des enfants qui ont excellé et atteint un haut niveau étaient différents de ceux de leurs frères et sœurs. En gros, tous les enfants d’une même famille pratiquaient un sport et y prenaient plaisir, mais à des degrés différents.
J’ai un fils et une autre fille qui sont plus vieux qu’elle. J’ai constaté des différences dans leurs centres d’intérêt. Elle ne s’intéressait pas beaucoup aux poupées comme mon autre fille. Quand elle était petite, la plupart des enfants de son âge dans le quartier étaient des garçons alors que ma fille aînée jouait plus avec des filles. (PR4)
Un père reconnaît qu’il a accordé plus de temps et d’attention à sa fille aînée car elle montrait beaucoup d’intérêt pour le sport et semblait avoir un grand potentiel. Il lui a simplement offert de nombreuses occasions de développer ses habiletés.
Malheureusement, on ne consacre pas autant de temps à tous ses enfants. J’ai l’impression que le premier a le meilleur de vous-même. Quand je faisais du sport, elle était ramasseuse de battes. Aucun autre de ses frères et sœurs n’a bénéficié de la même attention constante. Je les amenais toujours et m’assurais que je leur offrais les mêmes chances mais jamais ils n’étaient aussi sollicités qu’elle. J’ai donc tendance à penser que l’aîné reçoit plus de temps et d’attention que les autres. Il faut accorder plus d’attention à celui qui en tire le plus d’avantages, et c’était elle. (PC4)
Tous les parents ont déclaré avoir encouragé leurs enfants à participer à diverses activités sportives. Deux pères ont signalé qu’ils voulaient que leurs enfants reçoivent une éducation complète, à cet effet ils leur ont offert plusieurs occasions de développer des habiletés dans différents domaines comme le sport, la musique et les enseignements universitaires.
On a demandé aux parents s’ils pensaient que leur enfant était né avec un don pour le sport qu’il pratiquait. Tous ont répondu qu’ils pensaient que leur enfant était déjà doté des caractéristiques particulières qui l’ont aidé à un moment donné de sa carrière. Tout en pensant que leur enfant était naturellement doué, ils ont cependant souligné le fait qu’il avait disposé d’un environnement idéal dans lequel parfaire ses habiletés ; ils estimaient que leur soutien et leurs encouragements y avaient contribué.
Il avait certes des dons naturels et de bons entraîneurs. Il bénéficiait également du soutien de sa famille, de ses parents, de ses grands-parents etc. et en plus il aimait le sport. Beaucoup de gens sont doués mais s’ils n’y prennent pas plaisir, ils abandonnent. Ou alors il y a pas mal de gens qui bossent d’arrache-pied mais ne sont pas vraiment doués. Il a eu de la chance, voilà tout. Il a découvert un sport dans lequel il excellait, il y a pris plaisir, et reçu tout le soutien dont il avait besoin de la part de son entourage. (PR3)
En résumé, les parents sont à l’origine de l’initiation sportive de leur enfant et ils y ont pris plaisir. Ils ont joué avec eux et les ont encouragés dans la pratique d’activités physiques variées. Bien qu’ils se soient efforcés de prodiguer les mêmes conseils et le même soutien à tous leurs enfants, certains d’entre eux ont pu constater des différences qui pourraient expliquer en partie pourquoi un enfant plutôt qu’un autre a excellé dans le sport pratiqué. Les parents pensaient également que leur enfant présentait un don particulier, ce qui lui a permis de réussir dans le sport.
Les années de spécialisation
Le point de vue des athlètes. D’après le témoignage des athlètes, les parents semblent avoir été d’un grand soutien durant les années de spécialisation, tout autant que durant les années d’échantillonnage. Ils se sont particulièrement intéressés au sport pratiqué et ont reconnu le fait que leur enfant avait dorénavant besoin d’un niveau d’entraînement plus élevé ; ils ont à ce titre pris les mesures qui s’imposaient. Ils ont respecté leurs décisions de s’entraîner, de faire des compétitions ou de faire une pause dans leur carrière. Ils ne les ont jamais trop poussés.
Quand j’ai laissé tombé, ils savaient que j’avais le potentiel. Ils m’ont dit : « Si tu n’es pas heureux, alors arrête. On veut que tu sois heureux. C’est ce qui importe le plus. »
Bien que la plupart des parents aient été en mesure de soutenir leur enfant financièrement, deux athlètes ont évoqué des difficultés financières à ce stade de leur carrière. Un athlète a révélé qu’il avait dû s’en remettre à son club pour assurer ses entraînements d’athlétisme car ses parents n’avaient pas les moyens financiers de le soutenir. Un autre a décrit la manière dont il avait failli mettre un terme à sa carrière car il n’avait pas les moyens de participer aux grandes compétitions de ski.
