2005
Staps
Groupes de Sonis guadeloupéens et éducation assimilationniste 1936-1948
Philippe Gastaud
14, rue du Canal
64800 Nay
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Philippegastaud@univ-pau.fr
Cet article analyse l’éducation dans les Groupes de Sonis, organisations de jeunesse catholiques guadeloupéennes, entre 1936 et 1948. La problématique montre que cette éducation était centrée sur l’assimilation à la culture française. Les sources sont diverses : effectifs des groupes, entretiens d’anciens Sonis, archives de l’Évêché de Guadeloupe. La méthode utilisée repose sur une analyse quantitative des effectifs du mouvement, ainsi que sur une analyse sémantique de quinze entretiens. Les résultats montrent une forte adhésion des jeunes Guadeloupéens à ces organisations, et permettent de dégager les axes d’assimilation de l’éducation Sonis. Il en ressort que le système d’organisation de ces groupes et le type d’activités pratiquées (sportives, militaires et culturelles) favorisaient l’apprentissage de valeurs assimilationnistes, proches du pouvoir colonial. L’Église de Guadeloupe, par l’intermédiaire des Groupes de Sonis, dans des contextes métropolitains et guadeloupéens particuliers, a utilisé les activités sportives, militaires et culturelles, comme support à l’éducation assimilationniste du jeune Guadeloupéen. Les activités pratiquées dans ces organisations affiliées à la FSGPF permettaient ainsi à l’Église locale d’assurer son rôle politique et social dans une logique coloniale. La dépendance des Sonis au pouvoir financier blanc accentuait ces orientations assimilationnistes.Mots-clés :
FGSPF, Guadeloupe, assimilation, éducation sportive, militaire et culturelle.
This article analyses the education within the Guadalupean Catholic Youth Organisation Sonis’s Groups, between 1936 and 1948. It will be argued that the focus of this education was to promote the assimilation of Guadalupean youth into French culture. The sources were varied : group members, interviews with twelve former Sonis members, Guadalupean diocese archives. Quantitative analysis was used to interpret the data of Sonis’s Groups members. In addition, the semantics of fifteen former Sonis member’s interviews were analysed. The results show a strong tie between the Sonis and their Guadalupean youth membership, and permit us to draw conclusion about the assimilation of Guadalupean youth into French culture. Furthermore, the Sonis’s organisational system and the very nature of their activities (sport, military and cultural) encouraged the learning assimilation’s values, which were closely linked to colonial power. The Guadalupean Church, through its Sonis’s Groups, used physical, military and cultural activities to support the educational assimilation of young Guadalupean children into French culture. The educational sport, military and cultural activities organised by the Sonis, affiliated with the FGSPF, assured the local Catholic Church’s role as a political and social power within the colonial framework. Dependence by the Sonis’s Groups on assistance from the white financial sector further accentuated the direction and push towards assimilation.Keywords :
FGSPF, Guadeloupe, assimilating, sport, military and cultural education.
Ziel dieses Artikels ist es zu zeigen, dass der Sport in der Jugendbewegung auf Guadeloupe ein Kampfmittel zwischen weltlichen Vertretern und Katholiken war. Die Methode um dies zu zeigen besteht aus der semantischen Analyse eines Korpus, das aus 11 Interviews besteht, die mit ehemaligen Mitgliedern von Sportvereinen, laizistischen und katholischen Pfadfindergruppen durchgeführt wurden. Ergänzt wird das Korpus durch Artikel ausdem Bulletin des Bistums, dem Echo de la Reine de Guadeloupe, und eine quantitative Analyse der Statistiken der Bewegungen sowie durch einen Rückgriff auf bibliographische Angaben. Es zeigt sich, dass sich auf dem kolonialen Guadeloupe zwischen den zwei Weltkriegen eine katholische Jugendbewegung entwickelt hat, die praktisch gleichzeitig als Reaktion die Entstehung weltlicher Jugendbewegungen hervorgerufen hatte. Katholische Sportvereine, weltliche und konfessionelle Pfadfindergruppen werden im Bereich der Jugenderziehung auf Guadeloupe miteinander rivalisieren, im Kontext einer durch die 3. Republik eingeführten Verweltlichung und eines sozialen Katholizismus als Antwort der katholischen Kirche. In dieser Logik wird der Sport benutzt, um die Jugendlichen in die Organisationen zu locken. Der Kampf zwischen den Anhängern des Laizismus und denen des Katholizismus spielt sich also auf dem Sportplatz in einem Kontext der Einführung des Sports in der Kolonie ab.Schlagwörter :
Sport, Jugendbewegung auf Guadeloupe, Katholiken, Laien, Rivalität.
Quest’articolo ha come obiettivo di mostrare che gli sport praticati nei movimenti giovanili della Guadalupa sono dei “supporti” di lotta tra laici e cattolici. Il metodo utilizzato per mostrarlo si basa su un’analisi semantica di un corpus costituito da 11 incontri con vecchi membri delle società sportive e dello scoutismo laico e cattolico, come anche articoli del Bollettino del Vescovato, l’Eco della Regina di Guadalupa. Lo studio si completa con un’analisi quantitativa degli effetti dei movimenti e di un ricorso a riferimenti bibliografici. Se ne deduce che la Guadalupa coloniale, tra le due guerre, vede lo svilupparsi di movimenti giovanili cattolici che determineranno quasi simultaneamente, per reazione, la creazione di movimenti laici. Le società sportive cattoliche, lo scoutismo laico e confessionalesi confronteranno così sul terreno educativo della gioventù della Guadalupa, in un contesto di laicizzazione instaurato dalla III Repubblica e in risposta da parte della Chiesa Cattolica con un cattolicesimo sociale. In questa logica, gli sport sono utilizzati per attirare la gioventù all’interno di queste organizzazioni. La lotta tra i sostenitori della laicità e quelli del cattolicesimo si gioca allora sul terreno degli scontri sportivi, in un contesto di sviluppo degli sport nella colonia.Parole chiave :
cattolici, laici, movimenti giovanili della Guadalupa, rivalità, sport.
Este artículo tiene por objetivo poner de manifiesto que los deportes practicados en los movimientos de juventud guadalupeños son "apoyos" de lucha entre laicos y católicos. El método utilizado para demostrarlo se basa en un análisis semántico de un corpus constituido de once conversaciones de antiguos miembros de las sociedades deportivas y del escutismo laico y católico, así como de artículos del boletín del Evêché, el ECHO de la Reina de Guadalupe. Se completa de un análisis cuantitativo de las plantillas de los movimientos, y de un recurso a referencias bibliográficas.
Resulta que durante el periodo entre las dos guerras, en la Guadalupe colonial se desarrollan movimientos de juventud católicos que implicarán casi simultáneamente, y en reacción, la creación de movimientos laicos. Así las sociedades deportivas católicas, el escutismo laico y confesional van a competir sobre el terreno educativo de la juventud guadalupeña, en un contexto de laicización instaurado por la IIIa República y tambien de respuesta de la Iglesia Católica por un catolicismo social. En esta lógica, los deportes se utilizan para atraer la juventud en estas organizaciones. La lucha entre los defensores de la laicidad y los del catolicismo se juegan entonces sobre el terreno de las confrontaciones deportivas en un contexto de aparición de los deportes en la colonia.
Palabras claves :
deporte, movimientos de juventud guadalupeños, católicos, laicos, rivalidad.
