Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.2804149218
144 pages

p. 131 à 138
doi: 10.3917/sta.067.0131

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no 67 2005/1

2005 Staps

Article pour la rubrique : « Réponse à l’éditeur »

Discussion de l’article STAPS 43, 83-94 « Description d’un système d’aide à la formation technique et tactique de joueurs de tennis non classés », d’Alain Pizzinato et Gilles Denis

Agnès Le Pallec professeure agrégée d’EPS, docteur en STAPS UFR du sport et de l’éducation physique – 20 avenue Le Gorgeu – BP 817 29285 Brest Cedex Tél. bureau : 02 98 01 68 89 Fax : 02 98 01 81 86 agnes.lepallec@univ-brest.fr
L’article se propose de vérifier les propositions d’un système expert, système à base de connaissances, paru dans la revue STAPS, 43. L’observation méthodique des pratiques compétitives est menée en direction de joueurs non classés, en suivant la procédure préconisée par les auteurs. Puis les résultats sont comparés à ceux d’une population de joueurs classés, pour tenter de distinguer le saut qualitatif, objectif du système d’aide. Il apparaît que l’observation du joueur est menée sur la base de deux indices (d’efficacité et de régularité), dont le premier n’est pas totalement juste et dont le second ne mesure pas, à chaque fois, ce qu’il est censé mesurer. Si la base indiciaire n’est pas solide, les explications données dans le raisonnement du système expert « T.E.N.N.A.O. » ne peuvent alors plus s’appliquer.Mots-clés : tennis, enseignement, système expert. The study analyses the propositions of an expert system, knowledge based system, appeared in the review STAPS, 43. The systematic observation of competitive practices is led in the direction of unranked tennis players, by following procedure recommended by the authors. Then results are compared with those of a population of ranking tennis players, to try to distinguish the qualitative, objective jump of the system helping. It seems that the observation of the player is led on the basis of two index (efficiency and consistency), the first of which is not totally just and the second of which does not measure, every time, what he is sensible to measure. If the indexes are not solid, explanations given in the reasoning of expert system « T.E.N.N.A.O. » can not then apply any more.Keywords : tennis, teaching, expert system. Der Artikel will die Vorschläge eines Expertensystems verifizieren, eines Systems, das auf Kenntnissen basiert und in der Revue STAPS, Nr. 43 erschienen ist. Die systematische Wettkampfbeobachtung von nichtklassifizierten Spielern wurde laut Anleitung der Autoren durchgeführt. Dann wurden die Ergebnisse mit einer Population von Ranglistenspielern verglichen, um den qualitativen Sprung festzustellen, was Ziel des Systems ist. Es zeigt sich, dass die Beobachtung des Spielers auf der Basis von zwei Indices (Wirksamkeit und Regelmäßigkeit) durchgeführt wird, wobei der erste nicht völlig richtig ist und der zweite nicht immer misst, was er messen soll. Wenn die Basis der Indices nicht solide ist, sind also auch die Erklärungen, die in dem Expertensystem "T.E.N.N.A.O." angeführt werden, nicht anwendbar.Schlagwörter : Tennis, Unterricht, Expertensystem. L’articolo si propone di verificare le proposte di un sistema esperto, sistema base di conoscenze, apparso nel n. 43 della rivista STAPS. L’osservazione metodica delle pratiche competitive è condotta in direzione di giocatori non classificati, seguendo la procedura prevista dagli autori. Poi i risultati sono paragonati a quelli di una popolazione di giocatori classificati, per tentare di distinguere il salto qualitativo, obiettivo del sistema d’aiuto. Appare che l’osservazione del giocatore sia condotta sulla base di due indici (d’efficacia e di regolarità) di cui il primo non è totalmente giusto e di cui il secondo non misura, ogni volta, ciò che vorrebbe misurare. Se la base indiziaria non è solida, le spiegazioni date nel ragionamento del sistema esperto “T.E.N.N.A.O.” non possono allora più applicarsi.Parole chiave : insegnamento, sistema esperto, tennis. El artículo se propone comprobar las propuestas de un sistema experto, sistema a base de conocimientos, publicado en la revista STAPS, 43. Se lleva la observación metódica de las prácticas competitivas de jugadores no clasificados, siguiendo el procedimiento preconizado por los autores. Luego, los resultados se comparan a los de una población de jugadores clasificados, para intentar distinguir el salto cualitativo, objetivo del sistema de ayuda. Aparece que la observación del jugador se lleva sobre la base de dos índices (de eficacia y regularidad) cuyo primero no es completamente justo y cuyo segundo no mide, cada vez, lo que está supuesto medir. Si la base indiciaria no está sólida, las explicaciones otorgadas en el razonamiento del sistema experto "T.E.N.N.A.O." no pueden entonces aplicarse más.Palabras claves : tenis, enseñanza, sistema experto.
 