J’ai presque dû mettre un terme à ma carrière car il devenait trop cher d’être membre de l’équipe de ma province. Je n’avais pas les moyens financiers à l’époque et mes parents non plus. J’ai donc décidé de ne pas faire partie de l’équipe de ma province et de ne participer qu’à une ou deux courses. Ma carrière était pratiquement finie et puis quelqu’un s’est blessé dans l’équipe et il y a eu des places disponibles. Mais on ne m’a pas proposé ces places bien que j’aie été meilleur que les autres car ils partaient du principe que je n’avais pas assez d’argent pour participer aux compétitions. Alors on s’est plaint et j’ai pu obtenir une place. (C5)
Les parents pensent avoir contribué au soutien moral et financier de leur enfant, mais ils considèrent qu’ils ont également favorisé l’acquisition d’habiletés diverses nécessaires pour atteindre un plus haut niveau.
J’ai toujours eu confiance en moi… Cette confiance m’est venue des années passées à m’entraîner avec les garçons, je me rendais compte alors que j’étais parmi les meilleurs joueurs et si tel n’était pas le cas, que je pouvais le devenir en travaillant dur. Je pense qu’une grande partie de la confiance acquise vient de mes parents et de mes entraîneurs mais aussi du fait que je jouais d’abord pour moi. (C4)
Le point de vue des parents. Les parents ont à nouveau souligné le fait qu’ils ont soutenu leurs enfants dans leurs choix durant les années de spécialisation. Jamais ils ne les ont forcé à faire quelque chose qu’ils ne voulaient pas faire. Ils ont déclaré que le bonheur de leur enfant passait avant leurs résultats sportifs.
A un moment donné, il avait à peu près 12 ans, il nous a dit : « Bon, je vais continuer cette année, mais après je pense arrêter pendant un an. » J’ai répondu : « OK, d’accord, si c’est ce que tu veux. » Mais cette année n’est jamais arrivée et il n’a plus jamais parlé d’arrêter après. Honnêtement, je ne pense pas que son père ou moi l’ayons jamais poussé en lui disant : « C’est quelque chose qu’il fait absolument que tu fasses et si tu laisses tomber, tu vas perdre notre estime ou quelque chose comme ça. » (PR3)
Une des raisons pour lesquelles il a réussi c’est qu’il disposait d’un environnement idéal. Nous l’avons toujours encouragé sans jamais le forcer. Lorsqu’il se rendait à une compétition, on lui souhaitait toujours qu’il s’amuse bien. Peu nous importait son résultat. S’il gagnait c’était tant mieux ! (PC5a)
Certains parents ont déclaré qu’ils ont encouragé leur enfant à accomplir des tâches administratives et tout ce qui relevait de l’organisation afin d’aider l’équipe. Cependant, ils ne se sont jamais immiscés dans le travail des entraîneurs.
J’étais à sa disposition mais je n’étais pas physiquement présente lors des entraînements. Je ne me voyais pas être une de ces « mamans-piscines » car trop de parents s’immiscent dans la pratique sportive de leur enfant. « Pourquoi ma fille fait-elle ceci, pourquoi ne peut-elle faire cela ? » je ne me voyais pas faire ça. En plus, je l’avais vu trop faire dans d’autres sports. (PR1)
Le fait de devoir soutenir leur enfant financièrement a parfois conduit les parents à faire d’énormes sacrifices, et pour certains il était parfois très difficile d’équilibrer leur budget. Mais grâce à la collecte de fonds et à une aide venue de l’extérieur, ils ont réussi à s’en sortir.
Nous n’étions pas millionnaires et nous avions deux enfants qui pratiquaient un sport à un niveau élevé. Nous voulions que les deux aient les mêmes chances. Finalement, on nous a aidés. Parfois nous nous demandions : « Comment va-t-on joindre les deux bouts ? » Mais ce n’était pas si grave. (PC5b)
Tous les parents à l’exception de PC5a et de PC5b ont estimé que l’école occupait une place très importante et primait sur le reste dans la vie de leur enfant. On peut noter que les athlètes dont les parents insistaient sur l’importance de l’école, ont excellé dans les deux domaines. Ils ont appris à gérer le temps dont ils disposaient afin que les deux activités soient compatibles.
Je crois fermement que les activités sportives devraient être enseignées à l’école. Je pense que les élèves devraient avoir de bonnes notes et que ceux qui ont de mauvais résultats ne devraient pas avoir le droit de faire du sport. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de pousser les enfants simplement parce que ce sont de bons athlètes. Je pense que l’école offre la chance à beaucoup d’enfants de participer à des sports collectifs qu’autrement ils ne pourraient pratiquer, et bien sûr, il y a aussi des bourses. Mais je pense que les enfants doivent également comprendre qu’il faut aussi qu’ils reçoivent une bonne éducation. (PR3)
En somme, les parents jouent un rôle considérable durant les années de spécialisation. A ce stade du développement de leur enfant, ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour lui prodiguer un soutien moral et financier. Certains accomplissent des tâches administratives alors que d’autres continuent d’entraîner leur enfant. Un autre facteur important à ce stade est la question de la scolarité.
