Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
228 pages

p. 11 à 23
doi: 10.3917/sta.066.0011

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Rapport de recherche

no 66 2004/4

2004 STAPS Rapport de recherche

Une image raffinée et avant-gardiste de la station thermale : le sport féminin à Vichy (1875-1914)

Frédéric Dutheil Centre de recherche et d’innovation sur le sport - CRIS - Lyon I Adresse professionnelle : Université de Clermont-Ferrand II, UFR STAPS B.P. 104 - 63172 AUBÈRE Cedex - Fax : 04 73 40 74 46 Adresse personnelle : Chemin du bas des Rochettes 63115 MEZEL - Tel : 04 73 83 48 71 frederic.dutheil3@libertysurf.fr
À la fin du xixe siècle, les pratiques sportives intègrent progressivement la panoplie des occupations mondaines de la clientèle féminine qui fréquente la station thermale de Vichy. Loin de se cantonner au seul rôle de spectatrices, les femmes de sport participent activement à des activités aussi diverses que le tir aux pigeons, la bicyclette, le lawn-tennis, le canotage, le golf. Le sport leur permet de s’octroyer un temps de loisir original, éventuellement émancipateur. L’analyse des documents journalistiques qui rendent compte de la vie dans la station démontre cette participation. L’idée d’une pratique féminine s’affirme au fil des ans dans ce haut lieu de villégiature. La sportive ne passe pas, en effet, inaperçue dans la vie quotidienne aux eaux de Vichy. Dans un tel contexte, le spectacle de la sportive est à son tour rapidement utilisé. Mettre en scène la femme sportive est un filon que les responsables de la station vont habilement exploiter. L’étude montre que cette participation féminine défraie la chronique et procure un surcroît de publicité à la ville d’eaux.Mots-clés : sport, clientèle féminine, Vichy, station thermale, loisirs, publicité.. At the end of the 19th Century, the practice of sport takes an increasing place in worldly pleasures of the female clientele in the spa town of Vichy. Not only spectators, women take an active part in various activities such as pigeon shooting, cycling, lawn-tennis, golf and rowing. They find in sport an original way to fill their leisure time and perhaps to emancipate. The analysis of journalistic documents which report about life in the station demonstrate this participation. The notion of woman at sport has been confirmed over the years in this valued holiday place. Indeed the scene of woman at sport does not remain unnoticed in everyday life of Vichy spa. In this context it is rapidly taken advantage of this new behaviour : to show woman at sport becomes a valuable vein for Vichy spa managers. It is demonstrated by this study that this participation of woman was in the news and brought additional publicity for Vichy spa.Keywords : sport, woman clientele, Vichy, spa resort, leisure, advertising.. Ende des 19. Jahrhunderts beginnt allmählich auch der Sport zur mondänen Freizeitbeschäftigung der weiblichen Kundschaft der Kurstadt Vichy zu gehören. Weit davon entfernt, sich mit der Zuschauerrolle abzufinden, nehmen die Sportfrauen aktiv an so verschiedenen Aktivitäten wie Taubenschießen, Radfahren, Tennis, Kanufahren und Golf teil. Der Sport erlaubt es ihnen, eine originelle Freizeitbeschäftigung auszuüben, die eventuell gar emanzipatorisch ist. Die Analyse von Zeitungsdokumenten, die das Leben in dem Kurort beschreiben, beweist diese Teilnahme. Die Vorstellung einer Sportpraxis für Frauen konkretisiert sich im Laufe der Zeit in den Erholungszentren. Die Sportlerin macht sich im Alltagsleben des Kurortes Vichy bemerkbar. In diesem Kontext wird das Bild der Sportlerin schnell ausgenutzt. Die Verantwortlichen des Kurbetriebs werden die Darstellung der Sportlerin geschickt nutzen. Die Studie zeigt, dass das Sporttreiben der Frau auffällt und dem Kurort zunehmende Bekanntheit verschafft.Schlagwörter : Sport, weibliche Kundschaft, Vichy, Thermalbad, Freizeit, Werbung. Alla fine del XIX secolo, le pratiche sportive integrano progressivamente la panoplia delle occupazioni mondane della clientela femminile che frequenta la stazione termale di Vichy. Lontano dal relegarsi al solo ruolo di spettatrice, le donne di sport partecipano attivamente ad attività così diverse quali il tiro al piccione, la bicicletta, il tennis, il canottaggio e il golf. Lo sport permette loro di concedersi un tempo di loisir originale, eventualmente emancipatore. L’analisi dei documenti giornalistici che relazionano sulla vita nella stazione termale mostra questa partecipazione. L’idea di una pratica femminile si afferma nel corso degli anni in questo prestigioso luogo di villeggiatura. In effetti, la sportiva non passa inosservata nella vita quotidiana alle acque di Vichy. In un tale contesto lo spettacolo della sportiva è,a sua volta, rapidamente utilizzato. Mettere in scena la donna sportiva è un “filone d’oro” che i responsabili della stazione abilmente sfruttano. Lo studio mostra che questa partecipazione femminile sbiadisce la cronaca e procura un incremento della pubblicità alla città termale.Parole chiave : clientela femminile, loisir, pubblicità, sport, stazione termale, Vichy.. A fines del siglo XIX, las practicas deportivas integraron progresivamente la panoplia de las ocupaciones mundanas de la clientela femenina que frecuentaba la estación termal de Vichy.
Lejos de quedarse en un rol de espectadoras, las mujeres del deporte, participaron activamente en actividades tan diversas como disparo a la paloma, bicicleta, law tenis, el cabotaje, el golf. El deporte les permitió concederse un tiempo de entretención original, eventualmente emancipador. El análisis de los documentos periodísticos que rinden cuenta de la vida en estación, demuestra esta participación. La idea de una practica femenina se afirma en el transcurso de los años en este alto lugar de veraneo. La deportiva no pasa desapercibida en la vida cotidiana en las aguas de Vichy. En este contexto, el espectáculo de la deportiva es rápidamente utilizado a su vez. Poner en escena la mujer deportiva es una veta que los responsables de la estación explotan hábilmente. El estudio demuestra que esta participación femenina hace noticia y procura un aumento de publicidad en la ciudad de las aguas. Palabras claves : deporte-clientela femenina, Vichy, estación termal, entretención, publicidad..
Une image raffinée et avant-gardiste de la station thermale : le sport féminin à Vichy (1875-1914)
 
