2004
STAPS
Rapports de recherche
Analyse comparative des représentations sociales du sport en
France et au Maroc : valeurs modernes et post-modernes chez des étudiants en
sciences du sport
Marie-Françoise Lacassagne
Patrick Bouchet
Karine Weiss
Ahmed Jebrane
PREPOS (Pôle de recherche sur l’environnement, les pratiques
et les organisations sportives)
UFR STAPS – Université de Bourgogne – Campus Universitaire de
Montmuzard BP 27 877 – 21 078 Dijon Cedex
Cette recherche vise, par la comparaison de deux populations
relevant de pays différents du point de vue de leur développement
socio-économique, à mettre en évidence comment la représentation sociale,
supportée par un sous-groupe dans chacune de ces sociétés, joue un rôle de
filtre face aux évolutions impulsées par les dynamiques macro-sociales. A
partir de l’analyse de l’implantation du sport au Maroc et en France ainsi que
des idéologies qui lui sont associées, nous avons pu schématiser le contexte
social et idéologique à travers les notions de sport moderne/post-moderne, de
manière à vérifier la relation entre ces effets de contexte et les
représentations sociales des sous groupes étudiés, à savoir des étudiants
sportifs des deux pays. Une analyse de représentation est menée à partir d’une
tâche d’associations verbales. Les résultats permettent de souligner la prise
en compte, dans les deux pays, des valeurs modernes et post-modernes, même s’il
apparaît des spécificités interprétées en termes d’appropriation différente des
valeurs.
Mots-clés :
représentation sociale, sport moderne, sport post-moderne, France, Maroc, associations verbales..
This research proposes the comparison of the social
representation of populations from two countries with a different levels of
socio-economic development: Morocco and France. It aims to highlight how the
social representation could act as a filter when faced with evolutions induced
by the macro-social dynamics. With the analysis of the development of the sport
and the associated ideologies in these two countries, we could schematised the
social and ideological context through the modern and post-modern concepts of
sport. From this conception, we looked at the relationships between this
context and the social representations of the subgroups. The sample is composed
of students in the field of sport in the two countries. An analysis of the
social representation is carried out using a word association task. The results
make it possible to underline the presence, in the two countries, of modern and
post-modern values, even if they do not have exactly the same sense. These
differences are interpreted in terms of a different appropriation of these
values.
Keywords :
social representation, sport, France, Morocco, word associations, modern values, post-modern values..
Mit Hilfe eines Vergleiches von zwei Populationen aus zwei
Ländern mit unterschiedlicher sozio-ökonomischer Entwicklung will diese
Untersuchung aufzeigen, wie die soziale Repräsentation, unterstützt durch eine
Teilgruppe in jeder dieser Gesellschaften, hinsichtlich der durch
makrosoziologische Dynamiken angestoßenen Entwicklungen die Rolle eines Filters
spielt. Ausgehend von einer Analyse der Einführung des Sports in Marokko und
Frankreich sowie der Ideologien, die mit ihm verbunden sind, haben wir den
sozialen und ideologischen Kontext mit Hilfe des Begriffes
moderner/postmoderner Sport schematisieren können, um den Zusammenhang zwischen
den Effekten des Kontextes und den sozialen Repräsentationen der untersuchten
Teilgruppen, d.h. den Sportstudenten der beiden Länder, zu verifizieren. Eine
Analyse der Repräsentationen wird mittels verbaler Assoziationen durchgeführt.
Die Resultate erlauben es, in beiden Ländern die Berücksichtigung moderner und
postmoderner Werte hervorzuheben, selbst wenn Besonderheiten auftauchen, die
als unterschiedliche Aneignungen dieser Werter interpretiert werden.
Schlagwörter :
soziale Repräsentation, moderner Sport, postmoderner Sport, Frankreich, Marokko, verbale Assoziationen.
Questo ricerca ha lo scopo, mediante il confronto di due
popolazioni di paesi differenti dal punto di vista del loro sviluppo
socio-economico, di mettere in evidenza come la rappresentazione sociale,
supportata da un sotto-gruppo in ciascuna di queste società, gioca un ruolo di
filtro di fronte alle evoluzioni promosse dalle dinamiche macro-sociali.
Partendo dall’analisi dell’impianto dello sport in Marocco e in Francia, così
come delle ideologie che gli sono associate, abbiamo potuto schematizzare il
contesto sociale ed ideologico attraverso le nozioni di sport moderno /
post-moderno, in modo da verificare la relazione tra questi effetti di contesto
e le rappresentazioni sociali dei sotto-gruppi studiati, e cioè degli studenti
sportivi dei due paesi. Un’analisi di rappresentazione è fatta partendo da un
compito di associazioni verbali. I risultati permettono di sottolineare la
presa in considerazione, nei due paesi, dei valori moderni e post-moderni,
anche se appaiono delle specificità interpretate in termini d’appropriazione
differente dei valori.
Parole chiave :
associazioni verbali, Francia, Marocco, rappresentazione sociale, sport moderno, sport post-moderno..
