2005
STAPS
Le conflit entre le C.I.O. et la F.I.F.A. dans
l’entre-deux-guerres. Les Jeux olympiques contre la Coupe du Monde de
football
Florence Carpentier
Université de Rouen
C.E.T.A.P.S. (EA 3832)
Boulevard Siegfried
76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Courriel :
florence.carpentier@rouen.iufm.fr
Les années 1920 et 1930 se caractérisent par la remise en
question d’une des valeurs du sport : l’amateurisme. Alors que le sport se
démocratise lentement, le mouvement olympique, quant à lui, affiche un
conservatisme de ses valeurs aristocratiques, représentatives des membres qui
le dirigent. La fédération internationale de football, en revanche, créé une
section professionnelle en 1931, sous la pression de ses licenciés et de
quelques dirigeants. Le conflit entre le C.I.O. et la F.I.F.A. devient alors le
miroir de cette opposition entre « discours » et « réalité ». L’étude de la
correspondance entre les deux institutions et en particulier entre ses deux
présidents, Henri de Baillet-Latour et Jules Rimet, montre que les désaccords
au sujet de l’amateurisme revêtent des enjeux de pouvoir entre ces deux
puissances sportives. Alors que la F.I.F.A. menace de ne pas participer aux
Jeux olympiques de 1928 si ses professionnels n’y sont pas admis,
Baillet-Latour décide seul de jouer les iconoclastes afin d’assurer la réussite
économique de ces Jeux, renonçant momentanément à défendre l’amateurisme
olympique. Quand la réussite des compétitions olympiques est assurée, le
président du C.I.O. revient alors sur son compromis, provoquant le
mécontentement des membres de la F.I.F.A. qui décident alors de créer la Coupe
du Monde de football pour concurrencer le tournoi olympique.
Mots-clés :
histoire, entre-deux-guerres, olympisme, football, amateurisme.
1920s and 1930s are characterized by the questioning of one of
the values of sport : amateurism. While sport becomes a little more democratic,
the Olympic movement, as for it, shows a conservatism of its aristocratic
values, representative of the members who manage it. The international
federation of football, on the other hand, creates a professional section in
1931, under the pressure of its players and some leaders. The conflict between
the I.O.C. and the F.I.F.A. then becomes the mirror of this opposition between
“speech” and “reality”. The study of the correspondence between these both
institutions and in particular between its two presidents, Henri de
Baillet-Latour and Jules Rimet, shows that discords about the amateurism
conceal stakes for power between these two strong institutions. While the
F.I.F.A. threatens not to participate in the Olympic Games of 1928 if its
professionals are not allowed, Baillet-Latour only decides to play the
iconoclasts to assure the economic success of these Games, giving up for a
moment the defence of Olympic amateurism. When the success of the Olympic
competitions is sure, then, the president of the I.O.C. goes back on his
compromise, provoking the dissatisfaction of the members of the F.I.F.A who
decide then to create the World Cup to compete with the Olympic Games.
Keywords :
history, interwar period, olympism, football, amateurism.
Die Jahre 1920 und 1930 sind dadurch gekennzeichnet, dass einer
der Werte des Sports in Frage gestellt wurde: der Amateurgedanke. Während der
Sport langsam demokratischer wird, zeigt die Olympische Bewegung den
Konservatismus seiner aristokratischen Werte, welche repräsentativ für seine
leitenden Mitglieder sind. Der internationale Fußballverband hingegen gründet
1931 unter dem Druck seiner Mitglieder und einiger Funktionäre eine Sektion der
Berufsspieler. Der Konflikt zwischen IOC und FIFA wird nun zum Spiegel dieses
Gegensatzes zwischen „Diskurs“ und „Realität“. Die Analyse der Korrespondenz
zwischen den beiden Institutionen und besonders zwischen den beiden
Präsidenten, Henri de Baillet-Latour und Jules Rimet, zeigt, dass die
Unstimmigkeiten hinsichtlich des Amateurgedankens Machtspiele zwischen den
beiden Sportmächten überdecken. Während die FIFA droht, nicht an den
Olympischen Spielen von 1928 teilzunehmen, wenn seinen Berufssportler dort
nicht teilnehmen dürfen, beschließt Baillet-Latour alleine den Ikonoklasten zu
spielen, um den ökonomischen Erfolg dieser Spiele zu sichern, indem er
zwischenzeitlich aufgibt, den Olympischen Amateurgedanken zu verteidigen. Als
der wirtschaftliche Erfolg der Spiele gesichert ist, macht der Präsident seinen
Kompromiss wieder rückgängig und ruft dabei die Unzufriedenheit der
FIFA-Mitglieder hervor, die nun beschließen, den Fußball-Weltcup ins Leben zu
rufen, um dem olympischen Fußballturnier Konkurrenz zu machen.
Schlagwörter :
Geschichte, zwischen den Weltkriegen, Olympismus, Fußball, Amateurismus.
Gli anni tra il 1920 e il 1930 sono caratterizzati da una rimessa
in questione di uno dei valori dello sport: il dilettantismo. Mentre lo sport
si democratizza lentamente, il movimento olimpico mantiene un conservatorismo
dei suoi valori aristocratici, rappresentativi dei membri che lo dirigono.
Invece, la Federazione Internazionale di Football crea una sezione
professionistica nel 1931, sotto la pressione dei suoi tesserati e di alcuni
dirigenti. Il conflitto tra il C.I.O. e la F.I.F.A. diventa allora lo specchio
di quest’opposizione tra «discorsi» e «realtà». Lo studio della corrispondenza
tra le due istituzioni ed in particolare tra i suoi due presidenti, Henri de
Baillette-Latour e Jules Rimet, mostra che i disaccordi nei riguardi del
dilettantismo rivestono delle poste in gioco di potere tra queste due potenze
sportive. Mentre la F.I.F.A. minaccia di non partecipare ai Giochi Olimpici del
1928 se i suoi professionistici non vengono ammessi, Baillet-Latour decide solo
di farli giocare al fine di assicurare la riuscita economica di questi Giochi
rinunciando momentaneamente a difendere il dilettantismo olimpico. Quando la
riuscita delle competizioni olimpiche è assicurata, il presidente del C.I.O.
ritorna allora sul suo compromesso, provocando il malcontento dei membri della
F.I.F.A. che decidono allora di creare la Coppa del Mondo di Football per far
concorrenza al torneo olimpico.
Parole chiave :
dilettantismo, football, olimpismo, storia, tra le due guerre.
Los años 1920 y 1930 se caracterizan por el replanteo de una de
los valores del deporte : el amateurismo. Mientras que el deporte se
democratiza lentamente, el movimiento olímpico, por su parte, manifiesta un
conservadurismo de sus valores aristocráticas, representativas de los miembros
que lo dirigen. La federación internacional de fútbol, en cambio, crea una
sección profesional en 1931, bajo la presión de sus licenciados y algunos
dirigentes. El conflicto entre el C.I.O. y la F.I.F.A. se convierte entonces en
el espejo de esta oposición entre "discurso" y "realidad". El estudio de la
correspondencia entre las dos instituciones y en particular entre sus dos
Presidentes, Henri de Baillet-Latour y Jules Rimet, pone de manifiesto que los
desacuerdos con respecto al amateurismo tienen sus origenes en el poder que
está en juego entre estas dos potencias deportivas. Mientras que la F.I.F.A.
amenaza con no participar en los Juegos Olímpicos de 1928 si no se admiten a
sus profesionales, Baillet-Latour decide solo jugar los iconoclastes con el fin
de garantizar el éxito económico de estos Juegos, renunciando momentaneamente
en defender el amateurismo olímpico. Cuando el éxito de las competiciones
olímpicas está garantizado, el Presidente del C.I.O. vuelve de nuevo entonces
sobre su compromiso, causando el descontento de los miembros de la F.I.F.A. que
deciden entonces crear la Copa del Mundo de fútbol para competir con el torneo
olímpico.
