2004
STAPS
Rapports de recherche
« Perception de l’orientation visuelle chez des experts en
taekwondo »
Rousseu Christelle
Crémieux Jacques
UFR-STAPS, Université Toulon-Var, BP 132, 83 957 La Garde
Cedex ;
04 94 14 27 18 :
rousseu@univ-tln.fr – 04 94 14 26
14 : cremieux@univ-tln.fr
L’éducation posturale en sport pourrait favoriser l’utilisation
d’informations posturo-gravitaires pour coder l’orientation du corps dans
l’espace, et influencer la gestion des référentiels spatiaux servant à la
perception de la verticale et au maintien de l’équilibre. Des athlètes soumis à
des contraintes posturales et spatiales importantes (taekwondo) devraient donc
faire moins d’erreur d’appréciation de la verticale que d’autres.
De nombreuses études sur l’orientation spatiale utilisent un test
de dépendance à un champ visuel incliné, celui du Cadre et de la Baguette (Rod
and Frame Test, RFT), et en sport la plupart utilisent une seule valeur
d’inclinaison du cadre. S’il existe bien un lien entre l’expertise posturale
des sujets et leur dépendance à l’égard du champ visuelle, les experts au
niveau de l’équilibration devraient être moins influencés par d’importantes
inclinaisons du cadre, trop éloignées de conditions posturales
réalisables.
Nous avons utilisé des inclinaisons de 0Ëš, 8Ëš, 18Ëš et 28Ëš pour
comparer des experts en Taekwondo à d’autres sportifs. Une seule valeur
d’inclinaison semble insuffisante pour caractériser un individu ou un groupe.
Les experts en taekwondo ont globalement une plus grande indépendance à l’égard
du champ visuel que les autres sportifs étudiés, et les hommes experts en
taekwondo sont moins influencés par de fortes inclinaisons du cadre.
Mots-clés :
Taekwondo, Test du cadre et de la baguette, Dépendance visuelle, Orientation spatiale, Verticalité.
Postural education in sport could favour the use of
posturo-gravitational information to code body orientation in space. Moreover,
sport postural education could have consequences for the use and the selection
of spatial frame reference. High level sports activities, like taekwondo
training, submit athletes to difficult postural and spatial constraints.
Therefore, they should made less error of verticality appreciation than other
physically active subjects.
Many studies of spatial orientation used the Rod and Frame Test
(RFT): test of dependence in a roll tilted visual field. In sports studies,
only a single value of tilted frame was typically used. If a link exists
between postural subjects expertise and their visual field-independence,
experts in equilibration should be less influenced by a large frame tilt, too
much taken away from practicable postural conditions.
We used tilted frame of 0 Ëš, 8 Ëš, 18 Ëš and 28 Ëš to compare
Taekwondo experts to other physically active subjects. A single value of tilted
frame seems insufficient to characterize an individual or a group. Taekwondo
experts have globally a greater visual field-dependence than the other
physically active subjects, and male taekwondo expert were less influenced by
important tilted frame.
Keywords :
Taekwondo, Rod and frame test, Visual dependence, Spatial orientation, Verticality..
Die Haltungserziehung im Sport könnte helfen, Informationen über
Haltung und Schwerkraft zu nutzen, um die Orientierung des Körpers im Raum zu
kodieren und räumliche Indikatoren zu verwalten, die der Perzeption der
Vertikalen und der Gleichgewichtserhaltung dienen. Athleten, die bedeutsamen
posturalen und räumlichen Zwängen unterworfen sind (Taekwondo) dürften also
weniger Fehler beim Schätzen der Vertikalen machen als andere.
Zahlreiche Studien zur räumlichen Orientierung benutzen einen
Test der Abhängigkeit von einem schrägen Gesichtsfeld, den Rod and Frame Test (
RTF). Im Sport benutzen die meisten einen einzigen Neigungswert des Rahmens.
Wenn ein Zusammenhang besteht zwischen dem posturalen Können der Probanden und
ihrer Abhängigkeit vom Gesichtsfeld, dürften die Gleichgewichtskönner weniger
durch bedeutende Neigungen des Rahmens von realisierbaren posturalen
Bedingungen beeinflusst werden.
Wir haben Neigungen von 0Ëš, 8Ëš, 18Ëš und 28Ëš benutzt, um
Taekwondo-Experten mit anderen Sportlern zu vergleichen. Ein einziger
Neigungswinkel scheint nicht ausreichend zu sein, um ein Individuum oder eine
Gruppe zu charakterisieren. Die Taekwondo-Experten haben allgemein eine größere
Unabhängigkeit hinsichtlich des Gesichtfeldes als die untersuchten Sportler;
sie werden weniger durch starke Neigungen des Rahmens beeinflusst.
Schlagwörter :
Teakwondo, Rod and Frame Test, visuelle Abhängigkeit, räumliche Orientierung, Vertikalität..
L’educazione posturale nello sport potrà favorire l’utilizzazione
di informazioni posturo-gravitarie per codificare l’orientamento del corpo
nello spazio, e influenzare la gestione dei referenziali spaziali che servono
alla percezione della verticale e al mantenimento dell’equilibrio. Atleti
sottoposti ad obblighi posturali e spaziali importanti (taekwondo) dovrebbero
quindi fare meno errori di valutazione della verticale rispetto ad
altri.Numerosi studi sull’orientamento spaziale utilizzano un test di
dipendenza ad un campo visivo inclinato, quello del Quadrato e della Bacchetta
(Rod and Frame Test, RFT), e nello sport la maggior parte utilizza un solo
valore d’inclinazione del quadrato. Se esiste ben un legame tra l’expertise
posturale dei soggetti e la loro dipendenza nei riguardi del campo visivo, gli
esperti a livello dell’equilibrio dovrebbero essere meno influenzati da
importanti inclinazioni del quadrato, troppo lontani dalle condizioni posturali
realizzabili.Abbiamo utilizzato delle inclinazioni di 0Ëš, 8Ëš, 18Ëš e 28Ëš per
confrontare degli esperti di taekwondo con altri sportivi. Un solo valore
d’inclinazione sembra insufficiente per caratterizzare un individuo o un
gruppo. Gli esperti nel taekwondo hanno globalmente una maggiore indipendenza
nei riguardi del campo visivo rispetto agli altri sportivi studiati e sono meno
influenzati da forti inclinazioni del quadro.
Parole chiave :
dipendenza visiva, orientamento spaziale, taekwondo, test del quadrato e della bacchetta, verticalità..
