Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
228 pages

p. 179 à 193
doi: 10.3917/sta.066.0179

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Rapport de recherche

no 66 2004/4

2004 STAPS Rapport de recherche

Les sportives de haut niveau d’origine nord africaine : type d’investissement sportif, cadres de socialisation et configurations familiales

Elsa Croquette Équipe Sport Organisation Identité UFR STAPS de Toulouse - Université Paul Sabatier
Cet article s’intéresse aux sportives d’origine maghrébine de haut niveau. Un travail sur les statistiques fédérales montre qu’elles sont proportionnellement plus nombreuses dans les sports dits « masculins ». L’article analyse la façon dont les sportives se répartissent dans ces différentes activités. En nous référant aux travaux de la sociologie dispositionaliste, nous avons analysé les cadres de socialisation sportifs et sexués et les configurations familiales. Pour cela dix entretiens biographiques ont été mené auprès de sportives. Les résultats révèlent une socialisation familiale « par les aînés » et une socialisation sexuée sur le modèle du « garçon manqué » jusqu’à l’adolescence. Ce type d’identité sexuée est redéfini au moment de l’adolescence. L’analyse des configurations familiales montre que chacune d’entre elles peut se caractériser par un ensemble spécifique de traits généraux. La place dans la fratrie, la pratique religieuse des parents, leur situation maritale, le lieu de naissance des parents ainsi que leur niveau de diplome organisent les interactions familiales qui construisent les dispositions de chaque membre de la famille.Mots-clés : sportive, maghrébine, socialization, configuration familiale. In this article we will to give an account of the results of investigation about hight level sports women of Maghreb origin. More precisely we identified the activities young girls of North African origin are teen old and we analysed this distribution. The results show that sports women of Maghreb origin tend to devote themselves in preference to activities known as men’s activities. Refrinng to dipositionalist sociology we analysed the sporty and male-female socialization frames as well as the family configurations. With that purpose in mind we interwied ten sports women. The data show that they follow a family socialization according to the elders and a sexual socialization according to the model of tomboy up to adolescence and this sexual identity is redifined in the teenage years. This analysis of the family configurations show that each of them form a spoecific whole of general features. The rank among the sibship, the parents’ religions practice, their marital status, the birthplace as well as the level of their diplomas play the main part among the family interactions that build each familymember’s tendancies.Keywords : sport woman, North African woman, socialization, family configurationSportlerinnen, Maghrebinerin, Sozialisation, familiäre Konfiguration. Dieser Artikel beschäftigt sich mit den Hochleistungssportlerinnen aus dem Maghreb. Ein Blick auf die Statistiken der Verbände zeigt, dass sie überproportional stark in den „männlichen“ Sportarten vertreten sind. Der Artikel untersucht die Art, wie die Sportlerinnen in diesen unterschiedlichen Aktivitäten verteilt sind. Auf der Basis der Soziologie der Dispositionen haben wir die sportlichen und geschlechtsspezifischen Sozialisationsbedingungen sowie die familiären Konfigurationen untersucht. Dazu wurden 10 biographische Interviews mit den Sportlerinnen durchgeführt. Die Ergebnisse zeigen eine familiäre Sozialisation durch „ältere Geschwister“ und eine geschlechtsspezifische Sozialisation nach dem Modell des „verfehlten Jungen“ bis zum Jugendalter. Dieser geschlechtliche Identitätstyp wird in der Zeit des Jugendalters neu definiert. Die Analyse der familiären Konfigurationen zeigt, dass jede von ihnen sich durch besondere Merkmale charakterisieren lässt. Der Platz in der Reihenfolge der Geschwister, die religiösen Praktiken der Eltern, ihr Familienstand, der Geburtsort der Eltern, sowie ihr Niveau schaffen familiäre Interaktionen, welche die Dispositionen der einzelnen Familienmitglieder konstruieren. Quest’articolo si interessa alle sportive d’origine maghrebina di alto livello. Un lavoro sulle statistiche federali mostra che esse sono proporzionalmente più numerose negli sport cosiddetti «maschili». L’articolo analizza il modo in cui le sportive si ripartiscono in queste differenti attività. Riferendoci ai lavori della sociologia disposizionalista, abbiamo analizzato i quadri di socializzazione sportiva e sessuale e le configurazioni familiari. Per tale motivo sono state realizzate dieci interviste biografiche a sportive. I risultati rivelano una socializzazione familiare “nelle sportive d’età maggiore” ed una socializzazione sessuale sul modello del “ragazzo mancato” fino all’adolescenza. Questo tipo d’identità sessuale è ridefinita nell’adolescenza. L’analisi delle configurazioni familiari mostra che ciascuna di loro può caratterizzarsi da un insieme specifico di tratti generali. Il posto di fratria, la pratica religiosa dei genitori, la loro situazione coniugale, il luogo di nascita dei genitori, così come il loro livello di organizzare le interazioni familiari che costruiscono le disposizioni di ogni componente della famiglia.Parole chiave : configurazione familiare, maghrebina, socializzazione, sportiva.. Este artículo se interesa a los deportistas de alto nivel de origen magrebino. Un trabajo sobre las estadísticas federales muestran que son proporcionalmente más numerosas en los deportes que se dicen “masculinos”.
El artículo analiza la manera en la que los deportistas se reparten en las distintas actividades. Refiriéndonos a los trabajos de la sociología disposicionalista, tenemos analizados los tipos de socialización deportiva y sexuadas y las configuraciones familiares. Para ello fueron realizadas diez entrevistas biográficas a deportistas. Los resultados revelan una socialización familiar “por los mayores” y una socialización sexuada sobre el modelo del “muchacho manqué” hasta la adolescencia. Este tipo de identidad sexuada es re-definida al momento de la adolescencia. El análisis de las configuraciones familiares muestra que cada una de entre ellas puede caracterizarse por un conjunto específico de líneas generales. El lugar que ocupa entre sus hermanos, la práctica religiosa de los padres y su situación marital, el lugar de nacimiento de los padres así como también el nivel de organización de la interacción familiar, que construyen las disposiciones de cada miembro de la familia. Palabras claves : deportista, magrebino, socialización, configuración familiar..
L’histoire de l’immigration suggère que celle-ci semble enrichir le développement du sport dans les nations occidentales (Noiriel, 1988) [1]. Même si les travaux sociologiques sur les femmes immigrées en France et en Europe se sont considérablement développés au cours des vingt dernières années (Golub A., Morokvasic M., Quiminal C., 1997), très peu parmi eux portent sur les femmes d’origine immigrée dans le sport. Leur implication dans ce domaine est cependant importante, y compris à haut niveau. L’objet de cet article est de rendre compte des résultats d’une enquête sur les sportives d’origine nord africaine [2] de haut niveau ou de bon niveau régional dans la région Midi Pyrénées. Une enquête préliminaire permet d’identifier les activités sportives pratiquées par les filles d’origine maghrébine. Nous avons ensuite réalisé une série d’entretiens afin de mettre en évidence les modes de socialisation sportifs et sexués des sportives ainsi que les configurations familiales dans lesquelles elles évoluent. Nous partons en effet du principe que les différences de rapport au sport et de trajectoires sociales en général s’expliquent en partie par des modes de socialisation familiales différenciées (Lahire, 1995).
 