Palabras claves :
historia, período entre las dos guerras mundiales, olimpismo, fútbol, amateurismo.
Malgré la situation politique et socioéconomique, les dégâts
matériels et le déplorable état physique des populations, l’activité sportive
réapparaît immédiatement dans l’ensemble des pays belligérants après la
Première Guerre mondiale. Les compétitions sportives, le nombre de licenciés et
donc de clubs se multiplient, apportant ainsi de plus en plus de poids aux
fédérations sportives internationales. Le Comité International Olympique
(C.I.O.) profite évidemment de cet engouement pour le sport puisque ses Jeux
olympiques apparaissent rapidement comme des compétitions internationales
majeures aux yeux des sportifs et des dirigeants. Alors qu’en 1912, les Jeux de
Stockholm rassemblent 2400 sportifs, les Jeux d’Anvers en 1920 réussissent à en
réunir 2600, reléguant la guerre au statut de « simple pause » dans le
développement du mouvement olympique.
Les années 1920 et 1930 se caractérisent, toutefois, par la
remise en question d’une des valeurs traditionnelles du sport : l’amateurisme.
En effet, à la fin du XIX
e
siècle, lorsque le sport moderne commence à se développer sur le continent
européen, il est calqué sur le modèle anglais. L’amateurisme y caractérise
alors le type de pratique sportive exercée par une élite sociale. Puis, sous
l’impulsion des dirigeants sportifs, majoritairement recrutés parmi la
bourgeoisie européenne, la règle de l’amateurisme devient une valeur, véritable
composante d’une morale sportive. Pierre de Coubertin, désireux de rénover les
Jeux olympiques dans un but pédagogique, associe
de facto en 1894, lors du Congrès à la Sorbonne,
le sport olympique à ces valeurs, afin de justifier son existence et de
s’octroyer le soutien indispensable de tous
[1]. C’est ainsi que le C.I.O. devient officiellement le
garant de l’amateurisme sportif.
Pourtant, à cause de la démocratisation rapide du sport, un
nouveau mode de pratiques sportives prend forme à partir des années 1920 : le
sport amateur tend désormais à se professionnaliser pour satisfaire les besoins
des classes sociales populaires. Les journalistes sportifs, témoins de cette
mutation, prennent le parti de dénoncer couramment ces déviances. On parle
alors d’« amateurisme marron », de « faux amateurisme » ou encore de «
semi-professionnalisme » pour accuser les sportifs rémunérés. Un fossé se
creuse entre un discours généralement conservateur, véhiculé par les
institutions, et des réalités sportives issues de la démocratisation des
loisirs. Or la Fédération Internationale de Football Association (F.I.F.A.) est
à cette époque l’institution la plus confrontée à la démocratisation de son
sport. Elle cède d’ailleurs en 1931 à la pression de ses licenciés en créant
une section professionnelle avec son championnat indépendant. Le conflit entre
le C.I.O. et la F.I.F.A. devient alors le miroir de cette contradiction entre «
discours » et « réalité ». Dans le cadre des Jeux olympiques, uniques
championnats du monde d’une majorité de sports, quels rapports peuvent nouer
une fédération progressiste telle que la F.I.F.A. et une organisation élitiste,
promotrice des valeurs de l’aristocratie, telle que le C.I.O. ? Quels enjeux la
lutte des valeurs met-elle à découvert ? Quels compromis peuvent être trouvés
pour satisfaire aux exigences de chacune des deux parties ?
Partant de la lutte contre le professionnalisme comme point
commun entre la F.I.F.A. et le C.I.O., nous allons pouvoir mettre en évidence
les divergences, fondement du conflit entre les deux institutions. Puis, nous
présenterons les étapes originales qui mènent la F.I.F.A. et le C.I.O. de la
mésentente au compromis.
1. Le C.I.O. et la F.I.F.A. : deux stratégies divergentes de lutte
contre l’« amateurisme marron »
Le sport professionnel n’est pas une invention des années 1920.
Il se pratique déjà au XIX
e
siècle, sous différentes formes, en Angleterre et aux États-Unis, là où les
sports modernes se sont développés avant de se répandre sur les autres
continents. Joachim K. Rühl (1991) explique comment l’amateurisme est mis en
place dans les collèges anglais au XIX
e siècle par la bourgeoisie pour mettre
un terme aux paris dans les fêtes sportives populaires et ainsi éduquer la
jeunesse loin des jeux d’argent et de leurs excès. L’amateurisme est alors
associé au contrôle des loisirs et devient, dès lors, le paradigme sportif et
pédagogique en vigueur. Toutefois, le professionnalisme ne disparaît pas
complètement des rencontres sportives et reste latent jusqu’à la fin de la
Première Guerre mondiale. Après celle-ci, les spectacles sportifs commencent à
attirer davantage de spectateurs : «
À Strasbourg
et à Mulhouse, les rencontres du championnat régional réunissaient environ 3
000 spectateurs au début des années vingt ; à raison d’une moyenne de 2 F
l’entrée, la recette s’élevait à 6 000 F, deux fois par mois au cours de la
saison. Les 35 000 spectateurs du match France-Angleterre au stade Pershing ont
laissé 125 000 F aux guichets. La finale de la Coupe de France procura une
recette de 34 000 F. Cela, les joueurs ne l’ignoraient pas »
(Lanfranchi & Wahl, 1995, 37). Les bénéfices des organisateurs de
spectacles favorisent alors la renaissance d’un professionnalisme, caché cette
fois-ci, car « criminel »
[2] pour la classe sportive dirigeante. Paradoxalement,
ce sont les journalistes sportifs, ceux-là même qui vivent du spectacle
sportif, qui se font, les premiers, les défenseurs de l’amateurisme en
dénonçant les pratiques professionnelles. La majorité des rédacteurs du
Miroir des Sports ou de l’
Auto, comme François du Gardon (1921), entre en
guerre contre l’amateurisme marron en écrivant de nombreux articles engagés
:
« Depuis la cessation des hostilités, il s’est créé en divers
pays des tendances d’une nature très spéciale, tendances qui déterminent un
courant favorable à l’instauration de groupements professionnels.
Ajoutons immédiatement que ces tendances, si l’on ne s’oppose
pas à leur développement, risquent de porter un préjudice moral considérable à
la pureté du football, à son noble caractère éducateur des masses. »
Ainsi, rendue publique par la presse, la lutte contre le
professionnalisme devient le cheval de bataille des institutions sportives :
les fédérations internationales et le C.I.O.
1.1. La F.I.F.A. capitule devant le professionnalisme
Le football commence à se démocratiser un peu avant la
Première Guerre mondiale. Puis, il devient un instrument militaire entre 1914
et 1918 pour fortifier les soldats, ce qui permet une large diffusion du sport
chez les ouvriers et les paysans (Lanfranchi & Wahl, 1995). Ainsi, au
sortir de la guerre, une grande majorité des populations belligérantes est
convertie au football, sport ou spectacle.