Cet article a pour objet l’étude des Groupes de Sonis
[1], patronages sportifs guadeloupéens, militarisés, masculins et catholiques, affiliés à la Fédération Gymnastique et Sportive des Patronages de France (FGSPF). Ces organisations de jeunesse sont des sections gymniques dont le but est de pratiquer des activités sportives, militaires et de la musique au sein de cliques (orchestres composés de tambours et de clairons). Entre 1936 et 1948 la plupart des paroisses importantes de l’archipel ont un Groupe de Sonis qui la représente. Les Sonis sont encadrés et éduqués par les curés des paroisses desquelles ils dépendent. Présents à toutes les fêtes religieuses, ils constituent la « vitrine sociale » de l’Église guadeloupéenne. Dans un uniforme blanc serré d’une ceinture de toile bleue, portant casque colonial ou béret blanc
(photo 1), les Sonis défilent dans les rues des communes le dimanche matin, à la sortie de la messe. Au son militaire de la clique, menés par le porte-drapeau, ils traversent les paroisses sous les acclamations des habitants pour se rendre sur le terrain où ont lieu les concours sportifs et les démonstrations gymniques. Dans la période qui nous intéresse, l’éducation Sonis menée par les prêtres se situe dans un contexte colonial où la politique d’assimilation à la mère-patrie est dominante. L’assimilation est destinée à transformer progressivement les indigènes en Français (Savarese, 1998). Ainsi, l’assimilation sociale se définit comme «
le processus par lequel un ensemble d’individus, habituellement une minorité et/ou un groupe d’immigrants, se fond dans un nouveau cadre social, plus large, qu’il s’agisse d’un nouveau groupe plus important, d’une région ou de l’ensemble d’une société » (Encyclopaedia Universalis, 1998). En Guadeloupe, le cadre social est issu de la culture française métropolitaine que l’État tente d’imposer aux populations qu’il colonise. Elle recouvre diverses dimensions dont l’éducation demeure un axe prioritaire (Savarese, 1998). L’assimilation débute avec l’abolition de l’esclavage en 1848, et se poursuit avec les lois de la III
e République (suffrage universel, scolarisation en 1881, service militaire obligatoire en 1889…). Mais il faut aussi considérer le processus d’assimilation comme une volonté de transformation de la part de celui qui est assimilé dans une logique de promotion sociale. Elle suppose l’adhésion aux valeurs du groupe dominant (Dumont, 1999). Dans les colonies, l’assimilation devient un moyen d’améliorer physiquement et moralement des races jugées primitives. Les colonies doivent devenir des réservoirs de main-d’œuvre et de soldats (Deville-Danthu, 1995). Mais l’assimilation est aussi corrélative d’une politique d’acculturation des populations locales. L’acculturation est le processus par lequel un groupe assimile une culture différente de la sienne. L’indigène reçoit ainsi la culture du milieu dominant auquel il appartient. En Guadeloupe, l’acculturation agit comme un phénomène d’adaptation sociale du groupe, consécutive à une désadaptation antérieure, due à l’esclavage. Ainsi, la langue créole, comme les activités traditionnelles guadeloupéennes, sont écartées. Pour certains auteurs, «
le processus d’acculturation renvoie à la formation des élites, ainsi les écoles coloniales, comme les mouvements de jeunesse, sont des lieux d’incorporation de paradigmes étrangers » (Bancel, 1999).
Dans l’éducation des Sonis, la place importante faite aux pratiques sportives, militaires et culturelles apparaît comme un axe central. Le problème qui nous préoccupe alors est de savoir en quoi ces pratiques sont porteuses d’un message éducatif intéressant pour l’Église locale, dans un contexte où la volonté d’assimilation à la France et d’acculturation est forte.
Notre hypothèse postule que la hiérarchie ecclésiastique catholique locale, par l’intermédiaire des Groupes de Sonis, participe à l’entreprise assimilatrice et acculturatrice menée par l’État français dans ses colonies. En transmettant des valeurs centrées sur la culture métropolitaine, les Sonis sont des « outils » d’assimilation aux mains de l’Église guadeloupéenne. Les activités sportives, militaires et culturelles, dans la façon dont sont organisées leurs mises en œuvre pédagogiques (modes de regroupement, modalités de gestion des groupes, etc.), participent à cette logique d’assimilation. Mais l’assimilation se joue « à double sens » : elle est aussi une volonté marquée du peuple antillais dans une recherche d’ascension sociale. L’augmentation des effectifs prouve l’adhésion importante des Guadeloupéens aux Groupes de Sonis. Il semble alors que pour les créoles, ces groupes constituent un moyen d’accéder à l’éducation métropolitaine, et donc de s’insérer dans la société blanche. Notre objectif est alors de montrer comment l’assimilation s’opère chez les Sonis. Il s’agit de dégager les « voies » d’imposition des valeurs métropolitaines chez les jeunes garçons guadeloupéens ; de mettre en évidence les moyens utilisés par l’éducation Sonis pour inculquer les valeurs dominantes. La périodisation de notre recherche est sous-tendue par la progression des effectifs des Groupes de Sonis. Leurs variations justifient les bornes choisies. Avant l’année scolaire 1936-1937, les Sonis restent confidentiels
[2] ; les recensements des effectifs ne les mentionnent qu’à partir de cette année. Entre 1936-1937 et 1947-1948, le nombre total d’adhérents est le plus important de l’histoire de l’organisation locale, marquant l’importance des Sonis dans la colonie. L’année 1950-1951 (entre 1948 et 1950, les comptes rendus ne sont plus tenus à jour), marque un recul important des effectifs. La période qui s’ouvre alors voit les effectifs reculer de 25 % par an.
La méthodologie utilisée dans notre travail repose sur une analyse sémantique des sources écrites et orales et sur une analyse des données chiffrées issues des recensements des effectifs des organisations de jeunesse catholiques guadeloupéennes. L’analyse sémantique est appliquée aux documents écrits (bulletins de l’évêché du diocèse de Guadeloupe, rapports de missions d’inspection, statuts fédéraux…) et aux réponses d’un corpus de seize entretiens guidés menés auprès d’anciens membres de mouvements de jeunesse guadeloupéens. L’analyse des entretiens repose sur l’occurrence d’apparition des mots des réponses des interviewés, classés par questions (Dépelteau, 2000). Nous avons ainsi mis en évidence la fréquence d’apparition des mots des réponses. En analysant « l’environnement » des mots relevés, nous avons dégagé des thèmes, thèmes qui ont été retenus comme « unité d’enregistrement » (Grawitz, 1993). Les thèmes sont spécifiques à chaque question ; ils dépendent du discours du locuteur. Nous les avons catégorisés pour construire l’argumentation (Bardin, 1993). Ainsi, l’analyse sémantique des sources laisse apparaître les thèmes suivants : les finalités poursuivies par les Sonis, les activités pratiquées, les prises de position envers les associations laïques, les classes sociales concernées par les Sonis, les sources de financement, l’évolution des loisirs et principalement des loisirs sportifs. Notre démarche historique repose donc sur des recoupements thématiques. L’analyse des données chiffrées nous permet de faire émerger une périodisation générale de l’importance des Sonis sur la totalité du XXe siècle, et d’établir des comparaisons avec les autres organisations, mouvements et œuvres de jeunesse relevant de l’Église catholique afin d’appréhender l’importance des Sonis dans les paroisses (contrairement à l’organisation et au mouvement de jeunesse, l’œuvre s’adresse essentiellement à une élite, et a pour vocation centrale l’évangélisation, la prière et la piété (Coutrot, 1985 ; Pihan, 1988), aspects secondaires dans les Groupes de Sonis qui s’adressent davantage à la masse et se centrent sur le sport). Enfin, ces données chiffrées nous renseignent sur la proportion des adhérents aux Sonis par rapport à l’ensemble des enfants inscrits au catéchisme dans les différentes paroisses, ce qui nous permet de mesurer la part qu’ils occupent au sein de la population guadeloupéenne (Rouanet, Bernard & Le Roux, 1990).