Les années d’investissement
Le point de vue des athlètes. A ce stade, les membres de la famille jouent un rôle important mais sont impliqués de façon moins directe que lorsque les athlètes étaient plus jeunes. Ainsi, les trois athlètes dont les pères les entraînaient lorsqu’ils étaient plus jeunes déclarent que ce n’était plus le cas durant les années d’investissement. Les parents et les frères et sœurs avaient à ce niveau, plus un rôle de soutien et de prévenance.
A ce stade, ma famille constituait en quelque sorte un pilier, quelque chose d’extérieur à mon entraînement en natation. Mes proches avaient une influence bénéfique sur moi en ce sens qu’ils n’exerçaient aucune pression même s’ils voulaient que je nage et que je réussisse. J’ai toujours su au fond de moi qu’ils m’aimaient pour moi et non parce que je nageais bien. Cela m’a toujours rassuré. J’ai toujours été très proche de ma famille, elle constituait donc un soutien affectif extérieur. En cela, elle a joué un rôle important. (R3)
Deux athlètes ont déclaré que bien que leurs parents leur aient apporté un grand soutien, il leur a été pénible de supporter les conséquences liées aux choix qu’ils avaient faits dans leur carrière sportive.
Lorsque j’ai déménagé, mes parents m’ont avoué combien ils leur été pénible de me dire au revoir car ils savaient que je ne reviendrai pas. Ils ont pleuré pendant un mois en passant devant ma chambre désormais vide. Mais ils savaient que j’avais bien fait et que c’était là ce que je voulais faire. Cette expérience m’a beaucoup appris. En tant que parent, je veux prodiguer le même soutien à mes enfants et s’il y a quelque chose qu’ils désirent absolument faire dans leur vie, je ferai tout mon possible pour les aider à y parvenir.
A ce niveau, le fait de participer à des compétitions est très stimulant, mais cela s’accompagne de défis et présente des inconvénients. Les entraîneurs, les fédérations sportives, les familles et les amis attendent beaucoup des athlètes. Ce qui engendre une pression involontaire et un stress venant nuire à la performance de l’athlète. Certains athlètes ont peur d’échouer et de décevoir.
A l’âge de 15 ans, je me suis mis dans la tête qu’il fallait que je réussisse pour les autres et je me suis ainsi mis moi-même la pression. Souvent, je voulais nager de mon mieux pour mes parents et mes amis plus que pour moi-même ou pour tout autre raison. Par exemple, lorsque je me suis rendu aux épreuves de qualification pour les Jeux Olympiques de 88, je voulais vraiment rentrer dans l’équipe olympique mais on aurait dit que c’était pour tout le monde sauf pour moi. Une des causes d’un tel comportement est que je n’étais pas du tout égoïste, mais aussi que je ne voulais pas les décevoir ou qu’ils aient pitié de moi. Je ne voulais pas trahir leurs espoirs. Ce qui a rendu les choses plus difficiles. (R3)
Le point de vue des parents. Les parents ont confirmé le fait que bien que leur enfant ait atteint un niveau plus élevé durant les années d’investissement, ils ont continué de leur apporter un grand soutien. Il est intéressant de remarquer que ces derniers considèrent leur rôle en termes de soutien affectif et d’encouragement comme aussi important qu’avant. Toutefois, pour ce qui est du transport sur le lieu d’entraînement ou de compétition, leur rôle a bien entendu diminué dès que leur enfant a obtenu le permis de conduire ou que le transport a été assuré dans le cadre du programme de l’équipe nationale. L’effort financier qu’ils avaient dû fournir tout au long des deux phases précédentes a également diminué lorsque leur enfant a obtenu une bourse pour entrer à l’université, ou lorsqu’il a reçu un soutien financier par le biais d’associations sportives.
Un père a souligné le fait que bien qu’il ait cessé d’entraîner son fils une fois que ce dernier était entré à l’université, il lui prodiguait toujours des conseils sans toutefois s’immiscer dans le travail des entraîneurs.
Je n’étais pas son entraîneur à l’université mais je continuais un peu de l’entraîner quand même car après chacune de ses courses, il venait me trouver et me demander ce que j’en pensais et je lui donnais mon opinion. Jamais cependant je ne m’ingérais dans le travail de l’entraîneur. Ça c’est tabou. Il ne faut pas le faire. (PC3)
La plupart des parents pensent que la scolarité est importante non seulement durant les années d’échantillonnage et de spécialisation mais aussi durant les années d’investissement. De ce fait, la plupart des athlètes ont suivi des études supérieures dans l’institution de leur choix.
Elle a de la chance… L’équipe nationale lui paie ses études à la fac, c’est eux qui régleront les frais universitaires. Elle aurait pu obtenir cela de n’importe quelle université qui la réclamait. Pour moi c’est toujours ce qui a primé. Si l’on peut faire des études grâce à la pratique d’un sport, c’est super. (PC4)
Seul un athlète n’a pas poursuivi d’études après le lycée. Ses parents, tous deux enseignants, l’ont soutenu dans sa décision de se consacrer uniquement à l’entraînement et à la compétition. Ils ont évoqué combien il était difficile pour leur fils de faire de la compétition de haut niveau, en raison du manque de compréhension dont faisaient preuve certains de ses professeurs de même que le proviseur de son lycée. Ils pensaient qu’il apprenait déjà énormément à travers son sport et que pour cette raison, il n’avait pas besoin de diplôme officiel ou même de réussir dans des domaines autres que le sport qu’il pratiquait.
