2005
STAPS
Évolutions de la perception et de l’exploitation du rapport de
force chez des joueurs de badminton dans une tâche de perfectionnement
tactique
Cécile Rossard
UFR STAPS, Université de Nantes
25 bis, boulevard Guy Mollet
44300 Nantes
Courriel :
cecrossard@yahoo.fr
Serge Testevuide
UFR STAPS, Université de Nantes
25 bis, boulevard Guy Mollet
44300 Nantes
Tél. : 02 51 83 72 18
Jacques Saury
UFR STAPS, Laboratoire Motricité, Interactions,
Performance
Université de Nantes
25 bis, boulevard Guy Mollet
44300 Nantes
Tél. : 02 51 83 72 04
L’objectif de cette étude était de caractériser la perception et
l’exploitation du rapport de force chez des joueurs engagés dans une tâche
d’apprentissage en badminton : le « jeu du Banco ». Cette étude a été conduite
dans le cadre théorique et méthodologique du « cours d’action » (Theureau,
1992), en accord avec les principaux présupposés du paradigme de la cognition
située. Trois étudiants volontaires de DEUG STAPS ont participé à cette étude
en tant que joueurs. Les enregistrements vidéo de trois matches selon les
règles de « jeu du Banco » ont été réalisés, puis complétés par des données de
verbalisation recueillies lors d’entretiens d’autoconfrontations conduits
a posteriori avec chaque joueur. Les
protocoles verbaux et les données d’observation ont été codés conformément à la
méthode d’analyse sémiologique issue du cadre théorique du cours d’action.
L’analyse a montré que (a) l’évolution de la perception du rapport de force par
les joueurs au cours des matches présentait deux caractéristiques marquantes,
(b) les cours d’action des joueurs révélaient deux formes typiques de stratégie
de gain du point. Ces résultats sont illustrés et discutés en relation avec (a)
le caractère particulièrement significatif des « points Banco » dans le cours
du jeu, (b) le processus dynamique de construction des connaissances au cours
des matches, et (c) les contraintes spécifiques du « jeu du Banco ».
Mots-clés :
badminton, apprentissage, rapport de force, cours d’action, cognition située.
The purpose of this study was to characterize the perception and
the handling of the rapport of strength, in players involved in a badminton
learning task : the “Banco game”. The study was carried out within the
theoretical and methodological framework of the “course of action” (Theureau,
1992), according to the main assumptions of the situated cognition paradigm.
The participants were three students of a faculty of sport sciences, who
volunteered to participate as player in the study. Videotaped data was gathered
from three matches of “Banco game” and then supplemented by verbalization data
from self-confrontation interviews carried out a
posteriori with each player. The verbal protocols and observational
data were coded according to the semiotic analysis method of the course of
action framework. The analysis showed that (a) the evolution of the
players’perception of the rapport of strength during the matches was
characterized by two main features, (b) the players’courses of action revealed
two typical forms of strategy to win the game. These issues are illustrated and
then discussed considering (a) the particular meaningful characteristic of the
“Banco” points, (b) the dynamical knowledge building process during the
matches, and (c) the specific constraints of the “Banco game”.
Keywords :
badminton, learning, rapport of strength, course of action, situated cognition.
Ziel dieser Untersuchung war es, die Wahrnehmung und Ausnützung
der Kräfteverhältnisse bei Badmintonspielern zu charakterisieren, die eine
Lernaufgabe im Badminton zu bewältigen hatten: das Banco-Spiel. Diese Studie
wurde im theoretischen und methodischen Rahmen des "Handlungsverlaufs"
(Theureau, 1992) durchgeführt, entsprechend den Vorgaben des Paradigmas der
situationsspezifischen Kognition. Drei freiwillige Sportstudenten nahmen an
dieser Studie als Spieler teil. Es wurden Videoaufnahmen von drei Spielen nach
den Regeln des Banco-Spiels gemacht, und durch verbale Informationen, die a
posteriori durch Interviews mit den Spielern gewonnen wurden, ergänzt. Die
verbalen Protokolle und die Beobachtungsdaten wurden nach der Methode der
semiologischen Analyse der Theorie des "Handlungsverlaufs" kodiert. Die
Untersuchung hat gezeigt, dass (a) die Entwicklung der Wahrnehmung der
Kräfteverhältnisse durch die Spieler im Laufe des Spiels zwei deutliche
Charakteristika aufwies, (b) die Handlungsverläufe der Spieler zwei typische
Gewinnstrategien zeigten. Die Ergebnisse werden aufgezeigt und diskutiert
hinsichtlich (a) des sehr bedeutsamen Charakters des Punktgewinns beim
Banco-Spiel, (b) des dynamischen Prozesses der Kenntnisgewinnung im Laufe des
Spiels und (c) der spezifischen Zwänge des "Banco-Spiels".
Schlagwörter :
Badminton, Lernen, Kräfteverhältnisse, Handlungsverlauf, situationsgebundene Kognition.
L’obiettivo di questo studio era di caratterizzare la percezione
e lo sfruttamento del rapporto di forza nei giocatori impegnati in un compito
d’apprendimento nel badminton: il gioco del Banco. Questo studio è stato
condotto nel quadro teorico e metodologico del «corso d’azione» (Theureau,
1992), in accordo con i principali presupposti del paradigma della cognizione
situata. Tre studenti volontari di DEUG STAPS hanno partecipato a questo studio
come giocatori. Sono state realizzate le videoregistrazioni di tre partite
secondo le regole del gioco del Banco, poi completate con dati di
verbalizzazione raccolti durante incontri di autoconfronto condotti
a posteriori con ciascun giocatore. I
protocolli verbali ed i dati d’osservazione sono stati codificati conformemente
al metodo d’analisi semiologica usciti dal quadro teorico del corso d’azione.
L’analisi ha mostrato che (a) l’evoluzione della percezione del rapporto di
forza da parte dei giocatori nel corso dei match presentava due caratteristiche
significative, (b) i corsi d’azione dei giocatori rivelavano due forme tipiche
di strategia di guadagno del punto. Questi risultati sono illustrati e discussi
in relazione con (a) il carattere particolarmente significativo dei «punti
Banco» nel corso del gioco, (b) il processo dinamico di costruzione delle
conoscenze nel corso dei match, e (c) gli obblighi specifici del «gioco del
Banco».
Parole chiave :
apprendimento, badminton, cognizione situate, corso d’azione, rapporto di forza.
El objetivo de este estudio consistía en caracterizar la
percepción y la explotación de la relación de fuerza entre jugadores implicados
en una tarea de aprendizaje en bádminton: el juego del Banco. Este estudio se
condujo en el marco teórico y metodológico del "curso de acción" (Theureau,
1992), de acuerdo con las principales preconcepciones del paradigma de la
cognición situada. Tres estudiantes voluntarios de DEUG STAPS participaron en
este estudio como jugadores. Los registros vídeo de tres partidos según las
normas del juego del Banco se realizaron, luego completados por datos de
verbalisación recogidos en conversaciones de autoconfrontaciones conducidas a
posteriori con cada jugador. Los protocolos verbales y los datos de observación
se codificaron de acuerdo con el método de análisis semiológico del marco
teórico del curso de acción. El análisis puso de manifiesto que (a) la
evolución de la percepción de la relación de fuerza por los jugadores durante
los partidos presentaba dos características destacadas, (b) los cursos de
acción de los jugadores revelaban dos formas típicas de estrategia de ganancia
del punto. Se discuten y se ilustran estos resultados en relación con, (a) el
carácter especialmente significativo de los "puntos Banco" en el curso del
juego, (b) el proceso dinámico de construcción de los conocimientos durante los
partidos, y (c) las dificultades específicas del "juego del Banco".