INTRODUCTION
 
 
A la fin du xixe siècle, la morale et les usages sociaux cantonnent la femme dans un rôle de spectatrice : pratiquer un sport reste une affaire d’hommes (Arnaud & Terret, 1996 ; Defrance, 1995 ; Gaucher, 2001 ; Hubscher, 1992). Les journaux (presse nationale, locale, généraliste, sportive) indiquent clairement le statut des femmes par rapport à ce type d’activités. Leur place est avant tout dans les tribunes. Leur rôle est d’encourager les défis entre les concurrents masculins. Mais, en va-t-il ainsi dans la station de Vichy, haut lieu de villégiature thermale depuis les années 1850 ? Cette attribution de rôles face à l’événement sportif est-elle strictement respectée dans ce lieu qui admet bien des écarts de comportement ? La villégiature aux eaux est, en effet, prétexte à des conduites parfois légères, libérées ou transgressives (Grenier & Dubois, 1984).
Nous avons montré dans une recherche précédente (Dutheil, 2002) que la diffusion du sport dans cette localité, entre 1850 et 1914, révèle une forme de spécificité comparativement à ce qui peut se passer, à la même période, dans d’autres villes françaises où la villégiature et l’afflux d’une clientèle de buveurs d’eaux ou de touristes ne sont pas la vocation première. En effet, il ne s’agit pas ici de satisfaire une demande exprimée par les habitants ou les autochtones, ni d’envisager une forme d’occupation et d’encadrement de la jeunesse locale sous des prétextes corporatistes, idéologiques, patriotiques, hygiéniques, religieux, comme cela a pu être mis en évidence dans différents travaux portant sur les villes de Lyon, Bordeaux, Besançon ou quelques localités alsaciennes (Arnaud, 1986), mais de participer activement au développement et à la renommée de la station. L’enjeu essentiel est bien de nature publicitaire et promotionnelle : il importe d’attirer dans la ville d’eaux un maximum de curistes et de touristes. Ce qui place Vichy dans une dynamique sportive novatrice pour la période.
Dans ces conditions, la question du genre de la pratique sportive à Vichy mérite d’être envisagée. La distribution des rôles dans la ville d’eaux présente-t-elle des caractéristiques notables pendant les villégiatures thermales ? Retrouve-t-on une présence féminine significative à la fois dans les pratiques de loisirs sportifs proposées aux populations saisonnières et lors des spectacles sportifs qui rythment la saison aux eaux ? Quelles formes et significations revêtent d’éventuelles appropriations, par un public féminin, de pratiques habituellement réservées aux hommes ?
Notre projet sera de montrer qu’entre 1875 et 1914 [1], la clientèle féminine séjournant à Vichy va progressivement s’intéresser au sport. Loin de se cantonner au seul rôle de spectatrices, les femmes du monde participent activement à des activités aussi diverses que le tir aux pigeons, la bicyclette, le lawn-tennis, le canotage, le golf. Novices ou initiées, critiquées ou adulées, elles ne passent pas inaperçues dans le vaste théâtre pittoresque que représente le cadre thermal. Dans un tel contexte, le spectacle de la sportive est à son tour rapidement utilisé. Mettre en scène la femme sportive est un filon que les responsables de la station vont habilement exploiter. Nous verrons que ce type de participation féminine défraie volontairement la chronique et procure un surcroît de publicité à la ville d’eaux.
 
1. MÉTHODOLOGIE
 
 
La consultation de fonds d’archives écrits, nationaux, mais surtout locaux, constitue le corpus principal de l’étude. Parmi les sources imprimées consultées, nous avons analysé plus particulièrement les journaux qui paraissent pendant la saison thermale. Destinés en priorité aux baigneurs qui fréquentent la ville d’eaux pendant l’été, ils nous renseignent quant aux caractéristiques de la vie de société à Vichy. Ces petits journaux, apolitiques, le plus souvent hebdomadaires, sont vendus un peu partout dans les parcs, autour des sources, dans les kiosques (Wallon, 1981 ; Wallon, 1984). Ils ont une clientèle fidèle et publient régulièrement la liste des étrangers arrivés dans la station (Chambriard, 1999). Mais le contenu essentiel de ces gazettes, à l’existence parfois éphémère, repose avant tout sur le programme des animations, des spectacles et tous autres renseignements pouvant être utiles aux baigneurs pendant leur villégiature. Fait intéressant, elles ne se contentent pas de publier simplement la liste des distractions, elles en font aussi la critique – souvent bienveillante – et contiennent de véritables chroniques sur la vie thermale. Les informations dévoilées sont certainement à considérer avec prudence, la partialité n’est pas exclue, mais ces documents constituent un témoignage unique des diverses occupations des baigneurs, des modes, des sensibilités qui traversent la station.
La réflexion s’appuie également sur l’analyse des Guides des étrangers aux eaux de Vichy entre 1870 et 1914. Ils sont une source appréciable de données concernant la vie aux eaux. Publiés chaque année avant l’ouverture de la saison thermale, ils permettent d’apprécier avec précision l’évolution des propositions touristiques de la station (Gontard, 1998). Relais promotionnels efficaces, ils indiquent clairement, pour notre étude, les possibilités offertes aux sportives qui fréquentent les lieux.
Enfin, nous utiliserons les sources manuscrites des Archives départementales de l’Allier et des Archives municipales de Vichy. Les délibérations du Conseil Municipal de Vichy, les rapports de Police locale, les décisions émanant des différentes Commissions des fêtes, les archives d’associations nous fournissent des renseignements précieux sur la présence, l’implication et la participation de la clientèle thermale féminine dans la pratique sportive.
 