En résumé, durant les années d’investissement, les parents continuent de soutenir leur enfant affectivement tout en étant moins présents dans leur vie. Ils confirment qu’à ce niveau, leur enfant reçoit un financement extérieur ; ils ajoutent que leurs études comptent beaucoup pour eux, qu’ils étudient par le biais d’une institution, de leur sport ou des deux.
Les années de maintien
Le point de vue des athlètes. Lorsqu’il a été demandé aux athlètes de parler des gens qui ont le plus compté une fois qu’ils avaient atteint le sommet de leur carrière, certains ont évoqué leur famille. Bien que les membres de la famille ne soient pas aussi directement impliqués à ce stade, ils ont continué de prodiguer à leur enfant un soutien et un amour inconditionnel et ce, dans les bons moments comme dans les moments plus difficiles. Ils avaient confiance dans leur enfant et dans leur capacité à réussir, en retour leur enfant leur faisait confiance.
Mon père, ma tante et ma grand-mère sont venus assister aux Jeux Olympiques de Nagano pour me voir jouer, en cela ils m’ont beaucoup soutenu. Lorsque l’on décide de se lancer dans une carrière comme beaucoup d’entre nous le font, savoir que votre famille vous soutient et vient même assister aux Jeux Olympiques est très important. On a beau croire en soi et être toujours positif, quoiqu’on fasse, on n’est jamais sûr de gagner. Il est donc bon de savoir que ceux qui vous ont toujours soutenu sont présents lorsqu’il reste ces derniers pas à franchir. (C6)
Après tous les revers que j’ai connus aux Jeux Olympiques de Nagano, mes parents étaient les seules personnes en qui j’avais confiance. Lorsque j’étais à Nagano, je les appelais régulièrement pour leur dire que les choses se passaient mal. Je savais qu’ils ne pourraient sans doute pas résoudre mes problèmes mais leur parler m’a fait comprendre qu’ils croyaient encore en moi et que je pouvais leur faire confiance. Ils étaient loin mais c’était extraordinaire de savoir que je pouvais compter sur eux. (C5)
Le point de vue des parents. Les parents ont répété qu’ils ont soutenu leur enfant tout au long de sa carrière, donc même pendant les années de maintien. A ce stade, il s’agissait surtout d’un soutien moral.
Je l’ai soutenue tout le temps. Elle a perdu sa mère il y a cinq ans et je crois que son souvenir lui donne l’envie de réussir.
Il est intéressant de constater qu’en plus d’avoir toujours été présent aux côtés de son fils, un père a consacré beaucoup de temps à régler les affaires de ce dernier après qu’il est devenu champion olympique. Il s’occupait de tout le courrier électronique et des coups de téléphone qu’il recevait et il a aidé son fils à planifier une tournée des écoles de sa région pour témoigner de son expérience. En résumé, les familles d’athlètes constituent encore pour ceux-ci une source de soutien inestimable pendant les années de maintien. Ils continuent d’aimer et de soutenir leur enfant quels que soient leurs résultats sportifs.
Recommandations
Les athlètes et leurs parents ont adressé des recommandations aux enfants qui aspiraient à devenir des athlètes d’exception. Tous ont souligné le fait qu’il était primordial que les enfants aiment le sport qu’ils pratiquaient et qu’ils y prennent plaisir. Ils ont rappelé à quel point il était important de se fixer des objectifs précis, de faire preuve de détermination et d’être capable de travailler dur. Ils ont également conseillé aux enfants de ne pas hésiter à prendre des risques, d’avoir confiance en leur instinct, et de travailler pour eux et non pour d’autres, comme leurs parents. Ils ont ajouté que la chance était bien sûr un facteur à prendre en compte dans le processus.
Ils doivent tout d’abord bien définir ce qu’ils veulent faire. Si c’est faire de la natation, cela dépend beaucoup de l’âge qu’ils ont, de leur entraînement, de leur détermination, mais aussi du fait de trouver un bon entraîneur, du soutien de leur famille, et enfin de leur capacité à acquérir une certaine maîtrise de soi. Ils doivent faire preuve de fair-play et savoir se montrer bon perdant car tout le monde perd à un moment donné. Mais surtout, ils doivent prendre plaisir à ce qu’ils font et le pratiquer non en vue de ce qu’ils peuvent en tirer mais pour le sport en lui-même, le fait de faire de nouvelles rencontres et de découvrir des lieux nouveaux, etc. Si ça marche, ça marche. Rares sont ceux qui ont l’étoffe d’un champion du monde, pour cela, il faut travailler dur, se consacrer entièrement à sa carrière, mais aussi avoir un peu de chance. (PR 3)
Il faut travailler pour soi et non pour les autres. Il faut savoir faire preuve de détermination et d’acharnement afin que quoiqu’on vous dise, votre chemin soit tracé et votre but fixé ; c’est sur ce but qu’il faut se concentrer… De plus il ne faut pas trop se poser de questions sur les méthodes à adopter pour devenir un grand champion. Il vaut mieux faire ce qui vous vient naturellement. Il faut toujours s’en tenir aux bases et travailler dur. Je pense qu’avoir un peu de chance et être naturellement doué aide pas mal aussi. (C4)
Des recommandations ont également été faites aux entraîneurs. Il leur est surtout conseillé de toujours soutenir leurs élèves et de faire en sorte que ceux-ci s’amusent. Ils devraient toujours être à l’écoute des besoins des athlètes dont ils ont la charge et savoir quand les pousser et quand au contraire relâcher la pression.