1. Présentation succincte de l’article, objet de la discussion critique
 
 
L’article de la revue STAPS, 43, dont les signataires sont A. Pizzinato et G. Denis, propose une aide à l’enseignant ne nécessitant « aucune compétence particulière dans l’observation de joueurs de tennis en situation de jeu » (p. 92). L’outil d’enseignement s’appuie sur une base de connaissances élaborée par un expert du domaine. Le but vise à établir un programme de formation individualisé améliorant les comportements techniques et tactiques. Il suffit pour cela de recueillir certaines données simples en match, de les transformer en deux indices quantitatifs, puis de situer ces indices dans un diagramme cartésien dont les quatre quadrants sont hiérarchisés.
1.1. Justification théorique des auteurs Pizzinato et Denis
Les auteurs prennent pour référence méthodologique la méthode « R.E.M.O.R.A. », du nom des auteurs Rolland, Foucaut et Benci (1991). Celle-ci « privilégie les connaissances spécifiques élaborées par des experts humains pour les traduire en représentation formelle » (p. 84). Dans cette étude, il s’agit d’un seul expert interrogé lors d’entretiens. Son rôle est essentiel puisqu’il définit ce qu’est l’efficacité dans l’activité tennis, propose des indices nécessaires et suffisants pour caractériser les joueurs avec le repère étalon, détermine les orientations tactiques et techniques à poursuivre pour chaque quadrant. L’expert sollicité est « en charge de la formation de joueurs de tennis pour toutes les catégories d’âge et pour tous les niveaux » (p. 84). On peut noter qu’une compétence multidirectionnelle dans la discipline tennis peut sembler suspecte dans la mesure où l’entraînement de joueurs professionnels nécessite, par exemple, un engagement à temps plein.
1.2. Présentation du système expert
Pour caractériser les joueurs, deux indices sont choisis par l’expert. L’indice d’efficacité (IE) correspond « au rapport entre le nombre de points gagnés et le nombre de points joués » (p. 87). Plus cet indice est élevé et plus le joueur domine son adversaire. Comme le règlement permet de gagner en obtenant moins de points que l’adversaire, nous chercherons le degré de fiabilité de cet indice. L’autre indice, dit de régularité (IR), correspond « au rapport entre le nombre de points perdus où le joueur a été capable de frapper au moins trois fois la balle et le nombre total de points perdus » (p. 87). De la même façon, plus l’indice de régularité est élevé et plus le joueur progresse dans la logique de l’expert. Les valeurs de chaque indice sont rapportées sur un diagramme cartésien classique avec des axes x et y qui se croisent à la valeur zéro. L’IE est mis en abscisse et l’IR en ordonnée. L’interaction des deux indices sur le diagramme cartésien permet de déterminer quatre quadrants ou zones de valeur représentant tous les couples possibles à partir des valeurs « faible et fort » de chaque indice. Les valeurs 50 % constituent les valeurs minimales des deux indices. Pour chaque joueur, après une rencontre, correspond un point de coordonnées (x, y) dans un des quatre quadrants (tableau 1).
Tableau 1
Représentation graphique des quatre zones de performance (les quadrants) d’après A. Pizzinato et G. Denis.
IMGIMGReprésentation graphique des quatre zones de perfo...IMGIMF
 