LES FEMMES D’ORIGINE NORD AFRICAINE EN FRANCE
 
 
Plusieurs travaux en sociologie de l’immigration (Guenis Souilamas, 2000 ; Mounir, 2003) mettent en évidence différentes stratégies des filles d’origine maghrébine pour contourner les formes de domination auxquelles elles sont confrontées. En effet, on peut considérer que ces filles sont soumises à une triple domination, sexuée, sociale et culturelle désignée « le triangle des dominations » par Nacira Guénif Souilamas (2000). Les femmes d’origine nord africaine sont aux prises avec à la fois les conceptions de la féminité du système culturel dominant et celui de leur culture d’origine (Boukhobza, 1997). Dans les deux cas, les femmes sont placées dans une situation de domination par les hommes qui s’expriment de différentes façons : physique, économique, et symbolique (Bourdieu, 1998). De plus, cette situation de domination est accentuée par leurs origines populaires. En effet, ces femmes sont issues d’une culture dominée en France, conséquence de l’histoire singulière qui lie la France aux pays maghrébins comme le montrent différents travaux d’Abdelmaneck Sayad (1995, 1999).
Les travaux contemporains sur les processus de la différenciation sexuée montrent que les femmes et les filles déploient des stratégies variées pour inventer de nouvelles manières d’être plutôt que d’effectuer un choix entre les modèles de « l’émancipation » ou de « la soumission » (Guenif Souilamas, 2000). Ces stratégies sont renforcées et quasi obligatoires dans les milieux issus de l’immigration et dans les milieux populaires en général (Beaud, Pialoux, 2002).
Dans ce cadre, la pratique sportive peut avoir une fonction ambivalente. En effet, elle peut constituer une ressource pour les filles dans le sens où elle offre un espace de socialisation autonome du cercle familial et peut leur permettre de créer de nouvelles identités. En même temps, elle peut être aussi source de difficultés car ces nouvelles identités peuvent se poser en contradiction, en rupture avec celles proposées par la famille.
 