Palabras claves :
Bádminton, aprendizaje, relación de fuerza, curso de acción, cognición situada.
Les intervenants en éducation physique (EP) et en sport
conçoivent et animent quotidiennement des tâches d’apprentissage variées afin
de favoriser le développement d’habiletés et de compétences dans une activité
physique et sportive (APS). Parmi ces tâches, certaines sont peu à peu devenues
des « classiques », grâce notamment à leur formalisation dans des revues
professionnelles et dans la documentation technique et didactique. Ces tâches,
souvent caractérisées par des buts stimulants et des agencements originaux de
contraintes, sont considérées par les praticiens comme pertinentes pour
atteindre certains objectifs d’apprentissage et sont diffusées en formation.
Cette pertinence, accréditée par l’expérience et l’expertise didactique
collective des enseignants et entraîneurs, fait rarement l’objet d’un
questionnement empirique du point de vue de l’activité de pratiquants engagés
dans la tâche d’apprentissage en question. L’objectif de cette recherche était
de mettre en œuvre une telle démarche : il s’agissait d’analyser et de
caractériser l’activité de pratiquants en badminton, confrontés à une tâche
d’apprentissage connue sous le nom de « situation du Banco » (Leveau, Louis
& Sève, 1999), afin de discuter la pertinence de cette tâche au regard de
ses visées transformatives. Cette démarche s’inscrit plus largement dans une
perspective d’analyse ergonomique centrée sur l’activité (Leplat, 1997), et
finalisée par la conception de situations d’aide à l’apprentissage (Theureau
& Jeffroy, 1994).
Leveau et al. (1999)
ont proposé la situation du Banco afin favoriser le passage des pratiquants
d’un « jeu de continuité » à un « jeu de rupture » en sports de raquettes
(Leveau et al., 1999, 45). Les
compétences plus particulièrement associées à cette situation étaient,
notamment, « créer (ou exploiter) et reconnaître une situation favorable par
rapport à une cible construite », et « gérer le couple risque/sécurité » (p.
45). Il s’agit d’un jeu d’opposition en service alterné, avec un décompte des
points en tie-break. Son originalité tient dans une contrainte particulière,
introduite grâce à la consigne suivante : « annoncer ‘Banco’ avant de frapper
la balle ou le volant sur lequel on pense conclure le point » (Leveau
et al., 1999, 45). Le décompte des
points s’effectue de la façon suivante : une annonce suivie d’un point gagnant
rapporte trois points au joueur, une annonce suivie de la perte du point ou
d’un renvoi de l’adversaire lui retire un point, et un point marqué sans
annonce compte pour un point.
Pour Leveau et al.
(1999), cette consigne focaliserait l’attention des pratiquants sur la lecture
du rapport de force et permettrait le développement d’intentions tactiques
visant à créer, exploiter ou gérer ce rapport de force. De ce point de vue,
l’annonce (ou non) du « Banco » serait un indicateur pertinent de la compétence
du joueur à identifier sa position dans ce rapport de force. Ce sont ces
hypothèses, relatives à la façon dont l’activité cognitive des joueurs est «
orientée » par les contraintes du dispositif du Banco, et relatives à la nature
des apprentissages stimulés par ce dispositif, que nous avons cherché à mettre
à l’épreuve dans le cadre de cette recherche.
La notion de rapport de force traduit un état des relations
antagonistes entre des joueurs engagés dans une interaction compétitive
(Gréhaigne, Godbout & Bouthier, 2001). Cette notion peut être envisagée à
différents niveaux : au niveau d’un match ou d’une série de matches, d’un set,
d’un échange ou d’une série d’échanges (Preuvot, 2000). C’est au niveau de
l’échange que nous avons centré cette étude. Au cours d’un échange, la position
du joueur dans le rapport de force peut être jugée favorable, défavorable ou
neutre (Pizzinato, 1993), traduisant des états d’équilibre (tendant à la
continuité de l’échange) ou de déséquilibre (tendant à la rupture de l’échange)
dans le cours du jeu (Moinard & Mareau, 1983). Dans cette perspective, la
perception du rapport de force correspond, à chaque instant du cours du jeu, au
jugement subjectif du joueur de ses chances de gagner ou de perdre
l’échange.
Dans la littérature scientifique relative à l’analyse de
l’activité dans les sports d’opposition, la perception du rapport de force est
considérée comme l’une des dimensions de l’activité des joueurs, susceptible
d’orienter leurs stratégies individuelles et leurs adaptations tactiques au
cours du jeu (Grehaigne et al., 2001).
Cependant, cette dimension de l’activité cognitive du joueur, bien que très
présente dans la littérature technique et professionnelle (pour un panorama
récent, voir Louis, 2000), a peu été prise en compte dans les recherches sur
l’activité décisionnelle des joueurs en sports de raquettes. Ces recherches
peuvent être regroupées selon deux grandes orientations : (a) les stratégies
décisionnelles, (b) la nature et la structure des connaissances tactiques ou
stratégiques.
Dans la première orientation, une partie des études s’est
focalisée sur les stratégies décisionnelles des joueurs (e.g., Alain &
Proteau, 1978 ; Alain & Sarrazin, 1985, 1990 ; Alain, Sarrazin &
Lacombe, 1986). Elles ont notamment permis de modéliser l’activité
anticipatoire des joueurs, en établissant des relations entre, d’une part, des
variables subjectives telles que les expectations (ou attentes) du coup
adverse, la pression temporelle et la « valeur d’utilité subjective attendue »,
et d’autre part, le choix d’un « état de préparation » (neutre, partielle ou
totale) (pour une revue, voir Temprado & Alain, 1993). Dans cette même
orientation, une autre partie des études s’est plus particulièrement intéressée
aux stratégies d’exploration visuelle des joueurs, permettant de mettre en
évidence la nature des indices qu’ils prélevaient sur les comportements du
joueur adverse (e.g., Abernethy, 1990 ; Abernethy & Russell, 1987 ; Goulet,
1988 ; Ripoll, 1989). Mais dans l’ensemble de ces études, la tâche du joueur
fut étudiée comme une « tâche de temps de réaction de choix » (e.g., Alain
& Sarrazin, 1985) ou comme une « tâche d’interception » (e.g., Rippoll
& Benguigui, 1999), ce qui eut pour effet de limiter l’importance de la
dimension antagoniste de l’interaction entre les joueurs. Il était donc
logique, selon cette réduction des objets d’analyse, que la perception du
rapport de force n’ait pas fait l’objet d’une attention particulière dans ces
études. Elle peut toutefois être inférée indirectement, dans les études
relatives aux stratégies décisionnelles, comme étant essentiellement liée à la
pression temporelle (PT). La PT désigne le rapport de deux valeurs subjectives,
le « temps accordé » (TA) et le « temps requis » (TREQ), soit PT = TA / TREQ
(Alain & Proteau, 1978 ; Temprado & Alain, 1993). Cependant, au-delà du
fait que cette acception de la PT soit elle-même remise en cause (Leveau,
2000), cette approche de la perception du rapport de force est réductrice, car
elle prend exclusivement en compte la dimension temporelle de l’interaction. Or
ces mêmes études montrent que d’autres variables liées au contexte de l’échange
sont aussi considérées par le joueur, telles que le score, l’enjeu ou la
fatigue (Temprado & Alain, 1993). Il est donc probable que ces variables
interviennent également dans la perception par le joueur du rapport de
force.
