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2004/3 (no 65)



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Introduction

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L’étude comparative des systèmes sportifs des pays africains francophones (PAF) est apparue opportune au moment même où la mondialisation du sport contribuent à renforcer l’écart entre les pays dits développés et les pays dits en voie de développement (PVD) ou en émergence [1]  Les notions de pays en voie de développement ou pays... [1] . A titre d’exemple, seules quatre Coupes du Monde de Football (Uruguay, Brésil, Argentine et Mexique) et les Jeux Olympiques de Mexico (1968) se sont déroulés dans les PVD, alors que les retombées financières et structurelles (hébergement, transport, communication…) de ces compétitions sont indéniables. D’autres travaux sur la délocalisation des firmes de produits sportifs, sur le départ des meilleurs athlètes en Europe (Bourg, 1989), sur la diminution du nombre de médailles aux J.O. (Kaach, 1985), confortent l’idée que le développement du sport dans les PVD serait un « mirage » (Elame-Jackson, 1977). Parmi les recherches abordant ce sujet, deux hypothèses conceptuelles complémentaires fournissent des débuts d’explication à ce phénomène.

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Une première théorie « d’inspiration géopolitique », synthétisée par Augustin (1995), part du principe qu’il existe une étroite corrélation entre les foyers de création du sport moderne et la mondialisation des pratiques. Il apparaît que les pays riches ayant un fort taux d’urbanisation sont ceux où les sports de compétition et de loisir sont les plus développés, alors que dans les pays pauvres, particulièrement les plus enclavés ou les plus ruraux, le sport a peu pénétré la société dans son ensemble. Seuls le football et l’athlétisme, en tant que pratiques « modernes » importées, jouent un rôle primordial, notamment en Amérique du Sud et en Afrique. Haumont (1995) souligne que l’évolution du sport ne peut se réaliser vraiment que lorsque la demande et l’offre sont suffisamment fortes. Cette tendance expliquerait, en partie, les disparités et les variations de développement du sport entre les PVD et les autres pays. Ce processus se serait même accentué avec l’introduction de la logique de marché dans l’économie et l’émergence d’un modèle sportif extra-institutionnel. Alors que la volonté de participation des PVD (et leurs athlètes) aux compétitions et aux instances internationales manifeste un besoin de reconnaissance de ces pays sur l’échiquier géopolitique mondial, ces nations ne semblent pas disposer des moyens économiques et humains pour lutter et elles participeraient en réalité à l’illusion égalitaire du sport. Ainsi, un véritable ordre mondial se serait constitué et il reste dominé par le Comité International Olympique et les pays riches du Monde, notamment ceux de l’Europe qui y maintiennent leur place prépondérante. Le nombre de candidatures et le choix des lieux des Jeux Olympiques (Mathieu et Praicheux, 1992) et de la Coupe du Monde de football, illustrent les enjeux et les rapports de force à l’œuvre dans cet ordre sportif mondial. Que ce soit au niveau des sièges administratifs des Fédérations internationales et de la nationalité de leur Président (Ben Larbi et Leblanc, 1991), qu’au niveau des lieux des grandes compétitions (Mathieu et Praicheux, 1992), il ressort que les cent cinquante pays du tiers-monde sont très peu concernés.

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Une seconde théorie de « genèse organisationnelle », impulsée par Chifflet et Gouda (1992), postule que la transposition de modèles sportifs « occidentalisés » axés sur la performance, inadaptés aux caractéristiques économiques, culturelles et sociales des PVD, a entraîné la mise en place de structures vides de moyens qui ne permettent pas le développement du sport dans son ensemble. Les PVD, dont une grande partie était issue de l’éclatement des empires coloniaux, se sont lancés dans la valorisation sportive internationale pour affirmer leur importance et leur identité et pour participer à la construction d’une dimension communautaire indispensable aux nations accédant à leur indépendance. Non seulement il apparaît que cette orientation vers le sport de performance débouche sur des objectifs culturels erronés, mais elle constitue également une stratégie vouée à une impasse structurelle. En ce sens, la mondialisation du sport va parfois à l’encontre des valeurs et des cultures des peuples (Redeker, 2002) car le sport revendique l’universalité à la différence des jeux traditionnels qui s’enracinent et se spécifient dans les communautés singulières qui les promeuvent (Camy, 2001). Par ailleurs, les enjeux de prestige et l’absence d’environnement économique suffisant favorisent le maintien d’un système sportif national gouverné par la logique de performance et un sous-développement de nombreux secteurs du marché sportif.

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L’objectif exploratoire de notre étude est de rechercher les fondements du décalage entre les niveaux de développement du sport des pays africains francophones (PAF) et celui de la France (ex-métropole) par la mise en évidence des modèles d’organisation dans ces pays. Deux difficultés majeures apparaissent dans l’atteinte de cet objectif.

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– D’une part, il est aujourd’hui impossible de disposer de suffisamment d’informations fiables au niveau du sport pour l’ensemble des PAF. Nous avons donc dû procéder à un choix de pays. Au-delà des critères « classiques » (géographique [2]  Afrique du Nord, Afrique sahélienne, Afrique extrême ... [2] , climatique [3]  Les pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) vis-à-vis... [3] , économique [4]  L’Annuaire économique et géopolitique mondial fournit... [4] ), nous avons opté pour les nations où le sport avait fait l’objet de suffisamment de recherches en sciences humaines et sociales, à savoir l’Algérie, le Bénin, le Cameroun, le Congo, le Maroc, le Sénégal et la Tunisie ; les pays du Maghreb et le Cameroun fournissant le plus d’informations. Ce choix fut dicté par le caractère exploratoire de la présente étude sur les pays francophones (plutôt qu’anglophones ou lusophones) et par le souci de comparer le sport dans ces pays à partir d’éléments scientifiques objectifs et importants. Évidemment, les éléments disponibles sont souvent diachroniques et issues de différentes sources, les comparaisons seront donc effectuées de manière « macroscopique ».

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– D’autre part, le recours à des cadres d’étude différents (théories « d’inspiration géopolitique » et de « genèse organisationnelle ») peut apparaître, de prime abord, comme un obstacle à une analyse dynamique des similitudes du développement et des modes d’organisation du sport dans les PAF. Le concept de « modèle sportif africain francophone », à l’instar du « modèle sportif européen » promu par la Commission Européenne (Camy, 2001), semble mettre en évidence, au-delà des différences entre les nations qui composent l’Afrique francophone, un ensemble de points communs qui le distingue des modèles sportifs « nord-américains », « socialistes », etc. Cependant, cette unité relative ne saurait cacher des différences qui reposent sur des histoires et des organisations singulières. L’analyse de chaque système sportif national « ex-métropole » s’intéresse aux modes de régulation des organisations sportives (résultat partiel et provisoire dans un contexte d’action particulier), représentant un système auto-organisé (résultat contingent d’une construction sociale entre plusieurs sous-systèmes sportifs) (Crozier et Friedberg, 1977). Appréhendé en termes de stratégies et de rapports de pouvoir, le mode de gestion d’une discipline (football, athlétisme…) peut être considéré comme sous-système sportif où les organisations agissent dans les contraintes générales d’une rationalité limitée (un sport et un espace national). L’étude comparative des systèmes sportifs africains francophones devrait permettre de faire émerger des « configurations sportives » [5]  Le développement du sport en Europe s’est fait autour... [5] (Camy, 2001) relativement similaires à partir d’indicateurs culturels (type de culture sportive, part des jeux traditionnels…), économiques (financement étatique, local, des ménages…), et politico-juridiques (lois sur le sport, gestion publique, gestion associative…).

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Cet article cherchera à démontrer l’existence d’un « modèle sportif » particulier à l’Afrique francophone à partir des analogies des configurations sportives mises en évidence dans sept PAF, chacun étant supposé représenter un espace géopolitique et un système auto-organisé par un environnement et des enjeux spécifiques. Bien entendu, les États ne fonctionnent pas en autonomie et il existe avec d’autres pays des relations de partenariat et de concurrence (compétitions spécifiques, accords entre les clubs, etc.). La validité et la fiabilité de notre démarche reposent sur une comparaison minutieuse mais relative des recherches antérieures (cf. Bibliographie complémentaire) et sur des analyses de contenus des dirigeants sportifs et politiques des PAF [6]  Sur la base d’entretiens semi-directifs ou d’allocutions ... [6] . La mise en évidence des similitudes des configurations sportives des sept pays africains francophones se fonde sur deux étapes d’investigations complémentaires et successives.