CONSTRUCTION IDENTITAIRE ET CADRES DE SOCIALISATION
 
 
Afin d’aborder l’identité des jeunes femmes, enfants d’immigrés de la “première génération”, nous adoptons l’approche de Claude Dubar (1991) qui appréhende l’identité comme un processus complexe, qui se construit par l’interaction de l’individu avec autrui et par l’articulation des cadres de socialisation (Lahire, 1998). Par les interactions avec les autres, l’individu apprend à adapter progressivement un comportement conforme à ce qu’il estime être les « attentes » des acteurs des différents lieux de socialisation qu’il fréquente (famille, école, club sportif…). Plusieurs travaux (Berger, Luckman, 1985 ; Lahire, 1995) montrent que la socialisation se réalise au sein d’institutions au sens large et que la famille est le premier agent de socialisation est la famille (De Singly, 1995). En effet, « la personnalité de l’enfant, ses « raisonnements » et ses comportements, ses actions et réactions, sont insaisissables en dehors des relations sociales qui se tissent, initialement, entre lui et les autres membres de la constellation familiale, dans un univers d’objets liés aux formes de relations sociales intra familiales. En effet, l’enfant constitue des schèmes comportementaux, cognitifs, évaluatifs à travers les formes que prennent les relations d’interdépendance avec les personnes qui l’entourent le plus fréquemment et le plus durablement, à savoir les membres de sa famille » (Lahire B. 1995, p. 16.). Dans cette perspective résolument sociologique (ou encore « psycho-sociologique » pour reprendre les termes de B. Lahire) abordant la question de la constitution des « habitus » ou des « dispositions », féconde en sociologie du sport (Lahire, 2004), l’analyse des cadres de socialisation proposés au sein de la famille paraît pertinente pour éclairer la compréhension de la construction des dispositions des sportives d’origine maghrébine. Dans cette perspective, les configurations familiales dans lesquelles ont évolué ces filles seront étudiées afin de comprendre les éléments qui permettent d’expliquer leur investissement sportif. Le concept de configuration est utilisé dans le sens que lui donne Elias (1991) c’est-à-dire comme un ensemble de relations interdépendantes pas forcément harmonieuses, en synergie avec des rapports de pouvoir, et dont l’aspect dynamique est souligné par l’auteur. Pour les comprendre il s’agit de mettre en lumière des « dispositions » historiquement plus « incorporées » que celles à l’œuvre dans des situations d’interaction et dont les individus n’ont pas forcément conscience. En effet, on peut considérer avec Pierre Bourdieu (1987) que l’habitus a pour caractéristiques d’être « le produit de toute l’histoire individuelle, (…) des expériences formatrices de la prime enfance, de toute l’histoire collective de la famille et de la classe » (p. 129), c’est-à-dire en somme un système de dispositions historiquement construit. La problématique intègre également les critiques constructives de la théorie de l’habitus (Lahire, 1998, 2001) qui ont permis de discuter la question de la construction des dispositions et du caractère hétérogène des cadres de socialisation. Nous considérons qu’il existe des dispositions qui jouent un rôle plus important que d’autres ou qui peuvent s’activer dans certaines situations ou au contraire s’inhiber dans d’autres. L’apport des travaux de la sociologie de la famille de Lahire (1995) à de Singly (1995) et de manière plus précise en sociologie des sports se situant dans la même lignée (Louveau, 1986 ; Menesson, 2004 ; Clément Dubertand, 2004) confirme le rôle essentiel de cette instance qui, d’une certaine manière, « oriente » les rapports aux autres instances de socialisation.
 
MÉTHODOLOGIE
 
 
Étant donné les objectifs de cette enquête ; trois niveaux méthodologiques ont été mis en place afin de recueillir les données qui nous intéressent.
En premier lieu, afin d’identifier les activités sportives dans lesquelles les filles d’origine nord africaine sont investies, nous avons procédé à un comptage au niveau des fichiers de licenciés de différentes fédérations sportives des noms des sportives et des sportifs d’origine maghrébine à partir de l’étymologie des noms. Il s’agissait de faire un premier « état des lieux » de l’investissement de ces femmes afin de constituer un échantillon cohérent en vue d’effectuer un travail qualitatif permettant d’étudier les cadres de socialisation et les configurations familiales. Ce travail de comptage a été réalisé en ce qui concerne sept activités: les sports collectifs de petit et grand terrain (football, rugby à XIII, volley-ball, basket, handball), un sport de combat (la boxe anglaise) et la gymnastique à partir des fichiers de tous les licenciés de la région Midi Pyrénées (tous niveaux confondus). Seule la fédération de handball a refusé de nous permettre d’accéder aux fichiers de licenciés. Les fichiers des autres fédérations ont été précisément étudiés, le procédé a consisté à noter systématiquement le nombre de noms d’origine maghrébine à partir de leur étymologie et en fonction du sexe des licenciés. D’autres travaux sociologiques (Felouzis, 2003) [3] ont utilisé ce procédé. Nous avons fait le choix de le mettre en œuvre dans la mesure où il est le seul pouvant procurer des informations sur la répartition des licenciés d’origine maghrébine dans différentes fédérations (aucune statistique ou chiffre officiel de ce type n’existe dans les fédérations) et que les conclusions que nous tirons de ce mode de recueil de données ne concernent que la répartition des sportifs dans les activités cités. Les résultats présentés portent sur les licenciés de l’année 2002.
Dans un second temps, notre objectif est de comprendre les modes de socialisation sportives et sexuées permettant d’expliquer l’investissement sportif intensif dans un univers familial maghrébin. À partir des résultats précédents, nous avons décidé de nous intéresser à la fois aux sportives d’origine maghrébine dans les sports « dits masculins », c’est-à-dire les activités qui comptent moins de 20 % de femmes sur la région Midi Pyrénées : le football (4.7 % de femmes), la boxe anglaise (9.7 % de femmes), dans les sports « dits féminins » : la gymnastique et la GRS (17.8 % d’hommes) [4], et dans les activités pour lesquelles la part des hommes et des femmes est sensiblement équilibrée: le handball (41.5 % de femmes). Par ailleurs, une observation des cadres d’entraînement et des compétitions a été entreprise en boxe, handball et en football.
Des entretiens biographiques ont été menés avec dix sportives de haut niveau ou de très bon niveau régional en boxe, football et handball. Conformément aux objectifs annoncés, ils visent à identifier les caractéristiques sociales des sportives (trajectoires scolaires, migratoire, pratique religieuse), les cadres de socialisation sportifs et sexués, et les configurations familiales dans lesquelles ont évolué les sportives (pratique sportive et religieuse, trajectoires sociale et scolaire, de la fratrie et des parents). Leur durée est inévitablement longue d’une à deux heures. Ils ont été entièrement retranscrits et analysés de façon thématique (Bardin, 1997).
 