Les entraîneurs doivent prendre conscience du fait qu’ils ne sont pas des parents. Ils ne s’occupent de ces enfants qu’une à deux heures par jour. Ils doivent rendre le sport amusant et ne pas être toujours sur leur dos ou les menacer etc. Ils doivent les soutenir et les comprendre lorsqu’ils traversent une période de transition ou des moments difficiles. (PR3)
Il est recommandé aux parents d’enfants souhaitant exceller dans une discipline sportive, qu’ils encouragent ces derniers à pratiquer un sport auquel ils prennent plaisir et qu’ils les laissent progresser à leur rythme. Ils devraient éviter de les pousser à gagner ou à être les meilleurs ; leur bonheur devrait primer sur le reste.
J’ai souvent remarqué qu’il y a des parents qui attendent de leurs enfants qu’ils soient les premiers. Jamais ils n’adoptent un autre point de vue, comme par exemple : « Laissons les enfants jouer et s’amuser d’abord. » Il ne faut pas attendre d’eux qu’ils soient les meilleurs car cela les découragerait. Il faut les laisser progresser à leur rythme. Je me méfie des parents qui veulent à tout prix voir leur enfant gagner et qui pensent que pour prendre plaisir à un sport il faut être le premier. Il ne faut pas laisser les enfants croire cela. On peut prendre plaisir à la pratique d’un sport sans être le meilleur. (PC2)
De plus, certains n’ont pas forcément envie de se perfectionner dans ce pour quoi ils sont naturellement doués. Ils peuvent avoir envie de faire quelque chose de complètement différent. Si ça les rend heureux, il faut les soutenir. Je crois sincèrement qu’il est plus important qu’ils soient satisfaits et heureux de ce qu’ils font plutôt qu’ils pratiquent un sport pour l’argent et la gloire que cela peut leur apporter. (PR3)
En résumé, plusieurs recommandations ont été exprimées par les athlètes et leurs parents et ce, afin de proposer des lignes de conduite aux athlètes, entraîneurs et parents de sportifs. Les facteurs les plus importants à prendre en considération semblent être le plaisir pris à la pratique d’un sport, le fait de s’y consacrer pleinement, celui de travailler dur, et le soutien reçu.
Discussion
Les parents jouent donc un rôle aussi essentiel au moment du développement de l’expertise que durant sa phase de maintien. Les parents remplissent certaines fonctions tout au long des quatre étapes mais cessent également d’accomplir certaines tâches au fur et à mesure que leurs enfants atteignent un niveau sportif plus élevé.
Les années d’échantillonnage. Durant les années d’échantillonnage, le soutien parental est indispensable à l’environnement de l’athlète. Tous les athlètes ont souligné que leur famille avait joué un rôle déterminant tout au long de leur carrière. La plupart des parents des athlètes étaient sportifs et les ont encouragés à participer à diverses activités sportives dont celles qu’ils avaient eux-mêmes pratiquées. Ce fait a été confirmé par les parents eux-mêmes et vient corroborer les résultats publiés par Smoll (1998) révélant que les parents sont souvent à l’origine de la pratique sportive de leur enfant du fait de l’intérêt propre qu’ils portent au sport et de leurs expériences passées.
Plusieurs chercheurs dont Bloom (1985), Csikszentmihalyi et ses collègues (1993), Carlson (1993), et Côté (1999) ont évoqué l’importance du soutien parental. Dans leurs études respectives, ces auteurs ont montré que les parents offraient multiples occasions à leur enfant de s’amuser et de pratiquer plusieurs sports. Les parents ont également consenti à d’importants sacrifices afin d’assister aux événements sportifs, de participer à l’accomplissement de tâches relevant de l’organisation et de soutenir financièrement leur enfant. Il est clairement apparu dans la présente étude que certains parents étaient plus impliqués que d’autres, toutefois, il est clair que tous encourageaient leurs enfants à participer à différents sports et qu’ils approuvaient leurs décisions à condition que ces derniers prennent plaisir à ce qu’ils faisaient. De toute évidence, ils ne les ont pas poussés à faire quelque chose qu’ils ne voulaient pas faire. Ce résultat est à la fois intéressant et encourageant notamment lorsque l’on sait que beaucoup de parents aujourd’hui poussent leur enfant à exceller dans le domaine sportif, au point d’exercer sur lui une violence physique ou verbale, voire les deux, et ce, parce qu’ils partent du principe que leur enfant est le meilleur ou mérite d’être le meilleur (ABC News, 2002 ; CNN, 2002).