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Premièrement, il s’agit de rappeler l’importance de l’héritage du passé, de la décolonisation à nos jours, sur le fonctionnement actuel du sport dans les PAF. Une « analyse stratégique » macroscopique (Crozier et Friedberg, 1977) permettra de dégager les répercussions structurelles et politiques, des principaux événements exogènes et endogènes qui ont influencé le niveau de développement de ce secteur. Elle aboutit à une hiérarchisation des systèmes sportifs dominants, avec leurs stratégies (objectifs, acteurs influents et sources de pouvoir) et leurs réseaux de relations, face aux finalités intégrative, éducative, récréative, médiatique et de consommation, du sport. Dans notre investigation macroscopique, l’étude minimisera les différences géographiques, ethniques, religieuses des nations concernées. L’analyse des ressemblances du type et du niveau de développement du sport dans les PAF devrait fournir des éléments de comparaison susceptibles de valider l’existence (relative et provisoire) d’un modèle sportif africain francophone.

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Deuxièmement, nous étudierons les principales logiques (politico-juridique, économique et managériaux) qui expliquent, en majeure partie, la pérennisation des modes d’organisation sportifs des PAF. Cette démarche sera notamment attentive au décalage de développement des secteurs du marché sportif au regard de l’évolution enregistrée en la matière dans les pays dits industrialisés et tout particulièrement la France. Si l’environnement international continue de peser sur le fonctionnement des sous-systèmes sportifs présents, pour nous ce sont davantage les contraintes d’une idéologie olympique et d’une gestion publique « bureaucratique » (Mélèze, 1984) – guidée par des principes cohérents déterminés par les acteurs prépondérants des États qui influencent l’immobilisme des stratégies des organisations des PAF.

L’héritage du passé colonial : des retentissements structurels, politiques et économiques

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Si les pays de l’Europe de l’Ouest ont adopté le sport moderne de façon volontariste dans le cadre des échanges culturels, les PAF l’ont connu sous la domination coloniale. C’est en effet ce mode d’administration qui a été à la base de l’introduction et de la relative diffusion du sport, avec son système d’organisation, son mode de gestion et les lois qui le régissent, dans les nouveaux États indépendants. Cet héritage du passé colonial a eu et a encore des retentissements structurels, politiques et économiques, sur l’organisation du sport dans les PAF. En effet, même si certains pays africains se réfèrent à leurs traditions, il semble que la plupart des PAF ne paraissent pas avoir échappé aux legs de la gestion « légaliste » et « centralisée » de la Ve République Gaullienne.

1.1 - L’influence de la colonisation sur l’organisation publique et sportive

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Les colons français ont transposé le mode de production capitaliste et le modèle sportif associatif en usage dans l’ex-métropole et, pendant des décennies, la pratique physique au sein des associations sportives est restée exclusivement réservée aux Européens. L’introduction du sport moderne en Afrique francophone a commencé par les pays du Maghreb et particulièrement en Algérie avec la création des premières sociétés de gymnastique par et pour l’Armée Française. Par exemple, l’Algérie comptait douze sociétés dans cette discipline en 1895 dont l’accès était exclusivement réservé aux colons ; la gymnastique devenant obligatoire dans les lycées et les collèges, les écoles primaires communales et les écoles normales primaires le 3 février 1869 (Fatès, 1994). En Tunisie, le phénomène était le même avec la première société de gymnastique : « la Gauloise » qui fut créée en 1895 et la Fête fédérale de gymnastique qui eut lieu en 1912 à Tunis (Erraïs, 1975). Deville Danthu (1997) nous apprend que « le premier club sportif fut fondé en 1905 à Conakry et il était réservé exclusivement aux Européens, le premier match de football fut disputé seulement entre Européens en 1913 à Dakar, la première association sportive réservée aux autochtones ne fut créée qu’en 1921 et la première compétition à l’échelle de la fédération eut lieu en 1948 à Abidjan ». Quelques autochtones avaient accès aux activités sportives de l’armée ou de l’Éducation Physique à l’école, notamment les fils de notables et de militaires. Le nombre des « locaux » qui seront admis plus tard dans certains clubs est resté très limité et ce jusqu’aux indépendances de ces pays. Par exemple, jusqu’en 1939 au Maroc (Kaach, 1984), la quasi-totalité des associations françaises refusait « illégalement » l’admission, en leur sein, de jeunes marocains ; il faudra attendre l’après-guerre pour voir se manifester une certaine tolérance à l’égard de cette participation qui, cependant, sera limitée a un nombre réduit d’associations et de sports (comme le football, le basket, l’athlétisme, le cyclisme) [7]  Sur 42 000 licenciés en 1955, on ne comptait que 2... [7] .

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Les autochtones ont essayé de s’approprier la pratique sportive et créer des clubs dans pratiquement toutes les colonies souvent à des fins nationalistes. Mais l’administration coloniale imposait des lois draconiennes pour la création d’association sportive qui dépendait, non pas de la loi 1901, mais d’autres textes plus contraignants abrogés en métropole [8]  Selon Deville Danthu (1997, 28), « pour éviter l’essor... [8] . Dans chaque colonie, des comités territoriaux de sport ont été créés et ont été rattachés aux Ligues elles mêmes dépendantes directement des fédérations sportives de la métropole. Un service de la jeunesse et des sports, à l’image de l’administration de la jeunesse et des sports à Paris, était conçu dans chaque pays pour coiffer l’organisation, pour assurer la coordination des efforts des groupements de jeunesse et des associations sportives, pour garantir les contrôles technique, financier et moral. Ce service a géré le sport dans ces pays jusqu’à leur indépendance, puis il a été remplacé, selon le régime politique national, soit par une Direction à la jeunesse et aux sports, soit par un secrétariat d’État (cas du Maroc en 1955). Dans chaque PAF, une Institution Sportive s’est progressivement mise en place en associant un Ministère de la Jeunesse et des Sports (transformation des services), des Fédérations nationales (évolution des ligues) et un Comité Olympique (par l’augmentation du nombre de fédérations). Cette Institution Sportive a conservé la même organisation en restant régie par les mêmes lois que celles du sport français. Ainsi, l’héritage structurel, économique et politique, a pesé lourdement sur le fonctionnement de ces pays, y compris sur l’Institution Sportive.

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L’héritage de la colonisation était si profond que toutes les sociétés colonisées avaient conservé pratiquement intactes les structures administratives et économiques introduites durant la période coloniale (administrations et entreprises publiques, organisations non gouvernementales, entreprises du secteur privé…). Certains établissements publics, tout en gardant leurs structures administratives, leur organisation hiérarchique et leur fonction sociale, politique, économique ou culturelle, ont pris le statut d’établissement national. Il y a eu, au début des indépendances des PAF, ce qu’on a appelé la « Nationalisation » qui s’est traduite par la récupération des « leviers de commande » des institutions des pays par les nationaux sans pour autant changer ou modifier quoi que ce soit du legs colonial. Certains ont appelé pudiquement ce phénomène « une passation de consigne » ou « passation de pouvoir » de l’administration coloniale aux nouveaux dirigeants de ces pays.

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Du point de vue économique, les PAF ont hérité d’un système qui a brisé, en grande partie, les structures sociales existantes en introduisant des modes de vie « modernes ». Des sports nouveaux et des modalités nouvelles de pratique sportive, inconnus pour ces sociétés, se sont diffusés au détriment des pratiques physiques traditionnelles. Cette colonisation a laissé aussi derrière elle, un système économique « hybride » et un système politique centralisateur, fruit d’une relation de complémentarité établie, autrefois, avec l’économie métropolitaine. Cette complémentarité a créé une spécialisation économique de ces pays en fonction des besoins de la métropole et une spécialisation sportive. Face aux multiples problèmes économiques, sociaux, politiques et de sécurité nationale, les dirigeants des PAF, séduits par les nouvelles théories économiques du développement, ont adopté les techniques de planification pour tenter de résoudre, dans des délais très courts, ce que la colonisation a posé comme problèmes, durant des décennies, par l’exploitation de leurs pays.

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Ainsi, la spécialisation économique (produits agricoles destinés à l’industrie européenne d’agroalimentaire, les minerais pour l’industrie de la métropole et la main d’œuvre à bon marché destinée à l’industrie et aux travaux publics), a caractérisé l’évolution des PAF durant les quarante dernières années. Cette spécialisation a contribué à l’insertion des PAF dans les réseaux d’échanges avec les pays européens, mais n’a pas permis de vaincre le sous-développement. En effet, au début des années soixante, la centration économique (industrie, agriculture, commerce, tourisme) s’est faite au détriment d’une grande partie des évolutions sociales. Dans ces pays, l’investissement en termes de santé, d’éducation, d’emploi, de loisirs et de sport, a été sacrifié au profit de la croissance et de la production jugée urgente. Dès lors, le sport est devenu un tiers secteur d’autant qu’il se spécialise en termes d’activités et de modes de pratique offerts à la population.