2. AUX PREMIÈRES LOGES
 
 
Au premier abord, le modèle convenu, décrit précédemment, qui n’accorde à la femme qu’un rôle de spectatrice en matière sportive, semble relativement suivi à Vichy. Nous avons relevé, à de nombreuses reprises, dans les documents journalistiques locaux, la présence de spectatrices à l’hippodrome de Bellerive, au concours hippique ou bien aux arènes du Sichon. Les femmes y viennent en nombre et font assaut de coquetterie, ce que la presse ne manque jamais de souligner. On se demande d’ailleurs si le but ultime n’est pas de faire admirer sa toilette ou de se montrer en bonne compagnie. Les mondaines fréquentent les lieux sportifs comme certains salons où elles sont assidues. Au passage, elles ne font que reproduire certaines habitudes que l’on retrouve, par exemple, à Paris. E. Zola a dépeint cette mode, dès les années 1870, dans Nana ou bien dans ses Lettres Parisiennes :
« La tribune des dames est comble. Les noms aristocratiques, toute la beauté et l’élégance de Paris sont là. (…) Le soleil brûle les mains blanches, la pluie détrempe les grands volants. C’est exquis. Les dames sourient divinement, lorgnent le paysage comme un décor d’opéra-comique. Quelques-unes regardent les chevaux » [2].
Sarcastique ou amusée, la description n’est pas tendre. L’auteur est relativement critique devant cette mode de fin de siècle. On pourrait aisément transposer la scène à Vichy : les élégantes de la station adoptent les mêmes conduites précieuses et ridicules. Les caricatures témoignent de cet intérêt mondain. Ainsi, ces deux femmes en grandes toilettes, croquées dans le Journal de Vichy du 25 juin 1887, interpellant un homme à l’attitude cérémonieuse : « Est-ce vrai mon p’tit Vicomte que l’on reçoit au Concours que les femmes du monde ? ».
La plupart du temps, le déplacement aux courses se fait en couple : « la mode est aux courses » claironne complaisamment La Saison élégante à Vichy dans son numéro du 31 juillet 1877. Publics masculin et féminin sont alors rassemblés pour l’occasion. Si un anti-féminisme est peut-être dans l’air du temps en matière sportive, il est de bon ton, dans ce cas particulier, de se présenter accompagné. Les assauts de toilettes éclipsent l’événement sportif comme l’indique effectivement cet extrait de La Saison élégante à Vichy, du 7 août 1879 :
« Les tribunes se garnissent rapidement. On y remarque, surtout à celle du pesage, un bon nombre de gracieux minois et de fraîches toilettes. Les couleurs les plus printanières sont en majorité. Ca et là un costume attire et confisque les regards, la haute bicherie étant représentée par mainte personnalité tapageuse ».
Au-delà du spectacle sportif, les courses constituent un lieu de montre et de rencontre. L’élément féminin y occupe une place importante. En bonne compagnie, tout est plus facile : l’esprit de classe devient plus présent. On peut non seulement exulter, vibrer à l’unisson pendant les représentations sportives, mais on peut aussi traiter des affaires, envisager des unions ou élargir son réseau de relations [3]. La présence mêlée et protocolaire de femmes et d’hommes dans les tribunes participe de l’élaboration d’une identité collective en plein essor en cette fin de siècle : celle d’une bourgeoisie influente, décidée à laisser son empreinte et paradoxalement prête à singer les manières de la haute société (Weber, 1986). Le journal Vichy Season, du 12 août 1897, relate ainsi les impressions d’une baigneuse fascinée par la présence d’un couple princier sur le champ de courses :
« La nouvelle s’est aussitôt répandue dans la foule. Déjà on fait cercle autour de la loggia d’andrinople rouge ; si bien qu’à leur arrivée, le duc et la duchesse d’Aoste sont obligés, pour gagner leurs sièges, de franchir une barrière grouillante de curieux qui les dévisagent. Et pendant plus d’une heure la duchesse d’Aoste a subi l’impertinence de tous ces quinquets braqués de son côté, subi l’obsession de ces regards ronds de poule en mal d’œufs figés sur elle. Elle les supporta d’ailleurs avec cet air de superbe indifférence que, seule, une femme de race sait ou peut prendre. La présence du couple princier détourna presque, au cours de cette réunion, l’attention publique des évents du turf ».
La présence des femmes lors des manifestations sportives n’est donc plus à démontrer. En revanche, leur accorde-t-on la possibilité de passer du statut de spectatrice à celui d’actrice principale ? Cette perspective est, on le sait, contestée par le plus illustre défenseur du sport. Pierre de Coubertin refuse à la femme la liberté de concourir dans des conditions publiques afin de lui éviter les réactions primaires et dégradantes du spectateur (Hubscher, 1992 ; Boulongne, 1975). La pratique compétitive est jugée indécente pour le genre féminin. Mais les conventions sont faites pour être transgressées dans la ville d’eaux.
 