2. Vérification empirique du système à base de quadrant
 
 
Si le système d’aide est valide, l’étude des pratiques compétitives doit permettre de confirmer la logique sous-jacente du système expert. Autrement dit, la vérification systématique des pratiques doit accréditer le placement progressif des joueurs du quadrant quatre vers le quadrant un à mesure que l’expertise augmente. Car les auteurs ne mènent pas d’investigation sur les pratiques réelles, ils se contentent de donner un exemple d’utilisation pour illustrer le fonctionnement du système. Nous avons voulu mener la recherche empirique vérificative à partir d’une observation réelle des pratiques compétitives de joueurs, puis nous avons calculé leur placement dans les quadrants en suivant la méthode des auteurs. Pour éviter le biais que constitue la variable de la surface de jeu, nous avons limité les observations aux rencontres se déroulant en indoor sur surface en dur. Le choix des niveaux d’expertise a porté sur les joueurs non classés, public visé par l’article, puis les joueurs classés en quatrième série, niveau juste supérieur et, enfin, sur le niveau le plus élevé correspondant aux joueurs professionnels.
2.1. Placement dans les quadrants pour les joueurs non classés et classés en quatrième série
Les auteurs ne précisent pas si la proposition concerne tous les joueurs non classés ou un groupe particulier. Or, dans cette population, la variable d’âge peut constituer une différenciation nécessaire. En effet, le joueur senior peut progresser tout en restant non classé en l’absence de confrontations homologuées officiellement, alors que le jeune joueur sans classement est un véritable débutant. La mesure est donc menée dans un premier temps séparément sur des jeunes joueurs et sur des adultes. Au total, 182 sujets sont observés. L’échantillonnage est présenté dans le tableau 2.

Tableau 2
Échantillonnage des joueurs non classés et classés en 4e série.
Joueurs adultes non classésJoueurs de 8 à 12 ans non classésJoueurs adultes classés en 4e sérieJoueurs de 8 à 12 ans classés en 4e sérieTotal
Sexe féminin1834201991
Sexe masculin2636131893
Total42703337182

Les calculs sont ensuite établis selon les définitions indiciaires des auteurs. Les joueurs sont alors répartis dans les quadrants un à quatre en fonction de leurs résultats (tableau 3).

Tableau 3
Répartition dans les quadrants des joueurs non classés et classés en 4e série.
Joueurs de 8 à 12 ans non classésJoueurs de 8 à 12 ans classés en 4e sérieJoueurs adultes non classésJoueurs adultes classés en 4e série
Q4 %3144 %1746 %2252 %1442 %
Q3 %57 %513 %026 %
Q2 %2941 %1130 %1945 %1648 %
Q1 %57 %411 %12 %13 %

Ce mode de calcul d’indice fait apparaître la difficulté majeure pour les joueurs non classés jeunes et adultes de se situer dans les quadrants un (Q1) et trois (Q3), autrement dit, d’obtenir un indice de régularité égal ou supérieur à 50 %. Pour les joueurs classés en quatrième série, la répartition est toujours prioritairement dans les quadrants deux et quatre avec un pourcentage très légèrement supérieur dans les quadrants un et trois. Comparons le résultat global des non classés et des classés en quatrième série au niveau le plus élevé d’expertise, c’est-à-dire les joueurs professionnels.
2.2. Comparaison des trois niveaux d’expertise pour le placement dans les quadrants
La dernière investigation en direction des professionnels devrait montrer une augmentation significative du pourcentage du quadrant un. L’échantillonnage des joueurs professionnels est de 166 joueurs répartis en 86 femmes et 80 hommes, observés sur surface en dur indoor. L’ensemble des trois niveaux d’expertise forme un total de 348 joueurs observés. La répartition générale dans les quadrants est présentée dans le tableau 4 et son histogramme, la figure 1.

Tableau 4
Répartition dans les quadrants pour trois niveaux d’expertise.
Joueurs non classésN = 112Joueurs classés en 4e sérieN = 70Joueurs ProfessionnelsN = 166
Q4 %5347 %3144 %7847 %
Q3 %54 %710 %21 %
Q2 %4843 %2739 %8149 %
Q1 %65 %57 %53 %