1.2 - Une logique de fonctionnement et de tutelle centralisée et distinctive

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En matière d’organisation du sport dans le monde, trois conceptions sont en général distinguées.

  • La première caractérise les pays qui se sont engagés dans la voie d’une prise en charge totale par l’État de toutes les activités physiques et sportives, quels que soient la nature et le niveau de cette pratique (masse ou haut niveau). C’est le cas de la Chine, de Cuba et des anciens pays de l’Est.

  • La deuxième conception concerne les pays qui encouragent l’initiative privée en confiant la gestion et le développement du sport au mouvement sportif. C’est le cas des U.S.A., du Canada, de l’Allemagne, de l’Italie, etc.

  • La troisième conception est à mis chemin entre l’initiative privée et l’Étatisation du système sportif. Elle fut adoptée par les PAF après leur indépendance. Cette organisation sportive fortement inspirée du modèle français se présente comme suit.

    • Le club sportif (cellule de base) : organisation publique (loi 1901) semi-publique (structure marchande cachée derrière le label associatif) ou privée (salles de mise en forme…).

    • Les fédérations sportives nationales.

    • Le comité national olympique.

    • La fédération du sport scolaire et universitaire.

    • La fédération du sport militaire.

    • Le Ministère de la Jeunesse et des Sports ou tout autre Département Gouvernemental qui assure, en principe, les missions de conception, de coordination et de contrôle de l’ensemble de la politique sportive nationale.

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Selon les dispositions législatives en vigueur dans les PAF, l’État, via le Département de la Jeunesse et des Sports, délègue ses pouvoirs d’organisation aux fédérations. Celles-ci, responsables de la réglementation et de la promotion de la discipline sportive qu’elles contrôlent, organisent les compétitions sportives conduisant à la reconnaissance d’une association, d’une équipe, d’un joueur ou d’un athlète, comme vainqueurs nationaux ou provinciaux ou comme représentant du pays dans les épreuves internationales.

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L’organisation du sport dans les PAF est basée sur un fonctionnement centralisé, puisque tout dépend de la bonne volonté de l’État qui joue un grand rôle dans l’attribution des subventions aux fédérations, dans la construction des équipements et la formation des cadres sportifs. Mais ce mode de gestion partagé avec les organisations sportives qui ont la tâche de développer le sport et il fait donc appel à l’initiative privée des dirigeants. Ces dirigeants, généralement élus, sont dans la plupart des cas des bénévoles qui n’arrivent pas à prendre en main l’évolution du sport face aux réalités socio-économiques du pays. Ils attendent que l’État accomplisse son devoir en tant que premier responsable du sport national car ils ne disposent ni de moyens financiers suffisants (quelques rares subventions de l’État), ni de compétences pour intéresser le marché économique et commercial. En outre, ces dirigeants appartiennent souvent à une caste sociale riche, ou à un groupe politique qui a des liens et des ramifications avec le pouvoir central et/ou les organisations sont sous la tutelle des militaires qui veillent au respect des lois et de la « discipline ». En particulier, la bourgeoisie nationale et les dignitaires de l’État monopolisent l’organisation de la pratique sportive des clubs privés qui sont des lieux de rencontre et d’exposition de leur statut social. On assiste donc à une action très limitée des États en matière d’activités physiques, le secteur sport apparaissant secondaire.

1.3 - Des réformes politiques et économiques importantes qui font du sport un « tiers secteur »

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Durant les années quatre-vingt, les PAF s’enfoncent dans une crise économique et politique sans précédent. Ils doivent affronter l’endettement, l’effondrement des prix des matières premières, les échecs des politiques économiques, les guerres ethniques, l’instabilité politique, la sécheresse, l’absence de démocratie, etc. Suite à cette crise aiguë, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (F.M.I.) imposent aux PVD des réformes économiques par le biais de la politique d’ajustement structurelle (PAS) qui va obliger les PAF à diminuer leurs dépenses publiques. Les secteurs prioritaires sont les secteurs jugés « rentables » par la PAS (agriculture, industrie, tourisme, armée…), et les autres secteurs « non rentables » deviennent des tiers secteurs : secteurs sociaux, éducation, santé et sport. Face à ces problèmes économiques, la pratique physique est donc marginalisée, mais d’autres facteurs vont pérenniser son sous-développement. Tout d’abord, les restrictions budgétaires ont débouché sur un manque d’infrastructures sportives. Ensuite, les politiques économiques menées par leurs États depuis leur indépendance jusqu’au début des années quatre-vingt, ont entraîné la détérioration des conditions de vie des Africains, et donc ont réduit les conditions d’accès aux activités physiques d’une grande majorité de la population de ces pays. Enfin, la crise a rendu le coût de la pratique sportive très élevé en termes d’achats de matériels ou d’adhésion à des clubs, ce qui a limité pour une bonne part à une élite sociale ou économique. Néanmoins, les PAF vont continuer à soutenir les athlètes de haut niveau dans quelques disciplines populaires dominantes (notamment football, athlétisme et sports de combat), mêmes dans des conditions économiques les plus catastrophiques.

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Après leur indépendance et soucieux de faire partie du système sportif mondial, les PAF ont cherché à développer le sport dans le continent africain à travers la création d’institutions sportives africaines continentales et intergouvernementales telles que :

  1. le Conseil Supérieur du Sport en Afrique (CSSA) créé le 14 décembre 1966 à Bamako (Mali) qui deviendra, par la suite, une institution sportive spécialisée de l’organisation de l’Unité Africaine,

  2. l’Association des Comités Olympiques d’Afrique (ACNOA) créée le 28 juin 1981 à Lomé (Togo) et

  3. les Confédérations Africaines du Sport dont les créations se faisaient au fur et à mesure que les disciplines prenaient de l’importance dans le continent (celle de football – la CAF créée en 1956 – étant la plus dynamique). Mais le rôle de ces institutions dans le développement du sport fédéral africain reste très limité, les constats et les déclarations d’intention ne se traduisant pas par des actions concrètes vis-à-vis des pays africains faute de moyens financiers et de difficultés à s’affranchir des contraintes politiques étatiques. Parallèlement, la Conférence des Ministres de la Jeunesse et des Sports des pays d’expression française (CONFEJES), créée en 1969, a cherché à aider les PAF à s’intégrer dans une réalité politique et économique par le biais du sport. Mais l’aide accordée par la CONFEJES demeure réduite à des stages pour les cadres sportifs, à des méthodes pour développer l’éducation physique dans les établissements scolaires, à des bourses pour la préparation de quelques athlètes aux Jeux Olympiques et à l’accueil d’experts en matière d’encadrement sportif.

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Malgré une situation de crise, les PAF participent aux grandes compétitions sportives continentales et internationales (Jeux Africains, Jeux Olympiques et Paralympiques, Coupe du Monde de football, etc.), au moment où les rivalités entre pays capitalistes et pays communistes (1956-1992) poussaient les deux blocs à dépenser d’importantes sommes d’argent pour la préparation de leurs sportifs afin de décrocher les meilleurs résultats. Ils font même appel aux services des cadres techniques étrangers pour leurs équipes nationales, en particulier du football (Cameroun, Sénégal, Nigeria…), et ils parviennent à réaliser des performances remarquables (médailles obtenues aux Jeux Olympiques et au Championnat du Monde d’athlétisme). Les PAF participent aux compétitions internationales sans pour autant avoir ni les moyens matériels, financiers, techniques et humains pour rivaliser avec les pays développés et suivre leur rythme. L’obtention de résultats devient de plus en plus difficilement réalisable car les méthodes de détection, de formation, de sélection et d’entraînement, de leurs athlètes ne permettent plus de faire face à la concurrence des pays dits développés qui ont recours à des procédés et des techniques particulièrement élaborés. La haute compétition nécessite la mise en place de détection aux plus bas âges, un suivi médical, un matériel technico-sportif perfectionné d’enseignement et d’évaluation de performances, des cadres aux connaissances poussées et une infrastructure de pointe. Tout cela coûte très cher pour les PAF et cela dresse des barrières infranchissables devant leurs athlètes, limitant souvent le succès dans les compétitions internationales et dans de nombreuses disciplines dites « instrumentalisées ». Les quelques performances réalisées dans l’athlétisme ou le football apparaissent « l’arbre qui cache la forêt ». Depuis l’indépendance de ces pays, un faible taux de pratique, une absence d’une véritable législation et un manque de financements publics et privés sont constatés au regard de la situation des pays occidentaux.