2. Résultats de l’analyse quantitative
La courbe de variation des effectifs des Sonis sur la totalité de la durée 1936-1976 laisse apparaître deux périodes
(histogramme 1) : 1936-1937 / 1947-1948, période d’adhésion maximale (effectif total de 8234 garçons pour toute la colonie, sur 12 années recensées) ; 1950-1951 / 1975-1976, période qui voit chuter les effectifs de 25 % (5383 adhérents, sur 25 années). Cependant, entre 1936 et 1941, l’explosion des effectifs est remarquable
(histogramme 2), le nombre des adhésions augmentant de 150 % (l’augmentation est de 228,5 % sur les deux seules années 1936-1937 et 1937-1938). L’année 1940-1941 constitue le « pic de croissance » des groupes dans la colonie (1118 jeunes garçons affiliés). Les années allant de 1939-1940 à 1941-1942 constituent les trois années de plus forte adhésion de toute l’histoire des Sonis. Ces années coïncident avec le gouvernement de Vichy, qui prendra fin en Guadeloupe en 1943. Le contexte particulier de la Seconde Guerre mondiale semble être favorable à ce type d’organisation de jeunesse. La baisse s’amorce dès l’année 1941-1942, d’abord faiblement (6,6 %), puis de 32 % l’année suivante
[3]. Ce recul des effectifs se stabilise à un taux de régression de 15 % jusqu’en 1947-1948. Le nombre de paroisses introduisant des Groupes de Sonis est un indicateur significatif de l’importance prise par ces sociétés sportives dans la colonie. Si trois paroisses mettent en place des Sonis en 1936-1937 (Abymes, Lamentin, Morne-à-l’Eau. Annuaire fédéral, 1937), sept vont s’affilier à la FGSPF dès l’année 1937-1938 (Capesterre de Marie-Galante, Grand-Bourg, Le Moule, Petit-Bourg, Saint-Pierre et Saint-Paul de Pointe-à-Pitre, Port-Louis, Vieux-Habitants. Annuaire fédéral, 1938)
(carte 1). Le nombre des paroisses est multiplié par quatre entre 1936 et la fin du régime de Vichy dans la colonie (1943) (12 en 1941-1942)
(carte 2). L’analyse comparative des effectifs des Sonis et du nombre total de garçons inscrits au catéchisme par année nous permet de mesurer l’importance numérique que représentent les Sonis au sein des paroisses du diocèse. Le nombre d’habitants par bourg étant sensiblement égal au nombre de catholiques recensés (Annuaires statistiques de la France, Guadeloupe, 1939 à 1950), le nombre de garçons inscrits au catéchisme comparé aux effectifs des Sonis devient donc un indicateur du taux d’adhésion des garçons d’une commune
(tableau 1). Ainsi, sur l’ensemble de la période 1936-1948, ces derniers concernent 19,8 % de l’ensemble des garçons inscrits au catéchisme (et donc de l’ensemble des garçons des communes), sur toute la colonie. Ils représentent 39,5 % des inscrits au catéchisme à Saint-Pierre et Saint-Paul de Pointe-à-Pitre ; 23,8 % au Lamentin ; 68,5 % à Port-Louis ; 64,5 % à Vieux-Habitants ; 22 % au Gosier
(graphique 1). Pour l’année de plus forte représentativité des Sonis dans la colonie (1940-1941), les proportions sont encore plus significatives : Pointe-à-Pitre 76 %, Vieux-Habitants 75 %, Port-Louis 94 %, Anse-Bertrand 69 %, Lamentin 26 %, Sainte-Rose 28 %. Ces chiffres sont significatifs d’une représentativité remarquable au sein des patronages de la colonie. Ils caractérisent l’importance de ces organisations et montrent l’adhésion massive des jeunes des communes. L’importance des Sonis dans les paroisses est confirmée par la faible représentativité d’autres organisations et œuvres de jeunesse destinées aux garçons. En 1936-1937, les Scouts de France (SDF), seul autre mouvement de jeunesse catholique implanté dans la colonie, n’existent qu’à Saint-François (28 scouts). À partir de 1937-1938, ils ne vont fédérer que 3,7 % de l’ensemble des garçons du diocèse. Saint-François, Saint-Pierre et Saint-Paul, Vieux-Habitants et Le Moule sont les paroisses les plus représentatives en nombre de scouts dans le diocèse, en fédérant respectivement 23 %, 15 %, 7 % et 4,2 % des garçons. La concurrence entre Sonis et SDF ne s’établit qu’à Pointe-à-Pitre, à Vieux-Habitants, au Moule et aux Abymes
(graphique 2). Contrairement à la Métropole, où les SDF se montent dès le début des années 1920 et établissent des accords avec le FGSPF sur l’initiative du chanoine Cornette, le scoutisme catholique guadeloupéen se créera tardivement (milieu des années 1930), en réaction à l’expansion des Éclaireurs de France laïques (EDF), que les Sonis parviennent mal à concurrencer. «
La mise en place des Boys Scouts Français, laïques, puis des EDF, a gêné l’Église qui par réaction a créé les Scouts de France » (entretien avec V. Lacrosil). En créant les SDF, l’Église locale décide donc d’offrir à la jeunesse des activités tournées vers la nature et l’aventure, que les Sonis n’offrent pas.
3.1. Les « facteurs » de popularité des Groupes de Sonis
La question qui nous préoccupe est de savoir pourquoi les Groupes de Sonis progressent de façon si importante. Quelles sont les conjonctures politiques et culturelles métropolitaines et locales qui influencent la création et l’expansion des Groupes de Sonis dans l’archipel guadeloupéen ?
3.1.1. Une politique de l’Église de France envers la jeunesse
La mise en place des patronages catholiques s’inscrit dans une politique de conquête sociale et de lutte contre la laïcisation voulue par la IIIe République depuis la fin du XIXe siècle. À la suite des lois de laïcité et de l’instauration d’un nouveau système politico-social (interdiction faite aux prêtres d’exercer des fonctions d’instruction sans diplôme, 1886 ; loi sur le contrôle des congrégations, 1901 ; loi de séparation de l’Église et de l’État, 1905), l’Église devient militante (Portier, 1993). Dans Rerum novarum (1891), Léon XIII pousse l’Église à se saisir des questions sociales. Le contrôle de la jeunesse devient un enjeu central (création d’écoles libres ; multiplication des patronages…). En 1900, on comptait 2531 patronages catholiques de garçons et 1827 de filles (Cholvy, 1985). Cette emprise sur la société se renforce dans la période « des trente glorieuses du catholicisme français », 1920-1955 (Hilaire, 1986). Dans son encyclique Ubi arcano Dei (1922), Pie XI centre la chrétienté sur l’action sociale. La paroisse devient un lieu de socialisation et d’occupation du temps extra-scolaire des jeunes, mais aussi de formation par l’intermédiaire du catéchisme. L’Église développe les sociétés sportives, les sociétés musicales, le scoutisme… Après l’introduction du jeu dans les patronages, les sports s’avèrent être des moyens d’éducation pertinents figurant parmi les objectifs des patronages au début du XXe siècle (Cholvy & Tranvouez, 1999). Le succès est tel qu’en 1898 le Dr Michaux crée la FGSPF pour les regrouper et organiser les compétitions. Certes, ce succès est aussi imputable à l’esprit de revanche qui fait suite à la perte de l’Alsace et de la Lorraine en 1870. Dans un contexte revanchard, xénophobe et d’expansion coloniale, le but de la fédération est aussi de former de futurs soldats. En 1913, sur 5000 patronages de garçons existants, 1500 sont affiliés à la FGSPF et pratiquent gymnastique et sport chaque dimanche. Entre 1913 et 1937, le nombre de patronages affiliés à la FGSPF va doubler, passant de 1500 à 3000 (Augustin, 1988).