Si le jeu évoluait hiérarchiquement du quadrant quatre vers le quadrant un comme les auteurs l’indiquent, la représentation graphique du tableau 5 devrait permettre de visualiser cette progression dans l’histogramme (figure 1).
Figure 1
Histogramme des répartitions dans les quadrants des joueurs de trois niveaux d’expertise.
IMGIMGHistogramme des répartitions dans les quadrants de...IMGIMF
L’étude de l’histogramme montre clairement qu’il n’y a pas d’évolution entre les trois niveaux d’expertise en suivant ce système expert. L’obtention d’un indice de régularité à trois frappes supérieur à 50 % est rare quel que soit le niveau d’expertise. La fixation de cet indice n’est donc pas pertinente puisqu’elle ne permet pas de différencier l’évolution de l’expertise au tennis. Qu’en est-il du deuxième indice, celui de l’efficacité ?
2.3. Estimation de la validité de l’indice d’efficacité
La particularité du système de marque au tennis est telle qu’il est possible de remporter la victoire tout en ayant gagné moins de points que l’adversaire. Le système n’est cumulatif que dans un premier temps, celui du jeu, puisque tous les points comptent jusqu’à l’attribution de ce jeu. En second lieu, certains points, certains jeux, certaines manches gagnées ne seront pas pris en compte a posteriori, donc le gain d’un match ne signifie pas forcément ni un meilleur total de points ni même un meilleur total de jeux que l’adversaire. L’utilisation de l’indice d’efficacité par les auteurs du système expert néglige cette particularité. Nous avons voulu quantifier le pourcentage de rencontres où le joueur perd, tout en ayant gagné autant ou plus de points que son adversaire. Pour cela, nous avons prélevé un échantillonnage de rencontres sur l’échelle des niveaux d’expertise, présenté dans le tableau 5.

Tableau 5
Échantillonnage des matches de tennis observés.
Nombre de rencontres féminines observéesNombre de rencontres masculines observéesTotal observé
absence de classement303565
classement en 4e série française222345
classement en 3e série française211536
classement en 2e série française181028
Classement dans la WTA ou l’ATPWTA = 132ATP = 203334
Total223286508

Pour connaître le degré de pertinence de l’indice d’efficacité, il suffit de relever le nombre de rencontres où le vainqueur obtient un indice d’efficacité inférieur ou égal à celui du perdant comme le montre le tableau 6.

Tableau 6
Calcul de l’indice d’efficacité dans les pratiques compétitives de tennis.
Vainqueur obtenant un indice d’efficacité> 50 %Vainqueur obtenant un indice d’efficacité< 50 %Pourcentage des matches où l’IE n’est pas pertinent
non classés6146,15
classement en 4e série française4324,44
classement en 3e série française3338,33
classement en 2e série française2713,57
classement professionnel dans la WTA (femmes) ou l’ATP (hommes)WTA = 123ATP = 189WTA = 9ATP = 146,88
Moyenne générale6,5

À tous les niveaux de compétence, on observe des rencontres où le vainqueur n’est pas celui qui a gagné le plus de points. Il apparaît qu’une rencontre sur quinze environ (6,5 %) voit le perdant marquer autant ou plus de points que le vainqueur. L’indice d’efficacité n’est donc pas un indice totalement fiable. Le retenir dans un système expert, c’est n’envisager la réussite au tennis que comme une suite de points et non une suite de jeux à gagner.
 
3. Discussion critique du système à quadrants didactiques et des indices choisis
 
 
Ce système à base de connaissances peut paraître attractif pour un enseignant ou un entraîneur. On peut ajouter que ce type de propositions est innovant, car il intègre l’idée d’une différenciation dans la formation du joueur, à partir d’un constat établi en situation compétitive. Les observations sont directes, objectivables, assez simples à relever, et l’aide didactique est structurée dans un cadre cohérent. Le problème central mis en évidence ici réside dans le présupposé d’une hiérarchie non vérifiée dans les pratiques réelles. Plus précisément, la critique s’oriente vers le choix des indices permettant d’effectuer le constat de la compétence du joueur. L’indice d’efficacité, s’il est très facile à calculer, n’est pas totalement fiable puisqu’il est possible de perdre tout en ayant un indice d’efficacité plus élevé que son adversaire. L’indice de régularité pose un problème encore plus important. Plusieurs remarques ou interrogations peuvent être formulées à son encontre. Tout d’abord, il est établi avec les points perdus. Autrement dit, seule la régularité négative du joueur est prise en compte et non sa régularité positive. Le choix méthodologique est justifié par les auteurs de la façon suivante : si le joueur gagne le point dès la première ou la deuxième frappe, il ne s’agit pas de le lui reprocher. Certes, mais l’indice ne résiste pas à l’analyse logique à l’aide d’exemples typiques. Imaginons le cas d’un joueur A jouant un premier match contre un joueur B. Les deux joueurs font la plupart du temps de longs échanges où ils perdent à tour de rôle. Dans ce premier cas, l’indice respectif de régularité sera élevé. Dans un autre match, le même joueur A rencontre un joueur C, joueur impatient faisant à la fois les points et les fautes. Quelle que soit l’intention de garder la balle en jeu de A, les deux joueurs auront des indices de régularité faibles. Il y a problème dans ce cas, puisque l’on ne sait pas si les deux joueurs sont incapables de jouer en continuité ou s’il n’y en a qu’un des deux et lequel. Enfin, dans une troisième compétition, le même joueur A rencontre le joueur D, un peu moins impatient que C, mais qui cependant perd les points quand les échanges se poursuivent. Dans ce cas, seul l’indice de régularité de D sera élevé. Le joueur A, quoique parfaitement régulier, n’arrive jamais à perdre les points qui durent, car son adversaire fait toujours la faute avant lui. On arrive ainsi à un résultat inversé, à savoir que le plus faible à l’échange est celui qui obtient le meilleur indice de régularité. La prise en compte de la seule régularité négative pose donc problème. Le tableau 7 ci-dessous résume les trois exemples étudiés en indiquant leurs conséquences.