Esta investigación busca poner en evidencia a través de la
comparación de dos poblaciones pertenecientes a países distintos desde el punto
de vista de su desarrollo socio-económico, como la representación social,
apoyada por un sub-grupo de cada una de estas sociedades, desempeña un papel de
filtro frente a las evoluciones impulsadas por las dinámicas macro-sociales. A
partir del análisis sobre el establecimiento del deporte en Marruecos y en
Francia, así como también de las ideologías que se le asocian, hemos podido
esquematizar el contexto social e ideológico a través de las nociones de
deporte moderno/post-moderno, de manera de comprobar la relación entre estos
efectos de contexto y las representaciones sociales de los sub-grupos
estudiados, a saber los estudiantes deportivos de los dos países. Un análisis
de representación es llevada a cabo a partir de una tarea de asociaciones
verbales. En los dos países, los resultados permiten destacar la toma en cuenta
de valores modernos y post-modernos, inclusive si aparecen especificidades
interpretadas en términos de apropiación diferente de valores.
Palabras claves :
representación social, deporte moderno, deporte post-moderno, Francia, Marruecos, asociaciones verbales..
Les différences d’implantation du sport entre les régions, mais
surtout entre les pays dits développés et en développement, tiennent le plus
souvent à de multiples facteurs qui relèvent à la fois de l’idéologique et de
l’économique. Le sport moderne, qui renvoie à l’idéologie de Coubertin,
caractérisée par la compétition, la performance, l’entraînement dans des
structures institutionnelles (fédérales et scolaires) afin de lutter contre
l’oisiveté et les risques de dégénérescence psychologique et physiologique de
l’homme, participe à la dynamique d’implantation du sport en imposant un modèle
« élitiste et bourgeois ». En effet, les travaux d’inspiration géopolitique
(Ben Larbi & Leblanc, 1991 ; Augustin, 1995) montrent qu’il existe un lien
étroit entre les foyers de création de cette conception du sport, notamment
dans les nations les plus riches, et la diffusion mondiale des pratiques
sportives olympiques vers les autres pays moins développés. D’autres recherches
soulignent cependant que l’essor du sport ne se réalise vraiment que lorsque la
demande et l’offre sont suffisamment fortes (Erraïs, 1978 ; Haumont, 1995).
Sans des conditions économiques, sociales et politiques stables et propices à
la croissance, les responsables des pays en voie de développement ne peuvent
envisager une diffusion sportive à l’image de celle accomplie dans les pays
occidentaux. Ainsi, les pays riches ayant un fort taux d’urbanisation sont ceux
où les sports de compétition et de loisir sont les plus développés, alors que
dans les pays pauvres, particulièrement les plus enclavés avec une population
rurale dominante, cette activité a peu pénétré la société dans son ensemble.
Seuls le football et l’athlétisme font exception en jouant un rôle primordial,
notamment en Amérique du Sud et en Afrique.
Si de nombreux pays ont adopté le sport moderne de façon
volontariste, d’autres, comme ceux du Maghreb, l’ont connu sous la domination
coloniale. Son introduction et sa relative expansion se sont réalisées à
travers un système de pratiques et d’organisation calqué sur le modèle
français. A leur indépendance, cet héritage du passé a eu des retentissements
importants qui se manifestent encore aujourd’hui. En effet, la gestion des
pratiques sportives dans les pays du Maghreb reste très dépendante d’un modèle
« légaliste » et « centralisé » issu de la ve République « gaullienne » et donc sous
la tutelle exclusive de l’Etat, de l’administration et des fédérations. De ce
fait, ces nations semblent peu perméables aux évolutions mondiales du sport
vers des secteurs porteurs au niveau financier (devises et investissements) et
social (emplois et démocratisation), et les discours sur le sport, entendu
comme modèle entrepreunarial, ont peu d’impact (Fatès, 1994). Malgré
l’obtention de résultats internationaux probants (athlétisme, football, tennis,
sports de combat…) et la possession d’équipements de prestige (golf, stade…),
la réalité constitutive du sport au Maroc est très proche de celle de ses
homologues du Maghreb en termes de niveau de développement. D’une part, la
faiblesse des revenus des Marocains, amplifiée par la crise économique et
politique qui a traversé le pays dans les années quatre-vingt, ne permet qu’une
faible consommation de pratiques sportives, scolaires et associatives,
auto-organisées et commerciales ; d’autre part, cet état de fait semble
renforcé par une offre peu diversifiée et distinctive, notamment dans les
secteurs des loisirs et du tourisme sportifs, et par une absence de stratégie
managériale dans les organisations associatives, publiques voire privées
(Bouchet & Kaach, 2002).