La professionnalisation des joueurs se concrétise alors sous
différentes formes. La compensation pour salaire perdu – remplaçant les simples
remboursements de frais de déplacements pendant les compétitions –, les
transferts monnayés des joueurs entre les clubs et les salaires versés aux
joueurs pour leur entraînement sont les trois principales pratiques
professionnelles combattues par la F.I.F.A. En 1920, Jules Rimet, président de
la Fédération Française de Football depuis 1919, est élu président de la
F.I.F.A., succédant à l’Anglais Daniel Burley Woolfall. La réglementation de la
F.I.F.A. préconise alors, à l’image du modèle anglais, un amateurisme « pur »
de la part des licenciés. Les statuts de 1919 indiquent d’ailleurs que les
dirigeants peuvent à tout moment procéder à une enquête sur les joueurs
soupçonnés. Devant la montée de l’« amateurisme marron », la réglementation des
mutations des joueurs est régulièrement rediscutée dans le sens d’un
durcissement : les textes envisagent pour la première fois des sanctions en cas
de flagrant délit et une licence spéciale est créée pour limiter les
changements abusifs de clubs. Cependant, d’après Lanfranchi & Wahl (1995),
à partir des années 1920, des clivages importants apparaissent au cœur même de
la Fédération, remettant peu à peu en cause la lutte contre le
professionnalisme. Dans le rapport du secrétaire général de 1925-1926,
l’importance du professionnalisme caché est minimisée, sans doute pour ne pas
permettre de renforcer les sanctions contre le faux amateurisme.
Lors de leur session de 1926, les membres de la F.I.F.A.
prennent d’abord la décision de déléguer la lutte contre le professionnalisme
aux fédérations nationales, ce qui revient à fermer les yeux sur les pratiques
des clubs. Puis, après avoir débattu sur les moyens de réprimer le
remboursement pour salaire perdu, celui-ci est finalement accepté à la
condition d’être régulé et limité. La porte est donc ouverte à la
professionnalisation des joueurs et des clubs. Finalement, sous la pression de
plus en plus forte d’une majorité de dirigeants, l’officialisation du
professionnalisme est déclarée en 1931 par la F.I.F.A. À cette date, les
fédérations nationales ont donc le choix d’organiser ou non un championnat
professionnel, qui serait reconnu par la fédération internationale.
1.2. Le conservatisme du C.I.O.
Le C.I.O., quant à lui, est
par
essence le promoteur du sport amateur. Son fondateur, Pierre de
Coubertin, y reste donc attaché durant toute sa présidence
[3]. Lorsque le comte belge, Henri de
Baillet-Latour, prend la succession du C.I.O. en 1925, période de mutation
sportive, on peut imaginer que les principes olympiques se conformeraient à la
réalité sportive. Mais cela est loin d’être le cas.
Entre 1925 et 1939, la question de l’amateurisme est portée
chaque année à l’ordre du jour des sessions olympiques (Carpentier, 2002).
C’est-à-dire qu’une fois par an, l’ensemble des membres qui constituent le
C.I.O. débat inlassablement de la définition de l’amateurisme et de ce qu’il
doit admettre ou non. Si le sujet est si souvent revisité, c’est que les
fédérations sportives internationales réclament régulièrement un
assouplissement de la règle olympique. Le C.I.O. se trouve alors dans une
situation périlleuse : contrôler un sport mondial qui ne correspond plus à
l’idéal olympique originel et qui souhaite en plus s’en détacher. Par le biais
des demandes des fédérations internationales de football, de tennis, de
patinage, de ski ou de gymnastique, le Comité doit donc discuter de trois
problèmes sous-jacents à l’amateurisme : le manque à gagner (ou compensation
pour salaire perdu), la participation aux Jeux olympiques des professeurs de
sport et la requalification des athlètes professionnels en athlètes amateurs.
Mais la volonté presque religieuse de respecter l’idéal coubertinien provoque
une complexité croissante des débats : il s’agit de faire appliquer un idéal
simpliste du sport à une pratique de plus en plus diversifiée. Est-ce qu’un
professionnel dans un sport peut participer aux Jeux olympiques dans un autre
sport ? Est-ce qu’un athlète qui projette de passer professionnel peut encore
participer aux Jeux ? Est-ce qu’un instituteur qui est payé pour donner des
cours de gymnastique doit être considéré comme un sportif professionnel ?… La
déclinaison de ces problèmes semble être infinie.
In fine, aucune
décision importante n’est prise et la définition de l’amateur ne subit aucune
évolution en faveur de la démocratie sportive, rendant encore plus improbable
la compréhension entre les sportifs et les membres du C.I.O. Ces débats ont une
conséquence directe sur l’évolution des chartes olympiques, puisque, pour
répondre à la complexité grandissante de la pratique, la définition de
l’amateurisme subit une mutation remarquable. En 1924, la charte ne mentionne
aucune définition de l’amateur, les sportifs devant seulement se conformer à la
réglementation de leur fédération internationale. Mais, en 1933, un paragraphe
y est ajouté :
« Pour être admis à représenter un pays aux Jeux olympiques,
il faut satisfaire aux obligations minima ci-après, à savoir : – n’être pas ou
n’avoir pas été, en connaissance de cause, professionnel dans son sport ou dans
un autre sport, – n’avoir pas reçu de remboursement de compensation de salaire
perdu, – signer la déclaration sur l’honneur : ‘Je soussigné déclare sur
l’honneur être amateur conformément aux Règles Olympiques de l’Amateur’.
»
Enfin, dans la charte de 1938, les conditions requises pour
pouvoir représenter un pays deviennent encore plus précises et prennent la
forme d’un réel règlement, ce qui n’était pas le cas auparavant :
« Ne pourra être qualifié pour participer aux Jeux olympiques
:
1ÅŸ Celui qui est ou aura été en connaissance de cause
professionnel dans son sport ou dans un autre sport.
2ÅŸ Celui qui aura reçu des remboursements pour compensation
de salaire perdu. Le congé dans les conditions normales de la profession, ou le
congé accordé dans les mêmes conditions à l’occasion des Jeux olympiques, et
sous la réserve qu’ils ne constituent pas de façon détournée un remboursement
direct ou indirect du salaire perdu, et le paiement à titre de tolérance tout à
fait exceptionnelle, après une enquête individuelle, et sous la forme d’un
versement direct à l’employeur, d’une indemnité payée pendant son absence, à
l’épouse, la mère ou le père d’un athlète, s’il est le seul soutien de sa
famille, ne tombent pas sous le coup de l’art. 2.
3ÅŸ Celui qui est professeur rétribué d’éducation physique ou
de sport, exception faite pour celui qui, en même temps que les matières
normales du programme d’études, donne accessoirement l’enseignement élémentaire
de l’éducation physique ou des sports. »
À la veille de la Deuxième Guerre mondiale, le C.I.O. fait
donc l’infime concession d’autoriser le manque à gagner dans le seul cas où
l’athlète est soutien de famille. On ne peut donc pas vraiment conclure à une
évolution marquante des valeurs olympiques sous la présidence de
Baillet-Latour.
Le C.I.O. d’après 1925 confirme le conservatisme coubertinien
en refusant de se plier aux nouvelles exigences de la démocratisation des
pratiques sportives. Il se démarque donc par ce choix de la F.I.F.A. Pourtant,
nous allons voir que le président Baillet-Latour ne respecte pas toujours la
rigidité du règlement qu’il prône.