Dans cette étude, plusieurs parents ont également évoqué le fait qu’ils étaient très inquiets de voir certains parents parmi leurs connaissances, forcer leurs enfants à s’entraîner ou à faire des compétitions dans un sport en particulier et les pousser à la victoire à tout prix. Ils disent ne pas cautionner ce genre de comportement car pour eux, il est essentiel de toujours soutenir son enfant et ce quelle que soit l’issue de sa participation à une activité sportive. On ne doit pas sous-estimer ce fait ; d’autant que l’on voit de plus en plus de parents aujourd’hui exercer une pression excessive sur leurs enfants pour qu’ils gagnent, même lorsqu’ils participent à des programmes sportifs pour jeunes privilégiant la dimension ludique de l’activité pratiquée (Ewing, Seefeld, & Brown, 1996). Les athlètes ont en effet noté que l’aspect qui les avait le plus marqués à ce stade de leur pratique sportive, était justement le caractère ludique sur lequel parents et entraîneurs mettaient l’accent. Ewing et al. (1996) a mis en avant l’idée selon laquelle une atmosphère ludique devait être créée pour les enfants dans les organisations sportives car cela pouvait contribuer à ce qu’ils maintiennent leur effort sur le long terme. Bloom (1985), Csikszentmihalyi et ses collègues (1993), Carlson (1993), et Côté et Hay (2002) ont abouti aux mêmes conclusions.
Les parents interrogés ici semblent avoir adopté un comportement parental adéquat en ce sens qu’ils laissaient leur enfant participer à des compétitions dès lors que celui-ci s’amusait et qu’eux-mêmes ne s’immisçaient pas dans le travail de l’entraîneur. Ils ne jugeaient pas en effet pertinent d’aller à l’encontre des décisions prises et des méthodes utilisées par l’entraîneur. Ils assistaient aux séances d’entraînement et aux compétitions, mais pensaient qu’il était préférable de rester sur la touche pour encourager et soutenir leur enfant. Comme il a été suggéré par DeFrancesco et Johnson (1997), les programmes et les associations de sport pour jeunes devraient accorder une importance toute particulière aux comportements parentaux et ce, aussi bien dans l’intérêt des athlètes que du grand public.
Il est ressorti de la présente étude qu’en plus des parents, les frères et sœurs avaient également une influence sur les athlètes. Nombre d’entre eux étaient très sportifs et incarnaient un excellent modèle pour les athlètes. Le rôle des frères et sœurs dans le développement de l’expertise en sport n’a pas été étudié de façon approfondie. Cependant, dans leur étude, Csikszentmihalyi et ses collègues (1993) ont montré que les adolescents doués considéraient le contexte familial dans lequel ils évoluaient comme étant à la fois intégré et différencié ; c’est-à-dire comme leur apportant soutien, équilibre, mais aussi goût du défi et une certaine liberté. Ils ont déclaré entretenir des rapports plus harmonieux avec leurs frères et sœurs et bénéficier d’une meilleure qualité de vie à la maison.
Par ailleurs, Côté (1999) remarque qu’il y a parfois des tensions et des jalousies entre frères et sœurs en raison du fait que les parents accordent plus d’attention à l’enfant qui excelle ou présente des facilités pour un sport. Ce constat n’apparaît pas vraiment dans la présente étude, cependant, un père a reconnu consacrer plus de temps à sa fille aînée, devenue finalement championne olympique, car elle avait toujours envie d’apprendre et d’améliorer ses performances.
Dans cette étude, les parents ont également indiqué qu’ils avaient nourri la passion de leur enfant, qu’ils l’avaient aidé à avoir confiance en lui et à acquérir de bonnes habitudes de travail. Ceci correspond aux conclusions de Bloom (1985) qui a constaté que les parents qu’il avait étudiés « élevaient leurs enfants dans l’idée qu’il était essentiel de faire les choses bien une fois entreprises, de faire passer le travail et le devoir avant le plaisir, de croire aux bienfaits d’un effort soutenu et de se battre pour atteindre ses buts » (p. 539).
Il est important de remarquer que tous les parents croyaient que leurs enfants étaient naturellement doués, ce qui selon eux a contribué au bon développement de leur carrière athlétique. Bien que les parents fassent des efforts pour élever tous leurs enfants de la même façon et pour leur accorder la même attention et le même soutien, certains ont pu noter des différences dans les centres d’intérêts de leurs enfants, dans leurs aptitudes physiques et dans leur personnalité dès le plus jeune âge, ce qui pourrait peut-être s’expliquer par des différences d’ordre génétique.