Pour sa part, la France s’est trouvée très tôt impliquée dans
le processus de développement du sport, processus accentué par l’introduction
de la logique de marché et de la mondialisation de l’économie. Une «
sportivisation » de la société s’est opérée. Ainsi, une enquête récente de
l’Institut National du Sport et de l’Éducation Physique et du Ministère de la
Jeunesse et des Sports (2002) estime à près de 40 millions le nombre de
pratiquants auto-organisés à domicile ou sur l’espace public (V.T.T., jogging,
randonnée, etc.), dans des structures commerciales de loisirs (salle de forme,
piscine, squash, etc.) ou touristiques (base de plein air, golf, station de
ski, centre de thalassothérapie, etc.). Sorti de son appareillage
institutionnel, infiltré par l’économique, le politique, les médias, le sport
est progressivement devenu un mode de formation du lien social dans et hors les
stades (Ehrenberg, 1991). Pour de nombreux sociologues (par exemple : Loret,
1995 ; Sansot, 1998), il est aujourd’hui à la source, via des pratiques plus
hédonistes, ludiques, esthétiques, individuelles ou tribales (Maffesoli, 1999),
d’expériences corporelles, spatio-temporelles et sociales hétérogènes et
diversifiées, ce qui constitue le sous bassement de valeurs dites «
post-modernes ».
Il existe donc une différence structurelle entre le Maroc et la
France, et cette différence devrait se retrouver au niveau des représentations
sociales du sport dans les deux pays. La notion de représentation sociale,
forgée en France par Moscovici (1966), permet de repérer la « vision du monde »
que les membres d’un groupe donné portent en eux et utilisent pour agir ou
prendre position. Située entre la représentation individuelle propre à chaque
individu et la représentation collective propre à chaque société, la
représentation sociale constitue un filtre permettant aux individus constituant
les groupes de comprendre et d’expliquer le réel. Elle « n’est donc pas un
simple reflet de la réalité, elle est une organisation signifiante », qui
dépend des effets de contexte, et notamment du contexte social et idéologique
(Abric, 1994a, p 13). C’est l’intégration des groupes dans un système plus
vaste qui donne tout son poids à la théorie des représentations sociales
(Flament, 1994). Plus précisément, ce répertoire organisé de cognitions
dénotées et connotées (Le Bouédec, 1984 ; Moliner & Tafani, 1997) propre
aux groupes sociaux n’est pas indépendant, selon nous, du niveau de
structuration des sociétés et des systèmes idéologiques qu’elles
produisent.
Comme le note Moscovici (2002), les études concernent jusqu’à
présent essentiellement des représentations « monoculturelles et monophasiques
». C’est pourtant la comparaison de populations qui permet, à travers l’analyse
des représentations sociales, de mettre en évidence leurs spécificités
relatives (Flament & Rouquette, 2003). Ainsi, la compréhension de nombreux
domaines, et en particulier ceux touchés par la mondialisation, suscite de plus
en plus fréquemment une approche transculturelle. En effet, si chaque catégorie
a intégré une configuration particulière des significations acquises,
persistantes et partagées caractérisant une culture (Camilleri, 1991), l’impact
sociétal, c’est-à-dire l’effet du contexte social et idéologique, devrait se
retrouver au niveau de la représentation sociale propre à un groupe donné. En
d’autres termes, si certains membres de groupes sociaux partagent des
représentations qui peuvent être qualifiées de sociales du fait qu’elles sont
l’émanation de catégories, elles ne peuvent qu’être soumises aux forces
relevant du niveau supra-groupal.
Ainsi, la représentation du sport au Maroc devrait être
sous-tendue par les valeurs « modernes » (telles que la performance,
l’entraînement) liées au développement de la logique compétitive dans les
sports de haut niveau amplifiée par la médiatisation des rencontres sportives
nationales et internationales, par les migrations des joueurs et des
entraîneurs… D’un autre côté, la représentation du sport au Maroc devrait être
également porteuse de quelques valeurs « post-modernes » (jeu, émotion, lien
social ou « tribal »…) issues de l’accroissement des pratiques non compétitives
(de loisirs et touristiques) liées aux secteurs de la forme, de la glisse, de
la nature… Ces valeurs « modernes » et « post-modernes » qui structurent
l’évolution du sport occidental pénétreraient la culture sportive marocaine et
donc laisseraient des traces dans l’image socialement construite du sport au
Maroc.
La représentation du sport en France devrait, pour sa part,
être essentiellement porteuse des valeurs post-modernes, sans pour autant
rejeter les valeurs modernes. En effet, l’éclatement des pratiques permet à
chacun de trouver dans le sport ce qu’il y recherche. De ce fait, toute
personne peut y affirmer son existence, sa différence, sa personnalité, son
authenticité en toute liberté (Hetzel, 1996). Acteur et spectateur éclectique,
le consommateur devient « caméléon » (Dubois, 1996). Il mélange des styles et
des éléments selon sa convenance et doit donc rationaliser sa conduite à
travers les valeurs hédonistes. En ce sens, la représentation sociale devrait
être porteuse de la notion post-moderne de plaisir. Cependant, elle devrait
également être porteuse de valeurs modernes, peut-être langagièrement
revisitées. En effet, la prise en compte de la dimension psychologique dans la
production des représentations sociales permet de prédire que, quelle que soit
l’incidence objective des déterminations sociétales, les sujets supports des
représentations sociales resteront sous l’emprise du noyau central ayant
structuré la représentation sociale précédente. D’après Flament (1986) et Abric
(1994b), les contenus sémantiques de la représentation sont organisés en deux
systèmes : le système central et le système périphérique. Le premier, focalisé
autour du “noyau dur”, regroupe les éléments les plus partagés et en ce sens
les plus résistants de la représentation. Le second regroupe les éléments les
plus contextuels et en ce sens les plus susceptibles de transformation. D’un
point de vue fonctionnel, le système central assure la structuration et
l’orientation du champ de la représentation (Abric, 1984), alors que le système
périphérique aide au décryptage de la réalité et par son adaptation constante à
cette dernière protège le système central (Moliner, 2001). Les éléments ayant
structuré la représentation du sport moderne, vu leur ancienneté, devraient
donc résister puisque aucun élément du contexte social ou idéologique ne laisse
envisager une pression de nature à engendrer une transformation brutale de la
représentation sociale (Abric, 1994b).