3. LES FEMMES DE SPORT : CES MONDAINES QUE RIEN N’EFFRAIE
 
 
La station recherche le sensationnel, les spectacles inédits ainsi que les pratiques anticonformistes. Dans un tel cadre, mettre en scène la femme sportive peut s’avérer être une affaire de bon goût et de distinction. D’autant que ce type de pratiques s’est progressivement intégré dans la panoplie des occupations mondaines des femmes de la haute société à la fin du xixe siècle. « Les Femmes de sport » du baron de Vaux, ouvrage de 1885, démontrent cette appropriation mondaine en France. Privilège de classe, le sport leur permet de s’octroyer un temps de loisir original et foncièrement distrayant. Quelles que soient les modalités, sérieuses, compétitives ou dilettantes, l’idée d’une pratique féminine commence, par conséquent, à être bien présente sur le territoire dès la fin du siècle et s’affirme au fil des ans.
En villégiature à Vichy, comme on pouvait s’y attendre, les femmes de la haute société et de la bourgeoisie participent activement aux pratiques proposées en nombre dans la station. Le Réveil de Vichy, du 9 septembre 1894, dresse ainsi le portrait de la bi cycliste « avec son costume coquet et fantaisiste ». Rien n’arrête ces audacieuses élégantes, ni les ragots malintentionnés et encore moins les kilomètres. Le journal Vichy Thermal, du 13 juillet 1901, mentionne la présence du Touring Club de France dans la station. Ses membres organisent le dimanche 28 juillet, « Une excursion à bicyclette et en automobile aux Gorges de Chouvigny ». Un appel est lancé aux intéressés par l’intermédiaire de la gazette saisonnière :
« Cette excursion est bien certainement la plus belle qu’on puisse faire aux environs de Vichy : les Gorges de Chouvigny, situées à quelques kilomètres d’Ebreuil, sont traversées par la Sioule, qui y coule à une rapidité de plus de 100 m_/seconde et rappellent, plus pittoresques s’il se peut, les Causses des Cévennes. La distance de Vichy à Ebreuil par Gannat est de 28 km. Départ pour les cyclistes et automobilistes à 7 heures du matin du Café du xxe siècle, rue du Casino, et le retour à 5 heures du soir environ d’Ebreuil. Les personnes non affiliées au TCF devront se faire présenter par un membre du TCF pour participer. »
On apprend quelques temps plus tard, toujours par voie de presse, que l’excursion a obtenu un franc succès. Une joyeuse troupe s’est élancée de bon matin pour découvrir les environs de Vichy :
« Ils étaient vingt-deux excursionnistes, hommes et femmes, à partir à l’assaut des Gorges de Chouvigny. Tous ont trouvé le moyen de se faire inscrire malgré le court délai pendant lequel la liste est restée ouverte. Organisés en petits groupes, nos bi cyclistes sont partis à intervalles de temps séparés sous la conduite de membres plus expérimentés. Deux automobiles fermaient la marche de manière à recueillir les plus fatigués ».
La présence féminine étonne. Les propos du Journal de Vichy du 30 juillet 1901 sont admiratifs devant tant de courage et de volonté : « A Ebreuil, le groupe, passablement éclaté, s’est reformé pour le déjeuner. Nos vaillantes sportives n’ont pas démérité. Elles ont pédalé à leur rythme et sont arrivées comme un seul homme ! Leur vaillance fait honneur à la société du Touring Club ». L’excursion, comme on le voit, est aussi le lieu privilégié d’une nouvelle sociabilité sportive. Le groupe privilégie la convivialité à l’exploit. Quelles que soient l’endurance et la force de chacun des membres, il est prévu de se rejoindre afin de montrer l’existence sociale de l’association. Le repas pris en communauté à Ebreuil démontre la cohésion de cette « troupe en campagne ». L’organisation est la clé de voûte de cette activité mondaine où hommes et femmes cohabitent dans une parfaite unité. Bertho-Lavenir (1999) parle d’« une pédagogie de la vie collective » quand elle décrit les activités du Touring Club. Il semblerait que cette idée s’applique parfaitement à l’excursion considérée. Le féminin n’est nullement exclu de cette aventure. Au contraire, il conforte et prouve la cohésion de cette société élégante en villégiature.
À l’image de la bicyclette, on retrouve une participation féminine dans la plupart des activités proposées dans la station thermale. Les gazettes vantent les mérites de ses « mondaines que rien n’effraie » [4]. À l’aise en toutes circonstances, elles forcent l’admiration. On les retrouve épaulant un fusil et bravant un domaine parfaitement masculin :
« Une des plus grandes attractions à la mode, dans les villes d’eaux, comme partout où il y a agglomération de personnes de distinction, c’est le tir aux pigeons. À Vichy, les massacres ont lieu en juillet. Ce genre de sport n’est pas spécial aux hommes, car nombre de femmes, jeunes et élégantes, sont de force à rendre des points à certains messieurs » [5].
De même, elles sillonnent le lac d’Allier à bord de frêles embarcations de promenades et ne sollicitent plus aucune aide, au grand dam des mariniers :
« Au train où vont les choses, les mariniers n’auront bientôt plus le pied marin ! Les élégantes de la station embarquent à présent en refusant toute aide de notre personnel expérimenté. Pendant que les femmes rament, les hommes se prélassent » [6].
Ou bien encore, elles se rendent au boulevard National, en face de la grille des Célestins pour quelques échanges de balle sur les terrains de Tennis. Le Furet Vichyssois du 30 juillet 1907 insiste sur cette présence féminine :
« Nous raffolons des exercices de plein air, la vie sportive est fort heureusement du reste, rentrée dans nos mœurs. (…) Le Tennis des Célestins est maintenant un des coins les plus élégants de la station thermale. (…) Les femmes ne tardèrent pas à se mettre de la partie, trouvant que le maniement de la raquette ne manquait ni de charmes, ni d’esthétique et prêtait pour le surplus à une élégance particulière des costumes ».
Mode, sport et féminisme se conjuguent harmonieusement dans la station thermale. On pourrait enfin citer l’exemple du Golf. Cette installation accueille, depuis peu, une clientèle aussi bien masculine que féminine. Le Golf de Vichy ouvre, en effet, ses portes pendant la saison 1908. La Compagnie Fermière, qui finance l’opération, n’a pas lésiné sur les moyens. Elle espère que « l’installation, qui est en train de se faire, sera l’une des plus belles de France, nous pouvons même dire la plus belle » [7]. Une ville d’eaux désireuse de s’attirer la riche clientèle étrangère se doit de proposer une telle distraction. Pau, Cannes ou Nice possèdent depuis quelques années déjà ce type d’établissement (Corbin, 1995). Il s’agit de combler un retard criant dans la station.
Le Golf incarne l’exemple même de la sociabilité sportive mondaine, mais aussi, en apparence, non ségrégative. Véritable salon d’extérieur, hommes et femmes sont ici conviés à des amusements et relations raffinés. La présence des deux sexes est pratiquement une obligation culturelle (Gerbod, 1983). Le Golf ne serait pas aussi attractif sans la participation des femmes. Que ce soit sur le parcours ou bien au Club-House, leur présence rehausse le prestige de l’établissement. Le badinage galant, les tentatives de séduction font pratiquement partie du jeu. La presse, à nouveau, participe à la construction de cette atmosphère spécifique. L’Auvergne sportive et Mondaine du 31 octobre 1907 décrit l’exquise situation du golf :
« Le Golf de Vichy est l’endroit le plus romantique de la station. Les joueurs et joueuses trouvent ici un terrain protégé naturellement d’un côté par l’Allier, de l’autre, par une haie qui empêchera les curieux d’envahir la piste. Le paysage est des plus soignés. Chemins, ponts, Club-House, pelouses, arbres s’offrent complaisamment au regard. Lieu des délices, on se croirait transporté à l’Eden. Voilà un sport qui devrait favoriser les rencontres ! ».
Les femmes ne se contentent pas de tenir le rôle de spectatrices, d’accompagnatrices ou de faire-valoir. La présence, par exemple, de la Comtesse du Bourg sur les lieux est relatée par le journal Vichy-Sport, le 19 juillet 1908. Résidant à Pau, elle possède une solide expérience dans ce jeu. Elle pratique à l’égal des hommes, parcourt le « green armé d’un club », tente sa chance pour atteindre les « holes » disséminés sur les 18 hectares que compte le golf. On la retrouve en bonne compagnie, avec M. Bomboudiac, professeur au golf de Vichy, « à côté du club House sur le putting-green où l’on donne des leçons de golf ». L’activité est pleinement investie par les femmes du monde. Les exemples de ce type se multiplient dans les chroniques. On signale ainsi, dans le journal Vichy Sport du 13 juillet 1913, la participation de « Mesdames Raphaël, Audenregh, Dangin, Isaac, etc. », baigneuses en villégiature à Vichy.
La présence féminine sur ce lieu sportif est entrée dans les mœurs et fait complètement partie du décor. La presse locale et saisonnière ne manque pas de faire de fréquentes allusions à cet engouement spécifique : façon habile de montrer que Vichy sait s’adapter à la mode (Mangin, 1993). Ces différents encarts journalistiques participent indéniablement à la recherche d’un surcroît de publicité en faveur de la ville d’eaux. Montrer une pratique féminine mondaine et élitiste prouve le dynamisme de la station et sert d’accroche à une clientèle fortunée. Entre gens du monde, on se passe les « bonnes adresses ». Le touriste du début du siècle, homme ou femme, aime les endroits où l’on s’amuse (Corbin, 1995 ; Rauch, 1888). À bicyclette ou bien avec une raquette à la main, un club de golf, un fusil, les baigneuses n’ont que l’embarras du choix à Vichy. Les plaisirs sportifs ne sont donc pas l’apanage des hommes dans la ville d’eaux.
 