Tableau 7
Les trois cas spécifiques de lutte duelle pour l’indice de régularité.
Exemple 1 : joueur A/ joueur B A est régulier B est régulierExemple 2 : joueur A / joueur C A est régulier C est impatientExemple 3 : joueur A / joueur D A est régulier D perd en premier les longs échanges
Indication de la dominance en termes de régularitéA = BA > CA > D > C
Indice de régularité de A (IR)IR élevéIR faibleIR faible
Indice de régularité de l’adversaire B ou C ou DIR élevéIR faibleIR élevé
ConséquencesL’indice est pertinent pour le bilan individuelL indice n’est pas pertinent pour le bilan individuelL’indice n’est pas pertinent pour le bilan individuel

Sur le plan de l’analyse logique, on peut considérer que l’indice de régularité n’est pertinent que dans le cas où les deux joueurs sont réguliers. Il ne l’est plus dans le cas où l’un des joueurs est régulier et l’autre moyennement. Enfin, dans le cas où l’un des joueurs passe à l’offensive immédiatement, il ne mesure que la régularité du joueur attaquant. Ainsi défini, l’indice de régularité, à savoir une prestation individuelle de régularité avec seulement les points perdus, présente de graves limites puisque, dans ces trois exemples, le joueur régulier A n’obtient qu’une seule fois un indice de régularité élevé. Il n’est donc pas surprenant que la vérification menée sur les pratiques ne confirme pas la proposition de ce système expert.
Compte tenu des arguments donnés par les auteurs et qui sont recevables, le choix de la régularité positive ne peut être retenu. Le choix de la régularité négative individuelle n’est pas non plus satisfaisant. Comment choisir un indice qui puisse indiquer le degré de régularité ? En fait, la régularité évaluée individuellement est difficile à justifier. Il faudrait pouvoir évaluer le duel en conservant la régularité négative, comme base. La moyenne des deux régularités négatives pourrait alors restituer une pertinence sans toutefois être certain d’une hiérarchisation des quadrants comme le présupposent les auteurs.
En conclusion de cette discussion, l’observation du joueur est menée sur la base de deux indices dont le premier, l’indice d’efficacité, n’est pas totalement juste et dont le second, l’indice de régularité, ne mesure pas, à chaque fois, ce qu’il est censé mesurer. Si la base indiciaire n’est pas solide, les explications données dans le raisonnement du système informatique « T.E.N.N.A.O. » ne peuvent alors plus s’appliquer. Cependant, si la recherche vérificative présentée ici ne met pas en évidence une augmentation de la régularité associée à l’évolution de l’expertise, cela ne signifie pas pour autant nécessairement qu’elle n’existe pas. Pour le savoir, il faudrait mener une investigation avec d’autres indices pour améliorer l’observation.
Quelle que soit la qualité de l’expert, on peut se poser la question de la solidité d’un fondement théorique ne prenant pas la peine de conduire une analyse des pratiques de référence. La conviction personnelle forgée par la seule expérience d’un expert peut aboutir à une proposition dont les présupposés s’avèrent bien faibles et critiquables. Ici, le présupposé qu’un gain en régularité est significatif de la progression du joueur non classé apparaît contestable avec les outils d’observation choisis. Une théorie séduisante à la lecture peut s’avérer assez décevante. Cet exemple fait aussi apparaître les limites d’une expertise revendiquant une parfaite compétence à tous les niveaux de pratique.
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Histogramme des répartitions dans les quadrants des joueurs de trois niveaux d’expertise.