Dans la deuxième orientation, les études se sont centrées sur
la nature et la structure des connaissances « tactiques » (McPherson, 1994), ou
« stratégiques » (Féry, 2001) mobilisées par les joueurs. Des études ont
notamment été conduites en tennis afin de caractériser les connaissances de
joueurs experts ou de comparer les experts et novices (e.g., Langley &
Knight, 1996 ; McPherson, 1999a, 1999b, 2000 ; McPherson & Thomas, 1989).
Cinq catégories de connaissances ont été décrites, respectivement nommées (a)
goal concept (relatif aux buts du
jeu), (b)
condition concept (relatif
aux circonstances dans lesquelles une action de jeu peut être engagée), (c)
action concept (relatif à l’action de
jeu à accomplir), (d)
do concept
(relatif aux opérations à exécuter pour accomplir une action de jeu), et (e)
self-regulatory concept (relatif aux
possibilités d’ajustement des actions de jeu). Dans ces études, la perception
du rapport de force par le joueur a été abordée dans le cadre plus large d’une
« perception de la situation problème », déterminant elle-même les « stratégies
de résolution de problème » et les actions de jeu (McPherson, 1994). Ces
travaux ont mis en évidence que les connaissances mobilisées par les experts
résultaient d’une mise en relation plus grande que chez les novices des
différents
concepts, que leur contenu
était plus raffiné et qu’elles intégraient davantage les dimensions tactiques
du jeu (McPherson, 1994). Ces résultats ont accrédité l’idée selon laquelle la
perception du rapport de force intégrait un réseau complexe d’informations
relatives à l’état de la situation, aux actions possibles, aux caractéristiques
du jeu adverse, à la dynamique de l’échange, à l’histoire du match, etc.
(Deridder, 2000). Cependant, les méthodes utilisées, notamment la technique du
« point interview »
[1] (McPherson & Thomas, 1989), ne
permettaient pas d’analyser la façon dont les joueurs identifiaient, géraient
et exploitaient le rapport de force dans la dynamique d’échanges et de
successions d’échanges.
Afin de dépasser ces limites, des études récentes ont analysé
l’activité et les connaissances mobilisées par les joueurs en situation
naturelle de match, en s’inscrivant dans une perspective de cognition située et
en exploitant des méthodes ergonomiques de recueil de données
in situ (Sève, Saury, Ria &
Durand, 2003 ; Sève, Saury, Durand & Theureau, 2002a, 2002b). Ces études
ont montré que les pongistes experts manifestaient une intense activité
exploratoire des conditions favorables au gain des points et du match et qu’ils
construisaient et remaniaient continuellement leurs connaissances relatives à
la situation d’opposition. Ces résultats ont révélé que la perception du
rapport de force par le joueur était complexe (tenant compte d’éléments
variés), et qu’elle résultait d’une construction liée à la dynamique des
événements du jeu, et des interactions entre les joueurs.
En cohérence avec cette perspective de recherche, l’activité
des joueurs a été analysée dans la présente étude à partir du cadre d’analyse
sémiologique du « cours d’action » (Theureau, 1992 ; Theureau & Jeffroy,
1994). Ce cadre permet, en effet, d’analyser l’activité à un grain très fin, de
respecter son caractère dynamique et situé, et d’appréhender l’apprentissage
accompagnant cette activité (Sève et
al., 2002a, 2002b, 2003).
L’objet théorique du cours d’action est défini par Theureau et
Jeffroy (1994) comme « l’activité d’un acteur
déterminé, engagé activement dans un environnement physique et social déterminé
et appartenant à une culture déterminée, activité qui est significative pour ce
dernier, c’est-à-dire montrable, racontable et commentable par lui à tout
instant de son déroulement à un observateur- interlocuteur » (p.
19). L’organisation intrinsèque du cours d’action est constituée de
l’enchaînement des unités significatives émergeant de l’interaction entre
l’acteur et la situation (Theureau, 1992, 2000). Lorsqu’il explicite son
activité, l’acteur fournit des éléments permettant le découpage du flux de son
activité en unités significatives de son point de vue, qui traduisent
l’expérience préréflexive de cet acteur à chaque instant de cette activité. Par
hypothèse, chaque unité significative élémentaire (USE) a pour structure
sous-jacente un signe triadique, articulant une composante spécifiant
l’engagement de l’acteur dans la situation (Objet du signe), une composante
perceptive ou mnémonique (Représentamen) et une composante de mobilisation et
de construction de connaissances (Interprétant) (Theureau, 1992 ; Theureau
& Jeffroy, 1994).
Dans cette étude, il s’agissait de décrire les cours d’action
de joueurs de badminton engagés dans des matches organisés conformément aux
règles de la situation du Banco (Leveau et
al., 1999), afin de caractériser la façon dont ces joueurs
percevaient et exploitaient le rapport de force au cours des échanges et du
jeu, d’une part, d’analyser le rôle de ce dispositif dans la dynamique
intrinsèque de cette activité, d’autre part.
2.1. Participants et situation
Trois étudiants volontaires de première année d’une formation
en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (désignés par
les pseudonymes Arnaud, Damien et Guillaume) ont participé à cette étude. Ils
ne connaissaient pas la situation du Banco et ne s’étaient encore jamais
rencontrés en match. Ils ont été choisis sur la base de leur niveau technique,
relativement homogène au regard des niveaux fédéraux (Arnaud : classement E ;
Damien : « compétiteur non classé » ; Guillaume : « compétiteur loisir
»).
Un tournoi à trois a été organisé. Les rencontres ont duré
neuf minutes, avec changement de terrain à la mi-temps. L’étudiant qui ne
jouait pas arbitrait la rencontre : il était chargé de décompter les points à
haute voix, et d’annoncer les « points Banco » en levant le bras du côté du
joueur annonceur.
2.2. Recueil des données
Deux sortes de données ont été recueillies : des données
d’observation au cours des matches, et des données de verbalisation lors
d’entretiens a posteriori.
Les données d’observation ont été recueillies au moyen d’une
caméra vidéo, placée à trois mètres de hauteur, et à une distance permettant de
cadrer l’ensemble du terrain. Ce dispositif a permis d’enregistrer en continu
les actions des deux joueurs au cours des matches.