3.1.2. Un contexte spécifique : la Guadeloupe coloniale
Les Sonis s’inscrivent dans le contexte d’une société coloniale où les pouvoirs économique et décisionnel sont concentrés entre les mains d’une oligarchie blanche locale
[4], et où l’immense majorité de la population noire, issue de l’esclavage, constitue la classe ouvrière, « prolétarisée » par la première. Celma (1980) distingue ainsi les grands propriétaires terriens et les maîtres des usines (Blancs locaux et industriels français ; 8 à 10 % de la population totale), qui tirent leur puissance de la terre. Cette classe blanche contrôle l’appareil financier et domine le commerce grâce aux maisons d’import-export. Elle emploie la quasi-totalité de la classe ouvrière de la colonie. Constituée essentiellement de Noirs, ouvriers urbains (charbonniers et ouvriers du bâtiment) et ouvriers de la canne, cette classe ouvrière forme la majorité de la population (60 000 ouvriers agricoles, 25 000 ouvriers dans les usines à sucre (rapport Moretti, 1937). S’ajoute une classe moyenne de couleur constituée de Mulâtres ou de Noirs, qui forme la moyenne et petite bourgeoisie. Pour la première, l’instruction est un moyen de promotion sociale (professeurs, médecins, avocats…). Elle possède aussi la plupart des commerces et des distilleries. La petite bourgeoisie est constituée pour sa part de petits planteurs et de colons « partiaires » qui exploitent une partie des terres des usiniers par un système de « colonage », proche du métayage. Ils représentent 25 000 agriculteurs autonomes (Celma, 1980).
3.1.3. Une politique d’assimilation
La volonté politique d’assimiler les populations colonisées à la culture française dominante est une constante de l’histoire coloniale. Elle se double d’une volonté des peuples colonisés d’accéder à l’égalité avec le colon blanc, garantie d’une ascension sociale (Bangou, 1987). Accéder à l’éducation du colon blanc permet de s’élever socialement. Les finalités d’assimilation jouent comme des facteurs motivationnels pour la jeunesse locale. L’Église se positionne comme une institution au service de l’assimilation de la population. Depuis les débuts de la colonisation, les missions catholiques œuvrent pour l’évangélisation des populations indigènes, dans le sillon des conquérants militaires. « C’est une opinion communément admise (…) que celui qui porte la Croix du Christ sur les terres lointaines y porte en même temps, explicitement ou implicitement, le drapeau de son pays » (Girardet, 1972). La politique de conquête et d’assimilation menée par la France est largement aidée par l’Église catholique. En Guadeloupe, les premiers missionnaires, les Pères Dominicains, arrivent dès 1635. Mais c’est au XIXe siècle que se développe le mouvement d’expansion et d’évangélisation mené par la Papauté dans les différentes colonies. Principalement deux congrégations vont œuvrer dans le domaine de l’éducation des populations autochtones : les Frères de Ploërmel, arrivés en Guadeloupe en 1838, organisent l’enseignement confessionnel des garçons dès 1844 ; et les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny (arrivées en 1822), organisent l’enseignement des filles. Elles fondent à Basse-Terre le Pensionnat de Versailles, prestigieuse école de filles. En 1848, toutes les écoles de la colonie leur sont confiées. La loi de séparation entre l’Église et l’État de 1905 aura pour conséquence la fermeture des écoles des Frères, et de la quasi-totalité de celles des Sœurs. Après la Grande Guerre, seuls le Pensionnat de Versailles de Basse-Terre et certaines écoles primaires, sont encore dirigés par des Sœurs. En Guadeloupe, l’assimilation s’exprime sur un plan institutionnel, principalement par le système politique colonial (Gouverneur…). Elle s’exprime aussi sur un plan économique par des monopoles d’État, des monopoles de consortium métropolitains ou locaux (exploitation du sucre, du rhum…). Dans le domaine social, elle s’étend à différents secteurs, dont l’éducation des enfants reste prioritaire : école, loisirs, santé ou urbanisation. Enfin, elle s’exprime dans le domaine culturel par l’importation de la culture française et l’opposition parfois violente à toute manifestation locale, « hors normes métropolitaines ». Mais la politique d’assimilation instaurée par l’État colonial s’inscrit aussi dans une logique d’adhésion de la population antillaise. L’assimilation ne se joue pas que dans une seule direction ; en Guadeloupe, à cette époque, elle est aussi une revendication du peuple antillais qui y voit une possibilité d’amélioration de sa condition. Le sentiment est celui d’être Français ; de n’avoir comme unique référent que la France métropolitaine. « À l’époque on se sentait Français. Tout était calqué sur la France. On ne savait rien de la Guadeloupe, de nos origines. Pendant la guerre, on chantait Maréchal, nous voilà ! » (entretien avec M. Blombou). La maîtrise de la langue française est perçue par l’ensemble des Guadeloupéens noirs comme le symbole de l’appropriation de ce que possède le Blanc : « C’était un peu la résurgence de l’esclavage : le maître était beau, il avait la richesse… Il fallait s’approprier ce que le maître avait, dont la langue. On pouvait ainsi devenir un peu l’égal du maître » (M. Blombou). Histoire et contes populaires témoignent aussi de cette volonté d’être Français comme le montre cette comptine : Une négresse qui buvait du lait / Ah ! se dit-elle, si je pouvais / Tremper ma figure dans un bol de lait / Je deviendrais plus blanche / Que tous les français. / Ais. Ais. Ais ! La volonté d’accéder au statut du Blanc se conditionne dès le plus jeune âge. Le sentiment d’une identité culturelle locale n’existe pas. La France reste le référent des Antillais, chez les Blancs créoles, comme dans la population noire issue de l’esclavage. Frantz Fanon (1952) montre que le processus d’assimilation imposé par l’éducation familiale et scolaire du jeune Antillais l’empêche de se considérer autrement que comme un Blanc. « C’est que l’Antillais a le même inconscient collectif que l’Européen » (Fanon, 1952). L’enfant noir antillais est éduqué avec les référents culturels métropolitains. « Le Noir antillais est esclave de cette imposition culturelle » (Fanon, 1952). C’est le processus d’assimilation permanent exercé par la société coloniale qui façonne l’Antillais noir à l’image du Blanc.