4. LE SPECTACLE DE LA SPORTIVE, NOUVEAU SUPPORT PUBLICITAIRE DE LA STATION
 
 
Le spectacle de la sportive est, lui aussi, rapidement exploité. Il fait partie de ces programmes à sensations que recherche la station. En l’occurrence, cette initiative apparaît beaucoup plus audacieuse même si elle n’est pas la première du genre en France (Arnaud & Terret, 1996). Mettre en scène la femme sportive, s’exhibant devant un parterre de spectateurs, présente un côté sulfureux. Au nom de la morale et de la décence, certains esprits s’insurgent et redoutent une déliquescence de la société. Mais la clientèle aristocratique ou bourgeoise en villégiature s’accorde bien des écarts et ne paraît pas choquée outre mesure. Au contraire, la foule vient en masse à l’hippodrome du Concours hippique, le 3 juin 1894, pour assister aux courses vélocipédiques. Les organisateurs ont pensé, en effet, donner un peu plus de piment à la représentation en programmant une « Course de dames » [8]. La presse profite de l’occasion pour féliciter la société vélocipédique :
« Pour les Courses Vélocipédiques du 3 juin, tous les grands coureurs de France étaient réunis sur le Vélodrome du concours hippique, rue Ballore. Nous avons assisté à une brillante réunion et des courses disputées. Le Vélo-Sport Vichyssois nous a réservé une surprise de taille : plusieurs femmes étaient engagées dans une course spéciale. Elles ont montré des qualités de sprinter inattendues » [9].
Le chroniqueur ne développe pas, mais on apprécie l’effet de surprise. Ce dernier feint l’étonnement à moins qu’il ne soit réellement sincère : « comment une femme peut-elle présenter de telles qualités sportives ? » semble-t-il signifier. Le spectacle interpelle et surtout suscite l’intérêt et la curiosité. C’est exactement ce que recherche la station thermale. On ne pouvait pas trouver meilleure affiche. Dans cet exemple, la sportive semble bien être utilisée comme un nouveau support publicitaire, une véritable réclame. Cette tentative est d’ailleurs suffisamment concluante pour que l’on réitère l’opération. Le spectacle de la sportive est un motif que la station va décliner à l’envi entre 1890 et 1914.
Depuis sa création en 1895, le nouveau tir aux pigeons de Vichy accueille régulièrement les femmes et leur permet, lors de concours disputés, de rivaliser avec les hommes. À cette occasion, ces élégantes sportives se mettent en scène et « démontrent des qualités d’adresse et de sang-froid insoupçonnées ». Les commentaires du journal Vichy Season, du 4 août 1898, mêlent encore une fois un sentiment d’admiration, mais aussi un étonnement qui pourrait être jugé dévalorisant. Le spectacle de la femme sportive vaut le détour mais de là à rendre les points aux hommes ! La rhétorique journalistique est presque paradoxale. D’un côté, elle valorise l’événement et montre l’exemplarité des sportives. D’un autre côté, elle garde certains réflexes conservateurs et profondément masculins. Partagé entre les exigences de son travail – rendre compte des manifestations de la station et en faire la publicité – et ses dispositions d’esprit, le chroniqueur n’en reste pas moins un homme… au service de la renommée de Vichy.
Les femmes ont aussi leur place aux Arènes de Vichy dans une activité qui traditionnellement cultive des valeurs foncièrement viriles. Le 9 août 1908, Vichy Sport présente les exploits d’une jeune Camarguaise et prépare à l’avance le public :
« Cette fête provençale qui aura lieu sous la Présidence d’Honneur du maître vénéré Frédéric Mistral, le chantre immortel de Mireille, comprendra le triage des taureaux, comme il se pratique en Camargue, ainsi que le sevrage des jeunes fauves. Il sera ensuite procédé à un spectacle original. Pour que la ferrade soit complète, Mlle Lescot, âgée de 16 ans et fille du plus important ganaderio de Camargue, à cheval, tombera un taureau et le marquera ensuite du stigmate indélébile que portent aux oreilles tous les fauves de la manada de son père ».
La réclame est évidente et le déplacement aux arènes se justifie par la seule présence de l’élément féminin. Si l’on apprend ensuite que les « plus réputés toréadors français sont engagés pour cette fête tauromachique, notamment le célèbre François le Boucher, le roi des sauteurs qui exécutera plusieurs sauts périlleux au-dessus du taureau et Vaillant, le plus fort sauteur à la course connu jusqu’à ce jour », ces informations sont presque secondaires. Elles rendent la présence de la jeune femme encore plus exceptionnelle au milieu de toutes ces sommités du monde tauromachique. La construction de l’article n’est pas anodine. Le chroniqueur met en évidence son talent et son habileté à susciter la curiosité des lecteurs, hôtes de la station. En faisant la part belle à Mlle Lescot, il démontre que les organisateurs de la corrida renouvellent et bonifient leurs spectacles. Le frisson devrait être garanti.