RÉSULTATS
 
 
Dans un premier temps, nous exposons les résultats de l’enquête préliminaire et quantitative menée auprès des fédérations sportives et analysons la spécificité de l’investissement des filles issues de l’immigration nord africaine dans différents sports traditionnels. Dans un second temps, à partir d’entretiens biographiques, nous mettrons en évidence les caractéristiques des cadres de socialisation.
1. Répartition des sportives d’origine nord africaine en fonction des activités
Le tableau suivant, présente les résultats du travail de comptage des noms d’origine maghrébine en fonction du sexe et par activité :
Tableau 1
IMGIMGIMGIMFLa répartition des noms d’origine maghrébine dans différentes fédérations sportives de Midi Pyrénées
Les résultats de l’enquête quantitative montrent que d’une part, les hommes et les femmes d’origine maghrébine sont plutôt investis dans les mêmes activités donc le sexe ne paraît pas tellement différenciateur en ce qui concerne le choix des activités. En ce qui concerne la nature des activités, les hommes et les femmes sont plutôt investis dans des activités dites « masculines » telles que le rugby (9.4 % des femmes portent un nom d’origine maghrébine), le foot (6 % des femmes portent un nom d’origine maghrébine) ou la boxe (15 % des femmes portent un nom d’origine maghrébine). De la même façon, les femmes d’origine maghrébine sont très peu représentées dans les sports dits « féminins »: en gymnastique 1.4 % des licenciées de Midi Pyrénées portent un nom d’origine maghrébine.
Ces éléments mis en relation avec des travaux sociologiques permettent d’émettre des hypothèses explicatives de ce résultat que nous reprendrons au cours des entretiens.
Certains travaux (Moulin C., Lacombe P., 1999) mettent en évidence le rôle primordial du corps dans la socialisation des adolescentes d’origine maghrébine en montrant qu’il est imprégné d’une multitude de signes sociaux. Il semble que dans la mesure où la dimension esthétique et érotisée du corps est évidemment moins présente dans les sports dits « masculins » et qu’il paraît peut-être moins transgressif pour une fille d’origine maghrébine de pratiquer ces activités (Tilli, 2002).
Par ailleurs, le contrôle familial pourrait également être un facteur explicatif de ce résultat dans la mesure où ces activités permettent une connaissance voir une implication des hommes de la famille ou de l’entourage familial. Ce qui se rapproche de ce que constate Catherine Louveau (1986) sur l’investissement des femmes dans des activités dites « masculines » puisque 71.6 % des femmes investies dans des sports « masculins » ont, dans leur entourage, un homme qui pratique la même activité [5].
Enfin, on peut expliquer ces résultats par la valorisation de certaines activités physiques dans les milieux populaires qui correspondent aux activités dites « masculines ». En effet, l’enquête de l’INSEE (1987/1988) montre que 28.7 % des employés pratiquent le football, 19.1 % des ouvriers, 15.5 % d’inactifs pour seulement 3.1 % des cadres. Les filles issues de l’immigration nord africaine, souvent d’origine populaire, privilégient les pratiques sportives valorisées dans leur milieu social.
2. Les sportives de haut niveau d’origine maghrébine: caractéristiques sociales et cadre de socialisation
L’objectif de cette partie est de présenter les résultats issus de l’analyse des entretiens biographiques et de l’observation. Dans un souci de clarté, nous exposerons dans un premier temps les caractéristiques générales des sportives, puis nous mettrons en évidence les spécificités des cadres de socialisation.
2.1. Caractéristiques générales : trajectoires sociales, rapport à l’école, rapport à la religion
Les sportives interrogées ont entre 17 et 32 ans.
Tableau 2 et 3
IMGIMGIMGIMFCaractéristiques objectives des sportives d’origine maghrébine
Comme nous l’avions évoqué dans le cadre d’analyse elles sont toutes d’origine populaire, huit d’entre elles ont un père ouvrier, les deux autres étant commerçant dans un cas et garde forestier dans l’autre. En ce qui concerne les professions des mères, quatre sont sans emploi, quatre sont ouvrières, et deux sont femmes de ménage. Les sportives sont en situation d’ascension sociale par rapport à leurs parents, elles ont toutes un diplôme entre le baccalauréat et le DESS exceptée l’une d’entre elle qui a arrêté ses études au BEPC mais qui a passé par la suite des diplômes dans le secteur de l’animation (elle est aujourd’hui titulaire d’un BAFD [6]). Au niveau scolaire, les sportives d’origine maghrébine sont aussi celles qui réussissent le mieux au sein de leurs fratries. En ce qui concerne la population enquêtée, la réussite sportive se conjugue avec la réussite scolaire.
Par ailleurs, les sportives étudiées entretiennent un rapport relativement distant à la religion musulmane. Tous les parents des sportives sont pourtant croyants et pratiquants, dans le sens où ils respectent les interdits de la religion musulmane (ils ne mangent pas de porc, et ne boivent pas d’alcool, font en général la prière et les fêtes religieuses). Les femmes enquêtées adoptent en fait certaines pratiques religieuses et abandonnent celles qui demandent un investissement plus important, comme le fait de faire quotidiennement la prière. Ainsi, cinq d’entre elles font le Ramadan et ne mangent pas de porc, aucune ne fait la prière, toutes disent boire exceptionnellement de l’alcool et trois d’entre elles fument. Elles sont aussi unanimement critiques à l’égard du port du voile considérant que cette pratique est « excessive ». Enfin, la sportive la plus diplômée et possédant la meilleure situation professionnelle (DESS, psychologue en institution) est athée.