2. Le conflit entre la F.I.F.A. et le C.I.O. : Jules Rimet contre
Henri de Baillet-Latour
Peu de choses ont été écrites sur les relations entre la
F.I.F.A. et le C.I.O. dans l’entre-deux-guerres. Pour les historiens de
l’olympisme, un conflit a bien existé, mais il n’est développé nulle part. Pour
les historiens du football, ce conflit n’est qu’un détail dans le développement
spectaculaire de la fédération. Les traces de ce conflit n’apparaissent ni dans
les procès-verbaux, ni dans la presse, ou alors de manière succincte. Pourtant,
à une époque où le système sportif mondial est en pleine construction, le bras
de fer entre les deux plus importantes institutions sportives ne peut qu’être
fondamental pour la compréhension des deux histoires. Or la correspondance des
membres du C.I.O., archivée au Centre d’Études Olympiques de Lausanne
(Suisse)
[4], permet
d’appréhender d’une manière originale les relations tenues entre les deux
présidents Baillet-Latour
[5] et Jules Rimet
[6]. Outre ces deux acteurs principaux, le
Hollandais Carl Anton Wihelm Hirschmann, secrétaire général de la F.I.F.A.,
joue aussi un rôle dans le conflit, ainsi que le Suédois Sigfrid Edström, futur
président du C.I.O., et le Suisse Godefroy de Blonay, tous les deux membres de
la commission exécutive du C.I.O. depuis sa création en 1921.
Le conflit entre la F.I.F.A. et le C.I.O. dure plus de dix ans,
de 1925 à 1936, bien que les premières années soient les plus virulentes. On
peut définir trois périodes : une première période de crise qui débouche sur un
compromis et un accord entre les deux institutions, une deuxième période où le
C.I.O. doit désormais assumer ses décisions auprès de l’opinion publique et du
système sportif mondial et une troisième période nécessaire pour dépasser les
conflits personnels existant entre deux présidents au fort caractère :
Baillet-Latour et Rimet.
2.1. 1925-1927 : les fondements de la crise
Le congrès olympique qui a lieu à Prague en mai 1925 est
déterminant dans l’histoire du C.I.O. et dans celle d’un bon nombre de
fédérations internationales. Il regroupe près d’une centaine de participants,
dont 30 membres du C.I.O., 40 délégués des comités nationaux olympiques et 30
représentants de fédérations internationales, F.I.F.A. y compris (Müller,
1994). Si l’ordre du jour comporte une quinzaine de points, c’est la question
de l’amateurisme qui prend le plus de temps dans les débats. En effet, à cette
date, le C.I.O. laisse encore, pour la sélection des athlètes aux Jeux
olympiques, les fédérations internationales libres de leur propre définition de
l’amateurisme. Or, de plus en plus de mésententes étant apparues à ce sujet, il
semble nécessaire aux congressistes, en 1925, d’uniformiser cette définition
jusqu’à présent multiple. In fine,
c’est une définition générale du professionnel qui est votée par tous,
mentionnant notamment que le remboursement pour compensation de salaire perdu
(manque à gagner) est strictement interdit.
Mais dans une réunion postérieure de la F.I.F.A., certains
dirigeants protestent contre l’exclusion du manque à gagner dans la définition
votée, puisque les avis au sein de la fédération sont très partagés à ce sujet.
Lors d’une entrevue officieuse, Rimet réclame donc à Baillet-Latour que soit
rediscutée l’acceptation du manque à gagner par le C.I.O., car la F.I.F.A.
s’apprête à faire voter ce principe dans son propre congrès qui doit se tenir à
Rome en mai 1926. En cas de désaccord sur ce point, il serait impossible pour
les footballeurs de participer aux Jeux olympiques. C’est une manœuvre habile
de la part de Rimet que de se prononcer après les votes du congrès olympique de Prague,
car cela lui permet de négocier « seul à seul » avec Baillet-Latour pour que
celui-ci adopte sa définition de l’amateurisme. Le problème est qu’une décision
votée par un congrès ne peut en aucun cas être remise en cause lors d’une
session annuelle du C.I.O., puisque tous les participants du congrès n’y sont
pas représentés. Il est donc impossible, après 1925, de faire accepter le
manque à gagner dans le règlement olympique, à moins d’organiser un nouveau
congrès :
« Il me paraissait difficile que le C.I.O. prenne sur lui de
s’insurger contre une décision, émanant non de lui seul, mais de délégués de
toutes les fédérations internationales et de tous les comités nationaux
[7]. »
Baillet-Latour demande donc aux membres de sa commission
exécutive, puis à d’autres membres du Comité olympique, d’exercer leur
influence sur les membres de la F.I.F.A. de leur pays respectif, afin qu’ils
votent contre l’acceptation du manque à gagner lors du congrès de Rome. Dans le
même temps, le secrétaire général de la F.I.F.A., Hirschmann, tente un
compromis officieux avec Baillet-Latour
[8] en lui demandant soit de convoquer un congrès
olympique extraordinaire pour modifier les décisions prises à Prague, soit de
faire voter à la prochaine session du C.I.O., prévue à Lisbonne en mai 1926,
l’annulation des décisions de Prague, ce qui reviendrait également à accepter
le principe du manque à gagner si le congrès de la F.I.F.A. décide de
l’admettre comme règlement. Le secrétaire, pour la première fois, exerce un
chantage en évoquant la possibilité d’un retrait des Jeux olympiques de
1928.
L’affaire se complique lorsque la fédération britannique de
football pose les premiers jalons d’une mésentente au sein de la F.I.F.A. en
déclarant que, si le manque à gagner est accepté au prochain congrès de Rome,
elle se retirerait de la Fédération. En revanche, elle est prête à rester si la
F.I.F.A. accepte, elle, de changer quelques points de sa définition de
l’amateurisme pour l’accorder avec celle des Britanniques. En faisant parvenir
ce point de vue à Baillet-Latour par l’intermédiaire du membre anglais de la
commission exécutive, Reginald John Kentish
[9], la fédération britannique de football met en fait le
C.I.O. devant l’alternative suivante : refuser de céder à la F.I.F.A. et
organiser les Jeux olympiques d’Amsterdam avec les seules équipes du
Royaume-Uni ou bien accepter la définition de l’amateurisme de la F.I.F.A. et
organiser les Jeux avec elle mais sans le Royaume-Uni. En d’autres termes, pour
le C.I.O., cela équivaut à choisir entre la conservation stricte des valeurs ou
la réussite économique des prochains Jeux olympiques.
Sous ces définitions de l’amateurisme, il faut en fait voir
une véritable guerre de pouvoir entre le C.I.O., la F.I.F.A. et la fédération
britannique de football pour l’institution qui aura le monopole des
compétitions internationales – un monopole économique – mais aussi, à travers
les valeurs, un monopole « symbolique », car à chacune des trois institutions
correspond une définition différente de l’amateurisme et donc une idéologie
différente.
En mai 1926, le congrès de la F.I.F.A. à Rome est donc un
moment clé que chacune des institutions attend pour réagir. Les décisions sont
les suivantes :
« Il n’est pas permis de payer des remboursements pour
compensation de salaire perdu, excepté dans des cas spéciaux, qui seront fixés
par chaque Association Nationale.
Toutefois le remboursement de la totalité du salaire ne sera
jamais permis et ne sera jamais accordé de telle façon que le joueur puisse
être tenté de préférer le sport à son ouvrage.
Les règlements relatifs à ce remboursement par les
Associations Nationales devront être approuvés par la Commission Exécutive,
qui, en fixant le nombre de jours pour lesquels le remboursement pourra être
accordé, s’inspirera des principes précités ainsi que des conditions
géographiques de chaque pays. Les Associations Nationales sont libres
d’accorder ou non des compensations pour perte de salaire
[10]. » (Cette proposition a été votée par
12 voix pour, 8 contre et 2 abstentions.)