La participation des Ondines au Grand Meeting de Natation organisé par le Club Nautique de Vichy [10], le 23 août 1908, participe de la même logique promotionnelle. L’affiche est construite de manière tout à fait similaire aux précédentes. Les organisateurs jouent sur l’effet de surprise et la curiosité des baigneurs :
« Cette fête sportive sera encore rehaussée par la participation au meeting de 3 ondines qui obtiendront certainement un gros succès de curiosité auprès du public, d’autant plus que ce sont 3 champions qui se mettront en ligne ».
La gazette Vichy Sport, du 23 août 1908, s’empresse d’ailleurs de donner le palmarès de ces trois « champions ». Au passage, le masculin est intéressant. Peut-être démontre-t-il la difficulté à accorder le terme au féminin à cette époque ou le caractère relativement innovant d’un tel spectacle (Terret, 1992) ? Les trois engagées ne sont pourtant pas les premières venues, elles ont déjà l’expérience de ce genre de spectacle :
« Mlle Eugénia est la gagnante du championnat de Paris (50 m) cette année et du championnat de France (100 m) également cette année. Mme Decorne est la seconde du Championnat de France (100 m) cette année et la gagnante du Championnat de France de plongeons, l’an dernier. Mme Garnier est la recordwoman du plongeon à grande hauteur (15 m). » [11]
Dans les comptes rendus du meeting, l’admiration s’est substituée à la curiosité. Les Ondines ont démontré tout leur talent. Mlle Eugénia l’a emporté devant ses deux congénères « dans un style très plaisant » [12]. Puis Mme Decorne a fait la démonstration de sa maîtrise dans différentes sortes de nage : « Brasse française, Coupe française, marinière, over-arm stroke ou coupe anglaise, strudgeon, crawelle ou nage sous l’eau ». Enfin, Mme Garnier s’est livrée à des plongeons « brillamment exécutés ». Si les trois sportives n’ont pas ravi la vedette aux champions masculins engagés, elles ont largement contribué au succès d’ensemble. Personne ne semble offusqué de cette présence, ni la presse et encore moins les spectateurs. Il y a pourtant quelques années seulement, la seule vue de baigneurs dans l’Allier gênait certains promeneurs [13]. Il faut croire que les mentalités sont en train d’évoluer. La compétition sportive, par son caractère conventionnel et normé, légitime certains comportements qui auraient pu être jugés indécents en d’autres circonstances. Cette première tentative, à Vichy, d’intrusion féminine dans les meetings de natation sera reconduite chaque année jusqu’en 1914. On relève, au fil des années, la présence dans la Course des Ondines de « Blanche Michel, Fernande Buron, Marcelle Viamrey » [14] en 1909, de « Egidia Guéraud, Charlotte Bertrand, Anna Besson, Blanche Michel, Suzanne Dubois, Germaine Thirion » [15] en 1910. Autant de nageuses de L’Ondine de Lyon ou de L’Ondine de Paris qui ont fait le déplacement, invitées par le Club Nautique Vichyssois. Les sportives sont devenues un « produit » recherché pour animer les manifestations de la saison.
On retrouve, enfin, une participation féminine dans les tournois de Tennis ou bien dans les concours hippiques dans les années 1910. Les différents organismes responsables les invitent à participer pour les raisons évoquées précédemment. Leur présence dans les défis sportifs est non seulement une affaire de mode, un témoignage d’une nouvelle distribution des rôles masculins et féminins chez les élites, mais surtout une opération publicitaire en faveur de la station. Proposer « un handicap simple (dames) » ou bien un « handicap double mixte » à côté d’un « handicap simple (messieurs) » [16] confère aux tournois de Lawn-tennis une toute autre dimension sociale et élégante. La participation des deux sexes devient une évidence et un gage de réussite culturelle dans une station qui soigne son image mondaine. De la même manière, programmer un « Prix des Amazones » au Concours hippique relève du bon goût et de la distinction :
« Les obstacles, très bien faits, étaient durs et nous ont permis d’admirer la qualité chaque jour grandissante des chevaux, le brio, le sang-froid et l’énergie des cavaliers. Les amazones elles-mêmes ont rivalisé d’entrain, de charme et de courage. Mmes Goldsmith, Leclerc, la vicomtesse de Saint-Léon, la comtesse de la Bégassière ont monté à la perfection et bien mérité les bravos que le public ne leur a pas ménagés ».
La présence, le 17 juillet 1910, de ce commentaire élogieux dans les colonnes du journal Le Sport Universel Illustré, organe sportif diffusé en France, démontre que l’opération a bien fonctionné et surtout qu’elle a trouvé un relais appréciable. Toute la bonne société est à présent au courant que le spectacle à Vichy est aussi de qualité et présente une certaine dose d’audace. Le concours hippique de Vichy est de taille à rivaliser, par son programme, avec le Concours Central de Paris, ou celui de Nantes, de Bordeaux, de Lille. La seule présence féminine sur l’hippodrome ne suffit pas à procurer la notoriété, mais elle participe, à sa mesure, à la démarche promotionnelle que l’ensemble de la station a engagée afin de lutter contre la concurrence.
 