La educación de la postura en el deporte podría favorecer la
utilización de informaciones de las posturas gravitacionales para codificar la
orientación del cuerpo en el espacio e influenciar la gestión de referencias
espaciales que sirven para la percepción de la vertical y del mantenimiento del
equilibrio. Por lo tanto, atletas sometidos a importantes tensiones de postura
y espaciales (Taekwondo) deberían realizar menos errores de apreciación de la
vertical que otros.
Numerosos estudios sobre la orientación espacial utilizan un test
de dependencia a un campo visual inclinado, aquel del Cuadro y el de la
Baguette (Rod and Frame Test, RFT), y en deporte la mayoría utiliza un solo
valor de inclinación del cuadro. si existiera un lazo entre el peritaje de la
postura de los sujetos y su dependencia respecto al campo visual, en el nivel
del equilibrio, los expertos deberían encontrarse menos influenciados por
inclinaciones importantes del cuadro, muy alejado de condiciones de postura
realizables.
Hemos utilizado inclinaciones de 0º, 8º, 18º y 28º para comparar
expertos en Taekwondo con otros deportistas. Un solo valor de inclinación
parece insuficiente para caracterizar un individuo o grupo. Globalmente, los
expertos en taekwondo tienen una mayor independencia con relación al campo
visual, respecto de otros deportistas estudiados, y los hombres expertos en
Taekwondo se encuentran menos influenciados por inclinaciones fuertes del
cuadro.
Palabras claves :
Taekwondo, Test del cuadro y de la baguette, dependencia visual, orientación espacial, verticalidad..
Dans la vie de tous les jours, mais de façon encore plus
précise dans la pratique d’un sport, il est important de connaître la position
et l’orientation des objets, des partenaires ou des adversaires, mais aussi et
surtout de son corps dans l’espace. Cette orientation spatiale des individus
(la faculté qu’ils ont à se situer dans l’espace) agit à deux niveaux : un
niveau perceptif, permettant le jugement de l’orientation spatiale, de la
verticalité ; et un niveau moteur, permettant la réalisation de l’équilibre
postural vertical. Dans la littérature, il est classique de trouver un effet du
niveau perceptif sur le niveau moteur, que ce soit de façon empirique
(instabilité perçue quand on ferme les yeux en se tenant sur un pied par
exemple) ou expérimentale (face à un environnement incliné ou mouvant ; soumis
à un éclairage stroboscopique à basse fréquence supprimant la vision du
mouvement, Amblard et Crémieux, 1976 ; Berthoz, Lacour, Soechting & Vidal,
1979).
La position corporelle la plus naturelle de l’être humain
adulte, qui va notamment lui servir de repère pour s’orienter dans l’espace,
est la station bipédique debout, verticale, que Paillard a nommé en 1971 la «
posture érigée fondamentale » (ou
espace postural de référence). Les principaux repères que peut utiliser
l’individu pour maintenir cette position sont la direction des objets de
l’environnement orientés par la gravité (arbres), ainsi que les lignes
horizontales et verticales présentes quotidiennement dans notre environnement
(angles droits des murs, des fenêtres,…). En « biaisant » ces informations
visuelles (scène visuelle inclinée), Ebenholtz & Benzschawel (1977) ont
notamment montré, en utilisant un test d’ajustement du corps entier à la
verticale (Body ajustement test, BAT : participant assis dans un fauteuil
inclinable en présence d’un cadre incliné ici à 28°) que les ajustements de la
tête étaient effectués en direction de l’inclinaison du cadre, avec une
variabilité interindividuelle importante. De nombreux travaux étudient aussi le
rôle de la perception visuelle de la verticalité sur le maintien de l’équilibre
postural (Amblard, Crémieux, Marchand & Carblanc, 1985 ; Crémieux, Isableu
et Ohlmann, 1995 ; Isableu, Ohlmann, Crémieux & Amblard, 1997, 2003 ;
Isableu, Amblard, Ohlmann et Crémieux, 1997). Ainsi, bien qu’il existe un effet
certain du niveau perceptif sur le niveau moteur, l’effet inverse, du niveau
moteur sur le niveau perceptif est très mal connu et très peu étudié (Isableu,
Amblard, Ohlmann et Crémieux, 1998).
C’est pourquoi, dans cette étude, nous allons nous intéresser,
à travers la perception de la verticalité, aux effets possibles de la pratique
intensive et précise de l’équilibre postural vertical, pendant un entraînement
sportif, sur le jugement visuel de la verticalité, car tous deux utilisent les
mêmes systèmes sensoriels, dont l’un nous intéresse plus particulièrement : la
vision.
Les trois principaux systèmes utilisés pour la perception de la
verticalité (Ohlmann, 1988) sont le système visuel, le système vestibulaire qui
fait intervenir canaux semi-circulaires et otolithes (respectivement sensibles
aux accélérations angulaires et linéaires de la tête) et le système
proprioceptif (les fuseaux neuro-musculaires, sollicités par l’étirement des
muscles antigravitaires ; les organes neuro-tendineux de Golgi, sensibles à une
tension exercée par l’étirement passif ou l’activation du muscle ; les
récepteurs articulaires, sensibles à la position de l’articulation). A partir
des informations sensorielles issues de ces différents systèmes, l’homme va
pouvoir se construire des référentiels (standards internes, bases de références
internes, issues de la mise en relation des différentes informations
sensorielles au cours du développement du sujet). Ces référentiels visuel,
gravitaire et égocentré (axe Z, correspondant à l’axe tête-tronc) servent à
coder l’orientation du corps dans l’espace. En situation d’équilibre postural
facile (debout normalement sur deux pieds et sur sol stable, par exemple) ces
trois référentiels sont redondants et chaque personne peut en choisir un
préférentiellement pour réaliser cette tâche motrice qui semble si simple :
tenir debout et effectuer des gestes dans cette posture.
A ce sujet, Reuchlin (1978, 133) a introduit la notion de «
processus vicariants ». Il s’agit de « stratégies, de séquences d’opérations, de processus par
lesquels un organisme, placé dans une situation exigeant de lui une certaine
réponse adaptative, élabore cette
réponse ». Ce type de processus serait notamment impliqué dans la
perception de la verticale et permettrait au sujet de s’adapter aux situations
rencontrées. En effet, certains de ces processus sont plus ou moins facilement
évocables, utilisables, que d’autres selon les individus. Ces processus sont
donc substituables les uns aux autres pour résoudre une tâche de niveau donné.
Pour Reuchlin (1978, 135) « les individus les
plus favorisés dans une certaine situation seraient ceux pour lesquels les
processus les plus facilement évocables jouiraient de la plus grande efficacité
dans cette situation ». Il suppose que ces processus n’ont pas la
même efficacité, et c’est pourquoi la réponse des sujets est plus ou moins
coûteuse en fonction du processus utilisé.