1.4 - Les PAF face à la mondialisation et à l’évolution juridique du sport

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Dans les pays occidentaux en général, les années quatre-vingt marquent le début d’une nouvelle ère caractérisée par la reconnaissance du fait économique des Jeux Olympiques et le caractère professionnel des athlètes par le C.I.O. réuni à Baden-Baden en 1982. Cette reconnaissance, bien que discrète, incita les organisateurs des J.O. de Los Angeles en 1984 à mettre en œuvre les premiers Jeux commerciaux de l’histoire en faisant plus de 250 millions de dollars de bénéfices. On assiste, dès lors, et dans tous les pays dits développés à une pénétration du secteur sport par la sphère marchande et à l’instauration d’une logique économique dans le secteur sport. C’est notamment au niveau du développement du sport-spectacle et de la médiatisation des événements sportifs à caractère international et national « rentables », devenus de plus en plus nombreux [9]  On recense plus de 750 compétitions à caractère international ... [9] , que les effets seront les plus visibles. Avec cette internationalisation, les activités économiques liées au sport (consommation d’articles de sport, utilisation d’équipement sportif, d’aliments, de boissons et de produits diététiques…) se sont elles aussi « mondialisées » en termes de créations de produits et de services par le biais de la constitution de véritables multinationales (Lacoste, Reebook, Adidas, Décathlon…) qui délocalisent leur production (très souvent dans les PVD et sans grandes retombées pour ces pays). Mais c’est aussi le début de « l’achat » de sportifs professionnels (avec un exode massif des meilleurs éléments pour les PVD) et des tentatives « d’asservissement » des équipes nationales par les multinationales (Coca-cola, Nike, Puma, Adidas, Lotto, etc.). Toute cette activité génère des flux financiers et économiques considérables : plus de 120 millions de dollars qui représentent près de 3 % du commerce mondial (Fontanel et Bensahel, 2001). Il faut noter que ce sont souvent les pays occidentaux qui profitent, en premier lieu, des activités économiques du sport pour financer leur sport de haut niveau et le développement des pratiques. Ce contexte de mondialisation de l’économie et du sport amplifie l’importance du secteur marchand au détriment du secteur public. Les PAF ont été emportés par ce « vent du libéralisme » sans forcément disposer des lois, des structures, des moyens et des hommes nécessaires au développement du sport dans ce processus économique international. Une forme de dépendance à l’égard des pays développés est très présente aujourd’hui en particulier dans le domaine technologique (notamment sportif).

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On constate une relation entre l’évolution du sport en France et l’évolution de son système juridique qui a créé certaines conditions nécessaires au développement des pratiques sportives (anciennes et nouvelles). Ce changement a permis simultanément de générer de nouveaux marchés sportifs, l’apparition et la diffusion de nouveaux sports (pratiques de glisse, sports de mise en forme…) et le développement des activités dites auto-organisées. L’insertion de la logique économique dans les différents marchés du sport (équipement, spectacle, sponsoring, travail…) a, de son côté, introduit une logique managériale dans le fonctionnement des organisations sportives de grande importance. Les réformes juridiques du sport français ont largement créé les conditions de développement du sport de masse, mais aussi et surtout du sport d’élite, puisque la France est la deuxième puissance sportive Européenne après l’Allemagne et qu’elle occupe dans de nombreuses disciplines les meilleures places sur la scène sportive internationale. Mais la législation qui régit le sport dans les PAF, inspirée dans sa globalité de celle de la France, a connu de très faibles modifications dans ses orientations et son contenu depuis leur indépendance. Cette immobilité juridique a provoqué un décalage de plus en plus en grand avec l’évolution socio-économique du sport au niveau mondial, et notamment vis-à-vis de la situation française. Les différences de développement et de diffusion sportive entre les États dépendent souvent de multiples facteurs « inhérents aux conditions qui ont présidé à la diffusion du mouvement sportif » (Arnaud, 1988). Le fonctionnement du sport en France a largement été remis en cause à partir du début des années quatre-vingt sous l’effet conjugué des lois de Décentralisation (2 mars 1982 et du 7 janvier 1983) et de la mutation de la consommation sportive. Cette évolution a provoqué un bouleversement des modes de pratiques et un éclatement des marchés amplifié par la mondialisation économique.

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Par rapport à la France, la gestion du sport dans les PAF n’a pas suivi la même évolution. Elle apparaît encore être dominée par une approche “légaliste” sous la tutelle exclusive de l’État, de l’administration et des Fédérations, avec un système juridique suranné (loi 1901) et imperméable aux évolutions du marché sportif actuel. Cette approche a favorisé, et favorise encore, la mise en place d’un ensemble de normes rationnelles “top-down” orientant la mise en œuvre de l’action sportive politique : modes de fonctionnement hiérarchiques, existence de pouvoirs de tutelle, principe d’efficience décliné en méthodes de travail et en types de procédures établies (Meny et Thoenig, 1989). L’un des inconvénients majeurs de cette gestion dans le secteur sportif a été l’instauration du phénomène bureaucratique qui a favorisé un “normativisme institutionnel néo-corporatiste” (Schmitter, 1979) en renforçant les pouvoirs des représentants de l’État, de l’administration et des Fédérations, des dirigeants militaires et économiques.

1.5 - Les « racines » du modèle sportif africain francophone

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Cette première analyse « historique » des PAF met en évidence de fortes analogies dans leur mode et niveau de développement du sport [10]  Il faut évidemment souligner qu’après leur indépendance... [10] au regard de la France. Au-delà des répercussions macroscopiques (faibles PIB et croissance annuelle, forte dette extérieure totale…), les réformes politiques et économiques mondiales après l’indépendance ont progressivement marginalisé l’importance du sport et son organisation publique. Les éléments (organisationnels, politiques, économiques et structurels) de ressemblance entre les sept PAF étudiés accréditent la possible existence d’un mode de développement sportif spécifique à l’Afrique francophone. Bien entendu, des différences profondes existent entre tous les pays et il n’est pas possible ici de conclure à une homogénéité de l’évolution du secteur sport (nombres de pratiquants, d’activités, de fédérations…) au regard de notre échantillon. Néanmoins, les répercussions du passé colonial dans ces nations constituent, à notre avis, les « racines » d’un modèle sportif en Afrique francophone.

Le « mythe » du développement actuel du sport en Afrique francophone

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Dans un contexte de mutation mondiale du sport vers des secteurs très porteurs en termes économique (devises et investissements) et social (emplois et démocratisation), comme le spectacle, les loisirs et le tourisme, il apparaît que les PAF possèdent des marchés sportifs peu diversifiés, distinctifs et souvent sans lien avec la logique économique. La faiblesse des revenus des Africains francophones, qui leur suffisent même pas à couvrir leurs besoins essentiels, contribue également à expliquer la faible consommation de pratiques sportives. Malgré l’obtention de résultats internationaux probants (athlétisme, football, sports de combat…) et la possession de quelques équipements de prestige (golf, stade…), la réalité constitutive du sport dans les PAF débouche sur un « mythe » de développement de ce secteur qui est renforcé par un manque de stratégie managériale dans les organisations sportives associatives, publiques, voire privées.

2.1 - Un marché du sport sous-développé

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Force est de constater que le développement du sport dans les PAF s’est souvent réduit à la recherche de la haute performance aux détriments des pratiques physiques traditionnelles. Mais loin de suivre les évolutions du modèle français après leur indépendance, ces pays n’ont pas instauré les conditions de l’essor de ce secteur en direction des équipements sportifs, du sport scolaire et universitaire, du sport fédéral, du tourisme et des loisirs sportifs, de la formation des cadres.

2.1.1 - Un parc d’équipements sportifs plus qu’insuffisant

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Sur le plan des infrastructures sportives, il y a un sous-équipement général dans les PAF. Au Maroc par exemple, il n’y a que 4 424 installations sportives (toute situation juridique et standing confondus) sur un axe « urbain » Kenitra, Rabat, Casablanca qui regroupe à lui seul plus de 70 % du parc d’équipements sportifs. Cela donne un ratio de 1,152 m2 par habitant contre 8,5 m2 en France avec un total de 40 160 unités sportives et 9,25 m2 par habitant en Allemagne. Un autre indicateur provient de l’étude faite par l’UNESCO (Andreff, 2001) qui fait ressortir un sous-équipement des 16 pays les moins avancés dont le Sénégal, le Bénin et le Congo (cf. Tableau 1).

Tableau 1 - Le taux d’équipement sportif moyen des 16 pays les moins avancés

Une piste d’athlétisme pour

563 000 habitants

Un terrain de football pour

106 000 habitants

Un petit terrain de basket, de handball, de volley-ball pour

253 000 habitants

Une piscine pour

2 350 000 habitants

Un gymnase pour

8 600 000 habitants

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Malgré ce déficit patent en dotation d’infrastructures, pour des raisons politiques et de prestige tous les PAF ont au moins un complexe sportif dans la capitale pour accueillir les grandes compétitions (éliminatoires de la Coupe du Monde et de la Coupe d’Afrique) et permettre à l’élite nationale (du football et/ou d’athlétisme) de s’entraîner convenablement.