CONCLUSION
 
 
À la fin du xixe siècle, la presse saisonnière joue indéniablement un rôle important dans le développement et la diffusion des sports dans la station thermale de Vichy (Dutheil, 2002). Elle semble s’être amourachée du sujet et lui consacre une place spéciale dans ses colonnes. Aux côtés des chroniques littéraires, des annonces de spectacles en tout genre, figurent les rubriques sportives. Les rédactions s’associent aux efforts consentis par la municipalité, les acteurs privés, pour faire l’éloge de ces activités à la mode et relater leurs évolutions.
Dans ces conditions, la presse suit avec acuité les agissements des sportives élégantes. La présence des femmes sur les terrains de sport défraie la chronique. Les gazettes trouvent ici une matière inestimable. Si l’image de la sportive, par son côté sulfureux, est un genre qui se heurte aux conventions sociales, dans la ville d’eaux tout est permis. Les femmes ne sont pas cantonnées au simple rôle de spectatrices. Elles peuvent transgresser certains interdits en adoptant des conduites qui en d’autres lieux pourraient être jugées indécentes ou contraires à la morale. La mondaine, a fortiori en villégiature, a le droit de s’amuser y compris en s’immisçant dans un domaine sportif foncièrement masculin. Ainsi, la pratique de la bicyclette, du canotage, du lawn-tennis, du tir aux pigeons, du golf accueille également un public féminin. Les femmes ne sont nullement refoulées des lieux sportifs à la mode. Elles pratiquent avec et à l’égal des hommes, sans aucune forme d’exclusion apparente. Ces passe-temps sont non seulement prétexte à une forme de défoulement distractif et élégant, mais ils semblent propices à une reconsidération des rôles féminins et masculins. La conquête d’une émancipation, d’un dépassement de soi pourrait être un des moteurs de ces « agissements » sportifs. D’aucuns pourraient considérer que ces sportswomen ont mauvais genre. Mais l’atmosphère qui règne dans la station thermale favorise les excentricités, l’avènement de comportements inédits et l’imposition de nouvelles modes.
Ainsi, le spectacle de la sportive, ne choque pas, il attise la curiosité, peut-être l’envie et la concupiscence masculine. En d’autres termes, il crée l’événement, immédiatement relayé par les gazettes locales. Mettre en scène la femme sportive, s’exhibant devant un parterre de spectateurs, est une audace que se permet la station thermale. En définitive, le sport décliné au féminin conforte la réputation de Vichy, voire le décuple, en imposant une image raffinée et avant-gardiste de la ville d’eaux. Mode, sport et participation féminine procurent indéniablement un surcroît de publicité à la station. En revanche, il n’est pas certain que cette stratégie promotionnelle - qu’il s’agit bien de considérer comme telle - permette de bousculer certaines représentations sexistes bien ancrées dans le modèle bourgeois de l’époque. L’héroïne sportive, adulée par la grande majorité de la clientèle thermale, reste un objet commercial, une curiosité qu’il faut avoir vue pendant la saison au même titre que tant d’autres spectacles à sensations garanties.
 