De plus, la dominance implicite d’un de ces processus
vicariants, dans une situation donnée, pourrait résulter selon Reuchlin, de la
constitution génétique de l’individu considéré (phylogenèse), de ses
expériences antérieures (ontogenèse), voire des deux à la fois. Pour Ohlmann
(1990), cette dominance pourrait résulter plus précisément d’automatismes
pilotés par la régulation posturale, développés pendant la vie de tous les
jours durant l’ontogenèse, et donc où intervient l’expérience vécue par le
sujet, dont l’expérience posturale y compris en sport.
On peut donc partir d’une première hypothèse, générale, selon
laquelle des expériences posturales nombreuses et variées permettraient un
meilleur jugement de la verticalité. Parmi ces expériences, l’éducation
posturale plus particulièrement développée dans certains sports constitue selon
nous un élément privilégié, puisqu’il existe un entraînement spécifique à ce
contrôle postural. Par conséquent, on peut penser que la pratique d’un sport de
ce type doit favoriser l’utilisation d’informations posturo-gravitaires pour
coder l’orientation du corps dans l’espace, et influencer ainsi la gestion des
référentiels spatiaux, visuel, gravitaire et
égocentré servant à la perception de la verticale et au maintien de
l’équilibre (Golomer, Crémieux, Dupui, Isableu & Ohlmann, 1999 ; Isableu,
et al., 1997). On peut ainsi, en
généralisant, supposer que les sportifs devraient avoir en moyenne un meilleur
jugement de la verticalité que des sujets novices.
Parmi les sports, la pratique à un haut niveau d’un sport de
combat comme le taekwondo (art de combat coréen de percussion pieds/poings,
proche du karaté et de la Boxe Française) soumet les athlètes à des contraintes
posturales et spatiales importantes (en particulier lors des nombreux coups de
pied sautés et en pivot). Cette discipline sportive nécessite donc de maîtriser
l’équilibre postural statique, mais surtout dynamique du corps, pour une
efficacité optimale de la majorité des techniques utilisées. On parle ici
d’équilibre statique lorsque les oscillations du corps d’un sujet debout ne
s’accompagnent pas d’une déformation du polygone de sustentation, et que les
déplacements de la projection du centre de gravité restent à l’intérieur de
celui-ci. Un équilibre dynamique est lui réalisé lorsque la forme ou la taille
du polygone de sustentation se modifie. De plus, la pratique du taekwondo
nécessite d’avoir un contrôle précis de l’orientation pour effectuer ces
nombreuses rotations du corps (notamment lors des coups de pieds) en
déplacement. Grâce à cet entraînement physique très particulier, les
pratiquants de taekwondo devraient faire moins d’erreur d’appréciation de la
verticale que d’autres sportifs soumis, dans leur sport respectif, à des
contraintes posturales plus faibles (Rousseu & Crémieux, 1999), s’il n’y
avait que le contrôle de l’équilibration posturale qui intervient dans la
perception de l’orientation, sachant que d’autres facteurs interviennent (âge,
sexe,…). Toutefois, dans la littérature, on retrouve bien au niveau postural un
contrôle plus fin des sportifs par rapport aux novices, en condition
d’équilibre postural clément, normal (Crémieux et Mesure, 1992 ; Golomer, Monod
& Dupui, 1997 ; Mesure, Bonnet et Crémieux, 1994 ; Mesure et Crémieux, 1998
; Mesure, Crémieux et Amblard, 1995 ; Perrin, 2002). De plus, on sait que cette
séparation entre sportifs et novices s’accroît avec l’augmentation de la
difficulté de la tâche posturale (Crémieux, Mesure & Amblard, 1994). Il est
donc acquis que l’entraînement sportif permet un meilleur contrôle postural.
Cependant, en ce qui concerne la Dépendance / Indépendance à l’égard du champ
visuel, on ne trouve pas, classiquement, de différence entre sportifs et
novices, leur performance perceptive étant équivalente (Bard, 1972 ; Barrell
& Trippe, 1975 ; Deshaies & Pargman, 1976 ; Lee, Fant, Life, Lipe &
Carter, 1978 ; Lindquist, 1978 ; Loader, Edwards & Henschen, 1982). Ces
deux résultats semblent aller à l’encontre de notre supposition de départ, mais
deux explications restent possibles. Soit, l’entraînement sportif pourrait ne
pas avoir d’effet sur la perception de l’orientation spatiale, et l’hypothèse
générale que nous soutenons serait à rejeter. Soit, et c’est l’hypothèse
alternative que nous proposons, ce sont les outils et les méthodes d’analyse
des résultats qui sont inadaptés pour faire ressortir de telles différences.
C’est pourquoi, nous allons utiliser et développer ici de « nouvelles »
méthodes d’analyse, qui jusqu’ici, à notre connaissance, n’ont pas été
proposées par d’autres auteurs.
Pour étudier la perception de l’orientation spatiale, de
nombreuses études ont utilisé un test de dépendance à un champ visuel incliné,
celui du Cadre et de la Baguette, en anglais Rod and Frame Test, ou RFT de
Witkin & Asch (1948). Ce test peut créer un « conflit perceptif » entre
informations visuelles et informations posturales, en perturbant une entrée
sensorielle visuelle, dans une tâche de jugement de la verticalité.
A partir de la médiane des erreurs absolues de jugement de la
verticalité de la population étudiée, on peut séparer cette population suivant
une typologie concernant deux styles perceptifs : des personnes dites
dépendantes à l’égard
du champ visuel (DC), qui utilisent préférentiellement
les informations visuelles pour juger de la verticalité au RFT, qui font donc
de plus fortes erreurs d’ajustement que les personnes dites
indépendantes à l’égard
du champ (IC), qui utilisent plutôt les informations
posturo-gravitaires pour réaliser cette l’épreuve, et arrivent à faire
abstraction du cadre pour replacer la baguette à la verticale.
Witkin & Asch, en 1948, utilisaient trois valeurs
d’inclinaison du cadre (15°, 30° et 60°). A partir de leurs résultats et pour
des raisons de rapidité du test, la plupart des recherches utilisant le RFT en
sport se sont intéressées à une seule valeur d’inclinaison du cadre : soit, et
c’est le plus souvent 28° (Apitzsch & Liu, 1997 ; Barrel & Trippe, 1975
; Brady, 1995 ; Goldberg, 1979 ; Raviv & Nabel, 1990 ; Rotella &
Bunker, 1978) où une telle valeur d’inclinaison du cadre permet de mieux
séparer les styles ou les populations de sujets étudiés, ce qui a été vérifié
par Brenet & Luyat (1995) entre IC et DC, soit plus rarement 18°, où
l’erreur d’appréciation de la verticale est maximale (Crémieux,
et al., 1995 ; Rousseu & Crémieux,
1999).