Ericsson et ses collègues (1993) et Howe, Davidson et Sloboda (1998) contrediraient probablement cette idée qu’ont les parents selon laquelle ce serait un talent naturel qui permettrait aux athlètes de réussir. En effet, ces derniers soutiennent dans leurs travaux, que les dons naturels jouent un rôle négligeable dans le développement de l’expertise mais qu’en revanche, la pratique délibérée constitue un facteur déterminant dans ce processus. Les athlètes ont eux-mêmes reconnu le fait que l’entraînement était effectivement essentiel, cependant, cela ne les empêchait pas de croire qu’ils avaient hérité de certaines habiletés qui se sont avérés indispensables tout au long de leur carrière. Ces remarques viennent dans une certaine mesure corroborer les conclusions de Bouchard, Malina et Pérusse (1997) qui soutiennent que le talent est du moins en partie inné.
En résumé, les années d’échantillonnage correspondent à une période durant laquelle les parents encouragent leurs enfants à participer à diverses activités sportives dans un but ludique. Cela explique probablement pourquoi ces derniers continuent à pratiquer le sport tout au long de leur enfance et n’abandonnent pas comme le font beaucoup d’enfants et d’adolescents (Weinberg & Gould, 1995).
Les années de spécialisation
Le soutien parental demeure un élément significatif durant les années de spécialisation. La plupart des athlètes ont déclaré que leurs parents continuaient de les encourager et de mettre tous les moyens à leur disposition. Ils consacraient beaucoup de temps à conduire leur enfant aux séances d’entraînement et à assister aux événements sportifs. Plusieurs d’entre eux continuaient d’aider à l’organisation. Ces conclusions correspondent à celles de Bloom (1985) qui indique que durant les années intermédiaires, les parents prodiguaient à la fois un soutien moral et financier à leur enfant afin de lui permettre de s’adonner pleinement à une activité sportive. De nouveau, les athlètes signalent que leurs parents ne les ont poussés en aucun cas à continuer de pratiquer une activité à laquelle ils ne prenaient pas plaisir. Csikszentmihalyi et ses collègues (1993) ont montré combien il était important de donner aux enfants la liberté de s’exprimer dans le cadre de l’activité de leur choix.
Côté (1999) a également souligné le fait que les parents sur lesquels il avait enquêté continuaient de s’intéresser à l’activité sportive pratiquée par leur enfant et continuaient de s’impliquer à différents niveaux durant les années de spécialisation. Ainsi certains préféraient encourager leur enfant depuis les gradins alors que d’autres intervenaient plus directement sur le terrain en entraînant eux-mêmes leur enfant. Il est intéressant de constater que dans la présente étude trois des pères interrogés ont entraîné eux-mêmes leur enfant. Les trois athlètes estiment avoir eu beaucoup de chance d’avoir été entraînés par leurs pères car ils jugeaient ces derniers à la fois très compétents et savants dans la discipline sportive qu’ils pratiquaient. Un père, cependant, a trouvé qu’il était difficile d’assurer le double rôle de père et d’entraîneur et ce, plus particulièrement lorsque son fils était plus jeune. A ce titre, plus de recherches devraient être menées afin déterminer l’impact qu’ont les parents qui entraînent eux-mêmes leurs enfants dans le développement d’une performance experte.
Une conclusion intéressante est que les athlètes ont eu confiance en eux et ont estimé posséder les moyens de réussir dans leur sport très tôt dans leur carrière. Nombre d’entre eux pensaient que cela venait du fait que leurs parents leur faisaient aussi confiance. Jambor (1999) souligne qu’il est important pour les parents d’incarner un modèle idéal aux yeux de leur enfant sportif. En outre, les recherches ont montré que ceux qui croient dans les athlètes peuvent véritablement influer sur la performance de leurs enfants et ainsi les amener à concrétiser ce à quoi ils aspirent (Horn & Cox, 1993 ; Sinclair & Vealey, 1989). Ce phénomène désigné sous le terme d’effet Pygmalion’semble avoir joué un rôle dans la carrière de certains des athlètes.
Les années d’investissement
Le milieu dans lequel les athlètes ont été plongés durant les années d’investissement leur a en règle générale été bénéfique. Leurs parents leur apportaient à ce stade le même soutien qu’auparavant tout en étant cependant moins directement impliqués dans leur activité sportive. Ils ont cessé d’avoir les mêmes responsabilités logistiques qui leur incombaient auparavant, car leur enfant a déménagé dans une autre ville pour s’entraîner ou pour sa scolarité. En outre, la plupart des parents n’étaient plus responsables du soutien financier de leur enfant comme c’était le cas durant les années d’échantillonnage et de spécialisation, car ce dernier avait désormais obtenu une bourse ou était en partie financé par les programmes de son équipe nationale. Ces constats correspondent à ceux de Bloom (1985) et de Côté (1999). Dans son étude, Côté a également mis en avant le fait qu’à ce stade, les parents aidaient leur enfant à gérer les revers de fortune, ce qui corrobore ce que certains parents ont mentionné dans la présente étude. Leurs enfants se sont tournés vers eux pour qu’ils les conseillent et leur apportent un soutien affectif car ils savaient qu’ils croyaient en eux. Encore une fois, la confiance émanant de personnes qui comptent pour les athlètes semble décisive (Horn & Cox, 1993 ; Sinclair & Vealey, 1989).