2.1.2 - Une pratique sportive à l’école limitée

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Si le sport scolaire et universitaire est souvent considéré dans les pays dits développés comme le vivier ou le réservoir du sport civil permettant aux différentes fédérations sportives de recruter leurs athlètes, en revanche, ce secteur connaît beaucoup de difficultés dans les PVD en général et dans les PAF en particulier. En effet, le faible taux de scolarisation dans ces pays ne dépasse pas 60 % des enfants en âge d’être scolarisés. Il est encore plus faible dans les pays subsahariens avec seulement 30 à 40 %. Et moins les enfants sont scolarisés, moins ils ont de chance de pratiquer régulièrement un sport. Et même ceux qui sont scolarisés actuellement n’ont pas tous la possibilité ou les moyens de faire du sport. Il est à constater que dans beaucoup de pays africains, l’E.P.S est inexistante à l’école primaire, et même très peu pratiquée dans le secondaire et à l’université pour des raisons matérielles (manque d’infrastructure) et humains (faible nombre d’enseignants formés). Ce sous-développement de la pratique d’E.P.S dans le secteur scolaire et universitaire se répercute, d’une manière négative, sur le nombre de licenciés dans le sport fédéral.

2.1.3 - Le sport fédéral en déliquescence

31

Il faut remarquer que l’importance de l’institution sportive se mesure souvent par le nombre de ses licenciés (adhérents) par rapport à la population totale du pays. Cependant, le manque de données statistiques fiables dans les PAF constitue un handicap pour mesurer le poids réel de cette institution. Certaines fédérations communiquent un nombre approximatif (faute de comptabilité et de personnel pour collecter les informations) de licenciés, et le plus souvent gonflent artificiellement leurs effectifs pour des raisons de prestige ou pour bénéficie des subventions plus importantes. Quelle que soit la technique ou le moyen de mesure utilisé, le taux de pratique sportive apparaît très faible. En 1993, il y avait un licencié de fédération sportive pour 739 habitants en Afrique, un pour 707 en Asie et 1 pour 100 habitants en Amérique latine (Bourg, 1993). Au Maroc par exemple, on comptait 4 licenciés pour 1 000 habitants en 1980 et plus de 1,6 pour 100 habitants en 2002 ; ce taux bien que parmi les meilleurs en Afrique reste peu élevé. De plus, la grande majorité des pratiquants sont concentrés dans les villes principales où généralement on observe aussi une concentration des infrastructures sportives. Enfin, quand on se penche sur la nature et l’origine des licenciés dans ces pays, on constate que seulement quatre ou cinq disciplines fournissent plus de 90 % de licenciés dont plus de 80 % sont des hommes. Ainsi, le football fournit plus de 60 % de licenciés, suivi des sports de combat (judo, arts martiaux, lutte, boxe), de l’athlétisme, du basket-ball et du handball. Le golf, le tennis et les sports de remise en forme, restent minoritaires et l’apanage des populations les plus favorisées des grandes villes industrielles ou administratives des États.

2.1.4 - Des loisirs sportifs socialement marqués et un tourisme sportif inexploité

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Dans les PAF, les décideurs politiques optent souvent pour une orientation sportive basée uniquement sur l’élite pour participer et obtenir si possible, des résultats dans les compétitions internationales ou tout au moins régionale. Si d’autres problèmes sociaux ou économiques sont à résoudre en priorité, peu d’actions ont visé à démocratiser et à diffuser le sport à l’ensemble de la population et sur l’ensemble du territoire. Les rares analyses sociologiques menées font apparaître que la pratique sportive est fortement marquée socialement. D’un côté, on observe des pratiquants issus des classes aisées (notamment des femmes) qui s’adonnent à des loisirs sportifs coûteux, instrumentés et/ou de pleine nature, de l’autre côté on trouve des licenciés issus des classes populaires ou défavorisés qui pratiquent des sports énergétiques, collectifs ou de combat. Cette distinction sociale via les pratiques sportives est en corrélation avec la représentation des classes aisées dans les postes clés des organisations sportives publiques ou privées. Enfin, on constate une très faible utilisation du potentiel géophysique des PAF (littoral, rural, montagnard), en tant que supports d’activités physiques, alors que dans les pays dits développés existe une clientèle importante en la matière. Encore faut-il être capable de proposer des produits sportifs touristiques adaptés qui ne se réduisent pas à de l’accommodation de qualité à des prix attractifs.

2.1.5 - Une formation des cadres insuffisante et trop spécialisée

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Il faut souligner, avec insistance, que le sous-développement de la pratique sportive est encore pénalisée par la faiblesse de l’encadrement qui demeure, avec la rareté des équipements sportifs, le point noir du sport africain francophone. Les cadres, très peu nombreux et ayant reçu pour la plupart une formation technique de base, souffrent souvent d’un manque de recyclage et de perfectionnement, surtout que les sciences et techniques des activités physiques et sportives évoluent très rapidement. C’est pourquoi, beaucoup de pays africains font appel aux entraîneurs et techniciens étrangers pour s’occuper soit des meilleurs clubs du pays et/ou des équipes nationales. Parmi les équipes ayant participé à la Coupe d’Afrique des Nations en 2002, il y avait 60 % d’entraîneurs étrangers. En 1999, il y avait au Maroc 11 entraîneurs de football étrangers sur les 16 clubs de 1re Division, en plus de l’entraîneur de l’équipe nationale. Ce manque de qualification provient en fait d’une absence d’instituts universitaires ou du très faible nombre de centres de formation de cadres de haut niveau. Seul, l’Institut Royal marocain, considéré comme l’un des premiers établissements de formation en Afrique, a formé de 1975 à nos jours plus de 120 cadres étrangers (Mauritanie, Mali, Sénégal, Burkina Faso, Bénin, Tunisie, Gabon, Côte d’Ivoire, Guinée, Ghana…). Ceci explique également l’envoi de techniciens à l’étranger pour se former en Europe ou dans d’autres pays en espérant que ces cadres reviennent plus qualifiés. Mais c’est encore le mythe du transfert de compétences qui ressurgit car ces techniciens sont confrontés à des difficultés logistiques et humaines pour adapter les conditions de travail de leurs homologues étrangers.

2.2 - Le manque de stratégie et de gestion managériale dans les organisations

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Crozier et Friedberg (1977) ont montré que la rationalisation des organisations améliore leur rendement. En Afrique francophone, une des conditions nécessaires, mais non suffisantes, au développement du sport est liée à une meilleure rationalisation des organisations chargées de leur gestion. Mais cette rationalisation ne semble possible que si les organisations sont dirigées par des responsables qui ont reçu une formation intégrant les notions de rentabilité, de rendement et de profit, et qui possèdent une culture sportive, d’entreprise et de relation publique. Rares sont les organisations sportives dans les PAF qui disposent ce type de « dirigeant-entrepreuneur ». L’absence de culture, de formation et de stratégie managériale des dirigeants en place, incapables de communiquer avec le secteur commercial, se répercute à plusieurs niveaux.

2.2.1 - Une gestion sportive bénévole, au « jour le jour » et sans stratégie managériale

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Force est de constater au niveau des composantes de l’institution sportive (clubs, comités, ligues, fédérations, comité olympique) une absence d’esprit managérial chez la quasi-totalité des dirigeants sportifs. Oumarou (1997) distingue quatre modèles de clubs : le modèle notabilitaire ou le club est contrôlé, par des notables cumulant les positions politiques et/ou économiques ; le modèle communautaire où les clubs sont gérés par des dirigeants issus du public ou du club ; le modèle municipal où les clubs sont contrôlés par les municipalités ; le modèle d’entreprise où le club est dépendant, de l’entreprise qui l’a créée. Dans les PAF, la majorité des associations sportives se regroupent autour des deux premiers modèles, produit du système d’organisation du sport amateur. Le modèle notabilitaire où le dirigeant type utilise uniquement son argent et sa position politique pour gérer le club, le modèle communautaire où le dirigeant utilise son appartenance au club et son « savoir sportif » pour faire prévaloir son pouvoir à la tête de l’association sportive. De plus, il convient de noter que ces dirigeants restent des hommes bénévoles qui ne développent aucun rapprochement entre leur club et les secteurs économique et marchand. Leur gestion archaïque au « jour le jour » tendrait à démonter qu’ils n’adoptent aucune stratégie sportive à court, moyen et long terme, faute peut-être de disposer d’un savoir faire et d’un esprit managérial. Ceci explique, en grande partie, l’absence d’organisations sportives professionnelles susceptibles d’intéresser le sponsoring, la publicité, la retransmission télévisée et l’engouement des spectateurs.