Par ailleurs, toutes les sportives interrogées émettent des réticences à l’idée de vivre en couple avec un homme d’origine maghrébine. La seule femme ayant une relation amoureuse avec un garçon d’origine maghrébine au moment de l’enquête partageait cette position avant de rencontrer son ami.
Enfin, même si les sportives partagent une vision critique du « mode de vie maghrébin », elles restent assez distantes à l'égard des mouvements féministes, méconnus par certaines. Elles ne s’identifient pas non plus aux mouvements plus récents et plus « ancrés dans leur réalité » (tels que le mouvement « Ni pûtes ni soumises »). Comme dans d’autres travaux (Young, White, 1995 ; Mennesson, 2000), les sportives semblent pour le moins réticentes à l’égard d’une démarche collective de revendication de l’égalité hommes-femmes.
2.2. Cadres de socialisation
L’analyse des cadres de socialisation sportif et sexué permet de mieux comprendre la série de prises de positions mises en évidence ci-dessus.
La socialisation sportive débute relativement tôt pour une majorité de la population, notamment pour les joueuses de foot (entre 6 et 8 ans). Ces résultats rejoignent les travaux de Christine Mennesson (2002) qui montre que les footballeuses construisent des identités sexuées plus critiques que les haltérophiles ou les boxeuses en raison de leur entrée précoce dans la pratique sportive.
Aucune des mères n’est ou a été sportive. Toutes les sportives interrogées ont un parent masculin (père ou frère) sportif ou qui a été sportif, dans la même activité pour six d’entre elles. La présence d’aînés sportifs s’avère notamment déterminante pour expliquer l’entrée dans la carrière sportive. En effet, l’analyse des entretiens révèle que les sportives d’origine maghrébine ont construit certaines dispositions (rapport au corps actif, intérêt pour les jeux dehors…) au cours de pratiques sportives informelles dans leurs quartiers aux côtés de leurs aînés:
O.: Mes frères faisaient du sport, que ce soit de la boxe ou du foot, ils ont tous fait du sport. Là, on est deux à continuer à faire du sport mais sinon tout le monde en faisait, c’est vrai qu’on était très sportif dans le sens où les jeux c’était on allait jusqu’à la Ramée en vélo d’ici, avec les raquettes, on jouait au tennis, ensuite on allait à la piscine, on faisait un foot et on rentrait, c’était quand même sportif, on avait une sacrée condition, on avait dix onze ans.
E.: C’était avec tes frères que tu sortais?
O.: Oui, avec mes frères et mes amis, on avait des amis communs, des amis du quartier parce que j’ai toujours habité dans cet endroit c’était toujours ça nos après midis, c’était toujours des après midis sportives, on faisait du baseball aussi, des foot, du volley, en tirant un fil entre deux arbres, nos jeux tournaient toujours autour du sport.
Ainsi, dans sept cas sur dix, les sportives d’origine nord africaine semblent avoir connu une « socialisation par les aînés » dans la mesure où elles ont été initiées à la pratique sportive aux côtés de leurs frères aînés. Les trois autres cas présentent des configurations familiales sur le modèle du « garçon manquant ou défaillant » dont sont issues beaucoup de femmes accédant à des professions ou activités « masculines » (Ferrand M., Imbert F., Marry C., 1999 ; Quemin, 1998). Nous analysons précisément l’une d’entre elles dans la dernière partie de l’article consacrée aux résultats.
Au niveau de la socialisation sexuée, toutes les sportives revendiquent une identité enfantine de « garçons manqués ». Cette identification enfantine s’organise autour d’interactions privilégiées avec les garçons et de certains usages du corps. Elle contribue à développer le goût pour la compagnie des garçons et pour leurs jeux et prépare ainsi les filles à s’engager dans un sport « masculin ». Ainsi, toutes les sportives interrogées évoquent des relations privilégiées avec les garçons et un désintérêt pour les activités avec les filles:
E: Et toi tu jouais plutôt avec des filles quand tu étais petite ?
O: Non, non plutôt avec des garçons moi j’étais plutôt football, ça n’a jamais été la barbie, plutôt voiture, tout le contraire de ma sœur, c’était vraiment l’opposé, l’une qui adore les barbies, moi je prenais les barbies je leur enlevais la tête, ma sœur était assez sage moi je jouais au foot avec les garçons, je me bagarrais à l’école, j’étais assez garçon manqué quand j’étais petite.
S : Il y avait 2 filles et après le reste c’était au moins 5 petits garçons et c’est vrai que comme j’aimais bien jouer en bas de l’immeuble, on jouait au foot, on faisait des jeux.
E : Il y avait d’autres filles ?