La question de la scolarisation constitue un autre facteur important à ce stade et tout au long de la carrière des athlètes. Neuf athlètes sur dix ont reçu un enseignement universitaire. La plupart avaient d’excellents résultats à la fois dans le domaine sportif et dans le domaine scolaire ; ceci est probablement dû au fait que leurs parents ont toujours insisté pour que l’école reste une priorité tout au long de leur vie. Csikszentmihalyi et ses collègues (1993) ont mis en lumière le fait que le milieu scolaire est extrêmement favorable à l’épanouissement d’un talent car c’est souvent à l’école que les enfants reçoivent les enseignements de très bons professeurs et entraîneurs ; autant de personnes œuvrant à la création d’une atmosphère propice au bon développement de leurs habiletés et au bon vécu de leur expérience. Cependant dans la présente étude, les athlètes ne se sont pas interrogés sur la question du vécu de leur expérience universitaire, certains ont simplement souligné qu’ils y avaient pris plaisir. Cela leur a donné l’occasion de développer des habiletés diverses et de trouver un équilibre dans leur existence. Les résultats de cette étude mettent en avant le fait que l’université et le sport se complètent très bien et que les deux peuvent être envisagés de concert jusqu’à un niveau élevé si les athlètes savent bien s’organiser. Etant donné que les parents et les athlètes interrogés dans cette étude accordent beaucoup d’importance aux études supérieures, il serait intéressant d’examiner à l’avenir dans quelle mesure cela peut avoir eu une influence sur leur développement sportif en général.
Les années de maintien
Les familles n’étaient pas aussi activement impliquées à ce stade, cependant elles continuaient de prodiguer aux enfants un soutien et un amour inconditionnel et ce, quels que soient les résultats de l’athlète. Les conclusions de Bloom (1985) et de Côté (1999) corroborent ce constat, bien que les athlètes interrogés dans leur étude ne soient ni experts ni sportifs de haut niveau (aucun n’était champion du monde ou champion olympique). Ils devaient donc maintenir la qualité de leur performance mais à un niveau moindre.
Il est intéressant de constater que bien que les athlètes soient très indépendants lors des années de maintien et aient toutes les bonnes raisons d’avoir confiance en eux car ils connaissent beaucoup de succès, leur confiance en eux peut parfois être ébranlée. Ils dépendent donc toujours de leurs parents qui doivent continuer de leur donner confiance en eux et de leur rappeler que dans l’adversité, ils peuvent maintenir et même encore améliorer leur performance. Les résultats de Brustad et al. (2001) selon lesquels la confiance que les parents placent en leur enfant quant à son talent sportif a une influence directe sur la façon dont l’enfant lui-même perçoit ses dons et compétences, semblent être valables à chaque étape de la carrière sportive.
En résumé, peu de recherches se sont penchées sur le rôle joué par les parents une fois que les athlètes avaient atteint le sommet de leur carrière. Bien que quelques conclusions aient été dégagées dans cette étude, de plus amples recherches doivent être conduites afin de mieux cerner le rôle de soutien complexe que les parents prodiguent à leur enfant durant ces années gratifiantes mais également pleines de défis.
Recommandations
Les recommandations faites par les parents aux enfants désireux de devenir experts en sport, et aux parents et entraîneurs qui les guident tout au long de ce processus, sont intéressantes en ce sens qu’elles reflètent sous différents aspects leurs expériences personnelles. Nombreux ont souligné le fait qu’il était très important pour leurs enfants qu’ils aiment le sport et qu’ils privilégient la dimension ludique de leur activité. Dans une autre recommandation, il leur était conseillé de ne pas trop se braquer sur la victoire ou sur la volonté de devenir le meilleur. Cette recommandation est à considérer de près car les athlètes sur lesquels s’exerce trop de pression parce qu’ils sont eux-mêmes obsédés par l’idée de gagner ou parce qu’ils sont plongés dans un contexte dans lequel parents et entraîneurs visent trop la victoire, risquent d’abandonner le sport durant l’enfance ou l’adolescence (Ewing et al., 1996 ; Weinberg et Gould, 1995). Bloom (1985), Csikszentmihalyi et ses collègues (1993), Carlson (1993), et Côté et Hay (2002) ont également souligné le fait que parents et entraîneurs devaient soutenir leur enfant tout en mettant l’accent sur la dimension ludique du sport, surtout lorsque ce dernier est petit.
Limites
La présente étude a permis de dégager quelques conclusions intéressantes concernant le rôle joué par les parents dans le développement et le maintien de l’expertise en sport ; cependant certaines réserves doivent être émises et devraient être prises en ligne de compte dans les recherches à venir. La première de ces réserves réside dans le fait que seuls 10 athlètes et 9 parents ont participé à l’étude, des recherches à plus grande échell