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Ce constat, bien qu’il constitue un sérieux frein au développement des organisations sportives, reste néanmoins le caractère dominant contre lequel il est difficile d’agir. Ces dirigeants, qui occupent leurs postes pendant des décennies, sont souvent des notables, des hommes influents, des personnalités de la tribu, des hommes politiques ou des militaires, considérés souvent comme les gardes fous des intérêts du pouvoir en place. Ils sont « propulsés » à la tête des organisations sportives soit par des élections qui sont dans la plupart des cas caractérisées par une absence de démocratie, soit parce qu’ils sont désignés tout simplement par les autorités politiques ou militaires locales ou nationales (comme c’était le cas pour les premiers Présidents de fédérations désignés juste après les indépendances des PAF). Si quelques dirigeants tentent de faire l’effort pour améliorer la pratique sportive dans leurs organisations avec souvent très peu de moyens, voire leurs propres moyens, beaucoup d’entre eux sont à la tête pour des raisons autres que sportives [11]  Une étude faite à l’I.N.S. Moulay Rachid sur les dirigeants... [11] , puisqu’ils ne proposent aucun projet sportif aucune stratégie de développement. Ces dirigeants, sans culture sportive et organisationnelle, et aussi sans motivations réelles pour la promotion du sport, ont fait preuve de laxisme et d’incompétence et ils ont contribué à marginaliser de manière criante leurs organisations. De ce fait, c’est toute l’institution sportive des PAF qui va rester figée dans sa structure juridique primitive qu’elle a héritée de la colonisation et qui fait que les organisations survivent tant bien que mal à la marge de la société en général et du secteur économique et marchand en particulier.

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L’absence de culture, de formation et de stratégie sportives des dirigeants en place, perpétue une dépendance vis-à-vis du pouvoir politique et du Ministère de tutelle pour les aides en investissement, en fonctionnement, etc. Cette nouvelle dépendance de l’institution sportive vis-à-vis de « l’État Providence » génère une absence de stratégie à court, moyen et long terme (tout est géré au quotidien), dans les fédérations et leurs organes déconcentrés. Une autre conséquence concerne l’absence de réelle professionnalisation dans les systèmes sportifs de PAF. Le manque d’emplois rémunérés déclarés dans les clubs et les fédérations pour des missions de développement ou de gestion tend à prouver que le système du bénévolat ou de la débrouille n’a plus cours.

2.2.2 - Un pseudo-professionnalisme et l’exode massif des joueurs à l’étranger

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Dans beaucoup de PAF, on assiste à un exode, souvent massif, de joueurs ou athlètes de talent vers les pays européens faute d’un salaire minimum qui leur assure la vie de sportif de haut niveau pour ne pas dire de « vedettes ». A défaut de recettes importantes provenant du spectacle, du sponsoring et de la retransmission des compétitions, certains clubs de football réalisent des recettes importantes en effectuant les transferts de leurs meilleurs joueurs au profit des grands clubs comme l’indique le tableau 2 suivant (Andreff, 1999).

Tableau 2 - La participation des joueurs Africains au championnat de France professionnel de football de 1956/1998 (en pourcentage du nombre total des joueurs) Tableau 2
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Si cet exode de joueurs permet aux clubs africains de faire des recettes et d’avoir un « fonds de roulement » pour l’année, il a, néanmoins, beaucoup d’inconvénients sur le rendement de leurs équipes d’origine (après leur départ), le moral des entraîneurs et les spectateurs qui se déplacent moins souvent pour assister aux matches. Une autre conséquence concerne l’impact négatif de ce genre de transfert sur les recettes des clubs et parfois même sur le rendement des équipes nationales quand les joueurs changent de nationalité. En définitive, c’est bien le mythe du professionnalisme qui est mis en évidence, mythe organisé conjointement par les pays occidentaux et par les responsables politiques et associatifs des grandes fédérations (et des grands clubs) des PAF avec un pillage de plus en plus précoce entretenu par l’absence structures fédératives et de centres de formation digne de ce nom.

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Enfin, seuls le football, l’athlétisme et les sports de combats, alimentent ce mythe, avec notamment d’anciennes vedettes qui consacrent une partie de leurs gains ou de leurs temps (après leur carrière) pour tenter de remédier aux problèmes de formation et de fuite des jeunes talents. Pour les autres disciplines sportives, l’amateurisme règne et il est très souvent associé à un dénigrement populaire et médiatique, hormis dans le registre de l’handisport.

2.2.3 - Des Ministères de tutelle sans moyens ni logique managériale

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Les Ministères de tutelle chargés du sport dans les PAF apparaissent comme des structures vides de moyens qui ne permettent pas le développement du sport dans son ensemble. Le budget des Ministères reflète, en partie, l’importance accordée par les pouvoirs politiques et le « poids » des institutions sportives dans ces pays. La totalité des fonds destinés au financement du sport (construction d’infrastructures, subventions aux fédérations, formation des cadres, préparation de l’élite) est d’origine étatique, la participation des autres agents publics (les collectivités) et privés demeurant peu significatives dans le sport sauf dans les activités qualifiées de « riches ». Le cas du financement public du sport dans les pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) constitue un exemple significatif de la faiblesse du secteur sport, bien que ce financement soit plus important que dans les autres PAF [12]  Il faut relativiser les pourcentages des parts des... [12] . Pour l’Algérie, le budget alloué au département de la Jeunesse et des Sports pour l’année 2002 représente 6 272 millions de dinars dont 1 486 pour le sport, ce qui représente 0,31 % du budget de l’État (Zeghdoud, 2002). En Tunisie, le budget pour le sport est de 62 millions de dinars (soit environ 200 millions de francs ou 30 millions d’euros) en 1994, soit 1,53 % du budget général de l’État (Khiari, 1999). Pour le Maroc, l’évolution de 1956 à 2000 de la part du budget du Ministère de la Jeunesse et des Sports indique qu’il n’excède que rarement les 0,7 % du budget de l’État ; son un montant était de 942 256 000 dirhams en 2000 (Kaach, 2002).

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Les responsables africains n’ont pas perçu que ce sport de performance, né en Occident au sein d’un système technico-scientifique et économique en évolution, contribuait à la disparition progressive d’une grande partie des jeux traditionnels. Il apparaît qu’un développement via le seul sport de performance débouche sur des objectifs culturels erronés et une impasse sportive, économique et sociale. Les enjeux de prestige et l’absence d’environnement économique suffisant favorisent le maintien de systèmes sportifs nationaux non compétitifs à l’échelon international et un sous-développement de nombreux secteurs du marché sportif.

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L’inadaptation du système juridique et organisationnel du « sport public » dans les PAF, en adéquation avec leurs caractéristiques économiques, culturelles et sociales, accentue la fracture avec la France. Dans ce pays, l’émergence et l’évolution des ressources sportives locales se sont réalisées dans un réseau de contraintes institutionnelles, juridiques et financières, avec lesquelles l’État et les collectivités territoriales doivent composer pour gérer leur territoire. L’évolution des lois sur le sport, en direction du professionnalisme et de la professionnalisation, en adéquation avec la Décentralisation et la Déconcentration des Ministères au niveau local, a favorisé la progressive mise en place d’un management public du sport. Ce dernier recouvre l’ensemble des méthodes et techniques modernes (marketing, gestion sociale, etc.) permettant aux responsables des organisations de service public de gérer structures et missions (Hussenot, 1983). Le management public combine des contraintes d’efficacité (capacité d’atteindre des objectifs préalablement fixés) avec des contraintes d’efficience (obtention des résultats au moindre coût), ce qui suppose une démarche cohérente et rationnelle (Chevallier et Lochak, 1982). Il repose sur une programmation rompant avec l’annualité, une reconnaissance et la décentralisation ou la délégation des responsabilités individuelles, et une large place accordée à la concertation et à la contractualisation avec des autorités publiques ou privées (Auby, 1996). Le management public du sport remplace la logique des moyens et des valeurs de l’approche légaliste par une logique de résultat et de but à atteindre avec efficacité et efficience (Noir, 1993). Malheureusement, il apparaît que c’est davantage la logique bureaucratique et légaliste des Ministères (et de leurs directions) qui prévaut dans la gestion publique du sport dans les PAF. Cette logique favorise les privilèges et les pouvoirs acquis au détriment du développement économique et social.

Conclusion

Peut-on parler pour autant d’un « ordre sportif post-colonial » ?