S : Ouais mais elles étaient plutôt plus coquettes, mais moi je ne sais pas j’étais mieux avec les garçons, tu vois avec les garçons tu peux parler de tout, déconner, encore les filles qui sont sportives ou qui connaissent des sportifs tu vois elles ont une autre mentalité que celles qui n’en font pas, tu peux déconner avec elles, alors que les autres elles n’ont pas d’humour, elles ne pensent qu’aux garçons et à partir du moment où tu déconnes avec elles, que tu dis une petite connerie mais pas méchante, elles le prennent super mal, alors tu vois si tu ne peux pas rigoler avec les gens alors moi ça m’énerve.
Les interactions enfantines privilégiées avec les garçons renforcent la préférence pour la compagnie des hommes et pour les « jeux » et par là même la construction d’un rapport au corps actif. Si cette identité sexuée de « garçons manqués » agit positivement au cours de l’enfance, elle semble néanmoins plus difficile à gérer à l’adolescence. À ce moment, les sportives intègrent alors le groupe des filles et entament un travail de leur apparence corporelle (apprentissage des techniques de maquillage et de coiffure, changement de tenue vestimentaires : port de pantalon à pinces ou de jupes au détriment du survêtement ou du jean’s…) en prenant pour exemple les femmes de leur entourage (grandes sœurs, mères, tantes).
E: Et donc au lycée tu as commencé à t’habiller de façon plus féminine?
S: Ben disons que j’étais complexée par mon corps, je n’aimais pas mes jambes et je trouvais que j’avais de trop gros seins, je ne mettais jamais de petits hauts, ou des jupes et puis petit à petit, en sortant tu vois en boite, ou dans des soirées, je voyais des filles qui plaisaient et puis je voyais bien que je plaisais aussi un peu. Mes amies me répétaient de m’habiller bien, elles me faisaient essayer des trucs et tout, alors je m’y suis mise doucement.
E: Et maintenant ça t’arrive de mettre des jupes, ou des tenues moulantes?
S: Un peu, disons que je différencie vachement la façon de m’habiller suivant les endroits, à la fac, j’y vais habillée assez classique, pantalon, des fois je mets des petits hauts ou des jupes plutôt longues, chez moi je suis souvent comme ça, survet ou pantalon en toile, et puis j’ai aussi des habits pour les sorties, quand je vais en boite ou à une soirée, je m’habille bien, pas forcément sexy, j’aime pas mais avec une robe un peu classe, ou une jolie veste un petit haut, des trucs comme ça.
Cette mise en conformité sexuée au moment de l’adolescence apparaît comme une caractéristique forte de la population enquêtée. En effet, les footballeuses de haut niveau étudiées dans d’autres enquêtes s’engagent moins fréquemment dans une transformation de l’identité sexée à l’adolescence (Mennesson, 2004). L’origine culturelle des sportives explique en partie le travail de la « féminité » à l’adolescence. Noria Boukhobza (2002) met en effet en évidence la “remise en ordre” des rôles sexués dans les familles maghrébines en montrant comment les filles sont incitées à redéfinir leur rapport au corps en se rapprochant du groupe des femmes, lieu de transmission de savoirs féminins (Boukhobza, 1997).
Pour résumer, pendant l’enfance, les cadres de socialisation sportif et sexué interagissent. L’entrée des filles dans les pratiques sportives s’effectue aux côtés des hommes de la famille et les sportives se définissent comme des garçons manqués. À l’adolescence, ces dispositions vont peu à peu être mises à distance et « retravaillées » pour construire une identité sexuée plus « conforme » à leur sexe biologique sans pour autant provoquer l’arrêt de la pratique sportive.
3. Les configurations familiales
À partir des travaux de Bernard Lahire (1995), nous partons du postulat que chaque configuration familiale présente des spécificités. En effet, « la transformation et la redéfinition des rôles familiaux ne s’effectuent pas de manière uniforme et mécanique, il s’agit dès lors d’observer la position occupée par les membres de la famille, selon son rang de naissance, son âge, son sexe » (Poitier C, 1993, p. 183).
Cependant, certains points communs caractérisent une majorité des configurations étudiées. Ces éléments récurrents, qui permettent de mieux comprendre l’engagement des filles issues de l’immigration nord africaine dans la pratique sportive intensive, sont présentés à partir des trois exemples relativement idéal typiques des processus repérés.
Sfia (handball): la présence d’une sœur aînée: un élément déterminant de la pratique sportive féminine dans un univers familial maghrébin
IMGIMGIMGIMFConfiguration familiale de Sfia
Sur dix sportives interrogées, six ont une sœur aînée. L’analyse des entretiens révèle qu’il s’agit d’un élément favorable à la pratique sportive. En effet, les résultats, montrent que tout se passe comme si les plus jeunes filles de la fratrie étaient en quelque sorte « dispensées » de certaines tâches domestiques et d’une responsabilité éducative des plus jeunes.
Avant de pratiquer le handball en compétition, Sfia fait différents sports dans le quartier avec son frère aîné. Elle intègre progressivement le Stade Toulousain après avoir joué au handball pendant plusieurs années au lycée. Le type de sociabilité impliqué par la pratique intensive du handball (déplacements lointains et réguliers, fréquence des entraînements…) a posé des problèmes à ses parents. En effet, Sfia est issue d’une famille « assez stricte au niveau des principes et très croyante ». Ses parents respectent scrupuleusement toutes les pratiques religieuses (ils font la prière quotidiennement, le ramadan, les fêtes religieuses). La sœur aînée de Sfia a joué un rôle important dans son investissement sportif :