Les résultats des recherches de Brenet & Luyat (1995), Cian
(1992), Goodenough, Cox, Sigman & Strawderman (1985), Luyat (1996), sur les
effets de l’inclinaison du cadre de référence montrent, de façon générale, que
l’erreur d’appréciation de la verticalité augmente jusqu’à une valeur optimale
d’inclinaison du cadre comprise entre 15° et 20° (d'où le choix de 18°). Après
cette valeur critique, l’erreur d’ajustement décroît, et Brenet & Luyat
(1995) ont proposé un résumé des différents résultats classiquement obtenus au
RFT (voir représentation schématique figure 1).
Figure 1
Verticale subjective (Vs en °) en
fonction des différentes valeurs d’inclinaisons du cadre.
D’après les travaux de Brenet & Luyat (1995).
Or, s’il existe bien un lien entre l’expertise posturale des
sujets et leur dépendance à l’égard du champ visuel, on peut formuler
l’hypothèse supplémentaire que des sujets sportifs experts au niveau de
l’équilibration seront moins influencés que d’autres par des inclinaisons
importantes de l’environnement visuel, trop éloignées de conditions posturales
réalisables pour qu’ils continuent à prendre comme référence de la verticalité
ces informations visuelles, au détriment des informations posturales (Isableu
et al., 1998). Il est donc intéressant
de tester plusieurs valeurs d’inclinaison du cadre (Rousseu, Isableu et
Crémieux, 2000), car les sujets experts en sport d’équilibre (pratiquant ici le
taekwondo à haut-niveau) devraient faire leur première erreur
maximale d’appréciation de la verticale pour une valeur
d’inclinaison du cadre plus faible que les autres sujets sportifs (étant un
nouveau paramètre, cette « première erreur
maximale » sera expliquée en détail en méthodologie).
Ces experts au niveau équilibration devraient aussi faire, de
façon générale, de moins fortes erreurs de jugement que des sujets non experts
ou moins experts à ce niveau (les autres sportifs).
De plus, l’analyse des résultats classiquement utilisée au RFT
nous semble incomplète, c’est pourquoi nous souhaitons mettre au point
différentes méthodes d’analyse des résultats. Dans un premier temps, nous
voulons vérifier leur intérêt par rapport à une étude classique en sport se
limitant à une seule valeur d’inclinaison du cadre, et dans un second temps,
par rapport à une étude faisant intervenir plusieurs valeurs
d’inclinaisons.
2.1. Participants
Pour le test à une valeur unique d’inclinaison du cadre de
18°, notre population était composée de 17 experts en taekwondo (9 femmes et 8
hommes, jeunes et en bonne santé). Nous les avons comparés par la suite à
différents groupes d’individus (sportifs ou non) testés antérieurement par
Crémieux, Isableu, Golomer, Mesure & Ohlmann (1997), avec 118 femmes et 174
hommes. Ces participants étaient répartis comme tel : un groupe de danseurs
professionnels de l’opéra de Paris (3 femmes et 10 hommes), un groupe composé
d’étudiants en architecture (16 femmes et 25 hommes), puis un groupe issu d’une
une école supérieure de commerce (ESCAE), avec 22 femmes et 21 hommes, un
groupe de grimpeurs (5 femmes et 29 hommes), un groupe contrôle de non sportifs
(avec 27 femmes et 36 hommes) et un groupe de judokas (20 femmes et 25 hommes
ceinture noire).
Pour le test à différentes valeurs d’inclinaison du cadre 0°
8° 18° et 28°, nous avons comparé une population d’experts en taekwondo à un
groupe d’autres sportifs, différents de ceux de la première étude (tableau 1),
d’âge, de poids et de taille relativement homogène (hormis les effets dus aux
différences de sexe) pour que cela ne puisse jouer sur la perception ou sur le
contrôle postural :
Caractéristiques des sujets
testés (moyenne ± écart type).
|
Âge |
Poids |
Taille |
Effectif |
|
Femme
Sportive |
23,4 ± 2,6 |
54,9 ± 6,5 |
165,9 ± 4,9 |
20 |
|
Taekwondo |
19,3 ± 2,1 |
58,3 ± 8,2 |
169,4 ± 6,1 |
9 |
|
Homme
Sportif |
24,9 ± 2,8 |
71,5 ± 8,4 |
177,2 ± 6,4 |
19 |
|
Taekwondo |
20,6 ± 2,8 |
75,6 ± 10,9 |
184,4 ± 4,4 |
8 |
Parmi les experts en taekwondo, 3 hommes de niveau de
pratique national et 5 de niveau international ont été testés, ainsi que 4
femmes de niveau national et 5 de niveau international, tous s’entraînant au
Pôle France (CREPS d’Aix en Provence).
Les autres sportifs pratiquent divers sports en compétition,
mais où l’implication au niveau contrôle de l’équilibre serait moins
importante, que ce soit en milieu ouvert (comme les experts en taekwondo) où
l’incertitude, notamment temporelle et spatiale, est forte (incertitude liée
aux fréquences d’arrivée des coups, à leur rapidité, au moment de
déclenchement, la hauteur du corps, le côté,…), ou en milieu fermé où cette
incertitude est faible (Brady, 1995 ; Liu, 1996 ; McLeod, 1985). Le niveau
sportif est au minimum régional, et peut aller jusqu’à international.
2.2. Description du matériel
Pour étudier la typologie perceptive des participants nous
avons utilisé le RFT portable de Oltman de 1968 (figure 2a).
Figure 2a
Test du cadre et de la baguette
(RFT) : Les DC (dépendants au champ) ont tendance à aligner la
baguette sur le cadre (schéma de gauche) alors que les IC (indépendants au
champ) ont tendance à aligner la baguette sur la verticale gravitaire (schéma
de droite).
Dans cette épreuve d’estimation de la verticale (verticale
subjective), le participant est assis, la tête placée à l’intérieur d’un champ
visuel central incliné en roulis, et il doit ajuster manuellement à la
verticale physique une baguette préalablement inclinée.