3.1.4. Une politique de lutte contre les laïques
Si l’absence de données chiffrées sur les effectifs des associations laïques rend toute comparaison hasardeuse, la simultanéité de création des Sonis, catholiques, et des associations laïques (Éclaireurs de France, Ligue de l’Enseignement, naissance du mouvement sportif guadeloupéen…) témoigne des luttes sur le terrain de l’éducation de la jeunesse entre les tenants de la chrétienté et ceux de la laïcité. Suivant les orientations de l’Église, les Groupes de Sonis se développent en réaction à la création de ces associations laïques, en expansion dans la colonie depuis la Grande Guerre. Les premiers groupements sportifs voient le jour dans les deux principales villes de l’archipel, Basse-Terre et Pointe-à-Pitre, avant les années vingt, souvent liés aux Éclaireurs de France. La Solidarité Scolaire de Pointe-à-Pitre est ainsi créée par des enseignants en 1917, alors que dès 1915, Bénédict Clairon crée L’Intrépide à Basse-Terre, qui se transformera en boys scouts laïques. Les Sonis sont, eux, à l’origine de la création des clubs de football de la Good Luck ou du Club Sportif Moulien. Les Éclaireurs de France montent la Red Star, autre club de football prestigieux. Au moment de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, les EDF ont des troupes dans la plupart des communes : Saint-François, Sainte-Anne, Pointe-à-Pitre, Abymes, Basse-Terre, Capesterre-Belle-Eau, Morne-à-l’eau… La troupe Pichon de Pointe-à-Pitre, par exemple, compte plus de 200 membres. Les EDF concurrencent fortement les Sonis. Dans ce contexte, ces derniers constituent des outils de conquête de la jeunesse locale, et les activités sportives et culturelles agissent alors comme des « outils » motivationnels. Elles sont des moyens pour attirer les jeunes dans le giron de l’Église, et les détourner des organisations laïques.
3.1.5. Une politique de développement des sports et des loisirs
La généralisation des Groupes de Sonis dans les années 1930 s’inscrit dans un contexte de politique en faveur de l’éducation physique et du sport, voulue par le Front populaire, et appliquée dans la colonie par le Gouverneur Félix Eboué (1936-1938). Son programme de réformes sociales fait une place importante au sport et à l’éducation physique. C’est par le développement des loisirs sportifs que le nouveau Gouverneur de l’île entend améliorer la santé. Les problèmes sanitaires de la colonie sont en effet importants : à la tuberculose, la syphilis et l’alcoolisme s’ajoutent paludisme et dysenterie (Dumont, 2002). Les pratiques physiques deviennent des moyens pour enrayer les maladies. Elles assurent ici un rôle « thérapeutique ». Le nouveau gouverneur est à l’initiative de la construction des deux premiers stades de la colonie : celui de Basse-Terre et celui de Pointe-à-Pitre. Un million d’anciens francs est affecté à leurs constructions. Des subventions sont aussi allouées aux communes pour faciliter le développement des pratiques sportives (par exemple : 30 000 anciens francs à Morne-à-l’eau ; 15 000 à Port-Louis ; 10 000 au Moule ; 20 000 à Grand-Bourg de Marie-Galante) ; 72 000 anciens francs sont alloués aux patronages sportifs catholiques (Bulletin Mensuel d’Information du cabinet du Gouverneur no 6, juin 1937). L’éducation physique n’est pas délaissée dans les actions de F. Éboué. Le service de l’éducation physique et de la préparation militaire est créée par l’Arrêté du 22 septembre 1937 ; il s’accompagne du recrutement de deux moniteurs, un pour Pointe-à-Pitre, et l’autre pour Basse-Terre. Les réformes d’Éboué s’inscrivent dans un cadre assimilationniste et égalitaire. Elles s’insèrent dans des changements métropolitains qui sont indissociables d’un contexte international marqué par la mise en place de politiques sportives et d’éducation physique, que l’on retrouve dans les grands pays européens, Italie, Allemagne… (Defrance, 1994).
« An tan Sorin » (nom donné en créole à la période du gouvernement de la colonie par Constant Sorin (1940-1943), sous le régime de Vichy. Littéralement : « Au temps de Sorin »), la jeunesse devient une préoccupation centrale de la politique éducative du régime, comme de la hiérarchie catholique locale. Tout comme en métropole, la jeunesse est encadrée et les associations sportives conformes aux directives étatiques se développent
[5]. Les Groupes de Sonis bénéficient d’une attention particulière. En effet, le Comité d’Éducation Physique, mis en place par le gouvernement de Vichy dès décembre 1940, dissout les clubs sportifs de la colonie (Arrêté du n
o 1840 du 19 décembre 1940), ainsi que les Éclaireurs de France, laïques. L’Union Sportive Basse-Terrienne, la Ligue Sportive de Grande-Terre sont dissoutes le 1
er janvier 1941 (Dumont, 2002). Seuls les Sonis et les Scouts de France, proches de l’Église locale, ne seront pas inquiétés par le régime. Rappelons que les années 1940-1942 constituent les années de « pic » du recrutement des Sonis (1940-1941 : 1118 adhérents ; 1941-1942 : 1044 adhérents).Cet état de fait s’inscrit dans un contexte politique où l’Église guadeloupéenne affiche son adhésion au régime de Vichy. Nombreux sont les prêtres qui occupent des fonctions politiques durant cette période. Le Père Robin, curé archiprêtre de Pointe-à-Pitre, siège dans le conseil municipal nommé par Sorin. L’Abbé Durand est nommé Maire du Moule. Il figure aussi dans le comité chargé de recueillir les adhésions à l’Union Départementale de la Légion Française des combattants (comité nommé par Sorin). Ce capitaine de réserve, combattant de la Grande Guerre, titulaire de la Légion d’honneur, est fondateur des Sonis du Moule. De plus, l’image du Général de Sonis revêt une dimension héroïque, chère à la Doctrine Nationale. Ce général est suffisamment symbolique et populaire pour que l’on rebaptise des rues des bourgs de son nom (Farrugia, 1980). À Pointe-à-Pitre, la rue de la République devient rue du « Général de Sonis ». Le régime vichyste accorde une place importante à ce symbole qu’était Sonis et à l’organisation de jeunesse qui s’en réclame. L’image du héros personnifié par le Général de Sonis réside dans la conjonction de trois symboles forts de la société coloniale. Il est tout d’abord représentatif de la bravoure du soldat de l’Empire, dévoué à la France. Conquérant de l’Algérie, il véhicule l’image bienfaitrice de la France dans les colonies. Fervent catholique, il représente aussi la dévotion à Dieu, chère au régime de Vichy. Enfin, Guadeloupéen de naissance, issu d’une grande famille terrienne, il symbolise la possible assimilation tant recherchée par les Antillais. La chute du régime dans la colonie en 1943 mettra fin à cet élan.
3.2. Les axes d’assimilation chez les Groupes de Sonis
Importés de France par les prêtres métropolitains, les Sonis reproduisent dans la colonie les modèles éducatifs adoptés par l’Église de France se situant ainsi dans une logique d’assimilation à la « mère-patrie ». À côté de l’Abbé Bioret, fondateur des Sonis pointois, l’Abbé Durand fonde les Sonis du Moule, et l’Abbé Dugon devient premier président de l’Union Guadeloupéenne, organe régional de la FGSPF. Mais quels sont les axes d’assimilation de l’éducation Sonis ? En quoi les Sonis sont-ils des vecteurs d’une politique assimilationniste ? Quels sont les indicateurs qui révèlent les finalités acculturantes d’une telle éducation ? Nous retiendrons quatre axes privilégiés de cette politique d’assimilation.
3.2.1. Le sport, la préparation militaire et la gymnastique sont des supports privilégiés d’assimilation
L’éducation assimilationniste des Sonis repose sur une formation disciplinaire, patriotique et militaire, dont les activités sportives constituent les supports éducatifs privilégiés. L’apprentissage de sports qui relèvent de la rigueur et de l’effort se double d’une solide préparation militaire qui fait des Sonis des sociétés sportives paramilitaires.