« Au début ça a été un peu compliqué, ils avaient du mal à comprendre que je rentre à 3 heures du matin après les matchs quand on avait joué loin mais ma grande sœur a toujours été là pour apaiser les choses, elle leur expliquait et puis elle m’amenait aussi, ce qui fait qu’ils avaient confiance ».
La grande sœur de Sfia a également pris en partie en charge l’éducation des plus jeunes, les deux parents étant confrontés à des problèmes de santé importants. Le cas suivant confirme l’importance d’une prise en charge des tâches et des « rôles » féminins par les sœurs, même quand elles ne sont pas plus âgées que ces dernières.
Oria (boxe): la répartition différenciée des rôles sexués au sein de la fratrie
IMGIMGIMGIMFConfiguration familiale d’Oria
Les parents d’Oria ont une pratique religieuse assez souple (sa mère ne fait pas la prière). Cette dernière est née en France et s’est convertie à la religion musulmane et son père a un niveau de diplôme élevé mais non reconnu en France (diplôme d’ingénieur algérien). Après avoir pratiqué occasionnellement le football de manière informelle, elle commence la boxe à l’âge de 15 ans en s’inscrivant dans le club de son quartier. Apparemment, le choix de cette activité s’est effectué sur le mode du « défi » : « mon père répétait que c’était une activité difficile pour les filles et ça m’a donné envie d’essayer ». La fratrie d’Oria est exclusivement féminine et son mode de socialisation correspond au modèle du « garçon manquant ou défaillant ».
« Mon père, il le dit tout le temps il aurait aimé avoir des garçons mais il n’a eut que des filles et il me dit souvent en rigolant “t’es mon garçon” parce que je fais de la boxe, pour lui c’est un moyen de communiquer en fait, il me dit toujours des trucs comme ça “si ça se trouve j’aurais eu un garçon et il aurait fait de la danse classique en tutu et il aurait peur de tout”, je pense que ça veut dire qu’il aurait aimé avoir un fils mais en même temps il n’est sûr de rien. »
En fait, l’analyse de l’entretien et le travail d’observation permettent d’affirmer qu’il existe une distribution particulière des rôles sexués entre Oria et sa sœur jumelle au sein de la fratrie. Durant l’entretien, Oria se définit comme étant « plutôt masculine », même si elle insiste à plusieurs reprises sur le fait qu’elle fait attention pour être « quand même féminine » et considère que sa sœur jumelle est beaucoup plus « féminine » (ce qui est confirmé par notre observation puisque nous avons eu l’occasion de rencontrer la sœur jumelle d’Oria à plusieurs reprises). Cette répartition des rôles sexués facilite l’investissement d’Oria, « garçon manquant » de la famille, dans le monde de la boxe. Dans la plupart des familles, les « arrangements » au sein du groupe des filles (pour reprendre une expression de Goffman) permettent aux sportives de s’investir dans leur pratique tout en maintenant des liens familiaux relativement harmonieux. Le cas de Sarah, en situation de conflit ouvert avec sa famille, constitue en ce sens un contre exemple intéressant à analyser.
Sarah (football): tentative de compréhension d’un conflit familial
IMGIMGIMGIMFConfiguration familiale de Sarah
Sarah est la seule sportive étudiée en situation de rupture relationnelle avec son père et son frère. Le père de Sarah, né en Tunisie, a été marié avec plusieurs femmes en Tunisie puis a émigré clandestinement en France. Sa mère née en France s’est convertie à la religion musulmane et a coupé tout lien avec sa famille « parce qu’ils n’ont jamais accepté qu’elle se marie avec un musulman ». Elle a adopté certains éléments d’un mode de vie traditionnel des femmes issues de l’immigration : les femmes maghrébines du quartier, femmes au foyer comme elle constituent son réseau de sociabilité. Ses parents sont très pratiquants (ils font la prière quotidiennement, toutes les fêtes religieuses et respectent tous les interdits). Ils accordent une importance particulière au fait que leurs enfants se marient avec des conjoints musulmans. Sarah évoque à plusieurs reprises une éducation particulièrement stricte et qualifie à deux reprises son père de « dictateur ». La pratique du football lui a permis « de sortir de cet univers », c’est-à-dire d’avoir un espace de socialisation différent de la sphère familiale. Sarah commence à pratiquer le football à 8 ans au sein d’une équipe entraînée par son père qu’elle quitte à 10 ans pour intégrer une équipe féminine. À partir de là, elle change de club une première fois pour intégrer l’équipe de première division de Nantes puis sera contactée par l’équipe de Montpellier. Après 3 ans de relation avec son petit ami non musulman rencontré dans le milieu footballistique, Sarah décide de le dire à ses parents. Son père et son frère réagissent alors voilement en la mettant à la porte. Sarah n’a plus de contact avec eux depuis 1 an et demi mais maintient des relations avec sa mère et sa sœur.
Le cas de Sarah montre bien que ce n’est pas la pratique sportive en soi qui pose problème au sein de la famille mais plutôt le type de sociabilité et les choix de vie qu’elle implique.
 