Le dispositif est constitué d’un tunnel à section carrée en
plastique translucide, qui mesure 60 cm de profondeur, et 30 cm de côtés (soit
28° de taille angulaire), éclairé au-dessus. Dans ce tunnel, les seules
références visuelles d’orientation représentées sont constituées par les arêtes
du tunnel, de 1 cm de large, et par le cadre situé au fond de celui-ci (de 30
cm de côté pour 1 cm de large), représentant la base du tunnel, et de couleur
noire. A l’extrémité de ce tunnel, une baguette noire est placée coaxialement
au centre de ce cadre, et mesure 26 cm de long pour 1 cm de large. Cette
baguette peut effectuer mécaniquement une rotation autour de l’axe central,
indépendamment des rotations du cadre, et elle est reliée à une manette, à
droite et à l’extérieur du dispositif pour le participant. C’est par
l’intermédiaire de cette manette que celui-ci peut replacer la baguette à ce
qu’il pense être la verticale. Les inclinaisons du cadre et de la baguette sont
repérées sur un disque gradué à l’opposé du sujet, permettant à
l’expérimentateur de lire les angles (en degrés) du cadre et de la baguette par
rapport à la verticale. Côté participant, se trouve un support de tête, avec
une mentonnière et des taquets.
2.3. Procédure expérimentale
Le participant est assis sur un tabouret, réglable en
hauteur, pour éviter qu’il utilise les informations provenant du contact
dos/dossier dans la tâche. Les jambes de celui-ci doivent être semi-allongées,
reposant sur les talons, de manière à diminuer l’appui plantaire et supprimer
toutes les informations d’angle droit, et ses mains doivent reposer sur les
cuisses.
La tête est placée sur une mentonnière réglable, qui permet
de centrer les yeux du participant « juste en face » du centre du cadre. La
tête est aussi immobilisée verticalement, dans le prolongement du tronc, par
l’intermédiaire de deux taquets placés au niveau des tempes pour éviter la
parallaxe de mouvement et le flux vestibulaire dus aux mouvements de la tête.
Cela permet aussi de garder des conditions expérimentales égales entre les
sujets. De plus, un tissu noir recouvre la tête du sujet pour éliminer
d’éventuelles informations périphériques de direction visuelle ou de
mouvement.
A l’extérieur de ce dispositif, la baguette et le cadre sont
inclinés par rapport à la verticale par l’expérimentateur. Après chaque
réponse, on demande au participant de fermer les yeux pendant que l’on change
ou non l’inclinaison du cadre et/ou de la baguette.
Les participants ont pour consigne de remettre une baguette,
préalablement inclinée, à la verticale physique, sans contrainte temporelle et
si possible, sans tenir compte du cadre. La verticale mesurée est alors
l’estimation par l’individu de la direction gravitaire, dans cette condition
d’environnement visuel incliné.
Avant le début du test, trois exemples de verticale sont
donnés aux sujets : une verticale
gravitaire (la direction d’un fil à plomb),
une verticale visuelle (la direction
formée par l’angle des murs), et une verticale
posturale (attitude que prend un sujet lorsqu’il est debout, droit).
Le but de ces exemples est de s’assurer que les participants ont compris la
consigne de positionnement de la baguette à la verticale. Ils permettent en
même temps à l’expérimentateur d’éviter d’induire chez les participants un
comportement particulier de référentiation spatiale pour résoudre
l’épreuve.
Dans la première expérience, nous avons utilisé un protocole
de « test unique » au RFT, avec une
seule valeur d’inclinaison du cadre de 18° (à gauche et à droite). Nous avons
alors réalisé 4 mesures différentes correspondant aux 4 combinaisons possibles
d’associations du cadre et de la baguette, de façon conjointe (inclinaison dans
le même sens) ou dissociée (en sens contraire). Cette opération est répétée 3
fois, pour obtenir au final 12 mesures par participant (6 à gauche, 6 à
droite), excepté pour notre population d’experts en taekwondo, où nous avons
seulement 4 mesures. Malgré ce nombre d’essais différent, il est tout à fait
possible de comparer ces groupes de participants. En effet, 16 personnes
(hommes et femmes) ayant servi de sujets au test à 18°, avec 12 mesures, ont
été retestés avec un test combinant plusieurs valeurs d’inclinaison du cadre,
dont 18°, avec 4 mesures pour chaque valeur d’inclinaison du cadre. Nous avons
ainsi comparé les résultats obtenus aux 2 tests en utilisant uniquement les
données recueillies cadre incliné à 18. Les erreurs moyennes absolues
d’ajustement n’étant pas significativement différentes d’un test à l’autre
(6,5° avec un intervalle de confiance de 1,6 pour le test à 12 mesures, et
5,5°± 1,6 pour l’autre test), et avec une corrélation entre les 2 tests de r =
0,91, nous n’avons pas trouvé d’effet significatif du nombre d’essais (4 ou 12)
sur les erreurs moyennes absolues.
Dans la seconde expérience, « test combiné », nous avons utilisé un protocole
légèrement différent, avec plusieurs valeurs d’inclinaisons du cadre de
référence : 0°, 8°, 18° et 28°, (figure 2b). Nous n’avons là réalisé que 4
mesures différentes pour chaque valeur d’inclinaison de l’environnement visuel
(16 mesures par participant ; 6 à gauche, 6 à droite et 4 avec les parois
verticales).
Figure 2b
Inclinaisons du cadre utilisées
dans le seconde expérience : 0°, 8°, 18° et 28°
Remarque : l’ordre dans lequel sont
présentées les différentes inclinaisons du cadre, au test combiné, est
pseudo-aléatoire. Le cadre est tout d’abord orienté à 0°, avec 2 essais, puis 4
essais à 18° (dans le but de pouvoir comparer ces essais à ceux du test unique
à 18°), 4 essais à 8°, 4 essais à 28° puis à nouveau 2 essais à 0°. Cependant,
il n’existe pas de post-effet des conditions inclinées sur la condition normale
(parois verticales), puisque en comparant les 2 essais à 0° en début de test et
les 2 essais à 0° en fin de test, nous n’avons pas trouvé de différence
significative.
Après chaque ajustement par le participant nous avons relevé
l’écart (en degrés) mesuré entre la position finale de la baguette et la
verticale gravitaire (au demi-degré prés).
Un travail précédent, avec 12 mesures différentes effectuées
pour une seule valeur d’inclinaison du cadre (18°), a montré qu’il existait une
grande stabilité du type des participants (DC et IC) intra-expérience (entre
les 4 premiers essais et les 4 derniers) mais aussi inter-expériences lors d’un
test-retest (Rousseu, Richaud, Isableu et Crémieux, 1999). Ainsi, quatre
mesures par valeur d’inclinaison du cadre sont suffisantes pour obtenir une
valeur moyenne représentative par participant, et permettent aussi de ne pas
trop fatiguer celui-ci au cours de l’expérience. Ce qui confirme d’autres
travaux montrant une assez grande stabilité du score au RFT (Applebaum,
1978).