Ainsi, l’étude des représentations sociales partagées par des
groupes comparables dans les deux pays devrait permettre de mettre en évidence
un fond commun renvoyant aux valeurs associées au sport moderne, et des
différences marquant une adhésion plus grande aux valeurs post-modernes en
France qu’au Maroc.
L’idée défendue est donc que, malgré l’influence importante du
niveau sociétal (tant dans sa dimension matérielle qu’idéologique) dans la
construction de la représentation sociale, les propriétés de cette
représentation vont affaiblir l’impact de cette influence. La représentation
sociale, notamment par sa structuration autour d’un noyau qui pré-existe à
l’influence, va jouer un rôle de filtre réduisant les possibles. De ce fait,
l’individu, sollicité dans son identité sociale, ne sera pas prêt à assimiler
telles quelles les évolutions que la société impulse.
Considérant qu’un certain modèle d’organisation du sport a
donné naissance à une idéologie radicalisée dans la notion de sport moderne et
qu’un nouveau type d’organisation a donné naissance à une idéologie qualifiée
de « post-moderne », la prise en compte de deux groupes sociaux comparables
dans deux pays contrastés du point de vue de ces dynamiques sociétales, permet
de vérifier si ces différences se retrouvent au niveau de la représentation
sociale du sport. On pourrait penser que, sans le filtre de la représentation
sociale, les valeurs reflétant l’idéologie post-moderne devraient prendre une
place prépondérante voire exclusive dans les réponses des Français, alors que
l’on retrouverait au Maroc les valeurs modernes même si, au vu de la position
géopolitique, les sujets pourraient favoriser les valeurs post-modernes, ou des
valeurs qui leur sont propres. La prise en compte de la représentation sociale
nous amène au contraire à prédire que les valeurs modernes résisteront dans la
représentation des sujets français même si les valeurs post-modernes seront
plus développées. Quant aux sujets marocains, ils devraient rester attachés aux
valeurs modernes tout en intégrant à ce système les valeurs
post-modernes.
1.1. Population
La population sur laquelle porte cette étude comprend 92
étudiants français et 120 étudiants marocains, appartenant pour les premiers à
l’Unité de Formation et de Recherche en Sciences et Techniques des Activités
Physiques et Sportives (UFR-STAPS) de Dijon et pour les seconds à l’Institut
Royal de Formation des Cadres. Dans les deux cas, les étudiants se destinent à
une profession sportive et ont été choisis à différents niveaux du cursus
proposé (de la première à la cinquième année d’études
[1]). En ce sens, c’est dans une perspective
de futurs professionnels et non dans celle de simples pratiquants qu’ils
s’expriment sur ce domaine. Cet échantillonnage ne recherche pas la
représentativité, mais vise à permettre une comparaison de deux représentations
insérées dans des dynamiques sociétales différentes. On peut considérer que les
futurs professionnels des organisations sportives sont, de par leur formation,
les cibles privilégiées des idéologies nationales dans la mesure où ils
reçoivent, à travers les enseignements qui leur sont dispensés, des
informations dépendant des orientations politiques et gouvernementales ou
encore des fonctions sociales du sport. Ainsi, leurs réponses devraient
refléter à la fois ces discours sociétaux et leur prise en compte au niveau
organisationnel. Ils constituent donc la population la plus susceptible
d’infirmer n
os hypothèses, dans la mesure où leurs
réponses pourraient être plus tranchées, car plus marquées idéologiquement, que
celles d’une autre population, moins impliquée dans une analyse des valeurs
associées au sport.
Enfin, chacun de ces groupes peut être considéré comme une
population cohérente du point de vue de sa relation à l’objet de la
représentation sociale étudié, dans la mesure où d’une part la « saillance
socio-cognitive » de l’objet (à travers sa « présence thématique récurrente
dans les communications », Flament & Rouquette, 2003, p33) et d’autre part
les pratiques relatives à cet objet sont relativement homogènes au sein de
chacun de ces groupes. L’ensemble des conditions nécessaires est donc rempli
pour que la représentation sociale du sport soit consensuelle au sein de chaque
population étudiée (Flament & Rouquette, 2003).
