Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
144 pages

p. 9 à 12
doi: en cours

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Éditorial

no 64 2004/2

2004 Staps Éditorial

Familles et performance experte

John Salmela, Ph.D. Escola de Educação FísicaUniversidade Federal de Minas GeraisBelo Horizonte, Brazil
Il y a deux ans, l’éditeur de la revue STAPS, le Pr. Jacques Gleyse m’a proposé, ainsi qu’à mon ami et collègue le Dr Jean Fournier, d’essayer de réunir un groupe de chercheurs en sciences de l’homme afin de concevoir un numéro spécial de la revue STAPS sur le thème général des familles et du sport. Cette idée m’a enthousiasmée. Après 30 ans de recherche et d’intervention en psychologie du sport, j’ai été témoin de la transition de la recherche en psychologie du sport. Cette dernière était basée sur les modèles de la performance sportive employant des approches déterministes, principalement fondée sur l’accès pratique aux tests de personnalité de la psychologie générale, et sur l’étude des sportifs. Cependant, une telle recherche s’est avérée être stérile, puisque la perspective innée de la personnalité s’est montrée incapable de différencier les meilleurs athlètes des moins bons, les hommes des femmes, et les athlètes de différents sports (Martens, 1975). Il semblait qu’il y avait un besoin de changement de paradigme, et c’était le cas.
Bien que le professeur et chercheur américain, Coleman Griffiths ait ouvert la perspective de recherche des athlètes vers les entraîneurs en 1926, dans un livre intitulé, Psychology of Coaching, les efforts de recherches portant sur les entraîneurs n’ont été que rarement publiées dans les revues à comité de lecture dans la dernière partie du xx e siècle. En fait, la recherche empirique sur ce l’entraînement, n’est pas apparue dans les publications jusqu’à ce que Côté, Salmela, Trudel, Baria et Russell (1995) proposent le « coaching model ». Ce programme de recherche comprenait un changement de paradigme - l’utilisation systématique de recherche qualitative. Hormis les incontournables éléments de l’entraînement et de la compétition, et les moins visibles éléments de l’organisation, on découvrait l’importance périphérique du contexte. En cela, nous entendions non seulement le contexte social dans lequel nous sommes élevés, mais également la dimension du soutien familial (ou son absence) qui favorise ou ralenti le développement des performances d’exception.
L’importance de la famille et de son influence dans la réalisation de performances exceptionnelles a été suggérée plus tard, non seulement pour les sportifs, mais également pour des experts en arts, et en science. En 1985, Le psychologue social Benjamin Bloom, de l’université de Chicago, a publié Developing Talent in Young People. Étant personnellement en congés sabbatique en Australie en 1988, je me suis rendu compte de deux changements importants dans mon raisonnement. Le premier se rapporte à l’universalité du développement de l’expertise, indépendant de la discipline, artistique, scientifique ou sportive. Le second point, qui concerne plus précisément ce numéro de la revue STAPS, était que la famille avait un rôle important parce qu’elle facilite la performance experte de ses enfants, dans le sport et dans d’autres domaines d’accomplissement. Plus récemment, Csikszentmihalyi (1997), dans son livre sur la créativité, a suggéré que le rôle le plus important des parents portait sur la formation du caractère, sur l’enseignement des valeurs et plus particulièrement l’honnêteté. Le deuxième point était la richesse des données provenant des entretiens comme source valide et pertinente de recherche dans ce domaine de recherches.
Ceci nous mène au présent numéro spécial de la revue STAPS sur le rôle des familles et de la performance experte dans le sport et la musique. Étant donnée la brève introduction qui précède, il a semblé logique de considérer des méthodologies diverses pour étudier le rôle des familles et de la performance experte. Il est aussi très passionnant de considérer simultanément l’étude des familles et la recherche sur l’éducation musicale et l’apprentissage sportif. L’aspect le plus significatif a probablement été le défi rassembler des idées des chercheurs de Belgique, du Brésil, du Canada, d’Angleterre, de France et des Etats-Unis, étant donné l’universalité du thème de la performance experte dans le sport (Starkes et Ericsson, 2003).