2.4. Variables de traitement utilisées
2.4.1. Erreur moyenne absolue (°) et erreur moyenne absolue à gauche
et à droite (°GD)
L’utilisation de « l’effet cadre » est couramment employé
dans la littérature pour analyser les résultats au RFT. Cet effet prend en
compte le sens de l’erreur, et plus les estimations du sujet dévient dans le
sens du cadre plus la valeur de l’effet cadre augmente. Cependant, ce calcul
part d’une généralisation de la notion de « Perceptual Shift » développée par
Witkin et Asch, en 1948 (baguette ajustée dans le sens de l’inclinaison du
cadre). Or, dans un travail précédent portant sur une population de plus de 300
personnes (Rousseu, 2000), nous avons constaté que ce principe n’était pas
respecté par 21,3 % des personnes testées. Donc, l’effet cadre est à son tour
inadapté pour ces sujets ! C’est pourquoi, nous préférons utiliser l’erreur
moyenne absolue de jugement de la verticalité.
Cette erreur est exprimée en degrés et traduit la
sensibilité des participants à l’égard du champ visuel, sans tenir compte du
sens d’inclinaison du cadre, donc du signe de l’erreur. Cette erreur correspond
à la moyenne absolue des ajustements. Elle est souvent calculée sur 4 essais,
parfois 8, et jusqu’à 12 dans une partie de notre travail, pour nous permettre
une étude statistique participant par participant (Goldberg, 1979 ; Rousseu
et al., 1999).
2.4.1° = Somme des valeurs absolues / N
(nombre d’essais)
L’erreur moyenne absolue à gauche (°G) est calculée à
partir des erreurs de jugement faites lorsque le cadre est incliné sur la
gauche, mais ne tient pas compte du signe de l’erreur. Le même calcul est
utilisé pour °D, lorsque le cadre est incliné sur la droite.
Pour étudier l’évolution des erreurs de jugement des
participants, deux types de courbes vont être utilisés : l’une ne tenant pas
compte du sens de l’inclinaison du cadre (°), et l’autre y tenant compte
(°GD).
2.4.2. Première erreur maximale
Selon Brenet & Luyat (1995), la valeur de l’inclinaison
du cadre qui influence le plus les réponses des sujets est comprise entre 15°
et 20°. Après cette valeur critique, l’erreur d’ajustement diminue en moyenne
sur la population totale. Or, il se pourrait que certains individus n’aient pas
une valeur maximale pour cette inclinaison proche de 18°. Ce maximum pourrait
être obtenu pour une valeur d’inclinaison supérieure ou inférieure.
Il faut cependant noter que l’erreur d’ajustement du
participant ne diminue pas toujours directement après cette valeur critique
d’inclinaison. Elle peut aussi se maintenir pour des inclinaisons plus fortes,
ou diminuer directement pour ensuite revenir à une erreur de jugement aussi
importante, sans toutefois la dépasser. Nous allons ici nous intéresser
uniquement à la valeur d’inclinaison du cadre où le participant fait pour la
première fois une erreur maximale de jugement, et nous parlerons alors de
première erreur
maximale (figure 3).
Figure 3
Exemples de courbes,
montrant les évolutions possibles des erreurs moyenne absolue des sujets, en
fonction de l’inclinaison du cadre de référence. Ces courbes permettent de
définir la première
erreur maximale des sujets : valeur de l’inclinaison du
cadre où les sujets font un maximum d’erreur de jugement de la verticalité, et
ce pour la première fois comme à 8° par exemple pour les sujets 1 et
2.
Nous étudierons donc le pourcentage de participants pour
qui la première erreur maximale se fait pour une valeur d’inclinaison du cadre
de 8°, de 18° ou de 28°.
Les résultats ont été soumis
à des tests paramétriques (moyenne, intervalle de confiance, analyse de
variance) et non paramétriques (c2, test des signes), à l’aide du
logiciel Statistica. Un seuil de signification à p < 0,05 a été retenu, et
une tendance signalée entre p < 0,05 et p < 0,1, avec correction de
Bonferroni, si nécessaire, pour les tests multiples. Nous avons aussi calculé
la taille de l’effet :
Te = [2 (a-b)] / (sa -
sb)
Avec a et b = moyenne ; et s
= écart type
Une Te inférieure à 0,2
indique qu’il n’y a pas d’effet, si elle est comprise entre 0,2 et 0,4 l’effet
obtenu est faible, entre 0,5 et 0,7 l’effet est moyen et si elle est supérieur
ou égale à 0,8 l’effet est important.
3.1. Test unique
L’erreur moyenne absolue trouvée pour les hommes experts en
taekwondo (exprimée en degrés) est de 3,5° ± 1,0 (intervalle de confiance), et
pour les femmes de 5,1° ± 1,7 cadre incliné à 18°. On retrouve chez ces experts
une différence classique et significative entre les hommes et les femmes au t
de Student, avec t = 1,78 ; p = 0,049, avec une taille de l’effet (Te) égale à
0,8.
A partir des résultats obtenus avec différents groupes de
participants testés antérieurement, à une valeur unique d’inclinaison du cadre
de 18° (Crémieux et al., 1997), nous
avons pu comparer les experts en taekwondo à ces différents groupes, en
utilisant l’erreur moyenne absolue (tableau 2), et calculé la taille de l’effet
liée à la pratique du taekwondo versus la pratique d’autres activités sportives
ou d’une population contrôle (tableau 3).
Tableau récapitulatif des
résultats obtenus antérieurement (Crémieux
et al., 1997), avec erreur moyenne
absolue et intervalle de confiance obtenus à une inclinaison du cadre de 18°,
pour les hommes et les femmes, et résultats obtenus avec les experts en
taekwondo.
|
Hommes |
Femmes |
|
Erreur absolue (en
degrés) |
Intervalle de
confiance |
Erreur absolue (en
degrés) |
Intervalle de
confiance |
Source |
|
Taekwondo |
3,5° |
1,0 |
5,1° |
1,7 | |
|
Danseurs Pro. |
3,5° |
1,2 |
5,9° |
2,9 |
Crémieux et
al., 1997 |
|
Architectes |
3,8° |
0,8 |
6,2° |
0,9 |
|
|
ESCAE |
3,9° |
0,7 |
5,9° |
1,2 | |
|
Autres sportifs |
4,2° |
1,1 |
6,8° |
1,2 | |
|
Grimpeurs |
4,6° |
0,8 |
7,0° |
2,4 | |
|
Contrôles |
4,8° |
0,7 |
6,9° |
1,3 | |
|
Judokas |
5,1° |
1,1 |
6,0° |
1,3 | |
Taille de l’effet liée à la
pratique du taekwondo vs. autres pratiques sportives ou groupe
contrôle (groupes testés antérieurement par Crémieux
et al., 1997).