1.2. Questionnaire de représentation sociale
• Accès au champ de représentation du sport
La méthode d’accès à la représentation du sport s’appuie
sur une épreuve d’association libre : dans un premier temps, il a été demandé à
chaque étudiant de noter les dix premiers mots qui lui venaient à l’esprit
lorsqu’ils entendaient le mot « sport ». Cette phase d’associations libres a
pour fonction d’activer le champ de la représentation, c’est-à-dire les
sémantèmes connectés directement au mot stimulus.
Dans un deuxième temps, chaque étudiant a dû approfondir sa
recherche en mémoire en donnant cinq noms, cinq verbes et cinq adjectifs
(l’ordre de présentation de la demande étant randomisé). Concrètement, il
s’agissait de permettre à l’étudiant d’exprimer, par les substantifs les
référents associés au mot « sport », par les verbes les comportements liés à
l’inducteur, et par les adjectifs les jugements de valeurs (Lacassagne,
Sales-Wuillemin, Castel, & Jebrane, 2001). Le but de cette nouvelle
investigation était de contraindre les sujets à changer de point de vue sur
l’objet car au sein d’une même catégorie de personnes, la demande
d’associations verbales peut conduire certains à mobiliser une nature
préférentielle d’éléments. Or ce choix est relativement limité du point de vue
du mode d’accès à la représentation puisque c’est le seul degré d’accord des
sujets sur les éléments de la représentation sociale et sur leur positionnement
respectif qui importe. En fait, la représentation sociale étant une
représentation partagée, l’objectif est de dépasser les particularités
individuelles. En obligeant le sujet à changer son rapport à l’objet, on peut
l’amener à considérer une façon de voir qu’il connaît, qui est donc du savoir
propre à son groupe, mais que lui-même n’utilise pas spontanément.
A partir des dix premiers mots associés librement par les
sujets, des listes ont été établies. La fréquence d’apparition des mots est
l’indicateur garantissant le caractère social, de la représentation. Certains
auteurs (Doise & Palmonari, 1986) énoncent que dès qu’un mot est dit par
plus de deux personnes, il peut être considéré comme relevant de la
représentation sociale, d’autres auteurs (Salés-Wuillemin, Castel &
Lacassagne, 2002) préfèrent retenir 10 % de l’effectif, ce qui revient
généralement à retenir une dizaine de mots. Dans l’étude présentée, c’est ce
choix qui a été opéré. Parmi tous les mots cités, ont été retenus les mots les
plus fréquents correspondant a minima à 10 % de l’effectif. Ainsi, cette
première partie de l’étude a permis de sélectionner neuf mots pour les
étudiants français (« compétition », « détente », « dopage », « équipe », «
entraînement », « foot », « loisir », « performance », « plaisir ») et onze
mots pour les étudiants marocains (« activité », « compétition », « discipline
», « éducation », « entraînement », « fair-play », « jeu », « loisir », «
performance », « plaisir », « santé »).
Seuls les 10 premiers mots associés ont été traités : les
associations contraintes par la nature des mots n’ont pas été retenues en tant
qu’élément de contenu. Au Maroc, de nouveaux mots ont bien été associés, mais
souvent de façon indépendante de la demande. Par exemple, des verbes et des
adjectifs sont apparus alors que c’était des substantifs qui étaient demandés.
Cependant, les mots contraints similaires ont été retenus dans les
calculs.
• Accès à la structure de la représentation du sport
L’accès à la structure de la représentation a été établi
par la recherche de liens de proximité entre les éléments pour chacune de ces
deux listes. Pour cela, nous avons construit un indice de similitude basé sur
le coefficient de concordance de Kendal
[2]. Le calcul de cet indice permet l’évaluation de la
distance entre le mot inducteur et les mots associés et non l’évaluation de la
distance entre les mots associés entre eux
[3]. Le choix de cet outil mathématique s’appuie d’une
part sur le présupposé théorique du lien entre le rang d’apparition et la
qualité sociale des items (Zavalloni & Louis-Guerrin, 1984) et d’autre part
sur la non prise en compte de la valeur arithmétique des rangs. En effet si,
pour un sujet donné, on peut admettre qu’un item est plus proche du stimulus
que le suivant, lorsque l’on considère l’ensemble des sujets, le fait que cet
item occupe par exemple le 4
e
rang pour le sujet 1 et le 5
e
pour le sujet 2 n’est pas pertinent en soi, dans la mesure où l’association des
mots à l’intérieur de la liste peut se faire pour chacun par activation de
chaînes mentales différentes et donc de tailles plus ou moins variées. En
d’autres termes, s’il nous paraît théoriquement fondé de considérer qu’un item
placé plus loin du mot stimulus qu’un autre par un ensemble de sujets l’est
effectivement, il nous paraît plus difficile d’admettre qu’il l’est à une
distance précise (ce que nous pourrions artificiellement obtenir en moyennant
les rangs).