La réglementation votée est loin d’être claire puisqu’elle
comporte certaines contradictions. Officiellement, la F.I.F.A. n’accepte pas le
remboursement pour salaire perdu, pourtant, le fait qu’elle donne quelques
libertés à ses fédérations nationales laisse la porte ouverte à tous les
débordements. Les sentiments de Baillet-Latour sur ce texte sont donc mitigés.
Comprenant que la F.I.F.A. désire malgré tout limiter le manque à gagner, le
président du C.I.O. propose un compromis à Rimet entre la réglementation
olympique et celle de sa fédération :
« Le remboursement du manque à gagner est interdit, mais dans
des cas strictement exceptionnels, le bureau de la F.I.F.A. en tenant compte du
nombre de jours d’absence, et des conditions géographiques de chaque pays,
pourra, à la demande d’une Fédération Nationale, autoriser qu’une indemnité
soit allouée aux joueurs, ayant établi la preuve qu’ils sont soutiens de
famille
[11].
»
Le contenu ne change pas vraiment entre les deux
déclarations, sinon que Baillet-Latour insiste davantage sur la nature
exclusive des remboursements de salaire et qu’il réclame un pouvoir de décision
inférieur pour les fédérations nationales en faveur de la F.I.F.A. Cette lettre
de Baillet-Latour à Rimet marque un tournant important dans la relation entre
le C.I.O. et la F.I.F.A., car sans vouloir perdre la face devant son adversaire
(c’est la raison pour laquelle il propose sa définition, même si ce n’est qu’une
reformulation), le président du Comité olympique prouve qu’il est prêt à céder
au chantage que lui fait la Fédération.
Malheureusement, comme Rimet ne daigne ni donner son accord,
ni répondre à la proposition de Baillet-Latour, la commission exécutive du
C.I.O. (La Haye, 31 juillet-4 août 1926) décide, sous l’impulsion de son
président, de ne plus accorder de faveur à la F.I.F.A. et revient donc sur son
compromis :
« Sans s’arrêter au fait que votre Bureau, le 9 juillet à
Paris, n’avait pris aucune décision, la C.E. a estimé qu’elle n’était pas
qualifiée pour modifier une décision, ratifiée par un vote émis au cours d’un
Congrès et que le texte approuvé par nous constituait une proposition nouvelle
à soumettre au prochain Congrès olympique.
Elle s’est donc déclarée incompétente
[12]. »
Après un essai de compromis de la part de Baillet-Latour,
seul, la crise s’envenime de nouveau à partir de l’automne 1926. Sigfrid
Edström, membre influent de la commission exécutive du C.I.O., annonce, suite à
une conversation tenue avec Rimet, que le football se retirait du programme
olympique compte tenu des divergences de définition :
« I wonder how the cooperation with the football people is
getting on. I was in Paris some time ago and then talked with Mr. Rimet who
stated that the amateur clause would probably make it impossible for the
football people to take part.
In the case that football is dropped from the Olympic
programme how would it be to take up handball ? Handball is getting more and
more in use and the interest for handball is rapidly increasing
[13]. »
Cependant, à partir de 1927, le comité organisateur des Jeux
olympiques d’Amsterdam, présidé par le baron A. Schimmelpenninck, commence à
craindre que le boycott de la F.I.F.A. ne fasse échouer les Jeux et demande à
Baillet-Latour qu’un accord soit passé pour « sauver Amsterdam ». Après
plusieurs tentatives de la part des membres néerlandais du C.I.O. pour trouver
une faille dans le congrès de Prague qui permettrait d’admettre la définition
de la F.I.F.A. jusqu’au prochain congrès olympique, Baillet-Latour finalement
capitule en utilisant des syllogismes tortueux :
« Comme les deux principes [interdiction du remboursement
pour salaire perdu] votés à Prague par le Congrès et à Rome par la F.I.F.A.
sont identiques, il est évident que si le payement de ces indemnités est
ratifié par la F.I.F.A. et considéré par elle comme n’étant pas contraire au
principe fondamental voté par elle, il ne peut pas être non plus contraire à la
décision du Congrès.
Je vous prie, mon cher Président, de bien vouloir donner
connaissance de cette lettre au Congrès de la F.I.F.A.
[14] »
En rendant cette lettre publique, Baillet-Latour prend un
risque, puisqu’il n’avertit pas ses collègues de la proposition qu’il fait à
Rimet. Si le compromis est accepté, il sera toujours temps de convaincre les
membres de la commission exécutive, mais si les membres de la F.I.F.A. sont en
désaccord, Baillet-Latour pourrait alors accuser Rimet d’avoir confondu un avis
personnel avec une proposition officielle du C.I.O. C’est effectivement ce qui
arrive. En effet, lors de leur nouveau congrès, déçus de n’avoir pas obtenu une
proposition officielle du C.I.O., les membres de la F.I.F.A. votent pour la
participation aux Jeux olympiques à la seule condition que le C.I.O. accepte
leur règlement du manque à gagner ou qu’il officialise la dernière proposition
de Baillet-Latour. La F.I.F.A. lance donc un nouvel ultimatum au Comité
olympique.
Finalement, le 8 août 1927, après avoir pris connaissance de
cette décision, la commission exécutive choisit officiellement, en présence de
Rimet, de passer un accord avec la F.I.F.A. Le compromis suivant est voté
:
« Dans un but de conciliation, elle [la commission exécutive
du C.I.O.] accepterait la suggestion qui lui serait faite par cette dernière
[la F.I.F.A.] d’autoriser la Football-Association à participer aux Jeux
d’Amsterdam, aux conditions suivantes :
Les indemnités prévues par les règles édictées par la
Commission Exécutive de la F.I.F.A. seront versées entre les mains des
employeurs, les athlètes ne touchant aucune compensation pour salaire
perdu.
Après avoir pris connaissance de cette déclaration, le Comité
Exécutif de la F.I.F.A., en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés par le
Congrès de Rome, décide d’ajouter à son règlement sur le manque à gagner que
les indemnités prévues par les règles édictées par la Commission Exécutive de
la F.I.F.A. seront versées entre les mains des employeurs, les athlètes ne
touchant aucune compensation au salaire perdu
[15]. »
Le problème des joueurs professionnels se règle donc sans que
les pratiques de manque à gagner ne soient éradiquées, ce qui convient aux deux
parties en conflit, malgré le respect affiché des principes par le C.I.O. Mais,
rapidement, ce leurre ne manque pas de provoquer la révolte de la fédération
britannique et de ses alliés.
2.2. 1927-1930 : le C.I.O. sur la défensive
Dès la publication de ce compromis dans la presse, le comité
olympique britannique, complice de la fédération britannique de football, entre
en opposition avec le C.I.O. et tente de rallier à elle tous les pays en
proposant un boycott des Jeux olympiques d’Amsterdam. Pour contrer cette
attaque, Baillet-Latour envoie une longue circulaire
[16] à tous les comités
nationaux olympiques et à toutes les fédérations nationales de football, dans
laquelle il fait l’inventaire des arguments qui justifient et défendent la
décision de la commission exécutive. Quelques pays seulement répondent à
l’appel du comité olympique britannique et finalement, au début de l’année
1928, la fédération anglaise de football est radiée de la F.I.F.A. pour cause
de désaccords majeurs avec elle. Les contestations minoritaires sont donc
étouffées et n’embarrassent pas Baillet-Latour longtemps.