|
Hommes |
Femmes |
|
Danseurs Pro. |
0,0 |
-0,3 |
|
Architectes |
-0,1 |
-0,5 |
|
ESCAE |
-0,3 |
-0,3 |
|
Autres sportifs |
-0,3 |
-0,6 |
|
Grimpeurs |
-0,6 |
-0,7 |
|
Contrôles |
-0,7 |
-0,6 |
|
Judokas |
-0,8 |
-0,3 |
Lorsque l’on regroupe les données des hommes grimpeurs, des
judokas ou du groupe contrôle, ces participants obtiennent une erreur moyenne
absolue égale à 4,8° ± 0,5. Elle est donc supérieure (bien que non
significativement différente) à celle des hommes experts en taekwondo, qui est,
rappelons le, égale à 3,5° ± 1,0. L’erreur moyenne absolue des danseurs hommes
professionnels est de 3,5° ± 1,2 ; très proche et non différente
statistiquement de celle des experts en taekwondo hommes. En ce qui concerne
les femmes, pour les grimpeuses, judokas, danseuses ou contrôles, l’erreur
moyenne absolue est de 6,6° ± 0,8, mais non différente statistiquement de celle
des femmes expertes en taekwondo, pour qui celle-ci est de 5,1° ± 1,7.
Avec ce test unique à 18°, nous pouvons seulement dire que
l’effet de l’entraînement des hommes experts en taekwondo semble très proche de
celui des danseurs professionnels de l’opéra de Paris (Te = 0,0). Pour les
femmes qui ont un haut-niveau en taekwondo, il ne semble pas non plus y avoir
d’effet spécifique de ce type d’entraînement. Bien qu’en moyenne elles fassent
de moins fortes erreurs de jugement de la verticalité, nous n’avons pas trouvé
de différence statistique significative avec les autres groupes de femmes
testés (escalade, judo, danse et contrôle).
3.2. Test combiné
Comme nous venons de le voir avec le test à valeur unique
d’inclinaison, le calcul de l’erreur moyenne absolue s’est fait sur tous les
essais, qu’ils soient réalisés cadre incliné à droite ou à gauche. Au test
combinant plusieurs valeurs d’inclinaisons, un tel calcul est possible pour
chaque inclinaison du cadre (0°, 8°, 18° et 28°), et on obtient une courbe avec
4 points.
Concernant les erreurs de jugement de la verticalité des
experts en taekwondo, l’analyse de variance montre l’effet classique,
significatif et souhaité, de l’inclinaison du cadre sur la performance des
sujets (F (6,90) = 6,66 ; p < 0,000), mais aucune différence significative
liée au sexe des participants (figure 4) n’a été constaté (F (1,15) = 2,52 ; p
= 0,14). Cependant, la taille de l’effet liée au sexe des participants varie de
0,1 cadre incliné à 8° jusqu’à 1,0 cadre incliné à 28°.
Figure 4
Évolution de l’erreur moyenne
absolue (avec intervalles de confiance) des hommes et des femmes
experts en taekwondo, en fonction de l’inclinaison du cadre de
référence.
Nous avons par la suite utilisé le test des signes (test non
paramétrique, qui compare la position point par point des hommes par rapport
aux femmes) et constaté une tendance des hommes à être plus indépendants que
les femmes, (Z = 1,50 ; p = 0,065), ce qui va bien dans le sens des différences
classiquement liées au sexe.
Si maintenant on sépare les données recueillies cadre incliné
à gauche de celles recueillies cadre incliné à droite, cette différence entre
hommes et femmes experts en taekwondo devient significative (figure 5) à partir
des erreurs moyennes absolues à gauche et à droite (test des signes : Z = 2,27
; p = 0,02). Or, en utilisant l’analyse de variance, cette différence
n’apparaît pas (F (15) = 2,42 ; p = 0,14), et seul un effet de l’inclinaison du
cadre apparaît significatif (F (90) = 6,66 ; p < 0,000).
Figure 5
Évolution de l’erreur moyenne
absolue à gauche et à droite (avec intervalles de confiance) des
hommes et des femmes experts en taekwondo, en fonction de l’inclinaison du
cadre de référence.
Une comparaison entre sportifs divers et experts en taekwondo
montre, à partir de l’erreur moyenne absolue, que les hommes pratiquants le
taekwondo à haut niveau ne se différencient pas statistiquement des hommes
sportifs (test des signes : Z = 0,5 ; p < 0,35). La taille de l’effet,
calculée pour chaque inclinaison du cadre, est de - 0,5 à 8° et 28°, et
seulement de - 0,3 à 18°. Pour les femmes (figure 6), la différence entre
experts en taekwondo et sportives tend à être significative (Z = 1,5 ; p <
0,065). Cependant, la taille de l’effet est de - 0,5 à 8°; - 0,2 à 18° et de
-0,3 à 18°.
Figure 6
Valeurs moyennes (en degrés) et
intervalles de confiance des erreurs absolues, selon l’inclinaison
du cadre de référence, chez les femmes expertes en taekwondo et chez les
sportives diverses.
A partir des erreurs absolues d’ajustement à droite et à
gauche (figure 7), on constate que les femmes expertes en taekwondo sont
globalement plus indépendantes que les autres sportives étudiées, (test des
signes : Z = 2,27 ; p = 0,001). Cependant, les tailles de l’effet calculées
pour chaque inclinaison du cadre restent faibles (de 0,0 cadre incliné à 28°
sur la droite à 0,6 cadre incliné à 8° sur la gauche). Quant aux hommes
pratiquant le taekwondo à haut niveau, ils tendent à être plus indépendants que
les hommes sportifs (Z = 1,51 ; p = 0,065), mais là encore, les tailles de
l’effet restent faibles (comprises entre 0,2 et 0,5).
Figure 7
Évolution de l’erreur moyenne
absolue à Gauche et à Droite (avec intervalles de confiance), chez
les femmes expertes en taekwondo et chez les sportives diverses, en fonction de
l’inclinaison du cadre de référence.