Les données de verbalisation ont été recueillies au cours de
trois entretiens d’autoconfrontation d’une durée moyenne de 45 minutes, qui ont
eu lieu aussitôt après le tournoi. Les étudiants ont successivement été
confrontés individuellement à l’enregistrement vidéo de leurs rencontres, et
invités à restituer et expliciter finement leurs actions, communications,
interprétations, focalisations et sentiments, en cherchant à retrouver le plus
possible le contexte dynamique de leur activité pratique. Les questions posées
par le chercheur faisaient strictement référence à ce qui avait été dit ou fait
au cours des matches ; elles évitaient toute demande de généralisations et
d’explications (Theureau, 1992 ; Vermersch, 1994). Les entretiens
d’autoconfrontation ont été intégralement enregistrés à l’aide d’un
magnétophone.
2.2.1. Construction des « protocoles à deux volets »
Des « protocoles à deux volets » (Theureau & Jeffroy,
1994) ont été réalisés pour chacun des joueurs, et pour chacun des trois
matches disputés, soit au total, six protocoles. La confection de ces
protocoles a consisté à coder, transcrire et synchroniser dans le cadre de
chroniques d’activités, d’une part, les données d’observation (« volet 1 »), et
d’autre part, les verbalisations en autoconfrontation (« volet 2 »).
Les données d’observation ont été codées de façon à rendre
compte précisément des comportements des joueurs et de leurs évolutions au
cours du temps, sans inférence sur les intentions des joueurs. Les différents
types de frappes des joueurs (serveur et non-serveur), la localisation des
points d’impact du volant ainsi que la distance entre le volant et l’adversaire
au moment de la frappe ont été systématiquement décrits à l’aide de conventions
de codage. Les « points Banco » ont aussi été codés différemment selon qu’ils
étaient validés ou non.
Les entretiens d’autoconfrontation ont été intégralement
transcrits puis ils furent synchronisés avec la chronique des comportements et
événements observés en situation. Chaque protocole à deux volets s’est
concrétisé sous la forme d’un tableau organisant les deux volets en
correspondance temporelle. Ce tableau comprenait huit colonnes relatives au «
volet 1 », et une colonne relative au « volet 2 » (tableau 1)
Tableau 1
Extrait du protocole à deux volets (codage des actions de
jeu des deux joueurs et retranscription de l'autoconfrontation du joueur
étudié).
Volet 1 Volet 2 Joueur : Arnaud Adversaire : Damien
Autoconfrontation Action Espace Distance volant /adv Action Espace Distance
volant/adv Mise en jeu Banco ser 2cd p A7 Là, j'enchaînais en fond de terrain,
il avance, il recule, il attend peut-être une courte cdh 3r p A7 cdh 2 sur A7
cdh 3r p A7 cdh 1 filet A7 CONVENTIONS DE CODAGE : - ser = service - 1 = zone
proche du filet - p = proche de l'adversaire - cdh = coup droit haut - 2 = zone
du milieu du terrain (côté coup droit = 2cd) - sur = sur l'adversaire - r =
revers - 3 = zone du fond du terrain (côté revers = 3r) - filet = volant dans
le filet - A7 = septième mise en jeu d'Arnaud - Ba+ = Banco validé - Ba- =
Banco non validé
2.2.2. Analyse des données
L’analyse des données a été conduite en quatre étapes : (a)
détermination des échanges à analyser, (b) identification des unités
significatives élémentaires (USE) au cours de ces échanges et spécification des
signes sous-jacents, (c) analyse des composantes des signes associées à la
reconnaissance d’un rapport de force « favorable » ou « défavorable », et (d)
identification des séquences typiques de construction des points par les
joueurs.
Les échanges qui ont été soumis à l’analyse concernaient
l’intégralité des points (gagnés ou perdus) faisant suite à un échange
(excluant les points sur faute directe au service, ou sur faute directe en
retour de service), qu’ils aient donné lieu ou non à l’annonce d’un « Banco
».
Les protocoles à deux volets correspondant à ces échanges
ont été systématiquement analysés afin d’identifier la succession des USE au
cours de ces échanges et de spécifier les composantes des signes sous-jacents à
chacune des USE. Chaque USE a fait l’objet d’une dénomination sous la forme
d’un « récit réduit » (Theureau & Jeffroy, 1994), traduisant l’expérience
préréflexive de l’acteur à chaque instant. Les trois composantes des signes
(Objet, Représentamen, Interprétant) ont été spécifiées en reprenant autant que
possible les formulations utilisées par les joueurs lors des
autoconfrontations. Les « récits réduits » des USE, ainsi que les contenus des
Objets, Représentamens et Interprétants, ont été mis en forme dans un tableau,
représentant la succession des signes de façon synthétique (tableau
2).
L’analyse des composantes des signes associées à la
reconnaissance d’un rapport de force « favorable » ou « défavorable » a été
conduite grâce à un examen systématique des échanges ayant donné lieu à
l’annonce d’un « Banco » par l’un des deux opposants. Cette analyse a été menée
à partir du contenu des Représentamens et des Interprétants. Ceux-ci traduisent
les jugements perceptifs et les connaissances des joueurs relativement aux
configurations de jeu favorables (permettant une rupture de l’échange en sa
faveur) ou défavorables (permettant une rupture de l’échange en faveur du
joueur adverse).
Les enchaînements de signes conduisant au gain des points
ont été modélisés sous une forme graphique d’enchaînements séquentiels puis
comparés entre eux afin de mettre en évidence d’éventuelles formes typiques
dans les séquences de construction des points par les joueurs, d’une part, et
le processus de construction de connaissances au cours du jeu, d’autre
part.
Les résultats décrivent et caractérisent successivement : (a)
la perception du rapport de force par les joueurs et son évolution au cours des
matches, (b) les modalités typiques de construction de la rupture de l’échange,
exploitées par les joueurs.
3.1. La perception du rapport de force et son évolution au cours des
matches
L’analyse a révélé trois traits de la perception du rapport
de force par les joueurs au cours des matches : (a) une évolution
caractéristique de la configuration de jeu jugée favorable pour le gain du
point, (b) la persistance des configurations associées à l’annonce de « Bancos
» validés, et (c) l’impact des annonces de « Banco » par l’adversaire sur
l’identification de configurations défavorables de jeu.
3.1.1. Évolution caractéristique de la configuration de jeu jugée
favorable pour le gain du point
Dans un premier temps, l’annonce du « Banco » fut
systématiquement associée par les joueurs à la reconnaissance de la seule
configuration « volant haut, au milieu du terrain, permettant de smasher en
coup droit », ainsi que cela apparaît dans l’extrait d’autoconfrontation
suivant : « Dès le service, il me la met
vachement haute et pas loin et à chaque fois, je me dis que je peux
smasher » (Guillaume contre Damien, mise en jeu n° 2 de
Damien).
Progressivement, cette annonce fut associée par les trois
joueurs à une configuration plus complexe, intégrant leurs déplacements en
profondeur par rapport au volant (« avancer » ou « reculer » pour effectuer le
smash) : « Là, pareil, je suis en position
favorable, j’avance sur le volant, je le sens, de toute façon, y’a pas photo,
quand on recule, y’a plus de [puissance]… » (Arnaud contre Damien,
mise en jeu n° 22 de Damien).
Dans ces deux cas, les configurations jugées favorables
étaient étroitement liées à la préoccupation (Objet) des joueurs de rompre
l’échange grâce à un smash gagnant. Cependant, ces deux étapes traduisent un
enrichissement des éléments significatifs de la situation (Représentamens)
associés à une évolution des configurations favorables de smash
(Interprétants). Dans un premier temps, ces éléments renvoient exclusivement à
des Représentamens visuels (ayant des ancrages « externes » dans la situation).