De 1927 aux Jeux olympiques, Baillet-Latour doit aussi
justifier la décision prise par la commission exécutive auprès de la presse
anglaise et surtout de la presse française, plus virulente que jamais (Glarner,
1928) :
« Est-ce à dire que les Jeux olympiques de 1928 seront un
succès ? Je crains que non, et un dirigeant néerlandais m’avouait, cet
après-midi, que la question du manque à gagner, avait ‘torpillé’ les Jeux. On
conçoit mal, en effet, un tournoi de football sans l’Angleterre, sans les
Scandinaves et sans la Tchécoslovaquie, pas plus qu’un tournoi de hockey sans
la Grande-Bretagne. Et puis les Hollandais, malgré toute leur sportivité,
s’enthousiasmeront-ils pour les beaux efforts de l’athlétisme, qu’ils
connaissent si peu ? »
Puis, peu à peu, quelques plaintes arrivent au C.I.O. pour
dénoncer l’injustice de voir certaines équipes de football, composées de
soi-disant amateurs, participer aux Jeux. En d’autres termes, la période qui
suit le compromis passé avec la F.I.F.A. est troublée par des remous
contestataires divers et éparpillés. Mais ce qui fait la force de
Baillet-Latour, c’est que, malgré la volonté des Anglais, toutes ces
oppositions restent isolées les unes des autres. Le C.I.O. n’a donc rien à
craindre pour ses Jeux.
Le tournoi de football des Jeux olympiques de 1928 se déroule
donc entre 18 équipes au lieu de 24 en 1924 à cause du boycott de l’Angleterre
et de quelques pays alliés opposés au principe du manque à gagner.
Baillet-Latour et la commission exécutive ont fait le choix de la réussite
économique aux dépens du respect des valeurs.
Quelques jours avant les Jeux d’Amsterdam, Baillet-Latour
provoque un nouveau rebondissement entre la F.I.F.A. et le C.I.O. Il demande,
en effet, au secrétaire général de la F.I.F.A., Hirschmann, qu’une correction
soit faite dans le rapport de l’année 1927 :
« The following phrase ‘under these conditions the I.O.C. had
no objection to the Amateur rules of the F.I.F.A. being followed for the
Olympic Football games’ is not in accordance with the real situation. Because
the Amateur rules of the F.I.F.A. have so far not been discussed by the I.O.C.
; because at the conference held in Paris the 8th. of august 1927, the
Executive Committee only gave the players, affiliated to the F.I.F.A., the
right to take part
in the Games of the IXth.
Olympiad, this decision being a PROVISIONAL one, leaving to the next
Olympic Congress the final decision on a stipulation, which was considered as a
new fact, and one that had not been provided for or foreseen by the Congress of
Prague
[17]. »
Cette demande, faite juste avant l’ouverture des Jeux
olympiques, montre toute l’ambiguïté que Baillet-Latour s’est appliqué à faire
planer dans sa correspondance. Il montre ses qualités de diplomate et de
stratège averti qui laisse une marge de liberté dans l’interprétation de ses
propos. Les manœuvres de Baillet-Latour à l’encontre des membres de la F.I.F.A.
paraissent si habiles, qu’il est tout à fait possible d’imaginer que ce
revirement soudain a été prémédité par le président. Ainsi, les équipes
affiliées à la F.I.F.A. sont obligées de tenir leur promesse de participation à
quelques jours du début des compétitions. Et Baillet-Latour, en déclarant que
ce que décide la commission exécutive ne peut être officiel sans l’accord du
C.I.O., « sauve » l’avenir des valeurs olympiques, tout en montrant que le
C.I.O. ne plie pas facilement sous les pressions extérieures.
Une fois les Jeux passés, il suffit aux membres du C.I.O.
d’attendre le prochain congrès olympique, à Berlin en 1930, qui aura cette fois
la possibilité de remettre en cause les définitions votées à Prague en 1925.
Après avoir longtemps débattu, les participants de ce congrès choisissent
finalement de maintenir le statu quo,
c’est-à-dire de ne pas admettre le manque à gagner, sous quelque forme que ce
soit. Ainsi, cinq ans après le début du conflit entre la F.I.F.A. et le C.I.O.,
les données du problème restent inchangées, ou presque.
2.3. 1930-1934 : une nouvelle donne pour la F.I.F.A.
Même si les définitions de l’amateurisme du C.I.O. et de la
F.I.F.A. redeviennent en 1930 ce qu’elles étaient en 1925, la situation n’est
plus tout à fait identique. Après les Jeux d’Amsterdam en 1928, ceux de Los
Angeles, aux États-Unis, se préparent pour l’année 1932. Or les Américains sont
de ceux qui se sont opposés à la définition de la F.I.F.A. (même s’ils ont
quand même participé aux Jeux de 1928). Dès la fin des débats du congrès
olympique de Berlin, les organisateurs américains proposent donc qu’un tournoi
olympique de football soit organisé, sans la participation des équipes qui
autorisent le manque à gagner selon la définition de la F.I.F.A. Cependant,
deux problèmes se posent. Si certains pays souhaitent effectivement envoyer des
équipes strictement amateurs aux Jeux olympiques, l’accord de la F.I.F.A. reste
nécessaire. D’autre part, si un tournoi est organisé, il faudrait que la
F.I.F.A. accepte de s’occuper de son organisation technique, comme le font les
autres fédérations internationales pour leur tournoi respectif. À cause de ces
deux conditions, le bon déroulement des Jeux olympiques se trouve de nouveau
dans les mains de la Fédération internationale de football. Après avoir été
piégés par Baillet-Latour, on peut imaginer que les dirigeants du football ne
feront rien pour satisfaire le C.I.O. Et c’est en effet ce qui se passe
:
« Football forms still part of the program of the Olympic
games and no tournament was held at the Xth Olympiad only because of the
attitude taken by the F.I.F.A. forbidding those who are affiliated to take part
even if their statutes were in accordance with the requirements of the I.O.C.
[…] Our President considers it impossible to have a soccer tournament placed
under the control of officials appointed by the I.O.C. without the cooperation
of the International Football Federation, because it is the rule that technical
parts of the Games have to remain the governing body of each sport
[18]. »
À moins d’un nouvel accord entre le C.I.O. et la F.I.F.A., il
semble donc impossible que des équipes puissent participer aux Jeux olympiques.
Le conflit qui existe n’est alors plus institutionnel, comme il l’était avant
1928, mais plutôt personnel, lié aux agissements stratégiques des deux
présidents ouvertement ennemis.
De plus, le début des années 1930 correspond à des
changements importants dans l’organisation de la F.I.F.A. Le professionnalisme
est officialisé en 1931, ce qui creuse davantage le fossé avec le C.I.O. :
l’amateurisme incarne le parangon du sport olympique, alors que la F.I.F.A.
devient le porte-parole de tous les professionnels. D’autre part, le
championnat du monde de football – la Coupe Rimet, qui deviendra plus tard la
Coupe du Monde – voit le jour pour la première fois en 1930. La paternité de ce
championnat revient à Rimet. Depuis les années 1910, ce dernier a déjà le
projet d’organiser un tel championnat, mais sa proposition ne trouve pas d’écho
auprès des dirigeants de la F.I.F.A., le président Daniel Burley Woolfall
préférant considérer le tournoi olympique comme le championnat du monde de
football. Le 21 mai 1928, Baillet-Latour annonce au secrétaire de la F.I.F.A.
que le compromis établi avec la commission exécutive n’est nullement définitif
et doit être ratifié par le congrès olympique. Une semaine plus tard, le 28 mai
1928, la commission exécutive de la F.I.F.A. se réunit et vote la création d’un
championnat du monde indépendant. Si ce projet était en gestation au sein de la
Fédération internationale, il est clair que le revirement soudain de
Baillet-Latour sert de catalyseur pour sa réalisation. En créant son propre
tournoi international, le président de la F.I.F.A. devient alors indépendant
(et concurrent) du Comité olympique et peut proposer une compétition à ses
joueurs professionnels et semi-professionnels qui n’ont pas leur place dans les
Jeux olympiques.