En tant que professeur retraité d’université, ayant travaillé pendant 30 ans en anglais et en français au Canada et, plus récemment, en Portugais au Brésil, j’ai trouvé passionnant de relever le défi d’intégrer les perspectives mondiales de ce nouveau groupe de collègues pour présenter leurs points de vue sur les familles dans leurs domaines particuliers de recherches afin de les rendre accessible à un lectorat francophone. Ceci étant dit, je vais essayer de présenter la cohérence des recherches de mes collaborateurs dans ces commentaires d’introduction. Le défi est donc, pour cette famille de scientifiques nouvellement composée, de parler de notre recherche spécifique sur les familles et l’accomplissement, et d’essayer de le communiquer à la grande famille des lecteurs de langue française. Let’s go !
Ce numéro inclut des perspectives développementales sur le rôle des parents, dans le sport et dans la musique, de la part de six groupes d’auteurs, dans le but d’éclairer les aspects spécifiques du rôle des parents dans les différents domaines de performance, de niveaux d’expertise, placé dans des contextes internationaux spécifiques de performance. Pour organiser ce numéro spécial, j’ai choisi de placer les articles sur un continuum d’implication des parents. Cette implication est maximale pour les parents des multiples médaillés olympiques (et mondiaux) de l’article de Durand-Bush, Salmela et Thompson mais presque nulle pour les joueurs de football Brésiliens de l’article de Moraes, Salmela, Rabela et Vianna J.-R. Entre ces deux extrêmes, diverse formes d’implication parentale sont rapportées en sport individuels et collectifs, ainsi qu’en musique. (Côté, Fraser-Thomas, Robertson-Wilson, & Soberlak ; Ewing, Hedstrom, Wiesner, & Gano-Overway ; Wylleman, Verdet, Lévêque, De Knop & Huts ; Burland & Davidson).
L’article de Durand-Bush, Salmela et Thompson se focalise sur un échantillon de participants unique dans le sport puisque ces athlètes sont médaillés d’or consécutivement à deux Jeux Olympiques ou à deux championnat du monde. Les athlètes, leurs entraîneurs et leurs parents ont été interviewés en utilisant des entrevues semi-structurées portant sur les facteurs contribuant à leur succès tout au long de leurs carrières sportive. Le cadre théorique « neo-Bloomien » adapté par Côté (1999) a été utilisé pour définir ce que Bloom (1985) appelait respectivement les premières années, les années intermédiaire et les années tardives, en années d’échantillonnage, de spécialisation et d’investissement. Une nouvelle phase, les années de maintien, a été définie dans la période qui suit la première obtention de médaille d’or. Durand-Bush, Salmela et Thompson ont constaté que les parents ont permi à leur enfant de se faire plaisir, de découvrir et de se sentir impliqué dans divers sports et ne les ont pas pressurisées pour obtenir immédiatement des résultats. Pendant les années de spécialisation, la participation des parents était plus prégnante puisqu’ils ont dû organiser leurs propres vies pour s’adapter aux demandes croissantes et au programmes d’entraînement et de compétition. Pendant les années de spécialisation et les années de maintien, les parents ont fourni soutient social continu mais ils ont joué des rôles plus passifs.
Côté, Fraser-Thomas, Robertson-Wilson et Soberlak ont utlisé une méthodologie qualitative et quantitative unique qui a permis l’analyse, non seulement des données rétrospectives de leur participation, mais également de leurs comportements réels dans ce processus qui inclus l’accompagnement, l’entraînement, la levée de fonds, l’organisation et la tenue des statistiques. Des questions liées à l’éducation par les familles monoparentales ont été également abordées. Les auteurs ont proposé que le protocole d’entretien pourrait devenir plus normalisé et objectif en se penchant davantage sur les extraits qui peuvent être validé d’une autre façon. L’utilisation de l’observation des parents dans le contexte sportif ajoute une nouvelle dimension à cette ligne de recherche.
Ewing, Hedstrom, Wiesner et Gano-Overway ont présenté une étude qualitative originale basée sur des données quantitatives. Ils ont utilisé les scores élevés d’une échelle d’influence des adultes dans laquelle les parents se sont évalué comme imposant davantage de pression sur leurs enfant pour qu’ils pratiquent le tennis, que la moyenne des parents. Pour faire partie de l’étude, le parent devait accompagner l’enfant à ses cours, et devait avoir placer davantage de pression sur leur enfant que son époux. Dans l’analyse qualitative, les thèmes principaux sont conformes aux demandes des parents rapportées dans les autres articles de ce numéro spécial. Elles comprennent l’impact du tennis sur la famille, les contraintes financières et temporelles, et les pressions et dilemmes parentaux. J’ai été particulièrement intéressé par les données sur les parents qui enseignent eux-mêmes les techniques de coping à leurs enfants pour la compétition, par la surveillance des comportements des entraîneurs face à leurs enfants et par leurs tentatives de contrôler leurs propres émotions pendant les compétitions.