La gymnastique (mouvements d’ensemble, pyramides humaines, barres parallèles et barre fixe) ancre les Sonis dans le « moule » des sociétés de gymnastique métropolitaines. Pratique sportive disciplinée, rigide, la gymnastique relève de la logique patriotique et militaire. Les Sonis pratiquent aussi l’athlétisme : courses de fond, courses de relais par équipes, autour de la Guadeloupe, lancers de poids et de javelot, sauts. Les Sonis sont à l’origine de la création des premiers clubs de football guadeloupéens (Good Luck ; Club Sportif Moulien…). Les premiers matchs en Guadeloupe sont organisés à l’instigation de l’Abbé Durand en 1914, à Basse-Terre sur le Champ d’Arbaud. Jusqu’aux années 1950, ces équipes de Sonis participent au championnat de la Ligue de football. Face à la diversification croissante des pratiques sportives qui touche la colonie, les Sonis introduisent de nouveaux sports, dès la fin de la décennie 1930. La Maristella du Gosier pratiquera la natation en mer et le volley ball. Port-Louis, l’haltérophilie et la musculation. À partir de 1939 se développe le basket-ball.
Le type d’activités physiques est révélateur d’une volonté d’éduquer par des sports qui demandent effort, obéissance, persévérance, autant de valeurs chères à la pensée chrétienne et occidentale, témoins là aussi de finalités assimilationnistes. La gymnastique et les mouvements d’ensemble demandent travail et rigueur. Par leur mode d’organisation pédagogique, ils favorisent la formation du type d’être social voulu par l’Église : discipliné, altruiste et cultivant le goût de l’effort. L’athlétisme demande persévérance et entraînement. Ces activités physiques sont à dominante biomécanique et énergétique. La reproduction de formes y est centrale ; formes militarisées, rigides, standardisées. La discipline individuelle et collective garantit ici l’expertise gestuelle. Les sports collectifs, quant à eux, instaurent une relation à l’environnement censée développer la « socialisation », la discipline de groupe, l’entraide et la coopération. L’individu s’efface au profit de la collectivité, s’inscrivant ainsi dans les orientations de l’œuvre sociale de l’Église. L’utilité du sport et de la gymnastique en tant qu’outils de formation disciplinaire s’inscrit dans les finalités éducatives poursuivies par la FGSPF. L’article 2 des statuts édictés en 1898 fixe ainsi le but de la fédération : « Développer, par l’emploi rationnel de la gymnastique et des sports athlétiques, les forces physiques et morales de notre jeunesse. Préparer ainsi au pays des générations d’hommes robustes et de vaillants soldats. » Au-delà du respect des statuts fédéraux, l’introduction, dans l’éducation Sonis, des sports importés des pays européens industrialisés, crée de nouveaux cadres de pratique, de nouvelles sociabilités, des règles inédites. En adhérant à des valeurs issues de la métropole, la jeunesse antillaise subit une mutation qui la fait s’adonner aux pratiques du groupe colon dominant. L’apprentissage des sports provoque ainsi des déculturations et des réorganisations culturelles qui participent à l’assimilation des populations. Ils doivent être considérés comme des transferts culturels de la société métropolitaine vers la société antillaise. La compétition sportive moderne, inventée par les sociétés industrielles, peut être considérée comme un outil d’assimilation qui place tous les pratiquants dans un moule de formation occidental. En ce sens, il nous semble que les sports agissent au même titre que les institutions mises en place par l’État ou l’Église : école, conscription…
La préparation militaire constitue un autre axe privilégié de la formation chez les Sonis qui bénéficient de l’agrément à la préparation pré-militaire. Les orientations patriotiques sont marquées. Lors des stages de formation (L’Écho de la Reine de Guadeloupe no 259, mai 1939), les stagiaires étudient les commandements : « La section se met au garde à vous à l’arrivée du moniteur et le salut à 6 pas. » Les marches jusqu’au stade se font en colonnes par trois : « à droite, à gauche, demi-tour… On s’arrête, on repart, et la section comme un seul homme, docile obéit. » Chacun à tour de rôle commande une colonne. Enfin, après la journée d’activités au stade et sur la plage, le retour se fait au pas cadencé, en chantant. L’organisation militaire façonne les jeunes Antillais dans le moule du « citoyen-soldat » voulu par la République française. L’apprentissage de la marche militaire, le protocole du salut aux drapeaux, l’uniforme, les chants patriotiques, sont autant d’éléments qui font des Antillais de « bons petits Français » dévoués à la patrie française. Si les finalités patriotiques et l’idée de revanche ne sont pas étrangères à la création de la FGSPF par le Dr Michaux, l’orientation paramilitaire prend en Guadeloupe une force particulière dans une logique d’assimilation au peuple français. Le prestige du soldat réside dans le fait qu’il constitue un tremplin vers l’accession au statut du Blanc. Depuis la mise en place de la conscription dans la colonie, le 7 août 1913 (la loi du 15 juillet 1889 relative au service militaire obligatoire n’est appliquée aux Antilles qu’en 1913), et la participation des Guadeloupéens à la Grande Guerre, devenir soldat de la patrie française constitue un pas vers l’égalité avec le Métropolitain. Au-delà de « l’impôt du sang » payé par les Antillais (23 000 morts pour les Antilles-Guyane), leur participation aux combats dans les tranchées permet l’évolution vers l’égalité institutionnelle. Les Antillais et les originaires des « quatre communes du Sénégal » (Gorée, Saint-Louis, Rufisque et Dakar) obtiennent la reconnaissance de leur citoyenneté française pleine et entière par leur participation à la Grande Guerre. Cette dernière devient l’acte qui permet cette accession au statut du Blanc. L’armée constitue ainsi un puissant moyen d’intégration que la généralisation de la conscription favorisera. Les Sonis en constituent une première étape. Par leur préparation militaire, ils agissent comme des « outils de blanchiment culturel ».
Les défilés et les démonstrations sportives durant les fêtes communales constituent l’aboutissement de toute cette formation physique, patriotique et assimilationniste. Ces défilés, réglementés par le « Protocole des concours », débouchent sur le terrain de fête où ont lieu les rencontres sportives. Les sections évoluent en colonnes par quatre ou par six, drapeaux en tête, suivis des tambours et des clairons. Prennent ensuite place les sportifs. Les Sonis saluent au passage devant la tribune d’honneur où se trouve l’Évêque ou le Président de l’Union Guadeloupéenne. À Pointe-à-Pitre, les défilés peuvent compter jusqu’à 250 Sonis. À Port-Louis, sous le ministère de l’Abbé Mestric, jusqu’à 120 jeunes marchent derrière la clique. Les concours sportifs organisés par l’Union Guadeloupéenne attirent les foules. Le 29 janvier 1939 (L’Écho de la Reine de Guadeloupe, no 256, février 1939), la journée de l’Union regroupe 1200 jeunes de quinze sociétés sportives. La cérémonie est grandiose, présidée par l’Évêque Mgr Genoud et le Gouverneur de la colonie. Les concours gymniques, d’athlétisme et les mouvements d’ensemble se déroulent sur la place de la Victoire, que l’on regagne après la messe, en défilant dans les rues au son des cliques. Les drapeaux des différents Groupes de Sonis flottent devant les jeunes garçons qui marchent au pas, vêtus de blanc, portant bérets et casques coloniaux.