CONCLUSION
 
 
Ce travail éclaire un certain nombre de conditions sociales facilitant l’investissement sportif intensif des filles dans les familles d’origine maghrébine en France. Tout d’abord, le caractère « masculin » de certaines pratiques favorise indéniablement leur engagement dans la mesure où il permet une initiation par les frères aînés, garant de l’honneur familial. La participation au groupe des pairs masculins et l’identification au modèle du garçon manqué pendant l’enfance renforcent l’adhésion aux pratiques sportives. Ce mode de socialisation sexuée « inversé », circonscrit à la période de l’enfance, s’inscrit dans des configurations familiales spécifiques. Dans la plupart de ces configurations, la présence d’une ou de plusieurs sœurs, souvent plus âgées et assumant un rôle « féminin » relativement traditionnel au sein de la famille, favorise l’investissement des sportives. Cependant, ce mode de socialisation et le mode de vie impliqué par la pratique sportive intensive peuvent parfois contredire les aspirations des parents. Toutefois, les sportives de la population sont rarement en situation de conflit familial ouvert. De manière générale, la pratique sportive constitue pour elles un moyen de diversifier les modèles de référence sans susciter pour autant une rupture avec le milieu culturel. Ainsi comme les « beurettes » étudiées par Guenif Souilamas, les sportives inventent des manières d’être inédites en gérant des injonctions paradoxales et en se construisant en « artisanes de libertés tempérées » (Guenif Souilamas, 2000, p. 345).
 
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NOTES
 
[1]L’auteur s’appuie sur des exemples de personnalités dans le monde de sport (Spangherro en rugby, Pironi pour les sports d’ automobiles, Noah en tennis…) et sur l’exemple du football (en 1950 les immigrés d’origine polonaises représentaient plus de la moitié des licenciés du bassin du Pas de Calais et dizième des professionnels).
[2]Dans cette étude, nous nous intéressons aux femmes d’origine nord africaine c’est-à-dire aux filles nées en France et dont au moins un des deux parents est né en Algérie, au Maroc ou en Tunisie et qui sont sportives de haut niveau.
[3]A ce propos, voir l’article « Une étude décrit l’ampleur des ségrégations ethniques à l’école », Le Monde, le 09/09/2003, page 11, qui discute la légitimité d’une méthode basée sur le comptage des prénoms selon leur origine culturelle.
[4]Techniquement, il n’a pas été possible de rencontrer des sportives de bon niveau régional ou de haut niveau en gymnastique.
[5]L’auteur souligne la nécessité de nuancer ce chiffre selon les sports : la familiarisation par un homme étant particulièrement importante en ce qui concerne les sports collectifs.
[6]Brevet d’Aptitude aux Fonctions de Directeur.
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