Dès 1933, les Jeux olympiques de Berlin se préparent et les
interrogations posées par le comité organisateur américain sont réitérées par
le comité allemand. Il s’agit de savoir si la F.I.F.A. va autoriser les équipes
constituées d’amateurs « purs », selon la définition olympique, à participer au
tournoi olympique. C’est évidemment le vœu des organisateurs. Encore faut-il
tenter un accord avec Rimet. La réussite de la première Coupe du Monde semble
assurer la pérennité de la compétition, d’autant qu’à partir de 1932 des
championnats professionnels commencent à être organisés dans tous les pays.
Dans ce nouveau contexte, la F.I.F.A. choisit donc de durcir sa définition de
l’amateurisme, se rapprochant ainsi du règlement olympique. En effet, les
professionnels étant reconnus par la Fédération, il n’est plus nécessaire
d’insérer le principe du manque à gagner dans la définition de l’amateurisme.
De ce fait, en 1934, Baillet-Latour propose à Rimet de passer un accord afin
d’organiser un tournoi olympique amateur de football :
« Le Comité International Olympique a appris avec
satisfaction que la F.I.F.A. a supprimé le manque à gagner de sa définition de
l’amateur laissant chaque Fédération Nationale libre d’établir sa propre
définition.
J’ai l’honneur de vous faire savoir que le C.I.O. a décidé
d’accepter ces définitions nationales, au même titre que les définitions
internationales prévues par nos statuts
[19]. »
Toutefois, la F.I.F.A. doit encore lever son interdiction
faite aux équipes amateurs de participer aux Jeux olympiques. C’est-à-dire
qu’après avoir réglé le conflit institutionnel, il faut résoudre les
mésententes personnelles. Or Rimet n’est pas prêt à le faire.
« La F.I.F.A., au cours de son Congrès de Rome, n’ayant pas
jugé bon de prendre une décision quelconque au sujet de l’interdiction
d’Helsingfors et cela, malgré la façon spécialement aimable avec laquelle
j’avais pris soin de l’informer que le Comité International Olympique avait
consenti à admettre les définitions d’AMATEUR des fédérations nationales au
même titre que celle des fédérations internationales, j’estime qu’il ne peut
être question de faire figurer le football au programme des jeux de
Berlin
[20]. »
Enfin, quelques semaines plus tard, Rimet annonce
officieusement que l’interdiction est bien levée et qu’un tournoi olympique de
football peut être organisé. Le conflit entre la F.I.F.A. et le C.I.O. est donc
consommé, même si cela prend encore quelque temps avant que la F.I.F.A. donne
une autorisation vraiment officielle. Les relations qui vont suivre entre les
deux institutions seront encore très tendues jusqu’aux Jeux de Berlin à cause
de la méfiance extrême mais justifiée que chacune des deux parties alimente
vis-à-vis de l’autre.
Dans cette histoire commune du football et de l’olympisme,
l’étude de la correspondance des acteurs prend toute son importance et permet
de renouveler l’approche historique, en entrant dans l’« intimité » du conflit,
et d’obtenir des détails que l’on n’aurait pas soupçonnés autrement. Or c’est
bien dans les rapports conflictuels de deux personnes que l’histoire est mise
en perspective. L’étude nous montre pourquoi toutes les équipes de football ne
participent pas aux Jeux olympiques de 1928. On comprend également dans quelles
conditions est créée la Coupe du Monde de football et pourquoi le tournoi de
football n’a pas lieu aux Jeux olympiques de 1932 à Los Angeles, bien que le
football fasse encore partie du programme. Tout cela montre bien que les
rapports entre une fédération aux idées plutôt nouvelles et une institution
conservatrice et élitiste, dans une période de tensions, sont difficiles.
L’enjeu principal est un enjeu de pouvoir et de contrôle du mouvement sportif
en gestation. Il s’agit, tout d’abord, d’un pouvoir politique, qui permet de
contrôler les acteurs et les institutions de ce mouvement. Il s’agit, ensuite,
d’un pouvoir économique, concrétisé par le monopole de l’organisation des
compétitions sportives internationales. Enfin, il s’agit d’un pouvoir
symbolique, exercé par le biais des valeurs et notamment par
l’instrumentalisation de l’amateurisme. Cette recherche du pouvoir symbolique
se concrétise par la volonté de chaque institution de voir appliquer son propre
modèle de l’amateurisme et donc son propre système des valeurs.
Finalement, en 1936, le conflit entre le C.I.O. et la F.I.F.A.
semble réglé puisque les Jeux olympiques proposent dans leur programme officiel
un tournoi de football et que la Coupe du Monde de football permet aux
professionnels du monde entier de se réunir dans une compétition
internationale. Aujourd’hui, ces deux compétitions sont bien les deux
événements sportifs les plus populaires dans le monde entier. Il semble donc
que la solution trouvée par Jules Rimet et Henri de Baillet-Latour ait permis
de satisfaire les deux parties. Pourtant, si l’on considère la concession faite
en 1928 par le président du C.I.O. à la F.I.F.A. pour permettre aux équipes de
football de participer aux Jeux olympiques, il faut admettre que cela est
réalisé dans un but économique pour assurer des bénéfices aux organisateurs des
Jeux d’Amsterdam. En effet, la popularité des matches de football assure déjà à
cette époque la présence de nombreux spectateurs. Et c’est au
professionnalisme, même caché, que revient la qualité des spectacles. En 1936,
lorsque le tournoi de football a lieu à Berlin, les équipes ne sont normalement
composées que d’amateurs
[21], ce qui réduit la qualité des matches, et donc le
nombre de spectateurs. Entre la Coupe du Monde et le tournoi olympique, le
public se tourne davantage vers la Coupe puis se désintéresse peu à peu du
tournoi des Jeux. Cela est encore vrai actuellement, les médias nous le
prouvent amplement. Le C.I.O. a donc obtenu une réussite en ce qui concerne la
permanence de ses valeurs, certes, mais il a aussi échoué sur un plan
économique pour ce qui est du tournoi olympique de football.
·
Boulongne, Y.-P.
(1994). Un siècle du comité international
olympique. Volume 1. Lausanne, Comité International
Olympique.
·
Carpentier, F.
(2003). Le comité international olympique en
crises. La présidence de Henri de Baillet-Latour, 1925-1940. Paris,
L’Harmattan.
·
du Gardon, F. (1921).
Le professionnalisme en football. Le Miroir des
Sports, 69, 263.
·
Glarner, A. (1928).
Une visite à Amsterdam, pour l’ouverture des Jeux olympiques.
Le Miroir des Sports, 427,
322.
·
Lanfranchi, P. &
Wahl, A. (1995).
Les footballeurs professionnels.
Paris, Hachette.
·
Müller, N. (1994).
Cent ans de Congrès olympiques,
1894-1994. Lausanne, Comité International Olympique.
·
Rühl, J.K. (1991).