3.2.2. Une éducation culturelle synonyme de « francisation » de la jeunesse
À côté des sections gymniques sportives et de préparation militaire, les Sonis ont des sections théâtrales. Chez les Sonis de Pointe-à-Pitre, on apprend « à savoir s’exprimer » en français ; on apprend « l’art de bien faire dans la diction et le théâtre » (entretien avec C. Thibault). Les Sonis montent des pièces classiques telles que Phèdre, Cinna, Le Malade Imaginaire. Les représentations ont lieu à la Salle Jeanne d’Arc ou à La Renaissance, place de la Victoire. Elles attirent toute la haute société pointoise, constituée de Blancs-Pays, de Métropolitains ou de riches Mulâtres. Si ces représentations sont l’occasion de se montrer paré des plus beaux habits (costume trois pièces et panama pour les hommes, robe blanche et ombrelle pour les femmes), elles permettent aussi d’évaluer la qualité de l’éducation menée par l’Église locale auprès de la jeunesse. La maîtrise de la langue française et la connaissance des classiques sont considérées comme la garantie d’une éducation assimilationniste réussie. Là encore, l’acculturation joue comme une destruction, celle de la langue créole que le jeune Sonis doit « oublier » pour mieux s’approprier celle du colon. Mais l’apprentissage de ces classiques va encore plus loin dans la logique assimilationniste en inculquant aux jeunes Guadeloupéens un passé historique totalement étranger. Comme pour mieux les imprégner des valeurs métropolitaines, l’Église impose ici une histoire qui les place dans un cadre culturel commun avec les jeunes Français.
3.2.3. Une sociologie du recrutement et de l’encadrement qui renforce l’assimilation
Pour rentrer chez les Sonis, il faut savoir lire et écrire pour apprendre le catéchisme et lire la Bible : « Parce qu’il fallait passer un examen pour faire la première communion et la Renonce. Des questions de catéchisme » (entretien avec A. Gordien). La maîtrise de la langue du colon est indispensable. Or l’instruction reste l’apanage des classes aisées (Abou, 1988). Les Sonis s’adressent principalement aux classes blanches et mulâtres. « Chez les Sonis, c’étaient les fils de Blancs-Pays, des usiniers Blancs » (entretien avec Mme Hildvert). La classe ouvrière accède plus difficilement aux Sonis. « Les Sonis de Pointe-à-Pitre étaient des enfants de bonnes familles, de grandes familles, en particulier des Blancs » (entretien avec G. Gordien). Mais les cadres dirigeants des Sonis symbolisent aussi cette volonté d’assimilation. Tous prêtres métropolitains, Blancs, ils importent dans la colonie un système éducatif français. De plus, ils jouissent souvent d’un prestige qui garantit l’adhésion des familles. Ainsi, la Croix de Guerre et la Légion d’honneur assurent au Père Durand une notoriété certaine dans cette société coloniale où la conscription et « l’impôt du sang » marquent pour les Antillais une égalité avec le Métropolitain.
3.2.4. Un financement qui accroît la dépendance aux riches Blancs
Les paroisses qui fondent des Groupes de Sonis témoignent aussi des orientations assimilationnistes. Le découpage régional est ainsi significatif. Les Sonis s’implantent dans les paroisses à forte densité de population, souvent centres administratifs et économiques de la colonie, peuplées d’une forte proportion de Blancs. Paroisses urbaines (Pointe-à-Pitre, Le Moule…), ou rurales (Port-Louis, Sainte-Rose…), elles constituent les pôles économiques de la colonie, souvent liées aux usines de transformation de la canne à sucre et aux habitations qui gèrent les plantations. Au-delà d’une possibilité de recrutement qui s’effectue majoritairement dans la classe blanche, cette implantation à proximité des zones de richesse, permet à l’Église de bénéficier des aides financières apportées par les usiniers, les industriels ou les riches commerçants. Aides financières et matérielles, comme à Port-Louis ; mise à disposition de terrains sportifs, comme c’est le cas de l’usine Darboussier dans le quartier du Carénage à Pointe-à-Pitre. Le mécénat constitue aussi une source de financement importante. À Pointe-à-Pitre, l’argent vient des Blancs-Pays et des « Békés » (entretien avec C. Thibault.), tels que les avocats Desgranges, Le Vallois ; ou de commerçants pointois comme Godmarchais, Maréchaux (patron des « Galeries parisiennes », un des plus grands magasins de mode de la ville), des établissements Bourel ou De Kermadec. Cependant, ces aides instaurent une dépendance financière entre les Sonis et le pouvoir financier blanc. En ce sens, les Sonis se voient dépendants de l’oligarchie blanche détentrice de l’essentiel du pouvoir financier de l’archipel. Cette dépendance constitue un support d’assimilation non négligeable.
Nous avons cherché à montrer, dans ce travail, comment l’organisation de l’éducation au sein des Groupes de Sonis, pouvait participer à une politique d’assimilation à la culture française. Ainsi, les voies d’imposition des valeurs métropolitaines recouvrent diverses dimensions : la gymnastique, les sports, la préparation militaire, mais aussi l’éducation culturelle, tout comme un recrutement qui s’opère essentiellement dans la classe sociale blanche dominante et un financement assuré par les Blancs détenteurs du pouvoir économique de la colonie. Toutefois, cette assimilation, seule possibilité d’ascension sociale dans le système colonial, est largement plébiscitée par les Antillais. La période 1936-1948 marque l’apogée des Sonis, mais, dès le début des années 1950, ils vont disparaître ou se transformer. Si la baisse des effectifs peut aussi s’expliquer par le recul du dessein patriotique de la FGSPF, sensible en métropole dès les années 1930, et par la concurrence des clubs sportifs laïques ou des clubs d’usine (Groeninger, 2004), il semble que leurs aspects trop « coloniaux », les empêcheront de survivre à la Seconde Guerre mondiale sur le modèle des sociétés sportives militarisées. La politique d’assimilation laissera la place aux revendications identitaires, impulsées par le courant culturel de la « Négritude », malgré la départementalisation de 1946. Certains Sonis se transformeront en sociétés musicales (Port-Louis), en clubs de gymnastique sportive féminine (la Maristella du Gosier) ou en Cœurs Vaillants (Pointe-à-Pitre).
Photos, cartes et tableaux
Photo 1
Uniforme blanc, béret ou calot militaire, sous la bannière de la section, et encadré par les prêtres,le Groupe de Sonis de Pointe-à-Pitre attire la jeunesse pointoise. 1946. (Collection privée de C. Thibault).
Histogramme 1
Groupes de Sonis. Évolution des effectifs. 1936-1976.
L’évolution des effectifs laisse apparaître deux périodes :
Histogramme 2
Groupes de Sonis. Évolution des effectifs. 1936-1948.
Entre 1937 et 1948, l’évolution des effectifs montre que les années de plus forte adhésion se situent durant la période vichyste (1940-1942). La dissidence des prêtres et des cadres à partir de 1942 laisse entrevoir le début de la baisse des effectifs, baisse qui s’accentuera après la chute du régime de Vichy en Guadeloupe en 1943.
Carte 1
Répartition géographique et effectifs des Groupes de Sonis. 1937-1938.
Dix paroisses créent des Groupes de Sonis entre 1936 et 1938.
Carte 2
Répartition géographique et effectifs des Groupes de Sonis. Années de recrutement maximum.
Le nombre de paroisses concernées par les Groupes de Sonis augmente considérablement, et les années de recrutement maximum se situent pour la plupart entre 1937 et 1942
Tableau 1
Tableau comparatif des effectifs des Groupes de Sonis et des garçons âgés de 6 à 18 ans.