Wylleman, Verdet, Lévêque, De Knop et Huts ont fourni un point de référence intéressant dans leur recherche sur les familles et le développement des athlètes Belges. Ils ont présenté un modèle général du développement sportif qui envisage le développement sportif de l’initiation jusqu’à la retraite, et le rôle des parents dans ce processus. Le résultat probablement le plus important de leur recherche est que l’introduction des écoles de sport en Belgique dans lesquelles les études peuvent être combinées à la formation sportive, sont une ressource importante pour faciliter l’apprentissage dans les deux domaines. Les étudiants ont rapporté que le soutien de leur famille était l’élément le plus important dans leurs accomplissements. Ce soutien serait supérieur obtenu par l’équipe médicale ou éducative. De plus, cette combinaison de sport et d’études diminue les contraintes de transports à la charge des mères.
L’article de Burland et Davidson concernant l’implication des parents dans la musique offre un point de vue intéressant, opposé à celui de Moraes et al. (ce numéro), qui étudient de manière quantitatives et qualitatives les parents des joueurs brésiliens de football. Burland et Davidson démontrent que les meilleurs musiciens ont souvent eu des parents activement impliqués dans éducation musicale de leurs enfants. Sachant que les instruments et les cours de musique étaient chers, ils ont été obligés d’investir dans la future carrière de leurs enfants. À la maison, ils ont également fait des concessions en conduisant les enfants à leurs leçons, en attendant la fin des cours pour les raccompagner, en suivant leur progression, en donnant des retours d’informations et en organisant des concerts.
Souvent, les mères qui avaient un statut socio-économique élevé se permettaient de ne pas travailler, afin d’aider et d’encourager leur enfant à jouer davantage. Elles ont parfois abandonné leurs hobbies. Il est intéressant de constater que les étudiants qui ont persévéré dans la musique avaient des parents qui n’étaient pas experts. Parfois, les enfants d’excellents musiciens se sentaient obligés de jouer pour leurs parents. Ils ressentaient alors une perte de liberté provenant du désir exacerbé de leurs parents d’avoir des enfants qui réussissent en musique. On peut noter le même phénomène dans le sport.
Moraes, Salmela, Rabela et Vianna Jr ont adapté la méthodologie quantitative de Davidson, Howe, Moore et Sloboda (1996) utilisée dans la musique aux joueurs Brésiliens de tennis et de football. Moraes et al. (ce numéro) ont également ajouté les données des entretiens avec les joueurs, les entraîneurs et les parents, en football et en tennis. Les niveaux d’implication des parents étaient évalués sur plusieurs échelles comprenant leur implication personnelle dans le sport, leurs interactions avec l’entraîneur, les modifications des routines quotidiennes en raison des demandes du sport et d’autres questions spécifiques au sport. Ce qui était intéressant était que les parents des joueurs de tennis s’entraînant dans des clubs privés étaient autant impliqués que les parents des musiciens de l’étude de Davidson et al. (1996). Cependant, les parents des joueurs de football étaient peu impliqués, puisque leur statut économique les forçaient à travailler chez eux. Les jeunes joueurs de football qui aspiraient à une carrière professionnelle, ont dû déménager dans une ville importante loin de leur maison dans la campagne et loin de leur famille. Les joueurs de tennis des environnements urbains, sont restés avec leurs parents pendant leurs carrières dans des condition plus confortables.
En résumé, ce numéro spécial de la revue STAPS propose un cadre cohérent sur le rôle des familles et de l’atteinte la performance experte, dans le sport et la musique. Sur le plan méthodologique, nous pouvons encore apprendre beaucoup en combinant les diverses méthodes présentées et leurs nuances afin de mieux comprendre ces interactions complexes mais primordiales, plus particulièrement grâce à une perspective transculturelle.
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