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Cette étude exploratoire semble accréditer la présence d’un modèle sportif en Afrique francophone au regard des similarités de sous-développement des marchés du sport et des modes de gestion archaïques des organisations dans les PAF. Profondément ancré sur des logiques culturels, économiques, politico-juridiques, et sur des acteurs influents issus des minorités dominantes de ces pays, ce modèle est caractérisé par une configuration « bureaucratique » où le secteur public, en particuliers les services de l’État, joue un rôle essentiel dans la définition et la mise en œuvre de la politique sportive nationale. Cette configuration dans les PAF est similaire à celle de la France avant la Décentralisation, mais elle s’en différencie par la marginalisation et le sous-développement du secteur sport et par le manque de professionnalisation des pôles marchands et associatifs. L’écart économique qui doit séparer ces pays de leurs homologues industrialisés « derrière la vitrine spectaculaire des cérémonies ponctuellement délocalisées » (Andreff, 1999) apparaît (pré) déterminé. De surcroît, le maintien d’une relative dépendance entre l’ancienne métropole opulente et ces pays encore économiquement fragiles permet à la France (entre autres) de profiter de zones de délocalisation pour la fabrication de produits sportifs, et de viviers de talents « bon marchés » sur lesquels les clubs professionnels peuvent spéculer. Dans les PAF, une configuration « bureaucratique sous-développée » du secteur sport émerge et elle est marquée par un « anachronisme » de la dimension politico-juridique qui favorise le maintien des prérogatives des pouvoirs publics et des élites dominantes. Cette situation conduit à observer une gestion « sous tutelle occidentale » des dimensions économique et culturelle du sport, notamment pour la filière de la haute performance, les secteurs de la production de biens sportifs, des loisirs et du tourisme sportif.

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Dans un contexte de mondialisation du sport, peut-on parler de l’apparition d’un ordre sportif post-colonial réunissant l’ensemble des PAF au sein de l’ordre sportif mondial ? Confrontées à la domination des pays occidentalisés, du Comité International Olympique et des Fédérations Internationales, les nations d’Afrique francophone génèreraient leurs propres régulations à partir d’un même référent de fonctionnement : un « modèle sportif africain francophone ». Bien entendu, des différences profondes existent entre les États et il n’est pas possible ici de conclure à une homogénéité de l’évolution du secteur sport (nombres de pratiquants, d’activités, de fédérations…). Reposant principalement sur une configuration bureaucratique « sous-développée » relativement analogue, ces pays développent des partenariats sportifs spécifiques auxquels ils accordent une grande importance. Emanant de la coopération franco-africaine, l’existence d’institutions politiques (le Haut Conseil de la Francophonie), d’institutions sportives continentales ou intergouvernementales (la CONFEJES, l’ACNOA, l’UCSA…) et de Comités d’organisation des Jeux Africains, de la Méditerranée ou de la Francophonie…, tendrait à légitimer la présence d’un ordre sportif post-colonial francophone. Les stratégies de ces pays africains francophones seraient alors tributaires des enjeux auxquels elles doivent faire face et des rapports privilégiés qu’elles nouent à la fois avec les environnements international et africain. Leurs politiques et leurs actions dépendent du jeu des sources de pouvoir de leurs acteurs les plus influents dans les diverses institutions et organisations « communes », et des contextes d’alliance ou d’affrontement, au sein de cet ordre sportif post-colonial francophone. Dès lors, il s’agit de poursuivre les investigations afin de vérifier l’existence de cet ordre sportif post-colonial à l’ensemble des PAF, voire aux PVD dans d’autres continents (ordres sportifs « francophone, anglophone, lusophone ou hispanique »).

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Dans un contexte de mondialisation, est-ce que cet ordre sportif post-colonial francophone peut contribuer au développement économique et social des PAF ou demeure-t-il un mythe « enchanteur et vide de sens » ? Il est aujourd’hui difficile de répondre de manière catégorique entre le désir de certains dirigeants de ces nations de développer le sport selon des valeurs occidentales, d’élus politiques qui désirent concilier valeurs traditionnelles de l’Afrique avec une gestion moderne du sport (Fottorino, 1994), et des mouvements « islamistes » (minoritaire en Afrique francophone) qui se méfient du libéralisme pénétrant insidieusement par la médiatisation les cultures africaines (Kabou, 1994 ; Raspaud et Tito, 2002). Même si le contexte africain est sensiblement différent (Mutabazi, 1988) et si les discours sur le modèle entrepreunarial ont des difficultés à s’exporter (Fatès, 1994), des réformes apparaissent possibles si elles sont le produit d’une volonté politique des responsables étatiques. Avec des objectifs précis, une conscience claire des contraintes et un partage des responsabilités entre le Ministère de tutelle, les collectivités locales, le mouvement sportif associatif et marchand avec toutes leurs composantes (fédéral, scolaire, militaire, loisir, tourisme), les PAF pourraient créer les conditions d’un début de « développement sportif durable ». Loin de vouloir promulguer un avis d’expert, notre travail vise avant tout à relancer l’intérêt pour le champ de la recherche sur les PVD dans le domaine des sciences humaines et sociales du sport.


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Notes

[1]

Les notions de pays en voie de développement ou pays en émergence ne sont pas dues à un positionnement idéologique (pays en voie de sous-développement, pays dominés ou du tiers monde…) ou théorique (pays du Sud, du centre, de la périphérie…), elles ont été choisies en raison de leur usage relativement « courant » dans le langage des chercheurs et des responsables politiques des PVD.

[2]

Afrique du Nord, Afrique sahélienne, Afrique extrême occidentale, Golfe de Guinée, Afrique centrale…

[3]

Les pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) vis-à-vis de l’Afrique sahélienne (Burkina Faso, Mali, Niger, Tchad), les pays enclavés (Mali, Niger, Tchad, Centre Afrique) vis-à-vis des pays côtiers (Sénégal, Guinée, Côte d’Ivoire, Togo, Bénin, Cameroun)…

[4]

L’Annuaire économique et géopolitique mondial fournit des indicateurs économiques comme le PIB, la croissance annuelle, la dette extérieure totale sur les PAF. Mais selon les critères établis par la Banque Mondiale, on distingue aujourd’hui : les pays les moins avancés (PMA) dont le PNB par tête d’habitant est inférieur à 600 $, les pays en développement à revenu intermédiaire (PRI) ayant un PNB par tête d’habitant compris entre 600 et 2 000 $, les nouveaux pays industriels ou les économies de marché émergentes (EME) dont le PNB par tête d’habitant est supérieur à 2 000 $ et inférieur à 9 000$. Si on s’appuie sur le PNB comme facteur de classification des PAF, treize pays sont classés parmi les moins avancés (Sénégal, Ghana, Bénin, Togo, Ouganda, République Centrafricaine, Madagascar, Mali, Burkina Faso, Tchad, Niger, Mauritanie, Gabon) et sept pays à revenu intermédiaire (Algérie, Maroc, Djibouti, Somalie, Côte d’Ivoire, Cameroun, Tunisie).

[5]

Le développement du sport en Europe s’est fait autour de trois pôles (public, marchand et associatif) en Europe et les similitudes des modes d’organisation de certains pays conduisent à repérer trois « configurations sportives » : « bureaucratique » (l’État et le secteur public ont un rôle essentiel), entrepreunariale (rationalisation et ajustement systématique des structures d’offre privées) et « missionnaire » (mouvement sportif associatif très ancré dans la vie locale).

[6]

Sur la base d’entretiens semi-directifs ou d’allocutions officielles récentes, recueillis par des enseignants et des étudiants marocains (dans le cadre d’une convention de recherche entre la Faculté des Sciences du Sport-UFR STAPS de Dijon et l’Institut Royal de Formation des Cadres signée en 1999) et traités de manière thématique et fréquentielle.

[7]

Sur 42 000 licenciés en 1955, on ne comptait que 2 890 marocains y compris les israélites, soit moins de 7 % de l’ensemble.

[8]

Selon Deville Danthu (1997, 28), « pour éviter l’essor des mouvements associatifs, les autorités françaises n’y avaient pas étendu la loi du 1er juillet 1901 sur les associations. Leur autorisation restait soumise à des textes plus contraignants abrogés en métropole, notamment l’article 291 du code pénal de 1810 qui interdisait les sociétés de plus de 20 personnes non autorisées par les pouvoirs publics et la loi du 10 avril 1834 renforçant la répression de l’activité associative.

[9]

On recense plus de 750 compétitions à caractère international par an.

[10]

Il faut évidemment souligner qu’après leur indépendance les PAF ont enregistré un niveau de développement nuancé au regard du PNB, mais aucun pays n’a atteint aujourd’hui le seuil des nouveaux pays industriels ou des économies de marché émergentes.