Les indices de similitude ont permis de réaliser une
classification hiérarchique ascendante, donnant lieu à une représentation
graphique, appelée dendrogramme
[4]. Ce graphe repose sur le calcul de la distance
d’agrégation, c’est-à-dire sur la force des liens qui unit deux blocs d’items
ou deux items, la distance d’agrégation étant d’autant plus courte que la
distance est élevée. Plus précisément, le dendrogramme met en évidence la
progression successive des regroupements.
Tableau 1
Corrélations Tau Kendall pour le
groupe Maroc
Compétition Loisirs Santé Entraînement Activité
Performance Éducation Jeu Fair-play Discipline Plaisir Compétition 1 -0,019
0,055 0,133 0,088 0,117 -0,068 0,102 -0,066 -0,084 0,080 Loisirs -0,019 1 0,094
0,089 0,049 -0,145 0,186 -0,072 0,049 -0,080 -0,058 Santé 0,055 0,094 1 -0,081
0,012 -0,053 0,104 0,101 0,032 -0,096 -0,058 Entraînement 0,133 0,089 -0,081 1
0,126 0,099 -0,037 0,089 -0,110 0,087 0,041 Activité 0,088 0,049 0,012 0,126 1
-0,087 0,088 0,092 -0,039 0,176 0,062 Performance 0,117 -0,145 -0,053 0,099
-0,087 1 -0,072 -0,065 -0,182 -0,023 -0,122 Éducation -0,068 0,186 0,104 -0,037
0,088 -0,072 1 -0,092 0,031 -0,047 -0,006 Jeu 0,102 -0,072 0,101 0,089 0,092
-0,065 -0,092 1 -0,076 0,089 0,040 Fair-play -0,066 0,049 0,032 -0,110 -0,039
-0,182 0,031 -0,076 1 0,132 0,107 Discipline -0,084 -0,080 -0,096 0,087 0,176
-0,023 -0,047 0,089 0,132 1 -0,028 Plaisir 0,080 -0,058 -0,058 0,041 0,062
-0,122 -0,006 0,040 0,107 -0,028 1
L’analyse des représentations du sport des futurs
professionnels du sport français et marocains sera effectuée en deux étapes
indépendantes. Tout d’abord, la mise en évidence de la représentation du sport
du groupe Maroc (cf. tableau 1 &
figure 1), puis la représentation du groupe France (cf. tableau 2 & figure 2). La comparaison
des résultats obtenus pour les deux groupes de sujets fera l’objet de la
discussion.
2.1. Les représentations du sport des sujets marocains
Dans cette première partie, nous mettrons en évidence les
fondements de la représentation du sport des futurs professionnels marocains
dans le domaine du sport.
Le dendrogramme obtenu à partir des réponses du groupe de
sujets marocains fait clairement apparaître deux blocs qui s’agrègent à la
distance la plus élevée du graphe. Le premier de ces blocs (partie gauche du
graphique) fédère quatre mini-regroupements. Celui possédant la distance
d’agrégation la plus faible est structuré autour des notions d’éducation et de
loisir (0,822). Il rejoint le sous-ensemble issu du couple discipline-activité
(0,825), lui-même lié à plaisir et fair-play (0,885), ce nouveau groupement
étant lui-même rattaché à jeu-santé (0,911). Le deuxième bloc, d’extension plus
faible, est composé du sous-ensemble issu du couple compétition-entraînement
(0,875) auquel se rattache la notion de performance.
Figure 1
Dendrogramme pour le groupe
Maroc
L’organisation des notions associées au mot « sport » permet
ainsi de dégager deux visions qui s’opposent : celle se référant au sport
loisir (qui regroupe le plus grand nombre d’items) et celle se référant au
sport de compétition. Ainsi, même si dans la gestion actuelle du sport dans ce
pays francophone en développement, l’aspect compétitif apparaît, il semble que
les futurs professionnels ont pris en compte, dans leur représentation,
l’ouverture vers les loisirs qui traversent les pays dits occidentalisés. La
vision du sport de compétition est, dans les items mentionnés, classique. La
compétition est liée à l’entraînement et à la performance (même si ce lien fait
moins l’unanimité chez les professionnels). Néanmoins, il n’apparaît pas le
sous-ensemble discipline-activité. Paradoxalement, ce sous-ensemble structure
le bloc loisir.
La représentation du sport loisir est également inattendue
dans la mesure où elle est avant tout liée à l’éducation, alors que, en
référence aux valeurs post-modernes, on s’attendrait à ce qu’elle se rapproche
en premier lieu des aspects ludiques et hédonistes. Elle paraît aussi très
marquée par des valeurs morales (discipline, fair-play), ces valeurs morales
trouvant leur expression dans le jeu lié à la santé. Cette double association
des activités physiques de loisirs avec l’éducation et les valeurs morales
pourrait s’expliquer par les particularités de la population consommatrice de
ce type d’activité, à savoir une élite éduquée. De fait, le sport loisir est
réservé au Maroc à ceux qui ont pu être scolarisés (moins de 60 % de la
population) et, parmi eux, à ceux qui ont eu la chance d’avoir accès à une
infrastructure sportive ou même à un enseignant d’Éducation Physique et
Sportive. Elle pourrait aussi s’expliquer par une réminiscence de l’idéologie
sportive olympique.