Dans un deuxième temps, ils intègrent également des Représentamens
proprioceptifs (ayant des ancrages « internes », dans les sensations liées aux
déplacements du joueur), ainsi que cela apparaît dans le tableau 2.
Tableau 2
Succession d'USE à partir de l'analyse d'un extrait du
match de Arnaud contre Damien : mise en évidence de l'enrichissement des
Représentamens associés à l'évolution des configurations favorables pour le
gain du point.
Autoconfrontation Mise en jeu Banco USE Objet
Représentamen Interprétant A :Donc là j'avance, j'ai l'occasion de smasher, il
n'est pas arrivé tôt dans sa prise de replacement. J'allume le revers, ça
marche… je suis encore en déplacement mais, je regarde, c'est les habitudes.
A19 Ba + -Smashe sur le revers de l'adversaire en annonçant Banco -En
confiance, tenter des smashes -Marquer des points Banco -Volant haut sur mon CD
-J'avance -L'adversaire est en retard dans son déplacement Type : Volant haut
sur le coup droit est une position idéale de smash et d'annonce du banco Type :
Si l'adversaire est en retard dans son déplacement, jouer sur le revers est
efficace A : Là banco, je suis en position de smash… je tente… j'ai rien à
perdre de toute façon. Je cherche trop à … mauvais placement… ou trop loin. je
suis en phase de recul encore, je prends des appuis, je suis en phase de recul
encore. A20 Ba - -Smashe en reculant et en annonçant Banco -En confiance,
tenter des smashes -Marquer des points Banco -Position de smash -En phase de
recul Type : Le déplacement intervient dans la configuration globale de la
position idéale Type : Smasher en reculant n'est pas efficace A : Là pareil, je
suis en position favorable. J'avance sur le volant. Je suis vraiment sur mes
appuis. Je le sens, toute façon, y'a pas photo, quand on recule, y'a plus de …
D21 Ba + -Smashe en avançant et en annonçant Banco -En confiance, tenter des
smashes -Marquer des points Banco -Banco réussi en A19 et raté en A20 -J'avance
sur le volant, sur mes appuis Type : Smasher en avançant et en étant sur ses
appuis, est efficace … … … … … … … A : Peut-être aussi qu'il y'avait de la
confiance à ce moment là, je prends plus de risque. Là je suis en phase de
recul, ça marche, j'amortis aussi. A22 Ba + -Smashe en visant un espace libre
et en annonçant Banco -Prendre des risques, tenter des smashes -Marquer des
points Banco -Volant haut sur mon CD -Je recule -Souvenir du point A20 Type :
smasher en étant en déséquilibre nécessite de placer le volant
3.1.2. Persistance des configurations de jeu associées à l’annonce de
« Banco » validés
La répétition d’associations entre la perception d’une
configuration de jeu favorable, l’annonce « Banco » et le gain effectif de
l’échange, s’est accompagnée, dans la dynamique de l’activité des joueurs au
cours des matches, d’une grande persistance de ces configurations comme étant
significatives d’un rapport de force favorable. Tout se passait comme si la «
validation » (par la rupture effective de l’échange) réitérée d’annonces «
Banco » en début de match dans une configuration de jeu donnée, érigeait
celle-ci comme configuration préférentielle d’annonce du « Banco » et limitait
la recherche par le joueur d’autres configurations favorables. En effet, cette
configuration préférentielle manifestait une relative indépendance par rapport
à des circonstances des matches, telles que les annonces de « Banco » non
suivies du gain du point (bien que produites dans cette configuration de jeu),
ou les gains de points non précédés d’annonce « Banco » (par exemple, sur
amortis).
Ce phénomène est illustré avec l’exemple d’un moment du
match qui a opposé Damien à Guillaume. L’évolution de ce match a permis de
faire émerger, pour Damien, une configuration de jeu favorable (non supposée
comme telle a priori) : avoir la
possibilité de smasher sur le coup droit de l’adversaire. Au fil des échanges,
cette configuration est devenue pour Damien une configuration de jeu associée à
la validation successive de plusieurs « points Banco ». Cette configuration
s’est perpétuée dans la durée de ses deux matches, de façon parfois inadéquate
par rapport au contexte objectif (ou même perçu par le joueur) : « que je sois déstabilisé ou pas, je sais que je peux
frapper [sur son coup
droit], banco…, je frappe »
(Damien contre Guillaume, mise en jeu n° 23 de Damien). Plusieurs «
non-validations » d’annonces « Banco » dans cette configuration de jeu n’ont
pas suffi à engendrer la recherche de nouvelles configurations favorables de
jeu chez Damien.
3.1.3. Impact des annonces de « Banco » par l’adversaire sur
l’identification de configurations défavorables de jeu
L’annonce « Banco » a aussi eu des répercussions sur
l’identification par les joueurs d’une configuration de jeu significative en
relation avec la perception d’un rapport de force « défavorable ». La
récurrence des annonces adverses s’est, en effet, progressivement accompagnée
de la préoccupation d’éviter la configuration de jeu correspondante, perçue
comme configuration défavorable, alors que les points perdus sans annonce de
l’adversaire n’ont pas été systématiquement associés à des configurations
défavorables. Ce phénomène, qui apparaît chez les trois sujets, est illustré
par l’exemple suivant, extrait du match entre Arnaud et Damien.
Au début du match, Arnaud s’est estimé en difficulté. Son
adversaire a marqué trois « points Banco » successifs, en smashant sur son coup
droit. L’évolution rapide du score et l’enthousiasme de Damien ont été
considérés par lui comme des éléments (Représentamens) particulièrement
significatifs dans cette partie du match. Ils l’ont amené à construire une
connaissance nouvelle relative à cette configuration de jeu (Interprétant)
ainsi qu’à avoir pour préoccupation ultérieure de l’éviter (Objet) («
trois fois de ce côté, faut que je
réagisse »). Le sujet s’est alors engagé dans une recherche de
solution visant à « boucher l’angle »
et à trouver une « bonne longueur »
empêchant son adversaire de smasher à nouveau sur son coup droit, comme
précédemment.
3.2. Modalités typiques de construction de la rupture de
l’échange
Deux évolutions caractéristiques des modalités de
construction de la rupture de l’échange sont apparues chez les trois joueurs.
La première s’est traduite par le passage de l’exploitation opportuniste d’une
configuration favorable de smash à l’engagement dans une activité visant à
contraindre l’adversaire à « offrir » une telle configuration. La deuxième
s’est traduite par le passage d’une exploitation exclusive du smash comme moyen
de rompre intentionnellement l’échange (valider des « points Banco ») à une
exploitation supplémentaire de l’amorti à cette fin.
3.2.1. Contraindre l’adversaire à ouvrir une possibilité de
smash
L’accès à ce type d’engagement fut marqué par deux
préoccupations typiques chez les trois joueurs : (a) jouer sur le revers
adverse pour s’ouvrir une possibilité de smash, (b) utiliser l’amorti pour
s’ouvrir une possibilité de smash.