L’idéal de l’amateurisme et l’influence de la Grèce sur les « Jeux olympiques »
à Much Wenlock. In The Olympic Games through the
ages : Greek Antiquity and its impact on modern sport. Actes du
13e Congrès international de
l’HISPA, 22-28 mai 1989. Athènes, Hellenic Sports Research Institute,
129-141.
·
Vargas, Y. (1997).
Sport et philosophie. Paris, Le Temps
des Cerises.
[1]
L’amateurisme est en effet le thème principal à l’ordre du jour
du congrès de Paris en 1894, organisé par Pierre de Coubertin dans le but de
faire accepter la rénovation des Jeux olympiques. Il s’agit bien là de donner
une justification pédagogique aux Jeux ; la lutte contre le professionnalisme
sert alors de fondement idéologique (Boulongne, 1994).
[2]
Cette notion de « criminalité sportive » est développée par
Yves Vargas (1997) : « Pourquoi se fabrique-t-il [le sport] des crimes à usage
interne, de sorte qu’un honnête homme peut devenir un criminel sportif sans
cesser d’être un honnête homme ?
[3]
En fait, certains auteurs pensent que Pierre de Coubertin s’est
attaché à l’amateurisme davantage par intérêt que par conviction. Le baron
s’est d’ailleurs contredit à plusieurs reprises à ce sujet dans ses nombreux
écrits. Pourtant, Y.-P. Boulongne, biographe du fondateur, écrit que malgré ces
contractions, Coubertin ne négligeait aucunement le principe de
l’amateurisme.
[4]
Le Centre d’Études Olympiques possède une centaine de lettres
traitant de ce conflit, réparties dans divers dossiers, sur la période
1925-1939 : les correspondances du président Baillet-Latour et des membres du
C.I.O., la correspondance avec la F.I.F.A., la correspondance avec les
organisateurs des Jeux olympiques d’été d’Amsterdam, de Los Angeles et de
Berlin, la correspondance portant sur les sessions du C.I.O. et la
correspondance portant sur les commissions exécutives du C.I.O.
[5]
Le comte Henri de Baillet-Latour est le successeur de Coubertin
en 1925. Membre du C.I.O. depuis 1903, il est également président du Comité
National Olympique Belge depuis 1923. Aidé par la commission exécutive, il
devient un président très influent dans le milieu sportif, grâce à ses qualités
de diplomate. Dans la lutte du C.I.O. pour le maintien de l’amateurisme, il est
le principal militant du conservatisme coubertinien.
[6]
Jules Rimet est le président de la F.I.F.A. à partir de 1920,
mais il fait partie de la Fédération internationale depuis plus longtemps.
Pendant plusieurs années, il tente de créer un championnat du monde de
football, mais ses propositions sont rejetées, au profit du tournoi olympique.
Dans la lutte contre le faux amateurisme, il se positionne plutôt en faveur de
la rémunération des joueurs, sans toutefois être un partisan réel du
professionnalisme.
[7]
Lettre de Baillet-Latour aux membres de la commission
exécutive, le 24 mars 1926, « Baillet-Latour/Edström, correspondance, 1921-1941
», Archives du C.I.O.
[8]
Lettre de Hirschmann à Baillet-Latour, le 24 mars 1926, « FIFA
football, correspondance, 1924-1958 », Archives du C.I.O.
[9]
Lettre de Kentish à Baillet-Latour, le 1
er avril 1926, « FIFA football,
correspondance, 1924-1958 », Archives du C.I.O.
[10]
Procès-verbal du Congrès de la F.I.F.A., Rome, les 2 et 3 mai
1926, « FIFA football, procès-verbaux, 1927-1984 », Archives du C.I.O.
[11]
Lettre de Baillet-Latour à Rimet, 1
er juillet 1926, « FIFA football,
correspondance, 1924-1958 », Archives du C.I.O.
[12]
Lettre de Baillet-Latour à Rimet, 10 août 1926, « FIFA
football, correspondance, 1924-1958 », Archives du C.I.O.
[13]
« Je me demande comment se passe la coopération avec les gens
du football. J’étais à Paris il y a quelques temps et j’ai eu une discussion
avec Rimet qui maintenait que la définition de l’amateurisme rendrait
probablement impossible la participation des footballeurs. Dans le cas où le
football serait supprimé du programme olympique, comment le handball serait-il
accepté ? Le handball est de plus en plus joué et l’intérêt pour le handball
augmente rapidement », lettre d’Edström à Baillet-Latour, 25 novembre 1926, «
commission exécutive », dossier non classé, Archives du C.I.O.
[14]
Lettre de Baillet-Latour à Rimet, 20 mai 1927, « FIFA football,
correspondance, 1924-1958 », Archives du C.I.O.
[15]
Procès-Verbal de la Commission Exécutive du 8 août 1927,
Archives du C.I.O.
[16]
Circulaire de Baillet-Latour, 13 octobre 1927, «
Baillet-Latour, correspondance, 1925-1935 », Archives du C.I.O.
[17]
« La phrase suivante ‘sous ces conditions le C.I.O. n’avait pas
d’objection à ce que les règles de l’amateurisme de la F.I.F.A. soient suivies
par le tournoi olympique de football’ n’est pas en accord avec la situation
réelle. Parce que les règles de l’amateur de la F.I.F.A. n’ont pas été
discutées par le C.I.O. ; parce qu’à la conférence de Paris le 8 août 1927, la
commission exécutive a seulement donné aux joueurs, affiliés à la F.I.F.A., le
droit de prendre part aux jeux de la IX
e olympiade, cette décision étant
PROVISOIRE, laissant au prochain congrès la décision finale sur une situation,
qui était considérée comme un fait nouveau, et qui n’avait pas été prévue par
le congrès de Prague », lettre de Baillet-Latour à Hirschmann, 21 mai 1928, «
FIFA football, correspondance, 1924-1958 », Archives du C.I.O.
[18]
« Le football est encore à part du programme olympique et aucun
tournoi n’a eu lieu lors de la X
e olympiade uniquement à cause de
l’attitude prise par la F.I.F.A. interdisant à ceux qui se sont affiliés d’y
prendre part, même si leurs statuts sont en accord avec les critères du C.I.O.
[…] Notre président considère qu’il est impossible d’avoir un tournoi de
football placé sous le contrôle d’officiels nommés par le C.I.O. sans la
coopération de la Fédération internationale de football, parce que c’est la
règle que les parties techniques des jeux reviennent à la fédération de chaque
sport », lettre de Berdez (secrétaire général du C.I.O.) à Rubien (secrétaire
général du comité olympique américain), 7 août 1932, « FIFA football,
correspondance, 1924-1958 », Archives du C.I.O.
[19]
Lettre de Baillet-Latour à Rimet, 20 mai 1934, « FIFA football,
correspondance, 1924-1958 », Archives du C.I.O.
[20]
Lettre de Baillet-Latour à Lewald (président du comité
d’organisation des Jeux olympiques de Berlin), 3 juin 1934, « COJO, FI
1932-1936, CNO 1933-1936, questionnaire CNO 1934 », Archives du C.I.O.
[21]
C’est ce qu’annoncent officiellement le C.I.O. et la F.I.F.A.
Toutefois, la qualité strictement amateur de tous les footballeurs est
douteuse. On sait par exemple que les équipes d’Allemagne et d’Italie étaient
composées de professionnels afin assurer de bons résultats à leur nation. Même
si les institutions en sont conscientes, l’important est de « sauver
symboliquement les apparences ».