Par paroisse et par année. 1936-1937 / 1947-1948. Le recensement effectué par les prêtres dans leur paroisse est irrégulier. Principalement en temps de guerre : les départs au front, puis en résistance, de certains membres du clergé guadeloupéen, et enfin, la fin du gouvernement de Vichy dans la colonie en 1943, expliquent ces irrégularités du recensement dans certaines paroisses (Abymes, Port-Louis…).
Paroisses/ Années 1936-37 1937-38 1938-39 1939-40 140-41 1941-42 1942-43 1943-44 1944-45 1945-46 1946-47 1947-48 S. G. S. G. S. G. S. G. S. G. S. G. S. G. S. G. S. G. S. G. S. G. S. G. ABYMES 65 65 343 350 448 680 608 343 Anse - Bertrand 60 54 78 60 143 57 131 40 178 26 231 20 201 45 325 Capesterre - B/E 339 385 110 65 50 64 320 58 536 59 506 95 550 75 535 Capesterre MG 38 19 246 45 210 243 46 75 235 GOSIER 206 309 135 313 75 282 52 399 65 389 53 434 40 419 62 396 62 440 Grd - Bourg MG 40 50 310 70 433 183 LAMENTIN 70 240 70 240 80 243 80 273 60 230 60 200 60 211 60 254 30 322 50 310 104 316 50 303 Morne - à - l’Eau 110 110 MOULE 68 600 68 615 583 531 538 603 Petit - Bourg 68 400 51 404 68 392 72 312 72 318 71 315 82 473 68 420 Port - Louis 111 160 110 117 103 140 60 120 60 111 158 152 202 166 180 Ste. - Anne 77 290 60 220 50 298 52 278 50 268 317 37 364 40 442 52 477 45 430 St. - Louis (MG) 21 286 28 337 25 351 25 408 12 414 12 419 St. - Pierre/Paul PàP 210 460 210 463 360 470 352 500 360 508 250 473 250 480 260 485 160 895 174 1083 170 1113 Ste. - ROSE 52 200 56 200 165 40 221 20 200 159 Terre - de - Haut 26 29 39 26 Trois - Rivières 355 425 75 345 320 Vieux - Habitants 200 252 258 150 265 150 200
Graphique 1
Proportion des Sonis par rapport à la totalité des garçons inscrits au catéchisme, dans les paroisses où ils sont les plus représentés. 1936-1948.
Dans les paroisses où s’implantent les Groupes de Sonis leur proportion par rapport aux garçons inscrits au catéchisme est importante.
Graphique 2
Proportion des Groupes de Sonis et des Scouts de France par rapport aux autres organisations de jeaunesse masculines. Pour les paroisses dans lesquelles ces différentes organisations de jeunesse coexistent.1936-1948.
Dans les paroisses où plusieurs organisations de jeunesse sont implantées, les Groupes de Sonis dominent.
Sources
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L’Hebdomadaire de la Guadeloupe. 1941-1945 (périodique, microfilm 2 MI 247 R5).
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CARAN (Paris)
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Sociétés de gymnastiques, tirs et patronages. 1907-1925 (F 7 / 13214).
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Réorganisation de l’Éducation Physique et Sportive. 1936-1944 (F 44 / 37).
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Archives de la Fédération Sportive et Culturelle de France (Paris)
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Annuaires fédéraux. 1914-1959.
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Procès verbaux du Comité Central. 1935-1942.
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Les Jeunes. 1932-1934, 1937-1955 (périodique).
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Bibliothèque nationale de France (Paris)
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Archives privées de Fernand Pentier (Saint-Claude, Guadeloupe)
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Pentier, F. (1984). L’œuvre sportive d’Eboué. À l’occasion du centenaire de sa naissance. 1884 - 1984.
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Entretiens d’anciens membres des Groupes de Sonis
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Père Bellenus (entretien du 16.04.1998. Basse-Terre).
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L. Célini (Sonis de la Maristella du Gosier depuis 1937. Ancien dirigeant. Entretien du 30.07.1999. Gosier).
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J. Commer (Sonis de Port-Louis. Entretien du 21.07.1999. Port-Louis).
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A. Gordien (Sonis de Port-Louis depuis 1936. Président du Groupe de 1988 à 1995. Entretien du 2.12.1997. Port-Louis).
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Jalème (Sonis de Port-Louis depuis 1936. Entretien du 2.12.1997. Port - Louis).
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G. Gordien (Sonis de Port-Louis. Entretien du 28.01.1999. Port-Louis).
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C. Thibault (Sonis de Pointe-à-Pitre. Entretien du 17.08.1999. Pointe-à-Pitre).
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Entretiens d’anciens membres des EDF
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Mme Hildvert (Éclaireuse de France de Pointe-à-Pitre. Entretien du 03.03.1999. PAP).
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V. Lacrosil (EDF de la troupe Pichon de Pointe-à-Pitre. Entretien du 12.05.1999. Abymes. Commissaire du district de Pointe-à-Pitre de 1942 à 1945).
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Entretiens de personnes ayant vécue la période étudiée
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M. Blombou (entretien du 17.02.1999. Abymes).
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Père Chalder (ancien aumônier départemental des SDF de Guadeloupe entre 1971 et 1982 ; entretien du 04.08.1999. Capesterre-Belle-Eau).
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Père Flower (entretien du 19.07.1999).
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T. et N. Glaude (entretien du 24.08.1998).
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E. et C. Minos (entretien du 28.02.199).
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[1]
Le nom de ces patronages provient du Général Louis Gaston de Sonis, d’Espujos (1825-1887), Blanc, né à Petit-Bourg en Guadeloupe, qui s’est illustré dans diverses batailles du Second Empire et dans la conquête de l’Algérie. Seules les sections guadeloupéennes de la FGSPF portent ce nom.
[2]
Créés en 1913 à Pointe-à-Pitre par l’Abbé Bioret, les Sonis restent confidentiels jusqu’en 1936-1937 ; leur nombre augmente à partir du milieu des années 1930. Sources : comptes rendus annuels à la Sainte Congrégation de la Propagande (1927-1976). Archives de l’Évêché de Guadeloupe. Basse-Terre. Ces comptes rendus, tenus par les prêtres depuis 1927, recensent les effectifs des mouvements de jeunesse catholiques par paroisse.
[3]
On peut aussi attribuer cette baisse des effectifs aux départs de certains prêtres et dirigeants pour la « dissidence » (nom donné à la Résistance guadeloupéenne). C’est notamment le cas de l’Abbé Dugon, Président de l’organe régional de la FGSPF, qui quitte l’archipel pour rejoindre les troupes de C. De Gaulle dès le début de l’année 1943.
[4]
La classe blanche est principalement de souche guadeloupéenne et martiniquaise : les « Blancs-Pays » (descendants des familles introduites à la fin du XIX
e siècle) ; les Békés martiniquais, descendants directs des premiers colons implantés en Guadeloupe à la Révolution ou à la suite de l’irruption de la Montagne Pelée en 1902 ; les « Ti-Blancs », moins fortunés, possédant souvent de petites exploitations agricoles. Viennent s’ajouter les fonctionnaires et les industriels métropolitains.
[5]
Par exemple, en métropole, sur la région de Besançon, la fréquence annuelle de création des associations sportives augmente : les AS passent de 6,5 entre 193-1939, à 11,6 entre 1940-1944. Le point culminant est atteint en 1944 avec 245 associations sportives (Tinchant, 2002). L’exemple du ski est aussi significatif : la Fédération Français de Ski augmente le nombre de ses licenciés de 21 345 en 1940-1941 ; de 25 481 en 1941-1942 ; 29 232 en 1942-1943, et 20 470 en 1943-1944 (Moralès, 2002).