Un exemple du premier cas est fourni lors du match entre
Arnaud et Damien. Après un début de match à son désavantage, Arnaud a
progressivement construit et validé un nouvel Interprétant : « Chercher à le mettre vraiment en difficulté
[Damien]
au lieu de chercher à faire le point directement ». En effet, lors
du dixième échange et bien que s’estimant en position d’attaque possible,
Arnaud a délibérément joué deux fois consécutivement sur le revers de Damien
qui a finalement renvoyé le volant hors-terrain. Lors de l’autoconfrontation,
Arnaud a explicité son activité dans les termes suivants : « Le revers, c’est un peu plus difficile, on a un peu plus
de mal, c’est vrai. Il fait une faute, là, j’enchaîne deux fois sur son revers.
J’essaie toujours de chercher un peu le revers » (Arnaud contre
Damien, mise en jeu n° 10 de Arnaud). L’association faite par Arnaud entre la
répétition de coups sur le revers de Damien et le gain du point l’a amené, deux
échanges plus tard, à construire un nouvel Interprétant, mettant en relation le
jeu sur le revers de l’adversaire et l’ouverture d’une « position favorable »
de smash. Dans les échanges suivants, il a alors cherché systématiquement à
jouer sur le revers adverse afin de se mettre en position favorable d’annonce
de « Banco » : « Le mettre en difficulté, éviter
qu’il puisse smasher… Là pareil, je le pousse sur son revers
(…) pour
smasher » (Arnaud contre Damien, mise en jeu n° 16
d’Arnaud).
L’exploitation de l’amorti pour contraindre l’adversaire à
ouvrir une possibilité de smash (et donc, une configuration favorable d’annonce
de « Banco ») a fait l’objet d’une évolution analogue chez les trois joueurs au
cours du tournoi.
3.2.2. Exploiter l’amorti comme moyen supplémentaire de rompre
l’échange
L’évolution de l’activité des joueurs au cours de leurs
deux matches témoigne d’une transformation significative de l’exploitation de
l’amorti. Dans un premier temps, l’amorti ne fut jamais associé à l’annonce «
Banco », même à la suite de plusieurs points marqués sur amorti. Seule une
configuration favorable de rupture de l’échange par smash était recherchée par
les joueurs. Par exemple, lors de l’autoconfrontation relative à son match
contre Guillaume, Damien a exprimé l’idée selon laquelle jouer en amorti était
incompatible avec l’annonce d’un « Banco », la faible vitesse du volant, ne
garantissant pas une rupture immédiate de l’échange : «
J'aurais très bien pu lui faire une petite balle
devant… mais on a toujours l’appréhension… ne pas frapper la balle, donc faire
une petite balle devant, si l’autre l’a, ça fait un banco de gâché. Alors que
dans l’optique de faire un Banco, on est plus à l’aise de dire Banco sur une
balle frappée, c'est un point vite fait, en fait, le volant il va vite. Alors
que quand tu fais une petite balle, le volant tu le vois monter, passer
au-dessus du filet et descendre après, tu te dis : "oh la la, si ça se trouve,
il va venir sur la balle…" Moi je ne suis pas sûr du tout sur les balles
courtes » (Damien contre Guillaume, mise en jeu n° 19 de
Damien).
Dans un deuxième temps (qui fut particulièrement manifeste
dans l’activité d’Arnaud, le joueur le plus expert des trois sujets, lors de
son deuxième match, l’opposant à Guillaume), des amortis furent accompagnés
d’une annonce de « Banco », marquant l’intention du joueur de rompre l’échange
grâce à ce coup. Un échange au cours du match d’Arnaud contre Guillaume
illustre cette évolution. Dès le début du match, Arnaud a perçu que les
trajectoires courtes des volants mettaient Guillaume en difficulté pour
renvoyer. Il a alors d’abord utilisé ce coup pour provoquer des fautes de
l’adversaire, puis pour construire des enchaînements de coups gagnants, en
alternant des frappes courtes et longues pour déséquilibrer son adversaire : «
Ça m’a permis de trouver des solutions. Pour le
surprendre… Là hop, je joue au fond, je suis sûr qu'il s’attend à un amorti…et
je vais la mettre au fond. » Puis la prise en compte du gain de
plusieurs points successifs sur des amortis (non accompagné de « Banco ») l’ont
incité à annoncer « Banco » sur des amortis suivants, ainsi qu’il l’a explicité
lors de l’autoconfrontation : « Je remarque que
sur les courtes… il y a moyen de faire point, donc j'en profite… et je crois
d’ailleurs que je vais en abuser un peu pendant le match. » L’amorti
lui a permis de rompre l’échange à dix reprises au cours de ce match (sur douze
tentatives) et de valider deux « points Banco » en fin de match.
Cette étude de cas ne s’inscrivait pas dans une perspective
comparative. En conséquence, elle ne permet pas d’analyser les caractéristiques
de l’activité de pratiquants engagés dans la situation « Banco » en comparaison
de celles de pratiquants engagés dans une situation de match conforme au
règlement fédéral du badminton. Elle visait en revanche à décrire et
caractériser la façon dont ce dispositif original d’apprentissage était pris en
compte dans la dynamique intrinsèque de l’activité de pratiquants, et de quelle
façon il constituait une ressource pertinente pour l’apprentissage visé. Les
résultats obtenus nous incitent à organiser la discussion autour de trois
points : (a) le caractère significatif des annonces de « Banco » dans le cours
d’action des joueurs, (b) la dynamique de construction des connaissances
relatives au rapport de force dans le cours des matches, (c) l’impact du
dispositif du « Banco » sur l’évolution des modalités de gain des
points.
4.1. Le caractère significatif des annonces de « Banco » dans le
cours d’action des joueurs
Les annonces de « Banco » (proférées par le joueur interrogé
ou par son adversaire) ont été explicitées par les joueurs comme des phénomènes
particulièrement significatifs dans le cours de leur expérience, aux trois
niveaux correspondant à leur engagement dans la situation, à leur activité
perceptive, et à la construction de connaissances au cours des matches
:
- La possibilité (ou l’impossibilité) d’une annonce de «
Banco » participait systématiquement aux préoccupations des joueurs en position
d’attaque, spécifiant leur engagement en position « favorable » ou «
défavorable » dans le rapport de force ;
- les configurations de smash propices aux annonces de «
Banco » ainsi que les « Bancos » annoncés par l’adversaire ont été les ancrages
de Représentamens respectivement associés au jugement d’un rapport de force
favorable ou défavorable ;
- les configurations de jeu associées à des « Bancos »
validés (suivis du gain du point) ont fait l’objet de la construction
d’Interprétants mobilisés et validés dans le cours des échanges
suivants.