En résumé, la représentation du sport chez les futurs
professionnels marocains est, comme attendu, porteuse des éléments constitutifs
du sport moderne, mais sans référence aux valeurs morales qui ont accompagné
son émergence. Ces valeurs se trouvent associées au sport de loisir, et donnent
un caractère moral aux éléments censés être plutôt portés, en Occident, par la
recherche de plaisir.
2.2. Les représentations du sport des sujets français
Dans cette deuxième analyse, nous mettrons en évidence les
fondements de la représentation du sport des futurs professionnels français
dans le domaine du sport.
Tableau 2
Corrélations Tau Kendall pour le
groupe France
Compétition Détente Dopage Entraînement Équipe Football
Loisir Performance Plaisir Compétition 1 0,145 -0,049 0,162 0,056 -0,215 0,104
0,026 0,101 Détente 0,145 1 -0,089 0,043 -0,040 -0,260 0,228 -0,010 -0,078
Dopage -0,049 -0,089 1 0,037 -0,036 -0,051 -0,137 0,081 0,071 Entraînement
0,162 0,043 0,037 1 -0,083 -0,037 0,111 0,042 0,074 Équipe 0,056 -0,040 -0,036
-0,083 1 -0,009 -0,027 -0,094 0,045 Foot -0,215 -0,260 -0,051 -0,037 -0,009 1
-0,005 -0,153 0,004 Loisir 0,104 0,228 -0,137 0,111 -0,027 -0,005 1 -0,009
0,002 Performance 0,026 -0,010 0,0841 0,042 -0,094 -0,153 -0,009 1 -0,145
Plaisir 0,101 -0,078 0,071 0,074 0,0458 0,004 0,002 -0,145 1
Figure 2
Dendrogramme pour le groupe
France
Le dendrogramme issu de l’analyse des associations pour
l’échantillon français se décompose en deux blocs d’extension quasi équivalente
(5 items pour le premier, 4 pour le second). Le premier regroupement (qui
correspond aux premières agrégations dans le dendogramme) associe loisir et
détente. Ces deux notions sont consensuellement les plus proches de « sport »
(0,775), suivies par le couple entraînement-compétition (0,883), auquel
s’agrège le plaisir (0,938). Ce bloc se distingue d’un second, associant
performance à dopage (0,922) et football à équipe (1,02). La représentation
semble ainsi assez simplement structurée autour du sport en général d’une part,
avec ses deux composantes : sport loisir et sport de compétition ; et autour du
sport professionnel d’autre part, évoqué à la fois dans son acception négative,
le dopage lié à la performance, et dans une perspective plus neutre, bien que
moins consensuelle, avec le football qui se pratique en équipe.
Ainsi, le développement en France de la pratique sportive à
des fins de loisirs, de détente, de plaisir apparaît de façon très marquée dans
la représentation sociale. Le rattachement du sport de loisir aux éléments
constitutifs du sport moderne (entraînement, compétition) par la notion de
plaisir, amène à penser que les individus recherchent dans l’activité sportive
une performance « pour soi », associée à une compétition avec eux-mêmes ou avec
d’autres (équipe). En ce sens, ils pourraient être guidés par les valeurs «
post-modernes » telle la quête d’émotions, de sensations, l’hédonisme. Cette
interprétation trouve un appui dans la conception du sport professionnel. La
logique de marché, propre à la gestion du sport en France depuis les années
quatre-vingt, produit, via sa médiatisation, un spectateur satisfait du
spectacle, mais de plus en plus conscient de son artificialité à travers cette
médiatisation qui met aussi l’accent sur les aspects négatifs. La performance
n’est alors plus liée à l’entraînement, mais au dopage.
La comparaison des deux représentations met en évidence que les
deux composantes du sport d’aujourd’hui, moderne et post-moderne, sont
présentes dans les deux populations étudiées. On retrouve en effet, dans les
deux ensembles de données, d’une part les notions modernes de compétition,
performance et entraînement, et d’autre part celles de loisir et plaisir, se
rapprochant plus d’une conception post-moderne du sport. Toutefois, ces
éléments communs sont organisés différemment dans les deux populations et le
découpage moderne/post-moderne de ces associations ne suit pas la même logique.
En effet, malgré des modes d’organisation du sport différents dans les deux
pays, l’ouverture du sport vers le loisir est présente au Maroc et le sport de
compétition se maintient en France. Cependant, l’utilisation de ces notions est
très différente dans les deux pays.