De plus, on trouve pour les hommes sportifs ou pratiquant le
taekwondo à haut niveau, une erreur absolue moyenne maximale pour une
inclinaison du cadre de 18°. Pour les femmes (taekwondo ou autres sportives),
elle est à 28°. Cependant, en s’intéressant au comportement individuel des
participants, on trouve de fortes différences interindividuelles à l’intérieur
d’un même groupe. On a remarqué que les erreurs maximales ne se faisaient pas
pour tous les hommes à 18°, ni à 28° pour toutes les femmes (figure 8). Cette
différence de proportion de participants, suivant l’inclinaison du cadre,
pourrait signer une différence de comportement concernant la
dépendance/indépendance à l’égard du champ visuel entre les groupes.
Figure 8
Proportions de femmes et
d’hommes, experts en taekwondo et autres sportifs, qui font une
première erreur maximale à une valeur critique d’inclinaison du cadre de
référence de 8°, 18° ou 28°.
On a analysé le pourcentage de personne ayant une première
erreur maximale pour une valeur critique d’inclinaison de 8°, 18° ou 28°, dans
chaque groupe, (taekwondo ou autres sportifs, homme ou femmes) sans tenir
compte du côté d’inclinaison du cadre, à partir des erreurs moyennes de
jugement.
La majorité des hommes et des femmes (sportifs ou experts en
taekwondo) fait une première erreur maximale pour une inclinaison du cadre de
18°. Les hommes experts en taekwondo sont cependant plus nombreux à faire leur
première erreur maximale à 8°, bien que cette différence ne soit pas
statistiquement significative avec le groupe d’hommes sportifs (c2 (1) = 2,72 ; p < 0,26). Il existe
cependant une différence de proportion de participants, suivant l’inclinaison
du cadre de référence, entre les hommes experts en taekwondo et les femmes
pratiquant aussi le taekwondo à haut-niveau (c2 (1) = 42,92 ; p < 0,001), les
hommes faisant leurs premières erreurs maximales en moyenne plus tôt que les
femmes. Ces femmes expertes en taekwondo se différencient aussi des femmes
sportives (c2 (1) = 16,39 ; p
< 0,001), et font leurs premières erreurs maximales pour des inclinaisons du
cadre qui sont en moyenne plus importantes.
Quelles que soient les méthodes de calcul utilisées, on
retrouve une différence classique entre les hommes et les femmes, avec une
taille de l’effet de 0,8. Les hommes experts en taekwondo montrent une plus
grande indépendance à l’égard du champ visuel que les femmes pratiquant elles
aussi le taekwondo.
Cependant, au vu des différents résultats, il semble plus
avantageux d’utiliser le test combinant plusieurs valeurs d’inclinaison du
cadre de référence au RFT car, en permettant de calculer plusieurs indices
dérivés, il fait d’avantage ressortir les différences existant entre divers
groupes de participants. Une seule valeur d’inclinaison du cadre semble en
effet insuffisante, puisque avec le test unique à 18°, un effet de
l’entraînement des hommes et des femmes experts en taekwondo semble ressortir,
mais ne peut être mis en évidence de façon significative. De plus, et de façon
générale, il est assez rare d’obtenir une différence significative entre
différents groupes de femmes, lorsqu’elles sont testées à une seule valeur
d’inclinaison du cadre. Or, avec le test combiné, une telle différence apparaît
plus facilement, et un effet de l’entraînement des femmes expertes en taekwondo
a été trouvé. Cette différence ressort encore plus lorsqu’on différencie les
données recueillies cadre incliné à gauche de celles recueillies cadre incliné
à droite.
On peut considérer aussi, de façon générale, que les
pratiquants de taekwondo de haut-niveau (hommes et femmes) se différencient des
autres sportifs en ce qui concerne les erreurs moyennes absolues d’ajustement,
où ces experts en taekwondo ont globalement tendance à faire de moins fortes
erreurs d’ajustement que les autres sportifs analysés. Cependant, cet effet lié
à la pratique du taekwondo semble faible (Te ne dépassant jamais 0,6). Ces
résultats sont bien en accord avec une étude précédente (Rousseu &
Crémieux, 2001) ayant mis en évidence, sur une population de 124 personnes, que
parmi trois variables étiquettes testées (IC/DC ; sexe et pratiques sportives)
la variable influençant le plus la perception de la verticalité était celles
liée à la séparation entre IC et DC (Te = 2,5), suivie par l’effet lié au sexe
des sujets (Te = 0,9) et enfin par l’effet lié à la pratique sportive (Te =
0,2). Concernant l’inclinaison du cadre à laquelle les sujets font leur
première erreur maximale, les experts en taekwondo se différencient des autres
participants testés. Pour les hommes experts en taekwondo, cette première
erreur maximale se fait plus fréquemment pour de plus faibles inclinaisons du
cadre (8°) que les autres groupes de participants testés, ce qui semble bien
confirmer notre hypothèse de départ. Cependant, pour les femmes pratiquant le
taekwondo à haut-niveau, l’erreur maximale ne se fait pas plus tôt que pour les
autres femmes sportives (au contraire).
De façon générale, les performances sportives de pratiquants
dépendants à l’égard du champ visuel peuvent être perturbées par des variations
de leur environnement visuel. Il devient donc intéressant pour un entraîneur de
connaître la DIC de tous ses sportifs, pour essayer de rendre les sportifs
dépendants à l’égard de ce champ visuel un peu plus indépendants. Pour cela, il
lui suffirait de proposer un entraînement spécifique pour ses participants. Par
exemple, cet entraînement pourrait être basé sur des exercices posturaux ou
locomoteur réalisés les yeux fermés, ce qui permettrait aux participants de
mieux prendre en compte les informations.
L’outil développé ici, pour pouvoir comparer des experts en
taekwondo à d’autres sportifs, étant valide, il nous reste maintenant non
seulement à compléter, d’un point de vue numérique, le groupe bien spécifique
d’experts en taekwondo, mais nous devons aussi étudier plus précisément
d’autres groupes de sportifs. D’une part, d’autres arts de combats (lutte/boxe
;…) et d’autres part des groupes bien spécifiques de sportifs (sujets experts
au niveau de l’équilibre / sujets non experts, avec mesure de l’équilibre
postural de ces sujets ; sujets pratiquant en milieu ouvert / milieu fermé ;
personnes pratiquant un sport individuel / sport collectif…). Nous souhaitons
ensuite les comparer à une population contrôle de personnes non sportives (où
le type d’études suivies, le niveau scolaire ou universitaire et le métier
pratiqué devront aussi être maîtrisés).
Nous tenons à remercier tout particulièrement le CREPS d’Aix en
Provence pour nous avoir permis d’accéder à ces champions en taekwondo, et plus
particulièrement Patrick Stanczak, 6e Dan, BE2 et entraîneur de l’équipe de
France, qui nous a aidé et a accepté que l’on puisse accéder à ses
champions.
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