Cet impact de la situation du Banco sur l’activité des
joueurs nous semble pouvoir s’interpréter en relation avec deux idées. D’une
part, cette situation produirait un effet d’amplification du caractère
significatif pour les joueurs des événements du match associés aux points «
Banco ». Elle favoriserait ainsi une « structuration narrative » de
l’expérience du match, en faisant ressortir les « points Banco » comme
événements saillants dans le cours de cette expérience et faciliterait la
mémorisation de ces événements, plus particulièrement chargés affectivement
pour les joueurs (Bruner, 1991). D’autre part, en orientant l’activité des
joueurs vers la reconnaissance des configurations de jeu propices à la rupture
de l’échange, cette situation stimulerait l’activité de typification chez les
joueurs, leur permettant de construire et valider rapidement des connaissances
dans le cours du match (Sève, 2000). En effet, le phénomène d’amplification du
caractère significatif des points « Banco » souligné plus haut s’accompagne
d’une dynamique de construction et de validation des connaissances associées
aux configurations typiques d’un rapport de force favorable ou défavorable, sur
la base d’un faible nombre d’échanges. Les résultats montrent que la
configuration de jeu associée aux premières annonces validées de « Banco » a
été très rapidement érigée par les comme « la » configuration de jeu propice au
gain de point, et cette configuration a été aussitôt recherchée par eux dans le
cours des échanges suivants.
4.2. La dynamique de construction des connaissances associées à la
reconnaissance d’un rapport de force favorable ou défavorable
Si la situation du Banco semble stimuler l’activité de
typification (i.e., de construction de connaissances chez les joueurs),
celle-ci se concrétise sous deux formes au cours du déroulement des matches
chez les joueurs : (a) une adhérence de l’activité aux configurations de jeu
initialement associées au gain de « points Banco », (b) un enrichissement des
configurations favorables à la rupture de l’échange.
La première traduit une tendance relativement conservatrice
des joueurs vis-à-vis des Interprétants relatifs aux configurations de jeu «
favorables » ou « défavorables » initialement construits dans le cours du
match. En effet, les joueurs ont tous persisté dans la recherche de la
configuration de jeu initialement érigée en « situation favorable » typique,
même après que celle-ci se fut révélée infructueuse ou que d’autres
configurations de jeu eussent permis le gain de points (sans avoir fait l’objet
d’annonce « Banco »). Cet « attachement » des joueurs aux premières
configurations leur ayant permis de marquer des « points Banco » pourrait
s’expliquer par une dynamique asymétrique de validation – invalidation des
connaissances. Un phénomène analogue a été mis en évidence par Sève
et al. (2002a, 2002b, 2003), dans
l’analyse des processus de construction de connaissances chez des joueurs
experts de tennis de table au cours de matches. Il existerait en effet un
phénomène d’« adhérence » de l’activité aux Interprétants déjà validés,
caractérisant d’une façon générale tout processus d’apprentissage :
l’invalidation d’un Interprétant nécessiterait de nombreuses infirmations de
celui-ci alors que le renforcement de la validité d’un Interprétant s’opèrerait
à chaque occurrence de point gagné.
La deuxième forme caractéristique de cette activité de
typification consiste en un développement et un enrichissement des
configurations favorables à la rupture de l’échange, selon trois étapes
repérables : (a) configuration de jeu prenant en compte la position du volant
relativement au terrain et au joueur (volant haut au milieu du terrain,
permettant de smasher en coup droit), (b) configuration de jeu intégrant à la
précédente le déplacement propre du joueur dans la profondeur du terrain
(avancer ou reculer), (c) configuration de jeu intégrant à la précédente la
position de l’adversaire sur le terrain (permettant aussi à ce stade de rompre
l’échange par une exploitation du smash ou de l’amorti). Cette évolution semble
congruente avec les résultats des travaux de McPherson (1994) qui ont montré
que le développement de l’expertise en tennis s’accompagnait du développement
progressif de réseaux complexes d’éléments d’informations et de connaissances
de nature différente, formant des patterns de reconnaissance globale des
situations de jeu.
4.3. Impact du dispositif du « Banco » sur l’évolution des modalités
de gain des points
Deux évolutions caractéristiques des modalités de
construction de la rupture de l’échange par les joueurs ont été mises en
évidence par cette étude, qui peuvent être schématisées ainsi : (a) de
l’exploitation opportuniste de possibilités de smash à la contrainte exercée
sur l’adversaire afin que celui-ci « offre » des possibilités de smash, et (b)
de l’exploitation exclusive du smash à l’exploitation supplémentaire (mais
relativement marginale) de l’amorti comme moyen de rompre l’échange.
Ces évolutions traduisent respectivement un accroissement du
degré d’élaboration de l’activité tactique et un enrichissement du répertoire
des actions offensives des joueurs (concomitant à l’enrichissement des
configurations favorables à la rupture de l’échange). Elles sont cependant
marquées par la recherche dominante par les joueurs d’une configuration de
smash comme configuration favorable ainsi que par l’association
quasi-systématique des annonces de « Banco » à la réalisation de smashs. Ce
phénomène peut être discuté au regard des spécificités du dispositif du Banco
et de ses visées. Ce dispositif orienterait l’activité des joueurs (de ce
niveau) préférentiellement vers des modalités de rupture de l’échange basées
sur le smash, en raison de deux éléments d’explication complémentaires. Le
premier tient à la nature de la configuration favorable de gain du point
initialement identifiée par des joueurs et associée à l’annonce du « Banco ».
En renforçant le poids de cette configuration favorable d’attaque « initiale »
dans la stratégie du joueur (par sa valorisation potentielle dans le décompte
des points), le dispositif du Banco aurait tendance à renforcer des stratégies
de déséquilibre de l’adversaire exploitant de façon prioritaire le smash au
détriment de la recherche d’un déséquilibre de l’adversaire exploitant d’autres
moyens (notamment l’amorti).
Le deuxième élément d’explication, plus spéculatif, tient aux
répercussions de l’exigence d’annoncer verbalement « Banco » dans l’activité
même du joueur. On peut en particulier faire l’hypothèse que, du point de vue
du coût attentionnel de la tâche (Famose, 1990), cette exigence génère des
contraintes différentes en situation de smash et en situation d’amorti, pour
des joueurs de ce niveau d’habileté. L’accomplissement du coup et l’annonce du
« Banco » peuvent en effet être considérées comme constituant une double tâche
pour le joueur. Or il est plausible que le coût attentionnel associé à
l’accomplissement du smash soit moindre que celui qui est associé à
l’accomplissement d’un amorti. Cette hypothèse pourrait aussi expliquer la
prédominance des modalités de construction de la rupture de l’échange
privilégiant le smash.
Les résultats présentés accréditent l’idée selon laquelle les
contraintes particulières de la situation Banco orientent qualitativement la
dynamique intrinsèque de l’activité des joueurs, favorisant chez eux
l’identification de leurs positions dans le rapport de force ainsi que
l’élaboration et la reconnaissance des configurations favorables ou
défavorables à une rupture de l’échange. L’activité des joueurs au cours des
matches s’accompagne aussi d’une évolution significative des modalités de gains
des points, caractérisées par un degré croissant d’élaboration tactique.
Cependant, cette étude ne permet pas de déterminer dans quelle mesure ce
dispositif accélère cet apprentissage, ni s’il exerce des contraintes
particulièrement sélectives sur les habiletés perceptives et décisionnelles
visées. Ces limites soulignent l’intérêt de compléter de tels résultats par
ceux d’une étude comparative permettant de juger l’impact de ce dispositif sur
les transformations de l’activité, en comparaison d’une situation de jeu
conforme au règlement du badminton.