[11]

Une étude faite à l’I.N.S. Moulay Rachid sur les dirigeants de clubs de football de lère Division (Larbi, 1993) montre que 70 % des dirigeants ont plus de 10 ans en club et 100 % n’ont pas de diplôme sportif ou en gestion du sport.

[12]

Il faut relativiser les pourcentages des parts des budgets des sports au regard de ceux de l’État car ils s’avèrent supérieurs à celui de la France depuis le début les lois de décentralisation. A titre d’exemple, le budget de la Jeunesse et des sports en France en 2000 est de 1,7 milliards d’euros (0,43 % du budget de l’État) sur 24,6 milliards d’euros de dépense sportive nationale (1,7 % du PIB brut hors bénévolat) (Comptes économiques du sport, 2001).

Résumé

Français

Cet article s’attache à montrer les similitudes existant entre le niveau du développement du sport du Maroc, l’Algérie, la Tunisie, le Sénégal, le Bénin, le Congo et le Cameroun, comparé à partir du concept de « configuration sportive » qui correspond aux modes de régulation des systèmes sportifs présents dans chacun de ces pays. En tant qu’États africains et sociétés post-coloniales francophones, il apparaît que l’héritage du passé a profondément influencé leur fonctionnement politique avec une gestion publique très centralisée. Le sport n’a pas échappé à ce legs et son administration actuelle dépend principalement de la tutelle du Ministère de la Jeunesse et des Sports et des Comités Nationaux Olympiques. Ces entités gèrent le sport de manière très « bureaucratique et légaliste » et font de la structure fédérale la base du système organisationnel afin de faire émerger quelques champions sur le plan international. Mais cette façade de « héros légendaires » masque un marché sportif peu diversifié dont le poids économique apparaît dérisoire. Si des résistances et des inerties persistent, des solutions d’ordre juridique et managérial sont néanmoins envisageables pour que le développement du sport devienne une réalité économique et sociale.

Mots clés

  • sport
  • économie
  • management
  • pays africains francophones

English

Is a “sport model” existing in french-speaking african countries ? This paper show the existing similarities between the development of sport level in Morocco, Algeria, Tunisia, Senegal, Benin, Congo and Cameroun, based of the concept of the french-speaking post-colonial shape in regard the relation modes of sport systems existing in each of these countries. As french-speaking post-colonial african states and societies, it seems that the past inheritance has deeply influenced their political functioning with a very centralized public management. The sport has not escaped from this legacy and it present administration depends principally on the Ministry of Youth and Sports and the National Olympic Committees. These entities manage the sport in a legalist way and make of the federal structure a basis of the organisational system in order to make some champions come out on the international level. But this facade of “legendary heroes” hides a poorly diversified sport market which economic weight seems minimal. If resistances and inertia still exist, judiciary and management solutions are however possible in order to make of the development of sport a social and economic reality.

Keywords

  • sport
  • economy
  • management
  • french-speaking african countries.

Deutsch

Gibt es ein „Sportmodel“ in den frankophonen afrikanischen Ländern? Dieser Artikel versucht zwischen dem Entwicklungsniveau des Sports in Marokko, Algerien, Tunesien, dem Senegal, Benin, dem Kongo und Kamerun Ähnlichkeiten aufzuzeigen, wobei auf das Konzept der „Sportkonfiguration“, die den Regulationsmodalitäten der Sportsysteme dieser einzelnen Länder entspricht, zurückgegriffen wird. Als afrikanische Staaten und frankophone postkoloniale Gesellschaften sind ihre politischen Funktionen mit einer stark zentralisierten Verwaltung sehr durch das Erbe der Vergangenheit beeinflusst worden. Der Sport macht dabei keine Ausnahme: Seine aktuelle Verwaltung ist im Wesentlichen von den Jugend- und Sportministerien und den nationalen Olympischen Komitees abhängig. Diese Institutionen verwalten den Sport auf sehr bürokratische und legalistische Art und Weise und machen die Verbandsstruktur zur Basis des Organisationssystems, um einige Meister auf internationaler Ebene hervorzubringen. Aber diese Fassade des „legendären Sporthelden“ verdeckt einen wenig differenzierten Sportmarkt, dessen ökonomisches Gewicht lächerlich erscheint. Wenn auch Widerstände und Trägheiten weiter bestehen, so scheint es doch Lösungen aus dem Bereich des Rechts und des Managements zu geben, um den Sport zu einer ökonomischen und sozialen Realität werden zu lassen.

Schlagwörter

  • Sport
  • Ökonomie
  • Management
  • frankophone afrikanische Länder

Italiano

Esiste un «modello sportivo» nei paesi africani francofoni ? Quest’articolo intende mostrare le similitudini esistenti tra il livello di sviluppo dello sport del Marocco, l’Algeria, la Tunisia, il Senegal, il Benin, il Congo e il Camerun, confrontate partendo dal concetto di «configurazione sportiva» che corrisponde ai modi di regolazione dei sistemi sportivi presenti in ciascuno di questi paesi. In quanto Stati africani e società post-coloniali francofone, emerge che l’eredità del passato ha profondamente influenzato il loro funzionamento politico con una gestione pubblica molto centralizzata. Lo sport non è sfuggito a queste leggi e la sua amministrazione attuale dipende principalmente dalla tutela del Ministero della Gioventù e degli Sport e dai Comitati Olimpici Nazionali. Queste entità gestiscono lo sport in maniera molto «burocratica e legalista» e fanno della struttura federale la base del sistema organizzativo allo scopo di fare emergere alcuni campioni sul piano internazionale. Ma questa facciata di «eroi leggendari» maschera un mercato sportivo poco diversificato il cui peso economico appare irrilevante. Se persistono delle resistenze e delle inerzie, tuttavia si intravedono delle soluzioni di ordine giuridico e manageriale perché lo sviluppo dello sport diventi una realtà economica e sociale.

Parole chiave

  • economia
  • management
  • paesi africani francofoni
  • sport.

Español

Existe un modelo deportivo en los países africanos francófonos Este artículo busca mostrar las similitudes existentes entre Marruecos, Argelia, Túnez, Senegal, Benin, Congo y Camerún, con relación al nivel de desarrollo del deporte. Esto, comparado a partir del concepto de “configuración deportiva” que corresponde a los modos de regulación de los sistemas deportivos presentes en cada uno de estos países. En tanto que estados africanos y sociedades post-coloniales francófonas, aparece que la herencia del pasado a influenciado profundamente su funcionamiento político con una gestión pública muy centralizada. El deporte no escapó a aquel legado y su administración actual depende principalmente de la tutela del Ministerio de la Juventud y Deportes y de los Comités Olímpicos Nacionales. Estas entidades regulan el deporte de manera “burocrática y legalista” y hacen de la estructura federal la base del sistema organizacional, con el fin de destacar algunos campeones en el plano internacional. Pero esta fachada de “héroes legendarios” oculta un mercado deportivo poco diversificado en el que el peso económico parece en desmedro. Aunque persisten resistencias e inercias, soluciones de orden jurídico y administrativos son consideradas para que el desarrollo del deporte sea una realidad económica y social.

Palabras claves

  • deporte
  • economía
  • management
  • países africanos francófonos.

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. L’héritage du passé colonial : des retentissements structurels, politiques et économiques
    1. L’influence de la colonisation sur l’organisation publique et sportive
    2. Une logique de fonctionnement et de tutelle centralisée et distinctive
    3. Des réformes politiques et économiques importantes qui font du sport un « tiers secteur »
    4. Les PAF face à la mondialisation et à l’évolution juridique du sport
    5. Les « racines » du modèle sportif africain francophone
  3. Le « mythe » du développement actuel du sport en Afrique francophone
    1. Un marché du sport sous-développé
      1. Un parc d’équipements sportifs plus qu’insuffisant
      2. Une pratique sportive à l’école limitée
      3. Le sport fédéral en déliquescence
      4. Des loisirs sportifs socialement marqués et un tourisme sportif inexploité
      5. Une formation des cadres insuffisante et trop spécialisée
    2. Le manque de stratégie et de gestion managériale dans les organisations
      1. Une gestion sportive bénévole, au « jour le jour » et sans stratégie managériale
      2. Un pseudo-professionnalisme et l’exode massif des joueurs à l’étranger
      3. Des Ministères de tutelle sans moyens ni logique managériale
  4. Conclusion
    1. Peut-on parler pour autant d’un « ordre sportif post-colonial » ?

Pour citer cet article

Bouchet Patrick, Kaach Mohammed, « Existe-t-il un « modèle sportif » dans les pays africains francophones ? », Staps 3/ 2004 (no 65), p. 7-7
URL : www.cairn.info/revue-staps-2004-3-page-7.htm.
DOI : 10.3917/sta.065.0007


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