Dans les deux échantillons, le sport moderne, associé
essentiellement à la performance, tient une place peu valorisée. Au Maroc, il
est peu commenté et le « bloc » performance-entraînement-compétition ne laisse
pas la place à la notion de plaisir. Il apparaît comme un élément constitutif
de la représentation, mais de façon indépendante par rapport aux autres
éléments, et par-là même relativement neutre. En France, le sport moderne, et
en particulier la performance, est lié à des aspects négatifs : la performance
est associée au dopage et non au travail de l’athlète. Le sport professionnel
valorisé se limite alors au spectacle, c’est-à-dire à ce qui peut, à travers
les médias et l’exploitation économique, trouver une résonance positive dans
une société de consommation. En d’autres termes, pour les futurs professionnels
sportifs, la compétition de haut niveau ne semble pas ou plus le terrain à
investir en soi, mais pourrait apparaître comme un élément « commercial » dans
une logique de marché.
Le loisir sportif est également évoqué dans les deux pays, mais
des nuances dans la représentation apparaissent à nouveau. En effet, la
conception moderne vient également structurer le sport loisir au Maroc : il
semble très lié à une élite sociale dans la mesure où cette conception moderne
correspond à des valeurs fortes telles que la discipline et l’éducation. Dans
le discours français, le sport loisir est plus démocratique et correspond bien
aux valeurs post-modernes : il représente une voie de bien-être pour tous, mais
n’est pas pour autant détaché de la compétition et de l’entraînement qui
prennent alors une tonalité hédoniste. Si, dans l’échantillon marocain, les
conceptions modernes viennent structurer le sport loisir, à l’inverse chez les
sujets français, il semble que les deux types de conceptions soient bien
indépendantes et que, dans sa partie post-moderne, le sport intègre
l’entraînement et la compétition comme source de plaisir et de
détente.
Ainsi, les éléments correspondant aux évolutions qui relèvent
de l’évolution effective du sport sont repris dans les deux pays. Cependant,
les valeurs associées à chacun des états de développement subissent comme
attendu des transformations. Les représentations sociales ne sont donc pas le
simple reflet de l’évolution de l’idéologie ou de la politique actuelle en
matière de sport dans les deux pays, mais reflètent également une forte
appropriation par chacun des groupes interrogés.
Les valeurs modernes paraissent infiltrer le sport de loisir au
Maroc alors que les valeurs post-modernes pénètrent le sport de compétition en
France. Tout se passe comme si, au vu du développement concret du sport dans
les deux pays, le point de référence variait, mais in fine produisait le même
type d’effet. Il semble donc que les pratiques ne suffisent pas à transformer
directement la représentation sociale des groupes les plus avertis. Il ne se
produit pas, conformément aux propriétés des représentations sociales lorsqu’il
n’y a pas de transformations brutales, une remise en cause fondamentale de
l’image sociale, même si l’appropriation des valeurs dans chaque pays reflète
le contexte historique, social et idéologique qui l’environne.
Nous remercions Narjiss Mekaoui
pour l’aide apportée lors du recueil et du dépouillement des
résultats.
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[1]
Les étudiants marocains, âgés de 18 à 25 ans, sont pour un
quart féminin et trois quarts masculins ; les étudiants français sont plus âgés
(18 à 30 ans) et les garçons sont deux fois plus nombreux que les
filles.
[2]
Dans un premier temps, nous avons, pour chaque item, retenu les
rangs attribués par chaque sujet (les rangs s’échelonnent de 1 à 10 dans la
première liste, le rang 11 est donné à tout item appartenant à la liste
complémentaire et le rang 0 à tout item n’étant pas mentionné par le sujet
considéré). Puis nous avons testé le degré d’accord entre chaque paire de
sujets en considérant leur hiérarchie de classement pour chaque paire d’items
(deux sujets vont être considérés comme d’accord s’ils ont tous les deux
attribué à l’item a un rang supérieur (/inférieur) à celui qu’ils ont attribué
à l’item b). Après avoir affecté la note (+1) si les sujets sont d’accord et la
note (–1) si les sujets sont en désaccord, nous avons calculé un indice de
similitude pour chaque pair d’items : 1-[[(somme des accords) + (somme des
désaccords)] / n(n-1)/2]. Cet indice est compris entre (+1) et (–1). Si pour
deux items tous les couples de sujets possibles sont en accord, l’indice est
égal à 1. Au contraire, si tous les couples de sujets sont en désaccord, il est
égal à (–1). Enfin, s’il y a le même nombre d’accord que de désaccord, l’indice
est nul.
[3]
On peut toutefois noter que la probabilité d’avoir un même
degré d’accord pour deux items proches l’un de l’autre est plus faible que pour
deux items éloignés dans la mesure où cette dernière comparaison favorise
l’expression de jugements tranchés.
[4]
Le dendrogramme est établi à partir de la méthode de Ward
(Statistica). La raison de ce choix tient à la nature du substrat de la
représentation. L’analyse de similitude par saut minimum, autre méthode
fréquemment utilisée, paraît adaptée lorsque la représentation est l’expression
totale d’un groupe aux frontières définies. En effet, chaque sujet contribuant
à l’analyse, il semble justifié d’étudier la sédimentation progressive des
items. Par contre, lorsque la représentation est l’émanation d’un échantillon,
cette précision pourrait relever de l’artefact. En effet, ne contrôlant pas la
pensée du reste de la population, il paraît adapté de recourir à une méthode
plus globale.