Cependant, les apports de cette étude révèlent l’intérêt du
développement d’une perspective de recherche ergonomique visant l’analyse des
situations d’apprentissage en contexte « naturel » (en éducation physique ou en
milieu sportif) et accordant un « primat » à l’activité des pratiquants engagés
dans ces situations. Il s’agit de considérer ces situations d’apprentissage
comme des « situations d’étude privilégiées » (Grison, Riff et Testevuide,
2000), donnant accès à une connaissance fine de l’activité des apprenants, et
permettant dans le même temps d’évaluer la pertinence pédagogique de ces
situations.
·
Abernethy, B. (1990).
Expertise, visual search, and information pick-up in squash.
Perception, 19, 63-77.
·
Abernethy, B. &
Russel, D.G. (1987). Expert-novice
differences in an applied selective attention task.
Journal of Sport & Exercise
Psychology, 9, 326-345.
·
Alain, C. &
Proteau, L. (1978). Étude des
variables relatives au traitement de l’information en sports de raquettes,
Journal Canadien des Sciences Appliquées au
Sport, 3, 27-33.
·
Alain, C. &
Sarrazin, C. (1985). Prise de
décision et traitement de l’information en squash, STAPS, 12, 49-59.
·
Alain, C. &
Sarrazin, C. (1990). Sport skill
analysis : a simulation study of a decision making model of squash competition.
Canadian Journal of Applied Sport
Sciences, 15, 195-200.
·
Alain, C.,
Sarrazin, C. &
Lacombe, D. (1986). The use of
subjective expected values in decision making in sport, in D.M. Landers (Éd.),
Sport and elite performers. The 1984 Olympic
Scientific Congress Proceeding, Human Kinetics, 1-7.
·
Bruner, J.S. (1991).
…Car la culture donne forme à l’esprit. De la
révolution cognitive à la psychologie culturelle. Paris,
Eshel.
·
Derrider, M. (2000).
Opérations sensori-motrices et cognitives impliquées dans les sports de
raquettes, sports de raquettes. In E. Louis (Éd.),
Entre pratiques et théories, Dossier
EPS, 53, 61-75.
·
Famose, J.-P. (1990).
Apprentissage moteur et difficulté de la
tâche. Paris, INSEP.
·
Féry, Y.A. (2001).
Que savons-nous de nos mouvements ? STAPS, 55, 7-23.
·
Goulet, C. (1988).
Analyse des indices visuels prélevés en réception de service au tennis.
Canadian Journal of Sport Sciences,
13, 79-87.
·
Gréhaigne, J.F.,
Godbout, P. &
Bouthier, D. (2001). The teaching and
learning of decision making in team sports. Quest, 53, 59-76.
·
Grison, B.,
Riff, J. &
Testevuide, S. (2000).
La situation d’étude privilégiée : une notion
opératoire pour un dialogue fructueux en recherche et en
intervention. Symposium au 1er colloque de l’ARIS, Grenoble,
France.
·
Langley, D.J. &
Knight, S.M. (1996). Exploring
practical knowledge : a case of an experienced senior tennis performer.
Research Quarterly for Exercice and
Sport, 67, 433-447.
·
Leplat, J. (1997).
Regards sur l’activité en situation de travail.
Contribution à la psychologie ergonomique. Paris, PUF.
·
Leveau, C. (2000).
Notion de pression temporelle dans la relation duelle : un exemple en
badminton. In E. Louis (Éd.), Entre pratiques et
théories, Dossier EPS, 53, 77-88.
·
Leveau, C.,
Louis, E., &
Sève, C. (1999). De l’échange à la
construction de la rupture. Revue EPS, 277,
43-45.
·
Louis, E. (2000). (Éd.). Entre pratiques et
théories, Dossier EPS, 53, 61-75.
·
McPherson, S.L.
(1994). The development of sport expertise : mapping the tactical domain.
Quest, 46, 223-240.
·
McPherson, S.L.
(1999a). Expert-novice differences in performance skills and problem
representations of youth and adults during tennis competition.
Research Quarterly for Exercise and
Sport, 70, 233-251.
·
McPherson, S.L.
(1999b). Tactical differences in problem representations and solutions in
collegiate varsity and beginner female tennis players.
Research Quarterly for Exercise and
Sport, 70, 369-384.
·
McPherson, S.L.
(2000). Expert-novice differences in planning strategies during collegiate
singles tennis competition. Journal of Sport and
Exercise Psychology, 22, 39-62.
·
McPherson, S.L. &
Thomas, J.R. (1989). Relation of
knowledge and performance in boy’s tennis : age and expertise.
Journal of Experimental Child
Psychology, 48, 190-211.
·
Moinard, C. &
Mareau, M. (1983). L’attitude
offensive. EPS, 184, 62-65.
·
Pizzinato, A. (1993).
Evaluation et stratégie de formation : le rapport de force. EPS, 142,
68-71.
·
Preuvot, D. (2000).
Sports de raquettes : entre pratique, programmes et théorie. In E. Louis (Éd.),
Entre pratiques et théories, Dossier
EPS, 53, 43-59.
·
Ripoll, H. (1989).
Uncertainty and visual strategy in table tennis. Perceptual & Motor Skills, 68,
507-512.
·
Ripoll, H. &
Benguigui, N. (1999). Effets du
développement de l’enfant et de la pratique sportive sur la maîtrise des tâches
d’interception. In I. Ollivier & H. Ripoll (Éds),
Développement psychomoteur de
l’enfant, Paris, Éditions Revue EPS, 185-212.
·
Sève, C. (2000).
Analyse sémiologique de l’activité des pongistes
de haut niveau lors de matches internationaux. Thèse de doctorat en
STAPS non publiée, Université de Montpellier, France.
·
Sève, C.,
Saury, J.,
Durand, M. &
Theureau, J. (2002a). Activity
organization and knowledge construction during competitive interaction in table
tennis. Cognitive Systems Research, 3,
501-522.
·
Sève, C.,
Saury, J.,
Durand, M. &
Theureau, J. (2002b). La construction
de connaissances chez les sportifs au cours d’une interaction compétitive.
Le Travail Humain, 65(2),
159-190.
·
Sève, C.,
Saury, J.,
Ria, L. &
Durand, M. (2003). Structure of
expert players’activity during competitive interaction in table tennis.
Research Quarterly for Exercise and
Sport, 71 (1), 71-83.
·
Temprado, J.J. &
Alain, C. (1993). Éléments pour
l’analyse du comportement décisionnel dans les sports de raquette, in J.P.
Famose (Éd.), Cognition et
performance, Paris, INSEP, 41-61.
·
Theureau, J. (1992).
Le cours d’action : analyse sémiologique. Essai
d’anthropologie cognitive située. Berne, Peter Lang.
·
Theureau, J. (2000).
Anthropologie cognitive et analyse des compétences, in J.-M. Barbier (Éd.),
L’analyse de la singularité de
l’action, Paris, PUF, 171-212.
·
Theureau, J. &
Jeffroy, F. (1994).
Ergonomie des situations
informatisées. Toulouse, Octares.
·
Vermersch, P. (1994).
L’entretien d’explicitation. Paris,
ESF.
[1]
La technique du « point interview » consiste à interrompre
l’activité des joueurs après chaque point d’un match organisé pour les be-soins
de l’étude, et à demander à chaque joueur d’expliciter ses pensées au cours du
point précédent et pour le point à venir.