SOURCES DOCUMENTAIRES
 
 
Archives :
Archives communales de la ville de Vichy :
Série D 1 - Délibérations du Conseil Municipal, 1875-1900.
Série F 3 - Agriculture, Courses de Vichy, hippodrome (1875-1914), n° 298/299.
Série I 1 - Police locale, Fêtes publiques, n° 145/149.
Série W - Manifestations 1901-1909.
Archives départementales de l’Allier :
Série X - Sous série 1 X : Établissement thermal de Vichy
Série M - Sous série 1 m : Administration générale du département, 1 M 72 Vichy, Courses de taureaux avec mises à mort (1884-1914).
- Sous série 4 M : Police, 4 M 1 Déclarations d’associations : registres de récépissés, 1902-1914, 4 M 7 Associations à caractères multiples, 1864-1907.
Fonds patrimoniaux et anciens de la Bibliothèque Valéry Larbaud de Vichy, Fonds anciens du Département Patrimoine de la BMIU de Clermont-Ferrand :
Journaux
L’Auvergne Sportive et Mondaine, 31 octobre 1907.
Le Furet Vichyssois, 30 juillet 1907.
Le Journal de Vichy, 25 juin 1887.
Le Journal de Vichy, 30 juillet 1901.
Le Réveil de Vichy, 9 septembre 1894.
Le Réveil de Vichy, 10 juin 1894.
La Saison élégante à Vichy, n° 12, 31 juillet 1877.
La Saison élégante à Vichy, n° 42, 7 août 1879.
Le Sport Universel Illustré, Le concours hippique de Vichy, n° 727, 17 juillet 1910.
Vichy Season, 12 août 1897, « Journal d’une Baigneuse ».
Vichy Sport, 19 juillet 1908.
Vichy Sport, 9 août 1908.
Vichy Sport, 23 août 1908.
Vichy Sport, 30 août 1908.
Vichy Sport, 26 août 1909.
Vichy Sport, 20 août 1910.
Vichy Sport, 22 juillet 1911.
Vichy Sport, 13 juillet 1913.
Vichy Thermal, 13 juillet 1901.
Guides
Guide Annuaire des étrangers aux eaux de Vichy, saison 1875, Vichy, C. Bougarel éditeur, 1875.
Vichy-1880-Splendid-Guide, Album de luxe édité par un comité de publicistes, dessinateurs, topographes éminents, 1880.
Guide indispensable aux buveurs d’eaux, saison 1881, Cusset, Imprimerie J. Arloing et M. Bouchet, 1881.
Guide de l’étranger à Vichy, saison 1893.Vichy, Compagnie Fermière de l’établissement thermal de Vichy, 1893.
Guide de l’étranger à Vichy, saison 1897. Vichy, A. Wallon imprimeur-éditeur, 1897.
Vichy-Guide, saison 1899. Vichy, Compagnie Fermière de l’établissement thermal de Vichy, 1899.
Guide de Vichy, saison 1905. Vichy, Compagnie Fermière de Vichy, 1905.
Vichy, reine des villes d’eaux, Compagnie Fermière de Vichy, Paris, Magne, 1912.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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·  Weber, E. (1986). Fin de siècle. La France à la fin du xixe siècle, Paris, Fayard.
 
NOTES
 
[1]Cette période peut être considérée comme le moment le plus fastueux de l’histoire de la ville thermale. L’ascension de Vichy est alors fulgurante, la fréquentation ne fait que s’amplifier. Tout va être pensé pour accueillir, soigner et divertir la clientèle. À ce titre, la naissance officielle des pratiques sportives dans la station pourrait se situer aux alentours de 1875, lors de l’apparition des premières courses de chevaux (Dutheil, 2002).
[2]Émile Zola, « Lettres Parisiennes », dans La Cloche, 13 juin 1872.
[3]Guide indispensable aux buveurs d’eaux, saison 1881, Cusset, Imprimerie J. Arloing et M. Bouchet, 1881. Les curistes sont invités sur le champ de courses pour des motifs tout aussi divers et non sportifs.
[4]Le Journal de Vichy, 30 juillet 1901.
[5]Vichy-Guide, saison 1899, Compagnie Fermière de l’État, Vichy, 1899.
[6]Le Journal de Vichy, 30 juillet 1901.
[7]L’Auvergne Sportive et Mondaine, 31 octobre 1907. « Des personnes influentes agirent auprès de La Compagnie Fermière : MM. Prestat, Fère, Couban et Guérin s’intéressèrent à cette innovation et obtinrent du Conseil d’administration de la Compagnie Fermière la somme nécessaire pour établir un jeu de golf digne de Vichy ».
[8]Archives communales de Vichy, Série I.1, Police, Fêtes publiques, n° 145/149, « Affiche des Courses vélocipédiques du 3 juin 1894 ».
[9]Le Réveil de Vichy, 10 juin 1894.
[10]Archives communales de Vichy, Série W, Manifestations 1901-1919 – Organisation du Grand Meeting de Natation par le Club Nautique de Vichy, le 23 août 1908.
[11]Vichy Sport, 23 août 1908.
[12]Vichy Sport, 30 août 1908.
[13]Archives communales de Vichy, Série O3, « Navigation et régime des Eaux », n° 1147, Arrêté municipal du 25 mai 1874, Réglementation de la baignade dans l’Allier, pièces n° 320. La police locale traque sans relâche les baigneurs indécents.
[14]Vichy Sport, 26 août 1909.
[15]Vichy Sport, 20 août 1910.
[16]Vichy Sport, 22 juillet 1911.
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[6]
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L’Auvergne Sportive et Mondaine, 31 octobre 1907. « Des per...
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Archives communales de Vichy, Série W, Manifestations 1901-...
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Vichy Sport, 23 août 1908. Suite de la note...
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Archives communales de Vichy, Série O3, « Navigation et rég...
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